Chapitre X !

Et n'oubliez pas qu'une version intégralement illustrée de cette fic existe désormais sur le site"shivarajahfanfics" ( www (point) shivarajahfanfics (point) com ) bien que sa mise en ligne souffre toujours quelques chapitres de retard par rapport à la version simple car trouver les dizaines d'illustrations et les mettre en page est très long.

Oui, je sais que je radote. C'est l'âge, que voulez-vous ! LOL

Bonne lecture et bons baisers de Claude Neix !


X : Et tu naitras dans la douleur

de

par Claude Neix

Corrections et adaptation : Shiva Rajah

o-o-o

« Un enfant disait, pour parler du temps

d'avant sa naissance : "Quand j'étais encore mort"...»

J.-C. Carrière

Sur l'écran géant, Hojo plongea sa main gantée dans le ventre du cadavre par l'incision qu'il venait de pratiquer et un flot de liquide amniotique coula dans les rigoles de la table d'autopsie métallique pour disparaître dans le siphon d'évacuation avec un gargouillis lugubre.

Sans la moindre délicatesse, il tira par les pieds un minuscule bébé hors de la prison de chair à demi putréfiée et, une fois qu'il l'entendit pleurer, le passa à un assistant en blouse verte avant de replonger la main dans les entrailles encore tièdes.

- Le spécimen J8, annonça Shalua. Ou Loz, si vous préférez, ajouta-t-elle, faisant tressaillir Tifa.

L'homme qui tenait le nourrisson sanguinolent par les chevilles, tête en bas, se saisit de la douchette mortuaire de la table d'autopsie et aspergea le petit d'eau froide comme un ouvrier d'abattoir rince un morceau de viande de chocobo tombée par inadvertance dans la sciure. Le bébé hurla à fendre l'âme.

Tifa et Elena poussèrent une exclamation horrifiée et Barret jura, révolté.

- Quel fils de pute... laissa échapper Cid avec une moue écœurée.

- Le spécimen J9, annonça cette fois Shalua en montrant le second bébé, qui venait d'être sorti du ventre putrescent pour recevoir le même accueil glacial que son frère. Yazoo.

- Il est minuscule, lui ! s'écria Yuffie, surprise.

La jeune scientifique sourit.

- Six livres à peine, si j'en crois son dossier. Huit pour son frère.

Les images suivantes montraient les jumeaux hurlant de faim dans une sorte de couveuse, seulement vêtus de leurs couches et coiffés d'une touffe de duvet argenté hérissé sur leur petit crâne encore mou.

Leurs membres potelés s'agitaient frénétiquement pour attirer l'attention et les électrodes dont ils étaient couverts ne résistèrent pas longtemps à ce traitement. La plupart des petites pastilles autocollantes furent arrachées en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, déclenchant les alarmes des appareils.

La jeune femme blonde en blouse blanche, que les spectateurs avaient déjà aperçue lors de la fécondation in vitro, se précipita dans la pièce avec un plateau métallique contenant une sorte de grosse seringue en plastique remplie d'un liquide blanc qui ne pouvait être que du lait maternisé.

- Ça va, ça va, ça vient ! râla-t-elle en soulevant le couvercle de la couveuse. Bon sang, ce ne sont pas des estomacs, que vous avez, c'est des puits sans fond !

La salle de projection retentit des rires attendris ou amusés des uns et des autres.

Rires qui se coincèrent dans les gorges en voyant la jeune femme fixer à l'extrémité de la seringue une longue canule en plastique qu'elle enfonça sans douceur à tour de rôle dans la gorge des bébés jusqu'au cardia.

- Oh, putain... gémit Reno.

D'une pression brutale du piston, elle vida à parts égales le contenu blanc dans chaque minuscule estomac et retourna rapidement les petits sur le ventre pour ne pas qu'ils s'étouffent avec leurs renvois, qu'elle nettoya en tournant à demi la tête, le nez froncé de dégoût.

Les bébés, eux, les entrailles suppliciées par la trop grande quantité de liquide injectée si brutalement, pleuraient de plus belle. La jeune femme en blouse blanche, indifférente à leurs plaintes, disparut sans même un dernier regard vers la couveuse.

Dans la salle, les visages s'étaient figés.

- J'ai tenu à vous faire visionner cette séquence pour illustrer les conditions dans lesquelles ont grandi les jumeaux et vous montrer pourquoi ils sont devenus si proches et protecteurs l'un envers l'autre, expliqua Shalua. Les cellules de Jenova ne sont pas seules responsables de leur relation fusionnelle, et c'est un atout en ce qui nous concerne.

La séquence suivante montrait un bébé de deux ans à peine, qui ne pouvait être que Loz, si l'on en croyait le tatouage "J8" qui ornait le haut de son bras tendre. Grelottant de froid dans sa petite couche blanche, il pleurait bruyamment, assis sur la partie droite d'une table de laboratoire séparée en deux par un panneau de barreaux métalliques verticaux d'une cinquantaine de centimètres de haut.

- L'apprentissage du spécimen J8 commence très tôt, commenta Shalua. Ici, il est tout juste âgé d'un an.

- C'est tout ? s'écria Yuffie. Il est déjà drôlement grand !

La scientifique sourit.

- Développement physique accéléré. L'un des effets les plus spectaculaires des cellules de Jenova sur un enfant.

- En parlant de développement... ne put s'empêcher de relever Barret. Je n'ai pas réagi sur le coup mais, si les premières images de ces expériences datent, comme tu l'as dit, d'il y a vingt-sept ans... Quel âge avait le père biologique des jumeaux, à cette époque ?

- Sephiroth ? Huit ans à peine.

Reno gémit de dégoût.

- Oh, putain ! C'est dégueulasse...

Rude lui asséna un coup de coude.

- Change de disque !

- Quoi, tu ne trouves pas ça dégueulasse, toi ?

Rude répondit par une torsion de la bouche éloquente et un long frisson désagréable parcourut l'échine de Tifa.

Féconder l'ovule d'une femme avec le sperme de son fils anormalement précoce de huit ans... Hojo atteignait décidément des sommets dans l'obscénité !

- Revenons-en à J8, si vous le voulez bien, recadra Shalua en désignant l'écran, où Hojo en personne venait de poser un petit biberon sur le côté gauche de la table.

Seuls les barreaux séparaient le petit de sa nourriture, qu'il regardait à présent avec envie, oubliant même de pleurer.

S'approchant à quatre pattes du panneau métallique, il tendit son petit bras tatoué entre les barreaux, main tendue vers le biberon tant convoité, mais, au moment où il allait le saisir, un arc électrique traversa les barreaux de métal, le projetant brutalement en arrière, cul par dessus tête.

N'eut été l'intervention de la jeune femme blonde en blouse blanche, le bébé serait tombé de la table.

- Mais ils sont malades ! s'écria Cloud tandis que retentissaient dans la salle les pleurs du bébé. Ça rime à quoi, ça ?

Shalua lui fit signe de se calmer et de regarder.

D'après le chronomètre que l'on voyait au bas de l'écran à chaque fondu d'images, l'expérience dura un jour entier durant lequel, à plusieurs reprises, Loz, de plus en plus affamé, essaya de saisir le biberon.

Sans succès. Le petit bras tendre commençait même à cloquer par endroits, sous l'effet des chocs électriques.

- Oh ! Mon Dieu... murmura Tifa, les deux mains sur le visage, n'osant plus regarder l'écran qu'entre ses doigts.

Doigts qui, elle venait de s'en rendre compte, étaient encore imprégnés de "son" odeur...

Cela ne fit qu'ajouter à l'horreur car elle avait l'impression d'être tout près de Loz, là, à quelques pas de cette table et de ces affreux barreaux.

- Mais ils cherchent à faire quoi, bordel ? s'emporta Barret, incapable d'en supporter davantage. À faire cuire ce gosse à petit peu ?

- Regardez ce qui va suivre, répondez Shalua. Regardez tous bien attentivement.

Trop tiraillé par la faim, à présent, pour accepter de renoncer au biberon de lait, Loz s'avança à nouveau vers les barreaux électrifiés et tendit son petit bras brûlé.

Reno vit Rude et Tseng se contracter sur leur chaise, attendant la décharge fatale... qui ne vint pas.

Stupéfaits, les spectateurs virent, cette fois, le bébé agripper le biberon et le ramener lui à une vitesse prodigieuse - bien trop rapidement pour déclencher la terrible décharge électrique.

Voyant les scientifiques - ravis - venir vers lui, le nourrisson engouffra goulûment la tétine dans sa bouche et entreprit de vider le biberon le plus vite possible au cas où les "gens en blouse blanche" chercheraient à le lui reprendre.

- La rapidité et les réflexes, expliqua Shalua. C'est ce que les chercheurs ont cherché à développer en premier lieu, chez les jumeaux. Et les résultats dépasseront leurs espérances. Du moins en ce qui concerne J8.

Tifa vit Cloud secouer la tête, consterné.

- C'est cet entraînement "de choc" qui a permis à ce type d'apprendre à se téléporter ?

La jeune scientifique retint un petit rire.

- Se téléporter ? Si c'était le cas, il traverserait les murs, Cloud !

- Cloud a raison, intervint Tifa, le sternum douloureux au simple souvenir de la poigne de Loz sur la partie concernée. Je l'ai vu faire de mes yeux, Shalua.

- Ce n'est pas de la téléportation, Tifa. Il ne disparaît pas à un endroit pour réapparaître à un autre. Sa vitesse de déplacement est simplement telle que des yeux normalement constitués ne parviennent pas à en décomposer le mouvement, c'est tout. Il est si rapide que vos yeux ne parviennent pas à le suivre.

- Vous avez dit que les résultats ont dépassé les espérances des scientifiques mais en laissant entendre que cela ne concernait que J8, l'interpella Tseng. Pourquoi ? Y a-t-il eu un problème, avec le second jumeau ?

La jeune femme acquiesça et montra l'écran du doigt.

- J'y venais, justement. Regardez, dit-elle en relançant la vidéo.

Deux adolescents aux cheveux argentés d'une douzaine d'années (du moins en apparence) et vêtus de combinaisons noires se tenaient dos à dos dans un caisson de simulation de combat, face à trois créatures simiesques deux fois plus grandes qu'eux. En sueur et à bout de souffle, ils n'avaient pour toute arme que leurs poings et deux grands pistolets, bien trop lourds pour leurs bras encore frêles.

- J'ose à peine poser la question, reprit Tseng, mais quel âge ont-ils ?

- Six ans.

Reno geignit et se mordit la langue mais pas assez vite pour empêcher un "p'tain de merde..." indigné de s'échapper.

Les créatures humanoïdes attaquèrent toutes en même temps et, si le plus grand des deux garçons, bien qu'épuisé, parvint à s'en tirer sans trop de dégâts, le second se retrouva bien vite à la merci de l'un des monstres, la tête coincée sous un énorme pied griffu. N'eut été l'intervention de son frère, la bête se serait emparée de son arme pour les abattre tous les deux.

Une fois les trois "ennemis" à terre, la lumière vive se ralluma et les monstres disparurent.

Le plus petit des jumeaux éclata aussitôt en sanglots dans les bras de son frère, qui s'était précipité pour le consoler.

- Ça ne fait rien, disait ce dernier, ce n'est pas grave, Yazoo, ne pleure pas...

- Bien sûr que c'est grave ! hurla la voix d'Hojo dans les haut-parleurs.

- Ce n'est pas de sa faute ! protesta Loz en donnant un coup de pied rageur dans un pistolet. Ces trucs sont trop gros !

- Non, c'est de la mienne... répondit Hojo, davantage pour lui-même qu'à l'intention du garçon en coupant le micro. Nous n'aurions jamais dû garder cet avorton !

- Professeur, je... commença la jolie blonde en blouse blanche.

- Non ! Je ne veux rien entendre ! Je vous ai écouté et j'ai eu tort ! Nous aurions dû suivre le protocole prévu, éliminer le plus fragile des feux fœtus dès le premier signe de faiblesse et procéder à une seconde insémination dans un autre corps, pour obtenir deux spécimens de première qualité !

- Professeur, il aurait été dommage de se priver du spécimen J9 alors que son développement était normal et qu'il ne gênait en rien J8.

- Le voilà, votre spécimen ! Belle réussite ! Réparez votre erreur avant que cette... ce... ce résidu d'éprouvette ne finisse de nous faire définitivement perdre un temps précieux !

- Je crains que ce soit impossible, professeur...

- Que... Pardon ? siffla Hojo entre ses dents, menaçant.

La jeune femme baissa la tête et blêmit, frissonnante sous la terrible colère de son mentor et supérieur hiérarchique.

- Si nous éliminons J9 maintenant, nous risquons de déstabiliser psychologiquement J8. Il est très attaché à son jumeau et...

- Dites-moi que je rêve ! hurla Hojo, hors de lui. Trois jours. Je vous donne trois jours pour trouver une solution. D'ici là, je veux qu'une seconde insémination ait eu lieu et, cette fois, je ne veux aucun écart, fut-ce d'un iota, est-ce que c'est clair ?

- Oui, professeur...

Dans la salle, Cloud agita la main, décontenancé.

- Attends une minute, Shalui. On peut arrêter ce truc une minute ? Merci. Pardon, mais j'ai dû rater quelque chose. Ce garçon, celui qu'ils veulent éliminer, c'est bien Yazoo ?

Shalua acquiesça.

- En effet. D'après Hojo, il était trop fragile, trop faible, il ne correspondait pas aux attentes de...

- Trop faible ? la coupa Reno, abasourdi. On voit que tu ne l'as jamais eu en face ! Te type est un morceau chewing-gum doublé d'un marteau-pilon !

- Sans compter qu'il fait des invocations comme moi je vais pisser ! renchérit Cid. Enfin, façon de parler... se reprit-il en rougissant un peu lorsque la jeune scientifique lui lança un regard amusé.

- Bien sûr que ses capacités sont très largement supérieures à celle d'un humain lambda, répondit celle-ci. Mais bien en dessous de celles de ses frères, ou de Sephiroth. Tout comme Loz était supposé être un échantillon amélioré des qualités martiales de ce dernier, Yazoo aurait dû en être le pendant cérébral inébranlable.

- La tête et les jambes à eux deux, quoi.

- Oui, Reno. Un peu lapidaire mais, en gros, oui, c'est bien ça. J9 ne remplissant pas leurs exigences, nous en venons à la création et à la naissance de J10 : Kadaj, qui, comme Loz dépassera toutes les espérances d'Hojo.

Shalua, qui fit signe à sa soeur de reprendre la projection.

- Pour que la réussite de l'expérience soit totale, les qualités musculaires et motrices de J8 ainsi que les dons cognitifs de J10 devaient être développés à outrance. Des protocoles d'assimilation intensive de mako et de produits divers destinés à améliorer ces qualités innées durent donc être mis au point. Yazoo, de par les facultés de guérison de son organisme (héritage de Jenova) et sa similitude physique avec frères servit dès lors de spécimen de test.

Sur l'écran, un tout jeune adolescent vêtu d'un pyjama noir, les cheveux mi-longs argentés lui tombant sur les épaules, était assis sur le sol blanc d'une chambre à deux lits, dont l'un des murs était une sorte de grande vitrine en verre blindé donnant sur le laboratoire d'Hojo. Il serrait tendrement contre lui un bébé qui gazouillait dans sa petite couverture bleue et tentait de saisir par jeu ses longues mèches soyeuses.

La scène de ce garçon berçant son petit frère aurait pu être touchante, voire charmante, si les bras et le visage de l'adolescent n'étaient pas couverts d'horribles plaques purulentes, dues sans doute à une réaction de son organisme à un produit qui lui avait été administré à titre de test.

Rufus Shinra, oubliant le semblant de contrôle qu'il s'imposait depuis le début de la projection, se couvrit le visage des mains et secoua la tête, accablé.

- Mon Dieu... Mon Dieu... Mon Dieu...

C'est tout ce qu'il était capable de dire face à la vision insoutenable de ce petit garçon à la chair suppliciée et au regard vide, qui serrait un bébé minuscule entre ses bras maigres dans l'espoir insensé de lui communiquer un peu de tendresse fraternelle et de protection.

- Ils se sont servi de lui comme d'un putain de cobaye... murmura Reno, la gorge serrée. Oh ! Merde... J'y crois pas. Quels fils de pute !

Il détourna le regard et vit son comparse littéralement effondré sur sa chaise.

- Je m'étais demandé pourquoi ce garçon avait le regard aussi triste, chuchota Rude d'une voix à peine audible. Ouais, je me souviens m'être demandé pourquoi il avait ce regard-là...

- Bah voilà, tu sais, railla Reno avec lassitude et amertume. Satisfait ?

- Pas vraiment, non...

Tifa sentit la main de Yuffie, terriblement choquée, se refermer sur la sienne et elle déglutit avec difficulté, comprenant pourquoi Shalua lui avait avoué avoir une tendresse particulière pour Yazoo.

Dans la salle, tous étaient comme sonnés, en colère, consternés, écœurés et pris de pitié tout à la fois.

- Je crois... intervint Tseng en se levant. Je crois qu'un bon café ferait du bien à tout le monde.

Shalua acquiesça et jeta un coup d'oeil à l'écran du petit moniteur portable, sur lequel elle avait une vue d'ensemble du laboratoire du sous-sol.

- Très bien. Nous reprendrons dans un quart d'heure. C'est presque terminé. Dans moins d'une heure, vous pourrez tous aller dormir.

Mais dormir personne n'était certain d'en avoir envie après ce qu'ils avaient vu cette nuit...

...à suivre

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