Chapitre 10
Keito regagna son appartement dans la nuit. Ses pensées étaient un peu dissipées mais dans l'ensemble elles étaient positives. Il n'avait pas perdu son boulot et pouvait ainsi continuer à fréquenter Asami et Takaba. Yu l'attendait sur son pallier.
-Yu, tu vas bien ? Ça fait longtemps que tu attends ?
-Oui ça va et toi ? Non, une heure peut-être, mais ce n'est pas grave. Je n'avais aucun moyen pour te joindre. Tu rentres très tard, tu fais des heures supp' auprès d'Asami ?
-Tu n'es pas encore au courant ? Il y a eut une tentative de meurtre lors de la conférence de presse, heureusement Asami n'a pas été blessé. Entre, je vais te faire du thé.
-Non, je ne savais pas. Merci.
-Qu'est ce que tu fais ici ? Pourquoi tu as ton étui de guitare ?
-J'étais en ville la faire réparer, je me suis dit que je pouvais venir te voir avant de rentrer. Je ne te dérange pas ?
-C'est bien que tu recommences à jouer, tu aimes tellement ça. Pas du tout, la journée a été difficile, ça fait du bien de te voir.
-Est-ce que je pourrais la laisser chez toi quelques temps d'ailleurs ? Je dois encore l'emmener se faire réparer mais il faut que je rentre au manoir chercher ses papiers, elle est plutôt lourde à transporter.
-Pas de soucis, laisse la dans le salon, répondit-il en s'affairant devant la cuisinière.
Devant une tasse de thé fumante, Keito raconta à Yu sa journée.
-Une idée de qui cela peut être ?
-Pas du tout. On se doute bien qu'il s'agit d'un homme de Segutera mais impossible de le retrouver. Il a disparu très rapidement.
-Qu'est ce que cela changerait si Asami se faisait tuer ?
-Le maire n'aurait plus aucun soutien. Asami a un don pour faire pencher les gens dans son sens. Si Asami disparaît ou est compromit, le maire perd les élections.
-Il est très puissant, il faudrait être fou pour s'en prendre à lui.
-Oui, ou le connaître parfaitement.
-Comment ça ?
-J'ai vu un dossier dans le coffre d'Akihito, coffre ouvert d'ailleurs, avec une arme à l'intérieur.
-Ce dossier pourrait faire tomber Asami ?
-Probablement, je ne comprends pas pourquoi Akihito le garde.
-Il se sert peut-être d'Asami pour faire avancer sa carrière ?
-Je ne sais pas, ils sont très liés tout les deux.
-Qu'est ce que compte faire ?
-Rien du tout, ça ne me regarde pas. En tous cas, pas tant qu'Asami n'a aucun problème.
-Tu n'hésitera pas à trahir Takaba ? S'étonna Yu.
-C'est Asami qui me paie, ma loyauté va envers lui.
-Même si tu t'entends bien avec Akihito ? Asami ne risque pas trop d'apprécier.
-Oui, c'est le travail. C'est pourquoi je n'ai aucun intérêt à lui montrer ce dossier, je vais perdre mon boulot s'il décide de se séparer d'Akihito.
-Tu peux avoir le champ libre pour faire tes preuves auprès d'Asami.
-Je ne trahirais pas Akihito s'il ne représente pas une menace pour Asami, indiqua Keito.
-Tu as raison, de toute façon il faudrait que tu puisses mettre la main sur ce dossier.
-Ce n'est pas le plus difficile. Ce qui serait compliqué, c'est faire admettre à Asami que l'homme qui partage son lit n'est pas celui qu'il croit.
-Ils sont très amoureux ?
-Oui, Asami ne semble pas pouvoir se passer d'Akihito.
-Et le contraire ?
-C'est plus difficile à voir mais c'est le cas également.
-Tu es jaloux ?
-De ?
-D'Akihito ! Je vois bien qu'Asami ne te laisse pas indifférent, tu me parles toujours beaucoup de lui.
-Je crois que c'est toi qui est jaloux. Ce n'est que mon patron.
-Il est quand-même très séduisant.
-En effet, mais il a trouvé quelqu'un qui le comble parfaitement. On ne peut pas être jaloux de cela.
-Il faut un rien pour faire tomber un couple. Vu ta belle gueule, je suis sure que tu peux en séduire un des deux.
-Ce boulot me plaît, j'aimerais autant le garder, répondit Keito en rougissant.
-Comme tu veux. Ça aurait pu être drôle.
-Il y a trop de tensions pour l'instant, après les élections pourquoi pas.
-Vivement qu'elles se terminent ! Je commence à en avoir marre d'entendre parler que que ça, dit Yu en s'étirant.
-Tu passes la nuit ici ?
-Je peux ?
-Bien sur, mais cette fois, pas question que ce soit moi qui soit en dessous !
-Il va falloir te battre alors !
-Tu sais très bien que je suis plus fort que toi.
-Attends, je me suis entraîné depuis.
-Viens alors, on va aller voir ça.
Keito indiqua le couloir d'un mouvement de tête et se mit en marche. Yu le suivit en se débarrassant de son t-shirt au passage. Après une lutte qui fit trembler l'appartement, Keito maintenait Yu au sol. Ce dernier ne pouvait plus bouger et du se rendre.
Ce fut un coup de téléphone qui réveilla Akihito. Son portable sonnait là où aurait du se trouver Asami. Le jeune homme se redressa dans le lit et décrocha.
-Où es tu ? entendit-il.
-Qu'est ce qui se passe ?
-Rien de grave, je voulais savoir si tu étais toujours à la maison.
-Je dormais encore figures toi.
-Continues alors, je ne veux pas que tu sortes aujourd'hui. Nous n'avons toujours pas retrouvé le tireur.
-Tu as des pistes au moins ?
-Je préfère ne rien te dire. Je t'ai fait livrer des films, tu vas pouvoir passer la journée à regarder la télé.
-Comme si j'aimais ça. Je voudrais aller au journal avec Keito.
-Tu es en arrêt maladie je te rappelle, ce n'est pas parce que je t'ai laissé venir hier qu'il faut que tu l'oublies. Keito passera te voir dans la journée. Tu peux très bien rester ici sans lui. L'appartement est sécurisé, tu n'as rien à craindre.
-Tu crois toujours que je vais t'obéir comme un gentil chien. Tu te trompes Asami.
-C'est pour ton bien que je te dis ça, maintenant fais ce que tu veux. Je te demande alors de ne pas quitter Keito.
-Très bien, à plus.
Akihito raccrocha sans autre forme de politesse. Il appela le journal pour obtenir quelques informations. Son chef lui dit que Keito l'avait prévenu qu'il ne viendrait pas aujourd'hui. Le jeune journaliste se prépara et sortit. Il allait passer chercher Keito avant de se rendre chez Segutera. Il voulait aller le narguer. S'il l'énervait, peut-être lacherait-il des informations importantes. Le tueur ne pouvait être qu'à son service. Restait à savoir comment il allait en obtenir les preuves. Il se rendit chez Keito en réfléchissant aux pistes qui s'offraient à lui et ne remarqua pas Yu qui traversait le hall de l'immeuble.
Keito lui ouvrit très rapidement la porte et fut étonné de le trouver sur son pallier.
-Qu'est ce qui t'amène ? Asami m'a appelé tôt ce matin pour me dire que je n'avais pas besoin d'aller travailler car tu resterais chez toi.
-C'est moi qui décide de ce que je fais de mes journées, pas lui.
-Pourtant...
-Il n'y a pas de pourtant, je suis journaliste, le danger ça me connaît. Maintenant, est ce que tu m'accompagnerais enquêter ?
-Bien sur que oui, mais je dois prévenir Asami de chaque endroit où nous allons.
-Même pas en rêve, sinon il va nous interdire de bouger.
-Qu'est ce que tu veux savoir déjà?
-Je veux connaître le nom du tireur, le retrouver et lui faire avouer le nom de son patron. Je pense que c'est le seul moyen de faire arrêter Segutera. Tu as des idées ?
-Non pas vraiment, mais ça ne va pas être facile d'avoir des informations, même Asami ne semble pas le trouver.
-C'est ce qu'il ta dit ? Qu'il fait chou blanc ? Ha ha ha, se moqua Akihito.
-C'est une question de temps, répliqua Keito, qui semblait vexé.
-Bien sur, mais je...on sera plus rapide que lui tu vas voir. Je tiens un super scoop ! Tu imagines si on le trouve avant...dépêche toi d'enfiler un manteau et un bonnet.
-Entre, je dois d'abord ranger deux trois trucs.
Akihito passa le seuil et resta dans le salon. Rien n'avait changé depuis la dernière fois qu'il était venu à l'exception de l'apparition d'un étui de guitare.
-Depuis quand tu fais de la musique ? Demanda Akihito d'une voix forte pour se faire entendre jusqu'à la chambre.
Comme il n'obtenait aucune réponse, il avança.
-Wouah, qu'est ce qui s'est passé dans ta chambre ?
Une lutte féroce semblait avoir eut lieu dans la pièce. Les meubles semblaient avoir prit un coup et le lit était un véritable capharnaüm, avec des draps au sol et des oreillers en tout sens. Ce qui choqua le plus Akihito était l'état du dos de Keito qui parce qu'il ne l'avait pas entendu entrer dans la chambre, se trouvait torse nu et à la recherche d'un vêtement propre.
-Et ton dos ? Ajouta Akihito.
Keito le dévisagea et répondit très franchement.
-Je n'étais pas tout seul cette nuit.
-Oh je vois. Et vous vous êtes battus ou quoi ?
-C'est exactement cela.
-Pourquoi ça ?
-C'est un jeu entre nous.
-Elle n'a pas peur contre toi ?
-Elle ? Non, il et il adore ça.
-Ha ha, s'exclama Akihito. Je n'aurais jamais pensé ! Tu es beau gosse, tu as du rendre un tas de filles malheureuses.
-Et un tas de garçons heureux... reprit-il en enfilant un t-shirt noir.
-Oui, allez dépêche toi on discutera en chemin.
En sautant dans le premier métro, Keito lui expliqua que ce n'était pas son petit ami mais plutôt un ami avec qui il couchait de temps en temps. Akihito le comprit parfaitement et ne posa pas plus de questions sur l'identité de cet amant. La conversation dévia rapidement sur ce qu'ils allaient faire.
-Je connais un type qui pourra nous aider. Je voulais d'abord aller directement chez Segutera mais franchement je pense qu'on a rien a tirer de ce côté là. Je préfère qu'il croit que je me cache.
-C'est une meilleure idée effectivement. Ce type, où habite t-il ?
-Un peu partout, c'est quelqu'un qui se fait passer pour un sdf alors qu'il possède pas mal d'argent vu qu'on le paie pour ses informations mais il aime mieux être dans la rue, là où l'action se passe.
-Comment va t-on le trouver ?
-On va écouter les gens.
Akihito l'entraîna dans les rues bondées de Tokyo. Dès qu'il voyait quelqu'un de louche, il fondait dessus à la quête de renseignement. La fin de matinée passa très vite et ils durent faire beaucoup de kilomètres avant d'obtenir une piste sérieuse. Parfois Akihito se trompait et ils réveillaient un clochard de mauvaise humeur d'être ainsi tiré de son sommeil brusquement.
Le dernier renseignement les envoya dans une ruelle étroite, très sombre et dont l'odeur soulevait le cœur. Keito avança en premier, ne lâchant pas Akihito du regard. Cette journée ne lui plaisait guère. Si Asami venait à savoir ce qu'ils faisaient, ils se feraient tous les deux engueulés sévèrement. Ils ne voyaient pas grand chose mais Akihito fut le premier à remarque le tas qui se soulevait à un rythme régulier entre deux cartons déchirés. Keito s'approcha en premier, du bout du pieds il secoua l'homme. Akihito se rapprocha également.
-Quoi ? Qu'est-ce que ?
-Itamai ? C'est Akihito.
-Akihito ? Je suis mort ? Merde ! Fit l'homme en se redressant difficilement.
Il sentait l'alcool bas de gamme à des kilomètres.
-Comment ça ? Tu crois que je viendrais te voir si j'étais morts ?
-C'est vrai, l'homme se frotta les yeux et regarda alternativement Keito et Akihito. Tu n'es pas encore au courant ?
-De quoi tu parles ?
-Il y a une mise à prix sur ta tête et celle d'Asami.
-Pourquoi faire ?
-Il faut que vous soyez morts avant dimanche. Vu le prix de la récompense, si j'étais toi je m'enfermerais chez moi avec un escadron.
-Qui est-celui qui paye ?
-Hey, je ne bosse pas gratuit moi. Je t'en ai déjà trop dit mais vu que tu m'as bien aidé une fois, je te devais au moins ça.
-Je n'ai pas d'argent sur moi.
-Ton cher Asami ne te donne pas d'argent de poche ?
-Ne raconte pas de connerie, lui et moi...
-Lui et toi vivaient ensemble et tout le monde est au courant. Méfies toi Akihito, pour l'instant les hommes d'Asami font un super boulot mais il ne pourra pas toujours te protéger.
-Qu'est ce que tu me proposes ?
-Va te cacher le temps que les élections passent, ça ira mieux après. Plus personne n'osera s'en prendre à Asami, ni à toi.
-Mais qui veut notre peau ?
-Tu peux le deviner tout seul.
-Est-ce que tu sais qui est le type qui a voulu tirer sur Asami ?
-On ne connaît pas son nom, mais je sais que c'est un professionnel. Donc, faut enquêter auprès des types qui se font payer pour faire ça. Bon, je ne dis plus rien si tu me files pas un peu de blé.
Akihito leva les yeux en direction de Keito.
-Je n'ai pas d'argent sur moi...dit-il automatiquement.
-Moi non plus, tu fais crédits ?
-T'es dingue. Je n'ai rien d'autres à te dire de toute façon. Fais gaffe à ta peau, jt'aime bien.
-Si tu apprends quoique ce soit, viens me mettre au courant s'il te plaît.
-Si tu es encore de ce monde, aucun soucis.
Keito attrapa le bras d'Akihito quand ils sortirent de la ruelle.
-Je dois te ramener tout de suite chez toi. S'il y a une récompense pour ta mort, imagine le nombre de personnes prêtes à tout.
-Oui et on doit mettre Asami au courant.
-Il est en sécurité avec ses hommes, ça peut attendre que tu sois à l'abri.
-D'accord, allons-y.
Ils se dirigèrent vers le métro sur leurs gardes. Maintenant qu'ils savaient qu'ils couraient un danger ils se sentaient menacés et observés. Keito se contracta quand il remarqua qu'une limousine les suivait.
-SI je te dis de courir, tu le fais sans réfléchir ?
-Heu, oui. Pourquoi tu me dis cela ?
-Il y a une limousine qui nous suit.
Akihito se tourna et la remarqua également.
-Effectivement, il regarda la plaque d'immatriculation. Attends je crois savoir à qui elle appartient.
La limousine s'arrêta à leur hauteur. La vite glissa lentement.
-Je savais que c'était toi Feilong. Qu'est ce que tu viens faire ici ?
-Il semblerait qu'il ait de l'action ici. Me voilà donc.
