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William

Hugh les attendait dehors. William, la baguette en main, le tint en joug aussitôt qu'il l'aperçut.

"Le service des usages abusifs de la magie vous a détecté, mais je ne viens pas de leur part, je viens juste discuter, se défendit-il, les mains en l'air en signe de paix.

-Tu veux discuter? s'outragea William, il est trop tard pour ça maintenant. Tu as eu sept ans pour discuter avec moi, pour me dire qui tu étais et ce qui m'était arrivé! Comme as-tu osé nous mentir?

William avait appris grâce au dossier que son beau père était l'Auror que le ministère avait rattaché à sa sécurité rapprochée neuf ans plutôt. Sous couvert de l'étudiant moldu qu'il prétendait être, il avait dû infiltrer sa famille afin de veiller à ce que William s'adapte à sa nouvelle nature sans entorses.

-J'avais reçu des ordres, clama-il. Mais, ce que je ressens pour ta mère et toi...

William se détourna ; il savait Hugh sincère mais il était encore trop tôt pour les réconciliations.

-Je sais ce que tu comptes faire. Je te supplie d'y renoncer, pour Liz. Il s'agit là de magie noire William ; elle est mauvaise par nature, elle a ses propres aspirations. Qui sait ce qui pourrait t'arriver une fois vidé de tout pouvoir...?

Hugh du s'interrompre car William et Hannah avaient d'ores et déjà transplané dans un tourbillon de poussière.

-... cela pourrait t'être fatal, termina-il pour lui-même, dépité.

Le contre-sort était le sort lui-même. "Pour l'inverser il faut l'appliquer de nouveau" leur avait affirmé Dolores avec dans les yeux une lueur de perversité, de délectation. "Ce maléfice je ne le connais pas, avait-elle avoué, ce n'était pas mon rôle de le maîtriser ; il vous faut donc vous en souvenir vous-même, revivre ce qu'on vous a fait oublier." Son petit rire ravi résonnait encore aux oreilles de William, mais même en considérant le peu de foi qu'il accordait à la parole de cette femme perfide, il sut intimement qu'elle disait vrai. La réponse à leurs questions a toujours été à leur portée ; en refoulant les souvenirs qui s'acharnaient à vouloir refaire surface ils avaient juste refusé de l'affronter.

Pour boucler la boucle, William pressentait qu'il leur fallait revenir à la source, retourner sur leurs pas, là où tout avait commencé et c'est ce qu'ils firent. Le lieu où ils avaient été séquestrés était un entrepôt désaffecté, gardé intact par le ministère et protégé par un sortilège repousse-moldu. William y pénétra comme on entrerait au purgatoire, le cœur mortifié, le pas lourd. Hannah à ses côtés gardait une attitude digne, impassible ; fidèle à elle-même, elle ne laissait rien entrevoir de ses émotions.

"Tu n'es pas obligé de faire ça, lui répéta-elle encore, sincère. On peut trouver un autre moyen et s'il n'y en a pas je pourrais m'accommoder de ma condition, je l'ai toujours fait.

Pour toute réponse, William s'agenouilla à même le sol, se débarrassa de son gant et les mains tremblantes approcha la dague (présent de Dolores) de sa cicatrice.

Il n'était pas dupe, il savait que s'il repoussait l'échéance, s'il hésitait à faire ce qui devait être fait ; le courage le fuira à l'avenir et il sera condamné à le regretter l'éternité entière. Et même si Hannah était sincère, cette absolution qu'elle lui donnait ira-elle toujours de soi lorsqu'elle devra vivre le restant de son existence dans la peau d'une cracmole tout en sachant que lui, William, avait eu la possibilité de la libérer de cette prison et qu'il n'en a rien fait? Pourrait-elle jamais lui pardonner? Non, il devait se résigner à rendre ce qui n'a jamais été à lui!

La perspective de perdre ce don qui avait révélé le meilleur de lui, le déchirait, le mortifiait dans son cœur et dans son âme. Rien n'était plus normal, mais il devait s'astreindre à examiner son destin sous un autre angle et remercier le ciel pour les années enchanteresses qu'il avait vécues au lieu de pleurer celles qu'il ne pourra plus avoir.

Il serra les dents lorsque la lame rouvrit l'ancienne plaie et il contempla le sang qui en jaillit avec affliction. Hannah le rejoignit, et sans sourciller s'empara de la dague à son tour.

Ils y étaient, c'était l'instant crucial. Mais avant de s'engager dans cette voix sans recours, il devait absolument dire à Hannah ce qu'il avait sur le cœur.

"Hanna...débuta-il la voix serrée. Il faut que je te dise...

-Je sais, répliqua-elle aussitôt, sereine. Moi aussi William.

Armé alors de ce demi aveu, il se sentit prêt à tout affronter.

Elle tendit sa paume entaillée vers lui, il en fit de même et leurs mains se rencontrèrent, le sang se mélangea ; plaie contre plaie. Comme escompté la vision les envahit. Ils furent de nouveau des enfants terrifiés, pieds et poings liés et c'est à travers leurs sens troublés qu'ils vécurent le souvenir qui les assaillit.

Le maléfice était en fourchelangue. William l'avait deviné, les sifflements abominables qui le submergèrent, lui en firent la confirmation. Il sentit Hannah tressaillir avec force lorsqu'il se mit à reproduire ce langage serpentin, à l'imiter du mieux possible ; rien ne lui répugnait plus que cet exercice mais il tint bon. De sa baguette brandie des filaments de lumière commencèrent alors à s'échapper au rythme de sa litanie, et vinrent celer l'une à l'autre leurs mains entrelacés. L'onde de choc partit de ce point de jonction avant d'exploser dans chaque infime atome de leur corps.

William en eut le souffle coupé. Il ne s'était pas préparé à ça, à sentir ses pouvoir le quitter ; mais il puisa dans le contact d'Hannah le réconfort suffisant pour aller au bout de ce supplice. Lorsqu'il sentit la main de cette dernière se débattre dans la sienne, lorsqu'il constata l'effort qu'elle fit pour rompre le lien avant que le maléfice ne le dépossède de tout pouvoir, il comprit son dessein, il sut qu'elle voulait laisser encore un peu d'elle en lui, une part de magie.


Merci d'avoir lu!

Un ptit avis sur cette conclusion? ^_^