19.
Régina était resté les yeux grands ouverts pendant une grande partie de la nuit alors qu'Emma baignait dans un sommeil profond avec un visage totalement serein. Régina, elle, ne trouvait pas le sommeil. Elle voulait accueillir cette béatitude pleinement mais elle a pris tellement l'habitude d'être sous pression, qu'elle n'arrive pas à se détendre complètement jusqu'à ce qu'enfin ce soit la fatigue qui ait raison de ses interminables questionnements intérieurs.
Au petit matin, Emma ouvre les yeux la première. Pendant un instant, elle cesse de respirer. Pendant un instant, tout est flou puis tout lui revient en mémoire. Les souvenirs de cette tendre et folle nuit lui bondissent dessus comme un enfant qui lui sauterait au cou en riant. Elle a un moment de doute, elle rassemble ses souvenirs si réels et se dit que ça n'a pas pu n'être qu'un rêve, puis ses yeux se posent sur le corps allongé près d'elle, Régina. Nue, paisiblement endormie, naturelle et belle, sans aucun artifice, sans aucune contrariété sur le visage et apparemment sans remords non plus, sinon elle serait partie au milieu de la nuit dès qu'Emma se serait assoupi.
Emma se redresse sur ses coudes, elle grimace de douleur, son corps entier est courbaturé mais un sourire remplace très vite la grimace à la pensée des causes de ses souffrances. Cette nuit avait été particulière, cette nuit avait été foudroyante et insensée. Petit à petit, elle se remémore tous les gestes, toutes les caresses, toutes les paroles, tous les regards… Son cœur se serre d'avoir tant aimé cette femme et inconsciemment elle se jure de réitérer la chose au plus vite. Elle non plus n'avait apparemment aucun remord.
Elle dépose un baiser sur l'omoplate nue de la brune qui dépasse du drap et se lève pour passer dans la salle de bain.
Elle fait couler l'eau, elle se regarde dans le miroir, elle se test. Elle tente de soutenir son propre regard, elle y parvient à merveille ce matin, elle sourit même à son reflet. Sa conscience est tranquille, son sourire sincère, ce n'était pas une erreur en conclut-elle. Les souvenirs torrides de la nuit lui zèbrent l'esprit et elle rougit légèrement. Le soleil et ses rayons passent par la lucarne et s'endort sur elle quelques instants. Elle reste plantée là, les vapeurs d'eau chaude commençant à envahir la petite pièce, elle songe sans pouvoir s'arrêter à tous ces moments uniques et presque surréalistes qu'elle vient de vivre avec sa pire ennemie.
Elle finit par sortir de ses rêveries et s'engouffrer dans la douche, laissant l'eau atténuer un peu ses douleurs musculaires. Elle ferme les yeux et passe la tête sous l'eau, elle se sent vraiment bien ce matin. Elle se sent légère et de bonne humeur. Elle ne peut s'empêcher de rire toute seule à la seule pensée que c'est Régina la seule cause de tout cela. Comme tout cela était ironique finalement.
Puis soudain, elle sent un frisson la parcourir et l'instant d'après, elle sent les mains de son amante se poser sur sa taille. Maintenant elle pourrait reconnaitre ses mains parmi des milliers, les yeux bandés ou privé de tout autre sens. Elle sent ses bras l'enlacer et son corps se coller dans son dos.
Elle frisonne d'avantage quand les lèvres de la brune se pose dans sa nuque entre deux gouttes d'eau après avoir lentement déplacé ses cheveux mouillés. Elle frissonne sous l'eau brûlante, elle se retourne et cherche à joindre leurs lèvres. Elle tente de calmer sa propre ardeur matinale, et l'embrasse tendrement, calmement, comme un doux bonjour charnel et intime. Mais Régina n'est pas dupe, elle sent son cœur s'accélérer et elle sent le baiser s'enflammer.
Elle avait senti Emma se lever et s'était réveillée péniblement, visiblement affectée par le manque de sommeil. En entendant le son de l'eau qui coule, elle avait hésité : partir maintenant en lui laissant un mot ou bien la rejoindre dans la salle de bain ou bien attendre sagement qu'elle sorte ? Encore un duel intérieur dont elle s'exaspérait presque toute seule. En regardant l'heure, elle décida qu'elle avait encore un peu de temps et se leva lentement pour la rejoindre et pour s'assurer qu'Emma ne regrettait rien au lever du jour.
Emma laisse de la place à Régina sous la cascade d'eau et entreprend d'appliquer son gel douche sur leurs deux corps. Régina se glisse sous l'eau avec délectation, elle aussi est courbaturée de leurs ébats. Elle aussi profite de cet instant charmant. Sans un mot mais avec des regards équivoques, elles s'enlacent, elles s'embrassent, elles laissent l'eau les débarrasser de l'épaisse mousse qui les recouvre et une fois fait, elles n'y tiennent plus, elles font l'amour contre le mur de la douche, le carrelage glacé dans le dos, les vapeurs brûlantes autour d'elles, les yeux clos, les lèvres avides et les mains presque plus habiles que la veille.
Quelques longs moments plus tard, elles sortent de la salle de bain, d'où un épais nuage de vapeurs les suit. Vêtues d'une serviette de bain, Régina récupère ses affaires et les enfiles. Emma reste nue, juste assez de temps pour sentir le regard insistant de Régina à sa vue, nue en plein jour, en pleine lumière. Régina boutonne son chemisier avec un sourire et s'approche d'elle alors qu'elle enfile enfin un jean.
_ Miss Swan, vous êtes une femme magnifique, vous l'a-t-on déjà dit ? Murmure la brune.
_ Oui souvent ! Rétorque la blonde avec malice.
Régina perd son sourire. Emma la rassure presque aussitôt.
_ Mais à vrai dire, jamais personne ne me l'a démontré comme toi, tu l'as fait.
Régina retrouve son sourire instantanément.
_ Et je peux vous retourner le compliment Madame Mills. Poursuit Emma. Vous êtes … hm… il n'y a pas de mot…
Emma soupire et s'empare de ses lèvres, et elle la fait reculer de quelques pas sous la violence de son acte. En quelques secondes, les choses s'apprêtent à déraper, encore, mais Régina retient ses mains qui commencent à s'égarer.
_ Emma ! Stop… je n'ai vraiment plus le temps… Essai-t-elle de dire entre deux baisers.
_ Je sais… Soupire Emma.
_ Ça ne veut pas dire que je n'ai plus envie. Conclut-elle avec un clin d'œil.
Emma sourit un peu plus qu'elle ne l'aurait cru. Régina caresse sa joue avant de déposer un baiser léger et éphémère sur ses lèvres. Le cœur d'Emma se soulève. Elle a l'impression de ne faire que ça depuis hier soir, sentir sa poitrine se serrer et même exploser pourtant elle ne veut toujours pas la quitter, ne serait-ce que quelques heures pour que son cœur se repose.
_ Je te fais un café ou tu files tout de suite ?
Régina semble réfléchir puis elle sourit.
_ Je devrais partir mais j'ai besoin d'un café !
Emma sourit en enfilant un pull par-dessus son débardeur et entraine Régina dans la cuisine.
Elle met la machine en route, elle sort deux tasses et du sucre. Elle dépose une tasse de café noir et bien serré devant Régina, accoudée à l'îlot central. Elle met dans sa propre tasse, quelques sucres sous le regard amusé de Régina qui porte la tasse à ses lèvres. Emma envie soudainement cette tasse mais elle chasse cette pensée absurde de sa tête.
Elles prennent quelques instants de répit avant le moment fatidique où il faudra clore l'épisode de cette nuit. Comme si elles voulaient encore prolongées le moment qu'elles passent ensembles, semblant croire que tout sera finit une fois la porte de cet appartement passée. Un express ça se boit plus vite que cela et pourtant elles prennent tout leur temps, sans dire un mot, juste en se regardant dans les yeux. Elles savent toutes les deux que ce regard, il leur faudra le contrôler quand elles se rencontrerons à l'extérieur alors elles profitent de ce moment où elles peuvent encore s'exprimer.
Puis les tasses se vides fatalement. Il est temps d'entamer une nouvelle journée et de laisser cette nuit s'échapper dans les couloirs du temps.
Régina se déplace lentement jusque dans l'entrée, Emma la suit et pour la première fois le silence est pesant. Régina pose une main sur la poignée et se retourne. Comme la veille Emma se pose contre la porte mais à l'inverse, elle défait les verrous. Régina en a un pincement au cœur.
Avant de sortir, Régina l'embrasse passionnément, Emma la retient encore et l'embrasse encore et encore. Puis à bout de souffle, elle murmure :
_Régina tu pourrais figer le temps ?
_ Il n'y a rien ni personne à figé ici.
_ Nous, figes nous dans le temps, là maintenant.
_ Tu es une grande romantique enfaite. Rit doucement Régina en l'embrassant encore. Mais qui nous défigerait ?
_ Personne, on resterait là pour toujours.
_ On finirait par nous retrouver. Enlacées dans les bras l'une de l'autre… tu imagines la tête de celui qui nous trouverait ?
_ Oui j'imagine. Ri-t-elle.
_ C'est impossible et puis qui veillerait sur …
Emma écarquille les yeux, comme si l'espace d'un instant elle avait totalement oublié l'existence de son fils, de leur fils. Régina la questionne du regard puis lui sourit tendrement.
_ Je t'ais fait tant d'effet que ça pour que tu oublis … not'… Henry ?. Dit Régina en hésitant sur les derniers mots qui sortent dans un souffle lourd de sens.
_ Hm... Désolé. Répond Emma un peu sonnée. Mais oui, tu n'as pas idée de l'effet que tu as pu me faire…
_ Je crois que j'en ai une petite idée quand même.
Encore une fois, le rose aux joues monte et s'en suit un baiser lourd d'émotion.
Régina pose la main sur la poignée à contre cœur et Emma se redresse pour la laisser passer. Un dernier regard avant de refermer la porte et Régina descend les escaliers pour rejoindre sa voiture.
Emma plaque le dos contre la porte et se laisse glisser au sol, la tête entre les mains.
Régina s'engouffre dans sa voiture en prenant soin d'observer si elle était seule dans la rue. Et une fois la porte claquée, elle pose le front sur le volant et engouffre ses mains dans ses cheveux. Au passage elle se masse la nuque, au passage elle ravale ses larmes, au passage elle tente de chasser toutes les questions qui l'assaillent. Puis elle démarre sa berline, elle rentre chez elle, le cœur bien plus léger que la veille.
20.
Le cœur aussi lourd que léger, Emma se rend au Poste pour prendre sa garde.
A peu près dans le même état, faisant tout ce qu'elle peut pour trouver un peu de contenance, Régina rentre chez elle. Derrière la porte d'entrée, elle trouve Ruby, veste sur le dos, prête à partir, et Henry qui dévale les escaliers avec son sac à dos sur l'épaule.
_ Maman ! Cri Henry en sautant les trois dernières marches pour lui sauter dans les bras. Tu étais où ? Tu as revu le Papillon ? Tu vas bien ?
Régina et Ruby le regarde avec de grands yeux. Ruby parce qu'elle ne comprend pas et Régina parce qu'elle panique un peu.
_ Non mon chéri. Rien de grave, ne t'inquiète pas. Tu as déjeuné ?
_ Bien sûr qu'il a déjeuné ! Répond Ruby.
_ Très bien je vais te déposer à l'école. Ruby, je vous dépose aussi ?
_ Non ça va aller merci.
_ Je passe au Granny's dans la matinée pour te payer ce que je te dois. Merci vraiment merci de l'avoir gardé. Dit-elle avec un peu trop d'entrain et de franchise, ce qui est inhabituel et du coup un peu louche au goût du Loup.
_ Ok.
Ils sortent tous les trois de la grande propriété, Henry court en avant vers la voiture. Ruby retient Régina par le bras.
_ Madame le Maire, c'est un plaisir de garder Henry, c'est un gamin super mais je l'ai fait pensant que vous étiez sur une affaire importante, pas que vous preniez le temps pour vos affaires… personnelles. Dit-elle un peu sèchement.
Régina, se fige. Comment avait-elle deviné ?
_ Je ne sais pas avec qui vous étiez et je ne veux surtout pas le savoir mais tachée d'être discrète et de ne pas me mêler à ça. Vous connaissant, vous devez voir un homme marié ou bien…
Régina enrage intérieurement de se laisser parler ainsi mais elle ravale sa colère, ce n'est vraiment pas le moment de faire un scandale.
_ Et bien vous me connaissez bien mal. Dit-elle avec une sincérité époustouflante qui abasourdit presque Ruby.
Ruby est un Loup Garou, elle a de l'instinct, elle sent la vérité et la voit dans les yeux noirs de Régina et finalement passe son chemin sans en rajouter.
Emma Swan débarqua au Poste avec de grosses cernes et un sourire difficilement dissimulable. David est déjà là. Il la regarde bizarrement, pas comme un collègue, pas comme un ami, ce coup-ci, il la regarde comme un père et Emma détourne le regard et s'enfuis dans son bureau après l'avoir salué brièvement.
Une heure plus tard, elle a rédigé des rapports sur des incidents mineurs. C'était d'un ennui mortel et son cerveau ne cessait de lui passer des flash-backs de la nuit passée. C'était les seules choses sur lesquelles elle ait dû intervenir la semaine dernière avant l'arrivée du Papillon de Nuit.
Elle ne tenait plus, il lui fallait une dose de caféine au plus vite et de ce fait sortir de son bureau où elle s'était réfugiée. D'un pas décidé mais nonchalant quand même, elle traverse la salle principale du poste et s'arrête devant la commode où trônait une cafetière vide. Elle ouvre le premier tiroir et ne trouve que des cartons vide. Plus de réserve. Ni filtre, ni café. Elle grimace et se tourne vers David. Il hausse les épaules avec sa tasse pleine à la main.
_ Très bien, je vais au Granny's et je passerai au magasin prendre des réserves de café pour ce pauvre tiroir vide ! Souffle-t-elle un tantinet exaspéré.
David hausse de nouveau les épaules mais note cet air étrange qu'elle affiche en voulant paraitre comme d'habitude sans vraiment y arriver. Elle se s'en mal à l'aise, elle se faufile prendre sa veste et ses clefs, et s'éclipse au plus vite.
Elle aurait voulu avoir la force d'attendre quelques heures de plus avant de se précipiter au Granny's où il y avait le plus de chance pour croiser Régina. Mais impossible de se contrarier soi-même avec le manque de caféine en plus de tout ce qui se chevauche dans sa tête ce matin, alors elle part en direction du célébré café de la ville.
Il est dix heures, la cafétéria n'est pas bondée, beaucoup sont déjà passé et parti au travail. Emma passe la porte et le son de clochette qui retentit attire quelques regards. Elle lève les yeux et bien sûr, comme si elle avait pressenti sa présence à quelques mètres d'elle s'en la voir, elle tombe sur Régina, assise au bar avec une tasse de café à la main et une assiette devant elle, les yeux rivés sur l'entrée, donc sur elle.
Elles sourient instantanément ensembles, puis ravalent leurs sourires en jetant un regard à la salle qui déjà ne fait plus attention à celle qui vient d'entrer et encore moins aux sourires échangés. Personne n'a rien remarqué… excepté peut-être Ruby au bout du comptoir en train d'astiquer un verre. Elle seule remarque cette petite lueur dans leurs yeux et ce sourire. Elle décèle un faux regard menaçant entre elles deux. Elle n'y croit pas deux secondes. Elle chasse cette idée de sa tête et pourtant l'idée persiste et reste dans un coin. Ruby en reste là quand Emma l'interpelle du regard et lui fait signe qu'elle souhaite avoir un grand café.
Emma s'approche doucement comme si elle jaugeait la situation. Elle s'assoit finalement sur le tabouret à côté de celui de Madame le Maire qui la regarde en coin, mais sans son habituel agacement qu'elle affichait à chaque fois qu'elle avait fait ça par le passé.
Emma se racle la gorge et patiente en silence en attendant son gobelet de café dont finalement elle boira la moitié sur place.
Régina porte la tasse à ses lèvres pour cacher son sourire.
Ruby s'approche et les observe. Elle tend son café à Emma.
_ Tiens Emma.
_ Merci Rub !
_ De rien. Manque de caféine ? Demande-t-elle comme si de rien n'était.
Emma hésite et lève un sourcil, accompagné d'un petit sourire en coin.
_ Ouais, on peut dire ça. Enfin ça ne serait pas la première fois ! Hein ?! Tente-t-elle pour cacher son malaise.
_ Hm hm… Fit simplement la serveuse avant de repartir en cuisine laissant Emma et Régina seules.
Après une éternité, elles osent enfin se regarder dans les yeux mais cessent immédiatement tant d'émotions tentent de se joindre à leurs pupilles qui se dilatent déjà. Elles ravalent leurs sourires et toutes les tensions dans leurs corps se réveillent, avant même de s'être totalement assoupis. Elles frissonnent rien qu'à l'idée que l'une soit à moins d'un mètre de l'autre. S'en est presque insupportable.
Mais partir le serait encore plus alors Emma reste là et sirote son café sans dire un mot. Régina finit ses gaufres, c'est bien rare qu'elle en commande, mais à dire vrai elle avait faim, puis commanda un autre café. Elle avait de la paperasse à faire absolument aujourd'hui mais avait été incapable de se concentrer plus de trois minutes d'affilé donc elle était venue prendre un petit déjeuné ici – sachant pertinemment que ce serait le premier endroit où elle risquerait de la croiser, le Granny's étant un peu le cœur de cette petite ville.
Au bout d'un bon quart d'heure de silence et quelques clients partis, Régina se penche vers elle et lui chuchote à l'oreille.
_ Je crois que c'est encore plus suspect si on ne se parle pas.
Emma sourit.
_ Oui surement, quand je m'assieds là c'est que j'ai forcément un truc à te reprocher. Murmure-t-elle.
_ On devrait peut-être s'engueuler ?!
Emma ne peut s'empêcher de rire bruyamment puis se tait aussi vite.
_ Bravo. Discret. Chuchote Régina avec un sourire qu'elle ne peut réprimer.
_ Gardons l'engueulade pour plus tard. Regarde la salle, deux vieux, un nain endormi dans sa tasse et deux jeunes tourtereaux au fond. Ça ne vaut pas le coup de faire diversion.
_ Tu crois qu'on en aura besoin plus tard ?
_ A ton avis ?
Régina baisse les yeux, incapable de répondre, incapable de savoir si elle préfère s'afficher ou se cacher. En tout cas, l'idée de tout arrêter ne lui traverse même pas l'esprit. Elle sourit pour lui répondre que oui.
Régina pose le regard sur son assiette et sa tasse vide. Elle n'a plus de raison de rester. Elle fait un signe de tête à Ruby qui pensait être discrète en les observant. Elle se lève de sa chaise et son épaule touche celle d'Emma qui ne recule pas, bien au contraire. Elle sent l'odeur de ses cheveux au passage, qui sentent son propre gel douche et esquisse un mouvement de tête sans sourire en guise d'au revoir à Régina.
Elles se forcent toutes les deux à ne pas se retourner. Et la journée passe.
Le soir venue, Emma traine au Poste et a donné sa soirée à David pour qu'il dine avec Mary-Margareth. Elle a les yeux rivés sur des documents mais ne les lit pas vraiment. Son esprit a été ailleurs toute la journée. Elle ne sait pas depuis combien de temps elle relie le même paragraphe quand le téléphone sonne.
_ Bureau du Shérif. Storybrook. J'écoute… Elle-même… Oui je suis Emma Swan, pourquoi ?!
Le mystérieux inconnu au bout du fil ne s'identifia pas et entama une tirade avec une voix faible et fatigué mais déterminé, avant de raccrocher.
« Il y a une ombre qui cherche votre fils, cette ombre est maléfique, surtout ne le laissait pas approcher. J'espère qu'il n'est pas déjà sur place et qu'il n'a pas trouvé le moyen de reprendre force humaine. Moi, je ne peux plus rien faire, je suis désolé, je ne peux plus rien faire, j'ai tenté de l'empêcher mais j'ai échoué. Il n'hésitera pas à vous tuer de l'un de ses charmes noirs de sang, il n'hésitera pas, il vous faudra être plus forte que lui Emma Swan. Il le faut, je penses que seule votre magie peut le vaincre, l'amour n'est pas une solution pour lui, le raisonner est impossible, il n'a rien à perdre, il n'a aucune attache, la seule qu'il ait, il veut la voir morte aussi. Il faudra le tuer Emma Swan, à tout prix ! »
Et un bip répétitif sonna à ses oreilles avant qu'elle ne puisse placer une seule question. Et pourtant elle en avait des questions. Elle comprit tout de suite que l'ombre en question, c'était Jack. Elle comprit que c'était un avertissement mais que malheureusement il était déjà là et qu'elle l'avait déjà affronté.
Tous les appels entrants et sortants de ce poste sont enregistrés, Emma se précipite dans la salle audio dans le couloir de l'entrée et se met à travailler sur les machines. Dix minutes plus tard, elle sort du Poste et monte en voiture avec dans sa poche l'enregistrement de l'appel. Sans trop réfléchir, elle roule vers la rue du Manoir de Régina. L'Affaire Papillon de Nuit reprend.
Elle se gare devant la propriété et attrape son téléphone. Elle tape. « Bsr. Du nouveau sur le Papillon. Besoin de te parler. Pas voulu appeler pour pas réveiller Henry. Dsl je sais qu'il est tard. Suis garé devant. »
Emma ne peut s'empêcher de stresser pour rien en attendant sa réponse, un peu comme une gamine de quinze ans qui attend un message de son copain – en vrai, a quinze ans, elle n'avait pas eu le temps pour ça, elle préparait un énième plan d'évasion de foyer d'accueil. Le bip la fait presque sursauter. « J'arrive » disait simplement le message et son cœur bondit bêtement.
Regina avait diné avec Henry et il s'était couché tôt, car des examens avaient lieu le lendemain. Elle s'était installé dans son sofa, dans un coin de sa chambre, à la lumière d'une lampe de chevet, et lisait sans trop de conviction, le Journal de Jack quand son téléphone portable vibra silencieusement sur la commode. Elle ne se précipita pas mais presque. Elle lut les mots et se faufila hors de la maison sans faire de bruit. Comme si elle avait quinze ans et qu'elle quittait la maison pour aller embrasser son copain en cachette.
Le cœur d'Emma s'accélère quand elle voit la silhouette de Régina dans son rétroviseur. Très vite la porte s'ouvre et avant qu'elle ne puisse dire quoi que soit, Régina l'embrasse furieusement. Elle sent la brune fermer la porte derrière elle d'une main pendant que l'autre s'est faufilé vers sa nuque et l'empêche de s'esquiver. Elle répond à son baiser une fois la surprise passée et lui rend son impatience.
A bout de souffle, elles se séparent, le rose aux joues et le sourire à demi coquin, à demi timide. Qu'est-ce qu'il leur arrivait de se comporter de la sorte ? Régina brisa le silence pour ne pas recommencer.
_ Tu as vraiment du nouveau sur Jack ou c'est une excuse ?
Emma sourit en coin pour ne pas rire.
_ Non j'ai vraiment du nouveau sur Jack.
Régina affiche une pointe de déception mais la perspective d'en apprendre plus et sa curiosité naturelle reprennent le dessus.
_ Raconte !
_ Ecoute ça.
Emma sort son enregistreur et lui fait écouter l'appel qu'elle a reçu i peine une heure. Régina écoute et son visage passe par toutes les couleurs. Elle s'inquiète de plus en plus pour Henry et ça se voit. Il était temps d'oublier un peu cette aventure et de se concentrer sur cette mission.
_ Super réconfortantes tes nouvelles. Ironise-t-elle en perdant son sourire.
_ Je sais et je n'ai pas pu tracé l'appel. Emis en dehors du territoire, j'ai pas le matériel pour aller plus loin pour l'instant.
_ Génial. On sait que Jack a voyagé…on sait qu'il a tué des femmes partout dans le monde, il parle plusieurs langues, il est très instruit et malin…
_ Et maléfique.
_ Hm…
Un léger froid passe entre elle. Emma sait ce que Régina allait dire, un truc du genre « Pas plus que moi » ou « Il est pas né celui qui me détrônera » mais elle n'avait rien dit. Encore une fois Emma voyait Regina douter. Sa noirceur disparaissait peut-être vraiment ? Sentant une fragilité encore inhabituelle chez la brune, Emma presse sa main qu'elle tient depuis … en fait elle ne sait pas depuis combien de temps, elle a sa main dans la sienne. Aussi naturellement que cela, elle la serre dans la sienne.
_ Régina… il n'arrivera rien à Henry. Je te le promets…
La brune lève des yeux tristes vers elle.
_ … Et je ne fais pas de promesse en l'air, tu le sais. Finit-elle par ajouter avec un léger sourire.
_ Je sais. Murmure Régina.
Elle semble réfléchir avant de parler.
_ Ce ne serait pas le magicien qui a tenté de l'arrêter ? tu sais celui dont il parle à la fin de son Journal ?
_ Tu crois que c'est lui qui m'appelé ?
_ D'après ce que Jack a écrit, personne ne l'a soupçonné depuis les années 1880 sauf ce magicien dans les contrés asiatiques. Je ne vois que lui.
_ Il aurait survécu ? J'ai pensé que si Jack était là, c'est que le magicien était mort.
_ L'homme qui t'as appelé a dit avoir échouer, il n'est pas mort, il a simplement échoué.
Emma réfléchit à son tour.
_ Il aurait pu au moins me dire comment le combattre ?
_ Il la fait.
Emma l'interroge du regard.
_ Il a dit « Il vous faudra être plus forte que lui Emma Swan, il vous faudra le tuer ».
_ Ça ne m'avance pas beaucoup. Je fais ça comment ?!
_ Il va falloir faire sortir toute cette magie blanche de ces jolies mains.
_ Hm…
A son tour, Emma ne répond. Tout comme Régina qui doute encore de sa capacité à choisir entre le Bien et le Mal, Emma ne se sent pas complètement la Sauveuse, il y a encore une part de rancune en elle, une part d'œuvre inachevé et de tristesse immense même si elle a retrouvé ses parents qu'elle a toujours cherché et retrouver son fils.
_ Tu vas y arriver, Emma. Murmure Régina comme si elle comprenait le doute qui l'envahit.
_ …
Emma n'ose pas dire ce que lui hurle ses pensées mais cède quand même, après tout ce qui vient de se passer entre elles, elle peut oser.
_ J'y arriverais pas… pas sans toi à mes côtés…
Elle appréhende la réponse de Régina, quelle qu'elle soit.
_ Cela va de soi, Emma.
Emma sourit et leurs mains se serrent jusqu'à en faire pâlir leurs phalanges. Elles se regardent enfin droit dans les yeux, elles se soudent et trouvent les réponses, le réconfort et la force dont elles ont besoin. Elles comprennent qu'ensembles, elles ont de réels pouvoirs, magiques, psychiques et émotionnels. Un courant passe entre elles, un courant unique et hors du commun. Elles en ont même un peu peur, là tout de suite, dans cette voiture, au milieu de la nuit.
Un goût d'interdit les mets mal à l'aise quelques instants. Emma sent sa gorge sa nouer. Elle inspire profondément et c'est l'effluve enivrante du parfum de Régina qui l'envahit comme il a envahi tout l'habitacle de sa voiture. Régina prend la même inspiration et ses yeux vacillent autant que son cœur. Elle sent, elle ressent des choses nouvelles, et complétement assommantes pour elle. Emma, rien que par sa présence, la pousse à être honnête, en réalité, elle ne peut plus rien lui cacher, pas même ses émotions profondes et enfouis. Plus maintenant, plus après la nuit dernière. Et comme si Emma était sonnée par le même sentiment, elles ne communiquent plus avec des mots, mais des regards.
Pendant de longues minutes, les yeux dans les yeux, elles s'avouent que le choc de la nuit dernière résonne encore en puissants échos dans leurs tympans et dans tous leurs corps. Comme si du haut de leur petit nuage, sur lequel elles avaient flottées toute la journée, elles réalisaient enfin toute l'étendue des sous-entendues que cela implique dans leurs vies. Elles s'avouent qu'elles ne voudraient revenir en arrière pour rien au monde mais que le prochain pas vers l'avenir, les terrifient de toutes part.
Le regard tendre de Régina à l'effet d'une caresse sur Emma. Comme si ce simple regard pouvait dénouer le nœud qui lui nouent l'estomac. Le sourire d'Emma en réponse, est tel un baiser léger pour Régina qui se souvient de la pulpe de ses lèvres contre les siennes dans un élan qui emporte son cœur au passage.
Elle n'y tient plus, peu importe les doutes qui l'assaillent à cet instant, elle ne pense qu'à une seule chose en permanence : l'embrasser.
Rien qu'un regard qui s'évade et s'attarde sur sa bouche et Emma comprend et consent.
Elle s'humidifie les lèvres par reflexe et se penche imperceptiblement. Elles sont déjà très proches dans sa petite voiture, leurs souffles se mêlent, leurs yeux vacillent et les mèches de cheveux blonds et bruns s'entrelacent juste avant que ce ne soit leurs lèvres.
L'élan qui les avait poussés la nuit dernière à se lier au-delà de ce qu'elles auraient pu jamais imaginer, repris son droit et les entraina dans un baiser passionné qui se voulait plus tendre les premières secondes mais qui dégénéra bien vite. Malgré leurs doutes et leurs peurs, ce baisé ne reflète que la passion et l'envie dévorante qui les habitent depuis peu de temps. Depuis ce fameux soir chez Jack. Ce soir où l'alcool et les notes de musique avaient joués leur rôle à merveille.
Leurs lèvres communiquent entre elles sans que Emma ou Régina ne puissent contrôler ce qu'elles se disent et dans un dernier souffle, à contre cœur, elles se séparent. Seulement quelques instants avant de succomber encore et encore à ce désir de se lier par n'importe quel moyen.
Les mains et les lèvres ne répondent plus à la seule petite voix faiblarde dans leurs têtes qui tente de les arrêter. Puis Régina y met un terme en pensant une demie seconde à Henry qui dors dans la maison vide.
Le sixième sens de Régina est encore altéré par ce baiser qui prend toute la place dans ses pensées alliées aux flashs insaisissables de leur nuit ensemble. Mais cette petite voix avait raison de l'interpeller car à l'étage, dans le manoir, au pied du lit d'Henry, un papillon de nuit se pose.
Régina se recule et quitte à demi l'étreinte d'Emma. Les yeux encore clos, elle tente de trouver la force de se contrôler un minimum.
_ Emma… je dois rentrer…
_ Je sais… et moi je dois passer voir si Jack est toujours reclus chez lui.
_ Quoi ?! Tu vas encore là-bas toute seule ? Hurle presque Régina
_ Oui, bien sûr, il faut bien le surveiller.
_ Emma… je n'aime pas ça…
La peur apparait dans son regard et Emma prend peur à son tour. Mais la sienne n'a rien à voir avec le fait d'aller seule au Manoir. Non, sa peur est toute autre. Sa peur à elle, c'est ce sentiment qui pénètre en elle, ce sentiment qui lui fait dire que plus jamais elle ne veut être loin d'elle. Ce sentiment si fort qu'elle a presque du mal à mettre des mots dessus. Elle ne veut pas la voir si inquiète, elle reconnait ce regard, c'est le même que quand elle a peur pour Henry. Elle sent ce lien entre elles qui s'est créé et qui s'amplifie petite à petit, là où elle aurait pensé que ce n'était qu'une crise de folie passagère. Elle se rend à l'évidence. Si Régina ne l'avait pas embrassé en entrant dans la voiture, c'est elle qui l'aurait fait. L'évidence. Le lien entre elle, elle le voit maintenant.
_ Régina… je…
Sa voix se casse. Ce lien, il est trop lumineux pour pouvoir encore le regarder en face. Régina penche la tête et cherche dans son regard à savoir ce qu'elle tente de dire.
_ Je… ferais attention, ne t'en fait pas.
Bien évidement Régina n'est pas dupe, ce n'est pas ce qu'elle voulait dire en premier et elle s'était rattrapé aux branches comme elle avait pu. Régina sourit tendrement.
_ Tu es grande fille je le sais, mais je m'inquiète et Jack est … sournois, en plus du reste. Ne t'approche pas trop du Manoir, s'il te plait.
_ Depuis quand tu t'inquiètes comme ça pour moi ?
Emma ouvre des yeux ronds, sa question est sortie toute seule, une impulsion, un besoin de savoir. Régina hésite, ça se lit dans son regard.
_ Je … je ne sais pas Emma. Je… j'ai l'impression que mon Monde s'est inversé, que j'aime ce que je détestais, que je m'inquiète des choses qui me réjouissait avant… je ne peux pas te dire depuis quand Emma, mais …
Régina se tait. Ce n'est ni le lieu ni le moment de parler de ce qui s'est passé ces derniers jours et de ce qu'elle ressent, et puis ses pensées sont si confuses qu'elle ne dirait rien de bien.
_ Emma, je ne crois pas être en mesure de comprendre tout ce qui se passe en ce moment, je …
_ Je suis paumé aussi 'Gina.
Elles se regardent de nouveau, elles se sourient tendrement.
_ Mais je ne veux pas que ça s'arrête… et je pensais vraiment ce que je t'ais dit cette nuit.
Régina dépose un délicat baisé sur ses lèvres comme pour lui répondre qu'elle non plus ne veut pas que cela s'arrête ainsi, comme une promesse qu'un jour venu, elles comprendront et accepteront ce qui se passe vraiment entre elles et que les aveux de la nuit n'étaient pas des mensonges. Mais elles savent que l'instant avait été si magique qu'elles n'avaient pu se mentir, ni l'une à l'autre, ni à elles-mêmes.
Elle sourit avant de sortir en silence de la voiture et de rentrer.
En entendant la porte d'entrée du Manoir, Jack s'évapore. Henry dort. Jack est seulement rester au pied du lit à le regarder dormir. Il nourrit de nouveaux espoirs. Il se dit que si Henry n'est pas encore l'Auteur, il aimerait le prendre sous son aile et en faire son tout nouvel acolyte.
Emma reprend la route. Elle conduit jusqu'au cul de sac en forêt et file jusqu'aux abords du Manoir. Des rayons de lumière passent à travers les embrasures des rideaux par pratiquement chaque fenêtre. Jack vient de rentrer, il sait qu'Emma est là, il bouge volontairement un rideau pour signifier sa présence dans le Manoir. Il est malin, il pense mener tout le monde en bateau, il a senti une faille qu'il pouvait utiliser. Il a pressenti la force d'attraction de ses deux femmes qui se sont introduites chez lui. Il veut Henry. Il veut donc les éliminer et elles semblent toutes deux distraites. C'est parfait.
Emma rentre chez elle. Elle reste un long moment à la porte de sa chambre, les draps sont toujours en fouillis, les bougies consumés sont toujours à leur place et la cire s'est figé, et l'odeur de Régina est probablement encore sur les oreillers. Elle reste là, le regard dans le vide à revivre la nuit qu'elle a passé avec elle. Elle sent son cœur se gonfler, elle sent ce besoin oppressent et tout nouveau d'être avec elle. Elle respire profondément et trouve le courage de rejoindre son lit. En se déshabillant, elle sent quelque chose sous son pied, elle se penche et cherche dans la pénombre. C'est le bouton de chemise de Régina, celui qu'elle a fait craquer volontairement pour la faire enrager. Elle le sert au creux de sa paume et rejoint son lit, elle s'y affale et fermes les yeux.
Il est minuit quand elle sombre dans le sommeil. Il est minuit aussi quand Régina ferme enfin les yeux et s'endort après avoir longtemps tourné en rond dans sa chambre et retenue ses larmes. Elle avait finalement cédé et craqué sous le poids des événements et sous le coup de cette folle abstraction qu'est devenue son esprit, son coeur et sa lucidité. Elle avait eu l'impression de devenir complétement hystérique pendant quelques secondes tellement tout s'emmêlait dans sa tête. Et puis elle avait décidé de ne pas se faire subir cela, de ne pas céder à la folie en s'évertuant à aller contre l'idée d'aimer sa pire ennemie.
Et finalement elle avait cessé de lutter. Elle avait laissé les larmes s'échapper pour enfin pouvoir se sentir un peu mieux. Elle se remettait en question comme jamais elle ne l'avais fait dans sa vie, et finalement elle accueillait ses larmes comme la part d'humanité qu'elle pensait avoir perdu, cette part d'elle-même qui veut aimer et être aimer. Elle fait une trêve dans la lutte qu'elle mène contre elle-même chaque instant de chaque jour depuis des années et ce soir, elle décide de déclarer la Paix, elle décide d'accepter tout ce qu'elle ressent peu importe les conséquences.
Elle ignorait alors qu'en s'endormant, à l'autre bout de la ville, au même instant, Emma laissait une larme couler sur sa joue et s'endormait aussi.
