Et hop un chapitre surprise (deux pour le prix d'un, c'est pas beau ça?)

Plein de love sur vous, lachez des reviews, on se retrouve bientôt pour la suite !

Kiss

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Chap10 : Match de quidditch Chiaki YnY

Match. De. Quidditch. Etrange comme trois simples mots peuvent obstruer votre gorge et immobiliser toutes vos capacités motrices. L'assiette vide que je fixe me renvoi au but –inconnu, insaisissable- de ma propre existence. « Tu es une abrutie complet » semble dire mon couvert. « Une moldu en couverture à Poudlard devrait chercher à rester discrète, et toi tu deviens attrapeuse de l'équipe de ta maison. A quoi tu t'attendais ? »

-Je ne sais pas, je réponds, navrée.

-Chiaki, tout va bien ?

Je lève des yeux terrifiés vers Cecil, mon compagnon de table.

-Tu verras, ça se passera bien, dit-il avec un sourire confiant. La maison Poufsouffle n'a pas gagné la coupe de quidditch depuis plusieurs années…mais avec toi, on est sûr de remonter dans le classement !

Je ne peux que déglutir bruyamment. Cecil me tend du jus de citrouille.

-Si tu ne manges pas, bois au moins. Je te jure, tu as besoin de sucre.

J'attrape le verre et me lève en faisant tomber ma chaise.

-Oups…désolé…je remets la chaise en place et attrape mon sac. Il faut que j'y aille. Merci pour tout, Cecil. C'était cool d'être ton ami.

Le blond partit dans un grand éclat de rire.

-Allez, tu ne vas mourir ! Ce n'est qu'un match après tout !

« Exactement. Et c'est ça le problème. » Je pense avant de m'éloigner précipitamment.

Le flux des élèves m'emporte dehors : le ciel est gris, mais il ne pleut pas. Le terrain est humide pourtant. Je rejoins le reste de mon équipe dans les vestiaires des Poufsouffle. Alors que j'enfile ma tenue or et ébène, je détaille mes partenaires. Ils ont l'air détendus et souriants. J'ai cru comprendre que le stress était moins important chez eux car ils prenaient plus le quidditch comme un jeu plus qu'une véritable compétition mais c'était sans compter l'élément qui allait tout ruiner, c'est-à-dire moi.

-Tu es toute blanche, Chiaki, remarque mon capitaine.

-C'est que…le remplacement s'est fait à la dernière minute…Je ne me suis pas entrainée avec vous…Et je ne connais pas la stratégie de jeu...Et je…

-Tout va bien se passer, réplique-t-il en posant ses mains sur mes épaules. Tu vas t'en sortir. Et même si on ne te connaît pas beaucoup…ça va être amusant de voir comment les Beauxbatons s'en sortent ! J'ai entendu que vous aviez un jeu particulier, en France.

Je ne peux m'empêcher de sourire.

-Oui, si être mauvais est un jeu particulier…

Les autres membres de l'équipe éclatent de rire. Au même moment, un sifflet retenti.

-C'est l'heure, dit inutilement une fille à ma gauche.

Je prends un balai –d'un bois plus sombre que le dernier que j'avais utilisé- et sort avec les autres.

Mes jambes me portent toutes seules vers le terrain, mais j'ai l'impression qu'elles sont ankylosées. La discussion derrière moi de deux poursuiveurs n'aide pas :

-Il parait qu'un des balais d'emprunt a disparu, madame Bibine ne le retrouve plus…

-Quelqu'un l'a volé ?

-Pourquoi quelqu'un le volerait, ce sont des balais de bases, vieux et sans valeur…

J'accélère le pas vers le capitaine.

Enfin, nous arrivons sur le terrain lui-même. Je me tors le cou à observer les tours et les gradins, et tous les minuscules visages flous dessus, et les drapeaux des Serpentard et des Poufsouffle qui s'agitent –étrangement plus de drapeaux pour nous que pour les autres- et les anneaux d'or qui finissent en boucle parfaite les immenses poteaux à chaque bout du terrain.

J'enfourche mon balai. Le poids de la culpabilité, de ma responsabilité, et du stress en général –et la foule qui crie, et les bavardages rapides de mes coéquipiers, et les menaces des Serpentard en face, et le regard calme mais méprisant de Draco sur moi alors que je baisse les yeux…

C'est parti. Je m'élève dans les cieux, et tout va très vite. Les Poufsouffle ont déjà le souaffle et attaquent les Serpentard. J'aperçois Ginger de l'autre côté. J'aimerais tellement être avec elle en ce moment ! Mais j'ai une mission. Je lâche des yeux les joueurs et commence à inspecter les environs.

Je me rends vite compte que mon inexpérience va coûter très cher à mon équipe. Tout va trop rapidement. Les poursuiveurs foncent à une vitesse infernale et traversent le terrain d'une traite sans se rentrer dedans une seule fois. Les batteurs sont plus lents, mais leurs virages serrés relèvent du miracle. Quand à mon ennemi personnel, Draco, il a déjà fais deux fois le tour du terrain alors que je suis toujours immobile. A chaque fois que j'avance un peu, les boulets de canons qui me servent d'amis me coupent la route. J'ai tellement peur de rentrer dans quelqu'un que je reste sur les bords, et en même temps, les gradins et la foule sont proches et m'interpellent, alors je m'éloigne, je slalome avec difficulté, cherchant désespérément le vif d'or dans ce capharnaüm de l'enfer…

Soudain, je le vois. Une petite boule dorée au centre du terrain, de basse altitude. Au centre du chaos. Et Draco, du côté opposé du terrain. Il l'a vu aussi.

Il accélère et fonce dessus. Sans réfléchir, je me dirige vers lui. On est à distance égale. Mais il est plus rapide. Je me penche sur mon balai. Le vent souffle dans mes oreilles…

Il va l'avoir. Il est plus rapide. On est à une dizaine de mètres, le vif d'or ne bouge pas. On va se rentrer dedans. Il tend la main. Je ne peux plus changer de trajectoire, je vais trop vite, comme une descente en vélo quand les freins sont cassés. La collision est inévitable s'il veut l'attraper. Je me décale de quelques centimètres vers la droite. Le vif d'or est juste là…

BAM ! Mon bras cogne celui de Draco. Je suis projetée sur le côté et fais des tours sur moi-même avant de me prendre de plein fouet le mur vertical d'un gradin.

-Putain ! Braille le blond de rage.

J'ouvre les yeux. Il l'avait attrapé, mais notre choc l'a fait lâcher. Le vif d'or s'est échappé ! Mais mon bras est en miette.

-Ca va Draco ? Je lui crie.

-Ca va ? Ca va ?! Il vole vers moi, les yeux étincelants de colère. Tu m'es rentrée dedans ! On a failli tomber tous les deux ! Qu'est-ce qu'il t'a pris ?

- Hé ho, ne m'hurle pas dessus, je suis VIP, amie de Ginger, no violence, je rétorque.

Malfoy s'arrête à quelques centimètres de moi. Il prend une grande inspiration et avec un dernier regard dédaigneux, retourne dans les hauteurs.

Avec un sourire victorieux, mais légèrement tordu par la douleur de mon bras, je vise le ciel. Mais le balai ne bouge plus. Je donne une tape au bout de bois. Il grince et vole dans la direction contraire – c'est-à-dire vers le sol. Un mauvais pressentiment s'empare de mon cœur. Je me retourne. Quelques braises sont apparues derrière moi.

Ho non, pas encore ! Je me pose et descend de mon balai. Au-dessus de moi, le match continue comme si rien ne se passait. Je pose mes énormes gants en cuir sur la brosse pour éteindre les étincelles de feu. Si mon balai s'incendiait au milieu du match, ce serait une catastrophe…

Un sifflement me fait lever la tête. Mon capitaine s'approche de moi…

-Tout va bien, Chiaki ? Demande-t-il, tout en jetant des coups d'œil à droite et à gauche.

-Oui, désolé, juste un peu secouée, j'arrive ! Je réponds en ré-enfourchant mon balai.

-T'inquiètes ! J'ai vu ce que t'a fait, c'était dangereux mais ça valait le coup !

-Merci !

Tout en le rejoignant –mon balai, à mon grand soulagement, accepte de nouveau ma présence- j'observe Ginger, qui ne se débrouille pas mal du tout.

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Tout ne va pas bien ! Dès le début du match j'ai failli tomber une bonne trentaine de fois de mon balai ! Je sens mes mains trempées à l'intérieur de mes gants ce qui créé une désagréable sensation au contact du cuir.

Depuis le début du match j'ai trop peur de lâcher mon balai des mains alors je me jette délibérément sur le souafle pour qu'il ne rentre pas dans les anneaux. J'essai de recréer le mouvement circulaire pour renvoyer le souafle avec l'arrière de mon balai qu'à tenté de m'apprendre Draco. Heureusement pour moi il fonctionne la plupart du temps même si, en général, je suis aidé par les poursuiveurs et les batteurs de mon équipe qui déconcentrent les joueurs adverses.

Un adversaire se rapproche encore de moi en formant une parfaite ligne droite. Il avance à une vitesse impressionnante. Des sueurs froides me coulent dans le dos. J'ai vraiment l'impression qu'il va me rentrer dedans pour m'empêcher de jouer jusqu'à la fin du match.

Montague, le capitaine de mon équipe sort de nulle part et lui rentre dedans violemment alors qu'il s'apprête à tirer. Le souafle lui échappe des mains mais se dirige pile dans ma direction.

Je risque de lâcher une main de mon balai, je tiens encore au même endroit. Le souafle n'est plus qu'à quelques mètres, je lâche ma deuxième main dans un excès de confiance. Heureusement la balle n'arrive pas trop rapidement, je l'attrape facilement. J'ai l'impression que je vais tomber. Je cale la balle sur mon torse grâce à mon bras droit tandis que le gauche rattrape mon balai.

Je lance en direction d'un autre poursuiveur de mon équipe, le jeu reprend. Je peux reprendre mon souffle jusqu'à la prochaine attaque adverse.

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Je remonte assez haut, et c'est reparti. Une petite pluie tombe des nuages et je suis obligée de virer des gouttelettes sur mes yeux pour pouvoir continuer. Je vole, mais avec plus d'assurance, cherchant la boule dorée avec enthousiasme. J'avais réussie ma manœuvre, le capitaine m'avait félicité, et je n'étais pas morte. Il y avait de quoi être content.

J'arrive vers nos buts. Serpentard et Poufsouffle sont à égalité. J'ai bien peur que notre victoire soit déterminée par ma performance.

Dans la foule sur les gradins en face de moi, les élèves chantent et s'exclament très fort. Les drapeaux pour nous soutenir, trempés, servent apparemment de fouet –même si c'est plutôt des serpillières- pour frapper les joueurs Serpentards qui passent trop près.

Je souris devant leurs manœuvres pour nous aider, et plisse des yeux. Je ne me tiens pas bien sur mon balai, je vois la tour pencher.

Je me ressaisis, essaye de me mettre droite. Je lève les yeux.

La tour penche sur la droite. Je vois la foule et eux comme moi ne comprennent pas ce qu'il se passe. Tout semble s'arrêter. Je fixe les gradins, figée d'horreur. La tour tombe lentement. Avec un grand fracas, qui me sort de mon anesthésie, elle s'écroule sur les gradins d'à côté.

Les hurlements emplissent le terrain. Il y a un moment de flottement qui dure une seconde. Puis ils commencent à tomber.

Je fonce vers eux sous les cris des spectateurs derrière moi. Un garçon fait une chute libre, et je vole le plus rapidement possible vers le bas. Je l'attrape. Le choc brise mon équilibre et nous décrivons une large courbe vers le sol avant que mes doigts n'en peuvent plus et lâchent le balai. Nous roulons dans l'herbe.

Je me relève immédiatement. Les capes jaune et noir de mes coéquipiers ont toutes abandonnées le jeu pour voler vers les gradins. Ils rattrapent les enfants qui tombent. Dans une tour en face, les professeurs lancent des formules pour ralentir la chute des spectateurs. Les sorts traversent le terrain comme des éclairs à basse altitude. Mais les tours sont toutes identiques. Elles sont comme des immenses dominos. Des dominos où des centaines de sorciers et sorcières s'accrochent en hurlant. La première tour a déséquilibré la deuxième, qui est en train de tomber sur une troisième.

On m'attrape le poignet.

-Chiaki !

Je me retourne. C'est Cecil. C'est Cecil que j'ai sauvé. Ses lèvres tremblent et je ne crois pas que les gouttes d'eau qui coulent sur son visage soient dues à la pluie.

-Viens, il faut chercher des balais, balbutie-il d'une petite voix.

Il se met à courir. Je le suis avec difficulté. Les gens crient, appellent à l'aide, et le fracas des tours continuent. On a du mal à courir dans la boue. J'ai envie de m'arrêter et d'exploser en sanglots, mais la peur est un motivateur assez bon pour continuer.

Cecil détruit la porte des vestiaires d'un sort. Nous déboulons à l'intérieur et ouvrons chaque casier, chaque placard, pour prendre tous les balais disponibles. Nous ressortons aussi vite, mais notre course de retour est plus lente. Des sorciers assez âgés courent vers nous. De toutes les maisons. On leur lance les balais. On est maintenant une vingtaine de sorciers équipés.

Nous nous élevons dans les airs. La pluie alourdit notre vol. Mes gants glissent sur le manche. Il y a ceux qui beuglent des « Mais qu'est-ce que c'est putain ? Mais qu'est-ce qu'il se passe ? » Il y a ceux qui ont sorti leurs baguettes. Nous volons de concert vers le terrain.

Quatre tours se sont écroulées. Je ne vois pas la foule des tours restantes, mais j'espère qu'ils sont tous descendus. C'est un chaos d'eau et d'éclairs, de chutes et de joueurs trempés qui rattrapent les élèves. Je vole vers eux.

Une fille, une Serdaigle, s'accroche tant qu'elle peut à une barre en bois, mais ses jambes s'agitent dans le vide. Je vole vers elle la barre en bois cède je la réceptionne deux mètres plus bas. Je la dépose ensuite au milieu du terrain, là où il y a déjà une quinzaine de rescapés. Je croise Ginger elle est aussi effrayée que moi, mais rien que de la voir saine et sauve me soulage énormément.

Je ne sais pas combien de temps ça dure. Longtemps, en tout cas. Les professeurs sont trop occupés à ralentir la chute des élèves pour chercher à stabiliser les tours j'ai vu un gamin, un première année, trop loin de moi, chuter la tête la première à une vitesse hallucinante vers le sol. Seul un sort qui l'a fait rebondir l'a empêché de se fracasser le crâne.

Tout ce que je sais, c'est que plus je rattrape des gens, plus je me fais mal : je me les prends de plein fouet, mes doigts saignent sous mes gants à maintenir le balai mes épaules tremblent et mes bras souffrent énormément. Je ne vois que l'herbe et la boue, et les visages horrifiés, leurs cheveux collants à leurs joues, des élèves frissonnants sur le terrain. Puis je retourne dans l'enfer du ciel, où il faut supporter de voir tomber des gens sans les secourir parce qu'ils sont trop loin. Je croise des Serpentard et des Poufsoufle et d'autres gens en balai. Le tonnerre gronde et la pluie s'accentue.

Puis ça se calme. Je me suis posée sur le sol, prête à repartir, pas encore prête à tout relâcher mais en me tournant vers les tours je me suis rendue compte que tout était terminée.

Les professeurs ont réussis à stabiliser les gradins. Les derniers spectateurs en danger ont plusieurs élèves pour les secourir. Je lâche mon balai.

Les premières années pleurent et geignent à genoux les dernières années essayent tant bien que mal de les calmer, mais ils sont aussi bouleversés qu'eux entre la foule des blessés, je vois Ginger accourir vers moi.

-Chiaki ! S'exclame-t-elle d'une voix brisée.

On se jette dans les bras l'une de l'autre. Ma respiration haletante empêche de reprendre mon souffle.

-Tu vas bien ?

-Ca va. Tu vas bien ?

-Oui. Enfin, j'ai mal, mais ça va. J'imagine que toi c'est pareil ?

-Oui.

Elle me sourit. Derrière elle surgit Draco. Je recule.

-Ginger…

C'est Draco qui l'appelle. Elle se retourne. Sous mes yeux maintenant trop choqués pour montrer d'autres émotions que la peur, ils se prennent dans les bras l'un de l'autre. Je m'en vais.

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« Draco… J'ai peur… » est la seule chose que j'arrive à articuler tandis que je le serre plus fort dans me bras.

« Moi aussi. » m'avoua-t-il alors que je sais que ce n'est pas son genre. « J'ai eu tellement peur pour toi… »

J'en envie de lui répondre que moi aussi mais des sanglots commencent à apparaître dans ma gorge et j'essai de les faire taire. Trop de monde est en train de pleurer pour que je m'y mette aussi.

« Si j'avais attrapé le vif d'or plus tôt, peut être que tout ceci n'aurai jamais eu lieu… Il y aurai eu moins de monde dans les gradins et… »

Je réfrène mes pleurs et le reprend : « Tu ne vas pas faire tomber toutes les fautes sur toi ! Ce n'est pas de la faute de personne ici ! Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais tu n'as pas le droit d'endosser autant de peine alors arête de dire des conneries ! »

Je commence à le frapper au torse, avec le peu de force qu'il me reste et son équipement de quidditch qu'il porte encore il ne sent probablement rien. Temps mieux, je ne veux pas lui faire mal mais j'ai besoin de me défouler.

Je continue à lui cogner dessus en répétant encore et encore. « Tu n'as pas le droit ! Tu n'as pas le droit ! »

Il me laisse taper jusqu'à ce que je n'aie plus la force de continuer. Mes bras retombent et je me mets à pleurer, vraiment cette fois-ci sans me retenir. Je trouve ça totalement ridicule.

Draco m'enserre de ses bras fins mais plus imposants sous l'équipement.

J'ai envi de l'embrasser mais je reflux rapidement cette idée. Ce serait parfaitement inapproprié et ce serait totalement égoïste de faire une démonstration d'amour alors que tout le monde est au bord des larmes ici.

Alors je continue à pleurer encore de longues minutes sans essayer de rajouter le moindre mot.

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Je marche jusqu'au château dans une ligne de sorciers reniflant et gémissants. La boue couvre les belles marches de pierre des escaliers. Les personnages de tableaux nous voient débarquer avec surprise. Ils se précipitent pour poser des questions, mais personne ne répond.

Je suis la seule à retourner dans la salle commune des Poufsouffle. Dans notre chambre, je donne des coups de pieds aux coussins pour les dégager de mon passage. J'attrape mon sac et le vide de son contenu. Je trouve le livre cinquième des aventures d'Harry Potter et tourne les pages en tremblotant tellement que je les déchire.

Je sais qu'il n'y a rien. Mais je veux vérifier, j'en ai besoin. Les lignes dansent devant mes yeux. Je lâche le livre colle mon dos contre un lit, pose le plat de ma main contre mon front et commence à sangloter doucement.

J'ai mis longtemps à me ressaisir. Quand je suis remontée dans la grande salle, Dumbledore avait transformé les longues tables de banquet en lits parce que l'infirmerie était trop petite pour accueillir tout le monde. Il n'y avait qu'une table avec quelques sandwiches dessus, mais personne n'avait faim de toute façon.

Je me promène entre les brancards. Madame Pomfresh m'accoste à un moment pour un examen médical ultra-rapide. Après un « humhum » assez inquiétant, elle me tend une fiole de couleur orange, et me quitte sans rien dire d'autre. J'avale sa potion – au goût horrible- et la met dans ma poche.

Je vais voir mon équipe, m'assure que tout le monde va bien, et continue mon inspection. Malgré notre intervention rapide, des tas d'élèves se sont fait mal en retombant mal…

-Ca va Ron, je vais bien, lâche-moi un peu.

Le son de la voix me fait faire immédiatement volte-face. Hermione est sur un lit, le bras emprisonné dans des bandages, entourée de Ron et Harry. Une impression de froid s'empare de moi.

-Hermione ? Tout va bien ? Je demande, la voix cassée.

Le trio se tourne vers moi.

-Ca ira, merci, affirme-t-elle. Et vous…attendez, vous êtes qui déjà ?

Leurs regards interrogatifs, mais désintéressés, me convainquent de m'occuper de mes affaires. Je rencontre les yeux d'Harry, véritablement vert, et sa cicatrice, puis je reviens à ses yeux.

- Personne, je ne suis personne, je réponds.

Il est temps d'aller me coucher, je crois.

Mais je n'arrive que jusqu'à l'entrée de la Grande Salle. Je m'appuie contre le mur alors que mes forces me quittent peu à peu.

-Ha tiens, vous voilà.

Severus Rogue, la baguette à la main, fait flotter un chaudron rempli de liquides de différentes couleurs. Il le donne à l'infirmière, et me prend par l'épaule.

-Evitez, j'ai mal ici, je geigne.

-Où étiez-vous ? Me souffle-t-il alors. Pourquoi n'avez-vous pas rejoint les professeurs pour nous aider ?

-Je…quoi ? Je bredouille, pour la première fois depuis le début de cette aventure, complètement larguée.

-Vous êtes la descendante de Merlin, oui ou non ? Vous auriez pu libérer votre magie pour nous aider ! Insiste-il.

-Je ne sais pas la contrôler, ça aurait pu empirer les choses, je rétorque.

-Mais ce n'est pas grave, on vous aurait aidé ! Je ne me rendais pas compte de la colère de Rogue à cet instant, mais la suite me fit frissonner. Au lieu de cela, vous vous êtes enfui comme la lâche que vous êtes !

-Je…Mais non ! Je suis partie chercher des balais…J'ai sauvé des gens ! Je…J'ai fait autant que les autres élèves !

-Mais on ne vous demande pas d'être une élève ! Rogue colle son visage au mien, et c'est là plus qu'à n'importe quel moment qu'il me terrifie vraiment. On vous demande d'être adulte ! Nous sommes en guerre, Matsuo ! Ce n'est pas une question de…

Severus comprend soudain que m'engueuler en plein milieu d'une zone de fort passage n'est pas la meilleure idée au monde, alors il secoue la tête et soupire.

-C'était Voldemort ? Je murmure.

-Non.

-Comment vous savez ?

Severus ne répond pas, mais regarde vers Ombrage.

-Qu'est-ce qu'elle a fait ? J'articule silencieusement.

-Elle était terrifiée. J'étais proche d'elle, et je peux vous assurer qu'elle ne s'attendait pas à cela. Je l'ai suivi tout à l'heure, et…Rogue s'approche encore plus de moi, si c'est possible. Je vous passe les détails…

-Vous l'avez espionné.

-Oui, et elle a contacté par cheminée quelqu'un pour demander ce qu'il se passait. Ni elle ni son interlocuteur ne semblaient le savoir. De toute façon, vous-savez-qui n'aurait pas pu faire ça.

-Pourquoi ?

Rogue semble ennuyé de ma stupidité.

-Parce que ce qui a déséquilibré la première tour était un tremblement de terre. Or le terrain de quidditch est protégé magiquement. Les tours ne doivent pas s'écrouler. Il faudrait beaucoup de sorciers pour endommager le terrain. Pourtant, quelque chose a eu la force d'attaquer les gradins depuis sous le sol. Et cette chose venait du château.

Bouche ouverte, je fixe Rogue sans vouloir y croire. Lui-même semble assez choqué.

-Les seules personnes capables de faire ça étaient toutes au match. Donc c'est quelque chose dans le château…ou même le château lui-même qui a provoqué cela.

-Mais le château…c'est un château, ça ne pense pas, ça ne réfléchit pas ? Je demande, paniquée.

-Non. Mais il est construit sur de la magie ancienne et très puissante…Peut-être que ce n'était pas une attaque, mais un mécanisme de défense.

-Un mécanisme de défense qui a blessé pleins de ses occupants ! Je m'écrie, outrée.

Rogue hausse les épaules.

-Je ne sais pas. En tout cas, je vous prie de rester tranquille et de ne pas faire de vagues. Il s'est passé trop de choses pour avoir en plus à supporter vos catastrophes.

-Mais…

Rogue était déjà partie. Laissée seule, les larmes aux yeux et les émotions de peur et de colère tourbillonnant dans un corps épuisé, je m'écroulais sur le sol.