Blade and Needle

- Ca va aller, assura Kurt en se tournant vers Blaine pour lui adresser un sourire rassurant.

Celui-ci avala sa salive et se détourna du hublot par lequel il observait l'avion entamer sa descente vers l'Ohio.

- J'espère, répondit-il simplement en lui retournant son geste.

Blaine prévoyait ce week-end depuis des semaines.

Il avait passé des heures à essayer de mettre bout à bout les bons mots pour former les bonnes phrases qu'il avait apprises par coeur, mais désormais il ne se sentait plus sûr de rien. Il ne voyait plus trop l'intérêt de faire cela. D'annoncer à Burt et Carole qu'il souffrait d'un trouble mental.

Blaine grimaça en pensant ces mots. Sa thérapeute avait insisté à de nombreuses reprises sur l'importance de ne plus se cacher derrière les formules passe-partout dont il avait l'habitude et utiliser les termes adéquats pour évoquer son automutilation. Bien qu'il avait encore un peu de mal à s'y habituer, Blaine était prêt à faire tout ce qui se trouvait en son pouvoir pour guérir. Et parler au père de son petit ami, qui allait surement le tuer en apprenant la vérité, en faisait parti. Il ne pouvait plus faire marche arrière de toute façon. Le paysage urbain de Columbus se dessinait de plus en plus clairement et l'appareil se poserait sur la piste d'atterrissage d'un instant à l'autre.

Un fois au sol, Blaine soupira et détacha lentement sa ceinture de sécurité. Il suivit silencieusement Kurt de la descente de l'avion au hall de l'aéroport. Son petit ami s'arrêta soudainement et Blaine trébucha sur la grosse valise qu'il venait de lâcher. Kurt n'y fit même pas attention et partit en courant vers Burt qui l'intercepta avant de refermer ses bras autour du corps de son fils. Il le serra fort contre lui, puis s'avança vers Blaine pour le saluer d'une tape dans le dos.

Kurt sautilla jusqu'à sa valise, abandonné à quelques pas de là, pour la récupérer et suivit son père jusqu'au parking. Blaine en fit de même et écouta distraitement le châtain babiller gaiement sur le stage qu'il venait de décrocher chez Alexander Wang, Bang ou un nom du même genre et sur comment celui-ci lui avait assuré qu'il trouvait ses créations intéressantes. Burt acquiesça distraitement en ouvrant le coffre pour y ranger les deux valises. Kurt continua sur le sujet de son défilé et des commentaires enjoués qu'il avait reçu de la part de ses professeurs jusqu'à ce que Burt ne coupe le moteur de son 4x4, désormais garé dans l'allée de gravillons, devant le pavillon qu'il habitait avec Carole et Finn. Il extirpa les deux grosses valises comme si elles étaient aussi légères que de vulgaires sacs en papier et les déposa dans l'ancienne chambre de Kurt.


Kurt posa sa dernière pile de vêtements dans la commode de sa chambre d'adolescent, quand la douce voix de Carole résonna du rez-de-chaussée leur demandant de descendre pour déjeuner. Il jeta une paire de chaussettes sur Blaine, allongé sur son lit, et l'en informa lorsque celui-ci se redressa en retirant les écouteurs de son baladeur. Il ouvrit la porte de sa chambre et lui tendit la main. Blaine l'accepta avant de le suivre jusqu'à la salle à manger où Finn remplissait déjà son assiette de légumes en attendant l'arrivée du poulet que Burt découpait dans la cuisine. Kurt leva un sourcil vers le jeune homme avant de s'asseoir le plus loin possible de lui. Blaine prit place à sa droite. Burt et Carole les rejoignirent avec les derniers plats et tous commencèrent à se servir calmement.

Blaine avala distraitement un morceau de poulet tout en examinant tour à tour Burt, Finn et Carole. Il reposa calmement ses couverts et but une gorgée d'eau avant de prendre la parole :

- J'aimerai vous parler après le repas, annonça-t-il.

Burt releva la tête de sa cuisse de poulet comme pour s'assurer que c'était bien à lui que l'on s'adressait. Finn marmonna la bouche pleine qu'il s'occupait du garage toute l'après-midi et récolta un regard dédaigneux de Kurt ainsi qu'une remarque cinglante sur le fait qu'il devrait apprendre à manger proprement. Carole leva les yeux au ciel, mais ne put s'empêcher de sourire en regardant Kurt et Finn se chamailler. Elle avala quelques haricots verts et assura à Blaine qu'ils discuteraient tous les quatre quand il le désirerait. Il la remercia d'un hochement de tête avant de planter sa fourchette dans un morceau de pomme de terre et termina le repas en écoutant Finn parler avec Burt des commandes du garage.


- Je vois quelqu'un, annonça Blaine en fixant ses genoux fermement serrés l'un contre l'autre.

Il marqua une pause et releva timidement ses yeux mordorés vers le couple assit sur les deux fauteuils face à lui. Il rencontra le visage étonné de Carole, qui pencha légèrement la tête comme pour évaluer la situation. Quant à Burt, qui prétendait demeurer impassible laissa son poing se crisper autour du cuir de l'accoudoir sur lequel son bras reposait. Blaine le remarqua et frissonna légèrement, mais se força à ne pas se dégonfler et à continuer son aveu.

- Ça fait déjà un moment et je voulais vous le dire en face.

Blaine se tut une nouvelle fois et laissa un silence gênant s'installer dans le salon. Au bout de quelques minutes interminables, Burt se racla bruyamment la gorge le faisant ainsi relever les yeux.

- Vous êtes venus ici pour nous dire ça ? grimaça-t-il. Pour dire que tu vois quelqu'un ?

- Une thérapeute, précisa Kurt en glissant de l'accoudoir du canapé, qu'il occupait jusque là, pour se rapprocher de son petit ami. Ce qu'il veut dire c'est qu'il voit une thérapeute pour... quelques problèmes.

Burt sembla vaguement soulagé.

Même si quelque chose clochait avec les garçons, il remercia silencieusement Kurt pour avoir éclairci la situation. Il avait craint pendant quelques minutes que le pire leur était arrivé, que Blaine avait rencontré quelqu'un d'autre et qu'ils étaient venus annoncer leur rupture. Heureusement cela ne semblait pas être le cas. Il relâcha le bras du fauteuil avant d'observer tout à tour Blaine puis Kurt et inversement.

- Vous avez des problèmes ? hasarda-t-il. Genre des problèmes de couple ?

- Non, répondit vivement Blaine. Ce n'est ni Kurt ni nous. C'est moi. Je suis le problème.

Kurt se rapprocha encore plus de lui jusqu'à se retrouver assis contre son flanc.

- Je me heu... Je ne sais pas trop comment annoncer ça, donc heu...

- Dis-le simplement mon chéri, le rassura Carole d'une voix chaleureuse et apaisante.

- Je me mutile.

Pour appuyer ces propos, Blaine remonta soigneusement les manches de son pull en cachemire anthracite et leur offrit la vue de ses multiples coupures. Il jeta un regard vers Carole et Burt tandis que Kurt glissa son bras dans son dos et y traça de légères arabesques pour le détendre. Carole étouffa un petit gémissement de sa main et Burt ouvrit la bouche, puis la referma sans qu'aucun son ne sorte.

- Je devais vous le dire, ajouta-t-il. Vous m'avez toujours accueilli et apprécié plus que ma propre famille.

Carole renifla en essuyant les quelques larmes perlant le long de ses joues et se leva pour venir s'asseoir de l'autre coté de Blaine pour l'enlacer. Elle ravala un sanglot et déposa un baiser sur le front du jeune homme. Burt resta assis à observer sa femme et le couple sur le canapé et adressa un signe de tête au bouclé lorsque leurs regards se croisèrent.

- C'est pour ça que je vois une thérapeute. Pour tout arrêter, précisa Blaine.

- Depuis longtemps ? demanda Burt la voix rauque.

- Quelques semaines, sept ou huit.

Burt acquiesça inutilement et Carole s'éloigna légèrement de Blaine, sans pour autant le lâcher. Celui-ci lui adressa un sourire reconnaissant, puis se tourna à nouveau vers Burt.

- Je vais guérir, assura-t-il fermement. Je dois être en bonne santé avant tout pour moi-même, mais également pour tous ceux qui m'aiment. Je veux me marier avec Kurt, avoir un appartement de plus de 20 m² avec lui, un chien et des enfants. Sauf que pour le moment, je ne peux même plus m'approcher de la cuisine. Kurt me l'interdit depuis qu'il m'a surpris à fixer les couteaux un peu trop longtemps pendant qu'on faisait la vaisselle. Pareil pour son atelier, il a du jour au lendemain banni de l'appartement tout cutter, ciseaux et objet plus pointu qu'une aiguille. Lorsqu'il me laissera à nouveau me raser sans être à moins de dix centimètres de moi, j'aurai fait un progrès énorme et pourrai construire ce futur.


Assis sur les marches du porche des Hummel-Hudson, Blaine tenta de refroidir la tasse de thé brulante qu'il tenait entre ses mains. Il souffla par dessus le bord du mug et avala une petite gorgée du liquide encore bouillant. Il soupira et frissonna en reportant son regard vers les étoiles scintillantes.

- Tu as froid ?

Blaine sursauta et se retourna pour voir son petit ami appuyer contre le châssis de la porte d'entrée. Kurt désigna le plaid qu'il tenait, puis avança pour venir le rejoindre. Il assit contre lui et enroula la couverture autour d'eux. Blaine passa un bras autour de sa taille pour le rapprocher encore un peu plus de lui et continua à siroter son thé.

- C'est vrai ce que tu as dit tout à l'heure ? susurra Kurt en s'emmitouflant dans la chaleur du plaid.

Blaine fronça les sourcils et détourna son regard du ciel pour l'observer.

- Tu veux vraiment m'épouser ? continua-t-il.

- Bien sûr que oui. Pourquoi ne le voudrais-je pas ?

Les coins des lèvres de Kurt se relevèrent en un magnifique sourire montrant ses petites dents blanches et brillantes aussi parfaites que des perles et faisant se plisser ses adorables fossettes. Le cœur de Blaine fit un bond dans sa poitrine. Kurt était heureux et il en était la cause. Tout commençait à lentement redevenir normal, Blaine en était convaincu.

- Et je le ferrai, assura-t-il en embrassant sa tempe.

Le sourire de Kurt s'agrandit encore quand il passa ses bras autour du cou de Blaine et colla son front au sien. Il ferma les yeux et posa tendrement ses lèvres sur les siennes. Blaine soupira d'aise et répondit au baiser. Kurt mit fin à l'échange après avoir caressé les lèvres du bouclés des siennes une dernière fois et se nicha contre lui, posant sa tête contre le torse du jeune homme. Blaine garda une main autour de sa taille et finit son thé tranquillement, profitant de la soirée fraiche et paisible en compagnie de son petit ami.


Remerciements :

Merci pour m'avoir suivi et soutenu pendant ces dix chapitres, de m'avoir donné l'envie de continuer cette fiction qui serait probablement restée inachevée sans votre lecture.

J'espère que vous avez apprécié du début à la fin et que je vous ai distrait un petit peu chaque mardi durant dix semaines.

Je ne compte pas m'arrêter d'écrire, mais je ne vais pas commencer une autre fiction avant un ou deux mois. Janvier va être intense et je ne veux pas me lancer dans quelque chose que j'aurai gribouiller en vitesse. Je ne compte pour autant pas rester sans rien publier, quelques OS arriveront régulièrement.

Encore merci à tous les reviewers, followers, favoris et lecteurs, actifs comme invisibles.

Merci également à tous ceux qui j'espère continuerons de lire cette fiction.