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Je laissais mon bout de fer à Jérémie et commençait à descendre sans bruit par les repose pieds encastrés dans le mur. Malgré la douleur dans les bras j'atteignis rapidement le sol du labo. D'un hochement de tête je fis comprendre à Jérémie de m'envoyer nos moyens de défense respectifs. Je les rattrapais au vol tandis que Jérémie commençait sa descente.
- Bon ça a l'air Ok pour le moment, rien en vue ici. Je vais jeter un coup d'œil à l'accès des scans. Et surveille bien le monte charge des fois qu'il se remettrait en route, ajoutais-je sans hausser la voix.
A nouveau je m'approchais du rebord dont l'ouverture donnait sur la salle des scans. Même manœuvre, même résultat : rien en vue
- On est tranquille pour le moment, dis-je en me relevant.
Mais Jérémie n'écoutait déjà plus, il avait repris place devant l'ordi et pianotait à toute vitesse. Il savait tout comme moi que le temps nous était compté et que l'éventualité d'un arrêt du supercalculateur était plus que jamais d'actualité. J'aurais voulu discuter avec lui, mais mieux valait le laisser tranquille après ses derniers reproches…Je perds toujours la notion du temps dans cette usine mais le silence qui s'installa dura une bonne heure me permettant de récupérer.
- Tu fais quoi ?
Surpris je mis un temps à répondre.
- Je pense.
- Toi ? tu penses maintenant ? répliqua t'il.
Oh ça va je suis pas Sissi quand même ! répondis-je vexé.
- Ouais c'est vrai excuse moi.
Voilà que Jérémie se mettait à faire des blagues, qui plus est pas drôle du tout. Enfin pas vraiment…quoique je souriais intérieurement. Ou plutôt je riais. Décidemment rien ne tournait rond ces dernières 24 heures.
Nouveau silence.
- Jérémie ?
- Hum ?
Non je voulais juste savoir si tu ne dormais pas.
- Je te rassure je tiens le coup et toi ? Ton bras ça va ?
- Ouais même si j'aimerais bien bouger. D'ailleurs tu sais quoi j'ai bien réfléchi, et ne te moque pas une fois de plus, je vais aller colmater les ouvertures de secours vers la salle des scans et le supercalculateur.
- Pas bête !
- Ah tu vois quand même ! J'ai des ressources insoupçonnées…
- Ça tu l'as dis, elles sont bien cachées.
Je le laissais hilare devant son écran et pris le monte-charge en direction de la surface.
- Moques toi, mais en attendant c'est moi qui ait dégommé les premiers envoyés de Xana, répliqué-je.
Les portes se refermèrent et quelques secondes plus tard j'atteignis la dalle de l'usine. Les cadavres de mes victimes jonchaient le sol et j'en tirais une certaine fierté. C'est vrai après tout, je m'étais bien débrouillé !
Je ne mis pas longtemps à trouver ce que j'étais venu chercher. Des plaques de métal, rectangulaires qui obtureraient parfaitement les ouvertures. Une par une je les ramenais au monte-charge assez péniblement vu l'état de mes bras.
- Jérémie ?
- Oui ?
- Y' pas de souci pour le moment ? Rien en vu si je descends aux scans ? interrogé-je
- Non toujours rien l'endroit est désert, me rassura t'il.
Le monte-charge m'amena au deuxième sous-sol. La descente me parut interminable bien qu'elle ne dura que quelque secondes de plus. J'observais l'intérieur du monte-charge me revoyant quelques jours plus tôt : Ulrich à ma droite, Yumi et Jérémie à gauche. Le climat était assez tendu cette fois là…Ulrich et Yumi et leur fierté, un ménage à trois parfois détonnant.
Quand la porte s'ouvrit j'étais encore perdu dans mes pensées et heureusement que la salle était belle et bien vide car je n'aurais rien pu faire. J'extirpais une par une les trois plaques vers le centre de la salle. Il existait un accès vers la salle inférieur mais il était verrouillé par une trappe.
Ouvrir ou ne pas ouvrir telle est la question !
J'étais vraiment pas le pro des actions à long terme. Finalement l'ouverture était ce qui me semblait le plus logique, cela constituerait une échappatoire. En fait si nous passions par là cela signifierait que l'on se repliait vers notre dernière solution… D'un autre côté ça garantissait un nouvel accès aux bestioles….
Dilemme, dilemme !!
En disant cela j'ouvris la trappe et le supercalculateur apparut vu d'en haut.
Dire qu'ils sont tous les trois là dedans, murmurais-je.
Je contemplais la colonne de silice mais je ne la voyais pas. Devant mes yeux se dessinaient mes trois amis sur Lyoko, à Kadic… Je sortis de ma torpeur, un sourire sur les lèvres.
Les plaques ne serviraient pas à grand-chose vu que la trappe était plutôt une écoutille. Pas moyen d'y glisser convenablement mes morceaux de métal. Finalement je déverrouillais simplement la valve et laissais la trappe refermée. Je mis en place le treuil qui permettait la descente et repris le chemin du labo non sans un regard pour les scans.
- Me revoilà Einstein ! clamais-je en sortant mes plaques du monte-charge.
Son siège pivota vers moi et tandis qu'il ouvrait la bouche je le coupais.
- Oh non Jérémie je connais ce regard là !
- Il va recommencer Odd, avoua t'il. Les variations d'énergie sont…
- J'men fous, aide moi à mettre les plaques alors !! Allez dépêche-toi !! hurlais-je.
- Non mais tu comprends pas ou quoi !! s'énerva-t-il.
Surpris, choqué…je n'aurais pas su dire mais toujours est-il que je n'en menais pas large.
- C'est finit Odd, on a échoué, j'ai échoué ! Le programme est pas fini est j'ai même pas retrouvé toutes les données d'Aelita. Sans savoir si il n'en manque pas et si le programme marche et si…
- Et si tu te calmais pour commencer ? répliquais-je.
Jérémie 1 – Odd 1.
- Tu crois que j'en ai pas marre aussi ? Que j'ai pas envie de dormir ? Que ça m'amuse de voir mon bras saigner et de sentir la douleur s'intensifier dès que je traine une de ces fichues plaques ? Mais on n'a pas le choix ! Cette fois y'a pas de retour dans le passé pour rectifier ce qui n'a pas été. Le seul retour dans le passé c'est toi.
- Arrête j'ai jamais dit ça.
Je sentais sa voix s'étrangler, il cherchait ses mots.
- D'après toi pourquoi Xana n'a pas attaqué tout de suite après la première vague ? Ça te rappelle rien le fait d'accumuler de l'énergie ?
- Et tu veux faire quoi Jérémie ?
Je posais mes mots et plantais mon regard dans le sien.
- Tu veux fuir le labo ? Aller cherche les flics ? Quoique vu ce qu'on va leur dire on devrait peut-être aller voir les stups d'abord ça les intéresserait de savoir ce qu'on a…
- Tais toi !! Arrête de tout prendre à la légère comme ça ! hurla-t-il. Tu crois que ça me réjouit de te dire tout ça ? J'aurais préféré te dire que j'avais fini que tout était ok, qu'ils allaient tous rentrer que ce soir on mangerait tous ensemble et qu'après j'irais discuter toute la nuit avec Aelita. Mais au lieu de ça je sais pas, je sais plus quoi faire…
Sa voix s'estompait et ses yeux brillaient désormais. Un picotement aux yeux me fit comprendre que j'en étais au même stade. Nous nous regardâmes tous les deux et les secondes qui suivirent me semblèrent une éternité. Je le vis finalement se lever. Il passa à mes côtés sans un regard et je l'entendis rentrer dans le monte-charge. Il partait vraiment. J'entendis ses doigts taper sur le boitier et la porte se referma. Je m'effondrais sur les genoux et fermais les yeux.
- Alors ces plaques tu m'aides ou quoi ?
