10 - Dans le bureau du général

Le général était assis derrière son bureau. Oscar le devinait soucieux. Elle était si furieuse qu'elle attaqua dès la porte fermée.

- J'ai brisé mon épée, explosa-t-elle.
- Je sais, répondit-il calmement.
- Vous savez ? demanda-t-elle, interloquée.
- Un secrétaire du duc de Broglie m'a prévenu, peu avant votre arrivée.

Oscar était livide.

- Alors vous avez participé à cette comédie !
- Oscar je vous en prie, reprenez-vous.
- Eh pourquoi ? A-t-on jamais demandé à une femme de garder son sang-froid, de cacher ses sentiments, de taire ses émotions ? Soyez heureux père, je vous obéis enfin ! Je suis une femme à part entière!
- Ca suffit Oscar. Vous n'avez pas écouté quand je faisais appel à votre raison, à votre affection filiale. Le duc n'est pas quelqu'un à qui on puisse désobéir. Ses désirs sont des ordres.
- Alors vous étiez au courant de ce qui se tramait ?

Oscar sentit des larmes perler à ses cils, mais elle refusa de pleurer. Le soldat, habitué à se maîtriser en toute circonstance, n'était pas mort en elle, et ne mourrait pas de sitôt.

- Hélas mon enfant. J'ai essayé de vous protéger au maximum. Je sais que vous n'en êtes pas consciente, mais...
- Au moins, coupa-t-elle, dîtes-moi que l'idée n'est pas vôtre ( il sursauta ). Que vous n'êtes pas capable d'autant de bassesse. Que vous n'avez pas eu l'idée d'utiliser André de manière si indigne !

Ses yeux étincelaient. Pourtant, elle était droite devant lui, le visage complètement fermé, impassible.

- Reprenez-vous Oscar ! tonna le général. Je vais mettre cette réaction sur le compte d'une décision difficile à prendre...
- Détrompez-vous ! coupa-t-elle encore une fois. Elle ne fut pas difficile à prendre. Mais la façon dont vous m'avez obligée à la prendre est difficile à accepter.
- Je vous l'ai dit Oscar : les désirs des puissants sont des ordres, et un soldat obéit aux ordres. Mon amitié pour le duc de Broglie ne pouvait plaider votre cause cette fois. Vous n'avez pas voulu m'écouter alors que je vous parlais de père à fille ( Oscar se rembrunit ). Mais, si j'étais au courant de ce que vous nommez comédie, faites-moi la grâce de ne point m'en croire à l'origine.

Oscar baissa la tête. Sa colère était tombée. A quoi servirait-elle ? De toute façon, son avenir était scellé "par le désir d'un puissant auquel il fallait obéir" ; Un homme qui avait simplement peur que l'on découvre une femme dans l'armée, quelque soit la qualité de son commandement et son dévouement à la couronne. De toute façon, on ne pouvait revenir en arrière. Mieux valait rassembler son courage pour faire face.

- Insolente enfant, j'ai reconnu mes erreurs envers vous. Ne vous obstinez pas à défier votre nature ! Vous êtes une femme Oscar, malgré l'éducation que je vous ai donnée. Je déplore la manière dont il faut que vous l'acceptiez, mais c'est la comédie que vous avez joué durant tant d'années qui devait cesser.
- Et André ?
- Quoi André ? demanda le général, surpris.
- Le fouet... Pourquoi ?
- Ce n'était pas mon idée Oscar. Vous le savez, j'aime beaucoup André. Il a bien veillé sur vous durant toutes ces années. Et je n'aurais jamais fait de peine à grand-mère délibérément. J'ai obtenu du duc que sa peine soit légère ( il arrêta un geste de protestation de sa fille ) et que rien n'apparaisse sur son carnet militaire. Si André veut faire carrière dans les armes, je l'appuierai du mieux possible. Il me fallait de toute façon le séparer de la femme que vous devenez. Une telle promiscuité n'était plus possible...
- Girodelle ! comprit Oscar.
- Quoi Girodelle ?
- C'est lui qui a eu l'idée de se servir d'André ! Décidément, il m'aura tout fait ! Ou plutôt il aimerait tout me faire...
- Oscar !