Voici une nouvelle aventure de Mme Bidle, inspiré d'une idée de Melissande. Merci beaucoup de nous faire partager ton débordement d'imagination.
10-Un club pas comme les autres
Depuis que Mme Bidle avait découvert les joies de l'observation, elle délaissait de plus en plus les autres activités typiques d'une dame du troisième âge. Elle ne jouait plus aussi souvent à son club de bridge, elle ne se rendait plus au rencontre 1er âge-3ème âge...
De plus, elle avait obtenu de son mari, après une rapide prise de bec en sa faveur, l'embauche d'une femme de ménage, prétextant des douleurs violentes dans son dos dès qu'elle approchait son balai, et qui était la cause de sa mauvaise humeur dès qu'Armand s'approchait d'elle quand elle était sur son tabouret à se reposer en regardant les nichées d'oiseaux.
Tout surplus de travail enlevé, elle gagnait ainsi plus de temps libre pour s'abandonner à sa nouvelle passion. Mme Bidle avait décidé de ne conserver qu'une seule activité: son club de lecture. Fidèle pilier de ce club depuis plus de quarante ans, les histoires provenant de la débordante imagination de la vieille dame demeuraient les plus appréciées des autres dames du club. Au fil des années et de ses expériences, le genre d'écriture de notre brave Mme Bidle se modifia. Elle passa des histoires d'aventure à la Indiana Jones à un tout autre style: des nouvelles érotiques mettant en scène deux magnifiques policiers de la ville de New York, risquant leur vie durant la journée pour mieux se retrouver à la nuit tombée. Mme Bidle s'adonna à corps perdu à ces écritures, pour la plus grande joie de ses camarades de lecture.
La prochaine réunion des membres du club devait se tenir chez madame Fillion. Malheureusement, au petit matin, un tuyau d'eau éclata dans son immeuble, inondant tout son étage. La pauvre femme catastrophée appela Mme Bidle pour annuler leur réunion hebdomadaire. Ayant écrit une nouvelle très chaude, Mme Bidle tenait absolument à faire partager son délirant débordement d'enthousiasme à ses copines. Elle proposa donc son salon comme lieu de rendez-vous.
19h00 sonnait à peine lorsque les invitées prirent place dans l'appartement cosy de notre chère Mme Bidle. Dès le premier coup de sonnette annonçant l'arrivée d'une visiteuse, Armand éteignit son appareil. Le babillage de sa femme et de ses amies allait sûrement atteindre de nouveaux sommets. Inutile d'augmenter son état de surdité avancé en risquant une perforation des tympans.
Comme prévu, la lecture de l'histoire de Mme Bidle amena de nombreux frissons qui parcoururent plusieurs fois les corps des vieilles dames, trop heureuses de mettre du piquant dans leur monotone existence de gentilles grand-mères, bien sous tout rapport. Assurément, la consommation de petites pilules bleues serait à la hausse dès leur retour à la maison.
Mme Fillion demanda la permission de se rendre sur le balcon afin de fumer tranquillement une cigarette. Elle ne voulait pas succomber à son vice à l'intérieur. L'asthme de la pauvre Mme Forget n'aurait pas tardé à se manifester, et cela gâcherait leur belle réunion. La vieille dame alluma donc sa cigarette et en profita pour admirer la vue sur les autres balcons. À sa grande surprise, elle remarqua la présence de deux hommes, presque nus, qui s'embrassaient à pleine bouche. Elle ajusta ses lunettes pour vérifier si ses yeux ne lui jouaient pas un tour. Mais non! Ils étaient toujours là, et encore plus nets. Elle se précipita à l'intérieur pour faire part de sa découverte aux autres membres de son club.
Toute la joyeuse bande se précipita à l'extérieur afin de jouir du spectacle s'offrant à elles. Les baisers passionnés devinrent insuffisants pour les deux hommes aux corps sculptés à la perfection. Les mains se baladèrent de plus en plus, explorant chaque parcelle de peau, caressant, frottant et griffant de plus en plus vite dans un ardent besoin d'en découvrir toujours plus. Les quelques vêtements restants ne résistèrent pas longtemps.
Armand les regarda sortir à une telle vitesse que pendant un instant, il cru que l'appartement était en feu. Puis, il se demanda ce qui pouvait tant les attirer à l'extérieur. Quelle sorte d'oiseau pouvaient-elles bien regarder ainsi. Sûrement de drôle de moineaux. En tout cas, à voir leurs expressions réjouies, ils devaient très certainement s'agir d'une espère rare, voire en voie de disparition.
— Incroyable, on dirait que ton histoire prend vie sous nos yeux.
— C'est absolument génial. Dommage qu'ils soient si loin.
— Oh, oui! Quelle tristesse!
— Tu peux utiliser mes jumelles. Elles sont à l'intérieur du petit coffre à tes pieds.
— Des jumelles, quelle bonne idée!
Une vieille dame s'empressa de sortir les jumelles et elles firent le tour de tous les yeux présents sur le balcon.
— Nous voilà de retour au cinéma muet!
— Mon oreille bionique est aussi dans le coffre. Avec ça, même Armand pourrait entendre voler une mouche!
— Absolument incroyable!
— C'est ingénieux!
— Et pratique!
— Bon sang, on croirait que leur respiration provient de moins d'un mètre.
— Petite cachottière! Comment as-tu réussi à nous cacher ça depuis si longtemps?
— Je vous ai dévoilé toutes mes histoires!
— Quoi? C'était des réalités-nouvelles!
— Je propose que dorénavant, toutes les réunions de notre club se tiennent ici.
— Je seconde!
— J'approuve!
— Adjugé! Voici notre nouvelle salle de réunion. En plus, l'air extérieur, c'est bon pour la santé.
— Mes dames, à vos crayons, conclut Mme Bidle.
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