Chapitre 8:
- Elena, tu commences sérieusement à m'échauffer !
La principale concernée ne daigna pas répondre. Les lèvres pincées, elle continuait de marcher droit devant elle d'un air furibond, Damon sur ses talons.
- Bon, déclara celui-ci d'un air renfrogné en s'arrêtant soudain net. On va régler cette histoire en adulte.
Il l'entendit vaguement marmonner au loin : « comme si tu en étais capable ».
- On va régler ça en adulte, répéta-t-il sans se dépêtrer de son calme olympien. Et on va régler ça maintenant. Je te laisse donc approximativement 10 secondes pour t'arrêter, ajouta-t-il en jetant un bref regard à la montre qu'il portait au poignet, avant que je te jette sur mes épaules comme un vulgaire sac de pommes de terre et que je te ramène chez toi contrainte et forcée.
Elena serra les poings mais continua de mettre un pied devant l'autre. Si il croyait qu'il arriverait à obtenir ce qu'il voulait d'elle en la menaçant...
- 9..., entendit-elle dans son dos. 8... tu sais que je serai auprès de toi en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, n'est ce pas ?
Elle l'ignora une fois de plus et il soupira.
- 7... tiens, il va faire nuit, remarqua-t-il en levant les yeux au ciel. Une jeune fille fuyant une abominable créature de la nuit dans une rue déserte... pittoresque, non ? 6...
Elena ne sembla pas l'entendre, mais cela n'avait plus rien à voir avec la force qu'elle mettait à ignorer catégoriquement toutes ses interventions. Elle était en effet désormais beaucoup trop loin, et sa longue crinière brune se mouvant au rythme de ses pas vifs était la seule chose qu'il distinguait encore. Il l'observa un court instant, songeant à quel point il aurait été plus aisé et ô combien moins fatiguant de la laisser simplement partir...
- Bon, ça suffit maintenant, grogna-t-il avec impatience
Elle avait beau avoir été prévenue, Elena ne put s'empêcher d'étouffer un glapissement de surprise lorsqu'elle se sentit soulever de terre par une force surhumaine. Jetée comme un poids mort sur les épaules de Damon, elle s'écrasa contre lui à grand renforts de piaillements.
- Repose moi immédiatement !
- On ne peut pas dire que tu n'as pas été averti, annonça-t-il calmement en se mettant à marcher d'un pas tranquille, un large sourire satisfait étirant ses lèvres
- Tu n'es même pas arrivé jusqu'à zéro, rugit-elle, le sang affluant jusqu'à son visage renversé lui colorant les joues
- Je ne suis pas très patient, en effet, concéda-t-il d'un air faussement désolé. Tiens-toi tranquille, ajouta-t-il en lui donnant une légère secousse tandis que le corps d'elena était pris de véritables convulsions dans l'effort qu'elle faisait pour parvenir à se libérer
- c'est ça, s'indigna-t-elle, la façon que tu as de « régler les choses en adultes »? Et tu crois que ça fait de toi quelqu'un de responsable et de mature ?
- A peu près autant que toi faisant une véritable crise d'hystérie uniquement parce que j'ai dit être toujours en contact avec Rebekah.
Le visage d'Elena se décomposa et elle arrêta instantanément de se débattre, son corps s'affaissant lourdement. Devant son silence éloquent, Damon sourit de plus belle. Un point pour lui.
- ce n'est pas du tout ça, l'entendit-il dire d'une petite voix étouffée, ce qui ne fit que lui donner davantage raison
- Alors qu'est ce que c'est ? Demanda-t-il brusquement
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Elle ne répondit pas et il la fit glisser de son épaule avec une facilité déconcertante, la mettant debout sur ses deux pieds, face à lui. Elena, mortifiée, leva son visage vers lui et crut que son cœur allait déborder de sa poitrine. Il la fixait de son regard insondable, ses deux iris délavées braquées sur elle comme pour la presser de répondre. Elle ouvrit légèrement la bouche mais aucun son n'en sortit. Immobile telle une statut de granite, elle était à l'image même de la carpe, impavide. Mais comment est-ce que son esprit était censé fonctionner normalement, comment sa langue était-elle supposée se délier lorsqu'il gardait ses deux mains posés sur sur elle et que ce simple contact suffisait à lui bloquer la respiration. Elle se demanda même si elle en avait une, tant elle éprouvait une singulière difficulté à trouver son souffle dans l'étourdissement de ses sens. Elle sursauta légèrement en sentant la pression de ses doigts se resserrer autour de ses épaules. L'éclat dans les yeux de Damon était presque doux, bien qu'une irritation prononcée eut imprégnée les traits de son visage. Transcendée de tout son être par un sentiment de panique, elle fit un pas en arrière, se dérobant à son étreinte. Mais il la retint par le bras, et lorsqu'elle leva des yeux affolés vers lui, elle ne vit plus dans ses yeux qu'une ostensible dureté.
- On ne joue plus, dit-il avec une telle froideur qu'elle se sentit parcourut d'un long frisson glaçant sa colonne vertébrale
Elle savait qu'il ne pouvait pas l'hypnotiser, sa prise régulière de verveine en témoignant, mais elle se sentit soudain las, comme anesthésiée par ses deux opales brillants dans le noir qui la couvraient d'une attention presque effrayante. Il la lâcha, et elle s'en voulut d'éprouver une pointe de regret.
- Tu peux me dire ce qui se passe maintenant ?
Elena secoua la tête d'un air buté, laissant échapper entre ses lèvres pincées une plainte irrité tandis qu'elle s'empressait de détourner le regard. Damon la jaugea un instant, le regard dur, puis finit par dire à mi-voix :
- tu n'as pas le droit de m'en vouloir.
Ce n'était pas tant les mots qu'il prononça que la façon qu'il eut de les dire, la voix comme empâtée d'un lourd et profond regret, qui lui fit tourner la tête vivement vers lui. Elle ne répondit rien, consciente de la chance qu'elle avait qu'il ait décider d'être sérieux pour une fois, sans volonté de tourner en dérision leur histoire. Le cœur au bord des lèvres, elle l'entendit poursuivre d'une voix sourde :
- Tu as choisit Stefan, tu ne peux pas attendre de moi autre chose que de chaleureuses félicitations.
A nouveau cet éclat vengeur dans les yeux, une indicible rancoeur suintant chaque mot qu'il lâcha du bout des lèvres comme quelque chose dont il voulait se débarrasser le plus rapidement possible. Les yeux noisettes d'Elena partirent à l'exploration de son visage, dont chaque trait était frappé d'une stupéfiante beauté juvénile. Il était si parfait que ça en était presque douloureux. Ses pupilles s'arrêtèrent sur sa bouche dont elle vit les commissures tressaillir.
- Alors voilà : toutes mes félicitations, lâcha-t-il dans un sourire plein d'aigreur
Elle continua de fixer ses lèvres longtemps après qu'il eut achevé sa phrase et, se rendant compte soudain de ce qu'elle était en train de faire, sursauta légèrement comme si elle s'éveillait d'un rêve.
- Tu n'as rien comprit, dit-elle dans un souffle en levant les yeux vers les siens. Tu ne sais pas... tu ne sais pas combien de fois il m'a sauvé pendant toute cette année...
Les traits du visage de Damon se durcirent, et il laissa échapper une exclamation de dédain.
- Je devrais peut-être le remercier, dans ce cas..., murmura-t-il
Il s'était montré si calme et si poli auparavant qu'Elena fut presque choquée de le voir éclater soudain d'un accès de fureur.
- Je te remercie, frérot ! Explosa-t-il, le visage renversé vers la nappe étoilée qui s'étendaient au dessus de leurs têtes. Merci de t'être si bien occupée d'elle !
Il s'interrompit soudain, et se mit à secouer la tête en tous sens, comme s'il était en quête de quelque chose.
- Qu'est ce que tu fais ? Demanda Elena d'une voix blanche, sentant une angoisse grandissante envahir sa poitrine devant l'attitude de Damon
Ce dernier l'ignora, parcourant quelques mètres à gauche puis à droite. Il finit par s'immobiliser et leva les yeux vers Elena qui le fixait d'un air inquiet.
- Mais où est-il ? Demanda-t-il
- De qui est-ce que tu parles ?
Son visage se fendant d'un énorme sourire, il répondit :
- Mais de Stefan bien sûr.
Elle fronça les sourcils, perplexe, et il s'anima de nouveau, fouillant de ses yeux de déments les alentours.
- Où est donc le héros qui t'a sauvé pendant toute cette année ?
Complètement mortifiée, elle l'entendit scander le nom de Stefan et elle s'empressa de siffler entre ses dents :
- Mais enfin tais toi, qu'est ce qu'il t'arrive ?
- Il n'est pas là, Elena ! S'exclama Damon avec force en se tournant vers elle, les bras levés en l'air dans une attitude triomphante. Il moisit en cet instant précis dans une cellule de prison...
- J'avais remarqué, merci, rétorqua-t-elle d'un ton cassant en haussant les sourcils
Il partit de nouveau d'un rire bref et sans joie qui lui fit dresser les cheveux sur sa nuque. Le cœur battant à tout rompre, elle le regarda faire les cent pas devant elle comme un lion en cage. Il s'immobilisa, passa la paume de sa main sur sa bouche, les yeux dans le vide, puis il laissa échapper d'un air vague :
- Le héros ne peut pas endosser sa cape, alors il faut bien un remplaçant, pas vrai ?
Il se tourna vers Elena, ses iris brillant d'une telle lueur flamboyante qu'elle recula d'un pas.
- Pas vrai ? Répéta-t-il en haussant le ton alors qu'elle restait muette de stupeur. C'est bien de ça dont il s'agit, non ?
Il s'avança vers elle lentement de son pas claudiquant, l'ombre d'un sourire triste passant furtivement sur ses lèvres.
- Je suis la roue de secours, dit-il. Juste bon à te servir de garde du corps lorsque le héros de service à la coupe de cheveux en granite est hors d'usage...
- Qu'est ce que tu... tu..., balbutia Elena, tellement furieuse à présent que les mots peinaient à franchir le barrage de ses lèvres.
Elle resta un moment face à lui, le teint d'un rouge soutenu, tentant de trouver des termes assez forts pour exprimer toute la colère qu'il lui inspirait. Damon lui jeta un dernier regard avant de tourner les talons, la plantant sur place. Scandalisée, Elena lui cria d'une voix suraiguë :
- Espèce d'imbécile ! Je ne t'ai jamais demandé la moindre chose, jamais !
- Et bien moi si ! Rétorqua-t-il en se retournant vivement vers elle.
Le ton de Damon l'incita à ne pas en dire davantage.
- Je t'ai demandé quelque chose il y a un an, poursuivit-il, le souffle court.
Elle retint son souffle. C'était la première fois depuis qu'ils se revoyaient, qu'il faisait directement allusion à ce qu'il s'était passé...
- Tu te rappelles ? Demanda-t-il en la fixant des yeux avec tant d'intensité qu'elle se sentit rougir. Moi oui... Et c'est difficile, ajouta-t-il alors qu'elle se murait dans un silence pénétrant, c'est difficile de se retrouver face à toi, crois-moi.
Elle se mordit l'intérieur de la joue jusqu'au sang. Dans les iris pâles de Damon, un éclat discret remua quelque chose en elle.
- Je me suis demandé encore et encore si j'avais raison de revenir ici... si j'en avais même le droit, ajouta-t-il dans un rictus
Sa joue lui faisait mal mais elle trouvait rassurante cette douleur, ce goût de rouille mélangé à l'aigreur de sa salive. Cela lui permettait de se prouver que tout ceci était bien réel. Elle risqua un regard vers lui. Il acheva à mi-voix :
- Et la vérité c'est que non, je n'en avais pas le droit. Je l'ai réalisé quand je vous ai vus tous les deux...
Elle détourna les yeux.
- Non, tu n'avais pas le droit, dit-elle. Tu n'avais pas le droit mais tu l'as quand même fait... parce que tu n'as jamais pensé qu'à toi.
- Je voulais te protéger, répondit-il à voix basse, presque de manière inintelligible
Celle qui l'avait rejeté pour son frère osait le regarder dans les yeux et le traiter d'égoïste. Malgré son apparent détachement des choses vaines et futiles qu'étaient les aléas de la vie, preuve était faite que le grand Damon Salvatore pouvait encore être blessé par une fillette de 19 ans. Et elle ne semblait pas en avoir finit avec lui. Prenant une grande inspiration, elle leva ses foudroyants yeux noisettes vers lui et, les traits durcis, lui cracha :
- Et bien je ne veux pas que tu me protèges, je ne veux pas que tu te préoccupes de moi, ça suffit !
- C'est vraiment ce que tu veux ? Rétorqua-t-il sèchement en haussant de nouveau le ton, piqué au vif. Que je te laisse tranquille, tout ça pour que tu te fasses sauter à la gorge par le premier cinglé qui passera ?
- Je suis capable de me débrouiller seule ! Beugla-t-elle, la mine revêche.
- De la part de quelqu'un qui n'est pas foutu d'être seule cinq minutes, c'est plutôt fort !
- Pardon ?! Qu'est ce que tu...
- Tu n'y arrives pas, la coupa-t-il, sa voix montant d'un octave à chaque mot, c'est plus fort que toi ! Il faut absolument que tu te trouves un pigeon capable de supporter tes missions suicides et tes sautes d'humeur !
Écarquillant les yeux de stupeur, Elena ouvrit en un grand « oh » scandalisé mais Damon ne lui laissa pas le temps de parler. Déjà il reprenait sa diatribe enflammée, ses traits déformés par la rage.
- Parce que c'est ce que j'étais, non ? Un pantin dont tu tirais les ficelles !
- N'oublie pas à qui tu parles ! S'insurgea-t-elle. Je ne suis pas Katherine !
- Ah bon, tu en es certaine ? Cracha-t-il avec dédain. Je ne vois pourtant pas l'ombre d'une différence, mise à part la coiffure et encore, avec l'humidité de la nuit tes cheveux ont une fâcheuse tendance à onduler !
Non avoir sans jeté au préalable un furtif coup d'oeil en biais à la pointe de ses cheveux, Elena s'avança vers Damon d'un pas résolu, les lèvres pincées.
- Et quand est-ce que j'ai jamais essayé de te manipuler ? Gronda-t-elle, ses yeux lançant des éclairs. Et quand bien même je serais une garce comme tu le prétends, ajouta-t-elle froidement, tu es ingérable, incontrôlable !
- Et bien voilà ! S'exclama Damon en changeant d'angle d'attaque avec une rapidité déconcertante. Tu croyais que j'allais rentrer dans le moule, me tailler un costume en peau de phoque et voguer à des activités de superhéros comme structurer ma coupe de cheveux !
- Mais bien sûr, dit-elle en éclatant d'un rire glacial. Sérieusement Damon, depuis le temps que je te connais, j'ai appris à mes dépens que tu ne rentrerais jamais dans aucun moule...pour personne.
Sa voix s'éteignit sur ce dernier mot mais il ne le remarqua pas, trop occupé à scander :
- Parfaitement ! Et tu m'as rendu un immense service il y a un an, ajouta-t-il en étirant autant que possible le mot « immense »
- Je t'ai rendu service ? Répéta-t-elle dans un murmure impressionnant. Rendu service ?!
Pendant l'espace d'une fraction de seconde, l'expression d'Elena faillit le faire se dégonfler mais il reprit bien vite du poil de la bête en se rappelant son baiser et ses gestes tendres avec Stefan quelques heures auparavant...
- J'ai enfin pu être moi-même ! S'exclama-t-il d'une voix forte. Moi-même, Elena ! Tu sais ce que ça veut dire ?!
Il y eut une sorte de flottement entre eux au cours duquel ils purent prendre tous deux conscience du poids de ce que cela signifiait vraiment... des corps vidés de leur sang, déchirés en lambeaux, des âmes noircies, à jamais entachées par ces meurtres gratuits, ces vies à jamais envolées dans l'unique intérêt d'un esprit démoniaque et sournois ... un froid pénétrant envahit la poitrine d'Elena.
- J'imagine, répondit-elle avec acidité
- Tu ne peux pas, dit-il d'un ton implacable en braquant ses iris flamboyantes sur son visage pâlissant. Plus personne pour exercer un quelconque contrôle sur moi, plus de retenue...
Il s'interrompit, savourant l'effet qu'avaient ses mots sur elle. Et en effet, la bouche d'Elena se mua en une moue dégoûtée, songeant à toutes les victimes qu'il avait du faire pendant tous ces mois.
- Lâchée prise totale, dit-il d'une voix onctueuse en hachant chaque syllabe
- Et bien, c'est parfait, rétorqua-t-elle sèchement. Tu es redevenu toi-même, tuant à tout va des innocents pour le simple plaisir d'avoir leur sang sur tes mains...
- tu ne peux même pas t'imaginer à quel point tu es dans le vrai. Etre loin des doubles Petrova c'est la meilleure chose qui me soit jamais arrivé.
Il sut qu'il avait été trop loin au moment même où il acheva sa phrase. Devant le visage figé d'Elena, il fut immédiatement assailli par un remord tortionnaire qui lui broya les entrailles. Il aurait voulu pouvoir ravaler sa verve mais c'était trop tard, aucun retour en arrière n'était plus envisageable. Il avait déversé sa bile sur elle en croyant naïvement que cela l'apaiserait mais c'était l'angoisse à présent qui lui tiraillait la poitrine alors qu'elle ouvrait la bouche très lentement.
- Tu sais quoi ? Dit-elle d'une voix tremblante. C'est une très bonne chose que tu sois revenu !
- Ah ouais ?
Il haussa un sourcil perplexe.
- Oui, répondit-elle, ses lèvres fines s'étirant en un sourire forcé qui contrastait avec les larmes qui baignaient ses yeux noisettes. C'est une très bonne chose car j'ai enfin pu réaliser que je n'avais rien à regretter.
Le visage de Damon se décomposa.
- Et ça tu vois, acheva-t-elle, le cœur lourd, ça fait un bien fou !
Il sut à la minute même où elle tourna les talons que si il ne faisait pas quelque chose pour la retenir, il la perdrait à tout jamais. Alors, envahi par une bouffée soudaine de panique, il fit ce qu'il avait toujours fait : il suivit son désir le plus imminent. Là, dans cette rue sombre seulement éclairée par quelques lampadaires avoisinants qui projetaient sur le bitume une lumière vaporeuse, il lui saisit le bras et la projeta contre lui, écrasant ses lèvres contre les siennes. Même lorsqu'il sentit le poing d'elena s'écraser avec fracas contre son arcade sourcilière, il ne sembla pas tout de suite revenir à la raison.
- Ne me touche pas, ça va pas ou quoi ?!
Ses cris sonnèrent comme un glas. Il battit des paupières, comme sonné, et vit Elena qui s'agitait devant lui. Le teint d'un rouge soutenue, elle arborait l'expression farouche d'un chat de gouttière particulièrement féroce à qui on aurait tiré la queue.
- Qu'est ce qui se passe ici ?
Damon roula des yeux. Jamais il n'avait été moins content de voir son vieil acolyte. En effet, Alaric Saltzmann dévalait la rue avec des airs de père poule, couvrant Elena d'un regard possessif.
- Damon ?
Il s'immobilisa net, scrutant le principal concerné avec des yeux écarquillés.
- Lui-même, répondit-il en raccrochant un sourire vague à ses lèvres
- Qu'est ce que tu fais ici ? Demanda Alaric, son regard allant du vampire à Elena qui semblait à bout de nerfs
- Rien du tout, rétorqua cette dernière avec aigreur, il est déjà sur le départ. Viens Alaric, rentrons.
Tout se passa en l'espace d'une fraction de seconde. Elle lui adressa un bref regard suintant de dégoût, le menton haut, l'allure hautaine. Immédiatement, Il sentit sa poitrine s'embraser. Avec vivacité, il empoigna son bras et elle étouffa une exclamation de douleur.
- Damon, lâche-la, s'exclama Alaric d'un ton autoritaire en le saisissant par l'épaule
Mais Damon n'en fit rien. Les yeux légèrement exorbités, il fixait Elena qui, le visage tordu par la douleur, tentait en vain de lui échapper. Il entendait vaguement Alaric le sommer d'arrêter, sentait la pression de son poids sur lui, mais rien ne pouvait l'arracher à ce spectacle. Ses doigts se resserraient avec une implacable maîtrise autour de son bras bleui, et son souffle précipité semblait donner le tempo de cette exquise torture. Elle l'avait tant fait souffrir, durant tous ces mois. Il avait tant peiné pour sortir de ce gouffre abyssale dans lequel elle l'avait entraîné... et aujourd'hui encore, elle se moquait ouvertement de lui, lui crachait au visage tout le dégoût qu'il lui inspirait. Cette personne en train de se contorsionner devant lui, n'avait plus rien à voir avec la Elena qu'il avait cru connaître. Où était la bonté dans ses yeux, cette empathie qui lui collait à la peau ?
- Damon, tu me fais mal, gémit-elle
Les yeux d'Elena s'agrandirent d'effroi lorsqu'elle vit ses pupilles se dilater, creusant des veines sombres dans sa chair. Elle retint son souffle. La personne face à elle était Damon...mais en même temps, ce n'était plus vraiment lui. Les traits de son visage suintaient d'une bestialité nouvelle, qui lui donnait presque un air repoussant et le souffle saccadé qui l'animait était rauque, empressé. Elle sentit dans ses veines une peur indicible l'envahir, annihilant la plainte sourde de son bras meurtris qu'il broyait toujours entre ses doigts. Elle se risqua à la regarder dans les yeux, et sut immédiatement qu'elle allait mourir. Il allait se jeter sur elle et lui ouvrir la gorge. Déchirer sa chair, sentir le sang chaud qui s'en déverserait par flot entier... la fin tragique d'Elena lui pendait au nez.
