Bonsoir à toutes et à tous.
Me voilà de retour avec le dixième One-shot de cette série. Je n'ai pas publié la semaine dernière étant donné que j'ai envoyé un looong écrit Camus/Milo sur le fandom, et cela m'a passablement broyé le cerveau! Enfin bref, passons!
Le couple suivant est donc comme vous pouvez le voir notre duo de dragons préféré! Je me suis bien amusée à écrire, même si j'ai un peu l'impression que ça part dans tous les sens finalement... Enfin bon, passons! Tant que cela vous plaît, hein! Je me suis un peu essayée à l'humour, mais ce n'est franchement pas ma tasse de thé il faut croire!
Disclaimer : Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada.
Couple : Rhadamanthe/Kanon.
Note importante : -Tout d'abord et comme bien souvent, le choix de l'image revient à ma chère Talim76, et par ailleurs, si vous avez l'impression à certains moments de retrouver certains aspects de sa plume, c'est tout à fait normal. J'ai été inconsciemment influencée par sa vision de ce couple, tout à fait délectable, au travers de sa fiction The Price of Freedom ou certains de ses petits one-Shots de la série Those Akward Moments. Si vous aimez ce couple et que vous ne les avez pas encore lu, je ne saurais que trop vous les conseiller!
-Ensuite, ensuite... Vous trouverez une phrase marquée d'une (*) dans ce texte. Le copyright en revient entièrement à ma très chère Ta-chan, encore et toujours, car il s'agit de l'expression qu'elle a utilisée pour décrire mon écriture sur le fandom de Saint Seiya. Cela m'a tellement touchée que j'ai absolument voulue l'utiliser, et quoi de mieux que de le faire pour son couple favori?
En un mot comme en mille, ma tendre Ta-chan, cet OS t'est entièrement dédié. Merci pour ton aide, ta patience, ton soutien, et ta gentillesse éternelle.
Sur ce, merci encore à toutes et à tous ceux qui me lisent, qui me laissent des reviews, qui me soutiennent.
Je vous souhaite une agréable lecture!
« Nous sourirons à tous et n'aurons peur de rien. »
Paul Verlaine.
« Oh moi tu sais, ça m'est égal. J'ai déjà jugé Kanon, donc… J'ai pas grand-chose de plus à dire. Et puis j'aimerais pas qu'on vienne se mêler de ma vie privée moi… Ce qu'il fait de ses fesses, ça ne me regarde pas. Puis c'est un de mes meilleurs amis alors… Enfin… ils sont mignons ensemble. Ouais, non, mignon c'est pas le bon mot… euh… Sexy ? Ouais, c'est mieux. »
« Si Athéna voit ça comme une tentative honorable de réconciliation entre les deux camps, je n'ai rien de plus à ajouter. Mais même par devoir, je ne sais pas si je pourrais faire ça...
-Voyons Shura, ils s'entendent bien tu ne trouves pas ? Moi je trouve qu'ils forment un beau couple ! Spectre ou non, tant qu'ils se respectent mutuellement et qu'il y a de l'amour…
-Ayoros, je ne sais pas où tu vois de l'amour dans leur couple…
-Hein ?»
« Ah mais ils sont absolument a-do-ra-bles ! Je les trouve charmants ensemble, pas toi Angie ?
-Moi, tout c'que je pense, c'est que ça doit être un sacré bon coup au pieu pour qu'il reste avec ce mec.
- Un vrai poète…Tue l'amour va ! »
« Eh bien… Je ne peux pas dire que je porte vraiment Rhadamante dans mon cœur mais… Qui suis-je pour donner mon avis sur leur relation ? Eux n'ont pas cherché à se pencher sur la nôtre à Milo et moi. Ils sont heureux, nous dirons donc que c'est le plus important. »
« Aaah folle jeunesse… On aurait jamais osé faire ça à l'époque, pas vrai Shion ?
-Parle-en à Albafica…
-Nan mais c'était pas pareil, c'était du masochisme son truc ! »
« Ce que je pense de cet enfoiré ? Je vais le tuer ! Lâche moi Mû, je vais exploser ce sale spectre qui a osé porter les mains sur mon précieux petit frère ! On est Juge et on se croit tout permis ? Qu'il vienne se battre si c'est un homme !
-Saga, ça suffit. Tes cheveux virent au gris, et je te préviens, je ne fais pas de ménage à trois avec qui que ce soit, même pas ton double maléfique.
-Mais enfin, mon agneau…
-J'ai dit non. Alors tu arrêtes de montrer les crocs, tu changes de couleur, tu te tiens tranquille, et tu dis un truc gentil pour ton frère qui est heureux.
-…Vu sa gueule, j'espère au moins que tu prends ton pied frérot.
-SAGA ! »
« Bon… moi de toute façon, je suis un des derniers représentants de l'hétérosexualité ici. Alors euh… je ne sais pas trop quoi dire mais… Bon Rhadamante m'a bien explosée la figure et je l'ai encore un peu mauvaise, mais Kanon s'est battu au nom d'Athéna et a fait amende honorable alors… S'il pense que ce Juge est un mec bien… J'aurais tendance à être d'accord avec lui. »
« Hahaha, Hadès t'a demandé de récolter des témoignages sur son Juge et Kanon ? Mais c'est formidable, je suis certain que tu as eu des tas d'avis positifs, non ? En tout cas, moi, je trouve qu'ils vont très bien ensemble ! Non vraiment, regarde-les en train de danser enlacés ! Ne sont-ils pas parfaitement assortis ? Alalala… J'espère que tu me montreras ça quand tu auras fini hein ! Bon je vais rejoindre Shaina, à plus tard petit ! »
« Je ne suis pas la personne dont l'avis est le plus pertinent en matière de relations humaines cher Andromède, néanmoins, puisque tu souhaites me consulter à ce sujet… J'ignore si le second chevalier des Gémeaux s'est engagé sur la voie de la félicité ou celle de la damnation, mais son cosmos, lui, est dans un état d'ébullition apaisé, ce qui est plutôt agréable et généralement bon signe. Aussi, j'aurais tendance à dire que cette union est plutôt bénéfique aux deux camps. »
Shun baisse sa caméra, se dirige vers une chaise, s'y assoit, et soupire, complètement dépité. Ce n'est pas exactement ce à quoi il s'attendait, et en même temps, il se demande comment il a pu croire ne serait-ce qu'un instant que cela aurait pu être autrement. Les chevaliers d'Or, malgré tout le respect qu'il a pour eux –et Athéna seule sait à quel point il est grand- sont une bande de grands enfants depuis leur résurrection, mais on ne peut pas dire que les commentaires qu'il a obtenu soient vraiment… élogieux. Dire qu'Hadès lui a demandé de faire ce film parce que « depuis 4000 ans qu'il est mon juge, il n'a jamais daigné avoir une relation stable. Tu comprends, je suis curieux, d'autant plus que ce n'est pas le genre de personne vers qui on l'aurait vu se tourner spontanément. Je veux simplement m'assurer que tout se passe bien. ». En tout cas, ce n'est sûrement pas ce à quoi s'attend l'Empereur des ténèbres… Mais bizarrement, il est convaincu que cet enregistrement fera le plus grand bonheur de Minos et Eaque.
Il lève les yeux pour les poser sur l'objet des discussions précédentes, à savoir Kanon des Gémeaux, ex-manipulateur et ex-Général en chef de l'armée de Poséidon, en train de danser avec Rhadamanthe de la Whyverne, Juge des Enfers, sur une musique quelconque à laquelle personne ne prête vraiment attention. Enlacés… Non, le terme serait plutôt « imbriqués » l'un contre l'autre. Il n'est même pas sûr qu'il y ait la place pour une mèche de ses cheveux entre eux. Ils ne sont pas le seul couple sur la piste, pourtant, Shun les trouve hypnotisant, presque envoûtant. Le jeune Bronze les trouve beaux ces deux-là ensemble, vraiment. Ils n'ont rien en commun avec les autres. On ne peut pas dire qu'entre eux, ce soit aussi fusionnel comme dans le cas de Camus et Milo, ni aussi charnel qu'Aphrodite et Deathmask –quoi que ce dernier point reste à prouver mais non il n'a pas envie d'en être le témoin- ni aussi doux qu'Ayoros et Shura. Pourtant… Pourtant il y a quelque chose qui se dégage d'eux quand ils sont ensemble. Il ignore ce que c'est, il n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Peut-être est-il trop jeune. C'est fort probable oui. Mais il ne comprend pas qu'on ne puisse pas se réjouir de leur union : d'après ce qu'il a compris, Kanon a toujours eu une personnalité très vive qui avait tendance à basculer vers le mal, faute d'être écouté. Hors, lui ne voit qu'un bonheur indescriptible quand il les regarde. Mais ce n'est peut-être pas objectif…
Pour autant, il sait également que ce n'est pas le genre de relation à laquelle il aspire : c'est assez difficile à expliquer, mais il a conscience qu'à la base, leur couple n'est certainement pas le plus sain du Sanctuaire. Bon bien sûr, à ce niveau-là, tout est relatif pour l'ensemble des unions qui s'y jouent… Les victimes amoureuses de leurs bourreaux ne se comptent plus ici. Mais là, c'est autre chose… Il n'est pas spécialement proche de l'un ni de l'autre donc il n'a pas vraiment d'éléments tangibles pour appuyer sa réflexion mais… Il le sent, voilà. Il n'y a pas d'autres mots, c'est comme ça. Il est fermement convaincu que personne, si ce ne sont les deux hommes, ne pourra jamais comprendre leurs sentiments et leur vie de couple. Comme tout le monde lui répondrait-on. Que nenni, argumenterait Andromède. Le malaise de certains couples est facile à comprendre, Ayoros et Shura en sont un bon exemple. Mais pour Rhadamante et Kanon, c'est bien plus compliqué que cela. Et il n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Mais au fond, ce n'est peut-être pas à lui de s'en occuper, ce ne sont pas ses affaires après tout. Et surtout, il a un film à tenter de faire paraître sympathique pour le Dieu des Enfers sur le feu.
Loin de toutes ces considérations portées sur sa personne, Kanon des Gémeaux, collé à l'insupportable spectre qui lui sert d'amant –le terme petit ami le fait toujours ricaner et grimacer en même temps- se contente de profiter du calme et de l'instant présent. Les bras enroulés autour du cou de son vis-à-vis et le corps soudé au sien, il ferme les yeux en savourant la caresse des doigts du Juge sur sa chute de reins, reposant sa tête sur l'épaule divinement musclée qui lui sert d'appui. De temps en temps, il croise son regard bleu brûlant avec celui d'or fondu du Spectre et se passe la langue sur ses lèvres, scellant ainsi une promesse qu'ils connaissent tous deux par cœur et qui les font frémir d'anticipation. Mais ce n'est pas l'endroit ni le moment pour ça, ils le savent tous les deux. Ils ont certes un côté exhibitionniste, mais de temps à autre, il peut leur arriver de savoir se tenir. Rarement, certes. Mais tout de même.
Rhadamante a pu quitter ses fichus dossiers pour une soirée, et il ne va pas s'en plaindre s'il leur est parfaitement impossible de s'entendre une journée entière sans se hurler dessus à un moment ou un autre, ils apprécient de se retrouver plus qu'ils ne l'avoueront jamais. Leur couple ne ressemble à aucun autre, on ne peut sûrement pas utiliser l'adjectif équilibré pour les qualifier : ils ne se disent jamais de mots tendres – à part quand ils ont trop bu et encore…- ils s'entendent comme chien et chat et leur libido ne connaît pas de limites. Mouais… de l'extérieur comme de l'intérieur c'est difficile de trouver la moindre logique à leur couple, ça c'est certain. Il sent les doigts inquisiteurs glisser un peu plus bas, bien plus bas que ses hanches, pour se poser sur ses fesses et serrer fortement leur prise dessus. Il sourit contre le torse de son amant, et griffe doucement la nuque du Spectre qu'il peut sentir se tendre contre lui, gagnant au passage un grondement de plaisir. Masochiste ce Juge, il n'a de cesse de le répéter.
« Tu ferais mieux de remettre tes mains à leur place.
-Ose me dire que tu n'aimes pas ça… souffle la Whyverne à son oreille.
-Oh, loin de moi cette idée. Au contraire, je n'ai de cesse de m'émerveiller de tes capacités…manuelles. Mais j'ai comme l'impression que mon frère n'apprécie pas le spectacle. »
Doux euphémisme songe le Spectre en sentant le cosmos agressif qui les entoure. C'est vraiment étouffant, il n'y a pas d'autres mots. Et cela lui pèse un peu sur le moral, parce que quand Saga a ce genre de comportement extrêmement négatif, ça finit toujours par retomber sur leur couple. Il lève les yeux pour constater que le second Gémeaux est effectivement en train d'alterner entre bleu et gris, selon que son regard se porte sur son amant le Bélier ou bien sur eux. Mû ne sait apparemment plus à quel saint se vouer pour qu'il arrête de « clignoter » ainsi. Amusé, Rhadamante trouve une certaine ressemblance avec un interrupteur sur lequel on n'aurait de cesse de s'acharner. Jour, nuit, jour, nuit… Kanon fronce les sourcils en apercevant ce rictus sadique sur le visage de son amant. Généralement, il ne l'affiche que lorsqu'ils sont au lit –façon de parler pour qualifier n'importe quel endroit susceptible d'être la scène de leurs ébats- et là, ce n'est clairement pas le cas. Agacé, il tire sur les mèches de cheveux blonds afin d'attirer l'attention de son vis-à-vis, ce qui lui vaut un regard courroucé par la douleur.
« A quoi tu penses encore ?
-A rien. Je me moque de ton frère.
-Qu'est-ce qu'il t'a encore fait ? Fiche lui la paix tu veux.
-Hey, ce n'est pas moi qui ressemble à un néon en train de griller je te signale.
-Tu es impossible. Sérieux.
-Oh allez, tu ne vas pas faire la gueule pour ça non ? Ce n'est pas comme si tu n'avais pas l'habitude de toute façon.
-… Tu me soûles. »
Leur étreinte se défait, et Rhadamante se retrouve seul au milieu de la piste tandis que son amant se dirige vers la sortie. Et voilà, chaque fois que le sujet Saga revient sur le tapis, c'est toujours la même chose. Le juge capte le regard surpris et inquisiteur de Milo. Haussement d'épaules. Poursuite du cadet Gémeaux, qui a quitté la fête après avoir vaguement salué ses collègues et amis. Rhadamante sait qu'il n'est pas énervé, pas au sens colérique du terme. Il est juste… blasé. Depuis le temps que dure leur, hum… « Relation », on ne peut pas dire que les choses se soient vraiment arrangées, d'un côté comme de l'autre. Rhadamante ne supporte pas l'aîné des Gémeaux, pour la simple et bonne raison qu'il sait que malgré tout l'amour que Kanon lui porte, ce dernier se sent toujours extrêmement complexé par rapport à lui. Oh, il ne le dira jamais bien sûr, mais il a eu l'occasion une fois de mettre le doigt sur le problème, et il s'est avéré que la blessure du Dragon de mers saignait encore abondamment. Kanon n'aime pas qu'on empiète dans son jardin secret, et ça le met toujours en colère lorsque le Juge parvient à cerner ce qui ne va pas.
Par ailleurs… On ne peut pas dire qu'à la base, Rhadamante avait beaucoup d'affection pour Saga. Cet homme avait tout de même attenté à la vie de sa propre déesse, avant d'essayer de tromper sa majesté Hadès pour la sauver soit disant. Pour lui qui a toujours été d'une fidélité absolue à son Dieu, c'est une aberration totale. On pourrait lui dire que Kanon n'apparaît pas comme un modèle à ce moment-là… Et la personne qui s'y risquerait se prendrait naturellement un « Greatest Caution » avant de finir dans le Cocyte. Non mais.
Il a parfaitement conscience qu'il n'y a aucune logique au fait qu'il… aime le cadet des Gémeaux, il est suffisamment intelligent pour s'en rendre compte par lui-même. Et puis Minos et Eaque l'ont suffisamment charrié à ce sujet, merci bien. Cependant… Kanon est ce qu'il est, plein de prestance, plein d'une assurance feinte et pourtant réelle, plein de cette pureté souillée qui le rend inégalable. Il se dégage quelque chose de cet homme, quelque chose d'absolu et d'insaisissable. Ce n'est pas pour rien qu'il l'a suivi dans tous les Enfers : il voulait s'approcher près, beaucoup plus près de lui, comme un papillon de nuit attiré par la lumière et qui finit brûlé. Un peu comme ce qui lui est arrivé en somme. Mais il ne regrette rien, il peut se venger chaque nuit de manière beaucoup plus agréable s'il en a envie. Pour le plus grand plaisir de l'ex-Marina d'ailleurs.
« Kanon, attends ! »
Le rattraper, le prendre dans ses bras et le serrer à lui en faire mal. Tel est son but, et il y parvient du mieux qu'il peut. Ce qui ne plaît pas du tout à l'homme contre lui qui se débat comme un beau diable en lui hurlant dessus, crachant son venin dont Rhadamante n'a cure. Il a l'habitude de ses insultes, de ses parades, de ses vaines tentatives pour se détourner du sujet principal. Si quelqu'un venait à passer… eh bien, les frasques de leur couple atypique feront une fois de plus le tour du Sanctuaire. Ce ne sera pas la première fois ni la dernière, cela est certain. Pour le moment, le plus important, c'est de ramener Kanon contre lui. Même si cet enfoiré lui fait mal à essayer de le mordre. Les Gémeaux sont vraiment des êtres extrêmement teigneux. Il plonge son nez dans les mèches océanes, et se gorge de son odeur malgré les protestations émises par son amant. Il savoure la texture de cette peau qu'il connaît par cœur sous ses doigts, et la chaleur qu'elle dégage. Il écoute cette voix qui proteste et qui cherche à le fuir de toutes ses forces.
Il sait de quoi son vis-à-vis a peur, il sait qu'il n'aime pas aborder le sujet Saga dans leurs conversations, et pour être tout à fait franc, lui-même s'en passerait bien. A ses yeux, Saga ne compte pas : il reconnaît sa force, mais ce n'est pas pour autant que cet homme l'intéresse. A ses yeux, et même si c'est horriblement cliché de dire cela, seul compte Kanon. Ce qui ne change rien au fait que leur relation fait partie des plus tordues du Sanctuaire et des Enfers, et qu'ils en ont parfaitement conscience. Le pire, c'est sans nul doute que l'un comme l'autre ne peuvent plus vivre sans la présence de leur amant : c'est à pleurer vraiment. Ou bien peut-être faut-il s'en réjouir. Kanon est un être étrange, épris de liberté, qui s'est pourtant laissé prendre dans les filets du Juge des Enfers. C'est incompréhensible. Un soir, alors qu'ils avaient trop bu, l'ex Général de Poséidon lui avait dit que celui lui avait permis de se libérer du carcan imposé depuis si longtemps par le Sanctuaire. Rhadamante ne demande qu'à le croire, pourtant, il sait également que face à Saga, il n'est rien. Kanon choisira toujours son frère, envers et contre tout. Cela le rend fou, même si une partie de lui peut le comprendre. Même s'ils le font tourner en bourrique, Minos et Eaque sont ses frères. Cela fait 4000 ans qu'ils se réincarnent les uns avec les autres, il faut croire que cela créé des liens du genre inaltérable.
« Lâche-moi Rhadamante. »
La voix est froide et son prénom a été prononcé en entier, sans surnom à l'appui. Mauvais signe. Très mauvais signe. Seulement ils peuvent être deux à jouer ce jeu-là. S'il y a une chose qui est certaine dans leur couple, c'est qu'aucun des deux ne cédera jamais à l'autre facilement. Et c'est probablement ce qui fait le piquant de leur histoire.
« Pas question.
-Ce n'est pas une proposition. Lâche-moi avant que je m'énerve pour de bon.
-Mais qu'est-ce que tu as à la fin ? C'est parce que je me suis moqué de ton frère c'est ça ? Tu sais très bien ce que je pense de lui, et ce qu'il pense de moi. Pourquoi tu en fais tout un plat ?
C'est vrai ça. Même quand il a mal, Kanon finit toujours par se relever. Cela l'impressionne, bien évidemment. Cette volonté infaillible qu'il possède, Rhadamante ne peut pas s'empêcher de se demander d'où elle lui vient. Du cap Sounion peut-être, de cette colère et de cette douleur sourde qui n'ont pas trouvées d'autre moyen d'expression que la manipulation divine. Kanon se débat encore plus entre ses bras, Rhadamante n'a pas d'autre choix que de relâcher sa prise, sinon, ils vont finir par se blesser et bien qu'ils aient l'amour violent, ce n'est pas la peine de se faire mal inutilement non plus. Le Gémeaux ne se retourne pas, il reste là, debout, à fixer un point connu de lui seul, tandis que le Juge derrière lui se sent mal à l'aise dans ce silence oppressant. Cette scène a des airs de rupture, et il n'en supporte pas l'idée. Il ne comprend même pas comment ils en sont arrivés là en seulement quelques minutes : de danse torride, ils sont arrivés au bord du gouffre de leur histoire. A cause de Saga. Rhadamante serre les points, même s'il a conscience qu'il ne s'agit pas seulement de son frère. Si Kanon décide de rompre, il y a de fortes chances pour qu'il perde le contrôle et qu'il l'enlève pour le séquestrer. Au risque de déclencher une nouvelle guerre, oui. C'est relativement effrayant de se rendre compte à quel point il a perdu le contrôle de ses émotions depuis qu'il sort avec le chevalier d'Athéna.
-J'en ai marre, c'est tout.
-Mais de quoi tu parles ?
-J'en ai ma claque Rhadamante, tu comprends pas ? Ça me soule de voir mes amis, mes frères, qui nous regardent comme des phénomènes de foire, malgré le prétendu respect qu'ils ont pour toi et pour moi. Ça me rend malade de voir nos Dieux se réjouir comme des idiots du fait qu'on sorte ensemble, comme si c'était grâce à eux, et qu'on ne devait notre bonheur qu'à leurs manipulations cosmiques. J'en ai par-dessus la tête de voir le regard systématiquement incrédule de tes subordonnés chaque fois que je débarque aux Enfers, comme s'ils se demandaient à chaque fois pourquoi on est toujours ensemble. J'en ai marre, marre, marre. Et Saga qui ne comprend toujours rien, qui me répète qu'on devrait rompre, mais bon sang, c'est pas vrai !
Rhadamante reste silencieux. Il écoute ces paroles pleines de colère. Il ne sait pas vraiment comment réagir, parce qu'il ignore encore quel tournant va prendre leur conversation. Il n'a pas peur, non. Il crève de trouille plutôt, même s'il préfèrerait se faire juger par Rune plutôt que de l'avouer. Et quand il se retrouve ainsi acculé, Rhadamante fait un truc idiot, qui ressemble terriblement à la réaction habituelle de Kanon : il attaque à l'avance pour se préserver de la douleur éventuelle qu'il pourrait ressentir. Il se redresse pour cracher ses mots dans le dos de l'homme qu'il aime, pour se donner du courage aussi.
-Et qu'est-ce que tu suggères, hein ? Si tu veux qu'on arrête tout, tu le dis, point barre. Pas la peine de tourner autour du pot comme ça, merde. Je sais parfaitement que je ne fais pas le poids face à Saga, que si tu devais choisir, ce n'est pas moi que tu garderais. Qu'il est ton frère, et que tu l'aimes plus que tout au monde. Que sa seule opinion aura toujours, toujours, plus de valeur à tes yeux que tout ce que je pourrais te dire ! Alors c'est bon maintenant, arrête de tergiverser et exprime toi clairement. Moi aussi j'en ai ras-le-bol je te signale, et depuis bien plus longtemps que toi si tu veux savoir. Ça me rend malade que tous ces gens ne comprennent rien et qu'ils mettent leur nez là où ils ne devraient pas ! Tu es un Chevalier, je suis un Spectre! Mais bordel Kanon, je t'aime et c'est comme ça ! Je n'y peux rien, j'ai essayé de lutter pourtant, et tu le sais très bien ! Tu sais comme moi que ça m'a rendu fou de rien pouvoir faire contre ça ! Et je sais très bien que toi, tu ne voulais pas de moi à la base, et que tu m'as repoussé de toutes tes forces. Ne me force pas à dire des choses pareilles à voix haute, Damnit! »
Kanon s'est retourné, brusquement. Sur son beau visage, les traits sont déformés par la surprise et la colère, et Rhadamante ne s'étonnerait même pas qu'il vienne le frapper dans quelques instants. Il voit l'irritation sourde qui secoue les prunelles océanes, et qui menace à tout moment de s'échapper au travers de mots violents des lèvres de son amant. L'air est chargé d'une tension palpable, en parfaite opposition avec la joie qui règne dans le temple qu'ils viennent de quitter. Le Gémeaux a les poings serrés, à s'en faire blanchir les jointures, et il se mord la lèvre si fort qu'il va probablement finir par se faire saigner. Ils restent là quelques secondes, pendant lesquelles le temps semble se figer, alors que Rhadamante attend que la sentence ne tombe. Il se gorge de la vision des mèches azures sur fond de nuit étoilée qui volent un peu dans tous les sens grâce au vent estival, du corps parfait qui lui fait face avec ses muscles magnifiques et ses jambes trop longues pour être honnêtes. Il savoure le fait d'avoir possédé, ne serait-ce que pendant quelques mois, cette incarnation de la liberté dans tout ce qu'elle a de fier, dans tout ce qu'elle a d'insaisissable. Finalement, il s'estime plutôt chanceux : 4000 ans sur cette fichue terre, et il est finalement parvenu à capturer un être qu'aucun autre sur terre ne saura jamais égaler.
Soudain, Kanon s'avance vers lui à grands pas, une expression indéchiffrable sur le visage, et mentalement, Rhadamante se prépare à encaisser un choc qu'il sait être violent. Il attend, mais rien ne vient. A la place, il se sent brutalement empoigné par le col, et la fragrance du Dragon des Mers lui saute à la gorge, l'enivrant à demi, tandis qu'il voit ses yeux flamboyant de colère le fixer, son nez presque collé aux siens.
« Décidément, tu ne comprends rien. »
Un baiser, violent. Auquel Rhadamante ne s'attendait absolument pas. Auquel il ne répond pas, trop surpris, trop dérouté. Les bras ballants et les yeux écarquillés, il observe le visage parfait de son amant qui a brusquement posé ses lèvres contre les siennes alors que ses mains lui arrachent presque le premier bouton de sa chemise. Il voit du bleu, beaucoup de bleu, avec cette nuance azurée superbe et sans comparaison possible. Il respire de toutes ses forces l'odeur de Kanon, inimitable et qui n'appartiendra jamais qu'à lui.
Plusieurs secondes s'écoulent, avant que le chevalier ne s'éloigne de quelques centimètres à peine, les yeux plongés dans les siens pour bien lui faire comprendre que ce qu'il va lui dire, il ne le répétera pas deux fois et qu'il a donc intérêt à être attentif. Le souffle un peu court, et le cœur battant un peu trop vite à son goût, la Whyverne se suspend aux mots de son amant. Parce que son avenir se joue sur ses lèvres trop pleines, trop sèches, trop parfaites.
« En dépit de tout ce qu'on a pu traverser, de toute cette merde accumulée, des vies lamentables qui nous ont été données, on a su remonter suffisamment la pente pour que je te dise je t'aime aussi ! (*) Alors ne répète jamais plus une telle chose, abruti de Spectre. Parce que je ne te pardonnerai pas. On ne se bat pas contre le monde entier pour que tu me sortes un truc pareil maintenant, compris ? Même si ça me rend dingue, je ne pourrais jamais en avoir marre de toi. C'est probablement le plus grand drame de ma vie, et ce n'est pas peu dire, alors ne te fous pas de moi. »
Cette fois, le baiser vient de Rhadamante, mais on y retrouve la même violence, le même désespoir, la même passion inexplicable. Il attrape brusquement les hanches de Kanon pour le coller contre lui, pour s'imbriquer de nouveau contre ce corps dont il est dingue, avant de glisser un bras dans son dos pour l'empêcher de fuir, et un autre dans ses cheveux pour le forcer à pencher la tête et lui permettre d'approfondir l'échange. Un gémissement de protestation s'échappe du Gémeaux malmené, avant qu'il ne cède aux bras possessifs de son amant et qu'il n'enroule ses bras autour de son cou, répondant à ses lèvres comme un assoiffé. Il ouvre la bouche avec précipitation pour sentir la langue du Juge venir caresser la sienne, dans une danse horriblement sensuelle qu'il connaît bien et qui le laisse toujours pantois.
Ses ongles se plantent dans la peau du Spectre qui grogne, mais qui ne s'arrête pas, au contraire : ses mains resserrent leur prise sur le corps de Kanon, le serrant toujours plus fort, au point de se faire mal. Mais tant pis. Ça n'a aucune importance, ils ont l'habitude. Tout ce qui compte pour le moment, ce sont les lèvres de son amant contre les siennes. C'est la sensation de sa peau brûlante collée à son épiderme, que d'irritants vêtements protègent bien trop à son goût. C'est la saveur de sa bouche qui l'enivre inlassablement. Ce sont ses cheveux magnifiques qui lui chatouillent le visage et auquel il s'accroche farouchement. Ce sont les yeux fermés en un pli douloureux qu'il peut voir face à lui. Ce sont ces doigts puissants qui maltraitent sa nuque et le maintiennent sur terre, avec lui, pour lui.
Ce baiser a un goût de fin du monde, un goût d'au revoir, un goût de désespoir, pourtant… Pourtant ils savent tous les deux qu'il ne s'agit en rien de cela. Au contraire, ils viennent probablement de sceller plus que jamais des sentiments qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes. Qui ne suivent aucune logique connue, et qui se moquent bien des conventions habituelles. Qui envoient sur les roses toutes les médisances dont on pourrait faire preuve à leur égard, et qui refusent également de se laisser enfermer dans le carcan habituel des relations amoureuses. Qui se complaisent dans leur côté malsain. Qui sont l'expression la plus pure de ce qu'ils ressentent l'un pour l'autre, tout simplement. Kanon lui répond avec la même fougue incroyable qui n'appartient qu'à lui, ne laissant pas la main à Rhadamante dans ce baiser brûlant qui leur retourne le ventre. Quelques milliers de marches les séparent du temple des Gémeaux, et, en sentant les dents du Juge s'attaquer à son cou, le Chevalier sait qu'il n'a jamais autant maudit de toute sa vie le fait de ne pas pouvoir se téléporter immédiatement jusque chez lui. Mais ce n'est pas grave : il vient probablement de gagner une promesse pour la vie, aussi cliché que cela puisse paraître. Et cela le rend bêtement heureux.
