Chapitre 10 : Le big boum.
Je me suis dirigée avec une lenteur absolue en direction de la salle de classe, m'attendant sans doute à faire des lignes, ou à nettoyer des tables, un plancher ou une chose aussi insipide que cela.
Quand j'y suis enfin arrivée, avec une réticence non dissimulée, j'ai frappé lentement sur la porte, espérant qu'elle ne m'entende pas.
-Entrez ! Cria-t-elle, d'une voix lointaine et forte.
Trop de la veine.
J'ai tiré la porte, avant de me rendre compte qu'il fallait la pousser... La honte.
Que le premier (ou la première, vive la parité) à qui ça n'est jamais arrivé me lance la première pierre !
-Ah, mademoiselle Duchesnes-Rosier, vous êtes en avance.
-Vous voulez que je repasse, madame ?
-Non non, asseyez vous, je vous prie. Pour une fois qu'un élève est là avant l'heure pour une retenue, vous pensez bien que je ne vais pas m'en priver.
J'ai vaguement acquiescé, plus par politesse que par réelle appréciation du fait. Puis un lourd silence s'est abattu sur nous, implacable. L'air était étouffant, et j'avais une furieuse envie de sortir de la pièce. Ce qui, je m'en doutais bien, ne serait pas très bien vu.
-Alors, qu'est-ce-qui vous amène ici ? Me demanda-t-elle, sans doute pour nous empêcher de mourir étouffées dans notre propre silence.
-Je vous demande pardon, madame ?
-Et bien oui, qu'on donc bien pu vous dire messieurs Potter et Black pour vous énerver ainsi ? Au point même d'en être réduite à sortir votre baguette.
-C'est à dire que, c'est pas tellement ce qu'ils ont dit, madame. C'est plutôt ce qu'ils ont fait. Mais, ce n'est pas bien grave, je vous l'assure.
J'avais une sainte horreur des paroles guindées et maitrisées, et le fait d'avoir à les prononcer moi-même était une sentence encore plus cruelle que celle d'avoir à les entendre. Sortez-moi de là !
Quelqu'un a frappé à la porte, lourdement, et le son vint m'irriter les tympans.
-Entrez, monsieur Potter, entrez. Et monsieur Black, ne restez pas derrière la porte sous prétexte que je ne vous ai pas invité !
Comment a-t-elle pu savoir que c'était eux, je n'en eus aucune idée, mais ils étaient bel et bien là, le même petit sourire aux lèvres et le regard malicieux.
J'eus une envie soudaine de les frapper, à la manière des Moldus, peu m'importait que ce ne soit pas digne d'une sorcière de mon rang, ils m'énervaient beaucoup trop pour que cela rentre même en considération.
-Bonjour madame, on vient pour notre quatre-vingt treizième retenue ! Sourit Potter, l'air satisfait par son record.
-C'est vrai que c'est plutôt impressionnant...
-Tais-toi, toi.
-Quoi ?
-Ce ne sont que des gros gamins trop arrogants qui ne méritent pas ton attention.
-N'empêche...
-N'empêche quoi ? Tu trouves que c'est classe d'avoir autant d'heures de colle que possible ? C'est pathétique.
-HEY ! Je ne suis pas pathétique. Et si je l'étais, tu le serais aussi, alors fais attention à ce que tu dis.
-Touchée.
-Je sais. J'ai toujours raison.
-Bon, alors vous allez me suivre jusqu'à la salle des Trophées, monsieur Rusard m'a informé que les coupes avaient grand besoin d'être nettoyées.
Qu'est-ce-que je vous avez dit, déjà ? Du nettoyage. A croire qu'on devient des elfes de maison à chaque retenue.
Cette simple pensée me donne toujours des frissons d'horreur. J'aime pas les elfes de maison, au cas où ne l'auriez pas remarqué depuis le temps. Même si ça fait quoi, huit chapitres que je vous le dit... Y a toujours des risques d'oubli, vous voyez.
On a bien dû marcher pendant dix minutes dans ce château avant d'arriver jusqu'à la salle de j'sais plus quoi.
Et, devinez quoi ? Il faisait aussi sombre dans cette pièce-ci que dans les autres. Ils devaient certainement encore se croire au Moyen Âge ou un truc du genre. Je veux dire par là qu'ils s'éclairaient encore à la torche, que les fenêtres n'avaient soit pas de vitre soit un vitrail, que la pierre grise et humide, c'est déprimant et que les armures, ça craint.
Vous allez finir par croire que je me plains beaucoup. Rassurez-vous, c'est le cas. Je ne vais pas m'en cacher, j'aime le confort et le soleil. Deux choses qu'ils ne semblaient pas tellement apprécier par ici.
-Voilà, vous allez devoir nettoyer toutes ces coupes. Interdiction d'utiliser vos baguettes, d'ailleurs donnez les moi, ça vous évitera de vous battre encore une fois.
Je lui ai tendu la mienne en grognant.
Une œuvre d'art comme ça ne devrait pas se prêter. C'est limite un affront de me la demander. Une beauté pareille ! Bois de rose, vingt deux centimètres, crin d'Abraxan directement pris sur l'un de ceux de Beauxbâtons et une finition extraordinaire ! Qui penserait à mettre un petit cristal sur le bout de la baguette ? Et toutes ces petites volutes ! Pourquoi veut-elle me la prendre ? J'aime ma baguette, tous les soirs je la range dans sa petite boite dorée et elle n'a pas une seule griffe.
-Prenez en soin s'il-vous-plait, madame.
J'ai vu Black se retenir d'éclater de rire, et je lui ai lancé un regard hautain tandis qu'il tendais sa propre baguette à la mégère voleuse de choses précieuses.
-Rosier !
Je n'ai pas répondu, s'il voulait m'interpeller, il n'avait qu'à utiliser mon vrai nom.
-HO, ROSIER !
Toujours pas un mot, pas un regard. J'étais concentrée sur un badge de mérite âgé de plus de trente ans pour un Jedusor qui avait rendu service à l'école.
Mais qu'est-ce-que je m'en fiche franchement ! Qui voudrait rendre service à une école ? C'est n'importe quoi. Un lieu de torture pareil, faudrait être timbré pour vouloir faire une chose qui lui soit bénéfique. Surtout quand son école ressemble à ça. Encore, ça aurait été Beauxbâtons, je dis rien, ça aurait été classe... Mais pas dans ce truc moisi !
-Bordel, Duchesnes-Rosier, tu réponds ou pas !
-Je ne réponds qu'à mon nom, Black, pas à un substitut que tu t'autorises à utiliser sans mon accord. Et tu me veux quoi, d'abord ? Finis ton étagère !
-C'est vrai que t'es une traitre à ton sang ?
-Je te demande pardon ?
Je me suis retournée, la colère se répandant dans mes veines à une vitesse inouïe. Comment osait-il !
-Fais pas semblant de pas avoir entendu. C'est vrai ou pas ? Parce que c'est ce que ma génitrice m'a dit à ton sujet avant que j'arrive à me barrer de là.
-T'es malade ! Tu me prends pour qui ? Je ne suis pas toi ! Lui hurlais-je en marchant jusqu'à lui. C'est pas parce que tu es un être répugnant et qui fait honte à toute son espèce que je dois en faire autant ! Je suis venue ici pour servir ma famille ! Tu me dégoutes, Black.
Je me trouvais juste devant lui, il n'était pas beaucoup plus grand que moi, d'à peine une dizaine de centimètres, mais je dus lever les yeux pour le foudroyer autant que possible.
-Patmol, elle à l'air aussi flippante que l'autre jour, tu devrais faire gaffe. On dirait presque une de ces guerrières, les valkyries... Ou même une amazone, tiens !
Faut toujours qu'il la ramène, celui-là, j'avais presque finit par l'oublier.
-T'as déjà vu une amazone blonde, Potter ? Ou une valkyrie sans armure ? Révise ta mythologie, ça vaudrait mieux.
J'avais toujours les yeux rivés sur ceux de Black. Qu'est-ce-qu'ils étaient hypnotisants ! Ce gris indéchiffrable trop caché par ces longues mèches noires. Il m'a fallu faire preuve d'une force mentale extraordinaire pour tourner la tête et regarder cet insupportable Potter.
-Patmol, t'as bien fait de te barrer de là, c'est une petite madame je-sais-tout-et-pas-toi, en plus d'une gar...
-Finis cette phrase et je t'assure que je n'aurais pas besoin d'une baguette pour te démolir la face, Potter. Ça ferait plaisir à Lily, en plus... Nan attends, elle ce qu'elle veut c'est t'étrangler. Peut-être que si je t'amènes encore vivant à elle, ça lui ira. Qui sait, elle me sera peut-être même reconnaissante d'avoir capturé un spécimen rare : un crétin absolu.
-Qu'est-ce-que je disais...
-T'as déjà oublié ?
-Quoi ?... Arrête de jouer au plus malin, ça te va pas.
-T'es super bien placé pour parler, quand même... Bon, vous me les saoulez. Faut que je me barre d'ici. Qui s'occupe du nettoyage et de la cuisine par ici ? Des elfes de maison, je suppose ?
-Ouais, et alors ?
-Et alors, c'est leur vie, le nettoyage de truc pourri comme ça. Vous en connaissez pas un par son nom, par hasard ?
-Pour quoi faire ?
-Taper la discut' avec lui.
-Nan mais vas-y, pour quoi faire ?
-Parler vêtement, surtout qu'ils ont un goût incroyable, mettre une taie d'oreiller, qui aurait pu s'attendre à ça ! C'est une innovation pleine de surprises, ce sont des êtres terriblement inventifs, on pourrait même s'en inspirer pour nos propres collections.
-De quoi elle parle, Patmol ? Interrogea Potter, son regard confus faisant des vas et viens entre Black et moi.
-Elle se paye ta tête, James, elle veut juste en appeler un pour lui faire faire la retenue à sa place.
-Hé, j'avais pas finit de jouer !
-Quoi, pourquoi on y a jamais pensé, Patmol ? C'est super, comme plan, ça !
-Jouer ? Me demanda Black, de nouveau énervé, en ignorant son copain.
Quel lunatique.
-Ouais, jouer. J'adore m'amuser avec des idiots, ça m'éclate.
-Sale Serpentard ! N'insulte pas mon pote !
-Je suis même pas à Serpentard, de quoi tu parles ?
-T'es pas à Serpentard ?
-Pas autant que je saches... J'suis à Serdaigle.
Il s'en suivit une pause de trois minutes durant laquelle il a bien dû se rendre compte de la couleur de ma cravate et de celle de mon emblème.
-Mais t'es vraiment un idiot alors, Black... Pour ne même pas te rendre compte de la couleur de ma satané cravate et d'un écusson avec un aigle dessus. Je disais ça pour t'énerver, avant, mais maintenant que c'est vrai, ça se fait pas de te le dire, quand même... Bon, y en a bien un d'entre vous qui connait un elfe de maison, ça fait six ans que vous venez ici, quand même.
-Bah y a bien Bibby et... Comment il s'appelle déjà celui qui a un nez tout bizarre et des poils gras ?
-Rogue ?
Potter a éclaté de rire devant l'humour de Black, avant de continuer.
-Nan, celui qui a des supers yeux globuleux et noirs. Et qui porte un truc rose à pois violets.
-Ah, celui-là ! T'aurais dû commencer par ça, Cornedrue. C'est pas Wooly ?
-Si, c'est ça.
-Bon bah, vous les appelez pendant que je vais me mettre dans un coin en priant pour pas les voir, d'accord ?
-Euh, ouais, d'accord.
S'en suivirent les dix pires minutes de ma vie entière, à part celles de ma mort, bien sûr, mais c'est une autre histoire, avec de la torture, des cris, des mangemorts. Là, il n'y avait que quatre stupides bestioles, dont deux humaines. Alors on peut dire que c'est les pires dix minutes de ma vie avec pas beaucoup de moyens.
C'est équitable, non ?
-T'es malade ! Tu m'as déjà vue sur un balai ?
-Mais je ne te demande pas d'être la meilleure qui soit, juste de venir aux essais, tu viens de me dire que t'y as déjà joué, c'est déjà ça.
-J'y ai déjà joué avec mes cousins sur un Comète 200, un truc plus vieux que moi ! Et on a gagné parce que ma cousine s'est cognée elle-même avec sa batte et que ça a finit en guérilla avec son frère.
-Tu vois, t'as même déjà gagné un match, si ça c'est pas génial !
J'ai lâché un grognement plaintif face à son obstination.
-Et puis, c'est quoi l'intérêt ? Il doit y avoir une demie douzaine de personnes qui seront plus qualifiées que moi.
-Ecoute-moi bien, ça fait quatre ans que je suis dans cette équipe, ça fait quatre ans qu'on se fait battre par les Gryffondors. J'en ai ma claque de ces débiles profonds qui ne sont pas capables de formuler trois mots dans un ordre grammaticalement correct. J'ai besoin de quelqu'un en qui je puisse avoir confiance, de quelqu'un qui fera tout son possible pour leur prendre la victoire, je me fiche que tu ne saches pas jouer parfaitement bien, tout est dans le mental. Si tu te dis que tu vas y arriver, tu y arriveras.
-Mais pourquoi moi ?
-La moitié des élèves qui se présentent au poste ont soit douze ans soit treize, et je ne peux pas me permettre d'avoir des gamins fragiles dans mon équipe. Et j'ai déjà assisté aux essais des plus vieux, ils ne rentreront jamais dans l'équipe, crois-moi.
-Je te jure que je ne fais que les essais, et que ce sera de ta faute si je ne suis pas assez bien et que je me ridiculise... Ou pire, que je me salis.
-J'en prendrai l'entière responsabilité. On se voit Samedi à quatorze heures trente, et ne sois pas en retard ! Mais qu'est-ce-que je dis, je serais surement déjà avec toi.
Mémo du jour : ne plus jamais tenter de manger en compagnie de cette fille, jamais, elle pourrait être dangereuse et te faire faire des choses que tu ne veux pas faire. Comme monter sur un balais.
La soirée passa très vite, et le lendemain également. La prof de Défense Contre les Forces du Mal s'avéra être une retraitée débauchée à la dernière minute, elle ne me semblait pas être en très bon état et ne me semblait pas très bonne pédagogue, mais elle ferait sans doute l'affaire. Juste pour trois ou quatre mois, avant que je ne m'énerve de son manque d'énergie et de passion dans ce qu'elle faisait.
Et puis vint ma deuxième retenue. Tragique destin. Qui aurait pu prédire que j'allais un jour finir en Angleterre, dans une salle de potions en compagnie de débiles, à trier des scarabées en fonction de leur taille ?
Pas moi. Surtout pas moi.
-Je peux savoir ce que tu fais, Potter ? Lâche ce scarabée tout de suite !
-Oh, c'est bon, je m'amuse un peu, y a rien de mal. C'est nul, comme retenue, je préfère être avec Hagrid dans la forêt interdite.
-Pourquoi elle est interdite, d'ailleurs ?
Il s'est redressé, a mis son expression la plus mystérieuse sur le visage, enfin, c'est ce qu'il semblait croire, et s'est mis à parler d'une voix basse et grave.
-Elle est peuplée d'êtres maléfiques et dangereux, ma bonne amie, des tarentules géantes y habitent en harmonie avec des féroces centaures et des loups garous affamés.
-Je suis pas ta bonne amie, Potter. Et t'aurais pu juste me dire qu'il y avait des bestioles, ça aurait suffit. Je comptais pas y aller, de toutes façons, j'ai jamais vu une forêt aussi sombre.
-C'est vrai que t'es française ?
-Je ne te l'ai pas déjà dit hier ?
-Si mais bon... Je voulais vérifier... Sirius, pourquoi tu dis rien, ça doit bien faire vingt minutes qu'on est là, et t'as toujours rien dit.
-Je sais pas, peut-être parce que ça fait vingt minutes que vous vous chamaillez et que c'est pas facile d'en placer une, peut-être ? Enfin, je ne suis pas sûre.
-Black, t'es lourd à la fin, j'essaye de me retenir de l'étrangler, déjà, c'est pas facile. Mais faudrait pas que j'enlève ce plaisir à Lily, elle m'en voudrait.
-T'es amie avec Lily Evans au fait ? J'ai pas demandé hier, mais c'est vrai, je vous ai vu discuter avant le cours de potion.
-Ouais, enfin, on est pas vraiment amies, je lui ai parlé qu'une seule fois et pas pendant bien longtemps, mais elle m'a l'air sympa, et elle fait partie de ce groupe avec une de mes amie.
-Hé, t'entends ça, Sirius ? C'est pas une futur mangemort !
-Ouais, j'ai entendu.
-C'est quoi le rapport ?
J'examinais avec dégout l'insecte noire entre mes mains, ne sachant pas si je devais le mettre dans ceux de moins de cinq centimètres ou dans ceux de plus de cinq, était-ce de ma faute si il en faisait pile cinq ?
-Y a pas de rapport. Tais-toi, James.
-Ho, tu m'énerves avec ta mauvaise humeur !
On s'est tut pendant une dizaine de minutes, avant que je me rende compte de ce que faisait Potter depuis tout à l'heure.
-Potter ? Pose ce scarabée maintenant.
-Quoi ? Nan, arrête, laisse-moi m'amuser, j'aurais fini mon bocal avant qu'elle arrive.
-C'est bien une potion à base de Puffapud, n'est-ce pas ?
-Ouais, avec de la Belladone, des racines de gingembre et deux yeux de chauves souris. Et trois scarabées, je rajoute le quatrième.
-T'ES COMPLEMENT MALADE ! TU VAS TOUT FAIRE EXPLOSER, ESPECE DE BARGE ! Poses ce scarabée et barrons nous, ça commence déjà à faire des bu...
BOUM !
Je ne sais pas franchement ce qu'il s'est passé pile à ce moment là dans mon esprit, mais ça avait plutôt à voir avec des choses du genre « Pourquoi ça n'arrive qu'à moi, tout ça ? »
