Le capitaine Roberge avait du mal à comprendre pourquoi les membres de l'équipe, mis à part le docteur, étaient revenus bredouilles sans avoir même essayé. Quand elle demanda à Myriam ce qui s'était passé elle se contenta d'abord de répondre qu'elle avait compris que cette opération était vouée à l'échec.

- Ça ne vous ressemble pas, commandeur, d'abandonner comme ça!

- Mais il n'y avait rien à faire, c'était perdu d'avance.

- Pourquoi?

Myriam réfléchit.

- Je l'ignore, j'ai tout-à-coup réalisé que tout ça était inutile.

- Ça pourrait être l'enseigne Douze qui vous a insufflé cette idée. S'il a les dons qu'on lui prête.

- Quelle chance avons-nous de le sortir de là, s'ils se servent de lui contre nous?

Léa soupira, l'attaque mentale semblait continuer d'affecter ses officiers.

- Croyez-vous encore que c'est perdu d'avance, commandeur?

Elle hésita.

- Je ne le sais plus. C'est très fort, cette sensation de défaitisme, mais je n'ai pas l'habitude de me laisser aller à ce genre de pensés.

- Pouvez-vous reprendre le dessus ou dois-je vous relever de vos fonctions jusqu'à ce que nous ayons trouvé un moyen de contrecarrer les effets de cette attaque?

Myriam ne répondit pas tout de suite, comme si un combat intense avait lieu dans son esprit.

- Je crois que je vais pouvoir dominer cette sensation, capitaine, dit-elle enfin.

- Giona à Roberge?

- Ici Roberge, répondit Léa.

- Capitaine, j'ai trouvé comment adapter les senseurs pour détecter l'enseigne Douze.

- Je viens, dit le capitaine, en se levant.

- Je vous accompagne, dit son premier officier.

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Le progénien visait toujours le Vulcain avec son arme, mais dans son esprit calculateur, il cherchait à déterminer quelle action serait la plus avantageuse.

Sermak savait qu'il considérait la possibilité de le tuer. Ça lui serait utile dans l'immédiat, mais ensuite, il devrait expliquer sa disparition aux autorités de Starfleet. Il pouvait toujours se défendre que ce dernier s'était introduit avec un phaseur dans sa villa, mais très vite, on se demanderait qu'est-ce qu'un officier de Starfleet et de surcroît un Vulcain faisait là et bien vite les soupçons se poseraient sur lui.

Il savait que le progénien pouvait aussi l'utiliser, le forcer à collaborer. Ses connaissances sur le cerveau et sur la télépathie pouvaient sans doute l'aider à trouver comment contrôler Douze-cent-trois. Le Vulcain choisit alors d'argumenter.

- Pour contrôler ce genre de don, il faut savoir méditer. Nous l'apprenons dès notre plus jeune âge, ça nous permet d'étudier notre propre esprit et de comprendre comment il fonctionne. La méditation vulcaine a plusieurs usage. Je pourrais l'enseigner à l'enseigne Douze-cent-trois.

- Je connais les vertus de la médiation, les progéniens l'utilisent quand vient le temps de créer une nouvelle combinaison génétique.

- Je suis certain que c'est très efficace, mais pouvez-vous être certains que vos techniques seront efficaces alors que vous ne connaissez rien dans le domaine de la télépathie? Il y a différentes façons de méditer.

- Vous avez raison, dit alors le Progénien après un moment de réflexion. Je suis curieux d'en apprendre plus sur vos techniques de méditation. Vous pouvez procéder.

Toujours sous la menace de l'arme, le Vulcain approcha le jeune Trentien.

- Arrêtez, dit le progénien. Nous pourriez-vous pas lui montrer à distance?

- Il ne pourra pas méditer s'il est attaché. De toute façon avec votre arme, il ne pourra vous échapper.

- Allez-y, dit-il alors.

Quand Sermak fut à côté de Douze, il posa sa main droite sur son visage et initia une fusion mentale.

- Votre esprit à mon esprit, vos pensées à mes pensées, nous sommes uns.

- Reculez, s'écria le progénien qui se demandait visiblement s'il était assez habile pour tirer sur Sermak sans risquer de toucher Douze!

Le Vulcain n'écoutait plus, il était dans l'esprit du jeune Trentien, un esprit qu'il trouva d'abord apaisant, ce qui était nouveau. Normalement, quand il initiait une fusion mentale, les débuts étaient toujours tumultueux, l'esprit de l'autre étant ébullition. Dans le cas de Douze, c'était étonnant. Le jeune homme jouissait d'une sérénité qui était rare, surtout pour quelqu'un d'aussi jeune. Il commença à explorer son esprit à la recherche du don, du bouton sur lequel peser.

- C'est par ici, indiqua Douze, qui percevait les efforts du Vulcain.

- Ne vous inquiétez pas, émit le médecin, je veux vous aider.

- Je sais.

Sermak perçu alors quelque chose de différent et de puissant, comme une énergie qui s'étendait au-delà des horizons. Avec un tel pouvoir, Douze aurait pu affecter la planète au complet et même le vaisseau en orbite. Il avait réussi à se restreindre à la zone autour de la villa et c'était impressionnant.

- Il est possible de concentrer ce pouvoir de façon plus forte et moins étendue, expliqua le docteur Sermak, mais avec une grande concentration et beaucoup de précision, l'esprit doit être en contrôle et c'est pour ça que je suis là.

- Je comprends, pensa Douze.

Oui, ils comprenaient tous les deux. Les Vulcains mentent parfois. Contrairement à son affirmation, les progéniens ont une certaine sensibilité mais passablement atrophiée. L'insensibilité totale n'existait pas, à moins d'être un androïde. Pour réussir, l'attaque devrait être puissante et concentrée seulement sur lui. Ils étaient prêts. La pensée voyageant plus vite que la parole, toute cette préparation n'avait pris que quelques secondes.

- Lâchez-le, ordonna le progénien!

Puis, vint l'attaque. Cent-Dix-Huit laissa tomber son arme. Le visage du progénien n'exprimait plus que confusion et chaos. Il mit ses mains sur ses oreilles et tomba à genoux. Dans ses yeux, il n'y avait plus que folie. Il ne comprenait visiblement pas ce qui lui arrivait. Il se mit à hurler.

Au même moment, Sermak mit fin à la fusion mentale, s'avança vers le terminal et désactiva le champ de dispersion empêchant la téléportation.

Sermak et Douze furent téléportés dans la seconde laissant le progénien à ses délires.