Titre : Chasse Gardée !
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf certains agents de la sécurité de Quatre et du personnel du cirque comme Ethan, de l'orphelinat comme les Soeurs.
Pairing : 1x2, (3x4)
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell.

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Merci pour vos messages et reviews et bonne lecture à tous !


Chapitre Dix : Le soleil qui chasse la pluie, c'est ton sourire qui sèche mes larmes.

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Le soir même.
13 décembre 203
Maison de Duo.

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Arrivé au bout de l'allée, Heero marque un temps d'arrêt pour détailler un peu plus la charmante petite maison où vit Duo, qu'il n'a qu'entraperçu, en début d'après-midi.

Les rideaux aux fenêtres sont presque tous fermés et ne laissent rien deviner de l'intérieur, d'autant plus que le jour décline ; seuls ceux de l'étage de la tour semie octogonale sont ouverts, et Heero peut voir un piano à travers la baie vitrée.

Il ne s'attarde pas davantage et va sonner à la porte, respirant les odeurs variés d'un repas qui s'annonce déjà des plus prometteurs.

La douce musique qui s'élève lorsqu'il relâche le bouton le surprend légèrement, mais il se resaisit, alors que les notes s'évanouissent et laissent place aux pas feutrés de Duo, qu'il devine plus qu'il n'entend.

Heero se rend compte alors qu'il est capable de les reconnaître, c'est devenu un élément complètement familier pour lui.

La porte s'ouvre rapidement sur un Duo tout sourire… et magnifique.

Pantalon noir et chemise rouge, dont les premiers boutons ouverts laissent voir sa croix qu'il porte limite en ras-du-cou, il dégage une classe folle sans avoir l'air trop habillé, en toute simplicité.

Heero n'a absolument rien à lui envier - et il le sait bien, au fond - car il a lui-même fière allure.

Duo découvre à quel point, après un rapide baiser de bienvenue, et surtout, en le débarrassant de sa longue veste, qu'il s'empresse d'accrocher pour lui faire face au plus vite et le dévorer du regard... pour commencer.

La couleur du sweet-shirt que porte Heero a la même nuance chocolat que celle de ses cheveux, et le tissu redessine tellement parfaitement les muscles de son torse que Duo n'est plus très loin de penser qu'il pourrait ne se contenter que de ce morceau de chocolat pour dîner…

Heero lui tend alors une rose, ce qui le fait définitivement revenir à la réalité.

Il lui sourit, ému, et l'embrasse pour le remercier.

La rose est blanche mais le bord des pétales est rouge : Heero lui témoigne ainsi la passion et la pureté de son amour, et lui offre le symbole de la réunification que représente l'union de ces deux couleurs.

- Elle est très belle, Heero, merci beaucoup.

- Hn, répond-il simplement, sans le regarder.

Duo sourit, mais n'insiste pas, il se doute de toute la réflexion qu'a dû avoir Heero face à son envie de lui offrir cette rose et ce qu'elle représente, et ses hésitations.

Il s'est rendu compte assez vite qu'Heero peut être tout et son contraire en un rien de temps ; soit il veut quelque chose et donne toute son énergie pour l'obtenir, sans se poser de questions ; soit il hésite et ça peut lui prendre une journée entière avant qu'il ne se décide.

- Je vais aller la mettre dans un soliflore. Viens avec moi, que je te fasse visiter, en même temps.

Heero lui emboîte le pas dans le couloir jusqu'à la cuisine, où les odeurs sont encore plus savoureuses.

- Ca sent très bon. Qu'est-ce que tu as préparé ?

- C'est un tajine de poulet aux figues fraîches, aux épices et au miel.

- Aux figues ? En décembre ?

- Oui ! J'ai appris de source sûre que tu adorais ça. Et bien que ce ne soit pas la saison, Quatre en a reçu toute une cargaison en remerciement de je ne sais plus trop quoi, par un de ses associés chez qui c'est la période, puisque c'est l'été. Quatre partage toujours tout avec l'orphelinat et sachant pour notre dîner, il m'en a mis de côté. J'avais pensé faire un gâteau avec, mais je pourrais toujours le faire à un autre moment, n'importe quabd dans la journée, c'est pas long. Je voulais que ce dîner soit aussi proche de la perfection que possible.

Heero ne doute pas un instant des efforts qu'a fait Duo pour atteindre son objectif.

Pas seulement dans le menu, mais aussi pour le cadre : comme il a une cuisine américaine, le séjour et la salle à manger sont visibles. Heero peut donc apprécier le soin que Duo a mis dans la préparation de la table pour leur dîner en amoureux.

C'est juste ce qu'il faut : Duo a veillé à ce que ce ne soit pas "too much" en évitant l'ambiance bougies ou carrément, les chandelles.

Mais il a tout de même prévu de tamiser la lumière d'une de ses lampes, qui donnera alors une douce atmosphère orangée des plus chaleureuses et intimes.

Mais à cet instant, c'est le plafonnier qui leur sert d'éclairage, permettant une observation jusque dans les moindres détails.

Duo s'occupe de la rose, tout en regardant Heero avec une légère appréhension, guettant sa réaction, alors qu'il balaie la pièce des yeux.

Lorsqu'il se tourne enfin vers lui, toute son angoisse disparaît : Heero lui adresse un de ses rares sourires plein de tendresse.

- Merci, Duo.

- Je t'en prie !

- Est-ce qu'on fête quelque chose de particulier ?

Duo pose le soliflore sur une petite étagère surplombant le bar et rejoint Heero pour l'embrasser, avant de répondre, contre ses lèvres.

- "Juste" "nous". Le fait d'être réunis, enfin. C'est notre premier rendez-vous en amoureux, tout était improvisé, jusque là. Ca me m'a pas dérangé, ne fronce pas les sourcils comme ça, Heero ! s'amuse-t-il en s'écartant légèrement de lui. Mais je t'avais dit que je voulais te préparer un repas, et j'ai adoré le faire. L'idéal aurait été que tu rentres chez toi pour m'y trouver en train de terminer de le cuisiner, mais je pourrais toujours le faire une autre fois. Si tu veux.

- J'adorerai.

- Génial ! J'amènerai tout ce qui faut et…

Heero l'interrompt d'un baiser, puis se recule.

- Je te l'ai déjà dit, ce qui est à moi est à toi. Chez moi, tu es chez toi, Duo.

- C'est vrai que tu me l'as dit plusieurs fois. Merci. Et c'est pareil pour toi. Viens, continuons la visite, le plat doit encore mijoter une vingtaine de minutes. Ce n'est pas très grand, comme je te l'ai expliqué tout à l'heure.

Ils traversent le séjour pour que Duo puisse lui montrer le petit jardin, abrité par une belle pergola, puis Duo leur fait rebrousser chemin pour gagner l'étage, où se trouvent la salle-de-bain et trois autres pièces, dont deux chambres.

- Ici, c'est ma chambre.

Heero lève un sourcil étonné en découvrant le grand lit rond à la literie rouge et noire, surmonté d'un ciel de lit rond également, aux très fins voilages rouges.

Puis ses lèvres s'étirent en un sourire que Duo commence à bien connaître.

- Intéressant.

- C'est le père de Quatre qui m'en a fait cadeau, quand j'ai quitté l'orphelinat pour emménager ici, il y a presque sept ans.

- Il tourne ?

- Oui. Comme ça, je peux me mettre face à la télé ou face au balcon. Je peux même régler la vitesse à laquelle il tourne… Je te monterai tout à l'heure combien il est confortable, ajoute-t-il au creux de son oreille.

- Et pourquoi pas maintenant ? demande Heero en le retenant, alors qu'il s'éloignait déjà.

- Le dîner termine de cuire, c'est très risqué, mais si tu me laisses quelque minutes, je peux toujours aller…

- Non, le coupe Heero, en relevant le visage qu'il avait niché dans son cou. Tu t'es donné beaucoup de mal pour tout préparer. L'attente rend les choses encore meilleures.

- Oui, tu en connais un rayon, à ce sujet !

Heero se crispe légèrement et s'écarte, mais Duo ne le laisse pas trop s'éloigner et passe ses bras autour de son cou.

- Heero, il est temps de passer à autre chose, tu ne penses pas ? On peut en rire, maintenant, même si cette séparation a été très douloureuse pour nous deux. C'est du passé, on est ensemble, tout va bien… n'est-ce pas ?

- Hn.

- Bien, reprend Duo après un rapide baiser tout doux, alors on continue la visite ? Tu auras le temps de détailler cette pièce plus avant.

Heero jette un rapide regard aux murs ocres où sont accrochés des cadres noirs et rouges, parfois des photos, souvent des peintures, de nombreux paysages ou natures mortes, mais garde ses questions pour lui.

Pour l'instant.

Il suit docilement Duo qui le conduit vers la seconde pièce, aux tons vert, sable et mauve.

- C'est autant mon bureau qu'une chambre d'ami.

- Elle est plus grande que l'autre.

- Oui. Ici, c'était notre chambre, à Solo et moi. Après sa disparition, j'ai changé l'intérieur et je me suis installé dans l'autre pièce. Je ne pouvais pas laisser les choses en l'état. C'est étrange, parce qu'il m'est souvent arrivé, après avoir tout réaménagé, de venir dormir ici quand même.

Heero fait un tour sur lui-même pour détailler la pièce. Les murs sont beaucoup plus couverts que ceux de la précédente, et les peintures autant que les photos ici sont essentiellement des portraits, en noir et blanc autant qu'en couleurs.

Et principalement de Duo.

- Je ne suis pas narcissique, explique Duo en posant sa tête sur l'épaule d'Heero, devinant ses pensées. Solo disait que j'étais sa muse, alors pour un paysage ou un portrait de quelqu'un d'autre, il y en avait cinq ou six de moi.

- Il t'aimait.

Duo lève un regard étonné vers Heero.

- Ca se ressent, continue-t-il sans détacher son regard des cadres. J'ai... J'ai la capacité de percevoir certaines choses. Doc. J. a beaucoup travaillé sur cet aspect de ma personne, parce que ça me permettait d'identifier les faiblesses de mes cibles et d'en jouer.

- Tu es un peu comme Quatre, alors ?

- C'est un don, chez Quatre, et il s'est développé naturellement. Ma capacité n'était guère plus que cela, avant que les ingénieurs et les laborantins ne travaillent dessus. Être capable d'analyser et de définir le plus de sentiments possible me permettait aussi de lutter contre eux, si je devais un jour être touché.

- Tu as toujours été capable d'avoir des sentiments, tu n'étais pas insensible et sans cœur. C'est seulement que tu pouvais les nier au point de ne plus les ressentir, et si rapidement que c'était comme s'ils ne t'avaient jamais atteint.

- Hn, répond-il simplement, impressionné par la perspicacité de Duo.

- C'est bien ce qu'il m'avait semblé.

- Je n'avais encore jamais perçu de sentiments à travers un objet, mais je n'ai pas de doute sur la tendresse et l'amour que transmettent ces peintures et ces photos.

- Je te crois, Heero. C'est aussi pour ça que je ne les ai pas décrochées. Elles me rappellent à quel point j'ai été aimé. Tout comme ces photos que tu vois, ajoute-t-il en le conduisant devant une série de clichés pris sur le vif, parfois à l'insu des photographiés. Il y a le Père Andrew et Sœur Helen, ici, Quatre, Rashid, Sœur Ely, la Mère Supérieure. Là, c'est Quatre qui a nous a pris, Solo et moi, mais il était pas doué, à cette époque, donc c'est plutôt Solo et ma natte, parce qu'elle était sur son épaule...

Heero resserre sa prise autour de la taille de Duo, comme s'il craignait de le voir disparaître dans l'un des cadres, pour retourner à cette autre vie qu'il avait, avant lui.

Et dont il sait si peu de choses, encore…

- Aucun ne regarde l'objectif, remarque-t-il d'un ton neutre au possible.

- Non, Solo les a surpris à chaque fois alors qu'ils regardaient ailleurs. Et leurs regards sont doux, tu ne trouves pas ?

- Hn. Que regardent-ils ?

- Moi. A chaque fois. Alors quand ça ne va pas, je viens dans cette pièce et je les regarde à mon tour, et je me souviens à quel point j'ai été aimé.

- Tu l'es toujours.

- Oui, reconnaît Duo en souriant. Parce qu'il y en a qui sont toujours en vie. Et aussi, l'amour ne s'arrête pas avec la mort, c'est le plus gros mensonge du catholicisme. Je ne crois pas au "jusqu'à ce que la mort vous sépare". Elle sépare les corps, pas les âmes.

- Je suis en concurrence, alors ?

Duo étouffe son rire contre son épaule, puis reprend son sérieux et l'embrasse tendrement.

- Non, Heero. Définitivement non.

Ils se regardent un moment en silence, puis ferment les yeux en même temps, et restent un temps encore sans rien dire, front contre front, à profiter de la présence de l'autre, simplement.

C'est Duo qui finit par se reculer, faisant réagir Heero qui ouvre les yeux à son tour.

- Viens, il reste une dernière pièce, et après on passe à table. Le dîner doit terminer de cuire, ajoute-t-il après un coup d'œil à sa montre, c'est bientôt prêt.

Heero le suit de nouveau, sa main étroitement entrelacée à la sienne, jusqu'à la plus grande pièce de l'étage, située dans la tour octogonale.

De même dimension que le séjour du rez-de-chaussée, il est aménagé comme un salon anglais de l'époque victorienne, des tissus sur les murs aux meubles noirs sur lesquels trônent des services en céramique qui n'ont certainement jamais servis, en passant par les nombreux coussins aux formes variés, les rubans et les broderies aux motifs indéfinis.

Tout ceci dans une harmonie parfaite de tons et un ordre irréprochable.

Et Heero qui aime l'ordre, justement, ressent pourtant un léger malaise, et il en comprend rapidement les raisons : la pièce ne semble pas rangée, mais figée.

Le piano noir à queue, aperçu d'en bas, est ouvert, avec une partition : on pourrait presque croire que le pianiste vient juste de se lever ou alors qu'il va s'asseoir d'une minute à l'autre.

De même, en face de l'instrument, un grand chevalet supporte une toile inachevée et une palette qui ne ressemble plus à grand-chose, avec un pinceau complètement sec posé sur du vide, comme si le peintre s'était brusquement interrompu… et n'était jamais revenu.

Heero est justement en train de comprendre que c'est sûrement ce qui s'est passé, lorsque la voix de Duo résonne.

- C'était l'atelier de Solo. Cela va faire bientôt trois ans, mais je n'arrive pas à débarrasser cette pièce. J'ai donné quelques unes de ses toiles à l'orphelinat. Mais celle-ci, je ne peux pas, murmure-t-il encore en posant sa main sur la toile inachevée.

- Duo…

- J'y arriverai bien un jour, le coupe-t-il en haussant les épaules, avec un petit sourire.

Heero ne sait pas vraiment quoi faire, et il déteste ce sentiment d'impuissance.
Son premier mouvement aurait été de renverser le chevalet, mais il ne se sent pas la légitimité de faire une telle chose.

Pas encore.

Alors il n'a d'autre choix que de changer de sujet.
Ce qui n'est pas facile d'en trouver un qui le ramènerait au présent et à lui, dans cette pièce vibrant du souvenir de cet autre

- Tu es très doué pour écrire, composer et jouer de la guitare, finit-il par lui dire. Et le piano ?

- Oui. La guitare, c'est à Solo que je le dois. Et grâce à Quatre, qui m'a fait bénéficié de ses cours, j'ai apris à jouer de beaucoup d'autres instruments, comme le piano, l'alto, la flûte traversière. Toi aussi, si je me souviens bien d'une des soirées, cet été, ou on a fait un bœuf. Tu es passé du saxophone à la guitare, puis à la batterie, plusieurs fois de suite.

- Hn. Pour mes couvertures et infiltrations, j'ai dû apprendre beaucoup de choses. La cuisine, l'équitation, le dressage, la musique, piloter et conduire tout ce qui peut l'être, divers métiers.

- Est-ce que tu veux bien… me jouer quelque chose ?

Heero est surpris ; il pensait que dans ce sanctuaire, rien n'avait été utilisé ni même déplacé, depuis la mort tragique de Solo, et que rien ne devait l'être, surtout.

Duo semble comprendre ce qui lui passe par la tête, aussi lui reprend-il la main pour le guider jusqu'au tabouret, devant le piano.

Heero se laisse faire, puis attire Duo sur ses genoux et passe ses bras autour de sa taille pour atteindre les touches.

Il aurait pu jouer n'importe quoi, mais voyant une partition devant ses yeux, c'est tout naturellement qu'il se met à la lire et à la jouer.

Sentant Duo se crisper, il s'apprête à tout arrêter, mais sa voix s'élève, belle et grave dès les premiers mots, alors il continue.

-
Une main au-dessus de l'eau
Un ange montant vers le ciel
Est-ce qu'il pleut au Paradis ?
Veux-tu que nous pleurions ?

Et partout, des cœurs brisés
Sur chaque route solitaire
Personne ne peut les atteindre
Personne d'autre que toi

Un par un
Seuls les bons meurent jeunes
Ils ont simplement volé trop près du soleil
Et la vie continue
Sans toi

Une autre situation compliquée
Je me suis noyé dans le blues
Et je me suis retrouvé à me dire
Bien - que veux-tu y faire ?

Oui ! - c'était seulement une manière
De payer pour toujours chaque dette

Un par un
Seuls les bons meurent jeunes
Ils ont simplement volé trop près du soleil
Nous nous souviendrons
A jamais.

Et maintenant la fête doit se terminer
Je suppose que nous ne comprendrons jamais
Le sens de ta vie
Était-ce la voie qui était tracée ?

Un par un
Seuls les bons meurent jeunes
Ils ont simplement volé trop près du soleil
Ne pleurant pour rien
Ne pleurant pour personne
Personne d'autre que toi. (A)
-

Lorsque les dernières notes retombent, Duo tourne son visage vers Heero et lui adresse un sourire humide de larmes, qu'il essuie doucement d'un mouchoir pris à côté du piano.

- Je remplis la boîte à chaque fois parce que ça ne loupe jamais. J'ai fait mon deuil, mais c'est encore douloureux, à certains moments.

- Je suis désolé, Duo.

- Il ne faut pas, répond-il avec un sourire sincère. C'était vraiment très beau, Heero, tu es très doué, tu l'as magnifiquement joué. Je l'ai joué une seule fois en entier, c'était à l'enterrement. Depuis, je m'arrête au milieu. Ca me fait bizarre de l'entendre du début à la fin, et d'avoir pu la chanter jusqu'au bout, avec toi. J'avais essayé avec Milliardo, mais, je n'ai pas réussi. Nous étions émus l'un comme l'autre, cette chanson peut aussi parler pour Treize.

- C'est vrai qu'il est mort jeune, également.

- A 26 ans, comme je te l'ai expliqué en te racontant ma rencontre avec Milliardo.

- Hn.

- Heero… merci. Je le prends comme un cadeau.

Heero ne répond rien et le serre contre lui, alors qu'ils échangent un baiser intense, tant leur émotion est forte.

C'est le "cling cling" du minuteur qui leur parvient de la cuisine, légèrement étouffé, qui les force à se séparer.

Duo pose encore une dernière fois chastement ses lèvres sur celles d'Heero, puis se relève.

- J'espère que tu as faim !

- Hn. L'odeur seule suffirait à ouvrir l'appétit.

- Alors j'espère que tu aimeras.

- J'aime déjà, assure Heero, jouant sur le double-sens, en l'attirant contre lui pour lui voler un baiser.

Ils sortent de la pièce sans rompre leur échange, mais se séparent devant l'escalier en spirale.

Ce serait dommage de se blesser.

- Installe-toi au salon, je vais nous servir quelque chose à boire, en attendant, propose Duo, une fois arrivés à la cuisine.

- Je peux le faire, tu t'occupes déjà du dîner.

- Mais…

- Je ne suis pas un invité, Duo. C'est ce que tu as dit, non ?

- Oui.

- Bien. Que veux-tu boire ?

- Ca dépend : est-ce que tu sais faire les cocktails ?

- Je sais tout faire.

Duo lui met un coup de torchon en passant, qu'il ne cherche pas à éviter.

- Même le zizi coincoin, ajoute Heero très sérieusement. (1)

Et c'en est trop pour Duo qui s'attendait à tout sauf à ça, et qui éclate de rire.
Il doit même se tenir au bar pour ne pas tomber.

Heero ne pensait pas que ça le mettrait dans un tel état, mais il en est ravi : sa poitrine se gonfle d'une foule de sentiments et de sensations inconnus, encore une fois, mais il adore ce qu'il ressent.

Il aime le rire de Duo, son visage rayonnant et ses yeux brillant de larmes, qu'il essuie tant bien que mal en reprenant son souffle.
Il préfère celles-ci aux autres qu'il a versées, devant le piano.

- Tu ne connais pas le zizi coincoin ? redemande-t-il "innocemment".

Le pauvre Duo, qui avait réussi à se calmer, repart dans un nouveau rire, plié en deux contre l'évier, cette fois, le suppliant d'arrêter de dire ça, entre deux hoquets.

Heero l'observe calmement, sans parvenir à retenir un sourire, jusqu'à ce que Duo se redresse et le défie du regard de recommencer.

- Vraiment, Heero, si tu veux dîner ce soir, arrête ça !

- Bien. Ca ne me dit pas ce que tu veux boire. Peut-être justement un zi…

Aussi vif qu'un éclair, Duo comble le faible écart entre eux et plaque sa main sur la bouche d'Heero, dont il sent le sourire s'élargir sous sa paume.

Une paume qu'il s'empresse d'écarter et de remplacer par ses lèvres gourmandes qui dévorent celles d'Heero, longuement, les mordillant parfois comme pour le punir ou de le défier d'oser recommencer.

Duo finit par s'écarter et passe lentement le bout de sa langue sur la dernière petite morsure qu'il a infligé à Heero, puis pose son front contre le sien pour reprendre son souffle, ses mains toujours crispées avec tendresse dans ses cheveux.

- Un Black Shadow, s'il te plaît, souffle-t-il contre ses lèvres adorablement gonflées et rougies. (2)

- Bien, Maître.

Duo plonge son visage dans son cou et laisse échapper un gémissement douloureux.

- Oh God ! Heero, ne dis pas ce genre de choses de cette façon, avec cette voix-là, après un tel baiser et en me tenant si fermement dans tes bras !

- Désolé… souffle-t-il à son oreille, avec la même voix rauque prouvant qu'il ne l'est pas du tout.

Duo s'écarte avec un long soupir et retourne à ses occupations, sous l'œil amusé et attendrit de son cavalier.

- Tu es un véritable démon tentateur, Heero. Un vrai roi de la provocation. Je l'ai su dès notre première rencontre. On peut dire que tu as donné le ton, à la cantine.

- J'ai agi à l'instinct.

- Celui d'un chasseur, oui, inutile de le préciser.

Ils échangent un regard et un sourire complices, avant de chacun s'atteler à sa tâche : Heero sort ce dont il a besoin pour faire ses cocktails et Duo s'occupe de son plat enfin prêt.

Pourtant, leurs pensées sont toutes tournées vers un même souvenir : cet été et leur première rencontre.

- Je m'en souviens, j'ai craqué sur toi d'un simple coup d'œil au tract que distribuait Trowa. Ton attitude ensuite m'a soufflé. Tu dégageais tellement, Heero. Ca n'a pas changé, d'ailleurs.

- Tu m'as résisté longtemps, pourtant.

- Tu m'énervais à agir en terrain conquis. Pour toi, il ne faisait aucun doute que tu parviendrais à tes fins.

- Je t'ai voulu dès l'instant où mes yeux se sont posés sur toi, sous le chapiteau. Quand je veux, j'obtiens, c'était mon crédo.

- Tu m'appelais toujours "koï". Qu'est-ce que ça veut dire ?

- C'est du japonais. Koïbito désigne assez largement le compagnon ou la compagne, le ou la petit(e) ami(e). L'amant et l'amoureux, aussi. C'est avec ce sens que je l'ai utilisé.

- Nous ne l'étions pas encore. Ni l'un, ni l'autre.

- C'était une manière de te dire que tu m'appartenais déjà.

- Je me doutais que c'était un truc comme ça, à la manière dont tu le prononçais. Ca me rendais dingue, j'avais autant envie de te frapper que de t'embrasser.

- C'est ce que je voulais. Un coup de poing ou un baiser aurait été un préliminaire comme un autre, parce que ça se serait terminé de la même façon : la capture de ma proie.

- Quand as-tu commencé à penser différemment ? Je veux dire par là, quand est-ce que tu t'es dit je n'étais pas qu'un corps à posséder, que tu me voudrais peut-être plus que comme amant de passage d'une nuit tout au plus ?

- Je ne sais pas, Duo. Tout s'est passé très vite, cette nuit-là. Les trois jours qui ont précédé, j'étais pris par ma mission personnelle qui consistait à t'occuper, le temps que Trowa remplisse la sienne. Je devais te mettre dans un lit, le tien, le mien, peu importait, et te faire oublier jusqu'à ton nom.

Duo laisse échapper un petit rire.

- Tu n'en étais pas loin…

- Justement. Je n'ai jamais été proche de réussir, Duo, j'ai toujours réussi, du premier coup. Mais j'ai fait beaucoup d'erreurs de calculs, cette nuit-là.

- Comme ?

- J'ai sous-estimé le lien que tu avais avec Quatre, ainsi que ta force. Ce qui me fait dire que tu m'avais déjà touché. J'étais trop impliqué. Je te voulais tellement que je ne me suis pas assez renseigné.

- Serais-tu en train de me dire que tu as eu le coup de foudre pour moi dès le premier regard, Heero ? le taquine-t-il en se tournant vers lui, après avoir couvert son plat pour le laisser tiédir.

- Je ne sais pas ce que c'était, répond sérieusement Heero. Et contrairement à ce qu'on pourrait penser, je ne fais pas partie des gens qui veulent absolument mettre un nom sur tout. Mais il y a bien eu quelque chose et je ne le regrette pas, conclut-il en lui tendant son Black Shadow.

Duo le prend et en profite pour l'embrasser.
Reparler de tout ça l'émeut étrangement.

- Merci, Heero.

Heero devine que ce n'est pas seulement pour le cocktail qu'il est remercié.
Il s'est confié à Duo, bien que très naturellement, et il lui est reconnaissant de cet effort.

Ils choquent doucement leurs verres et prennent une première gorgée, sans se quitter des yeux.

- Hmmm… Il est parfait !

- Merci. T'es pas mal non plus, dans ton genre.

- Mais t'as fini, oui ! le réprimande Duo, en le poussant d'un coup très léger sur l'épaule, pour ne rien renverser. Je parlais du cocktail !

- Je sais. Il est parfait parce que je le suis.

Duo lève les yeux au plafond, mais sourit quand même.
Il glisse sa main autour de celle d'Heero, avec laquelle il tient son verre, et y trempe ses lèvres, sans le quitter des yeux.

- Ca explique pourquoi tu ne bois pas un Mojito, mais un Perfect Mojito, je présume ? demande-t-il ensuite, amusé, ayant reconnu le cocktail. (3)

Heero comble la distance entre leurs deux visages et lui vole un rapide et chaste baiser.

- Exactement.

- T'es incroyable, soupire-t-il, sans se départir de son sourire. Mais je suis forcé de reconnaître que tu es un excellent barman, Heero, ajoute-t-il, alors qu'ils gagnent le salon.

C'est tellement évident qu'il n'a même pas besoin de demander à Heero s'il a un jour dû faire ce type de job pour remplir une mission, tous ses gestes ont parlé pour lui.

Duo avait beau être occupé, ça ne l'a pas empêché de jeter de fréquents coups d'œil pour l'admirer.
Ces gestes n'ont pas été ceux, mécaniques, appris docilement, mais bien ceux issus d'une maîtrise acquis par l'expérience.
En quelques minutes, leurs deux cocktails étaient prêts et le bar rangé, nickel.

D'une commande, Duo ouvre les rideaux pour qu'ils puissent admirer le ciel nocturne, le salon étant aménagé dans la tour semie octogonale.
Puis, ils s'installent confortablement dans le canapé bas, Duo blotti contre le torse d'Heero qui le tient dans ses bras.

- Tu es aussi doué, Duo, et tu ne peux que l'être, vu comme tu es bien équipé.

- Tu parles encore des cocktails, 'ro ?

- Hn. Tu en doutes ?

- Si tu ne soufflais pas tes mots au creux de mon oreille avec une telle voix et si tu n'avais pas la main aussi baladeuse, je n'aurais eu aucun doute, mais…

Heero amène Duo a tourné son visage vers lui et l'embrasse longuement.

- J'ai envie de toi, Duo. Je contrôle mon désir, mais il ne faiblit pas, bien au contraire. La journée a été particulièrement longue et ce soir, tu es sublime. Il est donc normal que mon inconscient me fasse choisir des mots qui ne peuvent qu'être pris à double sens.

- Je peux bien le comprendre, tu sais, puisque c'est aussi ce que je ressens. Ca a été dur… difficile, pour moi aussi, surtout avec notre petite dispute de ce matin. En plus, je me suis endormi comme une masse, la nuit dernière, et je t'ai privé de câlins…

- Tu m'as privé de rien du tout, Duo. Lorsque je te dis que j'ai envie de toi, c'est aussi de ta présence. Être avec toi et être en toi sont deux choses différentes, et j'apprécie autant l'une que l'autre. Encore une fois, j'ai découvert quelque chose de nouveau.

- Comment ça ?

- Je n'avais encore jamais passé une nuit à simplement dormir dans les bras de quelqu'un.

- Ah. Et tu as vraiment aimé ?

- Hn. Mais parce que c'était avec toi, le rassure-t-il, avant d'embrasser le côté de sa nuque dégagée.

- Tant mieux. Tu n'as jamais dormi avec Trowa, alors ?

- L'un à côté de l'autre, ça nous est arrivé. Qu'on ait ou non couché ensemble avant. Les seules fois où il m'a tenu dans ses bras, c'est lors de missions qui avaient plus ou moins mal tournées.

- C'est-à-dire ?

- Le plus souvent, j'ai dû faire sauter l'appareil dans lequel j'étais.

Duo se détache pour pouvoir le regarder dans les yeux.

- Des missions suicides ? Tu étais aussi un kamikaze ?

-Non. Je connaissais mes capacités, je savais que je m'en sortirai. L'inconnue étant seulement la gravité de mes blessures et donc, le temps qu'il allait falloir au Doc J. pour me remettre sur pieds et que je puisse repartir en mission.

- Et tu supportais la douleur ? Ca a dû être horrible…

- N'as-tu pas toi-même été entraîné à supporter et résister à la douleur ?

- Bah justement ! Les simulations de tortures n'ont pas été les parties préférées de mon entraînement ! Et je suis persuadé que Doc J. t'a fait subir cent fois plus et que ce n'était pas seulement de la simulation.

- C'est vrai. Il n'empêche que grâce à cela, je suis capable de me soigner sans avoir à faire appel à un médecin, pour ce qui est des blessures physiques, par exemple.

- Promets-moi de ne jamais te remettre un truc en place devant moi, sans m'avertir de ce que tu es en train de faire, demande-t-il en se réinstallant dans ses bras. Je serai bien capable d'hurler à la mort à ta place.

- Je te le promets. Mais tu sais, ma vie n'est plus aussi risquée, à présent.

- J'ai beau admirer ce que tu es capable de faire sur Lowe et n'importe quel cheval, je n'oublie pas pour autant que tu peux te blesser et assez gravement.

- Chaque métier à ses risques, Duo.

- C'est vrai. Je suis content que tu n'aies plus à prendre que ceux-là.

- Hn.

Ils ne disent plus rien quelques instants, jouant en silence avec leurs deux mains libres, leurs doigts s'entrelaçant, se caressant, puis Duo reprend.

- Donc, si j'ai bien compris, après ces missions "suicides", c'est Trowa qui s'occupait de toi ? Mais quel rapport avec le fait de dormir dans ses bras ?

- Trowa me récupérait et me ramenait. Je le faisais aussi lorsqu'il était blessé. C'était avant d'être affectés dans ces régions désertiques où les contrats n'étaient plus si compliqués. Nous avons eu de nombreuses missions difficiles dans des régions très froides. Nous devions donc souvent dormir serrés l'un contre l'autre pour se réchauffer, lors de planques ou après la réussite d'un contrat dont on sortait blessés.

- D'accord, je comprends mieux. C'est aussi l'un des aspects de votre lien.

- Hn. Même au sein des mercenaires, j'ai toujours été seul, volontairement. Wufei et moi avons travaillé ensemble, mais nous restions deux solitaires. Lorsque Trowa nous a rejoint, les choses ont changé, imperceptiblement, mais très vite. C'était naturel, entre nous. Tout l'était. Et lorsque j'allais mal, parfois sans comprendre pourquoi, il suffisait qu'il soit là, à côté de moi. Pas besoin de se toucher. Je n'ai jamais eu ce genre de contact en dehors des missions.

- C'est pour ça que cette nuit-là, au retour du palais d'El-Nasri, tu n'es pas resté avec moi, dans ton lit ?

Heero prend le temps de boire une gorgée de son verre, avant de répondre.

- J'étais troublé. Tu avais été incroyable, au palais. Et tu me faisais ressentir des choses… étranges. J'étais plein de questions et de doutes, et je n'étais pas prêt à affronter ça.

- Je l'avais compris, grimace Duo dans son verre.

Heero le serre un peu plus contre lui et poursuit.

- Je m'étais isolé pour réfléchir, mais je crois qu'au fond, cela ne m'aurait pas dérangé de rester là à te tenir dans mes bras. Aujourd'hui, je peux l'affirmer.

- J'avais remarqué que tu faisais toujours en sorte qu'on te touche le moins possible. Pourtant, tu ne ratais pas une occasion de me coincer contre un mur. Je pensais que ça faisait partie du jeu.

- Le jeu ne dure jamais aussi longtemps, d'habitude. Je repère, j'attaque, je prends.

- Et tu jettes.

- Hn. Cela vient peut-être du fait d'avoir été manipulé génétiquement, mais je déteste le contact des autres. Je le supportais avec mes amants parce que c'était un besoin physique auquel je ne pouvais palier seul, et aujourd'hui, je le supporte pour mon travail. Je l'accepte de certains, comme Trowa, Wufei, et Sally, qui est mon médecin. Je ne l'apprécie et ne le recherche qu'avec toi.

Duo sourit, amusé et attendri en constatant, encore une fois, que Heero est capable de dire des choses très belles, voire romantiques, de parler de ses sentiments qui sont très profonds, et ce avec un naturel déconcertant, quand on connaît l'homme, mais surtout, avec le ton détaché de celui qui fait un simple constat.

Ca ne dérange absolument pas Duo, qui considère que c'est ce qui donne tout son charme et son originalité aux propos : c'est typique d'Heero, et ce n'est que pour lui.

Duo l'embrasse tendrement, en prenant tout son temps pour redécouvrir cette bouche qu'il aime tant et dont il ne se lasse pas.

Ils terminent ensuite leur apéritif en parlant de choses plus banales, avant de passer à table.

La soirée se déroule aussi parfaitement que Duo l'a souhaité.

Ils savourent leur excellent dîner autant que la présence de l'autre, dans une ambiance chaleureuse à l'intimité renforcée par la douce lumière tamisée, comme prévu par Duo, en se dévorant du regard avec toujours plus d'intensité, au fils du temps qui passe.

Le désir qu'ils ont l'un de l'autre brûle entre eux, mais comme un feu de cheminée, confortable et réconfortant, et non comme un incendie dévastateur qui leur ferait perdre le contrôle.
Au contraire, ils peuvent choisir à quel moment le déclencher.

Enfin, plus ou moins, car c'est toujours très fort, entre eux.
Mais ils en sont conscients et tant qu'ils parviennent à se contenir, ils en jouent.

Lorsqu'ils échangent une caresse ou un baiser, par-dessus la table, ils ne savent jamais si cela va calmer momentanément leur envie ou bien l'attiser dangereusement.

Et quelque soit le risque pris, ils restent les maîtres et ne franchissent jamais la limite.

Après avoir débarrassé ensemble la table, ils retournent s'installer au salon pour prendre leur dessert : des aspics au agrumes et cumin. (4)
C'est un petit clin d'œil que Duo a voulu faire à Heero, en référence à la morsure d'aspic de cet été, qui a contribué à faire évoluer les choses entre eux.

Sachant que c'est ce même type d'incident qui a coûté la vie de cet homme qui a partagé la vie de Duo, Heero est surpris mais surtout touché et heureux.
La disparition d'un être aimé est toujours tragique, pourtant Duo semble s'en être remis définitivement, et n'en souffrir que lorsque le souvenir est particulièrement fort, comme lors de la chanson, en début de soirée.

Heero est rassuré de ne pas avoir à lutter contre un fantôme et un souvenir.

Une fois leur dessert terminé, Duo l'abandonne le temps de tout ramener à la cuisine et de lancer me lave-vaisselle, puis revient vers lui avec deux thés à la menthe pour clore le repas.

Ils trouvent rapidement la position parfaite pour pouvoir également s'embrasser à loisirs.

Ce dont ils ne se privent pas.

Heero n'a pas menti à Duo, lorsqu'il lui a dit aimer et rechercher son contact ; jamais encore, il ne s'était senti si avide de caresses, du simple touché, du moindre effleurement.

Et jamais il n'aurait pensé qu'il accepterait cet état, et avec une telle rapidité et si facilement.
Toucher Duo, le caresser, le goûter, et réciproquement l'être par lui sont autant des besoins que des envies.

- C'était délicieux, Duo, merci, murmure-t-il, après un énième baiser.

- Merci à toi ! Je suis content que ça t'aies plu.

- Où as-tu appris à cuisiner aussi bien ?

- C'est à Solo que je le dois.

Encore Solo.

Oui, Duo a l'air d'avoir fait son deuil, mais Solo n'en reste pas moins une partie de sa vie.
Et Heero se doit de la connaître.

- Parle-moi de lui… s'il te plaît, ajoute-t-il en se rendant compte de sa légère brusquerie.

D'un sourire, d'une caresse sur la joue et d'un baiser sur le bout de son nez, Duo le rassure.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Rien.

Duo lève les yeux au plafond quelques secondes, et soupire.
Mais une douce chaleur l'a gagné, à ces mots et leur signification implicite.

- Ok, qu'est ce que tu as besoin de savoir ?

- Tout ce que tu accepteras de me dire, depuis le début.

- Eh bien… Nous avons grandi à l'orphelinat. Solo venait d'Eldeux, lui aussi. Si tu veux vraiment le savoir, je te raconterais comment il est arrivé ici. Mais une autre fois, parce que c'est une très longue histoire.

- Si ça n'a aucun rapport avec toi, je n'ai pas besoin de le savoir. Sauf si tu y tiens, ajoute-t-il, se rendant compte qu'il peut le blesser par ses mots.

Duo ne semble pas réagir d'une manière particulière, cependant, ce qui le rassure.

Il a un peu l'impression de marcher sur des œufs, ce terrain lui est totalement inconnu, voire inhospitalier.

- Non, je ne pense pas, répond Duo. On verra, si un jour je suis amené à t'en parler. Quoi qu'il en soit, Solo était déjà ici, quand je suis arrivé. Nous nous sommes très vite liés, quand j'y pense. Il avait quatre ans et demi de plus que moi et du coup, il m'a immédiatement pris sous son aile, me protégeant des plus grands. Même des plus grands que lui. Fallait le voir, il avait pas dix ans, et il imposait déjà le respect et l'admiration, sans jamais recourir à la violence. C'était pas difficile, avec sa gueule d'ange. C'en était un, à mes yeux et pour beaucoup. Mais c'était aussi un gredin, une vraie tête brûlée qui n'avait peur de rien ni de personne.

Duo prend un moment pour boire un peu de son thé.

Il a beau être plongé dans ses souvenirs, il sent et apprécie toujours le souffle d'Heero contre sa nuque et sous son oreille, la caresse de ses doigts sur son ventre, sous sa chemise, au bout de son bras qui entoure sa taille.

- J'étais orphelin, et pourtant, j'avais une famille que je m'étais construite. Le Père Andrew Maxwell et Sœur Helen étaient mes parents, Solo et Quatre mes deux frères. Même si ces deux-là ne se considéraient pas vraiment comme tels.

- Hn ?

- J'étais très proche de chacun d'eux, mais ils ne l'étaient pas l'un de l'autre. Quatre a toujours gardé une certaine distance vis-à-vis de Solo.

- Pourquoi ?

- Lui-même ne l'a jamais vraiment su. Ils étaient liés, aussi, mais ils répétaient toujours que sans moi, ils ne l'auraient jamais autant été. C'est bizarre parce qu'ils avaient des points communs : la mère de Solo était aussi une anglaise vivant en Amérique et son père était un cheik, mais il n'a jamais reconnu son fils. Et comme tu as pu le voir sur les photos là-haut, Solo avait hérité des cheveux blonds et des yeux verts de sa mère, alors son père n'a pas eu trop de difficultés à le faire passer pour un orphelin qui en avait après son argent, à la mort de sa mère. Finalement, je suis en train de te raconter son histoire…

- Tu peux continuer.

- Je résume ou on y sera encore demain. A Eldeux, le Père Andrew avait recueilli Solo à la mort de sa mère et connaissant l'histoire de sa conception, il l'a envoyé ici, à l'orphelinat que tenait son frère, le Père Christopher Dean Maxwell. Il l'a aidé à retrouver son géniteur. Après avoir été rejeté, Solo, qui n'avait même pas cinq ans encore, n'a pas voulu rentrer en Amérique, il est resté à l'orphelinat et à définitivement oublié qu'il s'était appelé Soleymane, un jour.

- Soleymane ? répète Heero.

- Oui ! Tu vois, c'est comme avec Quatre, c'est pas le visage que tu t'attends à trouver derrière le nom. Ces petits points communs ne les ont malheureusement pas spécialement rapprochés, tous les deux.

- Une histoire de jalousie ?

- Il y en a certainement eu un peu des deux côtés, durant ces seize ans, à certains moments. On est parfois très con, gamin. Mais la différence d'âge avec Solo a évité les grosses crises, je pense. Quand Solo et moi sommes devenus amants, j'ai cru que Quatre était jaloux. Mais en fait, il avait seulement peur pour moi. Les premières expériences sont déterminantes, à ce qui paraît.

Heero profite de ce que Duo reprenne une gorgée de son thé pour poser la question qui lui brûle les lèvres.

- Il a été le premier ?

Duo s'appuie un peu plus contre lui et glisse les doigts de sa main libre entre les siens, toujours contre son ventre.

Il s'attendait à cette question et sait que quelque part, Heero connaît déjà la réponse.
Et que ce n'est pas celle qu'il souhaiterait entendre.

- Solo a été mon premier amour et mon premier amant, oui. J'avais seize ans. Enfin, il m'a donné mon premier baiser à quatorze ans, mais il a fallu attendre encore deux ans avant qu'on ne se décide à se mettre vraiment ensemble.

- C'est long.

Duo éclate de rire, ce qui allège considérablement l'atmosphère, logiquement emprunte de gravité et de nostalgie, et embrasse Heero sur la joue.

- Quoi ? ronchonne celui-ci.

- Rien, t'es juste adorable, mon Heero. Et tu as raison, c'est long. Mais tu vois, le premier baiser de Solo, il me l'a présenté comme une aide. J'avais un rendez-vous et d'après lui, je ne pouvais pas y aller en ne sachant pas embrasser. C'était une excuse, il ne voulait pas qu'un autre que lui me donne mon premier baiser.

- Ca se comprend.

- Bah moi, j'ai pas compris tout de suite. Quand on s'est embrassé, ce jour-là, j'ai cru, avec ma naïveté d'ado, que j'avais eu "the" révélation : Solo était mon âme sœur, ce serait lui, et personne d'autre. Mais je n'ai rien dit et Solo m'a "laissé grandir", selon ses propres mots. Toutes les personnes avec qui je suis sorti, les deux années qui ont suivi, ne m'ont pas apporté le dixième des sensations que j'avais eu, à ce premier baiser, alors ça renforçait ma conviction. Et puis, on a continué à s'embrasser quelques fois, avec Solo, sur un prétexte ou un autre, et c'était à chaque fois magique. C'était la preuve irréfutable qu'on était fait l'un pour l'autre, qu'il était ma moitié.

- Tu le penses encore ? demande Heero, légèrement crispé.

Il n'est clairement pas en train de vire la meilleure partie de la soirée, mais il sait qu'ils doivent en passer par là.

- Il est mort, Heero.

- Tu peux continuer de le croire. Tu as dit que la mort ne séparait que les corps.

- Et je t'ai dit que tu n'étais pas en concurrence. Mais tu as raison, je l'ai cru après sa mort, et jusque très récemment. Plus maintenant.

- Parce qu'on s'est rencontré ?

- Rêve pas trop ! le taquine-t-il.

Heero resserre sa prise autour de son corps.

- J'ai l'impression de ne faire que ça, depuis qu'on s'est retrouvé, Duo. Mais je suis heureux que tu sois réel, que tout le soit.

- Je suis heureux que tu sois là, répond Duo, ému, avant de l'embrasser.

- Vous êtes donc restés ensemble cinq ans, reprend Heero, rasséréné par cet échange et prêt à en savoir plus.

- Oui. On a réussi à cacher notre relation aux autres orphelins pendant presque un an. Mais c'était malsain comme attitude, alors Solo et moi avons fini par demander au Père Maxwell et à la Mère Supérieure l'autorisation que je vienne vivre avec lui, ici. Il y habitait depuis deux ans déjà, puisqu'il travaillait depuis sa majorité en tant que professeur de sciences. Ce qui posait le problème de la relation prof/élève, en plus du fait que j'étais mineur encore. Mais avec la guerre civile qui a éclaté, je me suis mis à faire des cauchemars, alors on a pris prétexte de ça pour justifier mon besoin de m'isoler de l'orphelinat. Quand Raberba Senior a réussi à ramener la paix, une amie aussi orpheline, Hilde, est venue habiter avec nous pour faire taire les rumeurs, jusqu'à mes dix-huit ans. Après, on a dit merde à tout le monde !

- On vous a laissé tranquille ?

- Relativement, oui. C'était juste d'un point de vue légal que ça posait problème, tout le monde nous soutenait. Ils étaient tous habitués à nous voir ensemble, on a toujours été inséparables. Même lorsque Solo avait un amant, je restais sa priorité. Et personne n'a été étonné de son sacrifice, il y a presque trois ans.

Le silence retombe, étrangement confortable, puis la voix d'Heero résonne de nouveau avec douceur.

- Avant, je trouvais ça stupide, mais finalement, je vois qu'il y a une certaine beauté dans ce geste de sacrifice.

- C'est le propre du sacrifice : c'est beau et stupide. L'important, c'est de ne pas le rendre vain. De ne pas faire n'importe quoi de cette vie qui a eu tellement de valeur aux yeux d'une autre personne, au point qu'elle l'a sauvé en payant le prix le plus fort.

La main de Duo s'est détachée de celle d'Heero pour glisser vers sa hanche marquée.
Mais Heero passe sa main dessous pour que ce soit la sienne qui se pose sur l'une des cicatrices que Duo a gardé de sa période d'automutilation, et il la caresse doucement.

- Et tu l'as compris, Duo. C'est la seule chose qui doit compter.

- Je sais, sourit Duo pour le rassurer, en reprenant sa main pour la serrer fort.

- J'ai toujours un peu de mal à comprendre cet élan qui pousse certains à renoncer à la vie. Pourtant, je me sais capable de le faire pour toi, Duo.

- Tu l'étais et es toujours capable de le faire aussi pour Trowa.

- Hn.

- Et lui aussi, pour toi.

- Hn.

- Et moi aussi, pour Quatre comme pour toi, assure-t-il contre ses lèvres, avant de l'embrasser. Dis, reprend-il en posant sa tête sur son épaule, tu as déjà eu à faire face à cette situation ?

- Pourquoi cette question ?

- Tu as l'air d'y avoir réfléchi. A moins que tu y pensais à cause de Solo et moi ?

Heero ne répond rien un long moment, alors Duo relève la tête, repose sa tasse de thé et prend le visage d'Heero entre ses mains.

- Si tu veux me parler de tes missions, Heero, tu peux le faire.

- Tu n'aimes pas cette partie-là de mon passé.

- Mais c'est ton passé, Heero. Il est derrière toi, à présent. Tu l'as accepté, moi aussi, c'est pour ça qu'on peut aller de l'avant. Et puis n'attends pas d'occasions pour l'évoquer, si en parler peut te soulager, n'hésite pas. Je suis là pour ça, aussi. Tu as le droit de t'appuyer et de te reposer sur moi, Heero.

- Duo…

- Je veux que tu sois heureux et bien dans ta vie, le coupe-t-il avec un doux sourire qui menace de le faire fondre un peu plus. Il ne doit y avoir aucun tabou, entre nous, je veux que tu te sentes assez à l'aise pour parler de tout, sans aucune crainte.

- C'est ce que tu ressens… avec moi ?

- Oui, honey. Je ne parle plus de Solo de la façon dont je viens de le faire, aujourd'hui, tu sais. Ce n'est plus si douloureux d'évoquer les souvenirs, mais je ne le fais pas facilement et pas avec tout le monde.

- Merci, Duo.

Il lui donne un tendre baiser, puis se réinstalle contre lui.

- Tu as donc eu à faire à ce genre de situation ?

Heero refuse de lui mentir, mais il ne peut lui dire toute la vérité.

- Pas exactement, et je n'étais pas concerné directement. Un mercenaire de ma connaissance a eu un contrat difficile. La personne qu'il devait tuer a accepté sa mort parce que le commanditaire voulait le séparer de son amant. Alors il l'a protégé en se laissant tuer.

- C'est dégueulasse ! s'insurge Duo en se redressant.

Heero ne peut retenir un sourire, c'est tellement… Duo de réagir ainsi.

- Ca l'est. Mais apparemment, il n'avait pas d'autre choix. Il voulait la paix et la sécurité pour celui qu'il aimait.

- Et l'amant en question, il s'en est remis ?

- Je me pose des questions aujourd'hui, après n'y avoir plus songé pendant très longtemps.

- Je trouve ça terriblement triste, soupire Duo, de nouveau blotti contre Heero.

- L'histoire est triste, mais tu ne dois pas l'être, Duo.

- C'est difficile. Pourtant, je pense que le fait de connaître Milliardo me permet d'être moins touché par cette histoire. Il ne s'est jamais vraiment remis de la disparition de Treize, et pourtant, il continue de vivre avec un courage qui force l'admiration.

- On a bien vu…

- Hey ! se redresse vivement Duo, tu vas pas recommencer, c'est toi qui…

- Je sais, je sais, le coupe Heero en lui mordillant l'oreille pour le détourner du sujet. Est-ce que Milliardo t'a raconté comment était mort son amant ?

- Il a eu un accident, mais Mill' pense que c'était un assassinat. Malheureusement, ses recherches n'ont rien donné. Pourquoi ?

- Simple curiosité.

- Tu n'es pas curieux, Heero.

- Faut croire que je le deviens.

- Je vais faire comme si je te croyais, jusqu'à ce que tu te décides à me dire réellement ce qui te pousse à me poser cette question.

- Je me demandais seulement jusqu'à quel point Milliardo avait pu se confier sur la mort de son compagnon. Tu es bien placé pour savoir que ce n'est pas facile de le faire. Ca me donne une idée de l'importance que tu as pour le prince de Sank.

Duo le regarde longuement, puis se laisse aller dans ses bras.

- Ok. Pour en finir avec Milliardo et Treize, avoir cet exemple me rend encore plus décidé à profiter de mon bonheur avec toi. Connaître quelqu'un dont l'amour profond a été si brusquement brisé m'a aidé à comprendre tes raisons et tes actions.

- J'ai déjà remercié Milliardo pour ça.

- T'as eu du mal, et ce n'était que par téléphone…

- Tu as couché avec lui, Duo, pendant trois mois. Et je vous ai vu…

- Encore une fois, tu es le seul et unique responsable dans cette affaire.

- Et aujourd'hui, je veux être le seul et unique dans ta vie.

- Tu l'es, répond fermement Duo en levant les yeux vers lui. A avoir cette place particulière, je veux dire.

- Ca me va.

- Vraiment ?

- Hn. Je veux bien cohabiter, mais mon espace, je ne le partage pas.

Duo secoue la tête avec un grand sourire, sans le quitter du regard.

Puis leurs visages se rapprochent doucement, leurs nez s'effleurent, se caressent tout comme leurs souffles par leurs lèvres entrouvertes, avant que leurs yeux ne se ferment et qu'elles ne se rejoignent enfin.

Il ne faut guère longtemps à leur désir en sommeil pour se réveiller, enfin libéré, et prendre possession de chaque cellule de leurs corps, qui s'embrasent sous le feu de leur passion.

Heero finit par emporter Duo jusqu'à sa chambre, et Duo se félicite d'avoir songé à le faire visiter avant, parce qu'il n'aurait juré pouvoir les guider, tant leurs baisers lui ont déjà fait perdre ses repères.

Arrivés dans la chambre, Heero abandonne Duo au milieu des draps, le temps nécessaire pour finir de se déshabiller, car il s'est déjà occupé de semer les vêtements de Duo et une partie des siens du salon à la chambre.

Ceci fait, il le rejoint au centre du lit rond, libérant les voiles du baldaquin au passage et recouvre enfin Duo de son corps nu, qui se presse contre le sien, délicieusement tentateur et provocant.

Heero ne tarde pas à en prendre possession, chaleureusement accueilli par Duo.

C'est souvent ainsi qu'ils commencent les réjouissances : une première fusion rapide de leurs corps, pour apaiser leur désir avec lequel ils ont bien joué, souvent, et le stabiliser, ensuite…

Ensuite…

Des heures à se toucher, se caresser, se tenter, se découvrir et s'aimer, enfin, encore et toujours…

Mais pour le moment, ils sont tous les deux tournés vers ce besoin d'un assouvissement rapide et intense, qu'ils trouvent en se donnant mutuellement le plus de plaisir possible, en partageant cette osmose présente entre eux jusqu'à la perfection.

Soudain, alors que durant cette première étreinte ils n'ont généralement pas l'habitude d'échanger autre chose que des soupirs et des gémissements, voire des cris, trop occupés qu'ils sont à se rappeler de respirer, peut-être, un "je t'aime" passionné résonne dans le concert de halètements.

Duo se crispe quelques secondes.

Mais dans le feu de l'action, comment savoir si ce sont aux mots d'Heero ou à ses mouvements en lui qu'il a réagi ?
Comment savoir s'il est plus ou moins rouge, dans cette semi-obscurité ?

Heero ne peut rien lire du langage corporel de Duo et seul le silence, entrecoupé par leurs souffles saccadés, lui répond, alors qu'il a presque inconsciemment ralenti la cadence pour pouvoir éventuellement permettre à Duo de dire quelque chose…

Mais Duo, éclairé par un rayon de lune, à la luminosité à peine atténuée par le voile, regarde seulement Heero avec une infinie douceur, et énormément de tendresse, avant de se redresser pour capturer ses lèvres entrouvertes, rougies et gonflées.

Alors qu'Heero est entrain de réaliser qu'il n'obtiendra aucune réponse, Duo parvient à le renverser sans le faire sortir de son corps et le chevauche sans plus attendre, avec une fougue qu'il ne lui avait encore jamais témoigné.

C'est tout simplement… renversant.

Très vite entraîné dans cet océan de plaisir et de volupté, fasciné par la beauté sauvage et presque mystique de Duo, à cet instant, qui ondule sur lui avec une sensualité folle, ses longs cheveux cascadant sur eux, Heero oublie momentanément que ce n'était pas vraiment sous cette forme qu'il voulait et espérait que Duo réponde à sa déclaration.

Il lui rend donc son étreinte avec la même fougue, la même passion, le même amour, sans se poser de questions, sans réfléchir, prenant et donnant, simplement.

Lancés à un tel rythme, effréné et intense, ils ne tardent guère à atteindre le ciel connu seulement par de rares couples.
Ils se libèrent en même temps, avec cette synchronisation parfaite, qui confirme l'harmonie et l'osmose de leurs deux êtres, fusionnés en un seul par l'amour qui les lie.

Habituellement, après ce premier round, ils prennent un petit moment pour se remettre en se dévorant des yeux, en laissant leurs mains caresser leurs corps, s'approprier encore un peu de l'autre.

Mais cette fois-ci, leur étreinte a été réellement très intense, aussi bien physiquement qu'émotionnellement.
Surtout dès le moment où Duo s'est retrouvé sur Heero, se donnant à lui de manière si captivante et excitante, envoutante, si passionnément et amoureusement, et Heero lui répondant avec la même passion, troublé et excité comme jamais par cette situation.

C'est pourquoi ils s'endorment très rapidement tous les deux, étroitement serrés dans les bras l'un de l'autre, comblés au possible.

-

-
Un peu plus tard dans la nuit…

-

Très sensible aux changements de température, l'absence de la chaleur du corps d'Heero contre le sien finit par réveiller Duo.

Il se redresse et dans un même mouvement, s'étire légèrement en balayant la pièce du regard, s'habituant assez rapidement à la pénombre, pour confirmer ce qu'il soupçonne déjà : Heero n'est plus dans la chambre.

Après un nouvel étirement il se lève, cherche son bas de pyjama et ne le trouve pas, puis avise celui d'Heero qu'il avait préparé la veille, posé sur son sac et qu'il n'a pas utilisé. Il l'enfile avant de sortir et de descendre, après avoir vérifié qu'Heero n'était pas à la salle de bain ou ailleurs à l'étage.

Heero est bien dans le salon, assis sur le rebord de la fenêtre, avec une tasse de lait chaud dans la main - Duo le reconnaît à l'odeur caractéristique qu'il dégage - : il ne doit pas être là depuis longtemps.

Duo le rejoint et s'assoit sur le rebord aussi, face à lui, sans un mot.
Heero, qui avait le visage levé vers le ciel étoilé et la lune, s'arrache à sa contemplation pour regarder Duo, et lui sourit tendrement.

Mais Duo rate ce sourire, qui n'est pourtant pas anodin de la part d'Heero.

Il ne le voit pas, car toute son attention est focalisée sur le regard d'Heero, qui exprime tant de choses, en cet instant, que Duo est à la limite de songer qu'il rêve et ne s'est pas réellement réveillé.

Souriant toujours avec la même tendresse, Heero lui tend la tasse de lait chaud que Duo prend avant de boire, sans vraiment avoir conscience de ses gestes, toujours aussi peu sûr qu'il est de vivre quelque chose de réel, toujours prisonnier du regard de son cavalier.

Lorsque le liquide presque brûlant se déverse dans sa bouche puis dans sa gorge, Duo comprend qu'il n'est pas en plein rêve, parce que rien n'a changé autour de lui, alors que la surprise et la douleur auraient suffit à lui faire reprendre conscience.

Heero, qui a deviné, à sa grimace, que le lait chaud a été plus douloureux que réconfortant, lui reprend la tasse des mains - et Dieu seul sait par quel miracle Duo ne l'a pas laissé échapper - et la repose sur le rebord, loin derrière lui.

Ceci fait, il prend le visage de Duo en coupe pour l'embrasser, et caresser de ses lèvres et de sa langue chaque zone susceptible d'avoir été brûlée.
Ce qui veut dire qu'aucune n'est négligée.

Un autre feu s'allume alors entre eux, bien moins désagréable et douloureux qu'un lait trop chaud…

Et Duo oublie rapidement la raison pour laquelle il doutait d'être complètement réveillé.

Jusqu'à ce que, reposant l'un contre l'autre dans leur lit, qu'ils ont réussi à regagner à un quelconque moment de leur étreinte passionnée, Heero pose de nouveau ce regard sur lui.

Un regard incertain où s'agite une foule de sentiments, dans lequel Duo lit plusieurs choses : Heero l'aime, Heero doute.
Duo est persuadé que l'inquiétude qu'il y voit ne concerne pas les sentiments qu'ils partagent, et il pense savoir ce qui se passe dans la tête d'Heero.

C'était évident qu'il allait arriver un moment où Heero allait s'arrêter sur leur situation, leur lien et leurs sentiments ; Duo est plutôt content que ça se passe maintenant, alors qu'ils sont ensemble, et qu'Heero est assez troublé pour ne pas réussir à se cacher derrière un masque.

Il ne le fait plus vraiment lorsqu'ils sont seuls, mais il garde encore certains automatismes de défense, qui se seraient sûrement enclenchés, si Heero n'avait pas perdu autant de ses repères.

Duo accentue ses caresses pour le détendre et non pour l'exciter, puis se lance, ses yeux toujours plongés dans les siens.

- Heero, tu sais, commence-t-il dans un murmure, ce n'est pas obligé de marcher, entre nous.

L'ancien mercenaire se crispe, et Duo sait qu'il a vu juste ; il le serre un peu plus contre lui pour le rassurer.

- Ce que je veux dire par là, c'est qu'on va tout faire pour que ça fonctionne, c'est évident. Mais l'erreur est humaine. Je suis aussi un être humain, et tu as accepté que ton côté humain reprenne la place dominante en toi, alors… on a le droit à l'erreur, tous les deux. On ne peut pas être parfaits dans ce cas-là. Tu n'as pas à te prendre la tête, c'est une perte de temps et on a mieux à faire de notre vie, non ?

- Hn.

- Tu n'es pas convaincu.

Heero le regarde longuement, tout en jouant avec une mèche de ses cheveux, ce qui l'apaise.

- Chaque moment passé avec toi me le confirme : j'ai la certitude que tu es… celui qui me correspond. Mais ça ne repose sur rien de concret.

- C'est sympa, ça ! Ne fais pas cette tête, je te taquine, honey, le rassure-t-il en posant sa main sur sa joue. Je vois très bien ce que tu veux dire, mais… que fais-tu de nos sentiments ? Ils ne sont pas assez concrets, pour toi ?

- Je sais qu'ils existent, je les ressens. Seulement d'où viennent-ils, Duo ?

- Ils viennent de nos cœurs, de nos âmes, de nos vécus antérieurs, et peut-être y a-t-il d'autres sources que nous ne soupçonnons pas.

- Nous ne nous connaissons pas vraiment et pourtant, nous nous sommes liés très rapidement. Et c'est tellement fort, entre nous. Ca n'a rien de rationnel.

- Faut-il que ça le soit absolument ?

Heero ne répond rien, alors Duo reprend, sa main caressant toujours sa joue avec tendresse.

- Tu acceptes l'idée que nous ayons une âme ?

- Évidemment.

- Et l'idée que cet élément immatériel voyage d'une vie à l'autre ?

- Éventuellement. Certains faits abondent dans ce sens.

- Le sentiment de déjà-vu, déjà-vécu ?

- Entre autres.

- Bien. Alors tu peux accepter, ou au moins y réfléchir, au fait que nos âmes, dans des corps et des vies différentes, se sont déjà rencontrées et liées.

- Hn.

- Dans notre vie actuelle, elles se sont retrouvées et reconnues, et nous ont guidé l'un vers l'autre. Alors quelque part, nous nous connaissons. Mais nous devons faire connaissance avec les corps qui se sont vus attribués nos âmes et ce qu'on a fait de cette nouvelle vie, avant nos retrouvailles.

Heero glisse son visage jusqu'à ce que ses lèvres rencontrent la paume de Duo, sur sa joue, et les presse contre elle.

- Sur le fait de connaître nos corps, nous avons bien avancé, murmure-t-il en se remontant une de ses jambes le long d'une des siennes.

- Ce n'est pas vraiment ce que j'entendais par là, sourit Duo, parce qu'à ce niveau, je pense qu'on peut affirmer qu'on se connait vraiment bien. Mais c'est aussi à prendre en considération.

- Je ne me lasserai jamais de découvrir ton corps, Duo, réplique Heero en le renversant sous lui. Jamais.

- J'espère bien… a encore le temps de dire Duo, avant qu'Heero ne lui ravisse ses lèvres pour un langoureux baiser.

Lorsqu'ils finissent par consentir à s'écarter l'un de l'autre, bien que très légèrement, Duo sourit à Heero, passant et repassant sa main entre ses courtes mèches brunes.

- Il n'y a absolument rien de rationnel à aimer quelqu'un si fort et si vite, Heero. C'est peut-être pour ça qu'on est heureux et si bien ensemble. Je n'ai pas d'autre explication.

- Je crois n'en avoir pas besoin.

- Si ça change et que tu t'interroges de nouveau ou que tu doutes, tu sais quoi faire, Heero.

- Hn.

- Je ne prétends pas avoir toutes les réponses, mais nous pourrons au moins les chercher ensemble. Et si nous ne les trouvons pas...

- Tu me feras oublier que je me suis un jour poser des questions. Je te fais confiance pour ça, Duo.

- Laisse-moi te montrer à quel point tu as raison...

Heero sourit et s'abandonne entre les bras de Duo, qui initie cette fois leur baiser.
Et il en garde le contrôle absolu, ainsi que de tout ce qui s'ensuit, pour les plus grands bonheur et le plaisir de son amant autant que les siens.

Et ce, jusqu'au petit matin…

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A suivre…


Notes :

/!\ l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. /!\

(1) Le Zizi coincoin : liqueur d'oranges et jus de citron. On ne le trouve pas partout, en tout cas pas souvent sous ce nom. C'est toujours un moment très drôle, lorsqu'on commande XD. Imaginer la tête d'Heero disant ça très sérieusement m'a vraiment fait rire, je devais vous le faire partager.

(2) Le Black Shadow est un vrai cocktail ( black Eristoff, coca/pepsi, citron) mais c'est aussi et surtout un des surnoms de Duo dans le manga.

(3) Le Perfect Mojito (trait d'angostura bitter, eau gazeuse, menthe, sucre, citron vert, rhum cubain) est (à ce qui paraît) la variante la plus consommée du Mojito (eau gazeuse, menthe, sucre, citron, rhum blanc). Il est un peu plus fort et plus mentholé.

(4) Salade d'agrumes, gélatine et Grand Marnier servie dans un verre, un peu comme une verrine.

(A) No one but you : cette chanson des trois membres restant de Queen a été écrite après le décès de la Princesse Diana en août 1997 (la chanson lui est dédiée), mais elle est surtout un éloge à leur leader Freddie Mercury et à tout ceux morts trop jeunes. On voit sur la pochette Icare, volant trop près du soleil et qui mourra car ses ailes de cire fondirent. Ce thème est présent dans les paroles de la chanson (they only fly too close to the sun / ils ont simplement voler trop près du soleil). Perso, je conseille de l'écouter à ceux qui ne la connaissent pas. C'est une chanson qui, par ses paroles, l'émotion des chanteurs et la musique m'arrache le coeur...

Notes de l'auteure.

Merci d'avoir lu ce long chapitre avec peu d'action et beaucoup de paroles, j'espère que vous avez aimé quand même !

Sur mon bloc, il ne prenait pas tant de place ==' du coup j'ai coupé, et vous aurez la suite dans le prochain chapitre, avec le retour de Milliardo et le début des réponses promises. J'en ai déjà donné quelques unes ici …

A bientôt pour la suite pour ceux qui le veulent.

Bonne continuation.

Lysanea

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