Coucou !
Oups, je n'ai pas épargné Sirius... Mais il l'avait cherché : Hermione n'avait jamais exprimé l'envie qu'il l'embrasse !
Et voilà que Remus a aussi été contaminé par une forme d'hermionite aiguë... Vous espérez que ces deux-là vont en guérir vite ? Moi pas !
Bonne lecture !
Le lendemain, lors du petit déjeuner dans la Grande Salle, Remus et Hermione avaient plus d'une chose en commun. Tout d'abord, tous deux arboraient une mine défaite, due à leur manque de sommeil. Ils étaient aussi préoccupés l'un que l'autre, le regard ailleurs et mangeant peu. Madame Pomfresh fit même un commentaire :
« Vous devriez manger plus. Plus les examens se rapprochent, plus les élèves tombent malades, vous n'allez donc pas manquer de travail ! »
En son for intérieur, Hermione se fit la réflexion qu'elle n'avait pas encore eu le temps de s'ennuyer à l'infirmerie. Il y avait toujours une tâche, plus ou moins rébarbative, qui l'attendait quand elle avait fini la précédente. Mais elle ne renâclait pas : son travail à l'infirmerie justifiait sa présence à Poudlard, et la préservait de côtoyer des personnes de son passé – ou bien était-ce de son futur ? Cependant, cela l'empêchait de chercher la cause de son voyage dans le temps et Hermione ne supportait pas que cette question résonne dans son esprit en permanence. Elle avait toujours cherché – et trouvé – les réponses à ses interrogations aussi vite que possible.
A quelques dizaines de mètres de là, les autres Maraudeurs avaient aussi remarqué l'humeur pensive de Remus. Mais cela lui arrivait souvent quelques jours après la pleine lune, avant que la fatigue ne se dissipe complètement. Ils n'y pensèrent donc plus pour le reste de leur journée : les examens qui approchaient occupaient une bonne part de leur esprit, même de celui de James et Sirius, quoi qu'ils en laissassent paraître.
Comme prévu, la journée de Hermione fut bien remplie : vers dix heures du matin, une Serdaigle de cinquième année arriva en pleine crise de panique. Elle s'occupa de donner un Philtre Calmant à la première, tout en la rassurant. Ensuite, Madame Pomfresh lui demanda d'organiser les potions et autres remèdes, par catégorie d'affliction, par gravité et par date de préparation. Avec les douzaines de fioles présentes dans la réserve de l'infirmerie, cela prit à Hermione deux bonnes heures. En milieu d'après-midi, un première année de Gryffondor fut admis, le visage couvert de boutons verdâtres, apparus après le déjeuner, les yeux brillant de honte. Hermione comprit rapidement qu'un de ses camarades avait dû lui faire une blague et glisser quelque chose dans sa nourriture. Elle dut demander à l'infirmière ce qu'elle en pensait celle-ci la rassura en lui apprenant que la potion en question devait sûrement provenir du magasin Zonko, et que les effets se dissipaient en général au bout d'une ou deux heures. Hermione installa donc le garçon sur un lit. Le soir venu, ce furent trois Poufsouffle, apparemment en pleine crise d'un fou rire inextinguible. Elle découvrit qu'ils s'étaient administré une potion, visiblement frelatée, que l'un deux avait acheté à un autre élève espérant se détendre et arriver à dormir grâce à leur description entrecoupée de ricanements, elle trouva un antidote assez facilement, puis elle les sermonna pendant quelques minutes :
« Depuis quand a-t-on besoin de se détendre juste avant des examens ? Vous devriez plutôt être en train de travailler ! Et vous ne vous rendez pas compte du danger de boire une potion inconnue ? », s'exclama-t-elle, en se remémorant avec un petit pincement au cœur l'inoubliable slogan d'Alastor Maugrey : « Vigilance constante ».
Les Poufsouffle, effrayés par sa véhémence, ne demandèrent pas leur reste et battirent rapidement en retraite vers leur salle commune. Enfin, à vingt heures trente, après une journée à déambuler dans l'infirmerie, ayant déjeuné rapidement d'un sandwich, Hermione s'écroula, épuisée, sur son lit et s'endormit sans dîner, d'un sommeil profond.
En vérité, Hermione aurait pu apprécier ce qu'elle faisait si Madame Pomfresh lui confiait un peu plus de responsabilités. Celle-ci gouvernait son royaume médical d'une main de fer, et ne faisait pas encore totalement confiance à sa nouvelle assistante. Néanmoins, elle avait remarqué ses aptitudes exceptionnelles et son acharnement, et elle commençait à se demander si elle ne devait pas la former à des tâches plus importantes. Plus elle y réfléchissait, plus elle était convaincue : cela lui permettrait d'avoir plus de temps pour trouver des remèdes efficaces. Parfois, en désespoir de cause, elle se retrouvait à traiter les symptômes plus que leur origine, et cela la dérangeait profondément dans sa conscience de Médicomage.
Ce jour-là, Hermione n'était pas la seule à travailler dur. La plupart des septièmes années avait entamé sérieusement leurs révisions pour les ASPIC. La bibliothèque ne désemplissait pas et les crissements de plume sur le parchemin y étaient presque devenus assourdissants. Certains, comme Peter Pettigrow, avaient décidé de faire l'impasse sur certaines matières – la Défense contre les Forces du Mal dans le cas de Peter – pour être sûrs d'obtenir des bonnes notes dans les autres.
« Je dois dire que je suis admiratif, chuchota Remus à Lily.
- Hé bien, c'est toujours agréable à entendre. Je peux savoir pourquoi ? s'enquérit la jeune fille avec un sourire malicieux.
- C'est la première fois que je vois James aussi sérieux. Comprends-moi, ça fait sept ans que j'essaie de le convaincre de réviser pour ses examens, et sept ans que j'échoue lamentablement. Je pensais que c'était un cas désespéré… Mais je me rends compte maintenant que je n'étais simplement pas la bonne personne, dit-il avec un sourire.
- Je n'y serais jamais arrivée si tu ne l'avais pas préparé pendant toutes ces années ! répliqua Lily, avec un sourire moqueur cachant sa fierté.
- Hé, qu'est-ce qui est drôle, vous deux ? intervint alors James.
- Rien de particulier, James, pourquoi ? »
L'air faussement innocent de Lily ne convainquait personne mais James resta sur sa faim. En parlant de faim, un grondement sourd retentit, provenant sans aucun doute de l'estomac d'un Sirius à moitié affalé sur la table. Son visage affichait un profond ennui : lui, personne n'avait réussi à le convaincre de travailler plus qu'à son habitude, et pire encore, on lui avait même enlevé son camarade de jeu.
« Vous n'en avez pas marre de travailler ? J'aimerais bien aller manger, moi, grogna-t-il.
- Encore dix minutes, Sirius, réclama Lily, les yeux toujours fixés sur son parchemin. Remus et moi avons bientôt fini de réviser les sortilèges d'Apparition.
- On se demanderait presque qui est en couple avec qui ici, répliqua Sirius, un rictus moqueur aux lèvres.
- Hé, qu'est-ce que ça veut dire ça ? » s'indigna James, un peu trop fort.
A ce moment-là, il reçut un regard courroucé de Madame Pince qui aurait pu le foudroyer sur place s'il n'y était pas aussi habitué et puis, rien ni personne ne pourrait l'empêcher de protéger Lily. Impuissant, il retourna à ses livres, boudeur. Pendant ce temps-là, Sirius, s'ennuyant toujours autant, laissait dériver ses pensées vers la scène de la nuit précédente. Il avait réussi à trouver le sommeil, mais il doutait toujours du sens à accorder à ces événements. Bien sûr, il avait été piqué dans son orgueil, mais ce n'était pas tout : il avait vraiment ressenti une attraction quasi irrésistible, une force invisible lui intimant de se rapprocher d'Hermione. Une fille qu'il avait rencontré il y a quelques jours à peine, et dont il ne connaissait rien ou presque : elle venait d'un pays en guerre, était née Moldue, avait à peu près leur âge et semblait traumatisée par son passé et effrayée à l'idée que la même chose se produise ici. Et pourtant, il semblait qu'aucune démarche n'avait été faite pour retrouver ses proches, rien n'expliquait son arrivée subite à Poudlard, lieu où personne n'était censé pouvoir transplaner. Il poussa un soupir de frustration et releva la tête, pour voir que tous ses amis avaient rangé leurs affaires, prêts à partir, et lui lançaient des regards interrogateurs.
« Oui, oui, j'arrive, maugréa-t-il.
- C'est toi qui voulais aller manger, je te rappelle. Tu es encore de meilleure humeur que d'habitude, ironisa James. Qu'est-ce qui se passe, tu es stressé par les ASPIC ?
- Oui, ça doit être ça, mentit Sirius. Avec la sélection pour la formation d'Auror, je n'ai pas vraiment le droit à l'erreur.
- A qui le dis-tu », soupira James.
Lily les regardait en souriant affectueusement. Comme si ces deux-là étaient vraiment inquiets. Quoi qu'il arrive, elle était certaine qu'ils passeraient leurs examens avec brio, comme d'habitude, et qu'elle serait même un peu jalouse qu'ils réussissent aussi bien en ayant moins travaillé qu'elle.
Ils descendirent calmement vers la Grande Salle, chacun d'eux plus ou moins perdu dans ses pensées.
Remus, en particulier, avait passé la journée l'esprit embrumé. Évidemment, il avait tout de même été aussi travailleur qu'à son habitude. Mais depuis son rêve de la nuit précédente, il avait l'impression que tous ses sens étaient constamment en alerte, comme si un danger guettait. Plusieurs fois dans la journée, il s'était surpris à ressasser des questions sans réponse, au lieu de lire le livre ouvert devant lui.
Sa transformation, quand il était encore un petit garçon, l'avait changé autant physiquement que mentalement. Lui qui était un enfant plutôt extraverti s'était replié sur lui-même et avait commencé à chercher toute l'aide qu'il pouvait trouver, que ce soit de sources avérées ou de superstitions. Tout plutôt que de ne pas comprendre ces sensations qu'il n'aurait jamais voulu ressentir. Des rêves comme celui de la nuit précédente, il en avait fait des dizaines. Remus pensait qu'il s'agissait d'une sorte d'instinct primitif du loup-garou qui se manifestait quand il était le plus vulnérable. Ils avaient toujours voulu dire quelque chose, même s'il ne fallait pas les comprendre littéralement. Une nuit de sa deuxième année à Poudlard, il s'était réveillé en sueur, le cœur battant à toute allure, se rappelant seulement avoir vu les visages horrifiés et dégoûtés de ses amis, avant de s'enfuir dans la Forêt Interdite. Le lendemain, James, Sirius et Peter lui révélaient qu'ils avaient compris son secret. Ils n'avaient pas eu la réaction de son rêve, et il avait ressenti un bonheur dont il ne s'était jamais remis depuis. Mais le cauchemar l'avait averti et cela se reproduisait encore cette fois-ci. Il ne savait pas de quoi il s'agissait, mais il y avait un rapport entre Hermione, Sirius et sa lycanthropie.
Pendant le repas, il chercha la jeune fille des yeux, mais sans succès. Un autre siège était ostensiblement vide à la table des professeurs : celui du directeur. Les absences de Dumbledore n'étaient pas rares, mais Remus les remarquait toujours, étant en contact avec celui-ci depuis sa première année, au minimum une fois par mois.
Sirius, à côté de lui, remarqua ses coups d'œil vers la place qu'avait occupé Hermione lors des précédents repas, mais n'en dit rien, préférant ne pas aborder un sujet qui pourrait se révéler gênant pour lui.
James avait bien compris qu'il se passait quelque chose : Sirius, angoissé pour les examens ? Ce serait bien la première fois. Bien sûr que leur avenir en dépendait, mais même cela n'était sûrement pas suffisant ! En y réfléchissant bien, cela faisait depuis la veille que Sirius était dans cet état. Il était revenu dans le dortoir des Gryffondor sur la pointe des pieds, et quand James l'avait appelé, il n'avait pas répondu. Cela aurait-il un rapport avec une certaine nouvelle arrivante ? James avait un don pour repérer les futures petites amies de Sirius, et Hermione n'y ressemblait pas vraiment.
Après un repas où peu de paroles furent échangées, tous montèrent se coucher, épuisés mentalement par une journée de révisions et de questionnements intérieurs.
Remus, en s'allongeant dans son lit à baldaquin, se frotta les yeux et poussa un soupir de contentement. Enfin un peu de repos… Il ferma les paupières et tomba instantanément dans un sommeil profond…
Sommeil qui s'acheva plusieurs heures plus tard, dans un haut-le-corps. Remus se réveilla encore une fois avec le visage d'Hermione imprimé sur sa rétine. Cette fois-ci, elle regardait derrière lui, les yeux brillants de larmes, le corps d'un homme tomber derrière un voile paraissant onduler au gré d'une légère brise.
