- 10 - Ce qu'on ne voudrait peut être pas savoir.

Le lendemain, Harry se leva bien avant Ginny. Il était assit à la table de la cuisine, sa tasse de thé à la main. Il ruminait intérieurement. Azareth a connu Severus Rogue, et l'a aidé. Elle était là le jour où Albus Severus est né. Elle a dit qu'elle aidait un vieil ami... Mais cet ami était mort depuis déjà longtemps. Qu'avait-elle voulu dire ?
Il se leva brusquement et sorti dans le jardin. Il voyait l'aube poindre.

- Azareth ! lança-t-il.

Il renouvela son appel plusieurs fois, mais elle ne vint pas.

- Azareth ! Je veux savoir ce que vous lui avez fait !

Il entendit un bruit sourd juste derrière lui, et senti une main se poser sur son épaule. Puis tout tourbillonna autour de lui.
Il retomba durement sur un sol de pierre froide. Il secoua la tête pour en chasser l'étourdissement, et regarda où il se trouvait. Au dessus de lui, une cathédrale de pierres brutes s'élevait. Les pierres pavant le sol étaient disjointes, laissant apparaître quelques touffes d'herbe rebelles. Un arbre avait même commencé à pousser, près de l'entrée du monument, où la lumière pénétrait. Un autel de pierre circulaire trônait dans le fond, Azareth se tenant à côté. Il se releva, et la fixa d'un regard mauvais.

- Pourquoi m'ave-vous amené ici ? Rugit-il.

- Tu voulais des réponses non ? Je vais te les donner ici, loin d'oreilles indiscrètes. Tu es chez moi.

- Qu'avez-vous fait à Al ? demanda-t-il, d'un ton plus calme.

- Je n'ai pas fait de mal à ton fils.

- Je sais que vous avez connu Severus Rogue. Je sais que vous parliez de lui, la nuit où je vous ai trouvé devant mon fils.

- En effet, j'ai bien connu Severus. Je lui ai appris certaines choses.

- Mais il est mort ! De quoi parliez-vous, en disant que vous l'aidiez ?

Elle hésita un instant, avant de poursuivre, d'un ton paisible.

- J'ai aidé son âme. Je lui ai offert la possibilité de tout recommencer.

- Vous avez mis l'âme de Severus Rogue dans mon fils ? Harry était abasourdi, en colère.

- Oui. Mais ce n'est pas l'âme de Severus qui parle à travers ton fils. Cette âme est juste abritée, cachée profondément. Elle n'interfère pas. Elle a été nettoyée, purifiée, vidée de son passé. Je lui offre la possibilité d'être en paix.

- Mais elle est là, quelque part, non ? Al peut s'en apercevoir ?

- Non. Les Sorciers ne se réincarnent pas, Harry. Al est Al, pas Severus. Peut être sent-il parfois une vague intuition, une impression de déjà-vu. Mais c'est le cas de nombreux Sorciers. Harry, je voulais que cette âme puisse un jour être heureuse, et c'est le cas.

- Pourquoi mon fils ? N'importe quel enfant aurait pu convenir.

- Non, j'ai choisi l'enfant de celui qui connaissait la véritable nature de Severus. J'ai choisi le sang de Lily Evans. J'ai choisi la famille qui serait la plus susceptible de comprendre, un jour, ce que cette âme deviendrait.

- Deviendrait ? Que va-t-il devenir ?

- Peut être celui qui sauverait une fois pour toute le monde Sorcier. Ne t'inquiète pas, je ne parle pas d'un nouveau monstre à abattre. Mais d'une autre sorte de salut.

Harry la fixait, les yeux écarquillés.

- Je t'assure que cet enfant est bien ton fils, il est ce que tu en as fait, et tu as bien réussi. J'attends cet enfant depuis si longtemps, et il dépasse mes espoirs.

- Vous allez lui dire ?

- Un jour, oui. Je sais qu'il sera capable de m'entendre. Bientôt je viendrai lui apprendre ce que je sais. Et peut être qu'ainsi, il réussira.

- Et s'il rate ? Qu'allez-vous lui faire ?

- S'il rate, je mourrais. Mais ca n'a pas d'importance. Je veux qu'il essaye, que les Sorciers essayent, une dernière fois.

Harry s'assit au sol, s'appuyant contre l'autel. Qu'est ce qui pouvait valoir la mort de la créatrice des pouvoirs Sorciers ?

- Harry, je ne souhaite pas t'expliquer plus. J'en ai déjà dit beaucoup, je risque de trop interférer. Je te demande de garder le silence. Si tu n'en n'es pas capable, je peux aussi modifier ta mémoire.

Il secoua la tête.

- Non. Je ne sais pas l'expliquer, mais j'ai confiance en vous. Peut être qu'un Sorcier ne peut douter de sa propre mère.

Elle sourit. Touchant son épaule du bout des doigts, elle le renvoya chez lui.
Harry se retrouva dans sa cuisine, devant sa tasse de thé froide. Il soupira, et remonta se coucher, s'endormant aussitôt.

Les vacances passèrent paisiblement. Harry savait qu'Azareth avait dit vrai. Al n'était pas Severus. Il était Al, cet enfant gai et studieux. Et si quelque part, l'âme de son ancien professeur se cachait, il était heureux de pouvoir lui offrir un peu de bonheur. Il lui devait bien ca.
Le jour de la rentrée, sur le quai 9 ¾, James et Rose espéraient que leur directrice de maison ai démissionné.

- Les enfants, ne soyez pas trop durs avec elle. C'est un excellent professeur, même si elle a sale caractère. Gronda Harry, un petit sourire aux lèvres.

Peut convaincus, ils montèrent dans le train après avoir embrassé leurs parents. Ils rejoignirent leurs amis, laissant Al retrouver Scorpio, Erasme et Nymphéa.
Les espoirs de James et Rose s'effondrèrent au diner. Entre Percy et Mr Raven se tenait la ténébreuse brune, qui semblait toujours aussi froide. Ils se demandaient pourquoi elle s'obstinait à assister aux repas, puisqu'ils ne l'avaient jamais vue manger quoi que ce soit.
Ils furent cependant surpris de voir qu'elle ne les empêcha pas de faire la fête ce soir là. Le boucan était à la limite du supportable, même aux oreilles pourtant difficilement impressionnables de James.

Al avait tenait sa tête d'une main, le coude appuyé sur la table, écrivant de l'autre. Il essayait de résister à la force soporifique de Binns. Il prenait des notes sur une éternelle révolte de Gobelin, lancée à cause d'un différent entre Godric Gryffondor et un illustre Gobelin dont Al avait déjà oublié le nom. Une créature avait arbitré la confrontation... Qui déjà ? Il jeta un œil vers les notes d'Erasme. Azareth. Al fronça les sourcils. Très loin, dans sa mémoire... un souvenir fit surface. Il dût se retenir de lancer un cri de joie.
A la fin du cours, il se précipita vers la bibliothèque, chercha dans tous les livres traitant des Révoltes de Gobelins. Et il la trouva, enfin. Devant ses yeux, s'étalait l'ancienne gravure. Il se sentait proche de l'explosion de joie. La bête qu'il avait vue, c'était Azareth. Celle qui l'avait sauvé des centaures. Il fut rejoint par Erasme, Nymphéa et Scorpio, qui le regardaient d'un air médusé fouiller dans les rayonnages. Sans explications, il tournait vivement les pages d'un antique grimoire. Et il sut qui était Azareth, ce qu'elle était. Il trépignait sur sa chaise, un immense sourire aux lèvres. Nymphéa lui lança un regard interrogateur lorsqu'il daigna sortir son nez du volume.

- Je sais, je sais ! Jubila-t-il, criant presque.

- Monsieur Potter, l'étendue de votre savoir justifie-t-elle de tels hurlements ? Gronda la voix de Mrs Azéris.

Al leva les yeux vers elle. Lorsque leurs regards se croisèrent, il eut l'impression que le monde autour de lui avait disparu. Il se trouvait dans le noir, le silence, et ne voyait plus que ces profonds yeux noirs d'encre. Azareth plongea dans les siens. Elle sût qu'il était l'heure.

- Monsieur Potter, veuillez me suivre, j'ai à vous parler.

Le son de la voix de son professeur ramena Al à la réalité. Il hésita, mais se leva, et la suivit. Ils montèrent en silence à la tour Gryffondor. Elle murmura le mot de passe à la statue de Hyène qui se leva pour les laisser passer. Elle lui désigna un siège, face à son bureau, avant de prendre place de l'autre côté.

- Je vais vous demander de taire vos découvertes, Monsieur Potter.

Al la regardait, bouche bée. Comment savait-elle ?... Elle lui sourit. C'était la première fois qu'il lui voyait une expression autre que ce masque de glace.

- Al, il est important que personne ne sache ce que je suis. Dit-elle d'un ton grave.

Il acquiesça.

- Nous allons avoir l'occasion de nous revoir bientôt. Je pense que vos qualités doivent être un peu... Poussées. Vous avez des capacités impressionnantes, le saviez-vous ?

Al rougit légèrement. C'était la première fois qu'elle le complimentait. D'habitude, elle saluait ses prouesses d'un silence.

- Madame, pourquoi ai-je l'impression de vous connaître ? Risqua-t-il.

Elle se leva, et marcha vers une armoire. Elle en sorti un livre, dont la couverture était ornée d'une chouette noire.

- Voilà qui devrait répondre à tes questions.