Je ne voulais pas reprendre la scène du bal mais c'était un bon moyen de reprendre un cours normal et moins dramatique de l'histoire.
Enjoy )
Chapitre 10Le bal de fin d'année… Ridicule fête pour pré-pubères qui veulent en mettre plein la vue à leurs potes avec des robes et des smokings loués et des pas de danse tous plus embarrassants les uns que les autres. Jusqu'à hier, j'avais la ferme intention de ne pas y mettre les pieds. Pourtant me voilà en robe et talons aiguilles, ce qui me donne certes un look très sexy mais qui n'est pas très pratique dans l'hypothèse où je serais soudain prise d'une inévitable envie de prendre la fuite. « Pour quelle raison aurais-tu à prendre la fuite ? » ont-ils demandé. Il y a un million de raisons : si j'ai subitement une envie de régurgiter mon déjeuner à cause d'une overdose d'hormones d'ados en chaleur, ou à cause de la musique nullissime qui me fait trembler d'horreur de la tête aux pieds, ou peut-être parce que être la seule sans cavalier serait assez humiliant pour me terrer au fin fond du Pôle Nord… Oui, même pour moi, être toute seule au bal de fin d'année, c'est de l'humiliation. J'ai essayé de me convaincre que j'étais une fille indépendante, que je n'avais pas besoin d'un mec à mon bras pour faire face aux élèves du lycée, que de toute façon, ils avaient probablement trop peur de moi pour oser porter un jugement mais tout ça n'est rien à côté de l'ennui mortel que représente ce genre de soirée si tu n'as personne avec qui discuter quand tes amis, tous en couple, sont sur la piste de danse. Être seule au bal de fin d'année, ça veut dire tenir la chandelle pendant que tout le monde se roule des patins monumentaux sur de la musique langoureuse, c'est synonyme de regarder tes potes s'amuser dans les bras de leur partenaire alors que tu te dandines seule dans ton coin pour ne pas avoir l'air de t'incruster avec eux. Comment j'en suis arrivée là ? Les Cullen bien sûr. Edward a essayé de me convaincre que ce serait amusant, pendant qu'Alice exigeait que je la laisse me relooker pour l'occasion et que Jasper jouait de ses dons pour me faire capituler. Sans oublier Emmett qui n'a pas son pareille pour faire plier une fille à ses exigences. Leur dernier recours a été de m'envoyer Bella, elle aussi forcer d'aller au bal, venue me supplier de ne pas l'abandonner, il n'y aurait jamais trop de renforts pour lui éviter de se casser l'autre jambe.
J'étais chez moi, malgré l'insistance de mes amis, j'envisageai encore de ne pas y aller. Edward avait pris soin de m'envoyer un chauffeur, dont j'ignorais encore l'identité. J'espérais encore que ce soit Jake mais vu la dispute qu'on avait eu la semaine précédente, il y avait peu de chance. Il ne supportait pas les secrets entre nous, ni le fait que je fréquente la meute, même s'il ignorait tout à son sujet au jour d'aujourd'hui. Plus que tout, Jacob m'en voulait à mort pour mon amitié avec Edward, qu'il détestait du plus profond de son être. Je soupçonnais que l'origine de son aversion pour le plus jeune des Cullen n'était pas moins liée au fait qu'il accaparait le cœur de Bella Swan. Mais j'avais trop peur de le suggérer devant lui car entendre les battements de son cœur accélérer quand il essaierait de mentir me tuerait instantanément.
Bref, la fenêtre en face de moi me semblait de plus en plus attrayante. La perspective d'allait courir avec les loups me plaisait davantage que celle d'aller à ce stupide bal. Je me retournai pour regarder mon père prêt à partir pour chaperonner la soirée, fait à ajouter sur la liste des raisons en faveur de mon absence à cette célébration de fin d'année. Il croisa mon regard et me demanda une dernière fois si je ne voulais pas qu'il m'emmène. Pour la huitième fois, je refusai. Lorsqu'il claqua la porte derrière lui, j'entrepris d'enlever les chaussures qu'Alice m'avait prêtées mais une effroyable odeur de canidé chatouilla mes narines. Mêlée à celle-ci, je reconnus l'after-shave de Paul. Mes chaussures à la main, j'allais ouvrir la porte au moment où il sortait de sa voiture.
Je ne l'avais jamais vu aussi beau. Pour mon plus grand bonheur, il avait zappé l'habituel costume noir, dont il avait juste gardé la veste. Un simple T-shirt gris et un jeans pour agrémenter le tout, c'était parfait. Edward avait vraiment pensé à tout : un chauffeur à qui je ne pouvais rien refuser, un cavalier à faire craquer les filles du lycée et un ami avec qui je pouvais être moi-même. Comment refuser d'y aller maintenant ?
— La sangsue m'a dit que tu avais besoin de compagnie.
— Il a surtout bien calculé son coup, répondis-je. Tu es très élégant, dis-moi, tous ces efforts, juste pour moi ? Le taquinai-je.
— Que ne ferais-je pas pour une belle jeune femme ? Tu vas y aller pieds nus ?
Je regardai mes pieds, nus sur les dalles de l'allée, et mes chaussures dans ma main. J'hésitai pendant une seconde. Mais je ne pouvais pas infliger cette humiliation à mon ami venu me sauver d'une soirée mortellement mortelle. Il me tendit une main pour que je garde l'équilibre en remettant les chaussures. J'acceptai la galanterie, bien que l'équilibre fût chez moi une seconde nature, l'aide était totalement inutile, mais c'était le geste qui comptait. Je le remerciai.
— Tout est à Alice, Bella et moi avons du passer par le relooking obligatoire. J'ai l'impression d'être… une fille comme les autres, c'est terrifiant.
— C'est superbe, tu es superbe, Keira.
Il m'adressa un clin d'œil en allant fermer la porte de chez moi.
La soirée avait lieu dans le gymnase, comme tous les ans. Mon père surveillant la bonne marche des choses, il était posté près de la sortie de secours, tel l'agent de sécurité d'un centre commercial. Il ne put s'empêcher de jeter un œil sur le gars à mon bras. Paul le salua d'un signe de tête. En parcourant la salle des yeux, je me figeai. Bella avec son atèle et sa magnifique robe bleue à fanfreluches était difficile à manquer. Ce qui me choqua fût son cavalier. Là où aurait du se tenir Edward, il avait Jake, le sourire aux lèvres, le cœur palpitant, les yeux caressant Bella et sa beauté pimpante à la Blanche-Neige. Ma main se crispa sur le bras de Paul.
— C'est Billy qui l'a envoyé, me confia mon ami lupin. Il veut que Jacob lui parle au sujet de son vampire. Le père de Bella et le père de Jacob sont amis depuis longtemps, Billy veut protéger la fille de son meilleur ami, tu comprends ?
— Ce qui me blesse le plus, ce n'est pas qu'il soit avec elle, c'est ce que son corps tout entier exprime quand elle est dans son champ de vision.
Je repérai Edward, crispé dans un coin de la salle, les yeux rivés sur sa belle en compagnie d'un autre. Quelle amie ferais-je si je le laissai se torturer comme moi je le fais ? Je m'excusai auprès de Paul et rejoignis Edward.
— Je ne suis pas la seule à voir rouge, ça me rassure.
Une lueur de tristesse passa dans les yeux plein de rage de mon ami.
— Edward.
Il quitta tant bien que mal son aimée des yeux pour me regarder. Son visage s'adoucit immédiatement. Je posai une main sur son épaule pour lui montrer que j'étais là pour lui, comme il l'était pour moi.
— Tu sais bien qu'elle n'aime et n'aimera toujours que toi.
— Je sais.
— Tant mieux. En attendant, laisse-moi te remercier de t'être démener pour que mon supplice soit moins difficile à vivre.
Je jetai un regard à Paul qui sympathisait déjà avec un groupe de filles. Edward et moi éclatâmes de rire en voyant les filles complètement sous le charme du loup.
— Pas de doute, c'est un professionnel dans ce domaine. Quelle perte se sera s'il s'imprègne, plaisantai-je à moitié.
Et oui, les loups, comme les vampires sont capables de trouver leurs âmes sœurs et de vivre avec elles le restant de leur vie. Un amour parfait et éternel, renforcé par un lien spirituel et magique, le rêve de chacun. Et bien sûr, lorsque Paul s'imprègnera de quelqu'un, il me manquera. Tout comme les autres loups me manqueront à un niveau un peu inférieur. Paul et moi avions une relation un peu plus complexe que celles que j'ai avec les autres, mais ça, vous le savez déjà, non ?
— Je n'ai pas eu trop de mal à le convaincre. Le plus difficile a été de l'atteindre pour lui parler. Je ne pouvais pas envoyer Bella et je me voyais mal te demander d'aller le voir pour moi.
— T'es le meilleur, tu sais ça ?
Il me sourit. Puis son attention fut détournée par le départ de Jacob. J'eus juste le temps de déposer un baiser sur la joue de mon sauveur avant qu'il n'aille retrouver sa précieuse briseuse de cœur. J'allais moi aussi retrouver mon cavalier quand je croisai le regard en colère de Jake. La présence de Paul à mes côtés n'allait pas l'aider à me pardonner pour tout ce qu'il avait à me reprocher. Mais le souffle chaud à mon oreille me fit quitter Jake du regard.
— J'ai dit que je t'emmènerai au bal mais je n'ai pas promis d'y rester, tu veux qu'on se tire de là ?
Son bras sur ma taille me valut quelques regards envieux de la part des donzelles de Forks High. Seule Jessica, au bras de Mike, son amour de toujours, me fit un clin d'œil. Certes, Jessica Stanley était agaçante mais c'était une chouette fille. Je lui adressai un petit sourire en guise de réponse. Je vis Bella et son magnifique cavalier filer dehors, sûrement pour plus d'intimité. Alice et Jasper s'éclataient sur la piste, Emmett enlaçait étroitement Rosalie, je n'avais rien à faire ici, ils n'avaient pas besoin de moi pour s'amuser. J'acceptai donc l'offre de Paul.
Le soleil se couchait et la plage était déserte. J'avais laissé mes chaussures dans la voiture de Paul, elles étaient trop chères pour que je laisse le sable les abimer et Alice me tuerait si ses chaussures souffraient d'une quelconque manière. Mon compagnon s'allongea dans le sable, je me laissai tomber à côté de lui.
— J'ai du mal à croire que tu aies accepté de rendre service à Edward, mentis-je.
Je savais très bien qu'il ne l'avait pas fait pour Edward, il avait accepté pour moi, mais l'entendre le dire ne pouvait qu'être un doux son à mes sensibles oreilles.
— J'ai refusé, en fait.
Le pire, c'est qu'il ne mentait même pas. Je le regardai, éberluée. Il souriait de toutes ses dents.
— Ce sont les gars qui m'ont fait changer d'avis.
— Comment ça ?
— Jared voulait même y aller à ma place, tu as beaucoup de succès ici, tu ne le savais pas ?
— Continues, ça m'intéresse.
— Tu sais déjà qu'Ambry t'adore. Jared, lui, te trouve à son goût, pour un chaton, ce sont ses mots.
— Un chaton ? Il va voir ce que le chaton va faire manger à ses petites fesses de bouffeur d'os !
Paul éclata de rire. Je compris pourquoi quand je vis Ambry et Jared à l'autre bout de la plage. J'étais peut-être légèrement plus rapide qu'eux mais j'étais toujours seule. J'hésitai entre me transformer et filer ou me cacher derrière Paul avant que Jared me fasse manger du sable.
— Je t'ai entendu, Keira ! Cria Jared avant de commencer sa course. Je me levai et m'apprêtai à fuir mais Paul attrapa ma cheville et me fit retomber sur le sable. Le traître ! Mais Jared et Ambry s'arrêtèrent et se détournèrent. Je compris en regardant Paul se pencher sur moi.
— J'ai le droit à une récompense pour être venu, non ?
— Tu viens de me dire qu'on t'avait forcé à venir.
— Seulement pour aller au bal des visages pâles.
Ce sourire en disait long sur ce qu'il sous-entendait. Je ne pouvais décemment pas le repousser. Mais j'allais lui faire payer ses aveux. J'échangeai nos places, me hissai sur lui, me transformai et lui léchai abondamment le visage. La grimace sur son visage était impayable et le fou rire des deux autres était contagieux. Mais mon rire, avec cette apparence, ressemblait plus à raclement de gorge d'un chat enrhumé. Je repris apparence humaine et me relevai. Ambry et Jared me tapèrent dans la main et nous repartîmes à rire en regardant Paul s'essuyer le visage.
