Auteur : TheProblematique ( u/2176345/TheProblematique )
Titre : Veritas
Disclaimer : L'univers appartient à Gene Roddenberry et à J.J Abrams, et l'histoire à TheProblematique.
Avertissements : Traduction & fic slash assez graphique (traitant de relations amoureuses et sexuelles entre garçons).
Chapitre 9 : Veritas Nunquam Perit
…Spock était attirant.
Très bien. C'était compréhensible, et ce n'était pas comme si cette idée ne lui était jamais venue à l'esprit jusqu'ici… si ? Nan, il avait dû le penser à un moment ou à un autre ; les preuves étaient impossibles à manquer.
Mais il devait y avoir plus que la soudaine révélation que Spock pouvait être plutôt superbe sous certains angles d'éclairage… ce qui était le cas, mais il n'y avait pas de quoi paniquer.
Jim se laissa retomber sur le matelas et gémit à voix haute. Ok, plafond beige standard et ennuyeux ; c'était le moment de réfléchir sérieusement.
Il avait établi que A, Spock était attirant. Avec le recul, ce point était extrêmement évident.
C'en était même insultant. Comment se faisait-il qu'il n'y avait pas pensé plus tôt ?
Bref, il était temps de s'occuper des points B et C.
Point B. Est-ce que le fait que Spock était maintenant, soudainement et inexplicablement, beau, changeait quoi que ce soit ?
Pas nécessairement. Jim était-il vraiment incapable d'être ami avec quelqu'un de séduisant sans essayer de le mettre dans son lit ? Nan, le nom de Nyota Uhura réfutait totalement cette idée. En fait, c'était depuis qu'ils étaient devenus amis qu'il avait arrêté de penser à elle de cette façon. Alors pourquoi ne pouvait-il pas simplement continuer à faire comme avant ?
Oui, Jim connaissait la différence entre admettre que Sulu, par exemple, pouvait être attirant, et vraiment vouloir coucher avec lui (ce qu'il ne voulait vraiment pas). La question que le point C soulevait était : dans quelle catégorie mettre Spock ?
Sa réponse instinctive était Mon Dieu, non, il était impossible qu'il veuille coucher avec Spock. Ce serait sûrement la pire idée qui soit, non ? Sans parler du fait que Jim s'intéressait très rarement à des mecs, bien que ce ne soit pas totalement inédit, bien sûr, et, hum, les traits délicats de Spock le rendaient sans aucun doute aussi joli qu'un homme puisse l'être sans être féminin.
Mais… il ne voulait pas Spock de cette façon.
C'était la conclusion logique à tirer de tout ça.
Pas vrai ?
En tout cas, c'était ce qui semblait.
La vie pouvait continuer comme elle l'avait toujours fait. Était-ce seulement important qu'il ait songé que Spock était plutôt canon ? Pas pour Jim, non ! Après plus d'un an passé à être Capitaine, Jim avait appris (vraiment, vraiment difficilement) à contrôler sa libido, et (tristement) à vivre sans sexe pendant des durées horriblement longues. C'était indubitablement une partie de cette énergie déplacée qui lui revenait en pleine face, mais il pouvait gérer ça.
Spock était son ami le plus proche. Bien plus proche qu'Uhura, par exemple, alors Jim penserait simplement à lui comme il pensait à elle. Problème résolu.
Le futur commença à s'éclaircir un peu quand Jim réalisa qu'il avait trouvé une issue à une perspective potentiellement terrifiante. Pas mauvais pour un playboy handicapé des sentiments et soi-disant immature, non ?
Euh… peut-être que ça l'était ?
Comme s'il avait attendu qu'il termine cette pensée, son ordinateur bipa et Jim fut éjecté de ses interrogations confuses par un appel entrant. Sujet : Personnel.
« Ordi – » commença-t-il, la voix rêche parce qu'il avait eu la bouche légèrement ouverte, puis il toussa. « Ordinateur, identifiez l'appelant. »
« Spock, depuis la Nouvelle Vulcain. »
En entendant ce nom Jim se leva d'un bond et tituba jusqu'à la console.
Bien sûr, ce n'était pas son premier officier… c'était l'autre Spock, le vieil homme qui s'était échoué dans le monde de Jim en provenance d'un autre univers. Et il n'y avait personne d'autre dans toute la galaxie à qui Jim voudrait plus parler à cet instant, même s'il se rendait compte maintenant qu'il avait un léger mal de tête ; comme si quelqu'un avait tenté de lui frapper la tête avec une batte et l'avait à peine manqué.
Il tapa le code approprié à l'écran avec des doigts faussement calmes et s'assit juste au moment où l'image nette du visage ridé mais familier de Spock s'affichait.
« Salut Spock ! C'est super d'avoir de vos nouvelles ! »
« Salutations, Jim. »
Ils s'étaient appelés quelques fois depuis la dernière fois que Jim l'avait vu le jour où il avait eu son commandement, mais d'habitude leurs sujets de conversation étaient d'ordre administratif (sauf le premier jour, peut-être, quand Jim l'avait appelé pour lui demander comment il était possible que le jeune Spock connaisse l'existence du vieux Spock sans que l'univers n'implose). Spock était toujours merveilleusement gentil et amical à sa manière, mais aujourd'hui, même si cette lueur chaleureuse brillait dans ses yeux, il paraissait presque… un peu inquiet.
« Est-ce que tout va bien de votre côté ? » demanda immédiatement Jim, mettant de côté ses propres problèmes. Il était devenu incroyablement doué pour déceler les humeurs subtiles en passant du temps avec son Premier Officier.
« Il y a plusieurs projets en cours que j'ai la charge de superviser, mais jusqu'ici nous progressons normalement, si ce n'est plus lentement que prévu. »
« Oh. » Il se demanda si faire remarquer que Spock avait l'air inquiet serait pris comme une insulte. « Hum, eh bien… »
« Jim, j'aimerais m'excuser de ne pas avoir pu vous contacter plus tôt. On ne m'a informé de l'existence de ce procès qu'il y a deux jours. »
« Hein ? »
Spock développa patiemment. « Je n'appelle pas parce qu'il y a eu des problèmes dans la colonie, Jim. J'appelle parce que j'aimerais exprimer ma… » Il s'arrêta prudemment et dans ces yeux noirs se trouvait la connaissance d'une vie de plus d'un siècle. Jim resta silencieux, dans l'attente. « J'aimerais vous faire comprendre que je suis "à vos côtés", comme disent les humains. »
L'une des différences criantes entre ce Spock et sa version plus jeune était la… franchise dont faisait toujours preuve le vieil homme avec Jim. C'était une sensation étrange, d'être considéré avec autant d'affection et de confiance alors qu'il ne pensait pas avoir fait quoi que ce soit pour justifier ni l'une ni l'autre. Ce qui bien sûr le fit songer à cet autre Jim Kirk que ce Spock avait connu, celui à qui ces émotions étaient vraiment destinées…
Parler au Spock plus vieux était toujours une sacrée expérience ; ça lui chamboulait l'esprit.
« Merci. » Il décida de ne pas corriger le Vulcain en expliquant que l'expression était "de votre côté" plutôt que "à vos côtés". Il préférait un peu cette version de toute façon.
« Dans ma chronologie, un tel procès n'a jamais eu lieu, en dépit du fait que des circonstances similaires s'étaient produites. »
« Vraiment ? »
Jim se redressa un peu dans sa chaise et se pencha en avant, tentant de se l'imaginer. Un autre Jim et un autre Spock qui risquaient leurs vies l'un pour l'autre… est-ce que l'autre Kirk s'était réveillé un matin avec cette étrange réalisation, comme lui… ou l'avait-il toujours su en étant forcé de l'ignorer ?
« Oui. Il y a eu de multiples occurrences, cependant les évènements qui se rapprochent le plus de ceux-ci se sont produits quand on m'a cru perdu, et quand Jim a dû réquisitionner l'Enterprise et organiser une mission de sauvetage, désobéissant ainsi directement aux ordres de Starfleet… »
« Attendez, attendez une seconde. Votre Jim a volé l'Enterprise pour avoir une petite chance de vous sauver ? » Whoa, c'était carrément bien plus que ce qu'ils avaient fait.
« Oui. Plus tard, il a aussi été forcé de programmer la séquence d'autodestruction, et le vaisseau a été, malheureusement, endommagé de manière permanente. »
« …Et après il l'a fait exploser ? » Jim s'agita, puis éclata d'un rire hystérique, parce vraiment autrement il gémirait ou pleurerait et il détestait faire ça. « Comment c'est possible que vous vous en soyez sortis sans être emprisonnés ? Au moins avec une peine partielle ? »
« Jim a été démis de son grade d'Amiral et est redevenu Capitaine. Il y avait des circonstances atténuantes, bien sûr, cependant, je crois qu'il s'est trouvé plutôt satisfait du résultat. »
Jim secoua la tête avec stupéfaction. « Wow, vous avez plutôt eu la belle vie, hein ? »
Mais là les yeux de Spock se voilèrent, et il n'inclina pas la tête pour approuver. « Nous avons également connu des développements difficiles. »
« Oh. Désolé, je ne voulais pas… je suis vraiment désolé. »
« Ne vous excusez pas, ce n'est pas nécessaire, » l'informa Spock sereinement. La lueur dans ses yeux revint et Jim se remit à respirer plus facilement ; il détesterait penser qu'il avait d'une manière ou d'une autre fait souffrir le vieil homme, même par inadvertance. « Cependant, il semble en effet que votre chronologie se dirige vers l'éventualité la moins heureuse, Jim. »
Et Jim put entendre la sympathie dans sa voix, qui agit comme un baume sur ses blessures.
« Ouais, ben, vous m'avez dit une fois que l'autre Jim avait eu une décoration pour avoir créé ce sous-programme sur le Kobayashi Maru, non ? Moi, j'ai eu une audience disciplinaire. »
Les yeux de Spock brillèrent d'hilarité et Jim lui sourit en retour, se délectant de l'acceptation facile et de l'admiration qu'il sentait venir de l'autre homme. Ils continuèrent à parler tranquillement pendant un certain temps avant que Spock ne soit forcé de couper la connexion, prétextant qu'il avait du travail, et Jim réalisa qu'il était presque l'heure de déjeuner et qu'il voulait dénicher Bones et forcer l'homme à s'arrêter pour manger quelque chose.
« Merci beaucoup d'avoir appelé. Je… ça me touche beaucoup. »
Spock hocha la tête. « Une réaction plaisante est toujours associée à votre présence, Jim. »
Jim sentit son cœur se serrer. « Euh… de même. » Puis il se racla la gorge et se sentit fuir ces émotions lourdes ; il n'avait pas l'habitude de voir un sentiment aussi sincère d'appréciation lui être destiné avec une franchise si simple et ça le rendait toujours nerveux.
« Vous êtes sûr que vous ne voulez pas que j'aille chercher Spock… le vous plus jeune ? Il est en train de faire une stupide expérience ou je ne sais quoi mais je pourrais aller l'interrompre sans problème et l'embarquer avec moi… » Et en gros le sauver. « Ça lui ferait le plus grand bien en fait, donc – »
« Ce ne sera pas nécessaire, bien que j'apprécie votre considération. »
Spock leva la main pour faire le salut Vulcain, mais à la surprise de Jim il ne dit pas "Longue vie et prospérité".
« Bonne chance, Jim. »
Jim savait qu'il en aurait besoin, mais penser que le vieil homme faisait quelque chose d'illogique en lui souhaitant de la "chance" le fit sourire avec affection. « Au revoir, Spock. »
ooo
Le déjeuner avec Bones se passa plutôt bien, en fait. Le plus difficile avait été de convaincre son ami d'arrêter de travailler et de manger (ils avaient plein de choses en commun, après tout), mais après que Jim ait traîné le docteur vers la cantine la plus proche, la conversation avait été légère et taquine ; une petite bouffée d'air frais au milieu du lourd nuage de chaos émotionnel confus que la vie de Jim semblait être devenue dernièrement.
Trois autres personnes vinrent les voir pour exprimer leur soutien par rapport au procès et Jim répondit à leurs questions hésitantes du mieux qu'il pouvait, mais il fut content qu'aucun n'attende beaucoup de lui ou ne reste longtemps.
Après qu'il ait songé à faire une remarque sur les attributs physiques de Spock et qu'il l'ait instantanément rejetée, ils se séparèrent ; McCoy retournant à l'infirmerie et Jim au bureau de Moss.
« Essaye de ne pas réussir à te tuer accidentellement avant ton checkup de tout à l'heure ? »
Une personne naturellement confiante et joyeuse Leonard McCoy n'était pas.
ooo
« Bonsoir, Capitaine Kirk. Vous vous sentez mieux, j'espère ? »
Jim haussa les épaules tandis que la porte du bureau de Moss se fermait dans un sifflement derrière lui. « J'ai été à peine blessé, en fait. » Il ne put s'empêcher de ressentir un petit frisson nerveux quand il s'assit et regarda la chaise vide à côté de lui. « Spock n'est pas encore là ? »
Moss se pencha en avant sur son bureau et regarda Jim les yeux plissés, comme s'il voulait cataloguer chacune des micro-expressions que le jeune homme révèlerait quand il parlerait.
« Il a été retenu au département scientifique, ce qui tombe en fait très bien parce que je voulais d'abord travailler avec vous seul. »
« Ah. »
Alors comme ça Spock était tellement intéressé par ces expériences qu'il était en retard ? C'était soit ça, soit Mara devait vraiment être une créature fascinante. Hmpf. Il n'allait pas leur souhaiter du bonheur ; une liaison pareille ne pourrait jamais bien se terminer et Spock était un parfait idiot s'il ne voyait pas que Mara en avait seulement après ses oreilles pointues ou, euh, quelque chose d'un peu plus sensé que ça –
Mais ensuite il se rendit compte de ce à quoi il pensait. Non, Spock était chroniquement incapable d'être en retard à quoi que ce soit.
« Vous lui avez dit d'attendre avant de venir ? »
Moss ne tressaillit même pas. « En fait, je lui ai dit de ne pas venir du tout. Ce sera juste vous et moi aujourd'hui. »
Jim se renfrogna. « Est-ce que c'est à cause du test par Veritas ? Je vais devoir répondre à ces questions devant un juge, le jury militaire, vous, cette chère Miss Shaw, mes amis et Spock. »
« Oui, mais je veux d'abord tenter quelques questions qui pourraient vous mettre mal à l'aise, et en fonction des résultats que nous obtiendrons aujourd'hui je saurai quoi faire de vous à la barre. Parce que je vais devoir vous appeler à la barre, bien sûr. Non seulement ce sera suspect si je ne le fais pas, mais le jury a besoin d'entendre certaines choses de votre propre bouche. »
Jim acquiesça. « Ouais, mais je pense quand même… » Puis une image lui vint à l'esprit, du regard contemplatif de Spock qui le scruterait pendant que le cerveau confus de Jim tenterait de donner des réponses évaluées comme vraies ou fausses avec une exactitude parfaite… « D'accord. Très bien, allons-y. »
Moss ouvrit un tiroir de son bureau et sortit un appareil rectangulaire qui avait environ la même taille qu'un datapad, avec un revêtement noir brillant et sans écran.
« Nathaniel Moss, code quatre-huit-quinze-seize, » énonça clairement l'avocat. Il y eut un doux vrombissement, puis ;
« Confirmé, » répondit une voix. Il était impossible de dire si elle était masculine ou féminine. « Poursuivez. »
« Excellent. Eh bien, Jim, quand les senseurs de cette machine détectent une question, elle scanne automatiquement la réponse pour déterminer sa véracité. Les réponses par "oui" ou par "non" sont préférables, bien sûr, mais pas obligatoires – »
« Je sais. J'ai déjà utilisé cette chose ; chaque vaisseau en a une pour les missions d'enquête. »
« Ah oui, c'est vrai, j'oubliais. Vous connaissez donc le piège… ? Veritas ne sait pas si un fait est réel ou non ; c'est, à toutes fin pratiques, un détecteur de mensonge avec un scanner incroyablement puissant. Donc il détecte uniquement les mensonges, c'est bien clair ? »
Jim acquiesça à nouveau. C'était l'un des principaux problèmes quand on utilisait de tels équipements. « Quand un tueur croit vraiment qu'il est innocent, même s'il ne l'est pas, la machine ne voit pas le moindre problème dans sa réponse. »
« Exactement. »
Moss rapprocha l'appareil apparemment innocent de Jim et regarda ce dernier, dans l'attente.
« Votre nom est-il James Tiberius Kirk ? »
« Ouaip. »
« Correct, » répondit instantanément la machine.
« De quel vaisseau êtes-vous le capitaine ? »
« L'USS Enterprise. »
« Correct. »
« Êtes-vous amoureux du Commandant Spock, James ? »
« Vous plaisantez. »
« À quelles questions vous vous attendiez quand j'ai dit que "vous pourriez être mal à l'aise" ? »
Jim se frotta les tempes et décida au moins de se comporter avec maturité ; il n'aiderait ni Spock ni lui-même en faisant un caprice stupide maintenant.
« Très bien. Excusez-moi. Réessayez s'il vous plaît. »
« Êtes-vous amoureux du Commandant Spock ? »
« Non, » répondit-il avec confiance. Ça, au moins, il en était plutôt certain, même s'il était assez perceptif pour remarquer que ce n'était pas le cas de Moss.
« Correct, » dit la voix mécanique après une pause très courte.
Se sentant plutôt suffisant, Jim haussa les sourcils face à l'expression de légère surprise de l'avocat. « Content ? »
« Un peu. Continuons. Êtes-vous émotionnellement compromis par le Commandant Spock ? »
« Non, » dit Jim, avec encore plus de force.
« Correct. »
« Êtes-vous conscient que l'enquête du commandement de Starfleet sur cette affaire a commencé sans que vous soyez informé ? »
Ça, c'était une tournure inattendue.
« Évidemment. Mais ce n'est pas contre les règles ou quoi que ce soit. »
« Correct. »
« Êtes-vous conscient du fait que le niveau de surveillance auquel vos missions ont été soumises excède le taux normal appliqué aux autres Capitaines ? »
« Je m'en doutais, ouais. »
Techniquement, Jim comprenait que c'était logique, bien sûr. Il n'y avait rien d'illégal ou même de fondamentalement problématique dans le fait de garder un œil sur lui. Il était jeune, inexpérimenté, la plupart du temps associé à des termes comme "effronté" et "impulsif", et avait la réputation de ne pas avoir froid aux yeux et de ne pas respecter les règles. Sans parler du fait que son dossier incluait la mutinerie et la tricherie dans un test.
Bon, d'accord, quand on regardait les choses sous cet angle, c'était peu reluisant.
« Correct. »
Mais franchement, ça faisait plus d'un an. Oui, l'envie d'envoyer bouler l'establishment était toujours là, et Jim ne pensait pas qu'elle le quitterait un jour ; même s'il pouvait techniquement être considéré comme faisant partie de "l'establishment" maintenant. Cependant, les vieilles habitudes avaient la peau dure, et s'il avait appris une chose dans sa vie c'était qu'il y avait toujours, toujours quelque chose à prouver.
Il croyait avoir répondu – non, il avait dépassé toutes les espérances, non ? Il n'y en avait pas eu beaucoup, ce qui lui avait indubitablement facilité la tâche, mais il avait eu l'impression d'avoir pris leurs préjugés sur lui pour les leur mettre… euh, enfin, de les leur avoir fait oublier.
« Êtes-vous conscient que vous n'avez pas respecté les règles à de multiples occasions ? »
Jim hésita. « Qu'est-ce que je suis censé répondre à ça ? J'en suis parfaitement conscient. »
« Correct. »
Moss leva les yeux au ciel. « Bon, tout d'abord, ne répondez pas par "j'en suis parfaitement conscient". »
« Par quoi, alors ? »
Le coin de la bouche de l'avocat tressaillit et il se mit à expliquer quel genre de réponse était "approprié". Jim fit de son mieux.
Le temps passa relativement vite jusqu'à l'heure du dîner, et Jim apprit à parler comme quelqu'un qui aurait des problèmes avec le langage de base en énonçant des demi-vérités tellement alambiquées que c'en était impressionnant, le détecteur de mensonge devant les accepter comme "correctes". Il s'avéra étonnamment très bon à cet exercice éprouvant mais très utile, donc à la fin de la séance un sourire d'autosatisfaction était de rigueur.
« J'étais pas mal, hein ? »
« Pas mal du tout. »
Jim se leva de sa chaise, sourire toujours fermement en place. Il se sentait presque soulagé, ce qui était bizarre. « Vous avez l'air surpris. »
« Je le suis, » répondit Moss, tout à fait sérieux. Jim rit. « Je dois admettre que je suis satisfait des réponses que nous avons trouvées, Kirk. Espérons qu'elles ne changeront pas, mm ? »
Il choisit d'ignorer ce dernier commentaire. « D'accord, d'accord, à demain, alors ? C'est dimanche, mais j'imagine que ce n'est pas un problème ici non plus ? »
« Vous imaginez bien. Nous manquons déjà assez de temps de préparation comme ça. »
Ils se séparèrent plus aimablement qu'ils ne l'avaient jamais fait et Jim se permit même de ressentir une mini, minuscule pointe d'optimisme en se dirigeant vers l'infirmerie où McCoy l'attendait pour son checkup. Il se sentait très bien, sa terrifiante épiphanie de ce matin semblait bien moins dramatique maintenant et s'ils gagnaient le procès rapidement il pourrait retourner sur son vaisseau dans un peu plus d'une semaine.
Avec le recul, il aurait dû savoir que les choses n'étaient jamais faciles et que, si votre nom était James T. Kirk, "optimisme" était un terrible présage, ou au moins un signe de –
Oh Seigneur c'était Spock près du turboascenseur qui parlait à deux hommes et s'il se retournait et s'il voyait Jim et s'il lisait dans ses pensées une minute il n'était pas censé être dans les labos… ?
Jim ralentit ses pas et essaya de ne pas paniquer. Un deuxième regard révéla que cet homme était légèrement plus petit que Spock, bien qu'il soit manifestement aussi un Vulcain. Voyez-vous ça. On ne lui avait pas dit qu'un Vulcain travaillait sur la base.
Le couloir était vide en dehors de leur petit groupe parce que la plupart des officiers étaient en train de dîner. En se rapprochant, Jim vit que cet homme était un type très séduisant ; il avait les sourcils épais et les yeux noirs qui caractérisaient son peuple, mais il y avait quelques différences qui le distinguaient du Premier Officier de Jim. L'inconnu était élégant et posé mais sa posture était encore plus rigide que celle de Spock, et donc moins gracieuse. Il avait aussi un nez plus droit et des traits plus anguleux, ou peut-être que c'était juste le manque total d'expression de cet homme, également plus prononcé que celui du demi-Vulcain. Au lieu de miroiter joliment à la lumière, les yeux de cet homme étaient froids et vides.
« …il reste une semaine, de ce fait j'aurai suffisamment de temps pour me procurer un entretien – »
Le regard du Vulcain se tourna vers Jim et y resta. Il s'arrêta en pleine phrase et se tourna pour lui faire face, avec une expression tellement dénuée du moindre signe indiquant son humeur que ça aurait pu mettre quelqu'un d'autre mal à l'aise.
Jim lui sourit et leva la main pour le saluer.
« Je peux vous aider ? »
« Vous êtes James Kirk. »
Jim acquiesça. « Ouais, et vous discutiez de la date de mon procès, si j'ai bien compris ? » Il garda un ton jovial mais il lui était difficile de croire aux coïncidences.
« Oui, » répondit le Vulcain.
« Et vous vouliez me parler de quelque chose ? Vous n'avez pas besoin de demander la permission à mon avocat ou quoi que ce soit, vous savez, » ajouta-t-il. "Me procurer un entretien" était tellement formel. Mais là encore, c'est des Vulcains qu'on parlait.
« Vous ne seriez pas opposé à un entretien ? »
Jim fronça les sourcils, puis fixa les deux humains à l'air plutôt hargneux qui se tenaient légèrement en retrait. L'un tenait une caméra, et l'autre un paquet de datapads, mais ils n'avaient pas l'insigne de la base, et quand il regarda à nouveau le Vulcain il réalisa qu'il ne portait pas d'uniforme.
« Vous êtes un journaliste ? » demanda-t-il, incrédule.
« Le terme correct est chercheur diffuseur. Vous pensiez que j'étais un officier de Starfleet travaillant sur cette base. » La dernière phrase n'était pas une question, plutôt une simple affirmation de la crétinerie de Jim.
Wow. Pour une raison ou pour une autre, il n'avait jamais imaginé qu'un Vulcain puisse ne serait-ce que songer à exercer une telle profession. Mais bien sûr ils le devaient ; les flux d'actualité étaient un moyen pratique de se tenir informé, et il fallait bien que quelqu'un écrive les articles, non ?
« Quel est votre nom ? » demanda Jim, essayant d'être amical. Il ne voulait pas donner la moindre interview ; on lui avait déjà mis plein de micros dans le visage sur Terre et il n'avait pas l'intention de revivre cette expérience, même si c'était en tête-à-tête. Juste au cas où, cependant, il décida d'éviter de répondre aux questions pour d'abord demander à Moss. Qui sait, peut-être que c'était une bonne idée de mettre le public de leur côté en jouant les pauvres héros incompris.
« Je m'appelle Stavok. »
Jim se demanda si Stavok lui en voulait pour la perte de sa planète ; l'homme savait forcément qui il était. Puis il se demanda s'il avait fait partie de ces Vulcains qui, comme Spock, avaient été incapables de réprimer une poussée d'émotions. Est-ce que Stavok avait eu une femme ? Des enfants ? Des frères ou des sœurs… ? Une famille, sûrement. Ses parents étaient-ils en sécurité dans la colonie ? Peut-être qu'il n'avait même pas été sur la planète quand Vulcain avait disparu, peut-être que lui et sa famille étaient ailleurs et que c'était pour ça qu'il avait survécu.
« Enchanté de vous rencontrer, Stavok, » dit Jim avec sincérité. Pour une raison ou une autre il se rendit compte qu'il se souciait de ce que cet homme pensait de lui ; que c'était à des gens comme lui qu'il voulait montrer que ce procès était une farce et qu'il était vraiment un bon Capitaine. Il tenta de réprimer cette pensée irrationnelle mais elle resta.
« J'ai beaucoup entendu parler de vos prouesses, Capitaine Kirk, » dit Stavok pour lui rendre la pareille, et dans sa propre logique l'affirmation était un compliment, bien sûr, donc Jim fut content. De plus, il ne put réprimer un petit sourire parce que parfois Spock faisait des gaffes et disait des choses comme "enchanté", mais clairement ce type prenait la discipline Surakienne très au sérieux ; et l'idée que Spock n'investisse pas toutes ses capacités mentales et tous ses efforts dans quelque chose était assez hilarante.
« J'imagine que je vous reverrai bientôt, alors. » Jim salua les deux autres hommes d'un signe de tête, ceux-ci lui répondant avec réticence. Être coincé avec un patron qui ressemble à un robot doit être épuisant, pensa Jim avec un haussement d'épaules mental, et il décida d'être indulgent.
« C'est correct, » convint Stavok.
Jim entra dans le turboascenseur en faisant un signe de la main par-dessus son épaule et les portes se fermèrent.
« Infirmerie, » dit-il avec confiance. À travers la petite fenêtre transparente, les étages passèrent à une vitesse incroyable et Jim fixa le plafond de la capsule, un léger sourire encore sur le visage.
ooo
Au final, ça se passa très vite.
Slam.
Jim sortit de l'ascenseur sans regarder et heurta un solide mur de muscles aussi durs que l'acier.
Ça se passa trop vite.
Il perdit l'équilibre et commença à tomber en arrière, mais un bras l'attrapa autour de la taille. Et soudain peu importait si le monde penchait puisque son échine était courbée sous un corps fin et plus grand cambré au-dessus de lui dans un geste étrangement protecteur. Des yeux noirs comme la nuit s'attardèrent au-dessus de son visage et l'espace d'un instant Jim aurait pu compter les étoiles incandescentes dissimulées dans leurs profondeurs insondables. Pour que cet instant dure il aurait vendu son âme…
Mais ensuite il fut brusquement redressé avec un seul bras sur son dos et une force excessive ; un geste abrupte et violent qui le fit s'écraser contre le corps de son sauveteur une fois de plus. Il n'y eut aucun avertissement.
Seulement une proximité soudaine qui l'enflamma.
Son menton était soutenu par une épaule plus haute et il était rehaussé avec une telle force que pendant une seconde Jim fut pratiquement soulevé du sol, se tenant à peine sur la pointe des pieds. La pression de la main étalée contre son dos signifiait qu'ils étaient alignés parfaitement, et tandis que la gravité reprenait ses droits et qu'il commençait à glisser pour se remettre sur ses pieds le frottement de leurs corps fut une caresse brûlante… alors le cerveau de Jim se court-circuita rapidement et mourut.
Et ensuite ce fut terminé.
Spock le posa et tout était tellement confus, irréel, vertigineux ; un instant une peau étonnamment chaude était pressée contre lui et un souffle brûlant comme des flammes lui caressait le cou… et l'instant d'après il avait froid. Tellement froid.
Creux, vide, perdu et seul… Jim n'eut même pas l'occasion de réagir avant qu'on lui adresse un hochement de tête raide et que Spock entre dans le turboascenseur, suivi par Mara Dalle qui avait une expression très curieuse sur le visage.
Ils ne parlèrent même pas. Pas un mot, pas un trop formel "excusez-moi, Capitaine" que Jim savait être la façon qu'avait Spock de dire "bonjour", pas même… non. Il était parti. Et Jim se retrouva seul exactement là où Spock l'avait laissé, surpris et soufflé exactement comme si quelqu'un lui avait donné un coup de poing dans le ventre ; il pouvait presque sentir le besoin physique de se plier en deux de douleur sous l'effet du bouillonnement de son sang mais c'était distant, noyé sous le bruit de ses battements de cœur comme des gouttes d'eau noyées sous le bruit d'un tonnerre explosif, faisant bourdonner ses oreilles…
Les yeux bleu électrique fixés sur le sol, les poings serrés de chaque côté de son corps, alors qu'il se concentrait sur le fantôme de cette chaleur choquante sur tout son corps. Il pouvait encore sentir le contact comme un chuchotement moqueur et rieur dans son oreille, le faisant frissonner sous la sensation, soufflant encore sur lui… c'était insensé, c'était fou, il ne devrait pas ressentir ça, il savait qu'il ne pouvait pas… il ne pouvait absolument pas se permettre de ressentir ça.
Pas question.
Non.
Il avait décidé, il avait déjà décidé…
Il ne pouvait pas…
Mais il le ressentait. Bon sang, il le ressentait indubitablement, et c'était impossible et ridicule et dangereux, bien trop dangereux mais c'était là, dans la langue de chaleur parcourant son échine et dans le nœud de désir serrant son ventre.
Jim commença à marcher sans s'en rendre compte. Il avait de la chance que le couloir soit vide et qu'il ne rentre pas dans quelqu'un sans le faire exprès.
Bien sûr qu'il voulait Spock. Bien sûr. Depuis combien de temps ça durait ? Est-ce qu'il était aveugle ? De qui s'était-il moqué, de toute façon ? Bien sûr que c'était pour ça qu'il avait paniqué ce matin. Il ne s'était pas rendu compte que Spock était séduisant, c'était juste un fait.
Il s'était rendu compte qu'il voulait en quelque sorte agir en conséquence.
Comme peut-être découvrir ce que ça ferait de pousser Spock contre un mur et de l'embrasser.
Espèce d'idiot.
Franchement, il ne comprenait pas comment ce fait avait pu lui échapper jusqu'ici. Ou… bon, d'accord, ça n'avait pas été totalement inconcevable pour lui d'imaginer que Spock était beau, mais… mais comment avait-il fait pour résister aux yeux de Spock ? C'était quoi leur problème, d'ailleurs ? Pourquoi étaient-ils aussi sombres et sincères parfois mais aussi perçants et débordants de cette intelligence vive et impitoyable qui faisait ronronner le sang de Jim…
Pour être tout à fait honnête, Jim était plutôt impressionné par lui-même. Le niveau de déni qu'il fallait pour ne pas remarquer que les mots "Spock" et "sexe" devraient carrément être utilisés ensemble tout le temps était… tout à fait extraordinaire.
Donc pour résumer : exactement une semaine avant le début du procès, il avait réalisé qu'il était attiré par l'homme par lequel on l'accusait d'être émotionnellement compromis.
Wow, on faisait pas plus pourri comme timing.
