Notes de l'autrice : Je m'étais promis en commençant cette fic de ne pas dépasser 10 chapitres. Du coup, en arrivant au dixième chapitre, j'avais encore tellement de vidéos à écrire pour boucler l'histoire que ce chapitre est monstrueusement long. C'est pour ça que ça m'a pris tant de temps pour l'écrire. Merci pour votre patience, et pour avoir suivi cette fic jusqu'au bout !
Merci à mon meilleur ami Jackallh qui m'a poussée à écrire cette histoire et m'a motivée et encouragée de bout en bout !
Et merci à vous tous pour vos gentilles reviews et votre enthousiasme, notamment aux Guests comme Lou, Penny ou Personne inconnu à qui je ne peux pas répondre directement depuis le site !
Personne inconnu voulait savoir quelles chaînes Youtube je regarde et pourquoi, alors je vais vous en citer quelques unes que j'aime beaucoup et qui m'ont inspirée : Markiplier, Amixem, Ici Japon, Doc Seven, Le Joueur du Grenier, Primum Non Nocere, Le Fossoyeur de films, Vet Ranch, Wildlife Aid, Nota Bene, A Chick called Albert, E-penser, Le Grand JD, Confessions d'Histoire, et encore plein d'autres ! C'est selon mon humeur du moment, mais j'aime bien les tranches de vie, la vulgarisation, les sketchs, ou juste des vidéos de chatons et de chiots :p
Bonne lecture !
oOo
TAMA EN LIVE – du lolcat 24/7 ! [[LIVE]]
Il y a fort à parier que ce sont les réseaux sociaux qui vous ont amené à cliquer sur ce tout nouveau livestream. Que ce soit via Twitter, Facebook, Instagram ou Tumblr, Metal Bat a ratissé large pour rameuter toute la masse de ses fans. L'algorithme Youtube aura fait le reste pour mettre cette vidéo en avant dans les tendances actuelles.
Toujours est-il que ça a commencé depuis quelques minutes déjà lorsque vous arrivez, votre présence enflant un peu plus le nombre de viewers qui dépasse rapidement la dizaine de milliers. Ce que vous voyez en premier, c'est le visage de Zenko en gros plan. Les cheveux retenus en arrière par une barrette rose à motif floral qui dévoile son large front, la fillette fronce les sourcils d'un air concentré.
« Ça y est, j'ai réussi à la fixer sur le collier !
La caméra s'éloigne un peu, et au vu de l'angle, elle la tient désormais à bout de bras. Derrière elle, vous pouvez voir un salon tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Metal Bat est assis sur le canapé avec sa batte à ses côtés, pianotant sur son téléphone portable avec une telle vitesse que ses pouces sont à peine visibles.
- Grand frère, tu en es où ? lance Zenko en lui jetant un coup d'œil impatient par-dessus son épaule. Tout est prêt, là !
Metal Bat redresse la tête, les cheveux aussi parfaitement gominés et sculptés qu'à son habitude. Il adresse un sourire débordant de tendresse à sa sœur, et brandit son téléphone d'un air triomphant.
- J'ai fini ! L'info est diffusée sur tous les réseaux sociaux, les gens devraient affluer maintenant. Je pense que tu peux commencer !
Zenko acquiesce et observe autour d'elle d'un regard inquisiteur.
- Où est passé ce gros patapouf de Tama ? Ah ! Te voilà !
L'image se trouble un moment, mais la mise au point se fait automatiquement. Vous voyez la petite main de Zenko se tendre vers le gros chat blanc qui s'est perché sur le meuble de la télévision, et vous l'entendez souffler sous l'effort quand elle le soulève et le ramène contre sa poitrine. Elle tente de diriger la caméra pour les cadrer tous les deux : elle, levant le menton d'un air satisfait, et lui, secouant mollement la queue et lâchant un miaulement ensommeillé.
- J'ai remarqué que les vidéos de mon frère qui avaient le plus de succès étaient celles avec Tama, et vous connaissez peut-être ma page Facebook « Le monde de Tama » où je mets des petites vidéos bonus sur lui ! Je veux vous donner encore plus de Tama, alors j'ai eu une idée…
- Une excellente idée ! commente la voix de Metal Bat hors champ. Ma petite sœur est la plus intelligente du monde ! La meilleure ! La plus forte !
Les joues de la fillette rosissent d'embarras et elle roule des yeux exagérément.
- Maiiiis, arrête, grand frère ! Je t'avais demandé de pas faire ça quand je suis en live !
- Pardon sœurette ! Vas-y, continue, je ne dis plus rien. Motus et bouche cousue.
Zenko esquisse une moue boudeuse et vrille à nouveau son regard aigu sur la caméra en rajustant le chat qui avait commencé à glisser de son bras.
- Bon, je disais : j'ai eu une idée. Pour vous faire partager le quotidien de Tama 24h/24, je vais attacher autour de son cou ce collier équipé d'une mini caméra connectée. C'est avec elle que je suis en train de filmer, là.
Comme pour le prouver, elle bouge un peu le bras, et l'image se balance comme un pendule. Le chat observe le mouvement d'un air intéressé et lève une patte pour essayer de taper la caméra.
- À partir de maintenant, vous pourrez voir ce que fait Tama à tout moment, de son point de vue ! sourit Zenko. Je vais attacher le collier, vous allez voir.
L'image se renverse, et pendant quelques instants tout bouge. Vous voyez une fraction de plafond, un bout de table basse, l'uniforme de lycéen de Metal Bat, un océan de fourrure blanche.
Puis, tout se stabilise sur un panorama du salon à ras du sol. Vue imprenable sur les pieds de Metal Bat, ainsi que sur un emballage vide de barre chocolatée qui traîne sous le canapé avec un ou deux moutons de poussière pour lui tenir compagnie.
Le visage et les épaules de Zenko réapparaissant dans le champ – elle s'est mise à quatre pattes et penchée pour être au niveau de la caméra.
- On dirait pas comme ça, mais Tama a une vie personnelle très riche ! La porte d'entrée est équipée d'une chatière et il est libre d'aller et venir comme il veut. Il défend son territoire dans le quartier et ça lui arrive de se battre avec d'autres chats ou de squatter chez les voisins pour leur piquer de la nourriture. Je vous garantis que vous allez pas vous ennuyer. Vas-y Tama, montre-leur !
Bien sûr, vous ne pouvez pas voir la tête que fait Tama, mais la caméra s'affaisse d'un coup. Le chat s'est visiblement allongé et vous l'entendez bailler, juste avant que la moitié de la caméra soit envahie par de la fourrure blanche.
Zenko fronce les sourcils et fait une moue agacée.
- Ah non, ne fais pas la sieste maintenant ! Il y a 17 milliers de personnes qui te regardent ! Fais des trucs, allez !
Elle tente de le soulever, mais les pattes du chat pendent mollement, ne faisant aucun effort pour tenir debout. Vaincue, elle le laisse s'affaler à nouveau.
- Tama ! C'est pas gentil !
À la détresse dans la voix de sa sœur, Metal Bat se lève du canapé – vous voyez ses pieds s'approcher, et il s'accroupit en passant un bras réconfortant sur les épaules frêles de Zenko.
- T'en fais pas, petite sœur. Un chat, ça pionce 70 % du temps, les gens le savent. Je t'assure qu'ils regarderont quand même et seront là quand Tama décidera de se bouger. Je te le promets, ok ?
Zenko acquiesce d'un air boudeur, les poings serrés sur sa robe rose couvrant ses genoux.
Son frère se penche bien à son tour pour regarder droit dans la mini-caméra du collier.
- On continuera à faire des vidéos sur Tama et vous aurez toujours « Le monde de Tama » sur Facebook, mais avec ce livestream vous pourrez suivre la vie trépidante d'un chat. Je compte sur vous pour ne pas en louper une seconde ! »
Il lève le pouce avec un sourire lumineux. Sa sœur et lui disparaissent hors champ.
Il n'y a plus que du silence. Vaguement, au loin, si vous montez bien le son, vous pouvez entendre des voix étouffées venant d'une autre pièce, le vrombissement sourd d'une voiture passant dans la rue, et la respiration calme et apaisante du chat.
Le nombre de viewers chute au bout de quelques minutes face à l'inaction. Mais il reste tout de même plusieurs milliers de personnes fidèles au poste qui se déchaînent dans le chat en direct, commentant la vidéo avec enthousiasme, même alors qu'il ne se passe rien. Le passage d'une mouche ou le changement de position de Tama suffit à les combler de joie et à inonder le chat de commentaires en capslock. La nature humaine peut être bien étrange, parfois.
Tuto #1 – Comment déboucher un évier ? [17 minutes et 32 secondes]
Il est rare que Youtube mette en avant la toute première vidéo d'une chaîne qui vient juste d'être créée. Mais si cette nouvelle chaîne intitulée « Les petits tutos de Kuseno pour une vie adulte réussie » vous est apparue comme suggestion, c'est probablement parce que ses deux premiers abonnés ne sont nuls autres que Saitama et Genos, ce qui n'est pas rien vu qu'ils font officiellement partie du Top 10 des plus gros Youtubeurs au niveau mondial, suite à leur succès fulgurant de ces derniers mois.
Bref. Cette vidéo n'a pour l'instant que quelques dizaines de vues et 3 likes, mais vu qu'il s'agit de l'oncle de Genos, il y a des chances que la chaîne connaisse bientôt un petit succès.
Le plan est large, cadrant le buste et la tête de Kuseno dans sa cuisine. Comme toujours, il porte une blouse blanche de scientifique, et sa coupe au bol grise est impeccable, il n'y a pas un cheveu qui dépasse. Se frottant les mains, il va droit au but, un sourire aux lèvres :
« Bonjour à tous ! Aujourd'hui, je vais vous apprendre ce qu'il faut faire en cas d'évier bouché.
Et sans transition, le plan change. Cette fois, on le voit de profil en plan rapproché au-dessus d'un évier plein d'eau sale à ras bord. Il lève un doigt avec un petit air de professeur.
- Parfois, les éviers se bouchent. Ce sont des choses qui arrivent. À moins que votre évier ne soit équipé d'un broyeur, les déchets et la nourriture finissent toujours par s'accumuler dans le tuyau et gêner l'écoulement de l'eau. Bien sûr, vous pouvez l'éviter en utilisant un filtre comme celui-ci…
Sa main apparaît, montrant en premier plan un filtre en métal tout à fait basique.
- Il en existe en plastique ou en métal, vous pouvez les acheter dans n'importe quelle grande surface. Ça évite que le plus gros de la nourriture ne se retrouve coincée dans la tuyauterie.
Sa main disparaît à nouveau, et il dirige la caméra vers l'évier, pour bien montrer que l'eau stagne et ne s'écoule pas du tout.
- Mais même avec toutes ces précautions, il arrive que l'évier – ou le lavabo, d'ailleurs, ça compte aussi pour les lavabos – se bouche. Et là, que faut-il faire, mh ?
Changement de plan. Gros plan sur Kuseno qui fait semblant de taper un numéro sur son téléphone portable d'un air exagérément paniqué.
- Appeler un plombier ? dit sa voix en off.
Une énorme croix rouge apparaît pour barrer l'écran avec un son typique de réponse fausse dans les jeux télévisés.
- Inutile pour quelque chose d'aussi simple ! Vous allez payer cher pour quelque chose que vous pourriez faire vous-mêmes très facilement !
Nouveau plan, vue en pied de Kuseno qui brandit une bouteille de produit chimique et la vide dans l'évier avec un mouvement théâtral.
- Vider dans l'évier un produit pour dissoudre le bouchon ?
À nouveau, croix rouge et bruit indiquant que ce n'est pas la bonne solution.
- Non ! Ces produits sont dangereux pour les canalisations à long terme, et ne peuvent déboucher un tuyau trop encombré !
Kuseno surgit dans la cuisine déguisé en chevalier, son armure et casque faits en carton, et brandissant théâtralement une ventouse à manche comme s'il s'agissait d'une épée.
- Utiliser une ventouse ?
Cette fois au lieu d'une croix rouge, c'est un point d'interrogation orange qui apparaît, avec en fond notre Kuseno chevalier qui fait semblant de lutter pour déboucher l'évier comme s'il s'agissait d'un combat épique.
- Parfois ça peut marcher, mais ce n'est pas toujours facile à manier ni efficace !
À nouveau habillé normalement, Kuseno se caresse le menton face caméra d'un air perplexe. Tout un tas de petits points d'interrogation apparaissent autour de lui avec des plop sonores.
- Mais alors, que faire ?
Kuseno récupère sa voix et enfile une paire de gants en latex rose en plan rapproché.
- Hé bien c'est très simple, il va falloir vous salir un peu les mains ! Ou alors mettez une paire de gants pour garder vos petits doigts propres. Mon conseil est d'aller chercher le bouchon là où il est, c'est à mon sens le plus simple, le plus écologique et le plus efficace.
Il s'accroupit, et la caméra le suit, filmant le dessous de l'évier qu'il éclaire avec une lampe de poche. Il pointe du doigt les tuyaux.
- C'est ici que ça se passe, les enfants ! Vous voyez, ça ? C'est le siphon. La plupart du temps, il suffit de le dévisser. Mais avant ça, pensez à placer un seau ou une cuvette en-dessous, sinon vous allez mettre de l'eau sale partout.
Une main – probablement la même personne qui tient la caméra – lui tend un seau, et Kuseno le place sous le siphon. La caméra s'approche pour filmer en gros plan le siphon qui se fait dévisser et se détache. Et en effet, une trombe d'eau sale se déverse dans le seau, avec en prime des bouts d'épluchures et autres déchets alimentaires.
- Et voilà, c'est aussi simple que ça ! Il ne vous reste plus qu'à nettoyer le siphon avec de l'eau et du liquide vaisselle avant de le revisser. Si malgré tout cela votre évier reste bouché, c'est que l'encombrement est plus loin.
Kuseno montre du doigt les tuyaux.
- Et là, le principe est le même ! Il vous suffit de déboîter tout, nettoyer chaque part individuellement, et tout remettre sans oublier les joints.
En accéléré, vous voyez le siphon être revissé et Kuseno se relever.
- Et le tour est joué, regardez !
Kuseno ouvre le robinet, et lève le pouce d'un air triomphant quand l'eau s'écoule normalement.
Changement de plan à nouveau. Kuseno se trouve cette fois assis à son bureau.
- Voilà, c'était ma première vidéo, j'espère qu'elle vous sera utile. J'ai été inspiré par la passion de mon neveu et de son ami que j'héberge en ce moment, et j'ai eu envie de me lancer moi aussi dans le « Youtube game » comme disent les jeunes d'aujourd'hui. Sur ma chaîne, je vous proposerai des tutoriels pour réaliser des tâches simples que tout adulte devrait savoir faire, et que l'école ne vous apprend pas. Il s'agira aussi bien de cuisine que de paperasse administrative, de réparations électriques ou plomberie, d'informatique, de couture, et bien d'autres choses encore ! N'hésitez pas à me demander en commentaire s'il y a un problème que vous souhaitez que je vous aide à résoudre ou une question que vous vous posez, et je ferai une vidéo à ce sujet !
Il effectue un geste maladroit de la main, essayant visiblement de reproduire un salut de jeune branché.
- Aurevoir les jeunes ! »
TAMA EN LIVE – du lolcat 24/7 ! [[LIVE]]
Après des heures de sieste, Tama relève la tête. La caméra bouge légèrement, avant de basculer quand le chat lève sa patte arrière et allonge le cou pour… se lécher les testicules. Offrant à la mini-caméra et aux milliers de viewers une vue sur les deux petites boules couvertes de fourrure blanche. Sa langue râpeuse nettoie consciencieusement ses attributs. Dans le chat en direct défilent les commentaires sur le fait que l'animal n'est pas castré, sur la violation de la vie privée de Tama, une infinité de LOL, de MDR et de PTDR et d'autres commentaires hilares qui donnent aux modérateurs bien du travail.
Ne réalisant pas l'effet comique et hautement divertissant de sa toilette sur des milliers d'internautes humains désœuvrés, Tama poursuit en passant à l'anus.
Des Youtubeurs réagissent à la déclaration d'amour de Genos – [12 minutes et 22 secondes]
Fubuki arque un sourcil, assise à une table sur un fond uni. Au bas de l'écran, un encart indique son nom en lettres capitales.
« Je n'ai pas la moindre idée de ce que je fais là.
Il n'y a rien sur la table à part un ordinateur portable ouvert devant elle. La caméra la cadre en buste – ses bras sont croisés sous son opulente poitrine que l'on ne peut ignorer tant son haut noir est décolleté.
- C'est pour un challenge, lui répond une voix hors-champ.
Difficile de dire s'il s'agit d'une voix de femme un peu éraillée, ou celle d'un adolescent pré-pubère. Seuls ceux qui connaissent déjà bien la chaîne savent qu'il s'agit d'un jeune fils à papa au menton en forme de postérieur qui veut jouer au Youtubeur et utilise l'argent de son père pour se faire une influence et des contacts.
Fubuki rit, replaçant une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle esquisse un sourire prédateur.
- J'adore les challenges.
Une musique de générique entraînante commence, et l'écran est envahi de lettres en 3D qui tournoient pour former le titre de la vidéo sur fond coloré et décoré de bouches hilares.
La table réapparaît, mais cette fois ce n'est pas Fubuki qui y est assise, mais un vieillard aux sourcils broussailleux et un jeune roux qui a l'air d'un cancre, côte à côte, vêtus d'un kimono blanc.
Un encart apparaît sous eux, indiquant « BANG & CHARANKO ».
- Bon ! reprend la voix hors champ. Je vous ai invités parce que j'ai un défi pour vous !
Charanko se craque les poings en essayant de prendre un air imposant.
- Ok. On est prêts. Contre qui il faut se battre ?
Léger rire de la voix hors champ.
- Non, il ne s'agit pas de combat ! Je vais vous montrer une vidéo que je me suis assuré que vous n'avez pas encore vue, et le défi est de ne montrer aucun signe de surprise sur votre visage !
Bang croise les bras, l'air peu impressionné.
- J'accepte le défi. À mon âge, plus rien ne peut me surprendre.
- Ouais ! renchérit Charanko fièrement. Maître Bang est mais genre SUPER VIEUX, vous pourrez pas le surprendre !
Bang se renfrogne, glissant un regard vexé vers son élève.
Maître et élève disparaissent, et cette fois c'est Metal Bat qui est assis à la table, faisant lentement tourner sa batte métallique sur son épaule. Il est assis comme un voyou, l'air peu ravi. L'encart indiquant son nom apparaît au bas de l'écran.
- Ne pas être surpris ? C'est ça ton challenge ? C'est pour ça que tu m'as interrompu en plein montage pour me faire venir d'urgence ?
- Oui, répond la voix d'un ton léger. C'était important que je contacte les Youtubeurs très vite avant qu'ils ne voient cette vidéo, vu le buzz que ça commence à faire. Pour l'authenticité des réactions, tu vois.
Metal Bat roule des yeux et se penche en avant, posant ses coudes sur la table.
- Si ça peut te faire plaisir. Je marche.
Un dernier guest apparaît à la place de Metal Bat, mais cette fois-ci, c'est un peu différent. Déjà, la table, le fond et la lumière ne sont plus les mêmes. Et surtout, le jeune homme assis derrière la table est menotté. Ses longs cheveux bruns sont attachés en queue de cheval haute, et il porte un uniforme gris un peu trop large pour lui avec un numéro cousu. Il arbore un air méfiant et patibulaire. Un encart apparaît au bas de l'écran avec son nom : « SONIC LE FOUDROYANT ».
- Tu veux… que je regarde une vidéo.
- En essayant de ne pas avoir l'air surpris, oui.
Sonic plisse les yeux d'un air suspicieux.
- Pourquoi ?
- Pour faire le buzz ! Les gens voudront te voir réagir à cette vidéo, ça va faire décoller ma chaîne. Je débute tout juste sur Youtube, donc je vois les choses en grand.
- Comment un gamin prépubère comme toi s'est-il démerdé pour entrer dans la prison et avoir les autorisations pour me parler seul à seul ?
- Facile, mon père est un chef d'entreprise très influent et ma mère est ministre de la Justice. Bon, tu vas la regarder, cette vidéo ?
Sonic secoue la tête lentement en ricanant, l'air désabusé.
- Qu'est-ce que j'y gagne ?
- J'sais pas, moi. Un meilleur avocat pour ton procès ? Ça te va ?
Sonic sourit, son sourire s'élargissant jusqu'à montrer toutes ses dents et lui donner un air de psychopathe.
- Deal. Envoie ta vidéo.
Sonic disparaît pour laisser place à Fubuki qui baisse les yeux sur l'ordinateur portable. Dans un cadre en haut à droite apparaît le replay de la vidéo où l'on voit Genos s'installer à la table des invités du plateau télé – on entend vaguement les applaudissements et cris du public. Cette vidéo, vous l'avez probablement déjà vue, celle où Genos a révélé malgré lui ses sentiments pour Saitama en direct à la télévision. Le titre de la vidéo a été masqué pour ne pas gâcher l'effet de surprise.
Fubuki, elle, n'a vraisemblablement jamais vu cette vidéo. Ou alors c'est une excellente actrice.
- Oh, j'ai déjà été invitée dans cette émission l'année dernière.
Son sourire se fane lorsqu'elle voit sa grande sœur Tatsumaki à l'écran, assise aux cotés d'Amai Mask. Elle pousse un soupir agacé.
- J'espère que c'est pas pour parler de ma sœur que tu m'as fait venir, petit.
- Oh non, rassure-toi, ce n'est pas le cas. Continue à regarder.
Fubuki semble sceptique, mais décide de balayer le doute d'un geste élégant et hautain.
- Soit.
La vidéo revient sur Bang et Charanko qui se penchent sur l'écran de l'ordinateur.
- Oh, c'est Genos-kun. Un brave garçon, très talentueux. J'espère un jour pouvoir faire une vidéo avec lui. Je suis sûr qu'il serait bon en arts martiaux, et ça apporterait beaucoup de prestige à la chaîne.
Charanko tique, visiblement jaloux.
- On a pas besoin de lui pour faire des vidéos, maître !
La vidéo change à nouveau pour montrer Metal Bat qui regarde l'extrait en se balançant sur sa chaise comme le ferait un cancre au fond de la classe, un pied sur le bord de la table.
- Une émission tv, ok… Ah, Genos est invité. Je pensais qu'il était contre ce genre de conneries à la télé. Tiens, Saitama est pas avec lui ? C'est la première fois que je les vois pas ensemble depuis que Saitama s'est incrusté chez Genos.
Justement, à ce moment là, on entend le présentateur demander à Genos pourquoi il a accepté l'invitation, et pourquoi Saitama n'est pas avec lui.
Metal Bat n'a pas l'air impressionné par la réponse de Genos. Plutôt amusé, même.
- « Défendre son honneur » ? Genos je t'aime bien mais tu te goures tellement de siècle, mon pote… Faut te relaxer un peu, des fois.
Sonic, lui, regarde l'extrait en mimant un bâillement ostentatoire.
- C'est ça qui est censé me surprendre ? Je sais déjà que mon rival Genos est complètement obsédé par l'autre crâne d'œuf. Tu m'apprends rien.
À la remarque acerbe de Tatsumaki dans la vidéo, Sonic lâche un ricanement amusé.
- Ouais, bien dit ! Je l'aime bien, elle.
S'ensuit la réaction de Fubuki, qui se contente de arquer élégamment un sourcil.
- Hé bien. Quelle intensité. Je ne sais pas trop ce que Genos trouve de si extraordinaire chez ce Saitama. Je ne le cache pas, je le trouvais médiocre, je l'ai évoqué dans ma vidéo sur le classement des Youtubeurs. Même si je ne vois pas ce que Saitama apporte à Genos, je dois admettre que leur association semble fonctionner, et qu'il m'est arrivé dernièrement de regarder une ou deux de leurs vidéos. Ce n'était pas exceptionnel, mais divertissant.
Quand le présentateur de télévision évoque les fanfictions et fanarts saigenos, Fubuki éclate de rire.
- J'ai vu certaines de ces… œuvres. Les fans ont beaucoup d'imagination, c'est le moins qu'on puisse dire. C'est aussi touchant qu'absurde qu'ils aillent s'imaginer des choses pareilles.
Bang, lui, regarde la vidéo d'un air sévère sans rien laisser transparaître sur son visage. Charanko reste bouche bée devant le fanart, et rougit jusqu'à la racine des cheveux quand l'œuvre plus explicite est montrée.
Metal Bat se renfrogne, l'air mécontent.
- Je suis sûr que ce type n'a même pas demandé l'autorisation à l'artiste pour montrer ces dessins. Les fans font des trucs un peu tordus parfois – je sais qu'il y a quelques fanarts et fanfictions sur moi aussi – mais ils font de mal à personne, ils s'amusent entre eux, c'est pas bien méchant. Je peux pas blairer ces mecs de la télé qui décident consciemment de mettre leurs invités mal à l'aise en direct pour faire marrer l'audience.
Quant à Sonic, la scène le fait ricaner comme une hyène.
Le présentateur tv demande alors explicitement à Genos s'il y a quelque chose entre Saitama et lui. S'enchaînent les réactions des guests :
- Que c'est vulgaire, dit Fubuki en pinçant ses lèvres peintes de rouge. Il y a plein de questions beaucoup plus intéressantes qu'il pourrait lui poser, à propos de ses voyages, de sa technique, de ses collabs avec d'autres Youtubeurs connus… Au lieu de s'abaisser au niveau des fans de Genos !
- Je ne m'étais jamais posé la question mais ils feraient un joli couple… marmonne Bang en se caressant le menton, ce qui lui vaut un glapissement choqué de Charanko.
- Il a fini d'emmerder mon pote avec ses questions à la con, ce connard de présentateur de mes deux ?! s'énerve Metal Bat en agrippant sa batte comme si l'envie de défoncer l'ordinateur portable le démangeait.
- Oh oui, dis-nous, Genos… susurre Sonic avec un sourire carnassier qui lui dévore le visage.
Lorsque Genos s'énerve et insulte Tatsumaki, Metal Bat affiche un air fier et lève le pouce en l'air, tandis que Fubuki cligne des yeux, visiblement sous le choc et peut-être un brin admirative.
Et enfin, quand arrive le clou du spectacle – la déclaration involontaire que Genos crie à la face du monde – les réactions sont très différentes selon les guests.
Metal Bat qui se trouvait en équilibre instable le pied sur la table en balançant sa chaise vers l'arrière, ouvre de grands yeux en s'étranglant avec sa salive, et tombe à la renverse. Vous ne pouvez plus voir qu'un pied en l'air, mais c'est un pied très expressif qui illustre bien son état de stupeur.
Charanko se plaque une main sur le visage en grimaçant.
- Outch, ça c'est de l'epic fail de compétition ! Je suis pas fan de Genos mais j'ai trop honte pour lui, là, le pauvre. À sa place j'irais m'exiler sur une île déserte après avoir changé de visage et de nom.
Bang n'a même pas sourcillé en regardant la déclaration de Genos. Il hausse vaguement les épaules.
- Il s'est laissé porter par la fougue de sa jeunesse et la force de ses sentiments. Moi aussi, à son âge, il m'est arrivé…
- Ah non maître, par pitié, ne me racontez plus vos histoires de jambes en l'air de votre jeunesse !
Quant à Sonic…
- Enfin, je tiens ma vengeance !
Le jeune prisonnier serre un poing avec un air de jubilation machiavélique tout à fait flippant. Il renverse la tête en arrière pour rire à gorge déployée. Un rire hystérique qui frise la folie. On jurerait voir une aura maléfique vibrer autour de lui.
- Ta vengeance ? demande la voix hors champ.
Sonic baisse à nouveau la tête, et se met à se frotter les mains.
- Ku ku ku ku… ricane-t-il avec son rictus de hyène sous amphétamines. Saitama va le rejeter et Genos va enfin partager ma souffrance ! Oh, j'ai trop hâte !
- Comment tu peux être sûr qu'il va se faire rejeter ?
- Parce que Saitama n'est pas gay ! s'esclaffe méchamment Sonic. J'ai étudié Saitama de très près, j'ai fouillé chaque mot qu'il a écrit sur Internet. Dans un forum il y a quelques mois, un type qui n'est absolument pas moi a essayé de le draguer, et Saitama a répondu qu'il ne s'intéressait pas aux hommes. Genos va se prendre le râteau du siècle ku ku ku ku ku !
Le ricanement de Sonic laisse place au silence de Fubuki. Elle fronce un sourcil d'un air perplexe.
- C'est quoi ces histoires ? Depuis quand il est gay, Genos ?
Elle prend un air songeur et se caresse le menton.
- Maintenant que j'y pense, c'est vrai que je ne l'ai jamais vu s'intéresser aux femmes dans ses vidéos de voyages, ni montrer autre chose que de l'ennui ou de l'agacement face aux avances de ses groupies… Mais je ne l'ai jamais vu reluquer un homme non plus. Pourtant, joli garçon comme il est, il aurait l'embarras du choix.
Elle hausse les épaules.
- Mais après tout, même les Youtubeurs qui font des vlogs quotidiens et sont des stars mondiales gardent une part d'eux secrète. Je tiens moi aussi à ma vie privée et je respecte ça.
Une musique de générique de fin très similaire à celle du début se lance, avec sur l'écran des icônes cliquables pour suivre les infos de la chaîne sur les réseaux sociaux et le replay des réactions les plus marquantes des guests de cette vidéo. Par-dessus, la voix du gamin pré-pubère :
- Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout ! Oubliez pas de cliquer sur le pouce en l'air, de vous abonner, de laisser un commentaire et de partager cette vidéo avec vos amis ! »
TAMA EN LIVE – du lolcat 24/7 ! [[LIVE]]
Fixée au collier du gros chat blanc, la mini-caméra filme des pieds nus et les roulettes d'une chaise de bureau. Près des orteils qui remuent un peu, il y a quelques miettes sur la moquette – sans doute des chips.
« Bon, vous m'avez assez engueulé la dernière fois parce que j'avais pas exploré toute la zone, alors cette fois…
Tama émet un miaulement, mais la voix de Metal Bat continue sans faire attention à lui.
- … je vais fouiller chaque brin d'herbe, et je veux entendre personne se plaindre que je prends trop mon temps. Et puis ça me dérange pas de faire un peu de farming en butant du sbire, je me ramasserai moins quand on arrivera au boss de fin de niveau.
Nouveau miaulement, plus plaintif et bruyant, cette fois, avec une note déchirante sur la fin. Le chat a dû se redresser, car la caméra filme à présent Metal Bat dans son ensemble. Le jeune Youtubeur est assis à son bureau, casque sur les oreilles et concentré sur son ordinateur. L'écran le nimbe d'un éclat bleuté et mouvant. Sa chambre est plongée dans une douce pénombre, mais à en deviner le rai de lumière qui filtre à travers les rideaux tirés devant la fenêtre, il fait grand jour dehors.
- Le système de combat est quand même vachement cool, continue Metal Bat alors que s'élèvent des bruits d'épée qui s'entrechoquent. La maniabilité est bien foutue et ça fait plaisir de voir chaque ennemi avoir un style différent. Regardez comment il est agressif celui-là, il pisse le sang mais il lâche pas l'affaire !
Tama miaule à nouveau, avec insistance, et le ton agacé dans sa voix est plus qu'évident.
Les pattes blanches du chat trottinent sur la moquette, se dirigeant vers son maître. Arrivé à ses pieds, il lève la tête et se dresse sur ses pattes arrière en prenant appui sur le genou de l'humain. Et là, il miaule, si fort et si longtemps qu'il ne peut plus être ignoré. Metal Bat lui jette un rapide coup d'œil avant de le repousser doucement de la main.
- Arrête tes conneries, Tama, je suis en train de filmer un Let's Play. Ok les gars, je crois que j'ai rien manqué. Vous hurlerez dans les commentaires comme d'hab si j'ai loupé un truc. Je crois que je peux me diriger vers le château maintenant. C'est la nuit, si je passe par les douves sans faire de bruit, je devrais pouvoir prendre le boss par surprise.
Le chat retombe sur ses pattes et reste un moment immobile avant de lâcher un autre miaulement boudeur.
- Pour ceux qui ont pas vu la première partie, je rappelle que le héros est une sorte de chevalier d'un ordre secret qui a prêté serment pour protéger l'équilibre du monde. Une brèche a été créée entre le monde des morts et des vivants, et on doit régler leur compte à tous ceux qui en profitent en utilisant les âmes des morts pour amasser de la puissance. Comme le seigneur de ce château, qui est donc le boss de ce niveau.
Pendant que Metal Bat parle, Tama contourne ses jambes, prend appui sur ses pattes arrière, et fait un bond pour sauter sur le bureau – ce qui est assez impressionnant filmé de son point de vue.
Une fois perché sur le bord du bureau, le chat allonge le cou pour renifler la main qui tient la souris et clique, glissant sur le tapis. Puis, à nouveau, il miaule d'un ton accusateur en regardant son maître.
- Chut, Tama, répond Metal Bat sans même lui accorder un regard. Je bosse, là. Je suis en pleine infiltration d'un château bourré d'ennemis qui veulent me faire la peau, alors faut pas me déranger.
La mini-caméra se tourne – Tama jette un coup d'œil à l'écran. Les connaisseurs reconnaîtront le jeu Eternal Souls qui vient de sortir et dont Metal Bat a mis en ligne la première partie de son Let's Play deux jours plus tôt. Vous avez tout juste le temps de voir sur l'écran les eaux sombres de douves dans la nuit, et le héros qui y marche lentement pour ne pas faire de bruit car deux gardes stationnent sur le pont-levis juste au-dessus.
Le chat s'en désintéresse immédiatement et regarde à nouveau son maître. L'écran lumineux éclaire son visage, ses cheveux gominés, et projette des ombres sous ses yeux.
- MRAAAAAW ! Tama lui miaule à la figure.
- T'as déjà eu à manger y a pas une heure, réplique le lycéen sans même lui accorder un regard. Et le véto dit que tu es trop gros et que tu dois perdre du poids.
- Mraw !
- Hé, reste poli ! Désolé les gars, on dirait que mon chat a décidé de s'incruster. Bon, on continue. Si on plonge là, d'après ce qu'avait dit le forgeron normalement on devrait accéder au puits dans la cour du château. Je peux retenir mon souffle que deux minutes, ça va être chaud. Allez, c'est parti.
Des bruits de clapotis d'eau puis des sons assourdis viennent de l'ordinateur, avec des battements de cœur et une musique inquiétante et aquatique en fond. Les mains de Metal Bat s'agitent sur le clavier et la souris, et ses sourcils sont froncés de concentration.
C'est là que le chat s'avance, se plaçant juste devant l'écran.
- Tama ! Me fous pas ton anus sous le nez, eurgh ! Dégage, je vais me noyer à cause de toi ! Pshhhht. Dégage !
Loin de dégager, le chat s'affale sur le clavier comme un pacha.
- Arghhhh et voilà, je suis mort noyé à cause de toi ! T'es content de ta connerie ?
- Mraw, répond le chat d'un air sarcastique.
Metal Bat essaye de le chasser, mais Tama attrape sa main avec ses deux pattes avant d'y enfoncer ses dents, très joueur.
- Aïe ! Bon, là tu me saoules, Tama ! »
Deux mains géantes viennent soulever le chat et le jettent à terre. Tama retombe sur ses pattes. Puis, en guise de représailles, décide d'aller déchiqueter l'oreiller de son maître pendant que celui-ci continue son Let's Play.
RAP CLASH #17 – SAITAMA & GENOS [2 minutes et 12 secondes]
Une rue déserte. Tatsumaki est adossée à un lampadaire, les mains dans les poches de son bermuda. Elle porte un t-shirt trop ample, et ses cheveux sont sommairement cachés sous un bonnet de bain couleur chair. De toute évidence, le but recherché est de ressembler à Saitama.
Un fond sonore commence à s'élever, typique du rap. Tatsumaki hoche la tête en rythme avec l'air le plus blasé qu'elle puisse afficher.
« Ouais… articule-t-elle en une parodie de la voix traînante de Saitama.
La caméra tourne autour d'elle en s'approchant, avec des filtres pour donner une impression classe.
- Représente… ajoute-t-elle en regardant droit vers la caméra. Saitama est dans la place, ouais… Vas-y balance le son, bro.
La musique augmente en volume quand Tatsumaki se détache du lampadaire pour marcher face à la caméra. Sa démarche est exagérément virile, et elle rythme le flot de ses paroles avec ses mains, façon gangsta rap :
- Pour réussir dans la vie, oublie tout ce qu'on t'a dit. Pas besoin de te faire chier à taffer, pas besoin de talent ou de beauté.
Changement de plan. Tatsumaki est à présent assise sur un futon face à une télévision en se curant le nez.
- Regarde moi j'en fous pas une, continue-t-elle à rapper en s'adressant à la caméra. Mais crois-moi je suis pété de thunes. J'me fais des couilles en or…
Le plan change à nouveau – elle porte à présent le même pyjama que Saitama possède, et ramène la couette sur elle.
- … ouais, même quand je dors !
La musique change, prenant des tons plutôt RnB. La caméra filme à présent une boîte de nuit, et au centre du dancefloor, éclairé par les projecteurs, se tient une femme aux formes plantureuses, de dos. Ses cheveux sont courts et blonds, et elle porte un jean et un t-shirt aux manches déchirées. Quand elle se retourne d'un coup, les connaisseurs reconnaîtront Mosquito Girl, une Youtubeuse sexy qui a supprimé sa chaîne depuis des mois – de toute évidence, elle est déguisée en Genos et porte même une perruque blonde pour ça.
- Mon nom est Genos et je suis un blaireau, chante-t-elle en se déhanchant exagérément.
Des danseurs torse nu et seulement vêtus de shorts en cuir apparaissent derrière et se mettent à danser aussi. Mosquito Girl se caresse la poitrine et les hanches en faisant une duckface.
- Eh ouais je suis un blaireau !
- Trop un blaireau ! lui fait écho Tatsumaki qui apparaît à ses côtés.
Tatsumaki garde des attitudes de rappeur viril, tenant le micro et toisant la caméra de haut, tandis que Mosquito Girl se met à se frotter contre elle en mimant l'admiration. Ce qui, vu leur différence de taille et de mensurations, ajoute au ridicule de la situation.
- Saitama-sensei est vraiment trop cool.
- Ouais je sais bébé.
- C'est pour lui que je shake mon boule.
Genos se tourne et se met à remuer l'arrière-train contre le bassin de Saitama qui y applique une claque.
- Vas y shake shake !
Mosquito Girl sort alors des liasses de billet de nulle part et se met à les jeter sur Tatsumaki, créant sur elle une pluie de fric.
- Je lui donne toute ma Youtube money, parce que je suis sa bitch yeah baby !
Retour au rythme façon gangsta rap. Changement de décor : la boîte de nuit disparaît pour laisser place à l'intérieur d'un supermarché – un Seven Eleven, plus précisément. On y voit Tatsumaki et Mosquito Girl, toujours déguisées en Saitama et Genos, marcher vers la caméra. Tout en rappant, Tatsumaki prend des articles sur les rayons sans même regarder, et les jette dans le panier que porte Mosquito Girl.
- Sérieux Genos qu'est-ce qu'il est con, il croit qu'le soleil brille dans mon fion.
- Maîîître… ! Je vous aimeeeee ! gémit la voluptueuse Youtubeuse en battant des cils comme une écolière.
- Putain mais quel blaireau, soupire Tatsumaki en lui arrachant des mains sa carte bancaire. C'est le roi des blaireaux !
Le décor change à nouveau. Tatsumaki rappe à présent sur un fond vert, et on voit Mosquito Girl lui tourner autour en le filmant, levant le pouce avec enthousiasme.
- Maintenant j'suis une star sur Youtube, et il voit même pas que j'l'entube !
Tatsumaki pointe du doigt son crâne couvert d'un bonnet de bain.
- Mon crâne ressemble à un cul, j'te jure y a plus un cheveu dessus. Ouais je fais de la merde mais j'peux te jurer que comme un teubé tu vas finir par kiffer.
Tatsumaki baisse les yeux sur Mosquito Girl qui s'est mise à quatre pattes devant elle, pour lui cirer ses chaussures de manière servile, cambrée et les fesses bien en l'air.
- Parce que Genos vénère l'air que j'respire…
Le fond vert disparaît, on voit Tatsumaki aux toilettes se relever en faisant mine de finir sa petite affaire, remontant son bermuda, et Mosquito Girl se rue au-dessus de la lunette des toilettes pour prendre béatement des photos du contenu de la cuvette.
- …et la merde que je chie il l'admire ! Ouais, c'est ça d'avoir…
Retour dans la boîte de nuit, qui cette fois est bondée – tout le monde danse autour de Mosquito Girl qui tombe dramatiquement à genoux devant Tatsumaki, en s'accrochant à elle.
-… un blaireau ! Genos est un blaireau !
- Eh ouais je suis un blaireau ! gémit Mosquito Girl servilement.
- Je vais le plumer jusqu'au dernier yen !
Mosquito Girl semble entrer en extase, simulant quasiment un orgasme.
- Saitama-sensei est vraiment trop cool, c'est pour lui que je shake mon boule !
- C'est comme un gigolo, mais c'est lui qui paye !
- Je lui donne toute ma Youtube money !
Pluie de billets de banque dans toute la boîte de nuit. Ambiance de folie.
- Mhhh oui, donne-moi tout !
- Parce que je suis sa bitch, yeah baby !
La musique s'estompe progressivement. Les figurants s'en vont après avoir ramassé des poignées de billets. Toujours dans leur rôle, Tatsumaki et Mosquito Girl reprennent leur souffle dans le silence. Puis, Tatsumaki baisse les yeux sur la Youtubeuse sexy qui est toujours à ses pieds.
Elle fait mine de regarder à droite et à gauche, puis esquisse un rictus et baisse sa braguette.
- Tu veux goûter mon gros cactus, Genos ?
- Ce serait un immense honneur, Saitama-sensei ! »
La vidéo s'arrête ainsi, et Youtube vous propose en suggestion d'autres vidéos de cette série parodique, notamment sur Metal Bat, Fubuki ou King.
TAMA EN LIVE – du lolcat 24/7 ! [[LIVE]]
Il est près de trois heures du matin. À cette heure-là, ce petit quartier résidentiel en périphérie de la ville est plongé dans un profond silence. Quelques lampadaires et distributeurs de boissons éclaboussent le trottoir de flaques de lumière, tandis que le reste du monde se décline en ombres plus ou moins épaisses.
Le nombre de visionnages reste élevé et le chat actif, malgré l'heure tardive – il s'agit sans doute aussi bien d'insomniaques que de fans de l'autre côté du globe.
Tama marche comme un empereur inspectant son territoire, s'arrêtant seulement de temps à autre pour se lécher la patte ou renifler un bout de trottoir. Et ce, jusqu'à ce qu'il s'arrête brusquement.
La mini-caméra se fige. Si vous observez bien, vous remarquerez dans la pénombre un rat sortir d'une poubelle et grignoter un trognon de pomme.
Vous voyez, très, très lentement, la patte du chat s'étendre et se poser. Les habitués des félins devineront sans même le voir que Tama s'est ramassé sur lui-même et tente d'approcher sa proie sans se faire remarquer. Sans doute même qu'il commence à remuer l'arrière-train d'excitation, prêt à bondir.
Le rat semble sentir quelque chose, car il redresse soudain la tête et émet un couinement aigu avant de lâcher son repas et sauter de la poubelle pour détaler ventre à terre. Ni une ni deux, Tama se lance à sa poursuite, courant si vite que l'image est floutée par la vitesse et les secousses, et il est difficile de suivre ce qu'il se passe.
Quand enfin la caméra et son chat s'immobilisent, c'est pour offrir une vue glaçante sur le rat agonisant, éventré mais tentant encore de lutter pour sa vie. Tama lui donne quelques petits coups de patte et s'amuse ainsi quelques minutes jusqu'à ce que le rat rende l'âme et ne soit plus qu'un corps inerte et sanglant.
Alors, le chat le prend dans sa gueule et fait demi-tour, trottinant jusqu'à retourner chez lui. Il se glisse en silence par la chatière et avance dans le couloir sombre. La porte de Zenko est entrouverte. Tama se glisse dans la chambre de la fillette, se hisse sur le lit d'un bond souple, et dépose fièrement le rongeur mort sur le matelas, juste devant le visage endormi de sa jeune maîtresse.
Voilà qui lui fera sans doute une jolie surprise au réveil.
Saitama & Genos | I will love you forever [1 minute et 38 secondes]
Quel titre alléchant, n'est-ce pas ?
Mais pas de chance. À peine cliquez-vous dessus qu'une publicité se lance, et vous n'avez pas d'autre choix que de la regarder si vous voulez accéder à la vidéo.
Un bord de mer préservé et sauvage. Les vagues s'écrasent sur les rochers avec une violence épurée, et parmi la myriade de gouttelettes scintillantes qui retombent, vous voyez Amai Mask de dos, face à l'océan. Une musique douce au violon et piano donne un air mélancolique à la scène. Il est évident que les couleurs ont été traitées au montage – tout est noyé de lumière pure, l'eau est d'un bleu cristallin et la chemise blanche ouverte du chanteur/acteur se déploie dans le vent comme des ailes immaculées. La caméra tourne lentement autour du jeune homme pour que tous puissent admirer ses jambes fuselées et ses fesses fermes moulées dans son jean, son torse glabre et humide d'eau de mer et ses cheveux bleus volant autour de son visage qui fait pâmer des millions de groupies à travers le monde.
Il tient à la main un pot de yaourt, et la caméra se rapproche pour que la marque du produit soit visible et que l'on voie bien Amai Mask lever sa cuillère pleine vers sa bouche qu'il entrouvre de manière sensuelle en regardant droit vers vous à travers ses cils. Vous aurez même droit à la vision furtive mais hautement érotique de sa langue recueillant le yaourt tandis que la cuillère s'introduit entre ses lèvres. De quoi nourrir les fantasmes les plus fous de ses fans.
Ses lèvres se referment sur la cuillère, la laissant glisser vide en-dehors de sa bouche, humide de salive. Il ferme les yeux de volupté et émet un gémissement rauque en avalant, la tête renversée en arrière et les yeux clos d'extase. On jurerait qu'il a un orgasme.
Il rouvre des yeux brûlants de désir et vous regarde intensément en passant sa langue sur ses lèvres en levant le pot de yaourt près de son visage diaphane, pour montrer à nouveau la marque du produit.
Puis, pour clore cette publicité, un plan où l'on voit en gros plan le pot de yaourt posé sur un rocher – et en arrière-plan, un peu flou, la mer, le ciel, et la silhouette lointaine d'Amai mask qui ôte sa chemise et se jette dans l'eau.
Pfiou. Soit vous êtes fan d'Amai Mask et êtes probablement tout émoustillé devant votre ordinateur. Soit vous ne pouvez plus supporter de le voir partout dans les publicités, émissions de télé, séries télé, télé réalité, films, clips musicaux et défilés de mode, et le voir manger du yaourt vous donne de l'urticaire, ce qui est bien compréhensible. Mais bon, après tout, ça vous apprendra à ne pas avoir installé Adblock Plus. Vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous-même.
Toujours est-il que cette publicité est à présent terminée, et la vraie vidéo va maintenant commencer.
Écran noir.
S'égrainent quelques notes de piano et la fragile plainte d'un violon. Cet air empli de nostalgie romantique vous est familier. Très familier. Ce qui est certain, c'est que vous l'avez déjà entendu. Vous allez voir, ça va vous revenir.
L'écran s'éclaire peu à peu. Apparaît Saitama qui porte une tasse de thé à ses lèvres. Il est accoudé à un bureau, un pâle sourire éclairant son visage.
« … j'ai mon tout premier abonné : DemonCyborg. »
C'est bien la voix de Saitama, mais chargée d'échos et à demi noyée sous le piano et le violon qui prennent de l'ampleur. L'image est pixelisée, de mauvaise qualité. Et pour cause, cet extrait est tiré des premières vidéos de la chaîne de Saitama.
Un deuxième extrait suit aussitôt – cette fois, on voit Genos seul face à la caméra, dans le sous-sol de son oncle. Car il s'agit de toute évidence d'un montage d'extraits vidéos maladroitement retouchés. Son regard brûle d'émotion, si intense qu'il vous en donne des frissons.
« Son nom est… Saitama. »
Sa voix aussi est chargée d'échos, le but étant sans doute de donner une dimension plus dramatique. La musique s'amplifie, et ça y est ! Vous savez où vous l'avez déjà entendue ! Il s'agit de Kimi no HEART, la chanson d'Amai Mask, gros tube et immense succès qui passe sans cesse à la radio et en clip à la télévision depuis des mois !
Accompagnés de la voix d'Amai Mask modifiée électroniquement qui miaule son amour perdu, se succèdent des extraits des vidéos de Genos et Saitama avant qu'il ne se rencontrent – on peut voir Saitama assis dans son espace réduit du manga café, l'air las et démoralisé, qui se prend la tête entre les mains, puis Genos qui baisse les yeux tristement, puis Saitama qui regarde un film, seul allongé sur son futon, puis Genos assis dans le taxi en Russie le menant à l'aéroport.
Une phrase apparaît par-dessus tout cela, en Comic Sans MS (paix à votre âme si vous êtes allergique à cette police) :
Depuit que tu es entrer dans ma vie
La musique s'emballe avec le refrain de Kimi no HEART, et vous voyez Genos ouvrir la porte à Saitama qui le dévisage d'un air méfiant, les yeux plissés, avant de lever une main mollement en guide de salutation. Vous n'entendez pas ce qu'ils disent, la voix d'Amai Mask est bien trop forte, mais vous pouvez voir Genos s'incliner respectueusement devant Saitama, et l'inviter à entrer chez lui pour la première fois avec un sourire rayonnant.
Voix de Saitama qui couvre brièvement la musique : « Sans toi, je serais à la rue ». Une fois de plus, sa voix est chargée d'échos. La personne qui a fait le montage de cette fanvid apprécie les échos, semble-t-il.
Je panse a toi tout le temp
Cette jolie phrase en Comic Sans MS accompagne une succession d'extraits courts : Genos essuyant le chewing-gum collé au visage de Saitama. Genos s'agenouillant pour servir à Saitama une tasse de thé. Ils sont tous les deux en pyjama assis sur le futon, et Saitama soulève son haut pour dévoiler ses abdominaux, tandis que Genos rougit violemment avant de plaquer sa main sur l'écran pour bloquer la vue.
Ton cœur est un jardain que je ne veut pas piétiné
Les extraits ne cessent de se succéder, tirés des centaines de vidéos que Saitama et Genos ont filmées ensemble ces derniers mois. La voix de Genos s'élève à son tour, vibrante de ferveur (mais toujours chargée d'échos) : « Être auprès de lui transforme mon monde, et tout semble plus lumineux et coloré en sa compagnie. »
Ralenti artistique sur Saitama et Genos assis côte à côte qui échangent un long regard. Un filtre a été ajouté à l'aide d'un téléphone portable, pour les entourer de petites étoiles scintillantes roses qui forment un cœur.
La lumiaire de ton crane reflette mon amour pour toi
Nouvel extrait, dans lequel Genos rougit jusqu'à la racine des cheveux quand Saitama se penche pour regarder par-dessus son épaule. Puis, cette scène qui a fait le buzz, où Genos a involontairement déclaré son amour à Saitama en public et en direct à la télévision. Suivi d'un extrait de vidéo de King où l'on voit Genos sourire tendrement en regardant Saitama et King discuter avec animation. Voix de Saitama fondue parmi les violons, le piano et la voix d'Amai Mask : « Avant Genos, jamais personne ne s'était intéressé à moi comme ça. »
Ce sentimant est éternelle
Quelques derniers flashs rapides : Genos qui tressaille et rougit lorsque Saitama frôle ses mains pour lui expliquer le fonctionnement de la manette de jeu. Les deux jeunes Youtubeurs vêtus de cirés, Saitama donnant un coup de coude taquin à Genos. La chanson touche presque à sa fin – le refrain explose de romantisme et d'amour impossible, mais il est atténué par la voix de Saitama qui prend à nouveau le dessus : « J'épouserais Genos, bien sûr. Il est cool, il est sympa, on s'entend bien et on vit déjà plus ou moins ensemble. »
Saitama attire brusquement Genos contre son torse en l'enlaçant d'un bras, dans un ralenti qui donnerait presque l'impression qu'ils vont s'embrasser – mais si vous avez vu la vidéo dont c'est tiré, vous savez déjà que Saitama empêchait seulement Genos de faire une chute lorsque le plancher a cédé sous son poids.
La musique s'apaise progressivement sur cette image qui s'estompe pour ne laisser que ces mots en Comic Sans MS rouge sur fond fuschia :
Saitama x Genos, pour toujour
TAMA EN LIVE – du lolcat 24/7 ! [[LIVE]]
Un joli réveil, rose et blanc, repose sur la table de chevet. Dans la lumière pâle de l'aube qui filtre entre les rideaux tirés, il indique à peu près six heures du matin.
Le ronronnement de Tama roule comme une vibration en continu. Ses deux pattes blanches sont sagement alignées sur la couette rose, tout près du visage endormi de Zenko. Les cheveux bruns de la fillette sont ébouriffés, des épis se dressant comme des palmiers sur sa tête.
« Mraw.
En réaction au miaulement, les cils de Zenko frémissent, mais elle ne se réveille pas.
L'une des pattes se lève et s'étire pour toucher la joue de la petite fille.
- Mraaaaaaaaw !
La caméra a bougé. Vu le soudain gros plan sur le menton de Zenko, il semblerait que Tama se soit redressé pour coller sa truffe contre son nez. Le chat miaule à nouveau et un grognement ensommeillé lui répond.
- C'est pas encore l'heure de l'école, gros patapouf, laisse-moi dormir…
- Mraw ! insiste Tama d'un ton impérieux.
- Bon, d'accord, d'accord, je me lève !
Clignant des yeux, la fillette bâille, s'étire et roulant sur le côté… et se retrouve nez à nez avec le rat éventré qui la fixe avec des yeux vitreux, au milieu d'une flaque de sang sur le drap.
- KYAAAAAAAAAAAAAAAH ! »
Terrorisé par le cri suraigu de sa maîtresse, Tama détale ventre à terre de la chambre, si vite que l'image est saccadée et floue.
Petit cours de self-defense avec Bang et Charanko [13 minutes et 36 secondes]
Une rue filmée en noir et blanc. Deux jeunes sont adossés au mur dans une attitude peu engageante – leur visage est dissimulé dans l'ombre de leur capuche, comme des caricatures de voyous. En fond, une musique inquiétante comme on pourrait l'entendre dans un film d'horreur.
Un vieil homme apparaît dans le champ, et se fait aussitôt barrer le chemin par les deux voyous.
« Hé vieux schnoque, file ton fric ou on te casse la gueule. »
Le vieillard s'arrête, levant les mains en reculant d'un pas.
« Je ne veux pas de problème. Laissez-moi tranquille. »
Les deux jeunes prennent une attitude encore plus menaçante en s'avançant vers leur victime, l'un deux dégainant un couteau. Tout se passe alors très vite : le vieil homme donne un coup de pied en biais dans le genou de celui qui tient le couteau, avant de le pousser contre l'autre énergumène. Les deux agresseurs ainsi déséquilibrés, le vieil homme part en courant, disparaissant hors champ.
Changement de plan. La rue a disparu, les couleurs sont revenues.
Nous sommes à présent dans ce qui semble être un dojo, à en juger par les tatamis au sol. Mumen Rider, Bang et Charanko sont debout face à la caméra.
« Bienvenue à tous pour une vidéo un peu spéciale, annonce Mumen Rider avec un sourire.
Il n'a plus de plâtres ni de bandages, mais son long séjour à l'hôpital l'a amaigri et il ne semble pas encore au mieux de sa forme. Comme toujours, il porte des lunettes de soleil qui cachent ses yeux.
- Une vidéo un peu spéciale aujourd'hui, pas seulement parce que je viens tout juste de sortir de l'hôpital, mais parce que j'ai aujourd'hui avec moi deux invités pas comme les autres : maître Bang, et son élève Charanko.
Portant toujours son déguisement de voyou, Charanko rabat sa capuche en arrière pour dévoiler ses cheveux roux indisciplinés.
- Salut tout le monde ! dit-il, bombant le torse. Maître Bang et moi-même avons une chaîne Youtube consacrée aux arts martiaux ! Vous y trouverez des katas, des exercices de combat, des conseils pour s'entraîner et s'échauffer, des discussions sur la philosophie de la voie du guerrier, des anecdotes historiques, des présentations des divers arts martiaux, et des tutos self défense !
- Durant mon hospitalisation, j'ai lu tous les messages de soutien qui m'ont été envoyés, et j'ai été surpris par le nombre élevé de personnes qui avaient été aussi agressées et qui, comme moi, n'avaient pas su se défendre. Bang et Charanko ont eu la gentillesse de me proposer de m'enseigner des techniques de self-defense quand ils ont appris pour mon agression, alors je me suis dit que même si c'est assez différent de ce que je poste d'habitude sur ma chaîne, ça intéresserait sans doute mes abonnés.
Le vieux maître d'arts martiaux se racle la gorge d'un air grave et digne.
- C'était la moindre des choses de proposer notre aide à Mumen. Ce brave garçon nous a été d'une grande aide quand nous avons commencé notre chaîne Youtube. Nous ne savions pas comment faire de belles vidéos comme lui, alors Charanko l'a contacté pour demander des conseils. Et Mumen, même s'il ne nous connaissait pas du tout, a passé des heures à tout nous expliquer via Skype et nous encourager, comme ça, par pure gentillesse. Sans lui, jamais notre chaîne n'aurait pu s'étoffer de tant de vidéos. En plus de ça, il a fait preuve d'un courage admirable en volant au secours d'une jeune femme contre de multiples agresseurs et sans aucune formation aux arts martiaux.
Mumen rougit et se masse la nuque d'un air embarrassé.
- J'ai seulement fait mon devoir en apportant mon aide à quelqu'un en détresse.
Bang lève une main pour presser l'épaule du jeune Youtubeur.
- Et tu le feras encore mieux une fois que tu auras appris à te défendre contre des brutes sans finir à l'hôpital, mh ?
Sourire timide de Mumen.
- Je n'ai jamais été un combattant et je ne me soucie pas de mon sort, mais si cela peut me permettre de mieux venir en aide à des gens en détresse, je pense que c'est important.
- Bien ! lance Bang qui se frotte les mains en regardant droit vers la caméra. Aujourd'hui, on va donc voir les bases de la self-defense. Cette vidéo s'adresse aussi bien aux néophytes qu'aux pratiquants d'arts martiaux. Car les règles de la rue n'ont rien à voir avec la théorie et le travail qu'on fait au sein d'un dojo. Si vous pratiquez un art martial, oubliez tout ce que vous avez appris, car aujourd'hui le but n'est pas de faire de beaux mouvements, des gestes parfaits, des positions solides ni d'apprendre des enchaînements de mouvements complexes. L'objectif, c'est de faire au plus simple, et qu'après avoir vu cette vidéo n'importe qui soit capable de reproduire les techniques qu'on va voir.
- Ouais ! renchérit Charanko avec fougue. On veut pas vous voir critiquer dans les commentaires et nous dire que c'est comme ci ou comme ça qu'on doit faire ! Si vous voulez de l'art martial pur et raffiné, Maître Bang et moi on a fait des tas de vidéos sur notre chaîne que vous pouvez regarder ! Et puis vous pouvez vous inscrire à notre dojo, on a encore plein de places pour de nouveaux élèves !
- Je mettrai le lien dans la description de la vidéo, précise Mumen Rider qui se tourne vers Bang. Alors, Maître Bang, dites-nous : que faut-il faire quand on se fait agresser dans la rue ?
- Première règle, très importante : observer l'environnement et analyser la situation. De quel espace vous disposez ? Quelle est la sortie la plus proche ? Combien d'agresseurs, armés ou non, leur objectif supposé, leur niveau de dangerosité ou d'alcoolémie, leur masse corporelle ? Selon ces facteurs, votre réaction ne sera pas exactement la même. D'ailleurs, soyez toujours vigilants pour éviter de vous retrouver dans des situations dangereuses. Je vois beaucoup de jeunes avec leurs écouteurs dans les oreilles et les yeux rivés sur leur téléphone, c'est le meilleur moyen de se faire prendre par surprise. Regardez autour de vous, et écoutez votre instinct pour éviter les gens louches.
- Deuxième règle ! enchaîne Charanko avec un enthousiasme surexcité qui contraste avec le calme austère de son maître. La parole ! La parole aussi peut être une arme de défense. Vous pouvez convaincre la personne de vous laisser tranquille en restant ferme et poli sans montrer de signe de peur, ou alors utiliser la parole pour la distraire et vous permettre de l'attaquer. Car son cerveau sera focalisé sur la parole et il sera plus facile de le prendre par surprise.
Bang lève trois doigts sous le regard attentif de Mumen.
- Troisième règle : la fuite. Cela vous surprendra peut-être si vous avez vu trop de films ou séries, mais il est essentiel de fuir. La self-defense n'est là que pour vous permettre de mettre hors d'état de nuire ou déstabiliser votre adversaire juste assez longtemps pour vous permettre de partir en courant sans vous faire rattraper. Mettons-nous donc en situation. Charanko fera le rôle de l'agresseur, et moi la victime.
- Outch, je vais encore recevoir des coups, moi… grimace son élève en se plaçant face à lui.
Mumen Rider s'est placé un peu en retrait pour les observer. Bang s'adresse à la caméra, sans prendre une position de combat comme il le fait d'habitude dans ses autres vidéos.
- Lorsque la négociation n'a pas marché et que votre agresseur montre bien qu'il a l'intention de vous faire du mal, votre objectif est de le neutraliser en un ou deux coups pour pouvoir fuir. Dans une situation de stress, dans la rue, vous n'aurez pas le temps de réfléchir à des techniques compliquées. Retenez seulement qu'il y a quatre points vitaux à viser : les yeux, la gorge, les parties génitales, et les genoux. C'est tout. Oubliez tout le reste. Maintenant, commençons avec un exemple basique. Un seul agresseur, non armé, qui semble prêt à vous donner un coup de poing.
Charanko prend aussitôt une attitude menaçante, serrant les poings et s'approchant de son maître comme pour le frapper.
- Gardez bien les mains levées pour être en mesure de réagir vite. Je ne veux pas voir de bras ballants.
En effet, comme s'il tentait d'apaiser l'agresseur, Bang lève les mains. Et d'un coup, si vite qu'un replay en ralenti est ajouté, sa main se projette en avant pour agripper la gorge de Charanko, puis son pied frappe dans l'entrejambe, et le genou. Le pauvre garçon s'effondre à terre.
- Pas besoin d'être très musclé ni fort ou grand pour faire ça. La gorge est une partie très sensible. Charanko, relève-toi, on va leur montrer.
Le vieillard s'approche de la caméra, et son élève le rejoint en grimaçant. Une fois qu'ils sont bien placés en premier plan, Bang pose à nouveau sa main sur la gorge de Charanko.
- Regardez, il suffit d'appliquer un peu de pression…
Charanko devient rouge et lutte pour respirer.
- … et déjà, votre agresseur n'est plus en état de vous nuire. Mieux encore, si vous êtes précis, vous pouvez saisir sa trachée entre les doigts comme ceci…
Il en fait la démonstration. Charanko suffoque et s'agite, avant de tomber haletant quand enfin Bang le relâche.
- … pour le maîtriser totalement. Bien ! Mumen, tu te sens prêt à essayer ?
- Euh… Je veux bien, mais j'ai peur de faire mal à Charanko…
Bang donne une tape vigoureuse dans le dos de son jeune élève, manquant de l'envoyer au tapis.
- Ne t'en fais pas pour lui, il a l'habitude. Charanko est plus solide qu'il en a l'air.
À ce compliment indirect, Charanko se redresse et gonfle le torse comme un jeune coq, irradiant de fierté.
- Je ne suis pas le meilleur élève de maître Bang pour rien !
- Mff, tu es surtout mon seul élève… grommelle le vieillard dans sa barbe. Bien, mettez-vous en position ! Charanko, tu fais l'agresseur. Mumen, retiens ce qu'on a dit : mains levées, attraper la gorge, coup de pied dans les parties, et dans le genou. Hajime !
Les deux jeunes Youtubeurs se font face – Charanko tente de prendre une attitude de voyou menaçant, tandis que Mumen lève les mains d'un air hésitant. Il reproduit les gestes de Bang facilement, bien que plus lentement, et en s'excusant profusément auprès de Charanko à chaque coup pour s'assurer qu'il ne lui a pas fait mal.
- Si l'on donne plusieurs coups, précise Bang, c'est à la fois pour s'assurer qu'au moins un va faire mouche, mais surtout pour prendre l'ascendant psychologique. Le plus souvent, les agresseurs ne s'attendent pas à ce que leur victime se défende.
- Donc si je comprends bien, récapitule Mumen en se caressant le menton, il faut garder les mains levées, et frapper rapidement les points vitaux sans réfléchir : yeux, gorge, entrejambe ou genoux.
Bang hoche gravement la tête.
- Et pour un débutant, mieux vaut éviter de donner des coups de poing, c'est un coup à se briser les phalanges ou le poignet. Privilégiez les mains ouvertes ou les coups de coude. On va vous donner un autre exemple avec une saisie au col. Charanko !
- Oui maître !
Charanko s'empresse de se placer face au vieillard, et agrippe à deux mains le col de son t-shirt. Imperturbable, Bang continue de s'adresser à la caméra :
- Un agresseur vous saisit par le col pour vous demander votre argent par exemple. L'erreur à ne pas faire, c'est d'essayer de se défaire en poussant ses mains.
Il en fait la démonstration en surjouant un peu, tentant d'arracher les mains de Charanko de son t-shirt, en vain.
- S'il est plus fort que vous, c'est peine perdue. Au lieu de ça, voici ce que vous pouvez faire…
À nouveau, tout se passe si vite qu'un replay en ralenti a été ajouté. On voit Bang lever les bras, et frapper mains ouvertes de part et d'autre du visage de Charanko, au niveau des oreilles – puis, aussitôt, il enchaîne avec un coup de coude sur la tempe, suivi d'un coup de pied dans les parties.
La vidéo reprend sa vitesse normale. Charanko est plié en deux mais résiste bravement à la douleur.
- Ça n'a pas l'air comme ça, mais une bonne claque dans les deux oreilles à la fois, ça fait mal, et il vous lâchera aussitôt, surtout si vous enchaînez avec un coup de coude, et pour faire joli, un coup de pied là où ça fait mal. Alternativement, si vous n'êtes pas à l'aise avec les coups de coude… Charanko.
- Oui maître ! s'empresse-t-il de se redresser.
- Vous pouvez aussi lui attraper son visage à deux mains et enfoncer vos pouces dans ses yeux, comme ceci…
- Je pense que j'ai compris ! les coupe Mumen d'un air inquiet pour Charanko.
- Très bien, alors à ton tour, Mumen.
Lorsque Mumen parvient à reproduire l'exercice sans difficulté, Bang adresse un sourire satisfait à la caméra.
- Si vous voulez en apprendre plus, venez faire un tour sur notre chaîne, nous avons une série de vidéos entièrement consacrée à la self-défense. Mais avant de nous quitter, un dernier exercice, avec cette fois deux agresseurs, dont un qui est armé d'un couteau.
Il sort un couteau en plastique de sa poche et le tend à Charanko.
- Dans un cas pareil, votre priorité est de neutraliser la lame, agir très vite et profiter de l'effet de surprise pour vous enfuir. Allez-y, les jeunes, attaquez-moi.
Et comme dans la vidéo en noir et blanc du début, Charanko et Mumen s'approchent de Bang qui lève les mains comme pour supplier pour sa vie. Et paf, il frappe Charanko dans le genou avant de le pousser brusquement contre Mumen et partir en courant. Bien sûr, à peine sorti hors du cadre, il revient, pas même essoufflé.
- N'essayez pas de tous les prendre à la fois. Neutralisez-en un, et poussez-le contre l'autre pour faire barrage pendant que vous prenez la fuite. Faites bien attention à ne pas rester dans l'axe de la lame, cependant.
Le plan change. Ils sont désormais à l'extérieur du dojo, assis sur le bord extérieur en sirotant tous les trois du thé. Un rayon de soleil les éclaire, et des volutes de vapeur s'élèvent de leurs tasses.
- Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout, sourit Mumen à la caméra. J'espère que vous n'aurez jamais besoin d'utiliser ces techniques en vrai, mais au moins maintenant vous connaissez les bases. En tout cas, moi j'ai appris beaucoup de choses ! Je pense que c'est important de sortir de sa zone de confort de temps en temps et d'apprendre des choses tout à fait inconnues, ça permet de faire de belles rencontres. Faites attention à vous dans la rue et à bientôt pour de nouvelles vidéos ! »
TAMA EN LIVE – du lolcat 24/7 ! [[LIVE]]
Une porte.
À taille de chat, elle semble immense. Tama semble l'observer avec beaucoup d'intérêt, allongeant le cou pour la renifler. Une patte s'élève, griffes sorties, et gratte à la porte. Vu les marques déjà présentes sur la peinture, ce n'est pas la première fois qu'il le fait.
Le chat se dresse sur ses pattes arrière pour gratter plus énergiquement, arrachant des petites écailles de peinture.
« Fous-moi la paix, Tama ! »
C'était la voix de Metal Bat, étouffée à travers la porte.
Tama cesse de gratter et retombe sur ses quatre pattes. Il émet un miaulement déchirant de détresse, qui tire sur le sanglot.
« Ça sert à rien de pleurer, je t'ouvrirai pas ! »
Nouveau miaulement, encore plus suppliant. Mais cette fois, Metal Bat ne daigne même pas répondre. Et la porte est toujours fermée.
Tama lève la tête, contemplant un moment la porte, avant de se ramasser au sol et bondir, ses pattes s'agrippant à la poignée qui s'abaisse sous son poids. Tout se passe très vite. La porte s'entrouvre, Tama retombe souplement au sol et se glisse à l'intérieur.
« TAMA ! »
Cri indigné de Metal Bat.
Et ainsi, tout Internet peut admirer le jeune Youtubeur assis sur les toilettes avec sa switch dans les mains et le pantalon aux chevilles. Le pauvre garçon tente désespérément de cacher son entrejambe avec sa console portable, tout en essayant de chasser Tama en lui jetant le rouleau de PQ.
« Dégage, abruti de chat, je suis en train de chier ! »
Curse of Madness, partie en coop (King/Saitama/Metal Bat/Charanko) [27 minutes et 12 secondes]
Sur votre écran apparaît le menu principal du jeu Curse of Madness qui est sorti très récemment et fait un carton. Le titre du jeu est inscrit en lettres stylisées et comme mêlées de flammes. Derrière les habituels START, MODE MULTIJOUEUR, et OPTIONS, vous pouvez voir en fond l'image trouble de trois adolescents assis en cercle autour d'un sceau satanique tracé au sol – une ombre massive munie de cornes est en train de se former au-dessus.
« Tout le monde est là ?
C'est la voix de King. Son visage apparaît dans un petit cadre en haut à gauche. Il porte un casque muni d'un micro. En réponse à son appel, deux autres cadres apparaissent dans les coins de l'écran : un en bas à gauche, l'autre en haut à droite.
- Ouais j'suis là… chuchote Metal Bat d'un air conspirateur. Mais je peux pas parler trop fort, ma mère croit que je fais mes devoirs.
- Salut les gars, dit Saitama en levant mollement une main. C'est cool de pouvoir tester le mode multijoueur avec vous, j'ai fini le jeu en solo hier soir.
- Je l'ai fini en cinq heures tout de suite après l'avoir acheté le jour de sa sortie, dit King. Il était pas mal. Je le recommencerai peut-être en mode diabolique pour tester les autres fins possibles avec chaque personnage.
Sur l'écran, le MODE MULTIJOUEUR s'illumine – visiblement, King est prêt à appuyer dessus.
- Il nous manque plus que Charanko pour commencer, dit Saitama en baissant les yeux sur son téléphone portable. Il vient de m'envoyer un sms pour dire qu'il arrive, il a eu un souci d'ordi et est en train de faire un reboot là.
- Ok, acquiesce Metal Bat en ajustant son casque sur ses oreilles. En l'attendant, on va rappeler le principe du jeu pour ceux qui ont pas vu les let's play. Pour résumer, dans le mode solo on joue un lycéen qui trouve un livre de sorcellerie et décide de l'utiliser pour améliorer sa vie quotidienne, ses résultats au lycée, et y a plein de possibilités selon les choix qu'on effectue et selon le personnage qu'on a choisi de jouer parmi les trois qu'on nous propose. Mais il arrive un moment où il invoque un démon, exprès ou pas.
- Et c'est pas n'importe quel démon, commente Saitama qui se cure le nez. C'est Tinman, un démon super vicieux et sanguinaire dont le but est d'ouvrir les enfers et de massacrer tous les vivants.
- Ouais, confirme Metal Bat qui parle toujours tout bas pour ne pas alerter sa mère qui est dans la pièce d'à côté. Bref, Tinman veut te sacrifier pour sortir de la dimension parallèle et dévaster le monde. C'est super galère de s'en débarrasser, j'ai dû recommencer le mode solo deux fois pour le battre, ce salopard. Y a plein d'autres trucs dans le jeu – sérieux, allez y jouer, ça vaut le coup – mais le mode multijoueur se concentre là-dessus : on va jouer les trois lycéens à la fois qui viennent d'invoquer le démon sur le toit du lycée la nuit, et l'un de nous joue Tinman. Celui qui joue le démon doit tous nous buter, et les autres doivent utiliser le livre pour tracer des symboles aux points cardinaux du lycée, pour le renvoyer en enfer.
À cet instant, un nouveau petit cadre apparaît avec un plop au bas à droite de l'écran. On y voit Charanko, la tête hérissée de cheveux roux rebelles, qui s'assied sur son siège et place son casque d'un air paniqué.
- Désolé du retard ! Mon ordi buguait complètement à cause d'une mise à jour foirée. Vous avez pas commencé sans moi j'espère ?
- Non, on t'attendait, répond posément King. On va pouvoir commencer maintenant.
- Qui joue le démon ?
- Je sélectionne le mode aléatoire. C'est le jeu qui va décider nos rôles.
Il clique en effet sur cette option avant de lancer le jeu. Une musique inquiétante s'élève alors que le menu principal se fond dans les ténèbres. L'écran se divise en quatre parties correspondant chacune à son joueur grâce à la magie du montage. On voit chacun d'entre eux assis en tailleur autour du sceau tracé à la craie au sol qui est en train de s'illuminer. Le livre de magie noire est posé au milieu, et la silhouette terrifiante du démon cornu en surgit.
- Oh. Je suis Tinman, apparemment, dit King d'une voix grave.
- Merde.
- Ça veut dire qu'on va tous crever !
- Du calme les gars, si on s'organise bien y a moyen de le battre même si c'est King ! Hé ! Me laissez pas tout seul !
- Désolé Charanko, moi j'attends pas que King ait fini de se matérialiser, je me barre d'ici.
- Saitama, sale lâcheur !
- Qui a pris le livre ? Metal Bat, c'est toi ?
- Ouais je l'ai – c'est moi qui joue Alyssa au fait.
Sur l'écran de King, le démon Tinman achève de se matérialiser. Il fait quasiment trois mètres de hauteur et son corps squelettique est couvert d'une peau blanche à l'aspect visqueux. Il n'a pas de nez, de bouche ni d'yeux – son visage est parfaitement lisse. Il tient à la main ce qui ressemble à un crochet de boucher, sale et gluant de sang.
- Courez autant que vous voudrez… sourit King avec un air sombre. Je vais tous vous avoir.
Le démon sort du cercle d'invocation. Ses mouvements sont fluides, mais comme désarticulés, peu naturels. Il tient plus de l'insecte que de l'humain.
Bien sûr, les trois lycéens ont déjà détalé du toit du lycée. King ne peut bien sûr pas savoir où ils sont partis, mais vous, sur votre écran, pouvez voir que Saitama – qui joue le personnage typique du nerd à lunettes – est en train de courir dans les couloirs à côté d'Alyssa, la jeune lycéenne à la coupe garçonne. Charanko, qui lui joue le cliché du footballeur musclé et populaire, s'est caché dans le placard à produits ménagers.
- Bon, je rappelle pour ceux qui regardent que le but pour renvoyer Tinman en enfer c'est de tracer quatre sceaux aux points cardinaux du lycée, chuchote Metal Bat d'un air concentré. Tant qu'il ne nous a pas chopés tous les trois, on a une chance de réussir.
- Ok, dit Saitama de son air impassible habituel. Je crois qu'on est au bon endroit pour faire le premier sceau là. Vas-y Metal Bat, moi je monte la garde.
- Ça marche ! J'en ai pour une minute.
Alyssa ouvre le livre de magie noire et commence à tracer des symboles sur le mur du réfectoire, tandis que le nerd à lunettes se tient à l'entrée pour guetter l'arrivée de King.
Pendant ce temps là, King passe devant le local où est caché Charanko, et s'arrête brusquement, avant de se tourner vers la porte.
- Il y a une chose que vous devez savoir si vous n'avez jamais joué Tinman en mode multijoueur… commence King avec un rictus au coin des lèvres tandis que le démon tend la main vers la poignée de la porte… C'est que je peux vous entendre respirer et sangloter à deux mètres quand vous vous planquez.
- Merde !
La suite est assez sanglante. King ouvre la porte et attaque Charanko à coups de crochet, faisant gicler le sang partout autour. Une vraie boucherie. Puis, une fois le lycéen footballeur à terre en train de ramper, il plante son crocher dans la hanche pour le hisser sur son épaule.
- Et de un, annonce tranquillement King. Plus que deux à choper.
- Charanko s'est déjà fait choper ?! s'exclame Metal Bat qui est encore en train de tracer le sceau.
- Roh ça va j'ai fait de mon mieux ! râle Charanko qui appuie frénétiquement sur les touches de son clavier pour faire monter la jauge « se débattre » pour essayer, en vain, de se libérer du démon.
Tinman jette sa victime ensanglantée dans le cercle d'invocation et l'y attache avec une chaîne.
- Ok, sceau terminé ! triomphe Metal Bat en refermant le livre. On passe au suivant maintenant !
- Je vous rappelle que je suis encore vivant et que vous pouvez venir me libérer, hein… fait remarquer Charanko.
- Nah, trop risqué.
Saitama et Metal Bat courent dans les couloirs vers leur prochain objectif, et s'arrêtent net en tombant nez à nez à un tournant avec la créature infernale. Saitama cligne des yeux de surprise et Metal Bat lâche un bruyant juron.
- Comment tu nous as rejoint aussi vite ?!
- J'ai explosé le sol pour descendre les étages plus vite.
- On court, Saitama ! Vite !
Metal Bat, trop pris dans le feu de l'action, en a oublié qu'il était censé être discret. La porte de sa chambre s'ouvre brusquement derrière lui et la silhouette de sa mère apparaît dans l'encadrement, poings sur les hanches et air mécontent sur son visage.
- C'est comme ça que tu fais ton exposé pour demain et que tu révises ton contrôle de maths ?!
Metal Bat sursaute et retire son casque pour regarder sa mère par-dessus son épaule.
- Mais maman ! C'est pour Youtube, c'est mon travail !
- Ça m'est égal ! On était bien d'accord que ton machin de Youtube ne devait pas empiéter sur tes études ! Éteins-moi ça et fais tes devoirs, tu feras tes jeux vidéo quand tu auras tout fini !
- Je peux pas là, je suis en pleine partie multijoueur !
Et pendant que mère et fils se disputent, ayant visiblement tous les deux un caractère explosif, King attrape Alyssa qui reste immobile, l'éventre en répandant ses tripes partout, et la traîne au sol avec son crochet pour la ramener sur le toit du lycée et l'attacher avec l'autre.
- Bon bah y a plus que moi… dit Saitama en ramassant le livre de sorcellerie abandonné au sol.
Metal Bat a disparu de son écran, mais on entend au loin des éclats de voix entre sa mère et lui.
S'ensuit une partie de chat et souris entre King et Saitama, qui s'achève en course-poursuite et massacre sanglant.
- Ah… soupire Saitama d'un air un peu déçu en regardant son nerd à lunettes se faire charcuter par le démon. Il ne me restait plus qu'un sceau à tracer et j'avais gagné…
- Bien joué, sourit King en le jetant dans le cercle d'invocation avec les autres. Mais je ne perds jamais.
À ce moment-là, Metal Bat revient s'asseoir devant son ordinateur et remet son casque. Ensemble, ils regardent Tinman sacrifier les trois lycéens et l'enfer se déverser sur terre en un torrent de flammes et de démons.
- Pfff, je suis sûr qu'on aurait gagné si ma mère m'avait pas gâché la partie.
- Ta mère te laisse jouer finalement ? demande Charanko.
- Ouais, mais en échange je dois faire la vaisselle pendant un mois.
- On lance une deuxième partie ?
- Ouais, on va dire que la première c'était juste un échauffement, ça compte pas.
Le menu principal apparaît à nouveau, et ils lancent une nouvelle partie. Cette fois, quand l'écran se divise en quatre, King est Alyssa, Saitama est le footballeur musclé, Metal Bat est le nerd à lunettes, et…
- JE SUIS LE DÉMON TOUT PUISSANT SURGI DES ENFERS POUR VOUS BOUFFER LES TRIPES !
… Charanko est Tinman, et jubile devant son ordinateur.
Metal Bat roule des yeux et fait courir son nerd à lunettes vers la cage d'escalier vite fait. Le temps que le démon se matérialise, King a chopé le livre et a détalé avec le footballeur musclé sur ses talons. Cette fois-ci, ils la jouent tous plus prudent.
- Où êtes-vouuuus, mes petits canetons ? ricane Charanko en quittant le toit pour commencer à parcourir les couloirs du lycée. Je vais vous attrapeeeeer….
Accroupie derrière le bureau d'un professeur dans une salle de classe ouverte, Alyssa, c'est à dire King, regarde passer le démon dans le couloir, le livre de magie sous le bras. Il ne l'a pas vue et continue son chemin.
- N'ayez pas peuuuur… chantonne le démon en parcourant les lieux. Venez voir papa…
- Qui a le livre ? demande Metal Bat qui fait se faufiler son nerd derrière les gradins de la salle de sport.
- C'est moi, dit King d'un ton posé. J'ai déjà tracé deux sceaux.
- Whoa, t'es efficace !
- C'est du travail d'équipe.
Charanko vient de repérer du mouvement au bout du couloir et se rue dans cette direction.
- Reviens ici petit canard ! Je ne vais pas te faire de mal, voyons… Je veux juste te faire un câlin tout doux avEC MON CROCHET DE L'ENFER MWAHAHAHA !
C'est Alyssa qu'il est en train de poursuivre. Et Alyssa, étant King, lui échappe comme une anguille, renverse des casiers et chaises derrière elle pour ralentir le démon.
Si Charanko ne s'en rend pas compte, il est clair pour vous qui avez une vue d'ensemble de ce que chaque joueur fait, que King sert d'appât pour l'éloigner de ses coéquipiers. Ce n'est en effet plus King qui a le livre maudit, mais Saitama. Et aidé par Metal Bat qui monte la garde, il est en train d'achever de tracer le troisième sceau.
- Au fait Saitama, dit Metal Bat tandis que son nerd à lunettes surveille le couloir vide. Genos est pas avec toi aujourd'hui ?
- Non, répond Saitama dont le footballeur musclé trace les derniers traits sur le mur de la piscine. Il est en train d'apprendre à son oncle à faire du montage.
- Cool. Du coup je profite qu'il soit pas collé à toi comme une moule à son rocher pour te demander : t'as vu la vidéo ?
- Quelle vidéo ?
Le footballeur musclé referme le livre et se remet à courir vers le dernier point cardinal du lycée qui leur reste à tracer. À cet instant, Charanko rattrape enfin King et lui lacère le dos d'un coup de crochet, s'amusant comme un petit fou.
- COIN COIN PETIT CANETON ! Tu croyais m'échapper hein ? Eh bien non, même le grand King n'échappe pas à Charanko le démon ! Ha ha ha !
Alyssa se prend encore plusieurs coups de crochet en rampant à terre, avant de se retrouver chargée sur l'épaule visqueuse du démon qui prend le chemin du toit.
- Bah tu sais, insiste Metal Bat en courant dans le couloir aux côtés de Saitama. La vidéo de l'émission tv en direct où Genos a avoué que, euh…
- … qu'il était amoureux de moi ? finit Saitama pour lui, le visage neutre. Ouais, je l'ai vue.
Metal Bat ouvre de grands yeux et son personnage se cogne contre un casier.
- Quoi ? Tu l'as vue ?!
Saitama hausse les épaules, l'air peu concerné.
- Bah ouais. Je suis sur Twitter, et je checke de temps en temps les notifs quand je suis aux chiottes, ça m'occupe. Et on m'a envoyé le lien de cette vidéo des centaines de fois.
- Sérieux ?! Et t'as rien dit ? T'en as pensé quoi ?
King ne semble pas déstabilisé par sa capture, il fronce les sourcils en appuyant sur les touches du clavier avec une vitesse quasi surnaturelle due à une vie d'entraînement aux jeux vidéo. Il parvient ainsi à faire monter la jauge et se libérer avant que Charanko ait pu l'amener sur le toit.
- Hé on est en train de jouer là, c'est pas trop le moment pour parler de ça. Restez concentrés. Tinman est dans les parages.
Il a réussi à semer Charanko, mais le démon se dirige maintenant dangereusement vers la zone où cavalent Saitama et Metal Bat.
- J'entends vos petits petons qui courent héhéhé… Je sais où vous êteees… s'excite Charanko qui vient de les repérer. OH OUI, COUREZ ! COUREZ, MES PETITS CANETONS !
- Merde ! jure Metal Bat qui se concentre à nouveau sur le jeu. Chacun pour soi !
Ils se séparent, prenant chacun un couloir différent.
- Coin coin coin… ! chantonne Charanko qui a décidé de suivre le nerd à lunettes de Metal Bat.
Le démon rattrape bien vite sa proie et la massacre à grands coups de crochet sanglant et de rires hystériques. Pendant ce temps, King et Saitama ont atteint la dernière partie du lycée et commencent à tracer le tout dernier sceau. Le temps que Charanko en finisse avec le nerd à lunettes et les retrouve, c'est trop tard. Le démon est renvoyé en enfer dans un grand flash de lumière, et les lycéens ont gagné.
- Pfiouuu c'était juste !
- Le travail d'équipe, y a que ça de vrai en mode multi, dit King d'un air satisfait.
- Hé Saitama tu m'as pas répondu à propos de…
Metal Bat s'interrompt quand Genos apparaît dans le petit cadre de Saitama, se penchant pour lui servir une tasse de thé.
- Votre thé, Saitama-sensei. Oh, vous avez gagné ? Vous êtes vraiment le meilleur ! Attention, c'est chaud.
Saitama tourne légèrement la tête pour le regarder et prendre la tasse fumante – l'espace d'un instant, ils sont si proches que leur nez se frôlent, et on pourrait presque croire qu'ils sont sur le point de s'embrasser.
- Ah, merci Genos.
Metal Bat les regarde avec des yeux ronds. Charanko cligne des yeux, la bouche entrouverte. King, lui, ne bronche pas.
Cet instant se termine aussi vite qu'il est arrivé – Saitama se tourne à nouveau vers l'ordinateur en trempant ses lèvres dans le thé chaud. Genos s'est assis juste à côté de lui, le dévisageant du coin de l'œil avec une adoration non dissimulée.
- On fait une autre partie ?
- Je vais pas pouvoir, grimace Metal Bat en jetant un coup d'œil derrière lui. Ma mère va me tuer si je finis pas mon exposé et si je révise pas pour mon contrôle… On se refait ça une autre fois ?
- Entendu, acquiesce King qui regarde droit dans la caméra. Si cette vidéo vous a plu et que vous voulez qu'on fasse d'autres parties, lâchez un pouce bleu et un commentaire.
- Et n'oubliez pas de vous abonner ! »
Tous disent aurevoir avec un signe de la main.
TAMA EN LIVE – du lolcat 24/7 ! [[LIVE]]
À moins que vous ayez une passion inavouable pour les murs blancs, rien de bien intéressant à voir pour l'instant. Cela fait deux heures maintenant que Tama dort perché sur son arbre à chat, face au mur. Silence total. Zéro action. Et il ne semble pas prêt de se réveiller.
Repassez donc plus tard !
Geek-Conv 2018 – [16 minutes et 3 secondes]
Un cul. C'est la première chose que vous voyez. Un cul nu, bien rond et charnu.
Ah non, oubliez ça. Maintenant que la caméra a dézoomé un peu, vous vous apercevez qu'il ne s'agit en fait pas d'un cul, ce qui serait tout de même un peu indécent sur Youtube, mais du menton d'un jeune adolescent de douze ou treize ans. Autant le reste de son visage est tout à fait ordinaire, autant son menton proéminent et fendu ressemble à s'y méprendre à une glorieuse paire de fesses.
Ce gamin, que nous appellerons pour des raisons pratiques Face de Cul, regarde la caméra avec un air satisfait. Le soleil brille fort, et derrière lui on devine une foule de gens. Il y a un brouhaha constant en fond sonore.
Donc, Face de Cul brandit devant la caméra un ticket doré.
« Et voilà, j'ai mon Gold Ticket pour la Geek-Conv. C'était épuisé, mais mon père m'en a obtenu un grâce à ses contacts. Avec ça, j'aurai un accès VIP aux dédicaces, les sièges réservés aux premières places dans les conférences, les nouveaux jeux en exclusivité avant même leur sortie, et surtout…
Il tourne la caméra. On ne voit plus son visage, mais une immense queue amassée devant un hangar au loin.
- … j'ai pas besoin de faire la queue comme tous ces losers qui sont là depuis des heures !
Il se filme à nouveau, juste le temps d'ajouter :
- Allez, c'est parti pour la Geek-Conv 2018 !
Une musique énergique proche du metal accompagne alors ce qu'il filme, en accéléré : on voit les centaines, milliers de gens dans la queue qui défile. Beaucoup sont cosplayés en personnages de jeux vidéo, films ou animes populaires. L'accéléré ralentit parfois, juste le temps de filmer de plus près un cosplay particulièrement réussi.
Face de Cul filme ainsi sa progression jusqu'à l'entrepôt démesuré qui abrite la convention. Il entre par une entrée VIP en faisant scanner son ticket. La musique metal s'estompe et la vidéo reprend son cours normal une fois qu'il est à l'intérieur, plongé dans un univers de stands colorés à perte de vue, de foule grouillante, de décorations fantasques et de cacophonie.
- Voilà on y est, dit-il en élevant la voix pour se faire entendre. Je vais commencer par faire un petit tour.
La musique monte à nouveau en volume et la vidéo accélère alors qu'il se faufile dans la foule, filmant tout ce qu'il voit : goodies, fanarts, t-shirts, peluches, costumes, mugs, et tant d'autres choses. De temps en temps on voit sa main tendre un billet et recevoir un sac de goodies en échange. Il filme une jeune femme potelée qui s'est cosplayée en King, manette à la main, faux muscles en carton et fausse cicatrice sur le visage.
Face de Cul explore ainsi toutes les parties de la convention, assiste au premier rang à une conférence très animée sur l'avenir du jeu vidéo avec les casques VR, puis à un concours de cosplay – les gagnants sont des cosplays de Genos et Saitama – et se dirige ensuite vers l'espace dédié aux jeux vidéo, où les prochains jeux peuvent être testés en exclusivité.
L'accéléré se stoppe juste le temps que Face de Cul récupère les exemplaires des jeux qui l'intéressent.
- Je vais pas y jouer maintenant, y a trop de monde et de bruit. Mais une fois rentré chez moi je ferai un let's play des démos. Bon allez je commence à avoir mal aux pieds, et c'est l'heure des dédicaces des Youtubeurs. C'est surtout pour ça que je suis venu, à la base.
Accélération, à nouveau. Il traverse tout l'entrepôt pour arriver à un espace dégagé à l'écart des stands. Là, tout au fond contre le mur des tables sont alignées avec des Youtubeurs assis et occupés à dédicacer et parler avec leurs fans. Et face à eux, d'interminables queues pour les atteindre. Les longueurs sont variables selon les Youtubeurs, mais les queues les plus longues sont pour King, Tatsumaki, Amai Mask, Metal Bat, Saitama et Genos.
Gros plan sur le visage de Face de Cul qui montre à nouveau son ticket doré.
- Grâce à ça, presque pas de queue pour moi ! On est que trente à avoir pu se payer ce pass VIP, alors j'attendrai que quelques minutes au pire au lieu des deux ou trois heures pour les gens pauvres. Alors je vais profiter pour avoir un autographe de chacun d'entre eux ! Enfin, juste des plus célèbres, parce que je vais pas perdre mon temps avec ceux-là que personne ne connaît…
Il fait un vague signe de main pour indiquer les tables où quasiment personne ne fait la queue – vous avez tout juste le temps de reconnaître des Youtubeurs comme Atomic Samouraï, Jet Nice Guy, Bang et Charanko, que déjà la musique metal reprend et Face de Cul fend la foule en passant devant tous les regards envieux ou outrés. Il accès ainsi directement à Amai Mask, obtient un autographe et selfie avec le bel acteur/chanteur/mannequin/etc. Sans s'attarder auprès de l'idole des jeunes filles en fleurs qui hurlent et s'évanouissent à chacun de ses sourires, il enchaîne avec King, le gamer le plus connu au monde. Cette fois-ci, il lui faut attendre que les deux autres VIP devant lui passent avant d'accéder au Youtubeur, mais il obtient vite un autographe et même un petit dessin d'anime girl en tenue d'écolière par King en personne.
Suivent ensuite Fubuki, Tatsumaki, Mumen Rider et Metal Bat avec qui il plaisante un peu, et ils se promettent de faire d'autres vidéos ensemble à l'avenir.
- J'ai gardé mes préférés pour la fin, dit Face de Cul en toisant la caméra de haut, je suis fan de Genos et Saitama, c'est même eux qui m'ont donné envie de faire ma propre chaîne Youtube. Ça fait longtemps que j'ai envie de les voir en vrai. Vous vous en doutez sûrement déjà si vous avez vu ma vidéo sur les réactions à vif des Youtubeurs à la vidéo de Genos qui a gaffé en direct à la tv, mais je les adore. Leurs vidéos sont trop cools.
Mais cette fois, quand il approche de la queue VIP, il y a déjà plusieurs détenteurs d'un ticket gold qui attendent pour rencontrer les deux Youtubeurs. Face de Cul fait une moue mécontente.
- Pfff ils ont trop de succès maintenant qu'ils sont mega célèbres. Bon, j'espère qu'ils vont se dépêcher, j'ai pas envie d'attendre trop longtemps.
Il se trouve que les cinq filles qui attendent devant lui sont dans le même groupe, et quand vient leur tour elles se ruent en gloussant vers Genos et Saitama. Deux d'entre elles prennent des selfies avec un Saitama blasé qui se contente de lever deux doigts pour la photo. Les trois autres se penchent vers Genos et lui demandent en gloussant d'un air conspirateur :
- Dis, Genos-kun, quand est-ce que tu vas enfin avouer ton amour à Saitama ? On attend que ça !
Genos jette un coup d'œil acéré vers Saitama, qui heureusement ne semble pas avoir entendu, trop occupé à signer les agendas colorés des deux groupies. Il vrille alors les trois filles d'un regard qui pourrait congeler un volcan en pleine éruption.
- Cela ne vous regarde pas. Si je décide de le faire, ça ne regardera que Saitama-sensei et moi, et je ne le ferai certainement pas devant une caméra.
Les jeunes filles s'excusent d'un air penaud, réalisant sans doute qu'elles sont allées trop loin. Une fois qu'elles sont parties, Face de Cul s'avance à son tour.
- Salut Genos, salut Saitama. Je suis votre plus grand fan !
- Merci, dit Saitama en prenant mécaniquement la feuille qu'il lui tend pour l'autographe.
- Hé, sympa ton t-shirt, Saitama ! dit Face de Cul en braquant sa caméra sur lui.
Saitama hausse les sourcils et baisse les yeux sur son t-shirt. C'est un t-shirt noir, avec inscrit en lettres capitales blanches : I NEED NEW HATERS. THE OLD ONES ARE STARTING TO LIKE ME.
- Ah ça ? Ouais, c'est un ancien hater qui m'a envoyé ça pour s'excuser.
- Tu peux me dessiner Spike ?
Saitama acquiesce et se concentre sur la feuille pour dessiner le cactus, pendant que Face de Cul se tourne vers Genos.
- Hé, je sais qu'on t'en parle souvent et ça te saoule peut-être à force, mais j'adorais ta chaîne de voyages et je me demandais si t'allais recommencer à faire des vlogs voyages un de ces jours…
Genos lâche un de ses rares sourires.
- C'est en projet. J'en ai discuté avec Saitama-sensei, et il est d'accord pour voyager avec moi dans le monde. Il se pourrait même qu'on fasse des voyages en commun avec Mumen Rider qui veut faire de l'humanitaire bénévolement.
- Oh, cool !
Saitama a fini son dessin et tend la feuille à Genos pour qu'il signe aussi. Face de Cul leur dit aurevoir et s'éloigne, quittant l'entrepôt tout à fait. Une fois à l'extérieur, dans le calme et l'air libre, Face de cul se filme à nouveau de face.
- Bon ! Cette convention était plutôt sympa, même si c'était un peu trop bruyant et qu'il y avait pas la clim'. Les conférences étaient pas bien organisées et ça manquait de guests de prestige. Mais bon, y avait des cosplays cools, j'ai acheté plein de goodies, et j'ai pu voir tous les Youtubeurs que je voulais donc je suis content ! Lâchez un pouce bleu, abonnez-vous, et on se revoit pour une prochaine vidéo ! »
TAMA EN LIVE – du lolcat 24/7 ! [[LIVE]]
En deux semaines d'existence, ce live en continu n'est jamais descendu en nombre de viewers. Bien au contraire, le nombre ne cesse de grandir de jour en jour. C'est bien sûr variable selon les moments de la journée, mais même au plus profond de la nuit, ou l'après-midi quand Tama ne fait que dormir pendant des heures, il y a toujours au moins mille personnes en train de visionner.
Quand vous rejoignez le live, au Japon il est huit heures du soir passées, il y a bien sept mille fans de connectés et beaucoup d'animation dans le chat en direct. Pourtant, il ne se passe pas grand-chose : à en juger par l'angle de la caméra, le morceau de salon et le bout de patte qu'on voit, Tama fait la sieste sur le canapé.
Tout est calme. Le doux son des ronronnements rythme la respiration du chat endormi. On entend vaguement au loin des bruits de vaisselle que l'on range dans la cuisine, et les voix étouffées des informations à la radio.
Quelques minutes s'écoulent ainsi, et le silence se fait… avant d'être brisé brusquement par le vacarme d'un aspirateur qui vient d'être allumé. C'est si soudain que cela fait l'effet d'un réacteur d'avion à pleine puissance – surtout si vous avez eu le malheur de monter le son à fond pour profiter des ronronnements du chat.
Chat qui d'ailleurs sursaute avec un miaulement terrifié, et détale du salon ventre à terre, passant entre les jambes de la mère de Metal Bat qui passe l'aspirateur, avant de se ruer dans la chatière de la porte d'entrée.
Une fois à l'extérieur, dans le petit jardin qui donne sur la rue calme, Tama s'ébroue et se lèche soigneusement la fourrure. Il s'étire et s'avance d'un pas tranquille sur le trottoir. La ville est plongée dans une douce torpeur. C'est l'été, il fait donc encore jour, bien que le soleil commence à décliner et que les ombres s'allongent.
D'un bond souple, Tama saute sur un petit muret et marche ainsi en hauteur, comme un seigneur inspectant ses terres. Et ça ne loupe pas – quelques dizaines de mètres plus loin, il s'immobilise en voyant un jeune chat roux marcher en sa direction.
Tous deux s'observent un long moment – le jeune chat roux se hérisse et feule, mais effectue un pas en arrière qui trahit son manque d'assurance.
Tama émet un long miaulement enroué et menaçant qui fait reculer encore plus son rival. Tous deux miaulent et crachent à présent. Cela fait bien dix minutes que leur échange hostile dure tandis que le jour décline et que le chat en direct se passionne pour le combat félin qui se profile.
Lentement, très lentement, Tama s'approche en miaulant sourdement, jusqu'à ce que les deux chats se retrouvent quasiment truffe contre truffe à se feuler dessus mutuellement.
Et là, d'un coup, Tama donne le premier coup de griffes, et le jeune chat roux réplique aussitôt, les oreilles plaquées en arrière sur son crâne. Comme un vrai combat de boxe, ils se dressent sur leurs pattes arrière et se donnent des coups féroces en crachant.
C'est finalement Tama qui gagne par forfait – le chat roux s'est enfui la queue entre les jambes sans demander son reste. À nouveau, il fait sa toilette pendant quelques minutes, puis reste perché sur le muret quelques dizaines de minutes à observer les gens passer dans la rue.
Un certain nombre sont vêtus de jolis yukatas colorés et tiennent à la main un éventail. Quand enfin Tama décide de descendre de son muret, il est neuf heures et demi environ et la nuit teinte la ville de dégradés de bleus et gris.
Il trotte ainsi un bon moment, s'éloignant de plus en plus de chez lui. Il semble suivre les gens vêtus en yukata, et vous comprenez vite pourquoi lorsqu'il arrive dans un parc qui abrite un festival d'été. Des stands ont été alignés entre les arbres et sur la pelouse, et quasiment tous sont dédiés à la nourriture. Slalomant entre les jambes de la petite foule qui flâne, le chat lève la tête pour observer avec intérêt les barquettes de takoyaki, okonomiyaki, yakisoba ou dorayaki qui s'échangent contre des billets de mille yens.
Il s'approche d'un gros bac d'eau en plastique posé à même le sol devant lequel sont accroupis des enfants et un adulte au crâne chauve. Tama se glisse à ses côtés et se dresse sur ses pattes arrière pour observer les nombreux poissons rouges qui y tournoient. Ceux qui connaissent bien le Japon savent qu'il s'agit d'un jeu payant qui consiste à capturer autant de poissons que possible avec une petite épuisette en papier très fin qui a la fâcheuse tendance à se casser trop vite.
Se tenant d'une patte au rebord, le chat tend l'autre pour la plonger dans l'eau et tenter lui aussi d'attraper un poisson. Sans grand succès.
« Tu galères, le chat ?
Tama tourne la tête, et la mini-caméra dans son collier filme le visage d'un jeune homme au crâne lisse qui le regarde avec un air neutre. Le chat en direct explose de commentaires surexcités lorsque les gens reconnaissent Saitama.
- Mraw, répond l'animal d'un ton impatient en tapotant à nouveau l'eau, nargué par les poissons.
- Ouais, moi aussi j'suis nul à ce jeu.
On voit en effet la main de Saitama plonger l'épuisette en papier dans l'eau et capturer un poisson rouge frétillant, mais quand il la soulève, le fin papier se troue sous le poids du poisson qui file sans demander son reste.
- Ah… soupire Saitama d'un air découragé. C'est la cinquième que je casse et j'en ai toujours attrapé aucun…
Le chat se laisse retomber sur ses quatre pattes et renifle la main humide que Saitama lui tend. Un rare sourire empreint de douceur éclaire son visage quand Tama semble l'accepter et presse sa tête contre ses doigts comme pour réclamer une caresse.
- Hé, t'es plutôt cool comme chat. D'habitude, je les fais fuir.
Le chat ronronne et se frotte contre le genou de Saitama – qui d'ailleurs, porte un yukata bleu marine à motifs imprimés blancs.
- Saitama-sensei, s'élève une voix derrière eux. Je vous ai pris des takoyaki et des dango.
- Oh, merci Genos.
La main de Saitama quitte la fourrure blanche de Tama après une dernière caresse et il se relève, devenant soudain immense du point de vue du chat. Le nombre de gens visionnant le livestream est en train d'exploser – sans doute que le mot a été passé sur les réseaux sociaux – et le chat en direct s'enthousiasme de l'apparition de Genos. Et c'est un euphémisme. Il n'y a plus que du capslock et des smileys qui défilent à grande vitesse.
Tama émet un miaulement suppliant, et Saitama se baisse à nouveau, tenant au creux de sa paume une boulette de takoyaki qu'il lui présente.
- Tiens, mon pote. Faut se soutenir entre mauvais pêcheurs.
La mini-caméra se focalise sur la boulette de poulpe que le chat dévore avec appétit en quelques bouchées. Lorsqu'il relève la tête après l'avoir entièrement mangée, Saitama et Genos sont en train de s'éloigner, marchant côte à côte. À la grande joie des quelques vingt mille fans qui visionnent le livestream, Tama décide de les rattraper en trottinant, les suivant comme leur ombre sans qu'ils ne s'en rendent compte.
- Y a un banc libre là-bas, viens on va s'asseoir, ça sera plus pratique pour manger.
- Excellente idée, sensei.
- Ça va, Genos ? T'as pas l'air dans ton assiette aujourd'hui.
- Vous êtes très observateur, Saitama-sensei. Je suis effectivement préoccupé. Je dois vous parler de quelque chose de grave.
- De grave ?
- Oui, ce n'est pas quelque chose de facile à dire, et pour tout vous avouer Saitama-sensei, il m'en coûte beaucoup d'aborder le sujet. J'aurais préféré éviter d'en arriver là, mais par souci d'honnêteté et par respect pour vous, je me dois de le faire.
- … Ok.
Les deux Youtubeurs s'assoient sur le banc libre, un peu à l'écart du festival et de la foule.
Tama s'avance à pas de velours, ombre parmi les ombres, rasant le sol. Il contourne le banc sans les quitter des yeux jusqu'à se retrouver dans leur dos. Se hissant sur ses pattes arrière, il atteint le banc et allonge le cou pour renifler la barquette de takoyaki que Saitama a posée à côté de lui. Aucun des deux n'a remarqué le chat qui lorgne leur nourriture – ils échangent un long regard, intense et dur pour Genos, vaguement inquiet pour Saitama.
- Saitama-sensei… murmure Genos avec tant de ferveur et d'émotion dans la voix qu'il en paraît essoufflé.
Comme Genos s'arrête là, le fixant d'un regard perçant comme s'il tentait d'entrevoir son âme dans ses yeux, Saitama cille d'un air confus.
- Euh… ouais ?
Tama lape le takoyaki en ronronnant. Genos ouvre la bouche et se met à parler sans interruption et sans ciller une seule fois, le dos raide et les yeux rivés sur Saitama :
- Le jour où vous êtes venu à mon secours contre Mosquito Girl, ses critiques m'avaient tellement ébranlé que j'étais sur le point de sombrer, de quitter définitivement Youtube et de perdre toute raison de vivre. Vous m'avez sauvé, et j'en ai éprouvé de la reconnaissance et de l'admiration. Vous n'êtes pas sans savoir que ce moment a été déterminant dans ma vie. Au début, j'étais seulement intrigué, je voulais mieux connaître mon sauveur et le secret de votre répartie cinglante. Vos vidéos ont été une révélation pour moi. Vous voir créer des vidéos sans vous soucier du qu'en dira-t-on ni vous plier aux exigences de vos abonnés ou craindre leurs critiques m'a fait réaliser quelque chose de très important que j'avais perdu de vue au fil des années. Je me suis souvenu de mon enthousiasme lorsqu'à quinze ans j'ai créé ma chaîne de voyages et suis parti seul à l'aventure à travers le monde. Et j'ai compris que la passion de mes débuts m'avait progressivement quitté sans même que je m'en rende compte, tant j'étais focalisé sur le nombre d'abonnés, de likes et de commentaires. Créer des vidéos, voyager, tout ce que j'avais tant aimé à mes débuts était devenu un fardeau, une corvée, car je ne le faisais plus que pour satisfaire ceux qui me regardaient, sans me demander si c'était encore ce que je voulais, moi. Je m'étais enfermé dans un schéma préétabli, victime de ma popularité grandissante, et je ne tirais plus aucune joie ni fierté de ce que je faisais. Saitama-sensei, vous m'avez ouvert les yeux et m'avez donné le courage de sortir de cet engrenage dont j'étais prisonnier. Je me suis passionné pour votre façon de penser et voir le monde, et plus j'analysais votre philosophie de vie, plus je me sentais attiré par vous et sentais que vous étiez la pièce manquante à mon puzzle. Vous déteniez le sens de ma vie entre vos mains, mais je ne pouvais que vous admirer de loin et me consacrer entièrement à votre étude. Vous occupiez mes pensées à longueur de journée et de nuit, sensei. Jamais je n'avais désiré rencontrer quelqu'un si ardemment, et l'idée que vous ignoriez mon existence me mettait au désespoir, mais je n'osais pas vous contacter et vous importuner avec mon obsession grandissante pour vous. Mais lorsque j'ai appris que vous aviez des ennuis et que vous étiez à la rue, j'y ai vu l'occasion de m'approcher de vous tout en vous étant utile. Je pensais qu'en ayant la possibilité de vous observer de plus près au quotidien sans vous partager avec toute la communauté Youtube, ma fascination pour vous serait enfin assouvie. J'avais tort. Car ce qui n'était que de la reconnaissance et de l'admiration a évolué à votre contact en quelque chose d'autre, quelque chose de plus fort que jamais je n'avais ressenti avant. Il m'a fallu un certain temps pour comprendre ce dont il s'agissait. Je n'étais plus aveuglé par l'admiration car je découvrais votre personnalité sous tous ses aspects, et en apprenant à vraiment vous connaître pour ce que vous êtes, et non plus pour l'image idéalisée que je me faisais de vous en regardant vos vidéos, la véritable nature de mes sentiments pour vous s'est peu à peu révélée à moi comme une évidence. Je ne me lasserai jamais de m'éveiller chaque matin à vos côtés et contempler votre visage endormi. Chacun de vos sourires m'éblouit et je n'ai jamais été plus heureux que je ne le suis quand je suis avec vous. Je suis amoureux de vous, Saitama-sensei, je vous aime plus que tout au monde, et je ne peux plus vous le cacher.
Bien qu'il ne semble pas avoir repris son souffle une seule fois, Genos achève son discours avec la même intensité, ses yeux verts brûlants d'une détermination presque agressive.
Tama est à présent en train de mordiller la boule de takoyaki qu'il a éventrée pour manger les petits morceaux de poulpe bien chauds qui sont à l'intérieur. Vu l'angle de la mini-caméra, vous ne voyez que partiellement les visages des deux Youtubeurs dans le coin de l'écran. Celui de Saitama est parfaitement neutre, n'exprimant aucune émotion. Dans le chat en direct, c'est l'explosion de commentaires surexcités en capslock et d'abus de points d'exclamation.
- … Ah, finit par lâcher Saitama d'un ton plat.
Genos s'empresse d'ajouter :
- Vous méritez de le savoir, et je comprendrais que cela vous mette mal à l'aise et que vous préféreriez mettre fin à notre cohabitation.
Tandis que la caméra tremblote à cause du chat qui mâche énergiquement son morceau de poulpe, Saitama pousse un soupir de soulagement.
- Tu m'as fait flipper, j'ai cru que t'allais vraiment m'annoncer un truc grave.
Le chat recule la tête vivement lorsque la main de Saitama apparaît et prend une boulette de takoyaki.
- T'inquiète pas, mec, poursuit Saitama en mordant dans la boulette, ça fait des semaines que je suis au courant et je compte pas me barrer pour autant.
- Vous… vous saviez ? … Mais comment ?
Saitama hausse les épaules avec flegme et tend une autre boulette à Genos.
- J'ai vu la vidéo. Celle où tu passes à la télé. Tiens, mange pendant que c'est encore chaud.
Cette fois, les joues de Genos s'enflamment et il détourne les yeux, au comble de l'embarras. Mais il accepte silencieusement la boulette que lui donne Saitama, et mord dedans sans conviction.
- J'avais pourtant fait tout mon possible pour que vous ne la voyiez pas…
- Ouais, j'avais remarqué que tu te démerdais pour que je regarde pas les vidéos tendance de Youtube. Mais des abonnés m'ont envoyé le lien sur Twitter et c'est pas comme si tu pouvais surveiller ce que je regarde sur mon portable quand je suis aux chiottes…
Genos avale son takoyaki et baisse la tête, l'air de plus en plus mortifié.
- Je suis désolé, Saitama-sensei.
Saitama hausse les sourcils en lui jetant un regard en biais.
- Pourquoi tu t'excuses ?
- Je ne voulais pas vous incommoder avec mes sentiments. Je sais que vous n'êtes pas attiré par les hommes et c'est pour cela que je ne l'ai pas dit plus tôt. Mais après mon aveu involontaire dans cette émission, je me suis dit qu'il était préférable que vous l'appreniez par moi plutôt qu'au travers d'une vidéo sur Youtube.
Saitama se gratte la joue en détournant le regard.
- Euh Genos…
Genos le coupe, relevant les yeux et haussant la voix avec une fougue teintée de désespoir :
- Sachez que je n'attends rien de vous, sensei ! Vivre et tourner des vidéos avec vous suffit amplement à mon bonheur, je n'ai pas la prétention de demander plus ! Je sais parfaitement que c'est non réciproque, et je suis tout à fait capable de vivre avec ! Si vous acceptez de rester vivre avec moi, je promets de ne pas vous déranger, et de ne plus jamais en reparler !
Une expression d'inquiétude traverse le visage de Saitama qui pose une main sur l'épaule de Genos, la pressant comme pour le rassurer.
- Hé, calme-toi, Genos. Je ne vais nulle part. Comme je t'ai dit, ça fait des semaines que j'ai vu cette vidéo et ça me dérange pas, je te jure.
- Vraiment ?
- Ouais t'inquiète. Tiens, prends un dango. Il est vachement bon tu vas voir.
Il n'y a plus de takoyaki dans la barquette en plastique à présent, mais Tama l'attire à lui d'une patte agile pour la faire tomber au sol. Du coup, à la grande frustration de tous les viewers, on ne voit plus les deux Youtubeurs, mais seulement la terre et quelques mottes d'herbe, ainsi que la barquette que le chat nettoie consciencieusement à coups de langue râpeuse.
Pendant quelques dizaines de secondes, on ne les entend plus parler, mais le silence semble électrique.
- T'as raison au moins sur un point, Genos, s'élève la voix posée de Saitama au bout d'un moment. Je ne suis pas attiré par les hommes.
- J'en suis conscient, Saitama-sensei.
Tama a fini de nettoyer la barquette et s'étire longuement, à en juger par ses pattes avant dont les griffes sortent une seconde avant de se rétracter.
- Mais je n'ai jamais été attiré par les femmes non plus. En fait, j'ai jamais été attiré par qui que ce soit, homme ou femme, et j'ai jamais été amoureux. J'sais pas, j'ai jamais trop compris l'intérêt.
D'un bond souple, le chat se hisse sur le dossier du banc, offrant aux quelques trente mille viewers reconnaissants une vue plus claire sur les deux hommes. Aucun des deux ne fait attention à lui : Saitama mâche pensivement son dango sucré en regardant dans le vide devant lui, tandis que Genos, le buste tourné vers son sensei, le fixe avec une intensité jamais égalée. Il ne dit rien, comme s'il ne voulait pas interrompre le cours des pensées de Saitama.
- J'ai toujours pensé que j'étais pas fait pour une relation. Que ce genre de trucs, c'est pour les autres, pas pour moi. Mais ces derniers mois passés avec toi chez ton oncle, ça m'est arrivé une ou deux fois de me dire que… j'sais pas…
Saitama baisse les yeux sur son bâtonnet dépouillé à présent qu'il en a mangé tous les dango qui y étaient embrochés. Il fronce les sourcils, un mélange de confusion et d'hésitation dans ses yeux noirs.
- … que peut-être qu'avec toi, ça pourrait être pas mal. Peut-être.
Saitama détourne le regard et se masse la nuque d'un air embarrassé.
- J'sais pas trop ce que je ressens, en fait. J'évitais d'y penser jusqu'à maintenant. Mais tout ce que je sais, c'est que je me sens super bien avec toi et que j'aimerais qu'on reste ensemble, d'une façon ou d'une autre.
Tama s'installe confortablement sur le dossier du banc – il a ramené ses pattes avant sous son corps et s'est enveloppé de sa queue blanche.
- Saitama-sensei. Regardez-moi.
À la voix sérieuse de Genos, Saitama relève les yeux, et tressaille lorsque Genos lève une main pour frôler sa joue du bout des doigts.
- Puis-je avoir l'autorisation de vous embrasser ? »
Saitama retient son souffle et hésite un instant avant de hocher la tête. Genos ne cache pas sa nervosité lorsqu'il avance doucement le menton, pressant un baiser chaste contre les lèvres de Saitama. Cela ne dure que trois secondes durant lesquelles le chat en direct explose de joie. Genos brise le baiser et rouvre les yeux avec un sourire incertain, front contre front. Saitama déglutit et laisse tomber son bâtonnet à terre. Il glisse ses deux mains dans les cheveux blonds de Genos pour l'attirer à lui et joindre à nouveau leurs lèvres. Le baiser est toujours hésitant, mais plus profond et passionné. Lorsque Genos ouvre la bouche pour accueillir la langue humide de Saitama, Tama se redresse et descend du banc d'un bond souple, laissant derrière lui le couple qui vient de se former, pour s'en aller quémander de la nourriture auprès des autres citadins qui se promènent près des stands.
En direct de mon nouvel (ex) appart [[LIVE]]
Une luminosité importante sature l'écran. La mise au point se fait peu à peu, et le visage impassible de Saitama apparaît – son crâne chauve reflète l'éclat du soleil comme un miroir.
« Ah. Ça y est, la connexion a l'air de marcher à peu près.
Il dézoome peu à peu et la caméra s'éloigne lorsqu'il la tient pour se filmer à bout de bras. Vu la qualité plus basse que d'habitude et le rectangle vertical que forme l'écran, il semblerait qu'il se filme avec son téléphone portable.
Derrière lui, on aperçoit un appartement aux murs blancs et nus, sans meubles, mais encombré de piles de cartons de tailles différentes. Les plus observateurs d'entre vous remarqueront que cet appartement, avec sa petite cuisine et son balcon, est celui où vivait Saitama avant d'en être expulsé et de devoir vivre avec Genos. Quoique, vu le titre de ce livestream, ce n'était pas difficile à deviner.
Saitama porte un bermuda et un t-shirt décontracté. Il agite mollement la main en guise de bonjour.
- Salut les gens. Bon, j'en avais vaguement parlé sur Twitter il y a quelques jours, mais Genos et moi on parlait de prendre un appart ensemble. Son oncle Kuseno est super cool, mais on allait pas squatter chez lui pour toujours, alors quand j'ai vu que mon ancienne proprio vendait son appart pour pas très cher parce qu'elle a pas trouvé de nouveau locataire depuis mon départ… On s'est dit que c'était une super occasion.
Il lève son autre main pour montrer une clé, un léger sourire effleurant ses lèvres et éclairant ses yeux.
- Voilà, c'est officiel. On est proprios maintenant, Genos et moi, et on emménage aujourd'hui.
Son visage disparaît, et comme il l'avait fait dans une de ses toutes premières vidéos, il tourne lentement sur lui-même pour filmer l'appartement. Il n'y a plus aucune trace des messages haineux qui avait été inscrits sur les murs des mois plus tôt. L'appartement a été totalement remis à neuf.
- Ça fait bizarre de revenir ici après tout ce temps, dit Saitama en s'avançant vers le balcon. Il y a tellement de choses qui ont changé dans ma vie depuis la dernière fois que j'y ai mis les pieds…
La caméra bascule un peu quand il se penche pour ramasser un truc dans un carton, et se redresse ensuite quand il enjambe un obstacle pour accéder au balcon. Dehors, le soleil est éblouissant, et on entend les criquets chanter la fin de l'été et de la saison des pluies.
La caméra s'adapte au changement de luminosité et filme le quartier résidentiel. Saitama s'accoude au rebord et dirige l'objectif vers le bas. Au pied de l'immeuble, deux ou trois étages plus bas, un camion de déménagement est garé et on voit de haut Genos discuter avec les déménageurs et signer de la paperasse.
- Maintenant je suis Youtubeur professionnel, j'ai plein de projets pour le futur, je me suis fait un tas de potes, et je sors plus ou moins avec Genos depuis une semaine. Enfin ça, vous le savez déjà, à cause du chat de Metal Bat. Je me méfierai des chats maintenant. Remarque, ça nous a évité de devoir faire une annonce officielle.
La caméra pivote à nouveau pour filmer le visage de Saitama en contre-plongée. L'idée d'avoir été filmé à son insu une semaine plus tôt par un chat ne semble pas le perturber plus que ça. Il regarde son téléphone de haut, et le mouvement de ses yeux indique qu'il parcourt les messages du chat en direct.
- Merci pour les félicitations, les gars. Non on va pas se marier. Comment ça se passe entre nous maintenant ? Bah…
Saitama hausse vaguement les épaules.
- Contrairement à ce que je craignais, ça n'a pas changé grand-chose à notre relation en fait. On continue comme avant, à quelques détails près. Donc ouais, c'est plutôt cool.
Il interrompt sa petite séance de réponses aux questions en tournant sa caméra vers le sol du balcon.
- Je ne suis pas le seul à revenir dans cet appart. Regardez, Spike est là aussi, et il va retrouver la place qui est la sienne.
En effet, la main de Saitama apparaît, portant le petit pot du cactus pour le déposer au sol, là où il était avant.
- J'ai l'impression d'avoir trouvé la mienne, moi aussi.
Saitama s'appuie contre le bord du balcon et se filme à nouveau, auréolé par le contre-jour.
- Je profite de ce moment de calme pour vous annoncer les prochaines vidéos qu'on a en préparation. J'organise avec Metal Bat et King un FPS grandeur nature avec une dizaine d'autres gamers. On formera deux équipes et on s'affrontera dans un terrain vague, chacun muni d'une caméra frontale. On a aussi prévu d'accompagner Mumen Rider dans sa première mission humanitaire à l'étranger. Et encore plein d'autres trucs, vous verrez, on vous réserve des surprises.
Saitama s'interrompt et relève la tête – le visage de Genos apparaît à l'écran, juste le temps de déposer sur les lèvres de Saitama un doux baiser qui ne dure que deux secondes mais forme un joli tableau avec le soleil qui les auréole.
- Oh, vous êtes en direct ? demande Genos en jetant un œil au portable.
- Ouais, mais j'ai presque fini.
- Je vais commencer à ouvrir les cartons en vous attendant.
- Ça marche, j'arrive tout de suite.
Leur échange était naturel et sans aucune gêne. Effectivement, mis à part le baiser, ils se comportent comme ils l'ont toujours fait.
Genos disparaît hors caméra, et Saitama vous adresse un vague signe de la main, le visage détendu et souriant.
- Bon, je vais vous laisser, on a des cartons à déballer et des soldes à faire après ça. On se revoit bientôt dans une prochaine vidéo. Bye, les gens ! »
Le livestream s'interrompt, laissant un écran noir.
Mais déjà, Youtube vous annonce la mise en ligne de nouvelles vidéos dans vos abonnements. Il y aura toujours d'autres vidéos à regarder, d'autres titres putaclic, d'autres lolcats, d'autres livestreams, d'autres Let's play, d'autres Top 10 et tendances du moment.
Que ce soit en ligne ou dans le réel, la vie poursuit son cours, imprévisible et sans cesse renouvelée. Et elle est si belle dans sa diversité.
FIN
[NdA : Cette histoire est maintenant terminée ! Si ça vous a plu, n'hésitez pas à lâcher un pouce bleu et vous abonner... ah non, pardon : n'hésitez pas à lâcher une review et mettre la fic dans vos favoris ! :D]
