Titre : Le sang des innocents

Auteur : Tabourette

Beta : ClaP74

Rating : MA

Note 1: cette histoire contient des relations homosexuelles donc toutes les personnes que cela rebute, passez votre chemin

Note 2 : Merci beaucoup à ClaP74 pour avoir merveilleusement bien corrigé ce chapitre !

Diclaimer : les lieux et personnage de l'univers d'Harry Potter appartiennent exclusivement à leur auteur J.K Rowling. Le reste, c'est tout à moi !

Petit mot de ma beta, ClaP74 :J'ai trouvé ce chapitre absolument adorable et tellement drôle ! Mais surtout, je sens que vous allez devenir folles ! Oui oui, ça y est, notre Ryry international fait de l'humour et se dévergonde un peu ! Enfin, je dirais même beaucoup ! p

Un grand merci pur vos trèèès nombreuses review du chapitre précédent. Je me répète mais ça me motive vraiment de voir que vous appréciez mon histoire !

J'espère que ce chapitre continuera à vous plaire. Enjoy !

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Severus grogna en sentant des pics de douleur lui vriller la tête le sortir de sa torpeur. Un poids alourdissait sa poitrine et une respiration lui apprit qu'il s'agissait du corps de Potter.

Il ouvrit doucement les yeux, craignant que la douleur n'empire. Une touffe de cheveux bruns lui bloquait la vue. Il en inspira une nouvelle fois l'odeur. Une odeur de shampooing et de Potter. L'odeur de sa Source. Un pincement au cœur lui fit resserrer sa prise autour du corps alangui contre lui. Il fallait qu'il profite de ce moment avant que le jeune homme ne s'éloigne encore une fois de lui.

Le mouvement fit cliqueter les chaînes attachées à ses poignets, lui arrachant une nouvelle grimace de douleur. L'argent avait entaillé sa peau suffisamment profondément pour que du sang se remette à couler sur les trainées déjà sèches. Il prit alors pleinement conscience de la situation dans laquelle il se trouvait, les dernières bribes de torpeur le désertant subitement.

Sa respiration s'accéléra. Le goût du sang de sa Source emplissait encore sa bouche. Il s'était nourri de lui. Il n'aurait pas dû, il ne voulait pas. Pourquoi Potter l'avait-il nourri ? Que faisait-il ici ? Il avait appelé Guiliane, pas le môme.

La dernière semaine avait été un calvaire pour lui. La soif l'avait submergée et le sang en fiole n'avait fait que l'écœurer, lui faisant encore plus amèrement regretter que sa Source ne soit pas à ces côtés. Le pire avait été son dernier cours de potion avec les Gryffondor. Sentir Potter avait fini de lui faire perdre la tête. Il avait presque failli se nourrir de lui en plein cours, devant toute sa classe. S'il ne l'avait pas viré de la salle, il ne savait vraiment pas jusqu'où il aurait pu aller.

Il avait alors appelé Guiliane. Elle seule possédait un stock de sédatifs pour vampire et en cette occasion, il en avait vraiment besoin.

Il se souvint du regard apeuré et inquiet de la jeune femme quand elle avait vu son état. Ulver, dans sa grande mansuétude, l'avait immédiatement attaché à ces satanées chaînes en argent. Cela faisait deux fois qu'il se retrouvait dans cette position à cause de Potter. Et ça n'avait rien d'agréable.

La soif l'avait encore plus submergé alors que l'argent puisait dans ses forces. Un bruit l'avait sortie de sa torpeur un instant et il avait senti l'odeur de Potter envahir ses sens, tout près de lui. Il avait entendu son sang pulser dans ses veines en un rythme fou. Puis ce fut le trou noir.

Mais voilà qu'il se réveillait, à peu près rassasié, avec sa Source blottie contre lui et le goût de son sang dans sa bouche.

Qu'avait donc Guiliane dans la tête pour le laisser seul en présence du garçon dans son état. Il aurait pu le vider de son sang ! Le gamin serait mort et Severus n'aurait pas tardé à le suivre.

Pourtant, en cet instant précis, la gratitude avait pris le pas sur sa colère envers Guiliane.

Potter n'avait pas fui en le voyant et se trouvait maintenant contre lui.

Ce n'était que folie de vouloir garder le jeune homme avec lui, mais les deux dernières semaines avaient vraiment été un supplice. Dès que le Gryffondor avait quitté son bureau la dernière fois, Severus avait su que rien n'allait être facile. Deux jours après, il était déjà prêt à ramper vers Potter pour le supplier de le laisser boire de nouveau quelques gouttes. Il avait difficilement réussi à tenir bon, mais le résultat n'avait pas été glorieux. Il n'osait même pas imaginer le spectacle qu'il avait dû donner au jeune homme un peu plus tôt.

Pourtant, Potter n'avait pas eu l'air de ressentir les effets de leur séparation et c'était ce qui inquiétait le plus le vampire.

Apparemment, la Source pouvait se passer d'interactions à court terme avec son vampire, mais ce n'était pas le cas de ce dernier. Severus se retrouvait dans un cas où il devait choisir entre lui et Potter et il n'aimait pas ça du tout. Il avait promis au jeune homme que leur situation n'aurait pas d'impact sur sa vie quotidienne, mais elle en avait sur celle du vampire et garder le premier cas tel quel tout en résolvant le deuxième n'était pas possible.

Comment allait-il pouvoir expliquer ceci au Gryffondor et lui faire accepter le fait qu'il avait besoin de sa présence quotidienne pour survivre ?

Severus pencha sa tête en arrière et la posa sur le mur derrière lui, perdu dans ses pensées. Le corps sur lui eut un mouvement léger avant de se crisper. La touffe brune s'éloigna de son cou et Severus croisa le regard vert de son élève. L'air de confusion qui régnait dans ses pupilles fut rapidement remplacé par de l'inquiétude et de la confusion avant que le jeune homme ne se jette en arrière et se retrouve assis sur le sol, face à son professeur.

Les deux hommes se regardèrent pendant quelques secondes sans qu'aucun des deux ne prononcent une parole. Incertain de la réaction de l'autre, Severus n'osait proférer un son. Finalement, ce fut le plus jeune qui prit la parole pour briser ce silence pesant.

-Vous… Vous allez mieux, monsieur ?

Severus en resta bouche bée. Il s'attendait à de la colère, du ressenti voir de la peur, mais certainement pas à de la considération pour sa personne. Il connaissait son comportement quand la soif prenait le pas sur sa conscience et ce n'était pas beau à voir. La dernière fois qu'il s'était retrouvé dans une position similaire, la situation avait tourné en un bain de sang. Cependant, cette fois-ci, Potter semblait visiblement vivant et entier, ce qui était déjà un bon point. Pourtant il n'avait pas dû être tendre avec le plus jeune pendant qu'il se nourrissait de lui.

-Oui, beaucoup mieux. Écoutez Potter, je tiens à m'excuser pour mon comportement d'hier, quel qu'il fût. Je n'étais pas exactement dans mon état normal.

-Ça, c'est le moins qu'on puisse dire. Répliqua le plus jeune avant de se taire. Ce n'était peut-être pas le moment pour devenir insolent, surtout qu'Harry ne savait pas trop quelle position adopter.

-Certes. Il se trouve que certains éléments ont fait que je…

-J'ai parlé avec Guiliane tout à l'heure, le coupa le Gryffondor.

Severus fronça les sourcils. Bien sûr qu'il avait parlé avec Guiliane. Elle semblait s'être fixé comme mission de tout raconter sur les vampires et sur ses secrets à Potter. Et connaissant la jeune femme, il s'attendait au pire. Ils ne percevaient pas leur relation vampire-Source du même œil et il redoutait les mots qu'avait pu proférer son amie.

Devant le silence de son professeur, Harry enchaîna.

-Elle m'a dit que vous étiez en manque, enfin, que vous aviez besoin de boire plus souvent… Tous les jours en fait…Professeur, vous auriez dû me le dire, je ne savais pas. Je n'ai pas ressenti les mêmes symptômes que la dernière fois, je pensais que ça allait pour vous aussi. La dernière fois que j'ai eu besoin de vous, vous m'avez aidé. J'aurais pu faire de même pour vous.

-Merci infiniment, Potter, mais je m'en sors très bien tout seul. Répondit Severus d'un ton tranchant qu'il regretta bien vite. Le gamin ne voulait qu'aider, mais il détestait qu'on lui rappelle l'imbécile qu'il avait été dans cette situation, surtout venant de Potter.

-Visiblement non, s'énerva à son tour le plus jeune devant l'obstination du vampire. Guiliane avait dit qu'après ce qu'il s'était passé tout à l'heure, Snape aurait compris la situation, mais elle avait raison, c'était un imbécile ! Vu l'état dans lequel vous étiez hier, vous n'aviez pas l'air d'avoir la situation bien en main. Vous m'avez viré de cours, sous un motif bidon en plus !

-Vous êtes encore sur ça Potter ? Je vous ai viré de cours parce que j'avais une envie très tenace de vous attraper et de vous pomper votre sang jusqu'à ce que mort s'ensuive. Il me semble que c'est un motif on ne peut plus valable pour virer quelqu'un !

-On en revient donc au fait que vous ne vous en sortez pas si bien que ça sans moi !

-Potter !

Le vampire se leva d'un bon sous la colère, mais la douleur qui pulsa dans ses poignets la fit redescendre d'un coup. Un sifflement de douleur lui échappa qui fit reculer le plus jeune.

Harry se calma à son tour. Jamais il n'aurait parlé d'une telle manière à un professeur, surtout Snape, dans des conditions normales. Mais dans l'immédiat, il ne voyait qu'un vampire irritant et buté incapable de reconnaître qu'il avait tort.

Mais de voir l'homme devant lui grimacer sous la douleur le ramena à la situation qui le préoccupait vraiment. Cet homme avait refusé de se nourrir de lui à son détriment pour ne pas que lui, Harry Potter, probablement son élève le plus honni, ne soit perturbé par leur relation de vampire et Source. Malgré sa rancœur envers son professeur, Harry jugeait ingrat de sa part de se mettre en colère contre lui.

Il se leva à son tour et se dirigea sans un mot vers l'autre bout de la pièce, suivi des yeux par Severus.

C'est ça, qu'il s'en aille, pensa le vampire. Il pouvait très bien se débrouiller tout seul sans l'aide d'un gamin exaspérant. Enfin, probablement pas vu ce qu'il s'était passé la dernière fois qu'il avait pensé ça, mais dans l'immédiat, il avait autre chose à faire que de se préoccuper de ménager la susceptibilité de son élève. Comme se débarrasser de ces satanées chaines qui lui cisaillaient la peau et l'affaiblissait par exemple. Mais pour avoir essayé d'autres fois, il savait qu'il ne pourrait pas se libérer sans une aide extérieure, en l'occurrence Potter vu qu'il était la seule âme vivante à proximité. Il allait se résoudre à mettre sa fierté de côté pour demander de l'aide au Gryffondor quand celui-ci fit justement demi-tour et lui fit face à nouveau, une clé entre deux doigts.

-Pour les chaînes. Guiliane l'avait laissée sur votre bureau.

Il laissa tomber la clé dans la paume tendue de son professeur avant que celui-ci n'entreprenne l'ouverture de ses enclaves. Les chaînes tombèrent sur le sol dans un bruit sourd. Severus les fit disparaitre d'un mouvement de baguette. Pas vraiment dans le ton de la décoration de ses appartements. Il examina les plaies à ses poignets, n'osant pas les toucher, avant de reporter son attention sur le plus jeune qui reprit la parole.

-Écoutez professeur, Guiliane a dit qu'on avait besoin l'un de l'autre pour que notre situation fonctionne. Elle a quand même l'air d'en connaitre un rayon sur le sujet. Enfin, je ne veux pas dire que vous ne savez rien, mais… Se rattrapa Harry, ne souhaitant pas recevoir une autre remarque acerbe de la part de son professeur.

-Non, vous avez raison Potter, elle a l'air d'en savoir plus que moi et surtout, de savoir ce qui est le mieux.

Snape qui admettait son ignorance, Harry était content d'avoir traversé cette dispute juste pour entendre ça.

-Encore une fois, veuillez m'excuser pour mon comportement.

Et Snape qui s'excuse une deuxième fois en moins de 10 minutes. C'était vraiment une nuit à marquer d'une pierre blanche.

Severus prit une discrète inspiration avant de sortir des mots qu'il avait espéré ne jamais avoir à prononcer.

-Il se peut, peut-être, que j'ai besoin de votre aide pour me nourrir. J'ai… du mal à avaler un autre sang que le vôtre. Vous êtes ma Source, je ne peux me nourrir que de vous.

-Oui, Guiliane m'en a parlé. Elle m'a dit que vous deviez vous nourrir au moins tous les jours.

Encore Guiliane, râla Severus.

- Pouvez-vous me dire exactement ce qu'elle vous a dit Potter? Ça ne sert à rien que je me répète si elle vous a déjà tout dit.

Et surtout qu'elle en savait quand même plus que lui-même sur les couples vampire-Source malgré son refus de l'écouter sagement comme il aurait dû le faire dès le début, ce qui lui aurait évité les complications survenues ces derniers jours. Il pouvait la contacter pour en savoir plus, mais pour le moment, il n'était pas en état de supporter son air triomphant. Elle avait raison depuis le début, elle le savait et elle serait contente de le lui faire savoir.

Pendant qu'Harry répétait les propos que lui avait tenus la jeune femme, Severus se dirigea vers le tableau marquant l'accès à sa réserve. Il y farfouilla quelques secondes avant de revenir dans la pièce avec deux fioles, dont une qu'il tendit au plus jeune.

-C'est une potion de régénération sanguine. J'ai dû vous prendre beaucoup de sang tout à l'heure, vous en avez besoin. Ça ferait du plus mauvais genre de vous retrouver évanoui au milieu d'un couloir.

Alors qu'Harry le remerciait d'un hochement de tête et buvait sa potion, Severus vida la deuxième fiole. Même si sa condition de vampire l'aidait à guérir un peu plus rapidement qu'un humain normal, une potion de cicatrisation ne pouvait pas faire de mal à ses poignets.

-Donc, pour résumer, reprit Harry, vous devez boire mon sang quotidiennement sinon vous risquez de devenir fou et j'ai besoin que vous buviez mon sang régulièrement sinon je risque de me retrouver dans le même état que la dernière fois. La marge de manœuvre est assez réduite. On fait comment ? Un soir chez vous, un soir chez moi ? Ironisa le jeune homme.

-Vous semblez prendre cet état de fait plutôt bien Potter. Je ne sais pas si vous réalisez bien les implications que cela va avoir sur votre vie.

-Vous voulez dire le fait que je vais devoir passer ma vie à vos côtés pour être votre banque de sang ou alors vous regarder devenir fou au risque de me prendre un coup de canine involontaire dans la carotide et de me vider de mon sang sur le sol ?

Severus roula des yeux vers le ciel. Quel art de dramatiser la situation. Mais c'était à peu près ça…

-J'aimerai vous dire que je suis une Source et que je le vis bien, mais pour le moment, franchement, je suis un peu perdu. Ça a l'air quand même…définitif.

-Ça l'est. Mais d'après ce qu'a eu l'air de dire Guiliane, nous pourrons espacer les dons dans quelque temps. Attendons de voir comment cela évolue, voir combien de temps je peux tenir sans me nourrir.

En disant cela, Severus se sentit cruellement en position de dépendance dans cette relation. Potter n'avait pas autant besoin de lui. Il ne comprenait d'ailleurs pas ce qui poussait le jeune homme à vouloir s'engager dans ce genre de relation. Ils n'entretenaient aucun sentiment affectif l'un envers l'autre, loin de là, et Potter ne lui devait rien. C'est Severus lui-même qui l'avait entrainé dans cette situation.

-Potter, pourquoi acceptez-vous de faire cela pour moi ?

Son ton était monotone et si Harry ne lui avait pas fait face à ce moment, il aurait pu croire que la réponse ne l'intéressait pas vraiment. Mais les airs de gêne et de curiosité mélangés qui traversèrent le visage du maitre des potions lui firent comprendre qu'il se posait sérieusement la question.

-Je vous l'ai dit, moi aussi j'ai besoin de vous. Certes, visiblement moins souvent, mais tout de même, on est quand même dans la même galère. Et puis, professeur. Harry hésita quelques secondes. Vous m'avez sauvé la vie. Plusieurs fois. Je peux au moins essayer de vous donner du sang quotidiennement pour sauver la vôtre une fois.

Severus continua de regarder le plus jeune sans rien dire. Harry détourna les yeux, perturbé par l'air de nouveau impassible de son professeur. Impossible de savoir ce qu'il pensait de ses paroles.

-Euh… donc, reprit Harry d'un air gêné, il faut que vous vous nourrissiez tout les jours. On fait comment ? Je viens vous voir dans votre bureau ?

Severus regarda fixement le jeune homme devant lui. Il avait l'air sérieux dans ses propos et visiblement prêt à l'aider.

De toute façon, il pouvait bien s'asseoir sur ses résolutions de ne pas impliquer sa Source, il avait eu la preuve que ce n'était pas un franc succès. Et il devait bien admettre qu'il ne se sentait pas prêt à se retrouver une fois de plus sous l'emprise de la soif qui l'avait tenue ces derniers jours. La seule chose qu'il pouvait faire actuellement était de gérer au mieux leur futur arrangement pour que leur relation Vampire-Source se passe au mieux pour le jeune Gryffondor.

-Oui, dans mon bureau, 21h, après le repas. Veillez à bien manger. Mon stock de potion de régénération sanguine n'est pas infini.

-Très bien, approuva Harry en étouffant un bâillement.

Le rendez-vous était pris, pensa le Gryffondor, il ne pouvait plus vraiment faire marche arrière. Il avait finalement réussi à faire admettre à son professeur qu'il avait besoin de son aide.

-Retournez dans votre dortoir Potter. Je vais vous écrire un mot si jamais vous en avez besoin, le couvre-feu est largement dépassé.

-Vous… Vous n'avez plus besoin de boire ce soir ?

Severus ricana intérieurement. Potter avait l'air de prendre son rôle vraiment à cœur.

-Non, ça ira pour ce soir, vous avez fait plus que votre part. Merci.

Severus guida son élève vers le tableau de sa réserve avant de le faire avancer dans son bureau. En voyant le désordre qui y régnait, Severus se rappela encore une fois l'état de folie dans lequel il se trouvait un peu plus tôt. Il ne pouvait que remercier Potter pour l'en avoir sorti. Il se demanda alors pourquoi le jeune homme se trouvait justement là à ce moment. Guiliane et Ulver avaient récupéré son corps épuisé, mais ils ne seraient jamais allés chercher Potter. Ils ne connaissaient pas le fonctionnement du château.

-Potter, vous êtes venu de vous-même ici ?

Harry le regarda d'un air interdit avant de répondre par l'affirmative.

-Et vous aviez une raison particulière pour rôder dans les cachots juste avant le couvre-feu ?

Harry repensa alors au but premier de sa visite, mais cela semblait tellement insignifiant par rapport à ce qu'il venait de se passer en quelques heures qu'il préféra ne pas en parler. Et puis, son professeur lui avait fourni une explication plutôt claire de la raison de son renvoi.

-Non, rien de particulier, monsieur. Répondit-il, sachant pertinemment que son professeur n'était pas assez bête pour gober ça.

Severus voyait bien qu'il mentait, mais n'en demanda pas plus. Il ne pouvait que s'estimer heureux qu'il ait été là.

Il ouvrit la porte de son bureau et regarda son élève s'éloigner dans les couloirs humides et froids des cachots.

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Harry rentra sans encombres dans la tour des Gryffondor pour y retrouver ses deux amis, plus qu'inquiets, toujours dans la salle commune.

À son entrée, ils se levèrent d'un même bond pour se jeter sur lui.

-Harry ! Que s'est-il passé ? Tu es parti depuis plusieurs heures ! Le questionna Hermione.

-On s'est fait un sang d'encre, vieux, on a cru que la chauve-souris des cachots t'avait séquestré et tué pour avoir osé perturber sa soirée. Je t'avais bien dit que ce n'était pas une bonne idée de déranger la bête.

Harry rigola doucement, mais la vision du vampire assoiffé de sang refit surface dans sa mémoire. La bête. C'était à peu près ça.

-Tout va bien Ron, comme tu peux le voir, je suis toujours entier. En fait, je n'ai pas pu le voir, mentit Harry, il n'était pas dans son bureau. Probablement en train de torturer d'innocents élèves croisés dans les couloirs. Du coup, je suis allé me promener un peu, histoire de me calmer.

Vu l'air approbateur d'Hermione, elle semblait trouver cette décision sage cette sage décision.

-Je me suis posé quelques minutes et j'ai fini par m'endormir. Désolé de vous avoir laissé vous inquiéter.

-Pas de soucis, le principal c'est que tu ailles bien. Bon, toi tu as peut être déjà fait un petit somme, mais pas nous. Je vous dis donc bonne nuit les garçons.

Hermione leur adressa un petit signe de la main avant de monter les escaliers menant au dortoir des filles.

Harry et Ron firent de même. Le brun avait à peine posé la tête sur son oreiller qu'il sombra dans le sommeil.

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Le lendemain matin, Harry fit son possible pour occulter les événements de la veille. Pendant le petit-déjeuner, il garda la tête baissée sur son bol pour ne pas croiser par inadvertance le regard de son professeur de potion – c'était en train de devenir une habitude pour lui ces derniers temps - et sortit de la Grande Salle dès que possible pour se rendre en cours. Ron grogna qu'il ne l'avait jamais vu aussi pressé de se rendre en histoire de la magie avant de finir rapidement son verre de jus de citrouille et de le suivre malgré tout, accompagné d'Hermione.

Comme d'ordinaire, le cours d'histoire de la magie fut d'un ennui mortel et Harry finit par se perdre dans ses pensées, ne pouvant même pas discuter avec Ron qui venait de sombrer dans le sommeil pour finir sa nuit trop courte.

Les premières choses qui traversèrent son esprit furent bien sûr ce qu'il avait essayé le plus de repousser, les événements de la veille et ce qu'il en résultait.

Ce soir, il allait devoir se rendre dans le bureau de Snape pour lui donner son sang. Mais dans quoi s'était-il embarqué ?! Hier soir, tout semblait plus évident, mais maintenant qu'il y repensait calmement, Harry commençait vraiment à paniquer. Il avait conclut un sacré arrangement. Ce ne serait pas très contraignant pendant l'année scolaire, mais que se passerait-il une fois sa septième année terminée ? Devrait-il aussi retrouver Snape tous les soirs jusqu'à la fin de ses jours ?

Une bouffée de panique le submergea, mais Harry se força à respirer calmement, essayant de reprendre le contrôle. Chaque chose en son temps, pensa-t-il. Pour le moment, il n'en était qu'au début de son année, il avait encore le temps de voir venir. Il irait voir Snape tous les soirs à 21h, lui donnerait son sang et retournerait dans sa tour. Il allait bien voir comment cela évoluerait. Avec un peu de chance, Snape finirait par s'emballer et par le tuer par exsanguination et tous ses problèmes seraient résolus d'un coup.

Harry se prit la tête dans les mains d'un geste lasse, priant, pour une fois, que la journée de cours ne se termine jamais.

Mais n'est pas maître du temps qui veut et Harry se retrouva inévitablement assis à la table des Gryffondor, son dîner toujours intact dans son assiette. Il avait l'estomac noué et se trouvait bien incapable d'ingérer le moindre aliment malgré les recommandations de son professeur. Professeur qui se trouvait justement à l'autre bout de la pièce, mais qu'il n'osait toujours pas regarder. Il aurait bien le temps de lui faire face tout à l'heure. En attendant, il devait trouver une excuse pour s'absenter après le repas sans que ses amis ne se posent de question. Ce qui ne serait pas une mince affaire connaissant la curiosité d'Hermione.

Mais pour une fois, la chance lui sourit quand la jeune femme annonça à la fin du dîner qu'elle devait se rendre à la bibliothèque pour des recherches complémentaires pour il ne savait quel devoir qu'il n'avait très certainement pas commencé lui-même.

Il ne lui restait plus qu'à caler Ron devant un échiquier avec une pauvre victime et il pourrait s'absenter sans que personne n'y fasse attention. Pour ce soir, il avait de la chance, mais comment ferait-il pour tout le reste de l'année ? Peut-être était-il temps qu'il parle avec ses amis de sa situation. Mais il n'était pas le seul concerné dans cette histoire, il allait d'abord devoir demander l'accord de son professeur pour révéler l'existence des vampires.

Savoir qu'il avait la voie libre ne l'aida néanmoins pas à faire diminuer l'anxiété qui ne faisait qu'augmenter à mesure que les minutes défilaient. Plus que 20 minutes et il allait devoir faire face au vampire pour que celui-ci lui plante ses crocs dans le cou.

Il jeta un dernier regard à Ron, absorbé par sa partie et se décida à sortir de la salle commune. Mieux valait ne pas être en retard.

Pourtant, Harry ne put s'empêcher d'emprunter le plus long chemin qu'il connaisse pour se rendre aux cachots.

Quand la lourde porte en bois du bureau du maître des potions se dressa devant lui, il prit une longue inspiration avant de frapper doucement. Peut-être que si le vampire ne l'entendait pas, il pourrait prendre cette excuse pour retourner dans sa tour et se blottir sous les couvertures de son lit. Malheureusement, la poignée en fer s'abaissa, révélant son sombre professeur.

Portant un pantalon et une chemise noire, celui-ci s'effaça sans un mot et libéra l'entrée pour qu'Harry puisse pénétrer dans son bureau. Il pensait que son chemin allait s'arrêter à cette pièce, mais son professeur continua vers la porte de sa réserve et le conduisit dans ses appartements.

La vision de la pièce ne put que lui rappeler les événements de la veille. Il retrouva alors un peu de courage et s'accrocha à la résolution qu'il avait prise de nourrir son professeur tous les soirs. Il avait besoin de lui et malgré qu'il s'agisse de la terreur des cachots, le professeur qu'il détestait le plus, il pouvait au moins lui accorder cela.

-Vous êtes venu. Dit simplement le professeur de potions, comme s'il avait douté qu'Harry tienne effectivement sa part du marché.

-Comme convenu, lui répondit Harry qui ne s'attarda pas sur le fait que son professeur ne lui faisait pas confiance.

Mais malgré les explications de sa Source, Severus n'arrivait toujours pas à croire qu'il veuille effectivement l'aider avec tout le passé qu'ils partageaient. Peut-être que le gamin était plus mature qu'il ne le pensait et comprenait vraiment les enjeux de leur situation. Il fut coupé de ses réflexions par Harry qui se dandinait nerveusement d'un pied sur l'autre.

-J'ai pu venir ce soir, mais ça ne sera peut-être pas aussi facile tous les soirs. Vous comprenez, mes amis vont se poser des questions. Peut être serait-il temps que je leur parle de…

-Je ne pense pas que ce soit judicieux Potter. Le coupa Severus. Pas pour le moment. Ajouta-t-il en voyant l'air fermé qu'adopta le plus jeune. Je vais essayer de trouver une solution de mon côté pour expliquer vos absences.

Harry effaça sa mine renfrognée, comprenant les envies de son professeur de garder sa nature cachée. Ce n'était pas le Gryffondor qui avait le plus à perdre dans cette histoire.

Tout d'un coup, Snape afficha un air gêné, autant que puisse l'être son impassible professeur, et évita son regard.

-Potter…Hum… Je vous propose de commencer. Ça ne devrait pas prendre trop de temps et vous pourrez rapidement retourner dans votre tour avant le couvre-feu.

Voir son professeur hésiter le rendit un peu moins terrifiant pour Harry, plus humain. Il semblait soucieux de ne pas le forcer tout en cachant difficilement son envie pressante de boire le sang de sa Source.

Harry acquiesça et se rapprocha du vampire. Celui-ci finit de réduire l'espace entre leurs deux corps en agrippant doucement les épaules du jeune homme. Harry prit l'initiative de défaire les premiers boutons de sa chemise après avoir dénoué sa cravate. Il devrait peut-être penser à porter un vêtement rendant son cou plus facile d'accès la prochaine fois, mais la chemise était idéale pour cacher les marques qui ne manqueraient pas de rester sur sa peau après leur séance.

Harry savait qu'il n'avait rien à craindre de la morsure. Si le vampire ne l'avait pas vidé de son sang hier soir alors qu'il était plus qu'assoiffé, ça n'allait pas être ce soir qu'il allait le faire.

Severus regarda une dernière fois sa Source, hésitant, avant de plonger son visage dans son cou. Il ne se souvenait pas de la nuit de la veille et quand ses lèvres touchèrent la peau tendre, il eut l'impression de ne pas avoir pu goûter cet arome depuis des années. Il sentit son excitation augmenter en pensant au plaisir qui allait suivre de boire ce sang tant désiré.

Doucement, il passa sa langue sur la zone qu'il prévoyait de mordre, comme pour la préparer à sa venue. Il sentit Potter tressaillir à ce geste. Il s'attendait à le voir se crisper de crainte, mais contrairement à ses attentes, il s'agrippa à sa chemise et rapprocha son corps du sien. Le vampire ne résista plus et plongea ses canines dans l'épiderme tendu devant lui. Le flot de sang jaillit instantanément dans sa bouche en une explosion de saveur. Jamais il ne pourrait se passer de ce sang. Doucement, presque tendrement, il continua à aspirer le liquide carmin qui n'avait de cesse de s'échapper de la carotide sous ses lèvres. Il sentit sa Source vaciller contre lui, s'agrippant plus fort à sa chemise. Severus posa alors une main contre son dos et le guida délicatement vers le canapé de la pièce, veillant à ne pas laisser sa bouche s'écarter de la source de son plaisir. Il se laissa tomber sur les coussins, entraînant le jeune homme avec lui qui l'enjamba et s'installa sur ses genoux. De faibles gémissements de plaisir commencèrent à s'échapper des lèvres du Gryffondor à mesure que Severus puisait ce liquide si vital. Il semblait apprécier le moment tout autant que lui.

Harry prit vaguement conscience qu'il se retrouvait assis sur son professeur, son corps collé contre le sien alors que de petits gémissements lui échappaient. Sans qu'il ne contrôle rien, il commença à se mouvoir contre ce corps chaud sous lui. Ce ne fut que lorsqu'une vague de plaisir prit naissance dans son bas ventre plutôt que dans son cou qu'il prit pleinement conscience de la situation. Il écarquilla les yeux d'un coup et s'écarta vivement de son professeur, priant pour que celui-ci n'ait pas remarqué l'érection naissante qui se pressait contre lui.

Mortifié, il s'arracha à l'étreinte du vampire, forçant les canines à se retirer de son cou. Un cri de douleur lui échappa sous la violence du retrait alors que Severus referma la bouche d'un coup sec, une grimace de douleur gravée sur le visage. Il regarda interdit le jeune homme tomber sur le sol et se relever maladroitement, un masque de douleur et de panique recouvrant ses traits.

Harry ne savait quoi dire pour expliquer son geste. Interrompre un vampire en train de se nourrir n'avait visiblement rien d'agréable, mais ce n'était pas le problème principal qui le préoccupait. Il n'arrivait pas à comprendre les réactions de son corps. Certes, la morsure était plus qu'agréable, mais jamais auparavant il n'avait eu ce genre de réaction dans cette zone précise de son corps pendant qu'il se faisait mordre. Il essaya de bafouiller une pitoyable excuse devant l'air interrogateur et fermé de son professeur.

-Je… Euh, je pense que c'est assez… pour ce soir. Ça… Ça commençait à devenir douloureux.

Severus savait pertinemment que c'était faux. Contrairement à la dernière fois, il avait été plus à l'écoute des réactions de sa Source et il savait pertinemment qu'il n'avait ressenti que du plaisir. C'est ce que son attitude et ses gémissements lui avaient communiqué en tout cas. Il n'arrivait pas à expliquer le comportement de Potter. Sa surprise et sa confusion étaient telles qu'il en oublia la douleur de l'arrêt brutal de la morsure. Le gamin évitait son regard et commença à s'éloigner vers le tableau de sortie, les mains croisées devant lui. Severus repensa alors aux mouvements plus qu'agréables du corps contre le sien et aux gémissements. Peut-être était-il gêné de s'être laissé aller de la sorte. Malgré leur relation vampirique, Severus connaissait pertinemment les sentiments de Potter à son égard et se tortiller contre son professeur honni ne devait pas faire partie de ses priorités. D'autant plus si ce professeur était un homme, supposa-t-il.

Severus se contentait seulement de profiter de la félicité que lui procurait la morsure sans trop réfléchir, mais il ne savait pas ce que pensait le jeune homme de tout ça. Il pouvait comprendre ses réticences à accepter un plaisir proféré par un homme qu'il haïssait. Si c'était là le cœur du problème et la cause de ce rejet, Potter devait comprendre qu'il n'avait pas à avoir honte. Se faire mordre procurait visiblement du plaisir à la Source et à son vampire, il ne pouvait pas se battre contre ça.

Mais avant que le vampire n'ait pu expliquer cela au jeune homme, celui-ci bafouilla un vague au revoir et s'échappa de la pièce, le regard rivé sur le sol.

Severus se laissa retomber sur le canapé dans un profond soupir. Ils avaient encore du travail à faire pour que leur collaboration fonctionne.

À suivre