Note d'auteur : Ayé dernier chapitre! Et oui Thaele, tu es devin. Merci beaucoup pour vos compliments, je suis extrêmement touchée. Ils me font un plaisir fou. Je suis contente d'avoir pu apporter ma petite pierre à l'édifice Reela à défaut de scénarios tenant la route de la part de NBC. En espérant que ces derniers offrent la fin qu'ils méritent à nos colocataires préférés. Merci donc à mes reviewers : Zozélie, Thaele Ellia et Tatiana. Ainsi que toutes celles de PPF qui m'ont bien inspiré parfois. Mais surtout merci à Shane de revenir dans ER, ce serait gentil. (et Parminder d'y rester tant qu'à faire.)
Disclamer : Les personnages de la série E.R. ne sont pas ma propriété mais celles de leurs auteurs et NBC. De la même façon, citation de Chateaubriand appartient à ce dernier (oui, même mort). Je ne tire aucun profit de ce qui suit. Seuls les personnages de Neela Rasgotra et Ray Barnett ne m'appartiennent pas. Le reste c'est à moi.
Chapitre 10 : Vous savez…
« Il est dans les extrêmes plaisirs, un aiguillon qui nous éveille, comme pour nous avertir de profiter de ce moment rapide ; dans les grandes douleurs, au contraire, je ne sais quoi de pesant nous endort. » - François René de Chateaubriand
Vous me détestez, j'en suis sûr. Arrêtez de le nier, je le sais parfaitement. Je ne le prendrai pas mal. Promis. Enfin, je risque de vous bouder quelque temps : prenez une scientifique têtue et un rocker rancunier, faites en un gosse et ça donne ça. Donc, oui, je serai amer quelque temps mais si j'ai hérité de certains défauts de mes parents, j'ai également reçu quelques unes de leur qualités – certes plus limitées pour le coup -. Je n'étais qu'un petit gamin gâté pourri. Mais comment pourrait-on me le reprocher ? Après tout, j'avais été l'horizon de ma mère pendant les 4 premières années de ma vie. Or c'est justement là qu'on forge son caractère. Comment voulez vous que je ne sois pas quelqu'un d'exclusif et de possessif quand tout tourne autour de vous durant ce temps ? Et puis surtout, quel est le pourcentage d'enfants qui peuvent s'enorgueillir du fait d'avoir vécu tous les moments importants de la vie de ses parents ? Peu de monde en vérité. Je pense même être un des seuls.
Bien évidemment – vous êtes au courant -, j'étais présent lors de leurs retrouvailles quatre ans après leur séparation. Enfin, on ne peut pas vraiment appeler ça une séparation. Ils s'étaient juste éloignés. Ils n'avaient plus parlé. Ne s'étaient plus vus. Et les lettres se résumaient aux périodes de l'année obligatoire, genre Noël, Thanksgiving ou le Nouvel An. Je me suis longtemps demandé pourquoi ma mère ne faisait pas comme toutes les autres mères, envoyant comme carte de vœux une jolie photo de famille jusqu'à ce qu'il n'entre dans nos vies. Ce n'était pas par honte de son garnement. Ce n'était pas par tristesse d'être si peu nombreux sur la photo. C'était pour lui cacher mon existence.
Au départ, je ne l'ai pas accepté. Ca a dû lui faire mal. Mais il ne m'a jamais rien dit. Il ne m'en a jamais tenu rigueur. Pourtant je la voyais. L'étincelle de douleur dans ses yeux quand je refusais de lui faire un bisou ou un câlin, quand je me mettais à hurler dès qu'il me prenait dans ses bras. Et là ? Vous prétendez toujours ne pas me détester ? Je me déteste également pour ces moments là si ça peut vous rassurer un tant soit peu. Mais je n'ai pas réussi à l'empêcher de séduire ma mère. D'autant qu'elle était déjà totalement.
J'ai franchement détesté cette période. Ils étaient toujours, toujours ensemble, à s'embrasser, se toucher, se faire rire, bla bla bla. Et moi dans tout ça ? Je voulais récupérer ma maman ! Puis, il a réussi à me gagner. Avec lui, je pouvais faire des trucs que ma mère m'interdisait de faire, genre regarder des films d'horreurs, me coucher tard, apprendre la base-ball, jeter du papier toilette sur la maison de mon professeur. Il savait parfaitement comment s'y prendre pour gagner un enfant par les sentiments.
Outre leurs retrouvailles, j'ai eu la chance d'assister à la demande en mariage de papa à maman. Comme précisé juste avant, peu d'enfant, voire peu de personnes tout court, peuvent s'en gorger. Il a prit son temps. Il aurait pu lui demander le lendemain, voire le jour même, des pancakes animaux, maman aurait certainement dit oui, je pense. Mais ils prirent leur temps comme ils l'avaient toujours fait. J'avais neuf ans. C'était lors du mariage de Sara, une collègue de Ray. Cinq ans après leurs retrouvailles donc. Quand je vous disais qu'ils avaient pris leur temps. Je ne sais pas pourquoi. Parce qu'ils étaient heureux comme ça de toute manière, avec ou sans les liens du mariage. Parce qu'ils n'en avaient pas le temps. Ou parce que le fantôme du premier mari de maman planait. Quoi que je ne crois pas que ce soit cette dernière solution. Quand il lui arrivait de m'en parler, c'était légèrement, comme si elle était passée à autre chose ou comme si c'était un simple ami, une vague connaissance. Ce qui était le cas en vérité.
Les couples dansaient tendrement sur la voix chaude et légèrement rocailleuse de Sade et moi, je me trouvais sous la table avec Nyasiah, jetant des cacahuètes sur les jambes nues des vieilles dames pour leur faire croire que des moustiques les attaquaient. De temps à autres, j'observai mes parents, tendrement enlacés, dans un slow amoureux. Comme le premier jour malgré les années écoulées. Dans leur bulle à part.
Maman avait la tête posée sur l'épaule de papa, les yeux clos pour mieux se rattacher au moment je suppose. Je vis mon père sortir de la poche de son pantalon une boîte en velours noir et susurrer au creux de l'oreille de sa compagne avec une tendresse infinie, loin de l'agitation alentours :
« Neela, veux-tu m'épouser ? »
Je vis Maman se redresser automatiquement, ses magnifiques yeux noirs s'élargirent et sa bouche s'ouvrir lentement dans un cri de surprise silencieux avant de s'épanouir dans un sourire tout bonnement heureux et sincère. Elle hocha la tête frénétiquement avant de lui murmurer un oui comblé je suppose tandis qu'il lui glissait la magnifique bague d'or et d'émeraude au doigt, bague qu'elle ne quitta jamais plus à partir de ce moment. Tout le monde continua à danser sur le slow ambiant et ils le reprirent également, comme si rien ne s'était passé. Après tout, c'était le cas. Ils étaient déjà mariés depuis si longtemps…
A ma plus grande déception, je ne restais pas longtemps fils unique. Pourtant c'était bien confortable. Être le chouchou, avoir des tas de cadeaux, me passer tous mes caprices. Oui bon j'avoue : il ne me passait pas tout et j'avais beau me rouler par terre de frustration dans le grand magasin de jouet, il ne m'achetait pas pour autant le quad que j'avais repéré au détour d'une allée. Comme précisé, lors de la demande en mariage, je n'étais déjà plus fils unique. Ils m'avaient joyeusement gratifié d'une petite morveuse de sœur de 3 ans à l'époque : Nyasiah. Im-pro-non-çable. Aidan, c'est bien, bien mieux. Non mais je vous jure. Surtout qu'elle savait rien faire à part baver et pleurer. Ah si des fois, elle faisait caca dans sa culotte et aïe aïe aïe les narines ! Valait mieux être enrhumé à ce moment là.
Ca a dû faire bizarre à Papa n'empêche. Il est fils unique. Maman est assez habituée aux familles nombreuses. Mais là, j'ai cru que Papa allait avoir une crise cardiaque quand elle lui a dit qu'elle était enceinte. Quand Nyasiah et moi l'avons vu revenir de chez la gynécologue, il était blanc comme neige.
« Qu'est ce qu'il y a papa ? » demanda innocemment ma petite sœur tandis qu'elle coloriait sagement le papier peint.
Il s'est assis pendant que Maman nous a fait les gros yeux en voyant les dégâts occasionnés. Elle récupéra les crayons et entreprit de frotter le mur pour essayer de ravoir les maisons et autres personnages informes. De toute façon, c'était pas grave : on allait déménager quelques mois plus tard dans une maison en banlieue…beaucoup plus grande. Il reposa sa tête entre ses mains avant de nous regarder d'un air hébété.
« Vous allez avoir des frères et sœurs.
« Lequel d'abord ? Je veux une sœur ! s'exclama joyeusement Nyasiah du haut de ses 6 ans.
« Ce sera les deux… » fut sa réponse essoufflée tandis qu'il échangeait un regard avec son épouse qui le rassura d'un sourire.
'On y arrivera' semblait-il dire. Et ils s'en sortirent haut la main. Faut dire que j'ai bien aidé sans vouloir me vanter. 7 mois plus tard, s'ajoutaient à notre petite famille Serenity et Joaquin.
Maman a dû quitter le County. Avec quatre enfants, c'était ingérable. Même si je l'aidais pas mal avec les faux jumeaux. Le matin, je les déposais à l'école ; le soir je les reprenais et leur préparais leur goûter. A cette époque, on peut légitimement dire que j'avais grandi et mûri. Néanmoins, ce n'était guère suffisant. Elle accepta donc de travailler dans une clinique privée, lui permettant d'avoir des horaires décents et surtout, permettant à Papa de continuer ce métier qui le passionnait tant.
Au début, je ne comprenais pas l'utilité de sa profession. De mon expérience, toutes les familles étaient heureuses, s'aimaient et parvenaient à manger jusqu'à la fin du mois. J'appris bien vite cependant que tout le monde n'avait pas eu la même chance que mes frères et sœurs et moi. Il existait des enfants malheureux, des familles affamées ou violentes. Ca m'a fait un choc d'apprendre ça. Je me souviens être rentré en larmes de l'école où l'institutrice avait appelé les collègues à Papa ainsi que la police quand un garçon de ma classe maigre et solitaire était tombé dans les pommes durant la récréation. Son pull était tâché ici et là de sang. Traces de coups du matin même. A partir de ce jour, je soutenais Papa dans son travail et rétablissait la vérité quand on le critiquait.
Malheureusement, je n'aurais sans doute pas dû l'inciter à s'impliquer autant dans ses dossiers. L'un d'entre nous nous a tous considérablement marqué. Leroy Nieves. Son nom reste gravé en lettres de feu dans nos cœurs. C'était un adolescent de 13 ans que Papa avait arraché à son ghetto violent. Il avait veillé lui-même à son sevrage toxicologique et alcoolique. C'est triste à cet âge là d'être déjà un drogué et un alcoolique. En plus d'avoir un casier judiciaire long comme le bras. Toujours est-il qu'il lui avait en plus trouvé une famille d'accueil. Ce cas, perdu parmi tant d'autres, ne nous avait pas plus marqué que ça. Pour Papa c'était différent. Il se rappelait de chacun des enfants qu'il avait eu à connaître. Chaque dossier. Dans les moindres détails. Et quelque soit le temps écoulé.
Il était à un an de la retraite. Il l'était déjà en semi à vrai dire mais il refusait de la prendre totalement. Il aimait tant ce qu'il faisait que ce n'était pas un métier mais une passion. Une des rares personnes que j'ai jamais connu qui allait au travail le sourire au lèvre et le cœur léger malgré la lourdeur et la gravité de la tâche. Il avait terminé sa journée et était rentré à la maison. Une maison bien vide maintenant que les enfants, nous, l'avaient quitté, partant nous construire notre propre destinée ou famille. Elle était bien grande pour eux deux mais tellement de souvenirs les y attachaient que déménager était inenvisageable. Il reçut un coup de fil de Leroy vers 22h30 et sortit de la maison en posant sur ses épaules son vieux manteau kaki qui ne l'avait jamais quitté depuis ses 20 ans.
« Je suis de retour dans une demi-heure. » déclara-t-il à ma mère en l'embrassant sur le front avant de sortir.
Il ne revint jamais.
Leroy l'avait appelé de son appartement miteux, ironiquement en plein milieu du quartier défavorisé que Papa avait passé à lutter contre. Il avait monté les escaliers, en ayant une totale confiance. Il était connu ici, pas forcément apprécié mais du moins respecté. Il avait pénétré le sombre appartement où il avait trouvé son ancien protégé en train de tenter de se faire une dose mais tremblant trop pour y parvenir.
« Leroy putain ! » s'exclama Papa alors que ce dernier levait un regard surpris de le trouver ici.
Une habitude d'alcoolique : ne pas se souvenir de ce qu'on vient de faire. Papa, en colère devant l'échec cuisant, attrapa les sachets de mauvais crack et se rendit dans la salle de bain répugnante où traînaient des immondices sans nom mais non sans odeur.
« Ray ! Ray ! Tu fais quoi. »
Papa jeta les sachets dans les toilettes et redressa la tête, la main appuyée sur la chasse d'eau alors que Leroy se tenait devant lui, tremblant, hagard. Ses yeux morts semblèrent s'allumer en comprenant ce qu'il avait fait des sachets et il passa sa main dans son dos, sortant un révolver. Papa poussa un soupir alors que l'arme tressautait dans la tenue mal assurée du junkie :
« Fais pas ça.
« Si tu voulais pas que je le fasse, fallait pas m'appeler 'Roy… »
Sur ces dernières paroles, il vida les toilettes et la drogue fut emportée dans un tourbillon bruyant. Une demi-seconde plus tard, il sentit une douleur lui brûler la poitrine, suivie de deux autres. Il hoqueta avant de lever son regard choqué sur le délinquant qui semblait tout aussi étonné que lui. Papa recula d'un pas en arrière tandis que sa bouche se teintait d'un goût de cuivre et que son regard s'obscurcissait. C'est lorsqu'il se laissa glisser contre le mur que Leroy sembla reprendre vie et s'enfuit à toute jambe du lieu du crime, laissant Papa mourir seul dans cet appartement sordide, au milieu des déchets.
Lorsque les secours arrivèrent cinq minutes plus tard, il avait déjà poussé son dernier souffle. Leroy fut retrouvé le lendemain matin dans un parc, délirant en raison du manque. Tout le monde, même les dealers et les délinquants notoires, lui avaient tourné le dos. Non seulement par crainte des représailles policières mais aussi par respect pour cet assistant social qui était venu en aide à pas mal de gosses du quartier.
Maman l'a su. Au moment où il s'est pris la première balle, quelque chose en elle s'est brisée. Quand Lucien Dubenko, son ancien mentor, l'a appelé, elle en a deviné la cause.
« Ils n'ont pas pu le sauver cette fois ? »
C'était plus une affirmation qu'une question. A partir de ce jour, elle s'est laissée dépérir. Elle refusait de vivre sans lui mais le faisait pour nous. Elle s'est éteinte dans son sommeil d'une crise cardiaque à peine deux semaines après avoir enterré Papa. Elle tourna la tête pour observer le cadre photo où elle trônait avec Papa, un verre de champagne à la main lors de la nouvelle année 2005. Un temps où ils n'étaient encore officiellement et dans leur conscience que des colocataires. Et c'est le regard fixé sur cet homme tant aimé et perdu trop de fois qu'elle s'endormit pour ne plus jamais se réveiller. L'amour véritable est éternel. Si l'un part, l'autre le suit. C'est dans la logique des choses. C'est comme ça que se terminent toutes les grandes histoires d'amour. Même quand on pense qu'elles n'existent pas. Pourtant, elles existent. Je le sais. J'en suis le fruit.
Aidan Barnett, 4/12/2041.
Fin.
