Chapitre 10 : La province des montagnes il ralliera.

Evora passa un bon moment à expliquer que Ganondorf, sachant que les guerrières ne mettraient pas de cœur dans les massacres, avait enrôlé des milliers de barbares venant d'un pays lointain pour faire le sale boulot. Ces êtres (car Evora ne les trouvait pas humains) ne vivaient que pour détruire ce qu'ils avaient devant eux. Le roi sombre leur avait promis de nombreuses victimes et ils le suivaient avec une joie morbide. Plusieurs fois déjà, des gérudos s'étaient plaintes à Nabooru que ces mercenaires s'en prenaient à elles, mais lorsque la jeune femme avait présenté les plaintes à son père, celui-ci avait simplement répondu que si ses mercenaires préféraient les femmes Gérudo, alors elles devraient leur céder en toutes choses. Le roi privilégiait donc ces monstres à ses propres sujets. Ce jour-là, le fossé s'était considérablement accru entre Nabooru et son père.

- Donc, il y aura des combats contre ces brutes, en conclut Link.

- Cela semble inévitable, ajouta Sheik. Durant nos négociations, ce seront nos plus grands ennemis.

Sur ce, les cinq jeunes gens partirent dormir. Ruto et Mikau se disputèrent un peu, car le prince s'opposait à l'idée de sa sœur qui voulait faire dormir Link dans sa chambre. Leurs voix se firent entendre pendant un bon moment. Link et Sheik, n'ayant cure de leurs histoires, trouvèrent une chambre d'hôte et partirent dormir.

- Tu ne trouves pas que ça s'est trop bien passé aujourd'hui ? Interrogea Sheik.

- Tu as raison. Ce serait merveilleux si on pouvait tout régler avec un conseil de sages, mais je me rends bien compte que cela ne sera pas aussi simple. Je sais qu'il y aura beaucoup de conflits d'intérêts. Et je réalise aussi…

Il se tut quelques secondes. Intrigué, Sheik lui demanda ce qu'il avait.

- Sheik… Rauru et le général accepteront-ils de négocier avec les Gérudos d'égal à égal ?

« Bien remarqué, Link. Tu n'es pas si naïf que ça, finalement. »

- Ca…

- Ce serait bête que le projet échoue à cause d'un détail aussi stupide, mais j'ai l'impression que le général ne fera pas de concession à Gérudoya. Elle donne l'air de vouloir être le seul maître à bord.

- Si les mercenaires de Ganondorf sont si terribles qu'on le dit, elle ne pourra pas les chasser toute seule. Il faudra qu'elle négocie avec Evora et Nabooru.

- Oui, tant que nous aurons un ennemi commun, nous pouvons nous unir. Je me demande comment ça se passera après.

Les garçons se turent. Ils s'endormirent en quelques minutes.

Le lendemain matin, ils furent réveillés par Ruto qui avait déjà organisé leur départ pour la province des montagnes.

- Les rumeurs disent qu'une troupe de mercenaires campe entre Kokoriko et le mont du péril, résidence principale de ton parain. On dit que Darunia est prisonnier dans sa propre demeure. Je te suggère d'atteindre le mont du péril par la « route secrète ».

- Tu parles de « cette route secrète » ?

- Oui, cette route-là.

- Bah, si je ne voyage qu'avec Sheik, je crois que je n'ai pas le choix. Je ne pourrais pas affronter toute une troupe de barbares.

- Eh, de quelle route secrète parlez vous ?

- La vallée des cascades est alimentée par un fleuve souterrain qui prend sa source au mont du péril. On peut y accéder par un passage secret dans notre fontaine sacrée. Si vous remontez la grotte du fleuve, vous arriverez dans la résidence de Darunia. J'ai déjà fait préparer des sacs pour votre expédition. Il y a de la nourriture, des couvertures, un kit de pharmacie, de quoi faire du feu.

- Quelle attention, c'est bien digne d'une future épouse.

Ruto sourit.

- Link… quand est-ce que nous…

- Lorsque tout sera terminé, d'accord ? Nous nous marierons lorsqu'Hyrule et Gérudoya seront enfin en paix.

Sur cet échange de promesse, la princesse conduisit les deux garçons à la fontaine sacrée. Il s'agissait d'un gigantesque bassin dissimulé dans le relief accidenté du désert de cendre. La jeune fille guida ses amis sur les hauts-fonds du bassin.

- Le sol est particulièrement traître, ici. Il n'y a qu'un seul moyen d'atteindre le passage secret. Il faut suivre un chemin particulier et ne jamais en dévier. Si par malheur, vous glissiez dans le bassin, vous ne pourrez jamais regagner la terre ferme.

- Pourquoi ?

Une ombre dans les abysses répondit au Sheikah.

- Ce n'était pas une légende…

- Non… voici le fameux Jabu, le poisson millénaire. S'il voit une créature nager dans son bassin, il l'avale en une seule bouchée. Les seules personnes à jamais avoir échappé à sa gueule sont mes ancêtres.

- Et c'est ainsi que de génération en génération, ta famille assure sa souveraineté sur la Tribu Zora, compléta Link.

Sheik n'en croyait pas ses yeux. Jamais il n'aurait imaginé pouvoir apercevoir cette légende vivante durant cette mission.

Une minute plus tard, ils avaient atteint l'entrée de la grotte. Ruto salua son fiancé d'un petit baisé sur la joue et les laissa entrer dans le passage, puis elle referma l'entrée et retourna chez elle.

Les deux héros, eux, s'engagèrent dans la sombre grotte. Le voyage dura presque deux jours. Bien sûr, à vol d'oiseau, ils prenaient un sacré raccourci, mais le sol était tellement accidenté qu'ils avançaient très lentement. Les roches finirent par changer de nature. Les stalactites furent remplacées par des restes de coulées de laves, la chaleur augmenta brusquement et le sol se mit à trembler légèrement.

Link s'empressa de dire à Sheik que c'était parfaitement normal, car le mont du péril était connu pour son activité permanente. Le garçon aux yeux rouges grommela qu'il était déjà au courant. Il commençait à être agacé de ne pas dominer le comte sur le plan intellectuel.

La chaleur finit par devenir infernale. Link annonça avec peine qu'ils touchaient au but. Apparemment, le passage devait donner sur un lac de lave, lequel ne pouvait être atteint que depuis les appartements privé de Darunia. Le spectacle fut bientôt encore plus impressionnant que celui dans les gorges de la province des Cascades. Effectivement, il y avait un gigantesque bassin de lave bouillonnant. Link fit signe à Sheik de se masquer le visage. Le plus dangereux, ici, n'était pas la chaleur, mais les gaz empoisonnés libérés par l'explosion des bulles. Ils suivirent un chemin escarpé qui faisait le tour du bassin et finirent par atteindre une sorte de balcon où se trouvait une grosse porte de pierre. Sheik poussa un soupir de soulagement. L'atmosphère du bassin commençait à lui faire tourner la tête.

Cependant, ce n'était pas encore la fin de leurs problèmes. Link fit remarquer que comme la porte était en pierre, elle ne s'ouvrirait pas par la simple force des mains. Il y avait un méchanisme spécial à activer. Sheik, commençant à s'impatienter, lui répondit d'arrêter de discuter, et plutôt de passer à l'action.

- C'est que… je ne le connais pas. C'est un secret Goron. Comme Ruto était la seule personne connaissant l'entrée chez les Zoras, seul Darunia doit savoir comment entrer dans le cratère. Et il passe la porte tous les matins, car il médite une demi-heure sur cette terrasse.

- Et tu peux me dire comment on va passer cette porte, alors ?

- Et bien… je n'en sais trop rien. Il faudrait essayer de communiquer avec l'intérieur, ou espérer que Darunia vienne faire sa petite séance de méditation ce soir. Je ne suis pas sûr que nous puissions tenir jusqu'à demain matin.

- Tu es complètement fêlé ! Tu nous as sciemment envoyé à la mort ! Nous sommes trop épuisés que pour faire le chemin en sens inverse.

- Désolé, j'avais oublié…

- Mais je n'en ai rien à faire, de tes excuses. On va mourir ici parce que tu ne t'étais pas souvenu d'un détail capital. Je ne peux pas croire que j'ai fait confiance à un pareil imbécile !

Mais alors qu'ils se disputaient, la porte se mit à trembler. Les garçons eurent des yeux ronds. La porte s'ouvrait.

- Tu vois, il n'y avait pas de raisons de s'inquiéter. La fortune vient toujours secourir les héros des dieux.

- On a eu une chance incroyable, mais un hasard pareil ne se reproduira pas. Il ne faut jamais compter sur la chance, mais sur nos seules capacités, et au possible, anticiper les événements.

- Je te trouve vraiment nerveux Sheik.

- Tu tiens vraiment à ce que je t'étripe, ma parole.

- MAINS EN L'AIR, LES INTRUS !

Un colosse venait de sortir du passage, armé d'un gigantesque glaive.

- Vous allez m'expliquer comment vous vous êtes retrouvés sur ma terrasse privée.

- Seigneur Darunia, je suis …

- Toi ! C'est impossible…

- Si, je suis Link d'Hylia et je suis bien vivant.

- Menteur ! Ganondorf l'a tué sous mes yeux.

- C'est faux, je ne me suis jamais retrouvé face à face avec Ganondorf. Croyez-moi, mon parrain. Ma mère et moi avons pu nous échapper à cheval alors qu'une troupe de serviteurs faisaient diversion.

Le seigneur des Gorons baissa son arme. Il observa le garçon un long moment.

- Alors… le jeune garçon que Ganondorf a décapité sur la route du péril… Link, tu as ordonné à un innocent de mourir à ta place ?

- Ce n'était pas mon idée ! C'était une mesure désespérée prise par mon père lors qu'il a vu la fin venir. Sachez que je porte tous les morts d'Hylia dans mon cœur et que je compte bien les venger, tous autant qu'ils sont.

Darunia observa son filleul quelques instants, puis hocha la tête en souriant.

- Cette lueur dans les yeux… ton père serait rassuré de savoir que son fils ait si bien grandi.

Il fit rentrer les deux garçons dans ses appartements et referma la porte. Les jeunes gens se sentirent tout de suite mieux dès qu'ils ne respirèrent plus les gaz du volcan. Le chef des Gorons les mena dans un salon souterrain, orné de tapisseries et de bas-reliefs et éclairé d'une vingtaine de lampes à huile. Le géant fit signe à ses invités de s'assoir sur des coussins.

- Vous n'avez toujours pas répondu à ma première question, il me semble. Que faisiez-vous dans le cratère du péril ?

- Nous venions de la province des Cascades. Les princes Zora nous ont ouvert le chemin secret, car la voie normale est trop fréquentée par les hommes de Ganondorf.

- Pourquoi êtes-vous venus ici ?

- Nous devions vous voir. Nous devons parler de l'avenir d'Hyrule et de Gerudoya.

- Ton père est mort, il n'existe plus d'armée Hylienne, les peuples sont divisés, dispersés. Pourquoi parles-tu d'avenir ?

- Beaucoup de gens croient à un avenir paisible. Ils sont de tous les peuples, même chez les Gérudos.

Et Link se mit à raconter tout ce qui lui était arrivé, depuis sa fuite d'Hylia au début de la guerre jusqu'à son entretien avec les princes zora. Le chef des Gérudo l'écouta d'une oreille très attentive. A la fin du récit, il sortit une grande bouteille de bière.

- Ton discours est très joli… mais je ne suis pas sûr de te croire. Tu es certain d'être capable de rallier les guerrières Gérudo à notre cause ?

- Il faut que je voie Nabooru et que je l'amène à sa cousine Evora. Je suis certain qu'avec les bons mots, elle acceptera de se joindre à nous.

- Ecoute, fiston, je n'ai jamais douté une seule seconde de ton père. Si c'était lui qui m'avait présenté l'affaire, je l'aurais suivi sans poser de questions. Philippe était…

- Je vous jure que je serais son digne fils. Pour chasser Ganondorf, il nous faut des alliés au plus près de lui. Et c'est pour ça que nous devons avoir Nabooru dans notre camp.

- Je ne pense pas qu'elle acceptera, annonça une voix de femme.

Une femme rousse et à la peau basanée entra dans la pièce. Elle était enceinte et devait être assez proche de son terme. Elle était visiblement une Gérudo. Link regarda son parrain d'un air interrogateur. Il ne se serait jamais attendu à ce que le chef des Gorons puisse collaborer avec les envahisseurs. D'un ton embarrassé, Darunia présenta la nouvelle venue.

- Link, je te présente Sintra, ma femme.

- Pourquoi dis-tu ça d'un ton gêné ? Tu m'as demandé en mariage, assume !

- Parrain, je vous connaissais une autre femme. D'où elle sort, elle ?

- Méribelle est décédée il y a quatre ans de maladie. Le capitaine Sintra était chargée de surveiller la province des montagnes et passait ici très souvent. On a commencé par se disputer, mais au bout de quelques temps, on a compris qu'on se ressemblait beaucoup. Nous nous sommes mariés il y a dix mois et euh… nous attendons un heureux évènement dans quelques semaines.

- C'est effectivement une surprise, mais pas tant que ça. Le prince Mikau sort aussi avec une capitaine Gérudo, mais c'est vrai qu'il est plus en âge de tomber amoureux.

Sheik toussa bruyamment pour arrêter la conversation qui partait en queue de poisson.

- Si cela ne vous dérange pas trop… moi, je me fiche de savoir qui sort avec qui. Ce que je veux savoir, c'est pourquoi votre femme prétend que nous n'avons pas la moindre chance de convaincre Nabooru.

- Nabooru est ma nièce. Je l'ai connue lorsqu'elle était encore un nourrisson. Je vous ai entendu parler d'Evora, mais je doute que cette fille connaisse ma nièce comme je la connais.

- Bon, quel est le problème avec le général en chef des Gérudo, alors ?

- Son orgueil, tout simplement. Quelque soit la haine qu'elle éprouve envers son père et le danger que court son peuple, elle considère le problème comme une affaire personnelle. Elle s'est jurée de le tuer de ses propres mains et compte y arriver toute seule. Elle n'acceptera l'aide de personne.

- Et oh, ce n'est plus une simple affaire de famille ! Il y a plusieurs centaines de millier de personnes impliquées dans cette histoire.

- Il faudra le dire à Nabooru. Et je maintiens mon opinion. Elle veut assumer l'entièreté du problème créé par son père. Si vous essayer de lui parler, elle vous enverra promener.

- Donc, il faut vraiment qu'on lui parle. Est-ce que vous savez où elle pourrait être pour le moment ?

- Elle a quitté le village Goron il y a vingt minutes.

- Quoi ? Mais elle était dans la région d'Hylia il y a trois jours !

- Apparemment, vous aussi, cela ne vous a pas empêché d'atteindre la terrasse sacrée. Elle est arrivée hier soir afin de s'assurer de l'envoi du tribut qui a été demandé à la province des montagnes. Elle est sensée faire tout un tour du royaume pour s'assurer que tout se passe convenablement pour l'anniversaire de « l'unification ».

- Bon, alors, elle ne doit pas être très loin. Il faut combien de temps pour atteindre le village Cocorico ?

- Quarante minutes à pied.

- Et à cheval ?

- Personne ne se promène à cheval dans le défilé. Le sol est trop accidenté. Les filles et les porteurs se déplacent à pied et ils avancent lentement à cause de tout le matériel qu'ils transportent. Mais tu ne comptes tout de même pas les rattraper comme ça ? Il y a au moins trente guerrières avec elle. Tu seras abattu avant d'avoir ouvert la bouche.

- Oh, il parait que Sheik et moi sommes au goût de ses guerrières. Elles nous voudront vivants. Si tu es si inquiète, pourquoi ne pas venir avec nous ?

On improvisa une petite troupe de 20 personnes pour tenter de rejoindre les Gérudos. Link, Sheik et Darunia furent du voyage.

Le groupe s'élança rapidement sur le sentier. Il fallait atteindre le groupe avant qu'ils atteignent Cocorico, s'ils voulaient mener les négociations comme ils le voulaient.

Au fur et à mesure qu'ils descendaient, des bruits de lutte se firent entendre.