Hello à tous ! Me revoici avec le chapitre de la semaine, j'espère que vous l'apprécierez. Quoi qu'il en soit, encore merci à tous pour vos reviews, contente de voir que vous appréciez cette fic (n'hésitez pas à regarder le drama surtout... *sifflote*). Quoi ? Je me répète ? Si peu...
Voilà la suite, enjoy ~
Le monde avait volé en éclat. Et subitement, toutes les perceptions, les sensations, s'étaient modifiées, et sa capacité à réfléchir en avait pris un sérieux coup. Oh, au début, il n'avait pas très bien compris. Il était rentré au bureau après s'être assuré que son père était mis sous bonne protection. Et là, Sorata et Arashi avaient déboulé. Il avait ri, parce qu'ils avaient l'air d'avoir vu un revenant. Il avait ri.
- Qu'est-ce qui se passe ? Vous faites de ces tronches !
- On pense avoir retrouvé la trace de Shirakawa Yui. Et on pense que c'est bien lui, Wakarai Shiyu.
Et là, il avait bondi de son siège, électrisé par l'excitation. Les pistes qu'ils avaient suivi à partir de Kuzuki Kakyô n'avaient remonté à rien, ce qui rendait la nouvelle encore plus excellente.
- Non ! Sérieux ?
- Oui...
Et là, il s'était dit que quelque chose n'allait pas. Pourquoi faisaient-ils des têtes si graves pour une si bonne nouvelle ?
- Bon, ben dites-moi qui c'est !!
- Eh bien...
- ... C'est maître Fai D. Flowright.
Le coup n'aurait pas pu être plus brutal. Arashi et Sorata ne s'attendaient pas à une explosion de joie à l'annonce de la nouvelle, mais ils ne s'attendaient pas non plus à le voir devenir aussi livide.
- ... Fai ?
- L'avocat. Fai D. Flowright, répéta Sorata, comme s'il ignorait qui il était.
- ... Mais... C'est impossible...
- Je ne l'aurais jamais soupçonné, avoua Sorata. Il avait l'air si...
- C'EST IMPOSSIBLE !! hurla Kurogane, les faisant sursauter tous les deux. Vous vous êtes trompés !!! Ca ne peut pas être lui !!! Ce n'est pas lui !!! Pas Fai !!!
Arashi et Sorata avaient échangé un retard interloqué. C'était toujours un choc de savoir qu'une personne telle que Fai D. Flowright n'était pas celle qu'elle prétendait être, mais il réagissait beaucoup trop excessivement à la nouvelle. Et puis... il l'appelait par son prénom ? Première nouvelle. Le brun saisit son portable et chercha dans son répertoire le numéro qu'il avait entré quelques heures plus tôt, juste après le départ de Fai. S'il avait songé, en l'enregistrant dans son portable avec un sourire idiot, qu'il servirait à l'appeler pour une situation comme celle-là... Non, bien sûr, il n'aurait pas pu prévoir.
- Réponds, Fai !! cria-t-il au combiné. Réponds !!
Mais la seule voix qui répondit fut celle du répondeur. Kurogane en avait les mains qui tremblaient. Arashi et Sorata le regardaient d'un air stupéfait. Depuis quand il était assez proche de l'avocat pour le tutoyer et l'appeler Fai ? Et puis, la fois d'avant, où il l'avait défendu quand Sorata avait trouvé que c'était bizarre qu'il soit toujours impliqué dans ces affaires... il s'était mis en colère, aussi...
Visiblement, lui et Arashi avait raté un épisode à propos de leur relation à tous les deux.
- Il ne répond pas, bredouilla Kurogane.
Le cerveau du brun était embrouillé ; impossible de réfléchir correctement. Le violence du choc avait balayé toutes ses pensées logiques, avait complètement dévasté son esprit. C'était juste impossible. Ça ne pouvait pas être Fai... Est-ce qu'il n'avait pas dit, quelques heures plus tôt, qu'il l'aimait ?
Ah ! Qu'est-ce qu'il avait dit, aussi ? "Pour ce que ça vaut"... Et ce regard triste qu'il avait eu à ce moment là... Les yeux écarquillés, Kurogane se laissa tomber sur sa chaise.
- ... C... c'était... ça, qu'il voulait dire ...? "Pour ce que ça vaut" ... ?
Il avait envie de hurler. Il avait envie de tuer, de tout détruire autour de lui. Ça n'aurait certainement pas réussi à le calmer, mais il avait besoin de quelque chose pour se défouler, sans quoi il n'était pas sûr de réussir à ne pas devenir cinglé. Il se leva à nouveau, sans même s'en rendre compte. Il fallait qu'il aille au bureau de Fai. Il ne savait pas où il habitait, mais il irait déjà là-bas, et il essayerait de l'appeler toute la nuit s'il le fallait, et il réussirait à lui parler. C'était une erreur, bien sûr. Une énorme erreur. Fai ne pouvait pas être Shirakawa Yui, ni Wakarai Shiyu. Ils s'expliqueraient, et tout irait bien...
- Vous avez du vous tromper, dit-il d'une voix si faible et si suppliante qu'elle fit peur à ses collègues. Ce n'est pas Fai, si ?
- Malheureusement, si, répondit Arashi d'un ton prudent. Tu veux connaître la vérité ... ?
- L... La vérité ?
- Oui. La vérité à propos de Fai D. Flowright, et Shirakawa Yui. On a recueilli les propos de plusieurs personnes... On les a enregistrés, par précaution. Tu veux savoir comment ça s'est passé ?
Kurogane fixa Arashi avec un air perdu, le visage toujours aussi pâle. Vraiment, pas moyen de percuter ce qu'elle disait. Il n'arrivait pas à réfléchir.
- ... Comment... ça s'est passé ?
- Comment Shirakawa Yui est devenu Fai D. Flowright ...
- ... M.. Mais puisque ce n'est pas lui...
Arashi et Sorata échangèrent un regard inquiet. Ils n'auraient jamais pu soupçonner que la nouvelle provoquerait un tel désespoir chez lui.
- Kurogane..., murmura Arashi avec douceur.
- Je refuse de croire ça !! cria le brun dans un soudain accès de colère. Ce n'est pas Fai. Ce n'est PAS Fai !!! N'est-ce pas ? ajouta-t-il en levant un regard douloureux vers ses collègues. N'est-ce pas ? Vous vous êtes trompés ...
- Impossible, répondit Sorata d'un air navré. Tu veux savoir ce qui s'est passé ?
- ... Je... Je ne sais pas... Si... Fai est Wakarai Shiyu, c'est... ça veut dire que c'est lui qui m'envoyait ces cartes ... ? Qui a provoqué la mort de mon frère ?
- ... Je crains que oui, répondit Arashi prudemment.
Devant l'air perdu de Kurogane, Sorata dit:
- On va t'expliquer... d'accord ?
Mais il ne reçut en guise de réponse qu'un regard vide et plein d'incompréhension.
.oOo.
Shirakawa Yui avait toujours été un garçon adorable. L'idole de son collège à cause de sa petite bouille d'ange, de son innocence à couper le souffle et de sa gentillesse inégalée. Sans compter qu'il était très intelligent et se débrouillait parfaitement bien à l'école. Du point de vue de sa vie de famille, il vivait avec sa mère et son grand frère, et ils étaient très heureux, à l'abri du besoin grâce à l'héritage que leur avait laissé leur père, mort quand Yui n'était encore qu'un enfant.
Mais quand Yui fut dans sa dernière année de collège, un drame eut lieu. Son grand frère Ashura, qu'il aimait presque au point de le vénérer, fut tué dans une bagarre avec Kurogane, un élève plus jeune de son lycée. Pour comble de malheur, sa mère, dont le cœur était faible, fut prise d'une crise cardiaque le jour même des funérailles de son fils aîné. Yui, qui venait de perdre d'un seul coup tout ce qui constituait les bases de sa vie, n'avait rien ni personne à qui se raccrocher. Le reste de sa famille du côté de son père vivait à l'étranger et il n'avait plus de contacts avec eux. Quant à sa mère, elle n'avait plus de famille depuis longtemps. Alors il s'accrocha à la seule chose qui pouvait encore l'aider à tenir : l'idée de venger son frère, mort, en détruisant la vie de son assassin.
Yui était très intelligent. Il comprit tout de suite que pour opérer une vengeance parfaite, il ne pouvait pas continuer comme ça. Heureusement, l'héritage de ses parents lui assurait de pouvoir vivre tranquillement s'il le souhaitait pendant un certain temps. Yui en profita pour vendre la maison, et se réfugier dans un appartement loin de la scène du drame qui l'avait secoué ; il arrêta le lycée pour prendre des cours par correspondance, tout en travaillant à côté pour payer ses études sans toucher à l'argent de sa famille, puis lorsqu'il eut fini ses cours par correspondance, et que ses finances se furent montées à un niveau conséquent, il orchestra sa propre mort.
Le collégien qu'était Yui n'aurait pas pu faire quelque chose du genre ; il fallait fréquenter des gens louches qui se seraient chargés de le faire passer pour mort, et il aurait eu trop peur de les approcher, surprotégé qu'il était dans son cocon depuis sa plus tendre enfance. Mais depuis, le cocon avait été brisé, il avait du faire face aux pires problèmes, et il avait grandi, et changé. Le Yui lumineux du collège était devenu un Yui détruit, renfermé, ne vivant que pour la vengeance. C'était grâce à cette pensée qu'il parvenait à supporter la vie. Les photos de Kurogane au lycée s'accumulaient sur le panneau de liège de sa chambre, et les regarder lui rappelait qu'il avait un but, et qu'il ne mourrait pas avant de l'avoir atteint.
Le Yui au cœur de glace qu'il était devenu n'eut aucun mal à convaincre quelqu'un, moyennant finances, de le faire passer pour mort et de lui donner une nouvelle identité. Il apprit donc quelques jours plus tard qu'il était mort dans un accident de train, et qu'il s'appelait à présent Fai D. Flowright, fils d'un riche armateur anglais, expatrié au Japon à la suite d'une dispute avec sa famille, malheureusement morte deux ans après son départ à la suite d'un terrible accident de voiture. C'était parfait ; personne ne pouvait remonter jusqu'à lui.
Sous sa toute nouvelle identité, il passa les examens de l'université de Tôkyô, et les réussit, puis étudia pour passer l'examen du barreau, auquel il fut accepté haut la main également. Son parcours brillant, sa silhouette élégante et mystérieuse, et surtout, ses qualités incroyables d'orateur, lui firent gravir les échelons très rapidement, et en peu de temps, il était déjà reconnu dans les cercles légaux comme un excellent avocat , qui allait même jusqu'à défendre gratuitement les clients qui ne pouvaient pas se permettre de le payer.
Mais s'il était devenu avocat, c'était pour une seule chose : avoir assez de pouvoir pour réussir à se rapprocher de la famille Kurogane, qu'il n'avait jamais perdue de vue depuis la mort de son frère, et commencer sa vengeance. Depuis le drame, c'était la seule constante de son existence. Le moteur de sa vie. La vengeance.
Et il n'allait certainement pas s'arrêter en si bon chemin.
.oOo.
Le corps était bien en vue, en plein milieu de l'entrepôt, allongé d'une façon bizarre, comme si son propriétaire s'était tordu de douleur avant sa mort. Mais il ne présentait aucune blessure, ni aucun coup.
Les pas résonnèrent dans le bâtiment et s'arrêtèrent à côté du cadavre. En silence, Fai s'agenouilla près de Fûma et murmura:
- Mon pauvre... je te plains d'avoir eu un tel ami.
Sa main gantée de cuir noir sortit de la poche de sa veste un stylo chic, dont le nom du propriétaire était inscrit sur la broche dorée du bouchon. Il hésita un long moment, puis, délicatement, il le déposa à côté du corps de Fûma.
- Maintenant ... il faut les prévenir.
Le portable de Fûma était dans la poche de son jean. Fai le saisit avec douceur et ouvrit le clapet. Il n'eut qu'à aller dans le menu des derniers appels avant d'appuyer sur la touche "appeler".
A quelques kilomètres de là, le portable qu'il essayait de joindre se mit à sonner.
.oOo.
Maintenant, il savait tout.
- C'est moi... qui ai tué son frère, murmura Kurogane. En échange, il veut détruire ma vie... C'est pour ça qu'il a tué mon frère...
- Je crains qu'il ne s'arrête pas là, répondit Arashi lentement. On ne sait pas ce qu'il prépare par la suite, mais tu as reçu une carte de tarot.
- Oui... mais personne d'autre ne l'a reçue...
- Au moment où tu les as appelés, non. Mais...
Kurogane regarda sa carte de tarot, l'esprit complètement vidé. Alors Fai n'avait fait que le trahir, toujours. Et ses prétendus sentiments envers lui... c'était juste du vent, en fait ? Il avait exprès de jouer avec lui et de le trahir pour que ça lui fasse encore plus mal, c'était ça ? Ça ne pouvait être que ça ! Fai le détestait depuis si longtemps. Il le haïssait au point de provoquer la mort de sa famille, lui qu'on disait si gentil à l'époque du collège.
- Fai...
- Kurogane... ça va?
- ... Non. Il faut que j'aille le voir... Je ne sais pas si ça changera grand chose, mais...
Après avoir entendu toute son histoire, il n'avait pas eu d'autre choix que d'admettre que Fai était bien Wakarai Shiyu. Et d'un coup, le personnage qui se cachait derrière le pseudonyme lui semblait beaucoup plus humain. Maintenant, il comprenait ses buts et sa souffrance.
Mais même si Fai était Wakarai Shiyu ... eh bien, il y avait des choses qu'on ne pouvait pas pardonner. Et tout comme Fai ne pouvait pas lui pardonner à lui, la mort de son frère Ashura, lui, il n'arriverait pas à lui pardonner la mort de son frère, et son horrible trahison.
Alors qu'il se levait, l'air décidé malgré son visage décomposé, le portable sonna dans sa main. Il pâlit, se demandant si Fai le rappelait après son appel manqué... Et s'il avait sa voix de d'habitude, et s'il se montrait gentil avec lui? Comment réagirait-il ?
Mais en regardant l'écran d'affichage, il constata que ce n'était que Fûma.
- Allô ? Fûma ?
Personne ne répondit de l'autre côté.
- Fûma ? T'es là ? Pourquoi tu m'appelles ? ... Hé, dis quelque chose ...!
Pourquoi Fûma ne répondait pas ? C'était quand même lui qui l'appelait ... Une sourde angoisse noua les tripes du brun.
- Fûma ?? Fûma !! Réponds !! Fûma !!
Cette fois, il entendit un bruit. Des pas. Des pas posés, autoritaires, qui s'éloignaient dans un endroit où le son résonnait.
- Fûma !!!! Qu'est-ce qui se passe ?? Fûma !!!
Les pas claquaient d'une façon sinistre, avant de s'évanouir petit à petit.
- Fûma !!!
- Qu'est-ce qui se passe !? s'exclama Sorata.
- Localise l'appel ! Vite !
Les pas s'étaient évanouis, et le silence à l'autre bout de la ligne était insupportable. Le temps que mit Sorata à localiser l'appel parut beaucoup trop long aux yeux du brun, qui continuait à appeler Fûma sans recevoir une seule réponse.
- J'ai l'adresse! dit Sorata en prenant ses clés de voiture. On y va !!
Le trajet en voiture fut excessivement long aux yeux de Kurogane, qui bondit à l'extérieur lorsqu'elle s'arrêta devant l'entrepôt.
- Fûma !!
Il avait vu le corps ; c'était la seule chose qu'il y avait à voir dans cette immense pièce vide.
- NON !!
Lorsque Sorata et Arashi arrivèrent dix secondes après Kurogane dans l'entrepôt, ils le trouvèrent en train de hurler, serrant le corps inanimé de Fûma contre lui.
- Fûma !! Ouvre les yeux !! Ouvre les yeux, Fûma !!
Les deux collègues de Kurogane échangèrent un regard douloureux. C'était vraiment trop. Wakarai Shiyu, ou plutôt Fai D. Flowright, puisqu'ils connaissaient à présent sa véritable identité, avait-il décidé de tuer tout le monde autour de son ennemi ?
- Kurogane, dit Sorata doucement en s'approchant de lui.
Mais le brun ne répondit pas, serrant le corps de Fûma dans ses bras, incapable de répondre, la douleur et l'incapacité à réaliser annihilant toute autre pensée dans son esprit, des larmes roulant sur ses joues rougies par le froid. Sorata ne l'avait jamais vu pleurer. Peut-être que ça avait été le cas pour la mort de son frère, mais en privé. Le voir perdre le contrôle devant d'autres personnes montrait à quel point il était proche du point de rupture. La trahison de Fai, qu'il semblait connaître bien mieux qu'il ne le laissait supposer, avait sans doute été un des coups les plus rudes, et suivie le même jour par la mort d'un de ses meilleurs amis, c'était logique qu'il menace de péter un plomb.
Bon dieu, cet avocat allait le payer. Sorata sortit son téléphone, bien décidé à en découdre, quand Kurogane l'arrêta d'un regard. Oui... si c'était à quelqu'un de le faire, c'était à Kurogane. Lui, il n'était pas vraiment le principal concerné, même si l'affaire le touchait de près.
Le brun se releva avec difficulté, après avoir déposé délicatement le corps de son ami mort. Il passa rapidement une main sur sa joue, et regarda son collègue avec un calme étonnant compte tenu du drame auquel il faisait face.
- Je vais l'appeler, moi, dit-il d'une voix rauque à force d'avoir tant crié. Je vais le faire.
Sorata se contenta de hocher la tête, et Kurogane sortit son propre portable.
- Et s'il ne répond pas, dit-il d'une voix qui ne semblait même pas la sienne tant elle était calme, j'irai à son bureau, je trouverai son adresse, et s'il a fui son domicile, je l'attendrai jusqu'à ce qu'il revienne, et quand il sera revenu...
Kurogane se tut, mais la suite était évidente pour ses collègues.
- Pendant ce temps, occupez-vous de Fûma, s'il vous plaît.
Arashi hocha la tête, et le brun composa à nouveau le numéro de téléphone de Fai D. Flowright, sans voir le crayon posé de l'autre côté du corps de Fûma, au nom de Shiro Kamui, société Kurogane & Sons.
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Fai était dans sa pièce rouge, celle où il avait mis les photos de tout l'entourage de Kurogane sur le mur. Calmement, il barra le visage de Fûma, mais ses yeux ne souriaient pas. Il se sentait faible. Et il détestait ça. Plus la fin venait, et plus il regrettait d'avoir commencé cette vengeance qui le faisait bien plus souffrir qu'elle ne le soulageait. Mais pour Ashura, il fallait qu'il aille jusqu'au bout... Pour son objectif final...
Kurogane avait toujours été son obsession, depuis la mort d'Ashura, mais elle avait pris un nouveau visage depuis quelques temps. Un visage qui lui faisait regretter d'être la cause de tant de souffrance chez lui. Voir son visage crispé de douleur, lorsqu'il apprenait la mort de quelqu'un de proche, c'était agréable, au début, et à présent, plus le temps passait, et plus c'était difficile.
- Mais ça ne peut plus être arrêté, murmura-t-il pour lui-même. Ça ne peut plus être arrêté...
Kuzuki Kakyô lui avait dit la même chose. Qu'il ne fallait pas qu'il s'arrête en si bon chemin. Que cette vengeance, ce n'était pas seulement pour lui-même qu'il était en train de l'accomplir, mais aussi pour des faibles comme lui, Kakyô, qui, même s'ils avaient assez de haine, n'avaient pas assez de courage. Que la mort d'Ashura avait été terrible pour bon nombre de ses amis du lycée et que tous seraient contents de savoir que son assassin avait enfin été puni. Mais il n'avait pas réussi à tempérer les doutes du blond et la culpabilité qui l'envahissait de plus en plus.
Son téléphone, posé sur la table, sous le panneau de photos, se mit à vibrer. Fai le prit lentement et regarda sur l'écran externe le nom de celui qui l'appelait, même s'il savait très bien de qui il s'agissait. Il hésita un instant, puis appuya sur le bouton vert.
- Fai D. Flowright à l'appareil, dit-il d'une voix tout à fait normale.
Kurogane resta silencieux pendant quelques secondes, et Fai aurait préféré qu'il se taise plutôt que de prononcer son nom d'une voix aussi douloureuse et faible.
- Fai.
Il ne savait pas quoi dire. Kurogane avait appris pour lui, ça s'entendait rien qu'au ton de sa voix... et pour une fois, il ne savait pas comment réagir. Fallait-il qu'il lui parle comme s'il ne savait rien, ou au contraire, avec froideur ? Il ne savait pas quelle conduite adopter. Mais Kurogane parla pour lui.
- Je crois qu'il faut qu'on se voie.
- Oui, répondit Fai simplement.
Il aurait pu nier, il aurait pu dire "mais Kurogane, on vient de passer la moitié de l'après-midi ensemble", mais maintenant que les choses s'étaient clarifiées entre eux, il n'avait plus envie de jouer à ce jeu là.
- Tu es au courant, n'est-ce pas ? De la mort de Fûma. C'est toi qui l'a assassiné, n'est-ce pas ? Ou plutôt, tu as poussé quelqu'un à le faire. Comme tu fais toujours.
Fai ne répondit pas. S'ils devaient parler de ça, il préférait le faire face à face, et non pas au téléphone. Kurogane sembla du même avis puisqu'il ajouta simplement:
- On se retrouve devant ton bureau, dans vingt minutes.
- Très bien.
Qu'est-ce qu'il y avait de plus à ajouter ?
.oOo.
C'était la première fois que Fai appréhendait de voir Kurogane. Et c'était loin d'être à cause du fait que sa véritable identité était maintenant révélée au grand jour... il aurait préféré. Mais le regard que lui lança le brun quand il l'aperçut, ce mélange de colère bouillonnante et de souffrance indicible, parvint à lui compresser le cœur bien plus sûrement que si Kurogane lui avait hurlé dessus d'entrée de jeu.
Il s'affrontèrent du regard un long moment, puis, avant qu'il ait eu le temps de réagir, le poing de Kurogane l'avait frappé en plein visage, et il avait reculé de deux pas, un filet de sang coulant de sa bouche.
Il l'essuya lentement et releva les yeux vers Kurogane, puisant dans son être toute la haine qu'il pouvait réunir pour la faire briller dans son regard. Il ne fallait pas que Kurogane sache qu'il avait des regrets. Sinon, son objectif final ne pourrait jamais être atteint, il en était certain. Il fallait qu'il reste ce détestable Wakarai Shiyu, ce manipulateur, cet assassin. Et Kurogane se mettant à le haïr, au fond, ce n'était qu'un juste retour des choses. Il n'avait jamais espéré qu'il en aille autrement ; c'était juste une déviation qu'avait prise sa vengeance avant de revenir sur le droit chemin.
- Wakarai Shiyu ... c'est toi, n'est-ce pas ? C'est toi qui as tué Fûma... et mon frère... et aussi Fei Wang Lead... c'est toi qui as tout organisé... les cartes de tarot... C'est à cause de toi s'ils sont morts...
Les yeux rouges de Kurogane semblaient brûler, et ses yeux à lui étaient aussi froids que la glace. Au bout d'un long moment, il ouvrit la bouche et répondit d'une voix posée:
- Wakarai Shiyu ... l'assassin de tes proches, le manipulateur, celui qui t'a envoyé des cartes de tarot... Shirakawa Yui ... C'est bien moi.
Une douleur poignante traversa le regard de Kurogane, et il fixa Fai sans dire un mot pendant quelques instants avant de dire:
- Donc... tu m'as toujours menti ...? Tu as... fait exprès de jouer avec ce que je ressentais pour toi, c'est ça ?
Fai nota rapidement qu'il avait utilisé le passé pour parler de ses sentiments envers lui. Mais ce n'était pas le moment d'analyser ses phrases.
- Oui, répondit-il d'une voix froide.
Il allait sans doute le frapper à nouveau. De toute façon, si c'était le cas, Fai n'avait pas l'intention de l'esquiver... Il l'avait mérité, après tout. Mais le coup ne vint jamais, et le blond releva les yeux vers lui. Il songea qu'il aurait préféré les garder baissés quand il vit l'expression de désespoir intense inscrite dans chacun des traits du brun. Difficile de garder son air de neutralité dans une telle situation. S'il n'avait pas commis l'erreur de se rapprocher de Kurogane, ça l'aurait peut-être moins atteint ; mais là, les dégâts étaient trop profonds.
Et Kurogane semblait incapable de prononcer une parole. Il fixait Fai, livide, les yeux étincelants comme s'il était sur le point de pleurer, mais il ne disait rien. Jamais Fai n'avait connu un silence aussi terrible.
Il ne pouvait pas rester comme ça.
- C'est moi, Wakarai Shiyu. Alors, Kurogane, fais ton boulot, et dépêche-toi de trouver des preuves concrètes pour pouvoir m'arrêter.
Kurogane avait certainement dû le prendre comme une moquerie, le genre de phrase qui sous-entendait qu'il n'avait pas laissé de preuve derrière lui et qu'il pouvait toujours en chercher. Mais Fai était sérieux.
Enfin, ça lui était bien égal si Kurogane se trompait sur le sens de sa phrase. La haine du brun à son égard était de toute façon nécessaire pour la partie finale de son plan.
Lentement, il tourna le dos et s'éloigna du brun, qui ne fit aucun geste pour le retenir, mais qui se laissa tomber à genoux sur le sol, les poings serrés, avant de pousser un terrible hurlement de rage et de tristesse.
