Chapitre 10 : Je veux te protéger

Quand Kira rentra à l'église le lendemain, elle fut surprise de tous les voir regroupés dans le jardin suspendu. Un jeune garçon qu'elle n'avait encore jamais vu faisant face au petit Sora.

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Demanda-t-elle à Aria. Qui est ce garçon ?

- Le gardien de la Terre. Sayu l'a trouvé au marché.

- Vraiment ? S'étonna-t-elle. Il est si jeune lui aussi...

- Il s'appelle Daichi, précisa Aria.

- Enchantée Daichi, dit Kira en souriant au garçon. Je vois que tu as fait connaissance avec Sora.

- Qui c'est ? Demanda Daichi à Sayu. Pourquoi elle est habillée comme ça ?

En effet, il regardait de façon perplexe la belle robe de Kira. Il n'avait jamais été en présence d'un noble.

- Il s'agit de la reine de Raggs, répondit Sayu en étouffant un petit rire.

Daichi écarquilla les yeux, ne s'attendant pas à un jour pouvoir se retrouver en présence d'une personne aussi éminente.

- Je suis désolée, répondit Kira, je rentre juste du palais et je n'ai pris le temps de me changer.

- Je... je vous demande pardon, dit le petit garçon gêné en s'inclinant.

- Ne t'en fais pas, répondit Kira en le faisant se redresser. Alors tu es le gardien de la Terre ?

- Oui madame.

- Je suppose qu'ils t'ont tout expliqué.

- A l'instant. J'ai encore un peu de mal à y croire.

- C'est normal. Et puis tu es très jeune, comme Sora. Tu as déjà utilisé ton pendentif ?

- Oui.

- Pour chaparder, précisa Sayu. C'est la terreur du marché.

- Vous m'énervez... Je vous l'ai rendue votre pomme ! Se rebiffa Daichi.

- Elle a beau t'énerver, dit Kira, tu seras sous les soins de Sayu. Elle est la mieux placée pour t'apprendre à utiliser tes pouvoirs.

- Je sais les utiliser. Un peu de sang et c'est réglé.

- Alors tu as déjà découvert ça tout seul ? Tu t'es déjà batu sous ta forme adulte ?

-... non.

- Et bien sache que le pouvoir de la Terre peut être dangereux, dit Sayu. Pas pour ta santé. Mais pour ta conscience.

- Ma conscience ?

- Sous ta forme adulte, la force de tes coups est décuplée. Tu dois maitriser cette force pour éviter de blesser les gens autour de toi. En particulier ceux que tu chéris. Un coup de colère sous cette forme serait dévastateur.

- Vous voulez dire que je pourais blesser Nika et Shin ?

- Je ferai tout pour que ça n'arrive jamais. Mais tu dois m'écouter.

- D'accord...

- Et comme l'a dit Kira... tu es encore jeune. Alors je t'apprendrai à ne pas tuer. Ami ou ennemi. Crois-moi, avoir un droit de mort même sur les personnes les plus fortes... c'est effrayant. Il serait dommage que tu portes ce poid sur ta conscience à ton âge. Moi-même...

Elle soupira, se rappelant tous ces hommes qu'elle avait tué lors de sa mission avec Kenta à la taverne. C'était la première fois qu'elle prenait la vie de quelqu'un. Et même si elle n'avait fait que se défendre, il lui arrivait de se dire qu'elle aurait pu éviter de les tuer si elle s'était mieux contrôlée.

- Vous... avez déjà tué quelqu'un ? Demanda Daichi prudement.

- J'ai tué des hommes qui me voulaient du mal. Mais d'autres ont faillit avoir leur revanche sur moi. Heureusement j'ai été sauvée.

Kenta observait sa femme, se souvenant du jour où son ange blond avait faillit être sallit par ces ordures.

- Mais toi, continua Sayu en prenant les mains de Daichi, tu dois utiliser ces poings pour protéger. Pas pour tuer. Tu comprends ?

- Oui, je comprends.

- Toi et Sora, vous devez faire de votre mieux. Mais nous sommes aussi là pour vous protéger. Car nous sommes tous évêques après tout ! Dit-elle en souriant.

En la regardant sourire, Daichi eut la réponse à sa question. Il avait eu raison de lui faire confiance. Cette femme était la première à vouloir le protéger.

oOo

Le soleil était couché et Kana était assise à son bureau de l'hôpital. Il était temps pour elle d'aller retrouver son mari et son fils. Mais elle ne pouvait s'empécher de penser à ce que Senji-sama lui avait dit, faisant tourner entre ses doigts le flacon qu'il lui avait confié. "Nous ne savons pas encore qui portera le bracelet. Et de toute façon, il nous manque encore deux gardiens. Pourtant ce petit flacon pèse lourd sur mon coeur. Senji-sama a dit que je n'étais pas obligée de l'utiliser. Mais maintenant que je l'ai entre les mains, je ne peux pas ignorer son existance. Tout comme je ne pourai pas le faire une fois le bracelet apparu..." Soudain, on frappa à la porte. Kana rangea rapidement la fiole dans sa poche avant d'inviter la personne à entrer. C'était Kitai.

- Bonsoir, dit-il simplement.

- Bonsoir.

-...

- Heu... vous avez besoin de quelque chose ?

- Vous avez dit que je pouvais venir vous voir pour discuter.

- C'est vrai.

- En fait... J'aimerais que nous reprenions notre dernière discution.

- Notre dernière...

Kana se souvint alors de la question que Kitai lui avait posé : Et vous ? Qui va vous sauver ?

- Je vous écoute, dit-elle résignée.

- Vous avez dit que vous étiez une gardienne de l'Eau.

- Je ne le suis plus depuis longtemps. Mais c'est vrai, je maitrisais l'Eau.

- Mon maître m'a appris tout ce qu'il y avait à savoir sur les gardiens. Et je sais que celui de l'Eau est le plus malchanceux. Vous avez troqué vos années de vie contre celles d'autres personnes.

- Oui... j'ai malheureusement perdu 5 ans de...

- Hikaru a vu clair dans votre mensonge, la coupa-t-il. Et vous ne pouvez pas me tromper non plus. Je la sens... votre peur.

Kana frissonna. C'est vrai, elle ne pourait pas berner Kitai non plus.

- Je ne sais pas combien de temps vous avez perdu. Ni combien de temps il vous reste. Mais ce n'est pas une raison pour déprécier la valeur de votre vie ! Et je trouve dommage que vous mentiez à vos proches. Vous devriez être honnête avec...

- 50 ans, répondit-elle tout bas.

- Quoi ?

- J'ai perdu 50 ans, répéta-t-elle plus fort. Je serai sûrement morte avant l'année prochaine.

Kitai pu sentir la peur de Kana monter d'un cran.

- Seulement un an ? Murmura-t-il incrédule, ne s'attendant pas à ce que ce fut si peu.

- Vous comprenez pourquoi je refuse de les inquiéter. Je ne veux pas qu'ils vivent avec moi dans la peur.

- Et vous comptiez y vivre seule ? Dans la peur ?

- Qu'est-ce que je peux faire d'autre ?

-... Fiez-vous à moi.

- Pardon ?

- Je vous en prie. Laissez-moi vous aider. Je peux prendre votre peur sur moi.

- Pas question.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne veux pas... c'est déjà assez horrible à ressentir sois-même, je ne veux pas que vous le ressentiez aussi.

- Et moi je ne veux pas... vous voir vous mettre dans une autre de ces situations dangereuses ! Tout ça parce que vous vous imaginez que les quelques mois qu'il vous reste ne sont rien comparés aux dizaines d'années de vie des autres !

- C'est pourtant un raisonnement simple.

- C'est un raisonnement stupide ! Des mois ou des années... c'est de temps de VIE dont on parle ! Vous méritez autant que les autres de vivre !

- Kitai... c'est trop tard, il n'y a plus rien a faire. Rien ni personne ne poura me rendre ce temps. Pas même vous. Alors cessez de vous en préocuper.

- Je ne peux pas. Je ne veux pas ! S'il vous plait, laissez-moi au moins...

- Je vous ai dit non. Maintenant, sortez s'il vous plait.

Kitai resta immobile à l'observer. Il ne voulait pas sortir. Kana soupira puis se leva, sortant elle-même de la pièce avant que Kitai ai pu la retenir ou dire quoi que ce soit. "A quoi pense-t-il ? Prendre ma peur en lui ? Evidemment, j'y ai pensé à la seconde où j'ai su pour son tatouage. Mais est-ce qu'il se rend compte de ce que représente cette peur ? A quelle point elle est puissante ? Il a déjà assez souffert comme ça."

- Tu rentres tard, dit Mikage lorsqu'elle eut fermé la porte de leur chambre.

- J'avais des affaires à régler. Désolée.

- Je comprend, Aoi n'était pas là pour t'aider aujourd'hui. Il passe un peu trop de temps avec Lise si tu veux mon avis. Je trouve ça louche.

- Ton fils a le droit d'être amoureux.

- A... amoureux ? De Lise ? Il te l'a dit ?

- Je suis sa mère, je sens ce genre de choses.

- Si Hakuren l'apprend... je vais me faire démonter.

- Ils ont 15 ans tout les deux. Ils sont suffisament grands pour tomber amoureux.

- Oui... mais il a fallut qu'il choisisse une fille sérieuse comme lui ! Ils feront un couple très ennuyeux.

- Ils feront un couple responsable, le reprit-elle. Il en faut bien.

- Nous ne sommes pas un couple responsable ? Demanda-t-il en la prenant par la taille et l'embrassant dans le cou.

- Si tu veux mon avis, ce que tu as à l'esprit en ce moment n'a rien de responsable.

- On vérifie ? Dit-il en souriant.

- C'est déjà tout vu ! Rit-elle alors qu'il la renversait sur le lit.

- Mais on sait jamais, répondit-il en l'embrassant. Laisse-moi vérifier.

oOo

Après avoir raccompagné Daichi à sa chambre, Sayu s'assit lourdement sur son lit.

- Tu es fatiguée ? Demanda Kenta en s'asseyant à côté d'elle.

- Un peu. On s'est entrainé toute la journée avec Daichi.

- N'en fais pas trop. Tu as l'air pâle ces derniers temps. Tu n'est toujours pas allée voir Kana pour ton étourdissement ?

- Ce n'est pas la peine. C'est juste qu'à ce moment là...

- Quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé exactement ?

- Oh rien d'inhabituel. Je suis juste passée pour une idiote devant ton père.

- Idiote ?

- Je lui ai proposé de la pâte de fruits sans savoir qu'il n'aimait pas le sucré.

- Alors c'est pour ça que tu m'as demandé ses goûts ? Soupira-t-il.

- Pourquoi tu soupires ?

- Tu as vraiment faillit t'évanouir pour ça ? Je trouve que c'est ça le plus idiot ! Tu te rends malade pour un rien.

- Arrête de dire que ce n'est rien ! S'emporta-t-elle. Si ça me touche, c'est que ça a de l'importance !

- Le fait que mon père n'aime pas le sucré ? Ça a de l'importance ?

- Le fait que je ne le savais pas ! Le fait que je ne sais absolument rien de lui !

- Mais qu'est-ce que ça peux faire ? Ce n'est pas lui que tu as épousé, c'est moi ! Tu ne fais que me parler de mon père ces derniers temps !

- J'en parle mais toi tu ne m'écoutes pas ! Tu ne veux pas essayer de comprendre ce que je ressens ! C'est si dur Kenta !

- Et toi tu ne veux pas comprendre que j'en ai assez de t'entendre parler de lui constament !

- Tu regrettes peut-être de ne pas avoir choisit Agnès !

- Pourquoi tu me parles d'elle ? Je n'ai jamais rien ressentis pour cette femme ! Tu n'as plus de reproches à faire à mon père alors tu te défoules sur elle ? Fait un effort pour essayer de rester lucide !

- J'en ai assez d'être la seule à faire des efforts ! Tout le monde l'a remarqué ! Ton père me traite comme la dernière des moins que rien !

- Mais pourquoi tu cries ?

- PARCE QUE JE SUIS A BOUT ! Hurla-t-elle en se levant.

Kenta resta muet devant la fureur de sa femme. Elle tremblait de tout son corps, les poings serrés.

- Je... dit-il enfin en se levant à son tour. Je crois que je vais te laisser te calmer seule. On en rediscutera plus tard.

Il avait déjà tourné la poignée quand il entendit un bruit sourd derrière lui. Sayu était allongée inerte au sol.

- Sayu ! S'exclama-t-il en accrourant près d'elle.

Mais il avait beau appeller son nom et la secouer, sa femme n'ouvrit pas les yeux. Il la prit aussitôt dans ses bras et courut jusqu'à l'infirmerie. Il fut décontenancé de n'y trouver personne. Allongeant Sayu sur le lit le plus proche, il dit en l'embrassant légèrement sur les lèvres :

- Je reviens tout de suite mon amour.

Puis il fila jusqu'à la chambre de Kana et Mikage, tembourinant violement à leur porte. Après plusieures minutes, celle-ci s'ouvrit enfin. Kana en robe de chambre étonnée de le voir si tard chez elle.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Mikage derrière elle.

- Sayu s'est effondrée. J'ai besoin de toi Kana.

- Je te suis.

De retour à l'infirmerie, Kenta pris la main de sa femme toujours inconsciente, pendant que Kana l'examinait.

- ça lui est déjà arrivé ? Demanda-t-elle à Kenta.

- Des étourdissements.

- Je vois... répondit Kana avec un petit sourire. Et je supose qu'elle s'emporte souvent ces derniers temps.

- On était en train de se disputer tout à l'heure. Encore à cause de mon père. Est-ce que c'est un symptôme ?

- Oh oui ! Rit-elle. Le plus embêtant, mais on n'y peut rien.

- C'est incurable ? Quel genre de maladie est-ce donc ?

- Le genre qui dure 9 mois.

- Quoi ? Je ne comprend rien.

- Sayu est enceinte gros bêta !

- En... enceinte ?

- Oui, enceinte. C'est pourtant pas votre premier.

- Mais... tu es sûre ?

- C'est moi qui ai diagnostiqué toutes les grossesses jusqu'ici. Je crois que tu peux me faire confiance là-dessus. Elle est enceinte de deux mois. Elle et le bébé vont bien, mais dorénavant évite de la contrarier. Ce serait mauvais pour l'enfant.

- Elle est enceinte... elle est enceinte ! S'exclama-t-il soudain fou de joie en prenant Kana dans ses bras. Merci Kana !

- Eh ! Intervint Mikage. Bas les pattes ! Celle-là est à moi.

- Désolé, rit Kenta en relachant Kana. Mais au fait... qu'est-ce que vous fesiez avant que j'arrive ? Vous en avez mis du temps à répondre.

Kana rougit subitement, Mikage se frottant la tête gêné.

- Ben... dit-il finalement. Je vérifiais quelque chose. Et en effet, je ne suis pas du tout quelqu'un de responsable.

Kana lui mit un coup de coude dans les côtes pour le faire taire. Mais cela n'empécha pas Mikage de continuer :

- On va pas te faire un dessin.

- Mikage, murmura rapidement Kana. Je crois qu'il a compris.

Plus qu'embarrassée, elle le força à le suivre hors de l'infirmerie. Mais avant de disparaitre dans le couloir, Mikage lança :

- Excuse-nous Kenta, je crois qu'on a pas fini de vérifier.

- MIKAGE TAIS-TOI ! Hurla Kana dont la voix raisonnait contre les murs du couloirs.

Lorsque les cris de Kana disparurent, Kenta ramena Sayu dans leur chambre. Il la déposa délicatement sur leur lit, puis il s'allongea à ses côtés et la prit dans ses bras.

- Je suis désolé Sayu, murmura-t-il en déposant un doux baiser sur son front. Ne t'inquiète plus, je te protègerai de tout. Toi et nos enfants.