Chapitre 9 : Le développement insolite de facultés insoupçonnées


Drago s'installa nonchalamment à côté de Blaise et lança un regard dédaigneux à l'ensemble de la classe.

Il vit certaines filles l'observer d'un air aguicheur, remontant sensuellement plus qu'il ne le fallait leurs jupes en s'asseyant certaines fois, Drago afficha une moue appréciatrice qui donna plus de confiance aux prétendantes. Aussitôt elles lui souriaient, mais il avait déjà détourné le regard pour les jambes de leur voisine.

Cette réaction l'amusait beaucoup et il revêtit un sourire moqueur en voyant Granger faire peu de cas de lui et s'affaisser sur sa chaise au premier rang. Franchement sexy comme phacochère !

McGonagall commença à parler, déroulant son long et triste monologue d'un ton monotone et monocorde

Lorsqu'elle eut terminé, une bonne dizaine de minutes plus tard, Blaise se chargea de transmettre à Drago l'idée générale.

- On va étudier la métamorphose humaine jusqu'à Noël.

Drago approuva d'un bref hochement de tête et laissa son ses iris gris dériver vers le dos de Tracey Davis, devant lui, assise près de Bulstrode. En se penchant de quelques centimètres, il put entendre leur conversation qui avait l'air pour le moins animée.

- Ne t'en fais pas Milly, il a juste dû vouloir monter sur ses grands chevaux…

- Mais si, tu n'as pas vu comment il m'a repoussée ? chuchota la jeune femme dans un sanglot.

- Il a juste dit que tu n'étais pas intéressante pour une nuit. Mais Drago est très dur à satisfaire au …

- Tu dis ça parce que tu as déjà couché avec lui de nombreuses fois ! T'es vraiment une idiote, Tracey ! Comment peux-tu parler comme ça de mon ex ?

- Mais rends-toi à l'évidence, tout le monde ne peut pas lui convenir. Essaye avec Blaise. Moi, l'autre nuit, j'ai rêvé que…

- Je ne veux rien savoir de tes rêves érotiques DAVIS ! scanda Bullstrode, horrifiée.

Le ton de Bulstrode s'était peu à peu élevé et finalement, elle avait crié dans la salle de classe.

- Miss Davis, je vous suggère de faire part à la classe de vos remarques puisqu'elles s'avèrent si intéressantes, s'exclama McGonagall en la regardant fixement.

- Ce n'est rien professeur. Millicent a juste quelques difficultés avec le sortilège.

Le professeur haussa un sourcil.

- Peut-être allons nous pouvoir enfin commencer. Messieurs Malefoy, Zabini et Miss Granger, si vous voulez bien venir ici, je vous prie.

- Et si on n'a pas envie, souffla Blaise à Drago alors qu'ils s'avançaient d'un pas trainant.

La préfète-en-chef était déjà là et tous trois défièrent l'assistance du regard, en partie les maisons rivales.

- Bien ; je vous demanderai, débuta la directrice en se tournant vers les élèves assis, de former trois colonnes face à chacun des trois élèves ici présent.

A peine eut-elle achevé sa phrase, qu'elle envoya d'un coup de baguette toutes les tables reposer contre le mur. Bientôt, trois rangées totalement inégales étaient réparties. En effet, tous les Serpentards étaient alignés devant Granger, ce qui fit sourire Drago d'un air mauvais.

Hélas, la directrice remarqua le problème et ordonna elle-même les groupes.

- A mon signal, un à un, vous tenterez de transformer l'élève en face de vous en modifiant ses traits. Vous devez imaginer comment par exemple, le nez de Mr Zabini, se renfoncerait. Supposez que sa peau rentre dans sa tête, que ses narines se resserrent…Top !

Drago fit face à Potter. Il afficha un sourire goguenard.

- Blaise ! Un gallion que Potiron rate le sort ! siffla Drago à son ami.

- Pari tenu mec, souffla Blaise tandis que Nott s'avançait vers lui.

Harry bougea sa baguette, les sourcils froncés dans une réflexion et une concentration intenses.

Quelques minutes passèrent sans qu'aucun des trois élèves mis en cobaye ne voie de changement s'effectuer. Drago savait que pour Granger, rien se produirait ; du moins, pas tant que Goyle n'aurait pas viré.

Les places tournèrent. Granger vit arriver Bulstrode, Drago ricana face à Londubat, et Blaise recula devant Weasley, les joues écarlate et les yeux exorbités tant il cogitait.

- Tu me dois un gallion au fait.

- Ouais, mec.

Les places tournèrent à nouveau et pas même une ride n'avait déformé les traits des candidats involontaires.

Soudain, ce fut sur Blaise qu'apparut le premier changement. Face à lui, Pansy l'observait sans le voir, le regard brûlant.

Les lèvres de Blaise semblèrent se retourner vers l'extérieur et prirent de plus en plus de volume. Quelques secondes plus tard, sa bouche avait triplé de volumes et sa lèvre supérieure empiétait sur ses narines, l'empêchant de respirer.

Zabini, paniqué, tenta de saisir de ses mains sa lèvre et de la rabattre, mais rien n'y fit.

- Très bien, miss Parkinson. Cinq points à Serpentard.

Toute la classe riait en voyant Blaise, blanc comme un fantôme, qui ne pouvait plus respirer. Pansy finit par abaisser sa baguette et une fois de plus, de nouveaux élèves prirent place tandis que la lèvre de Blaise se dégonflait comme un ballon transpercé par une aiguille.

- Messieurs Malefoy, Zabini et miss Granger, faites vous-mêmes la queue. Nous dirons…qui se porte volontaire ?

Tout le monde effectua un pas en arrière, sauf trois adolescents, un peu lents à comprendre -étrangement Londubat n'en faisait pas parti.

Tracey Davis, Lavande Brown et Théodore Nott se plaquèrent au tableau.

Dans le même ordre, Drago, Granger et Blaise s'avancèrent.

Chacun d'entre eux avait l'air d'avoir des petits comptes à régler.

Drago toisa Tracey dans les yeux. Ainsi, elle se ventait d'avoir été avec lui, comme s'il était une marchandise ? Elle allait comprendre ce qu'était la revanche du serpent.

Drago pointa sa baguette et, en un temps record, de lourds changements s'effectuèrent.

Il avait en lui une confiance qui dépassait sans doute la limite du raisonnable.

Il ne s'était jamais demandé si c'était normal, s'il ne devrait pas se remettre en question ; sa volonté jouait de sorte qu'il ait toujours ce qu'il veut, qu'importent les moyens mis en marche pour l'atteindre.

Il n'en ressortait que plus sûr de lui, et sa volonté d'avoir l'impensable ne s'en voyait qu'agrandie. Il suffisait qu'il sache, et non qu'il veuille, ce verbe n'ayant plus de sens pour lui depuis longtemps, que le sort était parfaitement réalisable pour lui, pour qu'il puisse l'accomplir.

D'ailleurs, quel sort n'était pas réalisable pour lui ? Il n'avait pas la notion de surestime ou de sous-estime. Il ne comprenait tout simplement pas ces mots. Mais, évidemment, seulement envers lui-même.

Il ne s'était jamais entrainé à ce sort, mais en levant sa baguette, il n'avait même pas pensé une seule seconde que peut-être rien ne se produirait.

Ce serait comme remplir un verre d'eau puis retourner celui-ci complètement. L'idée que l'eau, attirée par l'attraction terrestre, s'écrase au sol était la chose la plus sûre, la plus normale et il paraitrait totalement inconcevable qu'elle reste fixée dans le verre. C'était pareil pour lui.

L'eau tombait, lui, accomplissait ce qu'il savait qu'il pouvait faire ; c'est-à-dire tout.

Les cheveux châtains de Tracey s'alourdirent, tandis que des mèches descendaient à profusion de son crâne, et ils prirent une teinte jaune châtain à la limite du roux, qui rappelait étrangement l'urine. Ses yeux s'agrandirent, furent soudain globuleux sous le manque de cils, et ses iris tirèrent à un vert très clair qui lui donnait un air niais. Il fit descendre ses pommettes, entrouvrit ses narines de façon à avoir plus un tarin de porc qu'un nez, et les lèvres de sa bouche s'allongèrent et s'affinèrent, laissant dévoiler de grandes dents jaunes dont les deux premières étaient poussées en avant.

Drago aurait pu aller plus loin, frapper dans son physique en aplatissant sa poitrine et son postérieur, il était sûr de lui, mais il jugea qu'elle était parfaite comme ça. Il rajouta un peu d'acné et un bouton bien purulent sur le nez. Peut-être qu'il pourrait rajouter une odeur…

- Monsieur Malefoy, approuva McGonagall, impressionnée. Je donne dix points à Serpentard !

Drago redressa les épaules, immensément fier de lui. Il se retourna triomphalement vers Granger. Mais ce qu'il vit face à elle le laissa sans voix.

Il y aurait dû y avoir Lavande Brown face à elle ; elle aurait pu avoir les traits modifiés mais elle aurait dû rester reconnaissable. Qui était cet homme ?!

L'homme avait la peau noire. Ses cheveux blonds qui contrastaient étrangement avec sa peau chocolat, aux mèches rebelles, étaient coiffés de manière décoiffée ; elles tombaient dans tous les sens, lui donnant un air sauvage très sensuel.

Ses yeux gris aux accents méprisables le toisaient froidement et se détachaient sensiblement de la couleur de sa peau si sombre. Son nez était droit et long. Ses lèvres fines et roses, les pommettes saillantes. Son menton était pointu, et il avait un air supérieur mélangé à un soupçon d'arrogance. Sa carrure était celle d'un sportif et il avait revêtu une robe de sorcier noire très classe.

Il était beau, incroyablement beau, mais exhalait une haine très sensible.

Drago scruta cette personne, qui n'était autre que Lavande. Il affrontait l'air impassible et mauvais d'un Malefoy, mélangé à un Zabini. Captivant, et saisissant, car admirablement reproduit, et dans les moindres détails.

- Miss Granger…Je…Vingt points à Gryffondor ! Votre travail est …ne peut pas être décrit. C'est parfait. Les traits de messieurs Malefoy et Zabini sont parfaitement reconnaissables…Vous avez repeint sur les traits de Miss Brown les expressions typiques de Monsieur Malefoy. Et vous avez jeté un sort à la robe. Spectaculaire ! Transformer une femme en homme…

- Merci professeur, sourit Granger.

Drago fronça ses sourcils. Elle arrivait à modifier tout ce qui était autour d'elle.

Il fut aussitôt exaspéré de voir que la miss-je-sais-tout avait toujours besoin de montrer ce qu'elle savait faire. Elle sautait comme une gourde sur sa chaise dès que le premier mot d'une question glissait d'entre les lèvres d'un professeur, et laissait deviner ses capacités sans aucune modestie ! Qu'elle était agaçante ! Ce qu'elle pouvait l'irriter !

Alors que la cloche sonnait et que tout le monde se dirigeait vers la sortie, il se demanda s'il rêvait était-il le seul à avoir remarqué les yeux de Granger ? Ils avaient viré à un noir charbonneux l'espace d'un instant. Puis, ils étaient redevenus le brun mielleux typique de ceux qu'elle avait ?

HHHH

- Monsieur Londubat, Monsieur Potter, amenez-nous donc l'Armortentia que vous avez concoctée, siffla Rogue.

Drago tressaillit. Il était hors de question qu'il touche à une potion que Potter et l'autre empoté avaient ne serait-ce que frôlée ! Il allait mourir avec un philtre d'amour, dans des souffrances inimaginables…

Blaise semblait penser comme lui, étant donné le mouvement de recul qu'il avait eu.

Seule Granger restait normale, un sourire aux lèvres. Cette fille était complètement givrée.

- Granger, Malefoy, Zabini, approchez, murmura la voix doucereuse de leur professeur.

Drago l'implora du regard. Il ne pouvait pas lui faire quelque chose comme ça…C'était traitre ! Il était son filleul, non ? Son élève préféré ? Un Serpentard ? Un sang-pur ? Un préfet-en-chef ? Un Malefoy ?

Non, rien de tout ça ne semblait marcher, pourtant, Rogue avait pénétré son esprit, et Drago l'avait laissé s'infiltrer pour qu'il puisse y lire le désarroi présent et béant. Visiblement, le pouvoir de Dumbledore était le plus fort, et les professeurs étaient bien déterminés à user des trois élèves en tant que cobayes tout le long du mois.

- Une gorgée chacun, articula Rogue. L'effet sera bref, une dizaine de minutes tout au plus. Si la potion est bien préparée, vous tomberez amoureux de la personne à laquelle vous avez pensé en dernier.

- Et si elle est mal…, commença Blaise, hésitant.

- Vous mourrez dans d'atroces souffrances, conclut Rogue en tirant une moue narquoise.

- Sa dernière phrase ne fut pas écoutée, la précédente ayant eu déjà son lot d'effets chez les trois personnes.

Drago fit mine de s'étouffer. Dix minutes, c'était beaucoup trop. Et préparée par Potter…Ce sorcier était dérangé. Il avait pu rajouter un ingrédient pour le rendre ridicule ou pour que l'effet se prolonge pour une heure entière.

Quoi que… Granger aussi allait en boire. Et Potter ne pouvait pas faire un coup bas à son amie devant tout le monde. Enfin, cela était surtout ce qu'il espérait…

Drago prit le gobelet qui lui était tendu en songeant que si Granger le buvait, il pouvait faire de même. Il renifla la potion tout de même.

Il décela un effluve particulier, un mélange de cannelle, de vanille sucrée et de citron cet arôme réveillait son appétit ; puis il y eut le parfum de la forêt, cette humidité dont était empreinte les arbres, les fleurs, les plantes, la rosée du matin qui était aussi celui de son balai et enfin, une odeur indescriptible. C'était une fragrance basée sur les deux odeurs précédentes, mais légèrement acidulée. Il en devint aussitôt fou. Il fallait qu'il découvre ce qui sentait ainsi…

Il remarqua que Granger l'observait bizarrement, car depuis quelques secondes, il imitait la façon dont elle reniflait le verre et dont elle l'approchait de son œil.

Ce fut sans se concerter, et après avoir été franchement irrité, que Drago but l'intégralité du verre en même temps que Granger.

Et soudain, la lumière vit jour en lui. Il avait compris qu'il l'aimait.

Qu'il n'y avait pas d'autres sentiments possibles.

Que c'était la plus belle femme au monde et que tout en elle l'émerveillait.

Ses manies, sa curiosité maladive, son envie insatiable de tout savoir, de tout connaitre, de tout voir.

Sa peau lui semblait douce à vue d'œil.

C'était le soleil de ses jours, la lune de ses nuits, la caresse du vent frais au réveil, la chaleur d'un corps aux courbes agréables au coucher, son cerveau et son cœur, son oxygène et son poison…

Il se précipita vers elle. Une chaleur insoutenable le dévorait.

Hermione Granger.

Il l'aimait, c'était plus fort que lui, une attirance hors pair. Il devait le lui prouver.

Il vit dans ses prunelles, qu'elle ressentait la même chose que lui. Qu'elle l'aimait éperdument. Qu'il fallait qu'ils s'enlacent, s'embrassent et ne se décollent plus jamais l'un de l'autre. Le feu les dévorait.

Sept ans qu'ils se voyaient tous les jours ; il leur avait fallu sept ans pour comprendre un fait aussi irrévocable.

Il ne pensait plus à son sang, à son air supérieur qui était le même que celui qu'il arborait, à ses manies qui devenaient des qualités, ses cheveux en broussailles devenaient une longue coiffure brune bouclée dont laquelle il plongerait ses mains …

Ils s'arrêtèrent à quelques centimètres l'un de l'autre, leur souffle court balayant mutuellement le visage de l'autre. Le brasier qui montait, les calcinait davantage.

Dans la salle, personne n'arrivait plus à parler. Surtout depuis que Zabini avait plaqué Bullstrode contre un mur et qu'ils s'embrassaient fougueusement.

Drago tendit le bras lentement, et puis tout se fit violemment. Drago et Hermione se sautèrent l'un sur l'autre et leurs lèvres s'écrasèrent brutalement l'une contre l'autre.

Granger se rapprocha encore plus de lui et enroula ses bras autour de son cou, ses coudes se frôlant par moment tant ils étaient proches.

Drago avait passé un bras autour de sa taille et l'autre dans ses cheveux en apparence secs mais qui étaient extrêmement doux. La température grimpait, et Drago percevait le besoin de desserrer son col.

Leurs langues se découvraient avec fougues ils étaient fiévreux, si fiévreux, qu'ils tremblaient de tous leurs membres dans les bras l'un de l'autre. Le baiser se prolongeait, ils voulaient découvrir l'amour, celui qui les étreignait passionnément, qui rendait leurs gestes maladroits, leurs souffles courts, leurs cœurs vacillants, et leurs sourires qu'ils sentaient se forger sur la bouche de l'autre.

Entre leurs deux corps, personne n'aurait ne serait-ce que passé une baguette ; ils veillaient tous les deux à ce qu'aucun espace ne les sépare.

Leur baiser s'approfondit, leur langues dansant sur un air endiablé et ils restèrent là plusieurs minutes, langoureux, collés l'un à l'autre, reprenant leur respiration rapidement et replongeant vers la bouche de l'autre encore plus vite. Drago, la maintenant fermement contre lui, se dirigea vers un mur contre lequel il la plaqua.

Ils étaient loin du monde extérieur maintenant, et ils n'entendaient pas les élèves hurler d'horreur, pas plus qu'il ne voyait Rogue qui cherchait frénétiquement un remède à la potion ni qu'ils entendaient les petits cris de plaisir de Bulstrode.

La main de Drago se posa sa joue qu'il caressa du bout des doigts, le souffle lui manquant à nouveau.

Il remonta son autre main et prit son visage en coupe. Il recula de quelques centimètres et embrassa chaque centimètre carré de sa peau nacrée avec une délectation non dissimulée.

Elle posa ses mains sur son torse et s'agrippa à sa chemise, telle une noyée.

Ils étaient dans leur monde.

- Professeur, faites quelque chose ! beuglait Weasley.

- C'est quoi cette potion ! s'exclamait Pansy. Potter et Londubat, vous êtes des nouilles !

- C'est une potion d'excitation sexuelle ! tonna Rogue. Comment des ânes comme vous avez pu la confectionner ?!

Mais les voix parvenaient de loin à Drago. Les yeux perdus dans ceux d'Hermione, il se laissait aller aux sensations naissantes. Dans ses bras ardents, ils découvraient l'amour passionnel. Drago captura à nouveau la bouche d'Hermione, passant sa langue contre la sienne, agrippant ses…

Soudain, sa présence et ses actes n'eurent plus de sens.

Il recula de plusieurs pas, horrifié. Granger eut la même réaction. Il tenta de se recomposer un masque mais rien n'y fit. Le dégoût et la panique se disputaient son expression.

Granger, rouge de honte, replissait nerveusement sa jupe, lorsque la porte du cachot claqua brutalement, les faisant tous sursauter. C'était Weasley, qui venait de sortir, certainement furieux.

- J'y crois pas, la belette pique une crise de jalousie ! s'exclama Drago en tentant tant bien que mal de se remettre.

Il y eut un léger gémissement dans la salle et tous se tournèrent, scandalisés, vers Blaise. Dans un coin sombre, enlacé à Bullstrode, ils s'embrassaient encore passionnément, le souffle court.

Drago ouvrit de gros yeux. Blaise devrait être sobre maintenant, pourquoi continuait-il ?Et surtout, Bulstrode n'avait pas ingéré de potion, elle, non ?

Il s'approcha d'un peu plus près. Blaise se redressa et prit place aux côtés de Drago. L'air de rien.

- Zabini !

- Professeur, j'avais bu plus de quantités que Granger et Drago, annonça-t-il d'une traite, dans l'ensemble du parfait mensonge du parfait Serpentard.

- SORTEZ TOUS LES TROIS IMMEDIATEMENT !

Ils jaillirent de la salle de cours, les yeux lançant des éclairs.

Drago ne se sentait pas honteux. C'était plus complexe. Il avait éprouvé du désir mais c'était dû à une potion et à de la fougue, c'était tout. Rien d'autre. Granger embrassait tout de même bien. C'était incontestable.

D'ailleurs, son pantalon en témoignait.

Mais il se dégoûtait.

Se haïssait d'avoir pu ressentir de telles choses avec elle.

Comment avait-il pu avoir envie d'une sang-de-bourbe ? Celle du maitre qui plus est ! Si le maître l'apprenait…Sa proie était sa proie, qui touchait sa proie devenait sa proie à son tour. Drago tressaillit. Il allait tuer Rogue. Comment avait-il osé leur faire ingurgiter un contenu qui était passé dans le chaudron de Potiron et de Londubat ?!

- Malefoy !

Drago se retourna vers Granger, le regard vénéneux. Pour qui se prenait-elle à lui parler sur ce ton ? Il la toisa de bas en haut. Non, il n'avait pas éprouvé de désir pour ça. Non, non, non.

- Il ne s'est rien passé ! affirma vertement Granger.

- Evidemment ! Tu veux que je te dessine la situation si je n'avais pas pris de potions ?!

- Parfait, on s'est compris.

Elle tourna les talons et Drago entendit distinctement les mots « Dumbledore », « nous forcer à boire une potion de Neville » et « va m'entendre ».

Puis il avisa Blaise. Il devait se recomposer un masque au plus vite. Il n'avait pas été perturbé par cette petite prude ! Voilà, c'était fini, oublié, rangé dans le tiroir de ses pensées « à supprimer de la mémoire ».

Drago se rappela ensuite avec un petit sourire en coin son ami.

- T'y es pas allé de mains mortes ! Toi et Millicent…

- Ouais j'avoue mec. Elle est bien foutue. J'ai rendez-vous avez elle dès qu'elle sort. Je peux pas la laisser passer !

Drago ricana avant de partir. Blaise le détailla, incertain.

HHHH

Samedi soir.

Il aurait dû faire la fête, rire, boire, danser.

Mais non.

Il aurait dû aller retrouver une Poufsouffle ou une Serdaigle.

Mais non.

Il aurait dû aller dans la salle des Serpentards et prévoir des plans pour faire suer Potter et ses deux abrutis de toutous. Deux toutous, dont faisait partie la prude qui, l'autre jour, lui avait sérieusement fait de l'eff…Rien du tout. C'était quoi son nom à elle ?

Bref, il aurait dû s'amuser.

Mais non.

Il était là, comme un idiot, à faire les sélections de Quidditch pour son équipe, étant capitaine. Avec la semaine où il avait cours, le week-end et tous les soirs excepté un seul en retenue ou en ronde, son temps ne lui appartenait plus.

Il scruta le premier groupe voler d'un œil las. La moitié tenait à peine sur un manche. S'il leur envoyait un cognard, même lui qui n'était pas batteur, Pomfresh ferait du sur place.

Il allait être encore plus direct qu'à l'accoutume parce qu'il n'avait vraiment pas de temps à perdre aujourd'hui.

Drago fit descendre le groupe. Trente élèves juste dans le premier groupe et il y avait cinq groupes. Près de cent-cinquante élèves !

Il devait y avoir des élèves d'autres maisons qui étaient venus, plus particulièrement des maisons adverses pour apprendre leur tactique ou alors des filles.

Effectivement, il y avait une bonne centaine de filles qui gloussaient, et l'examinaient à travers leurs cils recouverts de mascara.

Autant de choses qui compliquaient ardemment sa soirée déjà bien pénible.

Sur le premier groupe, il vira cinq élèves qui avaient le vertige, douze qui n'étaient que des Serdaigle et dix autres qui ne savaient même pas discerner un manche des poils du balais – d'ailleurs ces dix derniers avaient tous failli mourir.

Il en restait trois qu'il mit de côté.

Drago fit voler le deuxième groupe, pria vingt-neuf d'entre eux –d'entre elles car ce n'était que des filles- de retourner à leurs dortoirs et en garda un. Au final, sur les cinq groupes du départ, seuls treize joueurs avaient survécu au balayage.

Il sélectionna Crabbe et Goyle en tant que batteurs, lui-même en tant qu'Attrapeur et regarda les autres faire leurs preuves.

Pansy était robuste et tenait à tout prix à intégrer l'équipe. Elle ne l'avait pas salué en tant qu'ami, mais en tant qu'entraineur, ce que Drago avait apprécié. Les Serpentards, bien qu'opportunistes, devaient aussi discerner les limites. Pas de favoritisme. Sauf quand c'était pour lui.

Il rajouta Pansy en tant que Gardienne. Ses compétences n'étaient pas négligeables.

Il lui restait à désigner les trois passeurs. Le problème résidait dans le fait que de tous ceux qui demeuraient, soit dix joueurs, étaient tous désignés pour tenir le rôle.

Trois d'eux, des filles, s'avancèrent vers lui et lui avouèrent être d'autres maisons. Alors qu'elles auraient voulu être remerciées pour leur sincérité, il les jeta comme de la bouse de dragon. Il s'en fichait, elles étaient de quatrième année, trop jeunes pour une soirée sympathique. Elles fondirent en larmes à peine eut-il terminé sa phrase :

- J'ai pas de temps à perdre avec de pauvres petites cruches ! DEHORS !

Il en restait tout de même sept. Il les décrypta tous à nouveau. Deux d'entre eux avaient un corps bien carré, un était énorme mais tenait pas trop mal sur son balai. Bon…Il renvoya le gras.

Six. Blaise en faisait parti. Drago le garda avec lui, conscient que Zabini avait un truc pour charmer les femmes qui les déstabilisait et que l'équipe qu'il devait, qu'il voulait, qu'il savait battre cette année, était celle de Gryffondor et que les passeurs étaient plus particulièrement des passeuses.

Il y avait aussi ce Harpey Butcher. Il aimait bien la traduction anglaise – autrement dit, « boucher ». Il semblait enclin à faire de la chair à saucisse des Gryffondors, comme tout bon boucher qui se respecte. Ce fut ce qui lui plut et il le prit à ses côtés.

Plus que quatre. Ils étaient tous bons, mais un d'entre eux, plus petit, était vif et intelligent, les yeux pétillants. Roby Ham. Il aimait d'autant plus que cela lui faisait penser que Butcher pourrait couper Ham. Le boucher pourrait couper le jambon et il rit pendant trois bonnes minutes de sa vanne douteuse.

C'était décidé, il prenait Ham dans l'équipe !

Il demanda aux trois autres leurs noms, si un jour un joueur venait à être blessé, puis convia sa nouvelle équipe dans le bureau du capitaine de l'équipe, autrement dit, le sien.

- Cette année, nous allons leur mettre la pâtée - il ne put s'empêcher de sourire en regardant Butcher puis, reprenant un air très sérieux : Je veux qu'on gagne, et aucune faute ne sera tolérée. Si vous avez un problème, vous venez m'en parler. C'est moi qui commande. Personne ne prend d'instructions d'autre que moi. Bien. J'ai actuellement un emploi du temps très chargé, fit-il en grimaçant. C'est pourquoi, nos entrainements ne pourr…

- Ne pourront se faire que le samedi soir, le seul moment de libre que Drago a ! s'exclama Blaise. Et comme il est déterminé à gagner, nous le passerons tous ici, hein, mec ?

Drago crut qu'il allait le tuer. Il sentait ses mains le brûler.

Il allait justement dire que les entrainements débuteraient dans trois semaines et cet idiot lui avait accaparé toutes les semaines à venir, et pour toute la soirée. Aucun moyen de se défiler.

Il pouvait déjà recommencer : « Samedi soir. Il aurait dû faire la fête, rire, boire, danser. Mais non. Il aurait dû aller... » Mais non ! Merde à la fin !

HHHH

Le mois de septembre touchait à sa fin, ainsi que les retenues.

Octobre avançait à grand pas et, finalement, ce fut le dix octobre. Plus que deux jours de punitions.

Le nouveau plan de Blaise avait ''étonnamment'' échoué. Heureusement ils n'avaient pas abouti à l'infirmerie cette fois. Toutefois, les rapports avec la Gryffondor étaient un peu moins tendus.

C'était ce que ce remarquait Drago et qui l'intriguait un net rapprochement s'effectuait entre Granger et Blaise.

Il leur arrivait de se croiser dans le couloir, de ralentir le pas et de converser pendant une minute ou deux. C'était bref, mais à chaque fois, tous les élèves s'immobilisaient et les obserbaient, presque choqués.

Il y avait plusieurs choses qui étaient étranges ; la première, Granger ne voyait presque plus aucun Gryffondor. Elle déjeunait à sa table, tout au bout, sans les regarder, pas le moins du monde triste et, fait incroyable, cela semblait venir d'elle. Chaque personne qui l'approchait se faisait gentiment rembarrer. Potter et Weasley étaient ceux qui en souffraient le plus, car plusieurs fois Drago les avait aperçus jeter un coup d'œil à la sang-de-bourbe alors qu'elle était assise à quelques mètres d'eux. Et elle lisait toujours le même livre.

Alors qu'il marchait dans le couloir, il retint un baillement en percevant des chuchotis frénétiques dans une salle de classe dont la porte était entrouverte. Silencieusement, tel un serpent, il se rapprocha et écouta. Il identifia aussitôt Weasley et Potter.

- Harry, je te le dis, c'est pas net.

- Je sais Ron. Depuis quelques temps, en fait depuis qu'elle côtoie Zabini…On va devoir surveiller ça de plus près.

- Oui, mais moi ce qui me gêne le plus, c'est ce livre…MNCA c'est ça ?

- Exact...

Il y eut un long silence, puis Potter reprit, d'une voix tremblante :

- J'ai fait des recherches. C'est un livre de la Réserve ; je n'ai aucune idée de comment elle se l'ait procuré.

- Allons voir où elle se trouve, nom d'un petit gnome ! Moi je vais lui demander !

Drago esquissa un sourire moqueur à cette insulte. Weasley était vraiment pathétique.

En entendant les bruits de pas se rapprocher, et sachant que s'il partait en courant, ils sauraient qu'ils avaient été espionnés, il leva sa baguette et se jeta un sortilège de Désillusion. L'effet fut immédiat, au même moment où le Potiron sortait de la classe, la baguette pointée devant lui, regardant à droite et à gauche. Il fit signe à Weasley et tout deux partirent vers la bibliothèque.

Drago les observa. C'était amusant de les voir cogiter, mais ça ne leur réussissait guère !

Sans ôter le sortilège, il se dirigea vers l'appartement préfectoral alors qu'eux partaient vers la bibliothèque. Il n'était pas un Gryffondor, pas un de ces fouineurs qui cherchent partout à se mêler de ce qui ne les concernent pas.

Granger était grande, et idiote, qu'elle fasse ce qu'elle voulait. Lui, il devait voir Blaise pour échafauder un nouveau plan. Un mois était passé et rien de bon n'en était encore ressorti. Certes, Granger et Zab' discutaient de temps à autre, mais de quoi ?

Il s'arrêta en voyant Blaise discuter avec elle. Voilà, il était invisible, il allait savoir. Quoi de mieux que de les prendre sur le fait ? En plus, si Blaise lui mentait, il le saurait ! Parfait.

- Zabini, tu me colles trop en ce moment. Lâche-moi un peu, va trainer avec Malefoy, va faire ta vie.

- Ecoute Granger, je te trouve sympathique, j'ai juste envie de te connaitre un peu plus. Qu'est- ce qu'on s'en fout des rivalités entre maisons ?

- Ce n'est pas ça dont je te parle, mais je voudrais que toi aussi, tu cesses de me suivre comme un chien !

- Moi aussi ? Quoi, d'autres le font ?

- Tous les Gryffondors me surveillent nuit et jour et ils se croient discret, siffla Granger, le regard haineux. Derrière-toi, il y a Crivey qui me suit depuis que je me suis levée. Je peux même te dire ce qu'il a mangé au petit-déjeuner. Et si mes calculs sont bons, dans trois secondes, Brown va se ramener ! Alors oui toi aussi tu vas…

- Coucou Hermione ! s'exclama joyeusement Lavande en arrivant, sautillant sur ses pieds. Ça va ?

- Très bien et toi ? répondit Granger, hypocritement.

- Bien, bien, roucoula-t-elle. Dis, je vais faire du shopping à Près-au-Lard…Avec Parvati, viens avec nous ! On est samedi c'est le mo…

- Non, désolée. Mais merci quand même.

Elle rajouta un geste de la main, une moue navrée, et s'approcha du portrait dans le but de donner le mot de passe. Brown partit en trainant des pieds, désespérée.

Hélas, Potter arriva à ce moment-là et Drago se retint de pleurer de rire. C'était donc vrai, ils la poursuivaient tous, toute la journée. Suivi de près par Weasley dont les yeux jetaient des éclairs.

- Hermione ! héla-t-il. Hermione, on est là ! Zabini, encore avec elle, grinça-t-il en guise d'accueil.

- Sans blague…, murmura-t-elle. Oui ? rajouta-t-elle, les sourcils froncés en se retournant.

- Il faut qu'on te parle Mione, tu es différente, tu t'éloignes de nous, ne nous parles plus.

- Ecoutez, je dois y aller, j'ai des choses à faire…

- Mais quoi Hermione ?! s'écria Ron en s'avançant vers elle. Y en a marre ! En un mois on s'est vus quoi ? Trois heures ? Deux heures trente ? Mais t'es amoureuse de Zabini ou quoi ?

Drago s'arrêta momentanément de respirer. Il regarda tour à tour Potter, Weasley, Zabini et Granger.

Cette dernière éclata d'un rire froid, et cramponna son livre contre sa poitrine.

- Idiot ! J'avais quelques idées en tête. Harry, je voudrais intégrer l'équipe de Quidditch de Gryffondor en tant que Passeuse de remplacement.

- Mais…je ne peux pas, tu n'as fait aucune sélection, tu as le vertige…Et tu ne connais pas les règles ! acheva Potter qui semblait plus vouloir se convaincre lui-même que quiconque.

- Et à quoi je travaille ?

- C'est ce dont tu parles avec Zabini ? s'enquit Ron.

Drago se pencha et tenta de décrypter le regard de Blaise. Il n'arrivait pas à savoir si cela était vrai ou non.

- Oui, affirma-t-elle aussitôt. Je voulais vous faire la surprise.

- Et…tu voles bien ? demanda Harry en s'approchant encore plus près, sceptique.

- Je ne tombe pas.

Weasley et Zabini esquissèrent un sourire amusé. Drago ne comprit pas. Il l'avait vue quasiment tous les jours dans la salle commune et jamais sur un balai.

- Tu viens nous montrer ?

Drago tressaillit. Voilà, encore une des choses étranges qui se passaient venait de se produire à l'instant. Les yeux de Granger s'étaient voilés un millième de seconde et son iris était devenu noir comme l'encre. Elle avait dû le sentir car au même moment elle avait baissé la tête. Quand elle la releva, ses yeux étaient bleus clairs.

- Tes yeux, Hermione, murmura Harry.

Il se recula hâtivement et pointa sa baguette sur sa poitrine.

- Ce n'est pas du polinectar Harry. C'est juste de la métamorphose humaine.

Depuis combien de temps mentait-elle aussi bien ? Drago la regarda, de plus en plus étonné. Elle changeait.

- Tu…tu peux te la faire sur toi-même ? s'effara Ron.

- Très peu. Mais je m'améliore. Bon on y va ?

- Granger, je voudrais venir, dit Blaise qui jusque là s'était fait tout petit. En tant qu'entraineur…

Weasley et Potter firent la moue mais ne contredirent pas.

- Viens Zabini.

Elle passa devant les quatre garçons, trois consciemment et un dont elle ignorait la présence, et marcha à vive allure vers le terrain de Quidditch. Elle avait fait un geste dédaigneux de sa baguette, et ayant juste traversé la fenêtre, un balai et un uniforme la rejoignirent, volaient à quelques mètres au-dessus de sa tête.
Elle se retourna en fronçant les sourcils, devant l'immobilité des autres.

- C'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Et Drago remarqua, avant de les suivre silencieusement, qu'elle n'avait plus son livre avec elle. Disparu.

HHHH

- Vas-y Hermione, lâcha Potter. Je t'explique rapidement. Je lance le souaffle et euh…bah tiens, Zabini jouera contre toi. Ron, tu te mets gardien et moi je te dis ce que j'en pense.

Blaise ne supportait pas qu'on lui donne des ordres mais si en acceptant, il se rapprochait de Granger, pourquoi pas ? Il partit et revint quelques minutes plus tard, juste avant Weasley, en tenue. Il enfourcha son balai et Granger fit de même. Weasley les rejoignit et les imita.

Drago observait la Gryffondor. Elle n'était jamais montée sur un balai mais elle allait faire les sélections. Voilà qui promettait d'être divertissant.

Elle se cramponna fermement au manche et, alors qu'elle fermait ses yeux, murmura quelques paroles qui firent rire Blaise. Sûrement une prière.

Puis tous trois s'envolèrent. Weasley alla se mettre face aux trois cercles tandis que Potter libérait le souaffle.

Drago resta scié. Granger, d'une vitesse surprenante et d'une vivacité irréprochable, s'en était déjà emparé et avait parcouru la moitié du chemin vers les buts. Si Zabini ne se dépêchait pas, Drago le virait de l'équipe. Qu'il était empoté !

Potter était si ahuri qu'il retira ses lunettes, les essuya et les remit sur son nez.

Point.

Elle venait de marquer un point à elle toute seule en trente-cinq secondes. Elle avait volé jusqu'à l'anneau droit puis, alors que Weasley la suivait attentivement des yeux, lui avait fait un clin d'œil. Il avait été déstabilisé, elle avait alors glissé la balle entre ses jambes, frôlant le manche de son balai, se perdant dans l'anneau central.

Cette année, les Serpentards étaient fichus. Drago allait tuer ce crétin de Blaise pour ne pas avoir empêchée Granger de poursuivre l'activité. De plus, il l'avait même entrainée car il l'avait fait, plus aucun doute là-dessus. A présent, Potter allait intégrer Granger dans son équipe et… !

- Eh Malefoy ça t'en bouche un coin, hein ? ricana Potter.

Il n'avait pas remarqué que le sortilège s'était levé. Tant pis.

Par contre, à sa grande surprise, il vit les équipes de Quiddicth de Gryffondor et de Serpentard au grand complet parvenir à eux.

- Crivey nous a parlé d'un match ? demanda la Weasley en se jetant au cou de Potter.

- Non, c'est juste un…

- OUI ! cria Drago. Dépêchez-vous. Potter on fait un match amical – ne rêve pas, c'est juste l'adjectif.

- Très bien, répondit Harry avec un sourire malsain. Hermione, tu joues avec nous !

Drago frissonna, et tandis que Blaise redescendait vers son capitaine, il réunit son équipe. Tous se changèrent rapidement et Drago leur fit un discours peu rassurant :

- Granger est douée pour une sang-de-bourbe et ça m'écorche la bouche. Crabbe, Goyle vous la visez elle et seulement elle. Si à un moment, Potter a vu le vif d'or alors c'est son tour.

Les yeux de Drago se rétrécissaient au fur et à mesure qu'il parlait et ils devenaient d'un gris orageux.

- Ham, Butcher, Zabini, aucune erreur tolérée. Du rentre-dedans à volonté, je veux la voir mal à l'aise. Et si elle résiste, ce qui ne sera pas le cas, Zabini tu restes sur elle et vous deux vous vous occupez de la fille Weasley et de Demelza Robins. Charmez-les et prenez-leur le souaffle ! Pansy, tu essaies de…

- Pourquoi tu donnes des ordres à tout le monde et moi je dois seulement essayer ? persifla Pansy en s'avançant, l'air furieux.

- Tu ne laisses rien passer Parkinson.

Ils approuvèrent tous et sortirent d'un pas rageur pour le capitaine, et d'un pas souple pour le reste de son équipe.

Face à eux, l'équipe de Potter s'étendait. Les deux batteurs, Sloper et Coote, encadraient les poursuiveuses, l'attrapeur et le gardien.
Les deux équipes se retournèrent simultanément en entendant qu'on les hélait.

- Eh, mais vous faites un match ?!

C'était Cormac McLaggen qui, ayant redoublé sa septième année avec une buse sur sept, venait de les interpeller.

- Hermione, souffla-t-il sensuellement en se rapprochant d'elle d'une démarche féline. Beauté, tu sais que depuis la fête de Slughorn, on n'a…

- Fiche vite le camp, Laggen, j'ai déjà la main qui me chauffe.

Blaise esquissa un sourire amusé. Cormac leva sa baguette et la pointa sur sa propre gorge, lançant un « Sonorus ! ».

Aussitôt, il se tourna vers le château, plus particulièrement vers les élèves rassemblés dans le parc.

- Un match de Quidditch amical est lancé ! Serpentard contre Gryffondor ! Venez vite ! Compte à rebours de trois minutes.

Alors que Drago se retenait d'étrangler ce petit imbécile, il y eut comme une alerte au feu.

Un raz de marée se souleva vers eux, des centaines d'élèves dévalèrent la plaine, parcourant le stade pour s'installer au plus vite, tous chuchotant, excités, sautillant sur place.

Un attroupement de filles se rassemblait autour de Drago, les yeux pétillants. Celui-ci, agacé, les rejeta d'un geste dédaigneux du bras. Elles s'en allèrent, ravies d'avoir eu de son attention. D'autres se jetaient sur Potter, Weasley…

Quelques professeurs dont Dumbledore se glissèrent dans le stade.

Vraiment, les gens n'avaient rien à faire le samedi, songea Drago. Puis il se reprit. Il devrait être heureux. Il allait mettre sa pâtée à Potter avec un score qui le ferait pleurer jusqu'à la déshydratation totale. Et en plus il en mourrait !

La quasi-totalité de l'école était là. C'était impressionnant de voir à quelle vitesse tous s'étaient réunis en entendant le mot « Quidditch ».

Madame Bibine s'approcha d'eux. Ils l'acceptèrent ; aucun coup bas ainsi.

« Mesdames et messieurs ! Voici le tout premier match de la saison ! Un match amical qui ne porte que le nom…Je vous laisse découvrir Serpentard contre Gryffondor ! » clama la voix rêveuse de Luna Lovegood.

- Putain, qu'il l'a mise là celle-là ? siffla Drago, les dents serrées.

- Sûrement qu'elle est venue de son plein grès, lâcha Crabbe en se grattant le menton.

Drago soupira. Quel abruti fini… ! Enfin, non, infini.

Madame Bibine actionna son sifflet et le souffle strident arrêta net les conversations dans les gradins. La plupart des discussions portaient sur la présence de Granger qui avait de ce fait mis Victoria Frobisher, la poursuiveuse de l'équipe de Gryffondor, sur le banc.

Les deux équipes se rapprochèrent. Drago et Potter se serrèrent la main, un sourire mauvais planté sur le visage.

- T'es un homme mort Potter. Eh Weasley, lança Drago en se tournant vers Ron. T'es notre roi !

Il grimaça à l'insulte mais ne releva pas.

A nouveau, un soufflement acéré qui leur perfora les oreilles résonna dans le stade.

Ils enfourchèrent leurs balais et s'élevèrent dans le ciel. Quelques secondes plus tard, les balles étaient lancées.

« Nous pouvons constater l'étonnante présence de Hermione Granger, fille particulièrement gentille bien que ses pensées soient contradictoires vis-à-vis des Joncheruines. On pourrait d'ailleurs penser qu'ils l'ont déjà envahie et qu'elle n'est plus réellement…Oh ! Regardez ! Un nuage en forme de Ronflaks Cornu ! »

Drago commença à jeter un regard circulaire sur le terrain. Granger était douée, elle risquait de faire gagner beaucoup de points ; et il devait à tout prix trouver le vif d'or. Loufoca aurait pu l'aidet en lui signalant quand Potter l'aurait trouvé mais, hélas, elle semblait bien trop concentrée à tenter de déchiffrer des images invisibles sur l'herbe du stade avec une paire de lunette en carton.

Le match était serré. En vingt secondes, Gryffondor marqua avec Granger pour poursuiveuse.

Blaise déglutit avec beaucoup de difficultés. Il vit du coin de l'œil, Drago passait son pouce en travers de sa gorge, lui signifiant que s'il ne se ressaisissait pas vite, il allait finir égorgé.

Bon, ça avait assez duré ! Une sang-de-bourbe jouer mieux que lui, un sang pur ? La magie était née avec lui par Salazar !

Il se précipita sur elle qui, à nouveau, avait le souaffle en mains. Elle slalomait entre les joueurs avec habilité. Crabbe lui envoya au même moment un cognard et elle sourit. Granger, d'un coup de rein, mit son balai à la verticale et le cognard passa, effleurant le manche. Elle glissa et finalement, se retrouva, accrochée par les deux mains à son manche à nouveau parallèle au sol, le souaffle entre les jambes. Zabini, volant à toute allure, s'approcha d'elle ainsi que la Weasley qui lui envoyait un regard paniqué.

Tout le stade retint sa respiration et la plupart de filles se levèrent et se mirent à crier.

Granger avait tout lâché et tombait en chute libre, le souaffle dans une main, sa baguette dans l'autre.

Elle riait.

Drago resta immobile, le souffle coupé. Potter se précipitait vers le corps de Granger qui tombait, toujours et encore.

Et elle, riait à gorge déployée, la balle rouge collée à la poitrine.

Et puis, un soupir de soulagement envahit le stade. Son balai l'avait suivie et s'était glissé entre ses jambes. Elle remonta en chandelles et parcourut les quelques mètres restant.

Blaise, Harpey et Roby se jetaient sur elle. Ils n'y arriveraient pas… Goyle avisa un cognard qui passait par là.

Granger se hissa debout sur le balai et sous la stupeur générale, passa devant Pansy sans s'approcher des buts. Alors que Blaise attrapait le manche du balai d'Hermione, celle-ci cria :

- Parkinson, tu as payé combien Malefoy pour qu'il te prenne dans l'équipe ?

Pansy savait que c'était un moyen pour la décontenancer. Et cela marcha pour un milième de seconde. Le souaffle s'échappa entre ses mains trop écartées.

Le point était marqué.

Il y eut une demande de pause et Granger redescendit à toute vitesse au sol. Elle se rua vers son équipe, alors que Potter, incapable de parler, les yeux exorbités, lui donnait de petites tapes dans le dos. Les deux Weasley la serrèrent dans leurs bras.

Personne ne remarqua Drago, allongé au sol, les bras en croix. Sauf Blaise, qui le rejoignit.

- J'y crois pas, on est foutus, répétait Drago.

- Mais non, mec.

- Ils mènent vingt à zéro, abruti et on joue depuis une minute ! s'époumona Drago en se relevant.

Il offrit à Zabini, en guise de réflexion, un coup de poing dans le bras, assez fort vu la grimace.

- Crabbe, Goyle, avez-vous effleuré Granger ?

- Mais euh…Drago, t'énerve pas…je, enfin, on ne…

- J'explique. Zabini, s'il faut, tu sautes sur son balai et tu l'embrasses à pleine bouche ! Une sang-de-bourbe ? Rien à foutre ! HAM, BUTCHER ! C'est quoi ça ? Vous allez réagir un peu ? Et Parkinson, tu vas arrêter de nous la jouer choquée ? Elle est perfide, elle veut gagner ! JE VEUX DE LA HARGNE !

« Tiens, il semblerait que le capitaine de Serpentard ait lui aussi l'esprit envahi de joncheruines … »

Ils remontèrent sur leurs balais et personne ne pipa mot. L'équipe de Gryffondor fit de même, un sourire pendu aux lèvres. Le coup de sifflet retentit et les balles furent à nouveau lâchées.

Drago arpentait le terrain de bas en haut, de gauche à droite, mais aucune trace possible du vif d'or. Il grinça des dents ; Granger venait encore de marquer. Il passa ses mains dans ses cheveux et implora le ciel.

Granger avait à nouveau la balle. Ham lui fit face et, alors qu'elle aurait dû freiner, elle fonça sur lui encore plus vite. Drago comprit alors à quel jeu elle jouait et il sut qu'elle perdrait. Mais pas aujourd'hui. Au match de Gryffondor contre Serpentard pour savourer sa vraie victoire. Aujourd'hui, il la laisserait croire qu'il ne comprenait pas.

Granger plongeait dans le vide elle remonta au dernier moment, se propulsant en posant son pied sur l'épaule de Roby qui l'encadrait. Il se retourna, lui saisit la cheville et tira brusquement. Elle vacilla à gauche et Blaise, se rua et s'empara du souaffle.

Volant aussi vite que possible, il s'approcha des points adverses, Crabbe et Goyle le couvrant. La fille Weasley fut assommée par un cognard et Drago sourit de satisfaction. C'était comme ça qu'il aimait le Quidditch. Quand il gagnait.

Mais Robins suivait Blaise de près. Alors, Crabbe leva la batte au-dessus de sa tête, et percuta le cognard.

Demelza, frappée en pleine poitrine, fut sonnée pour quelques secondes.

Jack Sloper, batteur de Gryffondor, en envoya aussitôt un sur Blaise. Ce dernier comprit qu'il allait être touché. Il ne pouvait pas l'éviter comme Granger l'avait fait. Il envoya alors le souaffle à Butcher qui assurait ses arrières.

Quelques secondes plus tard, Zabini avait le poignet cassé, en se protégeant le visage.

Butcher était à cinq mètres des anneaux de Gryffondor. Il siffla alors :

« Weasley est un grand maladroit
Il rate son coup à chaque fois
Voilà pourquoi
Les Serpentard chantent avec joie:
Weasley est notre roi… »

Les oreilles du gardien virèrent au rouge et, se plaquant contre son manche, Butcher guida son balai à droite. Il visa à gauche. Point !

Drago applaudit à deux mains, un sourire victorieux sur les lèvres. Il envoya un geste vulgaire de la main à Potter, dont les narines frétillaient, qui répondit de même.

Et le match reprit. Une heure. Deux heures. Trois heures…

Cinq heures qu'ils volaient. Plus personne n'en pouvait mais hors de question de déclarer forfait. Aucun d'entre eux ne sentait plus son postérieur, ni ses parties génitales. Leurs jambes semblaient vidées de sang et se balançaient mollement. Leurs yeux les piquaient atrocement à cause du vent.

La moitié des élèves étaient partis depuis longtemps ainsi que bon nombre de professeurs.

Gryffondor menait trois cent quatre vingt face à trois cent vingt. Soixante points d'écart…

Et enfin, le vif d'or réapparut pour la treizième fois. Drago se jeta sur la boule dorée. Elle lui glissa entre les doigts alors qu'il était à moitié dans le vide. Les doigts de Potter se refermèrent sur la petite balle alors qu'un souffle de soulagement envahissait le stade.

Enfin c'était fini ! Le prochain vrai match officiel qui les opposerait serait ardent ! La plupart des élèves parlaient de prendre des sacs de pique-nique, d'autres des sacs de couchage tout court.

« Tiens, il semblerait que Gryffondor ait marqué…Ah non, ils ont gagné… ! Cinq cent quatre-vingt dix points contre trois cent vingt en faveur de Gryffondor. »

Lovegood semblait avoir soudain retrouvé un peu de lucidité, qui s'évapora toutefois bien vite.

Drago serra les mâchoires et redescendit en piquet vers le sol. Son équipe était pantoise et silencieuse. Ils n'esquissèrent pas un geste à son encontre et pas un mot ne fut prononcé alors qu'ils se rhabillaient.

Ils le rejoignirent dans le bureau du capitaine.

Il se tenait debout, les sourcils froncés, les bras croisés, le regard fixé sur le sol, pensif. Il releva sa tête lorsque toute l'équipe fut assise, face à lui.

Bon, il n'avait plus que deux jours de retenues. Donc, mardi matin, il serait libre. Depuis le temps qu'il attendait ça… ! Il ferait ses rondes les autres soirs.

- Nous nous retrouverons le lundi et le mercredi ici, à dix-neuf heures. Entrainement intensif. Il se terminera aux alentours de minuit. Je ne suis pas du tout satisfait.

Tous tressaillirent. Quand un Malefoy n'était pas content, ce n'était pas, mais alors pas du tout bon pour ceux qui se trouvaient dans les parages. Or, ils étaient à côtés de lui mais en plus ils étaient la cible et la cause de ce mécontentement.

- Le samedi après-midi, et non le soir, de treize heures à dix-neuf heures également, Et, à l'issu de cet entrainement, je vous préviendrai en fonction de vos performances si nous en aurons un le dimanche.

Ils déglutirent difficilement. Seize heures de Quidditch par semaine. Et intensif pour Drago Malefoy, ce n'était pas voler avec une balle en main. C'était, et, des cinquante pompes, et trente abdos, courir tout le terrain quatre fois, revenir, s'étirer, trente pompes, soixante abdos,…Pendant trois heures. Puis treize heures à voler, à se faire poursuivre par un blond en pétard. Seize heures. Minimum. Peut-être qu'il en rajouterait encore six heures le dimanche. Sans compter les matchs amicaux ou officiels…

Drago laissa ses pensées divaguer à nouveau alors que ses joueurs partaient.

Granger s'était bel et bien entrainée. Et elle jouait fichtrement bien, la saleté !