Coucou les gens! Merci à tous pour vos commentaires et pour votre soutien! Vous êtes le Bien et je ne vous remercierai jamais assez de continuer à lire mes idioties ^o^ J'espère que la suite que voilà vous plaira également! Bonne lecture à tous et à bientôt!

"***"

L'air était frais ce matin là mais un grand soleil illuminait le ciel limpide d'Otorohanga où pas un nuage ne se dessinait. Les mains dans les poches de son blouson, Dean sautait d'un pied sur l'autre pour se réchauffer. Il venait de déposer la clé USB contenant le modèle du tract chez l'imprimeur mais celui-ci avait besoin, selon ses dires, d'une grosse heure pour tout sortir. Dean se retrouvait donc bloqué seul en ville.

Il sortit son téléphone de sa poche et joua quelques secondes avec les différents menus avant de le ranger. C'était Sam et Gabriel qui avaient la voiture mais leur rendez-vous devait à peine commencer et Dean n'allait certainement pas les rappeler maintenant pour qu'ils viennent le chercher. Après tout, il pouvait bien patienter une heure. Mais pas dans le froid.

Enfouissant son nez dans le col de cuir, il parcourut d'un pas rapide les quelques centaines de mètres qui le séparaient de la rue principale. Celle là même où se trouvait le restaurant indien où il avait eu son premier tête-à-tête avec Castiel. C'était désormais devenu un lieu spécial pour lui.

Bien sûr, en cette heure matinale, le restaurant était fermé mais il ne doutait pas de trouver aux alentours un café ouvert où prendre son mal en patience. Lorsqu'il passa devant une grande devanture rouge, une odeur de pain frais lui chatouilla les narines et il poussa sans hésiter la porte de verre de l'établissement.

A part un couple de touristes chaudement couverts déjeunant dans un coin, la salle était entièrement vide.

Dean ouvrit la fermeture éclair de son blouson. Il faisait bon à l'intérieur. Puis il s'approcha de la vitrine où s'accumulaient petits pains et sandwichs. Optant pour un encas au chocolat et un grand café bien fort, il prit place le plus loin possible des touristes occupés à discuter et à l'écart de la porte pour ne pas sentir les éventuels courants d'air. Il trouva un journal abandonné sur une table et parcourut les nouvelles locales en sirotant sa boisson encore trop chaude. La lecture n'était pas passionnante mais avait le mérite de passer le temps.

Il sourit en découvrant à l'intérieur une publicité pour le magasin d'Ellen et bien vite ne prit plus garde aux allées et venues des clients qui se succédaient dans le commerce, faisant tinter la petite clochette accrochée à la porte d'entrée. Ce n'est que lorsqu'une silhouette sombre se planta face à lui qu'il releva la tête.

_ Ca alors ! Quelle surprise ! Si ce n'est pas ce très cher Dean Winchester.

Dean soupira longuement et rebaissa la tête dans sa lecture. Il entendit les pieds d'une chaise racler le sol tout près de lui.

_ Voilà une attitude qui n'est pas très polie.

_ Venir me harceler n'est pas très poli non plus.

_ Oh voyons, est-ce une façon de traiter un vieil ami ?

Dean replia son journal d'un geste qu'il espérait brusque et agressif.

_ On ne s'est rencontrés qu'hier.

Crowley posa un coude sur la table et se pencha vers lui.

_ Pas dans les conditions que j'espérais, malheureusement. Plutôt gênant cette petite scène de ménage n'est-ce pas ?

Dean ne put qu'approuver.

« *** »

_ Je n'y crois pas que tu te sois laissé embobiner ! s'emporta une fois de plus Sam sans cesser de fixer le GPS. Tourne à gauche, ajouta-t-il à l'intention de Gabriel.

_ Je ne me suis pas laissé embobiner, se défendit Dean en se penchant à l'avant. J'ai juste dit que ce Crowley était plus sympa qu'il n'y paraissait au premier abord.

Sam grogna juste et vérifia une fois de plus qu'ils étaient sur la bonne route. Le chemin caillouteux devait mener à un camping populaire de la région où ils espéraient déposer leurs derniers tracts. Face au mutisme de son frère, Dean croisa les bras et se laissa retomber contre la banquette. Il était déjà contrarié d'être à l'arrière de sa propre voiture, conduite par Gabriel, et en plus maintenant Sam lui faisait la leçon !

_ Et je n'ai jamais dit que j'allais lui céder l'exploitation de la grotte ! ajouta-t-il pour sa défense. D'ailleurs on n'en a même pas parlé !

_ C'est un truc d'escroc ça, intervint à son tour Gabriel. Pour que tu baisses ta garde. Et paf ! Il va revenir en force quand tu t'y attendras le moins !

_ Oh genre tu t'y connais en escroc, grommela Dean.

Gabriel haussa les épaules et fit un écart pour éviter un mouton échappé sur le bas côté de la route.

_ Embobiner les gens faisait un peu partie de notre boulot, répondit-il en pénétrant dans le parking du camping.

Dean ne répliqua pas. Franchement Sam et Gabriel en faisaient des tonnes. Il avait seulement passé une bonne demi-heure à papoter avec Crowley, découvrant au passage un homme cultivé à l'humour sardonique. Mine de rien, ça avait été un très bon moment. Cela ne voulait pas dire qu'il allait travailler avec lui ou lui confier quoique ce soit. Comme Castiel l'avait si bien dit, la grotte était leur projet à tous les deux et hors de question pour le moment d'y associer qui que ce soit d'autre que leurs frères. Et si Crowley revenait à la charge, Dean savait qu'il pourrait lui expliquer la situation et que cela se règlerait entre adultes responsables.

Il ouvrit la portière pour rejoindre les deux autres déjà presque rendus à l'accueil.

« *** »

Le soutien de l'office du tourisme ainsi que la distribution de tracts porta rapidement ses fruits et les visites s'enchainèrent de plus en plus nombreuses au point qu'il arrivait parfois à Castiel de se plaindre de ne plus avoir le temps d'explorer le Trou de Dean. Du matin au soir, il y faisait pénétrer des touristes avides d'en savoir plus sur cette nouvelle attraction dont le bouche à oreille vantait les merveilles.

Ils durent même refuser des groupes composés de débutants ou de jeunes enfants et affrontèrent aussi la déception de ceux qui espéraient acheter un petit souvenir. Après quelques semaines à ce rythme, il apparut urgent à Sam de commencer les travaux d'aménagement. C'est pourquoi, il les appela tous un soir pour discuter de la situation.

_ Messieurs, commença-t-il en prenant place en bout de table, l'air très sérieux et un paquet de feuilles devant lui. Avez-vous la moindre idée de pourquoi je nous ai réunis ce soir ?

_ Parce que c'est bientôt l'heure du repas ? proposa Gabriel qui zieutait avec perplexité le barbecue éteint.

_ Tout ne tourne pas autour de la nourriture, le sermonna Sam en se penchant vers lui.

_ Je sais ! s'exclama son amant avec un clin d'œil entendu. Il y a aussi…

_ Non, le coupa le plus jeune des Winchester. Si j'ai demandé à vous parler, c'est pour faire un point sur le trou de Dean.

_ Quelqu'un a un stylo ? demanda Gabriel.

Sam lui lança un regard noir qui lui cloua le bec.

_ Comme vous le savez, reprit-il en se focalisant sur Dean et Castiel qui, côte à côte, l'observaient avec perplexité, les dernières semaines ont été riches en évènements pour notre projet. Beaucoup de nouveaux visiteurs…

Castiel grogna.

_ … et un bouche à oreille de plus en plus efficace. De plus, nous avons désormais accès au monde moderne, même d'ici.

Il tendit la main vers l'antenne satellite fraichement installée qui leur permettait désormais un accès à internet depuis le milieu des montagnes. Sam avait manqué d'en défaillir de plaisir lorsqu'il était parvenu à se connecter.

_ J'en ai donc profité pour faire une petite recherche nous concernant et globalement, ce que j'ai trouvé est très positif. Je vous en ai d'ailleurs concocté un petit florilège. On trouve par exemple : « Le Trou de Dean le nouvel eldorado des amateurs de profondeur ». Ou alors « Le Trou de Dean, une ouverture sur un nouveau monde de merveilles». Ou encore : « vous vivrez une véritable expérience physique et spirituelle à l'intérieur du Trou de Dean».

A chaque énoncé, Gabriel pouffait de rire et Sam ne parvenait pas non plus à dissimuler un sourire complice. Dean se contenta de rouler des yeux. Il espérait qu'au fil du temps soit les autres se lasseraient, soit il s'insensibiliserait à leurs piques mais rien à faire, les choses restaient les mêmes et il prenait sur lui pour ne pas s'agacer d'avantage.

_ Mais, reprit Sam en conservant difficilement sa mine professionnelle, il y a aussi quelques points négatifs comme « Le Trou de Dean, aussi beau qu'inaccessible». Ou encore « Le Trou de Dean, réservé à une élite de connaisseurs». Voire même « la balade dans le Trou de Dean, je l'ai sentie passer». Bref Dean, ton trou plaît mais est vraiment difficile d'accès.

_ Il va falloir en agrandir l'entrée, pointa Gabriel.

_ Je pensais que Castiel travaillait sur le sujet, répliqua son amant, les yeux pétillants.

Dean se passa une main sur le visage.

_ Ah bordel ! gronda-t-il. Vous vous êtes bien trouvés tous les deux. Le même humour de merde.

_ Ton trou est notre muse, se défendit Gabriel.

_ Et d'ailleurs Cas, reprit Sam en croisant les mains devant lui, où en es-tu du projet d'accès à tous au trou de mon frère ?

Dean roula des yeux.

_ Est-ce qu'on pourrait utiliser le mot grotte plutôt que trou ! geignit-il.

_ Pourquoi ? On a déjà voté ! s'insurgea Gabriel.

_ Parce que j'en ai marre de vos blagues pourries ! Vous savez ce qu'on dit des plus courtes !

_ Qu'elles n'atteignent pas le fond du Trou de Dean ?

Sam éclata de rire à la réponse de son amant et cette fois-ci même Castiel ne parvint pas à masquer son amusement, un coin de sa bouche se recourbant. Dean se laissa retomber sur la table, son front cognant avec force une planche de bois.

_ Vous me tuez, lâcha-t-il dans un soupir.

_ Bon, un peu de sérieux, reprit Sam quelques secondes plus tard en frappant la table à trois reprises du plat de la main. On s'est bien amusés mais il y a encore beaucoup à faire. Cas, c'était une vraie question car le principal problème que nous avons c'est l'accès difficile au site.

Le géologue les informa sur l'avancée de ses prévisions et il s'avéra que s'il était possible de mener les travaux nécessaires techniquement, le principal problème restait le financement.

_ Tu peux nous faire une estimation du coût ? insista Sam lorsque Castiel eut terminé.

Ce dernier secoua la tête.

_ Je peux indiquer ce qu'i faire de plus urgent et à la limite une évaluation grossière mais pour un devis complet, il faudrait voir avec des entreprises spécialisées. Je n'ai pas la moindre idée de combien ils facturent leurs prestations dans ce pays. Tout ce que je peux dire c'est que ça va coûter beaucoup d'argent. Bien plus que nous n'en avons et bien plus que ce qu'on peut espérer gagner avec nos visites actuelles.

Dean soupira longuement. Castiel avait eu raison dès le début. Son projet était trop grand et peut-être devait-il réserver la grotte aux vrais amateurs du genre. Après tout, ils avaient déjà pas mal de monde et cela suffirait probablement à les faire vivre, le géologue et lui. Il grogna. Il détestait avoir à faire des plans et des prévisions ! Il était le genre de gars qui marchait au feeling !

_ Bien, poursuivit Sam. Ecris-moi un dossier complet sur ce que tu penses nécessaire de faire dans un premier temps. Et si tu peux trouver quelques estimations tarifaires... Gabriel et moi feront ensuite le tour des entrepreneurs puis des banques. Je monterai aussi un dossier de financement auprès de la région. Nous ne risquons pas grand-chose à tenter le coup.

_ Et moi ? demanda Dean.

Sam leva un sourcil amusé.

_ Tu veux nous aider pour les banques ?

Dean grimaça.

_ Alors fais ce que tu fais le mieux Deano ! Ouvre ton trou à tous ceux qui se présentent ici ! renchérit Gabriel.

Sam lui posa une main sur l'épaule pour le faire taire.

_ Je ne l'aurais pas formulé comme ça mais Gabriel a raison. Toi, tu te charges de l'accueil et des visites de nos clients actuels. Fais les craquer avec ton sourire et tes multiples connaissances sur la géologie transmises par Cas.

Dean opina. Il avait maintenant suffisamment assisté Castiel pour être capable de s'en sortir seul en cas de visite. Et cela permettrait au géologue de poursuivre ses travaux.

« *** »

Dean savait que son café refroidissait mais il lui paraissait impossible de tendre la main pour le saisir. Il était figé devant le rapport que Castiel avait laissé sur la table de la cuisine avant de partir se laver.

Une fois de plus, Dean en tourna les pages et lut, incrédule, la liste des travaux et les coûts estimés. Au final, tout ce qui occupait son cerveau, c'était cet alignement de zéros à la fin. Il ne serait jamais capable de trouver une telle somme. Même si son père mourait demain et que Dean revendait le garage, ça n'y suffirait pas. Sans compter sur le fait que son père était increvable… Il pouvait dire adieu à la route menant jusqu'à l'entrée, le parking, le magasin de souvenirs, l'escalier, l'agrandissement de la fente, la mise en place d'un système de barques sur la rivière, bref tout ce que Castiel avait imaginé pour eux.

_ Merde, grogna-t-il entre ses dents.

_ Un problème ? demanda Sam en croquant dans une tartine de Vegemite.

_ Mais tu as vu ces chiffres !

Sam opina et s'essuya la bouche.

_ Ils sont proches de ce à quoi je m'attendais. Pas toi ?

_ Pas moi ? Pas moi ! Non, évidemment pas moi ! Si j'avais su que ça coûtait aussi cher, jamais je n'aurais envisagé ces travaux !

Sam haussa les épaules. Son visage était parfaitement serein.

_ Dean, ça s'appelle de l'investissement. Entre la caution d'un expert comme Cas, les photos d'Ellen et les retours positifs de nos clients actuels, nous avons un dossier solide, tu peux me croire.

Dean eut l'impression de se transformer en caramel mou et aussi envie de se laisser glisser au sol et de ne plus jamais bouger. Il était venu ici pour que sa vie soit plus simple et maintenant tout paraissait si compliqué et tellement étouffant.

_ T'en fais pas, lui fit Sam en lui ébouriffant les cheveux, ça va bien se passer.

Dean avait horreur de cette nouvelle habitude qu'avait prise son frère mais avant qu'il ait pu lui faire part de son mécontentement, Sam s'était levé pour retourner dans la chambre où il entendait bien faire bouger Gabriel, toujours au lit.

Dean s'affala de tout son long sur la table. En fait, il allait suivre le plan. Il allait simplement s'occuper des clients et laisser le pénible et le stressant à Sam qui paraissait gérer ça comme un chef.

Les gonds de la porte d'entrée grincèrent. Dean ne bougea pas. Ce devait être Castiel et avec un peu de chance, il viendrait l'enlacer.

_ Un problème Dean ?

La voix râpeuse de Crowley le fit se redresser brusquement. Sa cuisse frappa contre la table et sa tasse de café froid se renversa.

_ Merde ! jura-t-il en attrapant un torchon posé sur le plan de travail.

Il essuya rapidement, sous l'œil amusé de Crowley et celui bien plus ennuyé de Balthazar. Dean eut envie de lui jeter son résidu de café au visage. Ce type lui était décidément complètement antipathique. Et pas seulement parce qu'il s'était tapé Cas. Dean n'était pas du genre jaloux. Pas trop… Pas avant Castiel en tout cas.

Il déposa le torchon souillé dans l'évier et se tourna vers les nouveaux venus.

_ Messieurs. Quelle surprise. Que puis-je faire pour vous ?

Crowley parcourut du regard la cuisine.

_ Il te reste du café ? demanda-t-il.

Dean opina et versa dans une tasse propre mais ébréchée le café tiède.

_ Vous en voulez ? fit-il ensuite à Balthazar sans cacher son dédain.

Balthazar regarda la simple cafetière électrique de Dean et plissa le nez comme s'il lui avait proposé une assiette de bouse.

_ Non merci, ça ira, répondit-il de ce ton hautain et négatif dont il ne paraissait pas se départir.

Dean haussa les épaules et reprit sa place en face de Crowley qui venait de tirer une chaise. Balthazar resta derrière lui les bras croisés.

_ Et qu'est-ce qui me vaut l'honneur de cette visite ? insista Dean.

Crowley leva sa tasse comme s'il trinquait et parvint à avaler le café de mauvaise qualité sans grimacer.

_ Ayant apprécié notre petit tête-à-tête l'autre matin en ville, je me suis dit qu'une visite de courtoisie s'imposait. Puis le temps est passé… Tu sais, je suis un homme d'affaire aux journées bien remplies. Mais voilà, ce matin j'avais un créneau dans mon agenda et j'ai pensé : pourquoi ne pas rendre visite au si sympathique Dean ? Et donc me voilà !

Dean croisa les bras. Certes, il avait passé un moment plaisant l'autre fois avec Crowley mais le voir débarquer ainsi de bon matin était assez suspicieux.

_ Et lui, qu'est-ce qu'il fait là ? demanda-t-il avec un geste de menton en direction de Balthazar.

Crowley se pencha pour attraper une tartine de pain de mie et de la confiture qu'il étala généreusement avant de mordre dedans à belles dents.

_ Je voulais faire un geste en hommage à notre amitié naissante, répondit-il une fois sa dernière bouchée avalée. Alors j'ai emmené Balthazar pour qu'il fasse un petit tour dans ton trou en compagnie de… Castiel, c'est ça ? J'ai lu ses travaux, c'est un invité de qualité que tu as là. Mais si j'en crois les photos qui circulent, ton trou est si profond qu'il faudrait plus de deux mains pour en venir à bout. Quatre ne seraient pas de trop. Bien sûr, ça ne t'engage à rien ! se défendit-il ensuite devant la mine de plus en plus sombre de Dean.

Celui-ci grogna et se gratta la tête. Evidemment, il n'avait aucune envie de mêler Crowley à son projet, sympathie ou pas. Et il avait encore moins envie que Balthazar aille se promener sous terre avec Castiel. Mais le géologue avait probablement encore la volonté de remonter la rivière et Dean ne pouvait pas lui retirer cette opportunité sans lui en parler.

Un sifflement attira son attention et il réalisa que Crowley avait mis la main sur le rapport de Castiel, resté sur la table.

_ C'est une sacrée somme qu'il va te fa…

Dean lui arracha le document des mains.

_ C'est confidentiel !

_ Trop tard ! confia Crowley avec une lueur d'amusement dans les yeux. Et tu sais, je ne t'impose rien mais j'aime rendre service, surtout à un ami. Alors si tu as besoin d'emprunter…

_ Merci mais ça ira.

La voix de Sam, de retour dans la pièce, le coupa net. Juste à ses côtés, se tenait Gabriel, mains sur les hanches et air narquois.

_ Je t'avais dit que cette voix rauque n'était pas celle de Cas, lança-t-il à son amant.

_ Qui est-ce ? demanda Crowley en se tournant vers Dean puis Balthazar lorsque celui-ci ne répondit pas.

Ce dernier haussa les épaules mais il paraissait moins constipé qu'antérieurement, comme si ce nouveau rebondissement l'amusait plus qu'il n'osait le montrer.

_ Nous sommes là pour défendre les meilleurs intérêts de Dean, répondit Sam, aussi redressé qu'il le pouvait et s'avançant le torse bombé, dominant Crowley de toute sa hauteur avant de récupérer le document que Dean lui tendit.

_ D'ailleurs, votre présence n'est-elle pas une violation de propriété ? enchaîna Gabriel en s'approchant à son tour.

Crowley reporta son intention vers Dean.

_ Qui c'est ces deux clowns ? Tes avocats ?

_ Précisément.

Crowley roula exagérément des yeux.

_ Alors voilà, je viens en tant qu'ami et on me traite comme un brigand. Je suis outré !

Dean leva la main pour indiquer à Sam et Gabriel qu'ils pouvaient reculer un peu.

_ Pas du tout. Pas du tout. Mon frère et son ami se sont juste enflammés, répliqua-t-il en insistant sur le mot frère. Mais en tant qu'hommes de loi, ils ont tendance à se méfier de tout.

Crowley avait l'air franchement contrarié mais il n'ajouta rien.

_ Mais tu peux me croire, continua Dean. Je leur ai bien précisé que nous étions désormais amis. Et je prends bonne note de ta proposition concernant Balthazar. Je vais en parler à Castiel et nous reviendrons vers toi en temps voulu.

Crowley se leva brusquement, faisant racler les pieds de sa chaise. Il tendit la main à Dean qui la saisit avec hésitation, un peu comme s'il craignait de faire un pacte avec le diable.

_ J'attends donc bientôt de tes nouvelles, mon ami, fit le businessman avant de quitter la cabane, Balthazar le suivant comme son ombre.

Dean soupira longuement lorsqu'il entendit le bruit d'un moteur s'éloigner.

_ C'était donc le fameux Crowley ? fit Gabriel d'un air amusé en s'installant à table. Il n'est pas bien impressionnant.

_ Il est plus grand que toi, grogna Dean que cette rencontre avait déstabilisé.

Il ne savait vraiment pas par quel bout prendre Crowley. L'homme pouvait être aussi sympathique que repoussant. Pour le moment, il ne rejetterait pas son amitié car il n'était pas en position de refuser un allier mais il n'allait pas non plus lui faire une confiance aveugle.

_ Et qui était le type avec lui ? demanda Sam.

_ Balthazar… un autre géologue, répondit Dean.

_ Tu l'avais déjà rencontré ?

_ Il était avec Crowley la première fois qu'il est venu. Un gars super négatif. Mais un très bon géologue, d'après Cas.

_ Cas le connaît ? s'étonna Sam. Pourquoi tu ne nous en as pas parlé avant ?

Dean se mordit la lèvre inférieure. Il était bien embêté.

_ Ca a dû m'échapper, pipeauta-t-il comme il pouvait.

Mais les deux autres ne furent pas dupes. Gabriel se pencha vers lui, les sourcils froncés.

_ Deano, Deano, Deano, tu fais la tête d'un type qui vient de trouver une oreille dans son steak. Qu'est-ce que tu ne nous dis pas ?

_ Rien, maugréa-t-il en détournant la tête.

Gabriel s'inclina plus encore pour chercher son regard et du coin de l'œil Dean devina Sam qui en faisait de même. Il avait l'impression d'être un lapin entre deux vautours.

Le bruit de la porte qu'on pousse le sauva. Tous se tournèrent vers l'entrée, s'attendant presque à voir réapparaître Crowley et son sbire. Mais c'est Castiel qui se tenait sous le chambranle, les cheveux mouillés en pétard sur son crâne et une serviette humide autour du cou.

Il prit un air perplexe en découvrant Sam et Gabriel penchés sur Dean.

_ J'ai… manqué quelque chose ? demanda-t-il de sa voix rauque.

_ La petite visite de Crowley et de ton ami Balthazar, s'amusa Gabriel d'une voix chantante.

_ Oh… fit simplement Castiel.

Puis son regard tomba sur Dean.

_ Donc tu leur as dit.

_ Je n'ai rien dit du tout, se défendit celui-ci.

En trois enjambées, Gabriel avait rejoint son frère.

_ Dit quoi Cassou ? Qu'est-ce que tu nous caches hein ? Qui est ce Balthazar ? Ton mentor ? Ta Némésis ? Un ex am… Oh ! Cassie !

Castiel n'avait pu s'empêcher de baisser le regard face aux accusations de son frère et ce dernier l'avait tout de suite démasqué.

Il soupira et vida le dernier petit fond de café dans une tasse qu'il but d'une traite.

_ Alors ? Alors ? Dis-nous en plus sur Balthazar ! le poussa Gabriel en lui tournant autour comme un chien excité.

_ C'est justement pour éviter ça que je ne vous en ai pas parlé avant…

Et la mort dans l'âme, il dressa à Gabriel et Sam une ébauche de son passé en compagnie de Balthazar.

_ L'ex de Castiel qui travaille pour l'escroc de Dean, les choses n'auraient pas pu être plus excitantes ! s'enthousiasma Gabriel à la fin du récit.

Castiel et Dean grognèrent de la même manière. L'un était étalé sur sa chaise alors que l'autre était vautré contre la table et la situation ne les réjouissait vraiment pas.

_ Et donc Balthazar travaille maintenant avec Crowley par vengeance ? demanda Sam.

Castiel secoua la tête.

_ Non. Je pense que c'est un simple hasard. Il a eu l'air aussi surpris que moi lorsque nous nous sommes vus.

Il fit une pause de quelques secondes.

_ Et que voulait Crowley cette fois-ci ? demanda-t-il finalement à Dean.

Ce dernier haussa les épaules.

_ La même chose que la dernière fois. Il s'intéresse financièrement à mon trou et veut y faire entrer Balthazar. Ma grotte… Je voulais dire ma grotte ! s'écria-t-il quand il entendit son frère glousser.

_ Pourquoi tu ne l'as pas envoyé bouler ? fit Gabriel en ouvrant un placard pour chiper un biscuit.

_ Parce que Castiel pensait avoir besoin d'un soutien plus expérimenté que moi pour l'exploration de certaines parties de la grotte.

Gabriel pouffa, envoyant des miettes dans tous les sens. Il tapota amicalement l'épaule de Dean.

_ Et généreux… ou naïf… comme tu es, tu es prêt à laisser Castiel avec son ex, obsédé sexuel reconnu, dans des couloirs sombres et isolés, à la seule lueur romantique des vers ?

_ J'ai confiance en Cas, grommela Dean.

Le géologue eut pour lui un sourire tendre qui le fit immédiatement se sentir plus serein.

_ Après, fit Sam toujours pragmatique, on pourrait exploiter les compétences de Balthazar sans rendre de comptes à Crowley.

_ Tu veux dire, poursuivit Gabriel en virevoltant jusqu'à son amant, débaucher Balthy pour qu'il vienne travailler chez nous ?

_ Eventuellement.

Castiel secoua la tête.

_ Je le connais bien. S'il vient, il faudra le payer. Et cher.

_ Et si on le payait avec ton derr…

Gabriel s'étala de tout son long sans pouvoir terminer sa phrase lorsque Dean lui fit un croche-pied.

_ Aïe ! Deano !

Ce dernier se pencha vers lui.

_ C'est une discussion sérieuse, lâcha-t-il de son ton le plus menaçant.

Et pour une fois, Gabriel ne répliqua pas. Il se releva avec une moue boudeuse et retourna s'installer tout contre Sam.

_ Tu as vu comme ton frère me traite, murmura-t-il à l'oreille de son amant.

_ Et il a bien raison, répliqua Sam sans un regard pour lui mais tout dédié à Castiel. Dis-moi Cas, si on ne peut pas récupérer définitivement les compétences de Balthazar, on ne pourrait pas juste profiter de l'offre de Crowley pour disons… avoir son point de vue ou ses idées sur la grotte ? J'ai complètement confiance en toi mais un autre regard expérimenté pourrait être un plus.

Castiel opina.

_ J'avais en tête de profiter de sa présence pour pousser un peu l'exploration. Ca pourrait avoir des résultats intéressants.

_ Et après quand vous remontez, on dit à Crowley que nous ne sommes pas intéressés et nous faisons d'une pierre deux coups.

_ C'est faisable, approuva le géologue. Qu'en penses-tu Dean ?

Dean opina.

_ Ca me parait jouable. Crowley risque de mal le prendre mais après tout nous ne lui devons rien. Si tu penses que c'est la meilleure solution Cas, je te fais confiance.

_ Je propose, reprit Sam, qu'on laisse Crowley mariner un jour ou deux dans son jus avant de le rappeler et de lui dire que nous acceptons que Balthazar t'accompagne pour une descente.

Tous approuvèrent.

« *** »

Dean enfila sa combinaison avec ce qu'il espérait être une certaine nonchalance mais il sentait le regard de Balthazar posé sur son dos.

_ On est vraiment obligés de se traîner cet amateur ? gronda ce dernier à l'encontre de Castiel.

_ Dean vient avec nous et ce n'est pas négociable, répondit fermement le géologue.

Ils en avaient discuté de nouveau le matin même, dans les bras l'un de l'autre. Depuis quelques jours, Castiel n'utilisait plus sa chambre que comme lieu de stockage et passait toutes ses nuits en compagnie de Dean. Le matelas était plus confortable et la compagnie agréable.

C'était le géologue qui avait proposé à Dean de les accompagner. Non pas pour faire taire une quelconque crainte de jalousie ou de suspicion. Juste parce qu'il aimait descendre dans le trou avec Dean. Et puis il était le propriétaire de la grotte, il était normal qu'il en explore tous les recoins.

Les choses auraient été compliquées juste à deux, mais la présence de Balthazar changeait tout. Pendant qu'il se chargerait d'ouvrir la voie, Castiel aurait tout le loisir de surveiller Dean et de l'aider en cas de difficulté majeure.

Et puis Dean était suffisamment costaud pour aider à porter une partie du matériel et des réserves. Conformément à leur plan, Castiel avait prévu une exploration de deux ou trois jours, sans prévenir bien sûr Balthazar et encore moins Crowley. Il avait bon espoir qu'une fois dans la grotte, son collègue se laisserait prendre au jeu de la découverte et accepterait de pousser plus loin l'aventure. Balthazar avait beau avoir des tonnes de défauts, il restait un passionné de l'univers souterrain.

En tant que leader, Castiel inspecta une dernière fois leur matériel. Il adressa un signe de tête à Sam et Gabriel, venus les regarder partir, puis descendit le long de la corde. Balthazar fut le second à la saisir. Avant de se lancer, il se tourna vers Dean.

_ Je ne sais pas ce que vous mijotez mais il y a beaucoup trop de matériel pour une simple reconnaissance. A mon avis on ne sera pas de retour pour le dîner.

Dean se força à rester stoïque et ne répondit pas.

_ Ah, détends-toi Dan, reprit-il. Tu es tout crispé. Tu as peur du noir ? De la profondeur ? De ma présence près de Castiel ? Quoique, sur ce dernier point, tu as peut-être raison de t'inquiéter. Plus j'aurai de temps devant moi et plus…

_ C'est Dean, pas Dan, le coupa Dean en le fixant, la mine mauvaise.

_ Oui, oui, peu importe, fit le géologue d'un ton badin avant de se glisser dans le trou, un sourire narquois aux lèvres.

Dean soupira. Passer soixante-douze heures sous terre, il pensait en être capable. Se coltiner celui-là en permanence… ça, il ne savait pas s'il pourrait le faire.

(à suivre…)