Salut Elarim ! Merci d'avoir commenté :) Tu ne peux pas aimer toutes mes histoires, c'est déjà bien que tu en apprécies une !
Oui, oui pour le moment ils s'en sortent admirablement bien. Mais tu l'as dit : pour le moment. Ils ne devraient pas rester tranquilles trop longtemps encore, je pense... XD
Pour les persos, oui Arisu est à baffer. Au départ, elle n'était pas du tout prévue dans cette histoire et arrivée au chapitre où elle apparaît, je me suis dit « ben tiens, les persos auraient tous l'air de s'entendre trop bien si y'avait pas un(e) emmerdeur(se) » alors je l'ai rajoutée. Au final, je la trouve drôle à écrire, aussi bizarre que ça puisse me faire paraître...
J'admets que Fuyuki et Genjiro sont en retrait... Les premiers personnages que j'ai créé pour cette fic étant Sasha et Dan, je pense malheureusement que c'est normal. Et puis, n'oublie pas que c'est Sasha qui raconte l'histoire et que spontanément elle a toujours tendance à se tourner vers Dan. Elle est moins proche de Genjiro parce qu'il ne cherche pas forcément à l'approcher (à cause de la mort d'Hitomi qu'il reproche alors que fondamentalement elle n'y pouvait rien), et pour Fuyuki, c'est parce qu'elle cherche plutôt la compagnie de quelqu'un de posé et calme plutôt que de quelqu'un qui agite son épée dans tous les sens et se jette la tête la première dans la mêlée. Isamu est presque tout le temps avec Arisu, donc ils ne se côtoient pas non plus beaucoup...
Quant au zombie qui est monté dans la maison, il ne me semble pas avoir mentionné qu'il est passé à côté d'Arisu. Il est en fait arrivé à l'opposé de l'endroit où elle dormait paisiblement et est tout simplement entré par la baie vitrée grande ouverte. Si Arisu avait fait des rondes comme elle l'aurait dû, elle se serait rendue compte que le zombie avait laissé des tâches de sang sur son passage, l'aurait achevé et rien ne serait arrivé. Mais bon. Y' paraît que dormir trop peu est mauvais pour le teint. Alors elle a fait sa nuit de sommeil...
Franchement, j'ai choisi de mettre cette histoire dans HOTD parce que c'est le premier manga avec des zombies dedans qui m'est venu quand j'ai décidé que j'allais publier cette histoire, (et accessoirement que j'avais pas grand chose à modifier pour que ça colle). Donc, non, pas de perso venant du manga originel, sauf un mais il arrive plus tard. Et ça n'est pas un des perso principaux.
Sur ce, après un nouveau pavé pour te répondre, je souhaite une bonne lecture à tout le monde ^^
Les morts ne font pas de vélo
Nous sommes partis de chez Masaichi –dono en début de matinée après trois jours en sa compagnie. Et il m'a équipée des armes qu'il avait en stock. Devant mon enthousiasme, il a eu l'air un peu moins enclin à me les confier. Mais il n'a pas changé d'avis.
Il a réglé l'anse de ma mitraillette pour qu'elle puisse reposer dans mon dos en plus du fusil et que ça soit facile à atteindre même malgré mon sac. En plus, mes mouvements n'étaient pas gênés. Il m'a également fourni tellement de munition que je n'ai pas pu tout emporter, même lorsque les garçons ont proposés d'en prendre dans leur sac. Il m'a aussi remis un pistolet qui ne datait pas de la guerre mais de quelques années à peine.
Un 357 magnum. Il était chargé mais n'avait pas de munition en rab. Dommage. Je l'ai accroché à ma ceinture grâce à un étui fait pour. Avant de partir, j'ai confié un pistolet à chacun des membres du groupe. J'en avais assez avec tout ceux qu'on avait récupéré de la police sur le pont.
J'avais l'impression qu'une éternité était passée depuis ce moment alors que ça faisait moins d'une semaine. Ainsi armée et avec ma naginata à la main, je savais que j'avais l'air dangereuse. C'était recherché au cas où nous rencontrions d'autre humains non contaminés qui se montreraient belliqueux. Mais je dois avouer que tout cet équipement pesait lourd et qu'il m'a fallu du temps quand que le poids ne me dérange plus et que mes muscles arrêtent de me faire mal. Je ne plaindrais toutefois pas. C'était bien peu à payer si ça nous permettait à tous de vivre.
Nous avons découvert dès notre départ que les appareils électriques n'étaient pas les seuls à avoir rendus l'âme. Les voitures également ne fonctionnaient plus. Logique, puisque de nos jours il y a de plus en plus d'électronique dans les véhicules. Du coup, nous avions été contraint de nous déplacer à pied. Ce qui n'était pas pratique si on pensait que les parents de Dan travaillaient à une demie heure de métro de là où nous étions, que les miens étaient encore plus loin et qu'il ne nous restait que nos gambettes pour parcourir tout ce chemin.
Sans compter que je n'étais pas certaine de pouvoir situer avec précision l'ambassade e. J'étais en train de réfléchir à un moyen d'avancer plus vite quand mon regard tomba sur des vélos. Ils étaient tous bien alignés et aucun n'était cadenassé. Il faut dire qu'au Japon, il y a peu de vol et les gens ont du coup moins tendance à verrouiller tout. C'est un des trucs qui m'a particulièrement étonnée quand j'ai déménagé ici. Mais sur le moment, je ne m'en suis pas plainte. Nous avons chacun décroché le vélo de notre choix. Autant dire qu'avec mon attirail et ma naginata, il n'était pas évident d'avancer.
Nous avons un peu roulé, mais il est vite apparu que Dan n'arrivait pas à suivre notre cadence. Pour une fois, le problème a vite été réglé et sans aucun accrocs. Nous étions près d'un magasin dans lequel nous avons pris des cordes que nous avons attachées d'un côté aux accoudoirs du fauteuil et de l'autre aux selles des vélos de Genjiro et Isamu. On a aussi déniché des gants épais pour Dan afin qu'il puisse quand même manipuler ses roues même si nous avancions vite. Il n'aurait plus manqué qu'il finisse avec les mains brûlées et qu'il ne puisse vraiment plus se déplacer seul.
On a vite remarqué l'intelligence de sa demande, (c'était lui qui avait parlé de gant) parce qu'au premier virage il aurait été projeté hors du fauteuil s'il n'avait pas pu diriger ses roues. C'était vraiment lui le cerveau de la bande. Fuyuki et moi étions les gros bras. Genjiro le cuistot chargé de nous maintenir dans la meilleure forme et Isamu était notre médecin. La seule qui n'avait pas de fonction véritable à part celle d'emmerder le monde, c'était Arisu. Je ne dis pas ça parce que je ne l'aimais pas, mais parce que c'était vrai.
Je peux vous dire qu'on manquait d'entraînement au début. Après une heure de pédalage intense, nous avons été obligés de nous arrêter, haletants, transpirés, assoiffés, fatigués. Les résultats des transports en communs, des voitures et des cours de sport séchés. Enfin, je ne savais pas pour les autres, mais personnellement quand je n'aimais pas le sport pratiqué en cours, j'avais pris la mauvaise habitude de ne pas m'y présenter tout simplement.
Nous nous sommes donc arrêtés. On s'est posé au soleil sur un muret et en entrant dans une maison, j'ai déniché avec Genjiro un pack complet de canette de coca. Le plus beau dans l'histoire ? Elles étaient au frais. Avant que tout ceci ne commence, je n'avais jamais savouré le fait de me retrouver assise au soleil avec une boisson fraîche à la main entourée d'amis. C'était trop banal, trop ordinaire, trop normal pour que je me rende compte d'à quel point ça pouvait être bon.
C'est bête qu'il faille attendre que le monde devienne fou pour se rendre compte combien on passe à côté de choses insignifiantes en temps normal et pourtant tellement importantes !
Bien sûr, les personnes qui passaient dans la rue à côté de notre petit groupe étaient des zombies qui avaient plus envie de nous bouffer que de nous dire bonjour. Mais bon. J'aurais bien voulu qu'il y ait quelqu'un qui nous réprimande parce qu'on faisait trop de bruit où parce qu'on aurait dû être à l'école, comme avant…
J'aurais aussi bien aimé que cette pause s'éternise. J'avais l'impression d'avoir un peu pu faire comme si on était encore avant cette catastrophe. Ressasser le passé n'apporte rien. Je le savais, mais je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Avant. Alors même que ça ne reviendrait jamais.
Quand bien même quelqu'un trouverait un moyen d'immuniser tous ceux qui sont encore humain contre le virus qui nous faisait virer zombies, rien ne serait plus jamais pareil. Je ne pourrais plus jamais me persuader que les monstres sous le lit n'existent pas. Pas après avoir fait face aux abominations qui ont peuplé le monde aussi longtemps.
Et quand je me regarderais dans un miroir, quand les autres me regarderaient, que verraient –ils ? Une fois que la crise serait passée, je serais juste une femme qui avait tuée pour se sauver. Une criminelle, une meurtrière, un monstre au même titre que les zombies. Je ne me faisais pas d'illusion. Mais nous étions à peine au début quand j'ai commencé à réaliser ça. Et j'avais le loisir de ne pas y penser en me disant qu'on en était pas encore là. J'avais la possibilité de me dire que ça n'était pas important la façon dont on me verrait, dont on me jugerait une fois que tout serait fini. Ça n'était pas en me torturant l'esprit pour rien que j'allais vivre. Et si je mourrais, alors ça n'avait vraiment aucun intérêt. Mais plus maintenant. Plus maintenant que tout est redevenu « normal »,
Nous ne sommes pas resté longtemps sur ce muret. Peut être juste assez longtemps pour qu'on réalise ce qu'on avait perdu. Mais nous n'avions pas d'autre choix que de repartir. C'était bouger où mourir. En fait, je dirais même plus.
C'était fuir où mourir.
Tant qu'on était en mouvement, on pouvait éviter plus facilement les zombies. A l'époque, je n'avais pas encore décidé que pour que tout finisse il fallait tous les exterminer comme on exterminerait des cafards. Ils avaient été humain, et il y avait parmi eux des amis, de la famille, des voisins…
Nous avons cependant été obligés de faire un nouvel arrêt quand l'une des roues du fauteuil de Dan a explosé. Logique. Un fauteuil roulant n'est pas fait pour la vitesse, les virages serrés sans ralentir et le genre de choses que nous avions fait jusque là. Heureusement, nous l'avons tout de suite remarqué. Le bruit métallique de la roue dénudée sur le macadam nous a tous fait grincer des dents. Ça cassait les oreilles et ça attirait tous les zombies alentours. Quand je me suis approchée du fauteuil, Isamu s'est tourné vers moi. Forcément, comme lui et son frère tiraient Dan, ils étaient les plus proches.
- La roue est foutue, il ne pourra plus avancer là-dessus.
Ça c'était vraiment embêtant. Ses jambes étaient deux poids morts et aucun de nous ne pouvait le prendre sur sa selle au risque de se fatiguer encore plus vite. J'ai passé une main dans mes cheveux, embêtée. Il fallait qu'une idée me vienne vite. Chacun se creusait les neurones, il n'y avait pas de raison pour que se soit juste moi. Mais ça a quand même été moi qui ai trouvé une idée qui était à creuser. Il était aux alentours de midi. D'ordinaire nous faisions une rapide pause à l'extérieur, sans entrer dans une maison. Pour une fois, on allait changer nos habitudes.
- Dan et moi on va essayer de monter les roues d'un vélo sur son fauteuil, ai –je déclaré. Si on en trouve pas un dans la maison où on va, j'irais voir dans le voisinage. Si son fauteuil à des roues de vélo, il devrait tenir la route.
Coup de chance, il y avait bien plusieurs vélos dans le garage de la maison. Certains de courses avec des roues toutes fines, et d'autres, des VTT. Nous avons un instant débattu sur le meilleur choix avant de démonter les roues du second. Je ne suis pas douée en mécanique, mais Dan n'aurait pas pu faire tout lui-même vu qu'il ne pouvait plus se déplacer. On s'est installé à l'extérieur vu qu'il n'y avait plus de lumière pour éclairer le garage et que la voiture prenait beaucoup de place dedans. J'ai vraiment regretté qu'on ne puisse plus utiliser de voiture. C'était tellement pratique !
- Je suis désolé de vous ralentir, a soudainement dit Dan tandis que j'assistais, médusée, à la façon dont il remontait ses nouvelles roues.
- Pas grave.
- Si seulement mes jambes…
- Je t'arrête tout de suite. Ça ne sert à rien de spéculer là-dessus.
Il a secoué la tête et n'a rien ajouté, mais il n'en pensait pas moins. Je ne pouvais pas comprendre ce qu'il ressentait. Quand on croise quelqu'un qui a un handicape où une maladie grave, on dit toujours d'un façon ou d'une autre "je comprend, c'est dur. Mais ça va aller, tu verras". Ça n'est que de la compassion basée sur un mensonge. On ne peut pas comprendre ce que ressent une personne handicapée parce qu'on ne l'a jamais été. On peut imaginer la façon dont on réagirait, mais c'est tout. Si j'avais été à sa place, j'aurais sûrement ressenti de la culpabilité mêlé au sentiment d'être un boulet total et irrécupérable.
- Pourquoi tu ne peux pas utiliser tes jambes ?
- Quand ma mère était enceinte, elle n'a pas fait très attention. Elle a bu et fumé. Je suis né avec une malformation qui est impossible à soigner et totalement incompatible avec la marche.
J'ai légèrement grimacé, essayant de retenir ma réaction de colère. Quand une femme tombe enceinte, j'estime qu'elle est responsable du gamin dans son ventre et donc de toutes les malformations liées à sa conduite durant la grossesse et qui frapperaient l'enfant à naî enfant qui n'a strictement rien demandé. Autrement, il y a deux trucs très pratiques nommés « avortement » et « contraception ».
Je n'ai pas dû être assez discrète parce qu'il a souri en disant :
- Pas la peine de lui en vouloir. Moi, je lui ai pardonné. Si moi j'arrive à ne plus la blâmer, personne n'en a le droit.
Il a raison, bien sûr. Il est le principal concerné, je n'ai rien à voir dans l'affaire. Mais il n'empêche que cette histoire me mettait en rogne.
- Et elle a retenu de ses erreurs, a t –il ajouté après une seconde de silence. Ma petite sœur est en parfaite santé.
J'ignorais qu'il avait une sœur. Je ne m'étais même jamais posée la question. En fait, je ne connaissais vraiment aucune des personnes qui m'accompagnaient. Je savais leur capacité au combat où a quoi ils pouvaient êtres utiles, mais rien de plus. Je ne m'étais jamais demandée quelle était leur film préféré par exemple, ou simplement ce qu'ils aimaient où détestaient. M'en rendre compte seulement à ce moment là m'a causé un choc. C'était comme si je ne m'étais jamais intéressée à l'humain en eux, juste à la partie qui m'était utile. C'était horrible. Je suis restée un instant silencieuse avant de demander :
- Elle a quel âge ?
- 5 ans. Elle s'appelle Aï.
- Elle te ressemble ?
- Pas vraiment. Elle est très mignonne.
- Si tu sous entend que tu es laid, tu n'as pas une vision très réaliste de toi.
Il m'a jeté un regard en biais mais n'a rien ajouté. Certains garçons que j'ai connu m'auraient demandé "alors tu me trouves beau ? ", mais pas lui. Il était sans doute trop délicat où trop désabusé à ce propos pour le faire. Pourtant, je n'avais pas menti : je le trouvais mignon.
J'ai rajouté Aï à la liste de personne qu'il nous fallait essayer de retrouver. Essayer parce que si les gens que nous cherchions étaient des zombies, ils pouvaient très bien être parti de la zone dans laquelle nous les chercherions.
Je me suis imaginée un bref instant l'horreur de devoir abattre des gamins de maternelle où même de primaire où de collège transformés. Ou pire encore, retrouver leurs cadavres en décomposition parce qu'ils seraient morts de faim où de soif faute d'adultes pour s'occuper d'eux.
J'ai secoué la tête pour chasser cette vision et j'ai remis d'aplomb le fauteuil sur ses deux nouvelles roues. Étrangement, celles du VTT s'adaptaient parfaitement à la chaise roulante. Tant mieux parce qu'on aurait été emmerdé s'il avait fallu trouver des roues spéciales pour fauteuil roulant. Il a fait quelques mètres avec son nouveau moyen de locomotion et a semblé en être satisfait.
Du coup, nous nous sommes rendus à l'arrière de la maison en contournant celle –ci par le jardin. Faute d'électricité, je pensais qu'on devrait se contenter d'un repas froid, mais Genjiro ne manquait pas de ressource et avait allumé le barbecue qui trônait là. Ça ne faisait qu'une journée que les frigos et congélateurs avaient cessés de fonctionner, du coup il avait réussi à trouver de quoi nous fournir un bon repas avec de la viande et du poisson. Il fallait en profiter, parce que bientôt ces deux ressources seraient à oublier. Sans approvisionnement et sans chambres réfrigérées, on ne pourrait plus en consommer.
De même pour les fruits et les légumes. Le plus inquiétant, c'était qu'on mourrait peut être de faim à défaut de se faire dévorer. On allait peut être devoir se contenter d'un repas par jour… Sans parler de l'eau. Si l'apport en eau potable au robinet cessait, comment remplirions nous nos bouteilles ? On pouvait envisager d'en prendre dans un super marché, mais sans voiture, on ne pourrait pas en embarquer plus d'une par personne ce qui ne résoudrait pas le problème.
- Tu fronces les sourcils et tu n'as pas encore touché à ton assiette, m'a soudainement fait remarquer Fuyuki en me donnant un coup de coude.
J'ai sursauté et je me suis rendue compte qu'il disait la vérité. Étant donné l'importance que j'accorde aux repas, ça paraîtrait bizarre à n'importe qui. Aussi l'ai –je entamé avec enthousiasme.
- A quoi tu pensais ? M'a demandé le champion de kendo.
- Rien, laisse tomber.
Il était sur le point de répliquer quand un bruit assourdissant nous a tous fait taire. J'ai pâli en croyant qu'il s'agissait d'un nouveau missile. Si c'était le cas, on n'avait plus d'abri où se cacher. Mais Arisu qui pointait le ciel derrière moi sans paraître effrayée m'a fait comprendre qu'il ne s'agissait pas de ça. Je me suis levée et tournée pour voir un avion en train de décoller. Ça paraissait tellement incongru après plus d'une semaine à vivre dans cet enfer ! Surtout que plus rien d'électrique n'aurait dû fonctionner. M'enfin, maintenant que je sais ce qui se trouvait à l'aéroport, ça ne me surprend plus autant...
Nous l'avons observé religieusement jusqu'à ce qu'il se fasse happer par un nuage et qu'il ne nous reste plus que le bruit pour nous informer de sa présence.
- Je n'aurais jamais pensé qu'on reverrait un avion décoller, a fait remarqué Isamu exprimant notre ressenti à tous.
- Vous croyez qu'il s'agissait d'un avion destiné à l'évacuation des civiles ? A interrogé son frère sans adresser sa question à quelqu'un en particulier.
- C'est une probabilité, ai – je admis. Il y en a sans doute déjà eu pour évacuer les gens importants, les ministres, l'empereur, les présidents, les hauts fonctionnaires… On peut imaginer qu'il y en ai eu un pour les civiles rescapés. Auquel cas on vient de le manquer.
Je voyais mal pour quelle autre raison cet avion aurait décollé. J'imaginais qu'il y avait ça et là des camps surprotégés de rescapés qui avaient été dressés dans des endroits difficiles d'accès et qu'on y ramenait tout le monde. Si nous avions été au courant, on aurait trouvé le moyen de se rendre en temps et en heure à l'aéroport.
La question était : serais –je partie sans même avoir cherché mes parents ? Peut être, parce que j'espérais qu'ils avaient été évacués avec les dignitaires comme ils étaient ambassadeurs… Ce dont j'étais sûre en tout cas, c'était que si Dan où un autre avait décidé de rester pour retrouver sa famille, je ne serais pas partie avec ce vol. Je n'aurais tout simplement pas pu embarquer alors qu'ils repartaient dans les rues de la ville zombie. Bizarre, n'est ce pas, qu'au bout d'une semaine à peine je ressentais plus de loyauté et de devoir envers eux qu'envers mes parents ? Alors que si le monde n'était pas brusquement devenu fou, ça ne serait jamais arrivé.
Une chape soudaine d'abattement est tombée sur le groupe à ma dernière phrase. C'était presque palpable. Je me suis mordue les doigts d'avoir pensé à voix haute. Il ne fallait surtout pas que l'un où l'autre d'entre eux renonce maintenant pour une phrase maladroite.
- Mais je suis sûre qu'il y en aura d'autre. Quand on aura retrouvé toutes nos familles, on ira prendre cet avion. Ça marche ?
C'était d'un optimisme exagéré. D'abord, rien n'indiquait qu'il y en aurait vraiment d'autres, ensuite la probabilité que toutes nos familles soient indemnes était nulle, enfin peut être qu'on ne vivrait pas assez longtemps pour atteindre l'aéroport.
Mes paroles ont tout de même semblé les rasséréner et certains ont hoché la tête comme s'ils étaient totalement d'accord. Si c'était vraiment le cas, ils accordaient bien trop de crédit à ce que je disais. Je n'ai fait aucun commentaire. Pas besoin de leur casser à nouveau le moral. Après un instant de silence, Arisu a brusquement déclaré :
- Tu dois me donner cette naginata.
J'ai sursauté. Déjà parce que c'était rare qu'elle m'adresse la parole de son initiative, ensuite à cause de ce qu'elle venait de me dire.
- Pourquoi ? me suis –je exclamée indignée en retour.
Je suis quelqu'un de très possessif. Si je n'ai pas une bonne raison de donner quelque chose qui m'appartient (même si techniquement la naginata est à Fuyuki et que je ne faisais que l'emprunter), je ne la donne pas par simple bonté d'âme.
- Je t'ai observée. Tu la tiens comme si c'était un manche à balais. Tu ne sais pas t'en servir. Moi, je sais. Alors donne la moi.
Son argumentation était logique et véridique, du moins pour ce qui me concernait. Et si elle avait vraiment appris à s'en servir, l'arme serait effectivement plus utile dans ses mains. Même si ça ne me faisait pas plaisir de l'admettre.
- Je ne suis pas d'accord, a alors déclaré Fuyuki.
- Pardon ? a répliqué Arisu sa voix montant dans les aiguës sous l'effet de l'indignation.
- Cette arme appartenait à ma mère. Elle a beaucoup de valeur pour moi et je refuse que tu poses ne serais – ce qu'un doigt dessus.
- Mais… ai –je commencé .
J'ai vraiment eu l'intention de prendre la défense d'Arisu, même si je n'arrivais pas à le croire. Elle avait raison sur ce coup là.
- Tu apprendras à t'en servir, m'a coupé Fuyuki en me fixant. Cette arme est un cadeau que je te fais. Alors garde la, pigé ?
Sur le fond, il n'avait pas tord non plus. J'aurais pu argumenter. Mais je n'aimais pas Arisu. Et je pensais que si le maître d'arme qu'était le grande père de Fuyuki avait décidé de me confier cette naginata, c'était que je devais la mériter. Alors je n'ai pas répliqué. J'ai hoché la tête et j'ai fini mon repas intérieure satisfaite de voir Arisu fulminer dans son coin sans oser rien dire.
Nous somme finalement reparti après le déjeuné. Il nous a fallu près de deux jours pour arriver dans le quartier où travaillaient les parents de Dan. Ils étaient tous les deux employés dans une petite boutique qui devait vendre des assurances où quelque chose dans le genre d'après la devanture. L'entrée n'était pas prévue pour laisser passer un handicapé, mais ça n'était pas très grand à l'intérieur et une vitre tenait lieu de devanture.
Dan a regardé à travers, mais n'a rien vu. Il n'a pas identifié les deux zombies à l'intérieur comme étant l'un de ses parents. Ça nous faisait tomber sur un os. Parce que s'ils avaient été transformés, ils pouvaient être n'importe où. Ils avaient aussi pu s'échapper et retourner chez eux, où même avoir réussi à faire parti du plan d'évacuation qui avait vraisemblablement été mis en place sans qu'on en soit averti. On avait eu de la chance jusque là qu'Isamu ai pu être joint par téléphone et que Masaichi – dono soit resté chez lui. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvions pas rester là à attendre bêtement.
- Tu habites loin d'ici ? lui ai – je demandé.
- A une petite heure de marche, je pense, je n'ai jamais fait le trajet. Mais avant, j'aimerais qu'on passe à l'école maternelle qui se trouve a quelques minutes d'ici. Ma petite sœur s'y trouvait quand tout ça a commencé.
Nous sommes resté un instant silencieux et j'ai échangé un regard douloureux avec Fuyuki par-dessus la tête de Dan. Quelles étaient les probabilités pour qu'elle soit vivante et non zombifiée ? C'était mince, très mince. Je n'avais pas envie qu'il se retrouve face au cadavre pourrissant de sa cadette où pire, face à son zombie qu'on devrait achever. Je me suis soudainement faite tirer par les cheveux, assez fort pour que je n'ai pas d'autre choix que celui de me plier en deux et de me retrouver nez à nez avec Dan.
- N'échange pas de regard désolé avec les autres au dessus de ma tête, veux –tu ? Je trouve ça extrêmement insultant. Je sais très bien ce que je risque de voir là bas. Mais je préfère savoir.
Il ne faisait pas semblant de tirer mes cheveux, j'avais l'impression qu'il voulait me les arracher. Ça faisait mal, il le savait, mais il n'y avait pas le moindre remord dans son regard. Plutôt une fermeté que je n'avais jamais vu chez lui mêlée à une certaine supplication et à de l'inquiétude. Peut –être aussi avec un soupçon de peur. Quoi de plus normal ? En tout cas, je n'étais pas en mesure de décréter qu'on n'irait pas voir.
- Si tu me lâches on pourra y aller tout de suite.
Il l'a fait après une seconde d'hésitation. Il n'avait pas vraiment envie d'y aller. Nous l'avons suivi tandis qu'il prenait le chemin de l'école maternelle de sa sœur. Nous aurions pourtant dû nous douter que c'était une mauvaise idée de nous rendre dans une école, après l'état du lycée Fujimi et du campus de l'université de Tokyo. Mais aucun des deux n'était aussi terrible que cette école que nous nous apprêtions à affronter.
A suivre
