Le nuage qui cache le soleil

Stiles est un limier et tel un chien de chasse, lorsqu'il flaire une piste, il la suit jusqu'au bout. Murray lui interdisant l'accès aux dossier concernant son père et Jordan, il ne sait donc pas sur quelle affaire ils travaillaient lorsqu'ils ont été abattus. Néanmoins ce n'est pas cela qui va le bloquer pour autant.

L'ambiance a changé au poste de police. Stiles, malgré son jeune âge, est apprécié de ses collègues. Beaucoup l'ont connu tout gamin et sa notoriété acquise avec brio sur ses dernières affaires à San Francisco l'a précédé. Sans parler de son nouveau don : il sait écouter. Étonnant pour ceux qui le connaissaient d'avant, quand il était réputé pour être un vrai moulin à parole, ne laissant jamais son interlocuteur une chance d'en placer une. Seulement en dix ans le jeune Stilinski a muri. S'il reste impulsif comme autrefois, il a gagné une nouvelle sagesse et un sens de l'écoute affuté qui lui sont particulièrement utiles.

C'est donc naturellement qu'il soutient les hommes qui sont sous ses ordres. Rassurés de ne pas être pris pour des imbéciles et que son jeune âge ne le rend pas arrogant, certains commencent à lui confier des impressions fugaces, ou des détails trop insignifiants pour faire l'objet d'un rapport. Un peu comme du temps de son père. Il fallait être idiot pour ne pas comprendre que le nombre d'affaires non classées du poste de police n'était pas dû à l'incompétence de toute une brigade. Seulement, de là à aller affirmer haut et fort qu'il se passe des choses anormales à Beacon Hills… Le pas est difficile à passer pour ces hommes qui se sont engagés dans la police. Ils aidaient Noah Stilinski à leur façon, donnant des détails sans y avoir l'air. Chacun faisant semblant de ne pas comprendre. Presque un an après la mort de son père, Stiles obtient le même genre de réaction de ses hommes. Il reprend sa bonne vieille méthode d'analyse et se remet au travail. Cependant il se garde bien d'exposer son tableau des faits « anormaux » dans son bureau. Il opère dans le secret de l'ancien bureau de son père dans sa maison.

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C'est la fin de l'année scolaire et comme à chaque fois une grande kermesse est organisée. Cela fait un mois que les enfants en parlent. La classe d'Eden prépare un spectacle. Le thème donné par la maitresse est le cirque. Cela aurait pu être merveilleux pour la fille de Stiles, si celle-ci n'était pas tant maladroite. Malgré bien des essais, elle n'arrive pas à tenir en équilibre sur un ballon. Quant aux assiettes à faire tenir au bout d'une baguette, les différents essais ont été désastreux.

Sa maîtresse propose aux enfants un peu maladroits comme Eden, un rôle de clown pour amuser la galerie. Cependant la fillette y voit une punition. Ses échecs ont fait rire les enfants plus agiles qu'elle. Elle refuse de faire rire les autres avec un habit ridicule.

- Je ne veux pas y aller ! Martèle-t-elle à son père lors d'un repas chez les Whittemore.

Ian Hale est présent. Ses parents sont invités à une réception chez le maire, Lizzie n'a pas voulu s'encombrer de leur fils pour cet événement chic.

- Eh bien tu n'as car faire mon Elizabeth Swann. Je n'aime pas la fille que la maîtresse a mise avec moi.

- C'est qui Elizabeth Swann ? Demande Eden.

- C'est la copine de Jack Sparrow. C'est une femme pirate !

- Oui ! Je veux faire la femme pirate, clame Eden d'une voix excitée.

- Je ne suis pas sûre que vos maîtresses apprécient cet échange interclasse, tempère Stiles.

- J'en parlerai à la maîtresse de Ian, intervient Jackson. Il me doit un service.

- Non ! N'en fait rien proteste le policier.

- Papa ! S'il te plait, couine Eden. Je ne veux pas me déguiser en clown.

Stiles abandonne. Il faut dire qu'il ne trouve aucun appui, tant sur Lydia qui trouve que l'on ne doit pas obliger une jeune fille à endosser un costume ridicule, que sur Jackson toujours satisfait de montrer qu'il a de l'influence.

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Le jour de la kermesse arrive bien vite. Heureusement la météo est clémente, offrant un soleil radieux. Les Stilinski et les Whittemore se sont assis ensemble sur la tribune. Le stade de lacross est investi pour l'occasion. Les jumeaux de Lydia sont intenables. Sa fille Claudia doit faire un numéro d'équilibre sur un ballon, et son fils Dylan des acrobaties au sol. Eden est anxieuse, elle attend Ian. C'est leur spectacle qui commence en premier et le louveteau de Derek n'est toujours pas arrivé.

- C'est étonnant, commente Lydia. Derek n'a pas l'habitude d'être en retard… sauf si Lizzie y met de la mauvaise volonté. Mais là, elle est à un gala de charité.

Stiles ne commente pas. Régulièrement, il entend des bribes d'information sur l'épouse de Derek. L'arrogante madame Hale ne laisse pas indifférente. Soit on l'envie, soit on la déteste. Il se demande encore comment Derek a pu choisir une telle femme. Elle est égoïste à souhait et méprisante. Cela ne ressemble pas à l'homme qu'il a connu dans le passé. Lydia, qui semble remarquer son questionnement intérieur, se penche vers son oreille.

- Tu aurais fini par le savoir tôt ou tard. Mais Lizzie a un peu mis Derek devant le fait accompli en tombant enceinte.

- Elle l'a fait exprès ? Interroge Stiles.

- Oui c'est évident, même si elle ne l'avouera jamais. Elle visait la lignée pure de Derek et sa fortune également.

- Je vois.

Étrangement, Stiles se sent heureux de cette information. Non pas du fait que le loup se soit bêtement fait piéger et qu'il vit un mariage qui n'est pas son idéal. Mais cela veut dire qu'il n'a pas vraiment choisi Lizzie pour compagne. La louve arrogante chute du piédestal où Stiles l'avait inconsciemment hissée, pensant que Derek l'avait choisi par amour. Car il semblerait qu'il l'ait fait par devoir. D'ailleurs quand on parle du loup, c'est la louve qui arrive.

Elizabeth Hale arrive avec un air pincé au visage. Elle traine un mini Jack Sparrow particulièrement agité. Rapidement Stiles entend Lizzie expliquer que Derek ayant été appelé en urgence à la mairie, il a demandé à sa femme d'emmener Ian à la kermesse. Ce qu'elle a refusé bien évidemment, arguant que son gala de charité était bien plus important que les gesticulations grossières des classes de maternelle. Elle avait donc forcé Ian à la suivre à son gala.

- Il a failli renverser la table du buffet ! S'exclame Lizzie, ne voyant pas que ces propos offusquent tous les parents présents qui l'entendent.

Elle finit par s'asseoir avec un reniflement de mépris à la seule place disponible, soit juste à côté de Stiles qui se passerait bien de cette ombrageuse compagnie. Eden, qui se moque royalement des problèmes des grands, saute au cou de Ian.

- J'avais peur que tu ne viennes pas, lui dit-elle.

- J'ai tout fait pour que l'on quitte sa réception gnangnan, lui chuchote-il.

- Ian Hale ! Gronde Lizzie qui avec son oreille de louve a tout entendu. Tout comme Jackson qui éclate de rire et tend le pouce vers Ian pour lui affirmer qu'il a bien joué.

- Viens Ian, c'est à nous ! S'extasie Eden en attrapant le louveteau par la main pour rejoindre la classe de Ian qui se prépare.

- Comment ! Eden joue avec les dernières années ? Mais c'est inadmissible. Cela devait être la fille des Evans qui…

- La ferme Lizzie ! Tu peux retourner à ton gala, je m'occupe de Ian.

La voix de Lydia est modulée d'une telle façon, que c'est toute la tribune qui se tait d'un coup. Le pouvoir d'une banshee… Stiles s'incruste dans le dossier de son siège pendant que les deux jeunes femmes qui sont assises l'une à sa droite, l'autre à sa gauche, se toisent du regard. Il faut un gros effort au jeune policier pour faire abstraction de l'entité négative assise à sa gauche pour profiter du spectacle offert par les enfants. Heureusement qu'il n'a pas la capacité de lire les pensées d'autrui. Car il serait terrifié s'il entendait ce que Lizzie pense à cet instant.

La femme de Derek suit Eden du regard. Ses yeux lancent des étincelles meurtrières. C'est pour cette gamine que Ian lui a mené la vie dure, une vulgaire humaine, la petite fille de Stilinski. Lizzie n'aime pas la fille de Stiles. Seulement Ian ne parle que d'elle à la maison et il lui semble que Derek réagit étrangement face à l'amitié entre leurs enfants. Un accident est si vite arrivé pense-t-elle. Lorsque la classe de son fils est passée, Lizzie se lève, puis toise Lydia.

- Je vais accepter ta proposition. J'avertis Derek que Ian sera chez toi.

Tandis qu'elle s'éloigne d'un pas mal assuré à cause de ses talons qui s'enfoncent dans la pelouse. Ian, qui joue avec Eden devant les gradins, lève la tête et regarde sa mère partir. Il n'y a eu aucun échange entre la mère et l'enfant. Stiles secoue la tête de désapprobation. Il semblerait que Lizzie soit comme son ex-femme Rachel. Elles ne font pas un enfant pour être mères, mais pour avoir une situation.

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Une fois les spectacles terminés, chacun peut aller déambuler vers les différents stands qui offrent des jeux à faire ou des gourmandises à gagner. Les enfants foncent à la pêche aux canards. Amusé, Stiles les suit. Enfant, il adorait cette attraction. Jackson a un sourire amusé lorsqu'il voit Stiles acheter une partie pour chacun de leurs enfants, mais également une pour lui.

L'après-midi passe vite lorsque l'on s'amuse bien. Le départ est lancé quand les enfants commencent à montrer des signes de fatigue. Oui, mais voilà, Ian ne veut pas monter dans la voiture des Whittemore, car il refuse de quitter Eden. Le louveteau est au bord des larmes. Il est épuisé nerveusement. La conduite de sa maman l'a affecté, même s'il n'en a rien laissé paraitre. Stiles questionne Lydia du regard. La banshee acquiesce muettement. Cet enfant a besoin d'amour et de soutient. Comme s'il fallait en ajouter, Eden s'est collée à côté de Ian pour soutenir son ami.

- Ok, dit Stiles, tu viens avec nous. J'appelle ton père pour l'avertir du changement de programme.

Pendant qu'il se dirige vers sa voiture, Stiles compose le numéro de Derek. Au bout de quelques sonneries, il tombe sur sa messagerie. Le jeune policier commence par bafouiller puis finit par expliquer qu'il emmène Ian chez lui.

- Tiens, voilà notre rehausseur de secours lui dit Jackson en lui tendant le siège.

- Comment diable arrives-tu à coller trois sièges enfant dans ta Ferrari ? S'exclame Stiles amusé.

- J'en mets un devant et Lydia monte entre les deux autres à l'arrière.

- Hum… Réfléchit Stiles. Fais attention que je n'ai pas à te contrôler monsieur Whittemore ! Ce type de siège n'est pas autorisé sur le siège avant.

- Et pourquoi crois-tu que j'ai un ami flic comme toi Stilinski ? rétorque Jackson avec un grand sourire.

- Tss ! Rétorque Stiles amusé malgré lui.

L'arrogance du jeune avocat est bien différente de quand ils étaient tous au lycée. Il reste un frimeur de base, seulement avec toutes les aventures qu'ils ont vécues ensemble le jeune homme a gagné une conscience. Les deux amis se serrent la main, puis Stiles se met au volant de la familiale qui appartenait à son père. Il n'a pas le temps de mettre le contact que son téléphone sonne. C'est Derek. Stiles avait été bref dans son message, disant simplement qu'il gardait Ian à la place de Lydia.

- Stiles ? Je suis désolé. Lizzie est impossible !

- Ce n'est pas gênant Derek. Eden est ravie.

- Le souci est que je ne vais pas pouvoir me libérer tôt et il ne faut pas compter sur Lizzie...

- Je m'adapte. Comme demain c'est dimanche je ne travaille pas et je ne suis pas d'astreinte non plus. Cela me fait même plaisir de les avoir tous les deux.

Stiles réfléchit que cela va être la première fois qu'un autre enfant qu'Eden va venir passer du temps dans leur maison. Il trouve cela plutôt bien pour sa fille, même si la raison de la présence de Ian est un peu lié à un abandon de sa mère.

- J'essaye d'être là pour vingt et une heure, reprend Derek. Je ne peux vraiment pas avant. Lizzie… Lizzie m'a averti qu'elle dinait avec le maire et sa femme ce soir.

- Pas de problème. Je les ferai manger. Tu veux que je te passe Ian ?

- Oui s'il te plait. Merci Stiles.

- Tu ne vas pas me remercier dix fois ! Aller, à ce soir.

Le policier passe son portable à Ian, puis démarre la voiture. Le louveteau rassure son père, disant qu'il est content de pouvoir aller jouer dans la maison d'Eden. Pourtant son père, comme Stiles entendent l'amertume dans la voix de l'enfant.