Univers et personnages de J.K. Rowling.
Pour la recension des personnages inventés par votre serviteur, veuillez consulter le chapitre précédent : une liste à la fin devrait vous permettre d'y voir plus clair...
Pour un résumé de l'histoire, voici : Albus Dumbledore et son frère jumeau, orphelins, savaient depuis longtemps que leur mère était sorcière. A Poudlard, ils découvrent leurs cousins Weasley, très sympathiques, et leur cousin Black, très désagréable. Aidé par une partie de l'équipe enseignante, Albus montre des talents extraordinaires, au grand dam du directeur, son oncle Phineas Black. Il trouve la jolie Altaïr Black bien charmante, triomphe au Quidditch et se lie d'amitié avec Ronald Weasley et Edouard Prince. Un grand mystère plane autour du petit sorcier : un phénix s'est attaché à lui et le professeur Flamel pense qu'il est l'Héritier mentionné dans une ancienne légende. Albus aimerait bien en savoir davantage ! Mais il est temps de rentrer fêter Noël chez sa grand-mère moldue, domestique de la famille Rogue dans le village de Snape...
Les Chaussettes de Dumbledore
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Chapitre 9 : Douce Nuit
Enfin, les vacances de Noël arrivèrent. Le voyage jusqu'à Londres se passa sans incident notable ; toutefois, pour une raison mystérieuse, la vitre de la fenêtre du compartiment occupé par Sirius Black et Aristagoras Malefoy avait disparu au moment où Albus était passé devant leur porte...
Le préfet en chef la reconstitua en râlant contre ces élèves de première année indisciplinés qui refusaient d'obéir à la loi et lançaient des sortilèges à tort et à travers, sans écouter les proclamations d'innocence des deux Serpentard.
Albus et Abel saluèrent leurs amis à la gare et gagnèrent le Chaudron Baveur pour y passer la nuit. Les Weasley étaient restés dîner avec les jumeaux puis étaient retournés chez eux par Poudre de Cheminette. Édouard avait quitté la gare avec un monsieur qu'il avait présenté comme son précepteur. Albus s'était senti un peu gêné : cela lui faisait toujours bizarre de se dire qu'il était ami avec des gens encore plus riches que les patrons de Granny...
Après un second voyage, beaucoup moins amusant, car c'était un train moldu, ils arrivèrent enfin à la gare la plus proche de Snape.
Une belle surprise les y attendait : Granny était sur le quai !
Lâchant leur bagage (ils avaient pris une seule malle pour eux deux, les vacances étant courtes), les garçons coururent à la rencontre de leur grand-mère.
— Granny ! Granny !
— Mes chers petits, mes chers petits !
Durant quelques minutes, ce fut donc la confusion la plus totale. Albus ne s'était pas rendu compte du point auquel Granny lui avait manqué : Poudlard était un monde complètement différent de celui de son enfance, il était normal de ne pas y croiser les mêmes personnes. Mais en la voyant, son cœur s'était mis battre très fort, il était si heureux !
Serré dans les bras de sa grand-mère, il respira avec bonheur l'odeur de linge propre et de lessive qui caractérisait la vieille dame. Peu de gens auraient trouvé un tel parfum agréable, mais pour Albus et son frère, c'était la plus merveilleuse senteur du monde.
Ils montèrent dans la voiture du Révérend Granger en bavardant gaiement. Le pasteur avait gentiment accepté de conduire Granny à la gare chercher ses petits-fils, et Albus se doutait que c'était à la fois par bonté d'âme et pour entendre un peu plus parler de la mystérieuse école des jeunes Dumbledore. Il avait appris à lire aux jumeaux et s'intéressait naturellement à leurs études. Albus se souvenait qu'un jour, bien avant l'arrivée des lettres de Poudlard, il avait proposé à Granny de trouver le financement nécessaire pour qu'au moins un des deux garçons puisse aller dans un collège quelconque.
Réussir à parler de Poudlard en taisant tout ce qui relevait de la magie était un petit exploit, mais Albus et Abel y arrivèrent assez aisément. C'était moins difficile que de réussir à faire croire au professeur Black qu'on était innocent, après tout…
Le pasteur les déposa à la porte du manoir des Rogue. Les enfants descendirent aussitôt et se saisirent de leur malle, tandis que Granny les suivait en souriant doucement.
Ce soir-là, tout en se gavant de caramels (Granny avait exceptionnellement décidé de ne pas imposer de limitation), les enfants écoutèrent une nouvelle fois leurs contes préférés. Somme toute, ce fut une soirée comme ils en avaient eu des centaines, mais elle prit un parfum particulier après tant de mois de séparation. Albus ne le savait pas encore, mais toute sa vie, il devait se souvenir de cette soirée comme un des moments les plus heureux de son existence.
Durant plusieurs jours, les bavardages du jeune sorcier résonnèrent comme un bourdonnement perpétuel dans toute la propriété des Rogue.
Albus était persuadé qu'il fallait raconter absolument tout à Granny, malgré les nombreuses lettres très détaillées qu'il lui avait envoyées au long du trimestre.
La vieille dame le laissait faire, heureuse d'entendre la petite voix joyeuse qui lui avait beaucoup manqué. Abelforth ajoutait à intervalles réguliers un commentaire de son cru, provoquant souvent la perplexité de son frère. On pouvait alors profiter d'un silence de quelques secondes, avant la reprise de la petite musique d'Albus.
— Et à ce moment-là, toute l'équipe m'a ramené en me portant en triomphe, tu sais. J'étais drôlement fier ! Mais bon, j'ai eu de la chance, tu vois, Granny, parce que Sirius Black était tellement sûr de gagner qu'il n'a pas vraiment joué... Et puis, maintenant, ils m'appellent « Dumby-le-Phénix », c'est plutôt flatteur, je trouve, non ?
— Tu étais surtout content qu'Altaïr Black te fasse un sourire après la victoire, Albus, fit remarquer Abel.
Le gamin devint tout rouge, tandis que Granny l'observait avec amusement. Son petit Albus ? Déjà intéressé par la gent féminine ?
— Je t'ai expliqué à quoi ressemblent nos robes de Quidditch, au fait ? essaya de reprendre Albus.
— Oui, mon gars, répondit Granny. Cause-moi donc de la fameuse Altaïr, veux-tu ?
— Oh, euh...ben... enfin, c'est-à-dire... il n'y a pas vraiment grand-chose à dire, en fait...
— Vas-y donc quand même, petiot !
Albus, les joues toutes roses, se détourna. Il regarda un moment par la fenêtre, pensif. Ce n'était pas facile à expliquer...
— Elle... elle est gentille, finit-il par murmurer. Et puis, elle est triste.
— Triste ? demanda Granny, qui n'avait pas eu beaucoup de renseignements sur Altaïr Black.
— Ses parents sont morts, enfin, au moins son père, expliqua Albus (il ignorait qui était la mère de son amie et ce qui lui était arrivé). Elle vit avec le professeur Black et sa famille, tu vois. Il y aurait de quoi rendre triste n'importe qui !
— Ah oui... dit doucement Granny. Et elle est jolie ?
— Rudement jolie ! s'exclama aussitôt Albus dont les joues prirent aussitôt un teint cramoisi.
Granny éclata de rire.
— Eh ben, mon gars, toi, au moins, t'as pas perdu d'temps ! dit-elle finalement.
Albus s'était renfrogné, légèrement vexé. Il ne voyait rien de comique dans ses rapports avec Altaïr et ne comprenait pas ce que sa grand-mère pouvait trouver amusant dans ce qu'il venait de lui dire.
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Comme chaque année, Noël ne fut pas très reposant : Granny devait aider au service chez les Rogue, et les petits participaient aussi. Jeremiah se montra odieux durant toute la soirée. Les cousins Dursley étaient de nouveau présents et en apprenant que les enfants de la domestique allaient au collège (l'été précédent, ce sujet n'avait pas été mentionné), leur surprise fut immense. Ils exigèrent de voir les jumeaux.
— Ainsi, vous avez trouvé les moyens d'envoyer ces garnements dans une pension ? interrogea Mrs Dursley.
— Ils bénéficient d'une bourse spéciale, Madame, répondit Granny.
Ce n'était pas tout à fait exact, mais il n'aurait guère été judicieux de faire part à ces Moldus pompeux de la vérité. Savoir que la bru de leur lingère venait d'une famille bien plus riche qu'ils ne pouvaient l'imaginer n'aurait guère amélioré les relations entre Granny et ses employeurs.
— Et qu'est-ce qu'on leur enseigne, dans cette école ? demanda Mr Rogue d'une voix méprisante. J'imagine que l'éducation qu'on peut leur offrir n'a rien à voir avec l'excellence de celle du collège de nos garçons !
Jeremiah et Dayton eurent un sourire plein de morgue. Eh bien, elle est belle, la future élite de l'Empire britannique ! songea Albus. Et quand on voit Sirius Black chez les sorciers, on se dit que le monde magique ne risque pas de rattraper l'autre… Je devrais peut-être devenir ministre de la Magie et promulguer une loi contre les imbéciles.
— Sûr, Monsieur, acquiesça Granny. C'est pas la même chose.
— Réponds donc, gamin ! ordonna Mr Rogue à Albus. Qu'apprends-tu dans ta pension ?
Albus prit son air le plus innocent.
— Ce sont surtout des connaissances pratiques qui peuvent nous servir dans la vie de tous les jours, quel que soit le métier auquel on se destine. L'histoire tient aussi une place importante et quelques bribes de latin.
— Et l'équitation ? intervint Mr Dursley. Le maniement de l'épée ? On ne vous y entraîne pas, j'espère ?
— Oh non, Monsieur ! s'exclama Albus avec une parfaite sincérité.
L'interrogatoire se poursuivit encore quelque temps. Finalement, les Rogue et les Dursley se persuadèrent que les petits Dumbledore fréquentaient une sorte d'école de formation de domestiques de haut niveau et passèrent à un sujet plus intéressant : la fille d'un des notables de la région s'était enfuie avec un officier du régiment qui venait de prendre ses quartiers en ville et on s'attendait à les voir revenir d'Écosse d'un jour à l'autre.
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Quelques jours après Noël, les trois membres de la famille Dumbledore reprirent le train. Ils allaient à Londres, chez Édouard. Albus était très excité, Abel avait l'air parfaitement indifférent et Granny semblait inquiète. C'était la première fois de sa vie qu'elle allait chez des gens aussi haut placés dans la société que les Prince comme invitée, et elle se demandait comment elle allait s'en sortir : elle craignait de faire honte à ses petits-fils. Ce fut Abel qui trouva comment la rassurer :
— Mais Granny, qu'est-ce que ça peut faire ? S'il y a des trucs que tu n'arrives pas à faire parce que c'est encore plus compliqué que chez les Rogue, tu n'as qu'à dire que c'est parce que tu es moldue ! Tu auras l'air exotique, c'est tout... Et en plus, tu vas pouvoir en profiter pour t'amuser comme tu en as envie.
— C'est vrai ! renchérit Albus. Tu peux faire ce que tu veux, même les trucs les plus grossiers comme mettre les doigts dans les plats et tout, et après hop, tu mets tout sur le compte des Moldus !
— Vous êtes insupportables ! s'exclama la vieille dame en riant. Pas question que j'me comporte aussi mal ! Enfin, somme toute, vous n'avez pas t'à fait tort, j'crois que j'vais enfin pouvoir m'amuser un peu...
Granny avait mené une vie difficile, elle avait toujours rempli scrupuleusement ses devoirs. Mais la gamine vive et joyeuse qu'elle avait été n'avait pas complètement disparu et elle avait envie de profiter des premières vacances de son existence, sans rien à faire, sans être parmi les gens qu'elle voyait tous les jours à Snape. Elle songea qu'elle pouvait bien laisser un peu s'exprimer la nature espiègle qui était la sienne (et dont Albus avait hérité).
À la gare, Édouard les attendait, en compagnie du cocher de la voiture de ses parents. L'homme était Cracmol, mais il était aussi assez costaud et il chargea sans difficultés les bagages peu importants des Dumbledore. Tout le monde s'installa confortablement et Édouard, en jeune hôte bien élevé, entreprit de faire la conversation avec la vieille dame.
— Nous sommes très honorés que vous ayez pu venir, Madame, commença-t-il. Mère avait l'intention de vous accueillir elle-même sur le quai mais nos elfes nous ont causé un souci de dernière minute, elle vous prie de bien vouloir l'excuser.
— M'appelez pas « Madame », Monsieur, répondit Granny. C'est vraiment trop !
— Mais Madame, insista Édouard. Vous êtes la grand-mère de mes amis, il est normal que je montre du respect. Vous, en revanche, vous n'avez pas à m'appeler « Monsieur ». Maman ne me pardonnerait pas de vous laisser faire cela !
— Allez, Granny ! le soutint Albus. Laisse-toi traiter en véritable lady, pour changer ! Tu vas voir, tu vas vivre mieux que ce que ces idiots de Rogue ont jamais pu rêver !
— Tu verras, Granny, déclara alors Abelforth. Il est important que nous nous fassions de bons souvenirs pendant ces vacances.
Albus et Édouard renchérirent sur ce thème, sans se rendre compte que la vieille dame et le petit Serdaigle échangeaient un regard particulier. Profond et un peu triste, comme si tous deux avaient eu conscience d'en savoir davantage que les autres.
Granny finit par accepter son nouveau statut provisoire : même elle n'avait pas les moyens de résister aux forces conjuguées de jeunes sorciers si obstinés !
Ils arrivèrent à destination. À peine furent-ils descendus du véhicule, qu'une magnifique jeune dame s'avança vers eux.
— Bonjour, Signora Dumbledore ! Bonjour, bambini !
Mrs Prince, née Leonora Galigai, était italienne et avait décidé une fois pour toutes qu'elle ne s'en cacherait pas. Elle avait même fortement tendance à exagérer ses origines par un fort accent et l'insertion fréquente au cours de ses propos de quelques mots de sa langue d'origine. Son charme, subtil mélange de jeunesse, de beauté et d'exotisme, dissimulait un esprit vif et indépendant, ainsi qu'un manque de scrupules parfois étonnant.
D'après une ou deux confidences d'Édouard, Albus avait deviné qu'une partie de la fortune des Galigai était issue d'une pratique séculaire de l'assassinat par dague ou poison (et dague empoisonnée). Il savait que Mrs Prince préparait toujours des potions diverses chez elle : Édouard était très doué dans cette matière grâce aux cours qu'il avait reçus de sa mère. Mais Mrs Prince était d'un abord si délicieux que le jeune sorcier fut immédiatement conquis.
La maison des Prince parut fort grande à Albus : en dehors de Poudlard, c'était la première fois qu'il voyait une demeure avec tant d'étages. Abel et lui partageaient une chambre dont une des portes communiquait directement avec celle de leur grand-mère. Ainsi, ils avaient un espace bien à eux au sein de cet environnement étranger et Albus en fut content : c'était rassurant pour toute la famille de ne pas être séparée.
Le début de leur séjour fut un peu déconcertant, surtout pour Granny, qui n'avait pas l'habitude d'être servie. Mais après avoir vu les elfes de maison au travail, elle convint qu'il lui était impossible de les aider.
Heureusement, Mrs Prince, ravie de pouvoir étudier à sa guise un véritable spécimen de Moldu anglais, se montrait particulièrement attentive et gentille envers la vieille dame. Elle avait l'art de mettre Granny à l'aise et bientôt, Albus et Abel n'hésitèrent plus à laisser les adultes ensemble afin de s'amuser avec Édouard.
Explorer la maison, admirer les artefacts magiques, parcourir les livres de la bibliothèque, cela en faisait, des choses à faire ! Édouard ne connaissait pas l'histoire de chacun des objets admirables qu'il montrait à ses amis : venus d'Italie, de France, d'Allemagne et même de Russie et de Chine, certains étaient franchement dangereux. Mais il était plutôt fier de les faire admirer aux jumeaux. Albus était enchanté de découvrir tant de merveilles : il se promit de commencer au plus tôt une collection de curiosités magiques. Même si certains objets ne servaient à rien, ils étaient toujours fascinants.
Albus ne vit presque pas Mr Prince. Très discret, le maître des lieux passait ses journées dans son bureau, à régler ses affaires. Quand il apparaissait, il était très rare de l'entendre parler. Il écoutait plutôt les discours de son épouse, toujours prête à raconter mille anecdotes piquantes de la vie magique en Italie. Albus comprit que son ami Édouard avait hérité du calme inébranlable de son père.
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Le 31 décembre, la famille Weasley vint les rejoindre. La journée fut épouvantable, du moins, d'après les réflexions des elfes de maison. Jamais la vieille demeure des Prince n'avait connu tant de désordre et d'agitation, tant de cris et de rires, tant de refrains chantés très forts et très faux (ça, c'était la spécialité d'Albus).
Albus n'eut pas le temps de jeter un seul coup d'œil aux merveilleux grimoires qui avaient enchanté l'enfance d'Édouard. Les chevaliers n'avaient pas été réunis depuis une éternité, et ils avaient bien autre chose à faire que lire…
Le soir venu, tout le monde s'embarqua dans les voitures à cheval des Prince et des Weasley pour aller au concert du Nouvel An. Le Grand Théâtre du Chemin de Traverse faisait piètre effet à côté des belles salles modernes que construisaient partout les Moldus. D'ailleurs, la mode musicale chez les sorciers aurait fait rire n'importe quel Moldu cultivé, tant elle était rustique et archaïque. Mais personne dans le groupe joyeux et bavard ne pouvait s'en rendre compte, puisqu'il n'y avait là aucun habitué des opéras ou des orchestres philharmoniques.
— Le Grand Théâtre date de 1637, expliqua Mr Prince, qui appréciait l'attention qu'Albus portait à toutes les informations historiques qu'il pouvait recueillir. C'est l'œuvre de notre premier dramaturge sorcier, Puck Prewett. Il était déprimé depuis la mort de son ami William et sa femme a eu l'idée de lui faire écrire des pièces réservées à un public de sorciers. Et comme tous les théâtres moldus ont fermé en 1642, celui du Chemin de Traverse n'a pas eu de mal à attirer les foules !
Albus était tout excité (ce qui, à vrai dire, ne changeait pas grand-chose à son comportement). Il ne pensait pas qu'un chanteur, même le meilleur qui fût au monde, pouvait égaler le charme inouï de la voix d'Altaïr Black, mais il espérait vivre une soirée mémorable et découvrir de merveilleuses musiques. De plus, le concert devait s'achever par un bal et Albus en était ravi, car il adorait danser. Il craignait bien un peu que son interprétation plutôt libre des danses folkloriques traditionnelles ne cadre pas exactement avec le type de soirée auquel il se rendait, mais il n'était pas du genre à se laisser arrêter pour si peu !
Les tenues que portaient les Dumbledore leur venaient de la gentillesse de Mrs Prince. Celle-ci avait insisté pour que les jumeaux revêtent de vieilles robes de soirée d'Édouard, que Mrs Fudge, gouvernante et lingère des Prince, s'était empressée d'arranger à la dernière mode de Londres. Mrs Prince avait aussi passé une de ses toilettes à Granny, très embarrassée de tant d'honneurs. Bref, jamais l'humble famille de la vieille dame n'avait été aussi chic.
— C'est Mrs Rogue qui serait bien étonnée si elle nous voyait, hein ? avait glissé Albus à sa grand-mère.
— T'en fais pas, Albus, elle nous trouv'rait pour sûr trop excentriques et dirait qu'nous sommes ben incapables d'lui arriver à la ch'ville !
— Excentriques ? s'étonna le petit garçon. Je nous trouve très élégants, moi !
Les couleurs chatoyantes et leurs mariages plus ou moins heureux plaisaient beaucoup au jeune sorcier. Peu lui importait que l'habitude fût désormais passée à l'habit noir pour les messieurs ! Il appréciait infiniment l'arriération vestimentaire du monde magique car elle lui permettait d'arborer des étoffes étincelantes qui reflétaient parfaitement sa joie de vivre.
Ils s'installèrent dans une loge privée du théâtre. Celui-ci était construit sur le modèle du théâtre moldu du Globe, tout en rond et tout en bois. De sa place, Albus avait une excellente vue sur la loge occupée par la famille Black. À sa grande surprise, il ne put apercevoir ni Altaïr ni Sirius. Pourtant, la présence des autres enfants du directeur et de son épouse tendait à indiquer qu'eux aussi étaient venus au complet ; et si Albus pouvait imaginer qu'Altaïr, punie, avait été privée de concert, il était impossible de supposer que Sirius avait pu subir un tel sort.
En posant les yeux sur la galerie où se tenait l'orchestre, le petit garçon fut fasciné. Les musiciens étaient en train d'accorder leurs instruments et les sons qui montaient jusqu'au public n'avaient rien de très harmonieux. Mais ce désordre paraissait avoir un sens pour les instrumentistes, qui échangeaient des froncements de sourcils ou des hochements de tête satisfaits. Albus n'y comprenait rien et se sentait très impressionné.
Enfin, le silence se fit, les lumières furent baissées, et les chanteurs parurent sur la scène.
Et soudain, Albus Dumbledore fut sûr d'être mort. Car comment expliquer autrement le sentiment qu'il avait de se trouver au Paradis ? Les instruments de musique, si disharmonieux un moment plus tôt, émettaient désormais des sons d'une pureté inégalable et d'une beauté à couper le souffle. Les voix des chanteurs se mêlaient avec bonheur à la musique et l'ensemble dépassait de loin tout ce qu'Albus connaissait. Il n'était pas possible que tant de magie existât sur terre. Oui, certainement, il était mort. Mais très franchement, il s'en contrefichait : du moment que cette musique divine continuerait à lui parvenir aux oreilles, l'endroit où il se trouvait lui était bien égal.
Le chœur se tut et seuls les instruments retentirent. Albus était toujours aux anges. Soudain, une petite chanteuse s'avança sur la scène, l'air un peu timide. Elle promena son regard sur le public un instant, puis ouvrit la bouche.
— Ah, vous dirai-je, Maman,
Ce qui cause mon tourment ?
Depuis que j'ai vu Sylvandre
Me regarder d'un air tendre,
Mon cœur dit à chaque instant :
« Peut-on vivre sans amant ? »
Albus se rendit alors compte qu'il n'avait pas été au Paradis dès le début du concert. C'était maintenant, en écoutant la voix cristalline de la cantatrice, qu'il l'avait atteint. Mais lorsque les yeux de la jeune sorcière croisèrent les siens, son émotion crût encore : il venait de reconnaître Altaïr Black !
Quant à la petite, ayant aperçu la figure amicale d'Albus, et son expression d'intense ravissement, elle y trouva une source de réconfort. Pour lui, qui était son ami et qui semblait tant aimer la musique, elle chanta mieux qu'elle ne l'avait jamais fait. À vrai dire, pour Albus, qui avait déjà atteint une extase presque parfaite, la différence ne fut guère perceptible. Pour les Black non plus, eux qui n'avait aucun goût particulier pour la musique mais qui considéraient que c'était une obligation pour une jeune fille accomplie comme devait l'être toute demoiselle Black. Maggie Dumbledore devina tout de suite l'identité de la chanteuse en jetant un coup d'œil à Albus et trouva que son petit-fils avait très bon goût, même si la délicate enfant lui parut un peu trop pâlichonne et maigrelette.
— L'autre jour dans un bosquet,
De fleurs, il fit un bouquet :
Il en para ma houlette,
Me disant : « Belle brunette,
Flore est moins belle que toi,
L'Amour, moins tendre que moi. »
Bilius Weasley ne manqua pas de remarquer l'échange de regards entre son neveu et la jeune Altaïr, et soupira, en pensant à tous les problèmes que ces deux malheureux allaient s'attirer. Et puis, malgré tout, Altaïr était une Black, et on ne pouvait pas se fier aux Black. Il craignait de fortes déconvenues pour son joyeux neveu.
— Je rougis et par malheur,
Un soupir trahit mon cœur.
Le cruel avec adresse
Profita de ma faiblesse :
Hélas, Maman, un faux pas
Me fit tomber dans ses bras.
Abelforth songeait gravement qu'Albus n'aurait pas la partie facile car personne à Poudlard ne verrait d'un bon œil son amitié avec la nièce du directeur. Édouard admirait grandement Altaïr : il n'avait pas la moindre idée de son talent et il se demandait où elle trouvait le temps de répéter à l'école. Quel dommage qu'elle fût une Black et une Serpentard !
Mrs Prince, le regard calculateur, se demandait si cette charmante enfant serait un bon parti pour son fils.
— Je n'avais pour tout soutien
Que ma houlette et mon chien.
Amour, voulant ma défaite,
Écarta chien et houlette.
Ah, qu'on goûte de douceur,
Quand l'Amour prend soin d'un cœur !
Ron Weasley bâilla. Au diable la musique ! Il préférait de loin un bon match de Quidditch…
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Les différentes parties du concert se succédèrent. Albus apprécia chacune d'elles mais, en toute objectivité, il ne put s'empêcher de considérer que les solos d'Altaïr étaient bien meilleurs que le reste. Elle en avait chanté trois, et d'après la façon dont elle le regardait, il avait l'impression que c'était particulièrement pour lui qu'elle chantait. Il était si heureux qu'il n'arrivait même plus à trouver les mots pour exprimer son bonheur, et des larmes brillaient dans ses yeux.
Le morceau le moins réussi, toujours en toute objectivité, bien sûr, fut le dernier. Il s'agissait d'un solo instrumental, joué par un fort mauvais musicien. Et non, ce n'était pas parce que ledit musicien avait pour nom Sirius Black qu'Albus pensait cela. Aucun rapport ! Il n'avait simplement aucune raison d'apprécier les grincements désagréables du violon de son cousin et ennemi juré.
— C'est fini ? demanda Ron en bâillant lorsque ses voisins commencèrent à se lever.
— C'est fini, espèce de marmotte ! confirma Édouard en riant. Allez, debout, maintenant, on va danser !
Albus leur jeta un regard étonné et attristé : comment son ami avait-il pu dormir au lieu de profiter d'un moment aussi divin ? C'était incompréhensible. Mais dans la cohue qui suivit la fin du concert, il n'eut guère l'occasion de le lui faire remarquer.
Peu à peu, le public envahit le parterre, tandis que les musiciens se resserraient sur la scène. Bientôt, tout le monde commença à danser. Les quadrilles endiablés se succédaient rapidement et Albus ne tarda pas à se rendre compte que les bals sorciers étaient assez différents de ce qu'il connaissait. D'abord, les sorciers n'avaient pas encore intégré les danses en couple, comme la valse si à la mode parmi les Moldus. Même le petit peuple de Snape savait désormais suivre les trois temps ! Le répertoire des sorciers ne semblait pas avoir beaucoup évolué depuis l'époque de Charles Ier, en fait. Albus n'ignorait pas qu'avec la guerre civile et l'établissement du régime de Cromwell, les sorciers avaient vraiment commencé à s'éloigner des Moldus, jusqu'à élaborer le Code international du Secret magique, en 1692. Depuis, les innovations moldues pouvaient mettre longtemps avant d'être connues, et apparemment, en matière de danse, le monde magique ne se souciait guère d'être à la page.
Cependant, l'usage de la magie rendait certains pas particulièrement acrobatiques et certaines figures très étonnantes. Et le léger désordre qu'affectionnaient les sorciers rendait l'ensemble un peu anarchique et très amusant.
L'avantage considérable, c'était qu'Albus pouvait mine de rien se glisser dans les groupes qui se livraient aux danses les moins sophistiquées, et se rapprocher ainsi d'Altaïr. Celle-ci, assise sagement sur une chaise aux côtés de son oncle, écoutait les compliments que nombre de sorciers venaient lui faire, ainsi qu'à Sirius. À vrai dire, la plupart d'entre eux se souciaient de la musique et du chant comme de leur premier Lumos, mais ils désiraient cultiver de bons rapports avec le directeur de Poudlard. Sirius était ravi de se voir aussi chaleureusement félicité, alors que sa cousine cherchait surtout à observer discrètement les danseurs. De temps à autre, elle parvenait à échanger un regard avec Albus. Voir son ami si heureux, si éclatant d'un bonheur sans mélange, c'était pour la petite fille une grande source de réconfort. Les Black plaçaient la retenue et le flegme au-dessus de tout et jamais Altaïr n'avait eu le droit d'exprimer librement ses sentiments. Jusqu'ici, le chant avait été son seul exutoire. Dans l'univers morne où on la faisait vivre, la joyeuse franchise d'Albus était merveilleusement rafraîchissante.
— Qu'est-ce qu'on s'amuse ! cria Ron à l'oreille de son cousin.
— Oui ! C'est le meilleur bal que j'aie jamais vu ! répondit Albus, le regard toujours fixé sur Altaïr.
Mrs Prince s'empressa elle aussi d'aller saluer le directeur et sa famille. Elle méprisait cordialement Euryale, pimbêche sans grâce et sans subtilité à son goût, et trouvait les prétentions de ce parvenu de Phinéas ridicules. Sa famille à elle, les Galigaï, remontait plusieurs siècles plus tôt que les Black. La soi-disant noblesse des sorciers britanniques de sang pur la faisait donc rire. Et puis, en Italie, les mages ne craignaient pas les Moldus. Ils savaient comment se mêler à eux sans se faire repérer, comment exploiter les rivalités qui avaient longtemps divisé les États et les cités de la péninsule. L'incapacité à établir des relations normales avec les Moldus que manifestaient ces Anglais bornés lui paraissait absurde.
Mais, en bonne mère, elle espérait que son fils ferait un mariage avantageux, et les Black, comme les Prince, occupaient une position proéminente dans la société magique du Royaume-Uni. Elle savait que malgré leurs divergences d'opinion, ils pourraient se montrer favorables à une alliance entre les deux familles. Mrs Prince ne doutait pas que leur sens des affaires finirait par l'emporter. Que valent les positions idéologiques face aux questions de prestige et de fortune ?
La petite Altaïr conviendrait certainement mieux qu'une des filles de Phinéas, cependant. Elle paraissait plus douce et plus ouverte que les enfants du directeur, élevés dans l'arrogance et la certitude de leur supériorité.
— Votre famille tout entière montre un talent remarquable pour la musique, mon cher Phinéas, commença-t-elle.
— Sirius a toujours été doué en tout ce qu'il faisait, se contenta de répondre le directeur. C'est un Black en tout point digne de ses aïeux.
— Sans doute, dit poliment Mrs Prince. Votre nièce fait elle aussi honneur à sa famille et à son éducation.
— Peuh ! intervint Mrs Black. Le professeur Lovegood a eu beaucoup de peine pour réussir à en tirer quelque chose. Quand mes chères petites seront en âge de paraître sur scène, nous aurons un spectacle de bien meilleure qualité.
Mrs Prince pinça les lèvres en jetant un regard dubitatif sur les filles de Phinéas. L'aînée promettait de devenir le portrait craché de sa mère. La plus jeune arborait un air absent qui pouvait faire douter de ses capacités mentales. Non, décidément, la jeune Altaïr l'emportait de loin sur ses cousines !
Elle ne tarda pas à aller retrouver Bilius Weasley et Mrs Dumbledore, restés à l'écart. Bilius évitait de parler à sa sœur quand il le pouvait et la vieille dame moldue avait compris que le directeur de Poudlard ne portait pas les jumeaux dans son cœur. Maggie craignait de commettre un impair si jamais elle lui adressait la parole et elle se disait que ses petits-fils avaient déjà suffisamment de problèmes avec ce professeur Black. Elle avait observé de loin la petite Altaïr, s'étonnant qu'Albus fût conquis par une jeune fille si calme et si réservée. Maggie aurait cru qu'il s'attacherait spontanément plutôt à de jolies sorcières vives et rieuses, comme lui.
Lorsque les Prince et leurs invités regagnèrent leurs voitures pour rentrer à la maison, la nuit était bien avancée. Les enfants tombaient de sommeil, et même Albus était à moitié endormi, ce qui ne l'empêchait pas de continuer à fredonner. Heureusement pour lui, il chantait si faux que personne ne reconnut la première chanson qu'avait entonnée Altaïr…
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Le lendemain de cette fête mémorable, Albus s'isola dans la bibliothèque, un gros volume sur les genoux. Il s'agissait des contes sur les fondateurs dont Édouard lui avait parlé. Le jeune sorcier tourna rapidement les pages, à la recherche de la fameuse « légende des Héritiers » et de l'histoire de Mordred le Maudit. Ayant enfin découvert le début de ce récit qui promettait d'être fascinant et très instructif, il se pencha sur le grimoire, avide d'apprendre ce qui préoccupait tant le professeur Flamel et Madame Potter.
Non, vous ne rêvez pas, il s'agissait bien d'un nouveau chapitre des Chaussettes de Dumbledore ! Je ne pense pas qu'il soit judicieux de rappeler le temps qui s'est écoulé depuis le dernier chapitre : j'aurais trop honte de ma lenteur... Disons simplement que nous ne savions en ce temps-là presque rien sur la jeunesse d'Albus...
Cette fic est donc désormais incompatible avec le récit de Rowling. Néanmoins, elle suivra son cours ; il faut dire que la fin en est prévue depuis quasiment le premier chapitre (même si j'hésitais un peu). Je vous promets d'aller au bout, mais je n'ose rien dire pour le temps que cela me prendra...
Au fait, n'oublions pas les petites notes savantes qui n'intéressent personne (sauf moi) : "l'ami William" (au cas où vous ne l'auriez pas reconnu) est un célèbre Moldu anglais des XVIe-XVIIe siècles très réputé pour ses pièces de théâtre ; bien, vous savez donc qui c'est et sachez simplement que Puck est un des personnages qu'il met en scène. La date de 1642 pour l'interdiction des théâtres dans le Royaume-Uni est authentique : cette mesure est due à l'influence de protestants fort austères qui considéraient le théâtre comme un lieu de dépravation.
Quant à la chanson que chante Altaïr, vous en avez ici la version "authentique" de pastorale du XVIIIe siècle (enfin, telle que Gotlib et Goscinny l'ont transmise dans les Dingodossiers, que vous avez intérêt à vous procurer d'urgence si ce n'est déjà fait). La version moderne, qui parle de bonbons et de raison, est plus connue en général.
Aurez-vous la bonté de me laisser un petit mot, histoire de me prouver que malgré le temps écoulé, cette histoire a encore un public ?
