Rencontre au clair de lune
Certaines nuits paisibles, les pieds d'un super-héros peuvent l'amener dans des lieux pour le moins passionnants.
Hasetsu n'est pas toujours bouillonnante d'activités criminelles. En fait, la plupart du temps ce ne sont que des pêcheurs tranquilles et des vendeurs de produits locaux qui suivent leur train-train quotidien, achetant et vendant, s'échangeant les dernières nouvelles sur la route. Et cette nuit est l'une de ces nuits. Paisible.
Yuuri s'étire, son costume noir et argent brille à la lumière de la lune. C'est une patrouille de nuit tranquille, plus une promenade sur les toits qu'une recherche effrénée de délinquants, et son regard est plus d'une fois attiré par l'étendue calme de l'océan juste en contrebas.
C'est magnifique.
Sans réellement se rendre compte où ses pieds l'emmènent, il marche pensivement en direction de l'Ice Castle. C'est un endroit familier, un point de repère, le lieu où il a passé plus d'une nuit blanche lorsqu'il était plus jeune. Mais ce soir, il peut entendre de la musique, et curieux, il s'approche du vasistas sur le toit dans l'espoir de percevoir qui s'entraîne à une heure si tardive.
Et ce qu'il voit lui coupe le souffle. C'est Viktor, les yeux fermés, qui glisse sur la glace, rempli d'une grâce presque désespérée, une que Yuuri a appris à reconnaître. Ses mains, toujours en mouvement, accompagnent élégamment ses sauts, ses séquences de pas, ses mouvements, ses changements de direction. Il ne suit même pas une chorégraphie, réalise alors Yuuri. Pas un programme, non. Ce n'est que lui, seul avec la glace, qui...
Patine. Magistralement.
Et c'est une vue enchanteresse.
Rendu brave par le masque et le fait que Viktor ne peut pas le voir, Yuuri s'approche. Il se déplace sur la pointe des pieds, descendant agilement le long des poutres pour atterrir souplement dans les tribunes, son regard rivé aux mouvements de Viktor. S'adossant à la rambarde qui le sépare de la patinoire proprement dite, il se gorge de la vision de Viktor se mouvant en accord avec la musique, fasciné.
Viktor accélère brusquement le rythme, et le cœur de Yuuri rate un battement tandis qu'il s'élance dans les airs. Un quadruple flip parfait. Il soupire.
Et brusquement Viktor ouvre les yeux. Il s'arrête net, fixant Yuuri les yeux grands ouverts. "Je - Éros ?"
Yuuri jure intérieurement. Génial. Maintenant Viktor pense qu'il est un genre de voyeur. "Je ... suis désolé, j'ai entendu la musique et je -"
"Non," le coupe rapidement Viktor, se hâtant de patiner et de rejoindre le bord de la patinoire et Yuuri. "Ce - ça va. Ça me fait plaisir. Je veux dire, ça fait si longtemps que j'entends parler de toi et je... C'est un honneur, de te rencontrer enfin."
Yuuri est certain d'imaginer le doux rosissement sur les joues de Viktor. Ou alors c'est à cause du froid ou bien de l'exercice qu'il vient de faire. Il peut y avoir un millier d'explications différentes.
"Oh," parvient-il à dire, ses mains tapotant nerveusement la rambarde. "Euh, moi de même." Mon Dieu, pourquoi est-il si stupide. "Tu es un patineur exceptionnel," lui dit-il, espérant changer de sujet.
Et il ne s'imagine pas des choses. Viktor est effectivement en train de rougir. "Tu le penses vraiment ? Non, je veux dire, merci. Merci, c'est ce que je voulais dire." Viktor rougit. Et bute sur ses mots. Et...
Et agissant sous le coup du moment, Yuuri se penche sur la rambarde et lui sourit. "Vraiment," lui assure-t-il. "Je suis très impressionné." Mais. Qu'est-ce qu'il. Fout. "Tu étais magnifique."
Viktor rougit jusqu'à la racine de ses cheveux et doit se retenir d'une main à la rambarde pour éviter de tomber. "Merci," couine-t-il presque.
Yuuri ne peut pas faire ça. Pas même dans une centaine d'année, il n'aura jamais le courage. Mais peut-être... peut-être qu'Éros peut. Peut-être qu'Éros en est capable. Le masque rend Yuuri courageux, aussi il pose négligemment son menton sur sa main et laisse l'autre, presque par hasard effleurer et lisser un pli sur la manche du T-Shirt de Viktor. "Ça fait longtemps que tu patines ici ?"
"Uniquement quand j'ai du temps..." Mais Viktor semble distrait, ses yeux fixés sur la main gantée qui épouse son épaule.
"C'est assez courageux de ta part de sortir aussi tard le soir." Yuuri tire un peu sur l'ourlet de la manche avant de la lâcher, sa main regagnant sa place derrière la rambarde. "Si on prend en compte le pic d'activité criminelle ces derniers temps."
"Je ne suis pas inquiet," lui dit Viktor, et un sourire presque timide illumine son visage. "Parce que tu seras là pour me protéger, pas vrai ?"
"Tu peux compter sur moi," lui assure Yuuri, lui offrant un clin d'œil, et il fait de l'hyperventilation intérieurement face à son audace. "Mais sois tout de même prudent sur le chemin du retour," ajoute-t-il. "Ça peut devenir vite dangereux par ici."
Et la minute suivante, il grimpe agilement le long des poutres et disparaît, empruntant le même vasistas qu'à son arrivée. A peine l'air frais lui effleure le visage qu'il s'effondre sur le toit, la respiration haletante, incapable de croire à sa propre hardiesse.
Et à l'intérieur, juste un peu plus bas, Viktor s'affaisse contre la rambarde. Qu'est-ce que, pense-t-il, étourdi, qu'est-ce qu'il vient de se passer ?
Note de l'auteur : Enfin, Éros et Viktor se rencontrent pour la première fois ! Tous les couples sont prêts. Le carré amoureux est désormais au complet.
Note de la traductrice : Ah, je suis rassurée, dry1410, en tout cas c'est un véritable plaisir de les lire, merci à toi !
Merci aussi à tous ceux qui mettent cette histoire en favori/follow ! Alors ce chapitre ? Qu'est-ce que vous en avez pensé ? A bientôt pour la suite !
