Rien n'est à moi, bonne lecture, bises.
Chapitre 9 : Ça va beaucoup mieux…
La porte se referma sur Lola. Lola… Que venait-elle de me faire vivre ? Sans aucun doute l'épisode le plus érotique, le plus excitant et le plus angoissant de ma vie. Quand sa main douce s'était emparée de moi, j'avais failli jouir comme un adolescent. Seule ma volonté à toute épreuve avait réussi à me contenir. Et maintenant, j'avais peur de devenir dépendant d'elle, de son contact. En y repensant, j'avais ce ressenti depuis le baiser que nous avions échangé au retour de Poudlard.
L'erreur que j'avais commise était de l'avoir enlacée. Nous avions été unis par un lien dès que nous nous étions touchés. Ma condition de sorcier, occlumens et legillimens, me faisait ressentir les choses plus intimement et sérieusement que les Moldus. Probablement aussi les effets de la prophétie. Il fallait bien que je me rendre à l'évidence ; Sybille avait encore vu juste ! Et Lola était bel et bien celle qui m'était destinée. Les envies et désirs qui me prenaient au moindre frôlement avec elle étaient significatifs.
Bon sang, mais je n'avais pas la moindre envie de vivre avec une femme, si séduisante et douce qu'elle puisse être ! Lola Barnier n'était certainement pas au courant des élucubrations de l'autre folle. Je ne savais comment elle allait réagir en apprenant que notre attirance mutuelle découlait clairement d'une lecture hasardeuse des astres.
Pour ma part, je n'appréciais guère l'idée qu'une femme s'intéressa à moi parce que les augures l'avaient annoncé. Je me savais d'un physique ingrat, d'un caractère spécial. Mais penser que je n'avais rien qui puisse attirer une compagne, sinon une prédiction, mettait à mal mon égo. Pour un peu, je serais tenté de croire que l'attraction entre nous deux n'avait aucun lien avec la prophétie. Mais Sybille et Minerva avaient semé le doute dans mon esprit, si bien que celui-ci avait du mal à concevoir un penchant naturel…
Je me redressai doucement pour m'asseoir au bord de mon lit. Je fus soulagé de ne plus avoir le tournis. Je m'apaisai doucement, savourant le potage. Il était vraiment délicieux. Tout ce que Lola cuisinait était délicieux. La réputation des femmes françaises n'était pas surfaite, en ce qui la concernait. Autant pour leurs qualités domestiques que pour leur classe. Non seulement Lola était un cordon bleu, mais elle était aussi une très jolie femme. Sa silhouette gracieuse et souple laissait à penser qu'elle avait fait de la danse, plus jeune. Ses cheveux brun chaud bouclaient naturellement, sa peau était mate, comme une italienne. Ses yeux bleus s'assombrissaient sous le coup de la passion, comme j'avais pu le constater un peu plus tôt.
Non ! Surtout ne pas repenser à ces moments torrides, sinon je n'allais pas réussir à me calmer totalement !
Je reposai le bol vide et coupai un morceau de fromage que je dévorai avec une tranche de pain. J'avais faim, ce qui était bon signe. Une gorgée de Pimentine au coucher, une bonne nuit de sommeil et je serai en pleine forme le lendemain. Je détestais être malade, en position de faiblesse, surtout devant des étrangers. Mais Lola n'était plus une étrangère. Elle m'avait tout de même…
L'absurdité de la situation me frappa d'un coup. Cette femme m'avait vu nu, avait tenu mon sexe tendu dans sa main, l'avait caressé… Et elle ne s'était pas sauvée en courant…!
Elle n'était pas au courant de la prophétie, Minerva me l'avait affirmé. Donc… l'attirance qu'elle semblait éprouver pour moi n'était pas induite par les oracles ! Une bouffée d'allégresse, sentiment jusqu'à maintenant inconnu de moi, m'envahit. Lola me paraissait une femme équilibrée, stable. Pas comme ces pauvres choses sans consistance qui s'effondraient au moindre coup de vent émotionnel. Ce qu'elle avait traversé l'avait rendue forte et indépendante.
Néanmoins, personne n'aimait être le jouet d'autrui. Qui savait comment elle allait réagir ? Je ne la connaissais pas suffisamment pour le deviner.
Alors que je ruminais toutes ces questions, j'entendis les pas de l'objet de mes pensées. Je filai vers la salle de bain avant qu'elle entre. Sans surprise, je perçus son inquiétude derrière la porte.
— Severus, tout va bien ? Vous avez besoin d'aide ?
Je pris le temps de passer mon peignoir avant d'ouvrir.
— Je vais bien, merci. Et je n'ai pas besoin d'aide. Vous en avez assez fait… ne puis-je m'empêcher de railler.
Une délicate rougeur envahit ses joues alors qu'elle détournait les yeux. Un quart de seconde j'eus un regret. Un tout petit. Car lorsqu'elle me regarda à nouveau, je vis un sourire fleurir sur ses lèvres pleines et ses yeux pétiller.
— Je suis contente que vous alliez mieux. Vous allez dormir et demain, il n'y paraitra plus. Je redescends le plateau.
Comme je hochai la tête sans rien dire, elle hésita puis tourna finalement les talons pour s'emparer des reliefs de mon souper.
— Bonne nuit Severus, souffla-t-elle avant de sortir.
— Bonne nuit Lola, murmurai-je à la porte fermée.
Avec un soupir je me glissai sous la douche. Celle-ci me fit un bien fou. Je revêtis un pantalon de pyjama et revins dans la chambre. Et là, je stoppai net.
Lola était revenue avec des draps propres et était en train de refaire mon lit. La vue de son derrière rebondi qui s'agitait alors qu'elle s'affairai, me tournant le dos, fit ressurgir mon désir. Bon sang, j'étais vraiment en manque si la voir secouer des draps me mettait en transe ! Il allait falloir que je programme une visite dans l'Allée des Embrumes au plus tôt ! Je retournai dans la salle de bain. Pas question qu'elle s'aperçoive encore de mon… attirance ! S'il lui venait l'idée de s'approcher pour continuer ce qu'elle avait commencé un peu plus tôt, je n'aurais pas la force de la repousser.
Je revins dans la chambre lorsque j'entendis la porte de celle-ci se refermer. Avec un soupir, regrettant tout autant qu'espérant ce qui aurait pu se passer, j'avalai une gorgée de potion et me couchai.
Quel bonheur d'être propre dans des draps propres ! Cette femme était une déesse. Ou tout au moins, n'exagérons pas, était-elle attentive au bien-être des autres. Je me laissai glisser dans le sommeil, inconscient du sourire qui fleurissait sur mes lèvres.
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Je redescendis très vite à la cuisine. L'espace d'un instant, j'avais failli m'approcher de Severus pour déposer un baiser sur sa joue, ou ailleurs, ou l'enlacer, ou… J'espérais qu'il n'avait pas perçu mon hésitation. Je profitai du moment où il prenait une douche pour changer ses draps puis allai mettre les autres à laver.
Ces tâches domestiques m'apaisèrent et je gagnai sereinement le salon avec un plateau contenant mon repas. Délaissant la télévision, j'examinai les livres de la bibliothèque de Minerva. Les classiques anglais y figuraient et mon choix se porta sur Jane Eyre de Charlotte Brontë. J'avais lu cette histoire lors de mon adolescence et ne m'en souvenais pas bien. Je me plongeai dans l'ouvrage. Rochester me faisait un peu penser à Severus. Pas par son apparence mais par sa dureté, son caractère.
À onze heures, je me forçai à poser mon livre et allai me coucher. Alors que le sommeil me gagnait, un sourire flotta sur mes lèvres en repensant à ces heures écoulées et mes rêves furent empreints d'érotisme.
Le chant des oiseaux me réveilla. Je m'étirai, heureuse de cette journée qui commençait. Cela ne m'était pas arrivé depuis des lustres, cette sensation de me sentir vivante, d'attendre d'un matin quelque chose d'agréable.
Une douche rapide et je descendis à la cuisine préparer le thé et les toasts. Je fis griller du bacon, ouvris une boite de haricots à la tomate et battis des œufs en omelette que je fis cuire. Je garnissais une assiette pour Severus lorsque j'entendis celui-ci descendre les escaliers. Son pas semblait sûr et rapide. Etait-il déjà en pleine possession de ses moyens ?
J'en eus la confirmation lorsqu'il fit irruption dans la cuisine. Aussi vif et agile que d'habitude. Il regarda l'assiette que je venais de préparer, puis me jeta un coup d'œil plein d'espoir.
— Bonjour Severus. Bon appétit, lui dis-je en poussant l'assiette vers lui.
Il s'assit avec un soupir de contentement et, entre deux bouchées, il se fendit tout de même d'un « Merci Lola et bonjour ». Je le regardais manger d'un air railleur. Il était littéralement affamé. Je sursautai en entendant sa voix grave.
— Vous ne mangez pas ?
— Si, si. Tout au moins si vous me permettez de m'asseoir à votre table…
Il émit un grognement.
— Ne soyez pas sotte et prenez votre petit déjeuner. Vous le méritez bien après ce que vous avez fait pour moi hier.
Je haussai les sourcils. Serait-ce un remerciement ? j'étais agréablement surprise. Je ne m'attendais pas à de grandes phrases mais je dus m'avouer que ce « merci » bien caché me faisait plaisir.
— Allez-vous mieux ? m'enquis-je.
Il me regarda comme si je venais d'une autre planète.
— Otez-moi d'un doute… Avez-vous réellement besoin de parler ou êtes-vous brusquement atteinte de cécité ?
—C'est juste un intérêt amical, Severus. je vois bien que vous avez repris le dessus. Mais vous devez faire attention à une éventuelle rechute. Je trouve que vous n'êtes pas assez habillé.
Il leva les yeux au ciel.
— Par Merlin, Minerva déteint sur vous… Néanmoins, il saisit sa baguette dans sa manche gauche et l'agita en murmurant « accio gilet ». Un vêtement de laine noire apparut, flottant dans les airs. Il l'enfila sur sa chemise blanche.
— Satisfaite ? me fit-il d'un ton moqueur.
Je m'assis lentement en face de lui tout en le regardant dans les yeux.
— Pas vraiment, murmurai-je en me penchant légèrement.
Je haussai un sourcil, dans une parfaite imitation de lui-même, et attaquai mon assiette sans plus me soucier de lui. Je dissimulai un sourire quand je l'entendis émettre un son qui ressemblait à un gloussement de rire.
Il se leva pour débarrasser son assiette et rapporta deux tasses de café. Il se glissa derrière moi pour déposer la mienne sur la table. — Je vous promets que la prochaine fois, je n'arrêterai pas. Vous serez alors totalement satisfaite, me glissa-t-il à l'oreille d'une voix rauque.
Je frémis en sentant son souffle chaud glisser dans mon cou comme un baiser aérien. Je dus fournir un effort surhumain pour résister à la tentation de me laisser aller en arrière contre lui. Je me mordis la langue pour éviter de lui demander quand serait la prochaine fois.
Je soupirai de soulagement lorsqu'il reprit sa place en face de moi. J'avais été à deux doigts de me ridiculiser. Franchement, s'il avait eu l'intention de me satisfaire, comme il avait dit, il l'aurait fait immédiatement. Me promettre une prochaine fois revenait à dire « Pour l'instant je n'ai pas envie, on verra ça plus tard » … Pas très flatteur pour moi… J'avais de sérieux doutes quant à mon sex-appeal !
Je sentis une légère rougeur envahir mes joues alors qu'il me regardait d'un air narquois. Il sirotait son café, ses pupilles sombres fixées sur moi. Il se pencha, accrocha ma main et susurra.
— J'ai très envie de vous, Lola… Mais Poppy doit passer dans quelques minutes, il est préférable qu'elle ne nous trouve pas au lit.
Alors que mon visage tournait à l'écrevisse bien cuite, il ajouta.
— Et n'ayez aucun doute quant à votre séduction…
Je me levai d'un bond, mon café se renversa et inonda la table. Un geste de Severus nettoya ma bêtise, en même temps qu'il grommelait sur ce qui devenait une habitude.
— Mais… que… vous lisez dans mon esprit !?
Son rictus moqueur me répondit aussi bien que des mots. Pour me donner une contenance, je saisis ma tasse et allai la laver à l'évier. Lui tourner le dos m'aida à me reprendre. Bon sang ! Il allait falloir que je me concentre et que j'évite de penser lorsqu'il sera dans les parages ! Hors de question qu'il sache tout de mes envies le concernant ! C'était privé !
Un bruit dans le couloir détourna l'attention de Severus et je respirai plus librement, soulagée. Ouf, sauvée de la honte par Poppy. Pour l'instant… semblaient dire les iris noirs qui s'étaient reposés sur moi.
La joviale infirmière déboula dans la cuisine, inconsciente de la tension qui y régnait. Elle me salua puis se tourna vers Severus.
— Bonjour professeur ! Je vois que vous êtes sur pieds. Apparemment la Pimentine a fait son office.
— Oui, bonjour Poppy. Je vais très bien ce matin. Merci de vous êtes occupée de moi et de m'avoir apporté la potion.
— Oh, mais ce n'était pas moi. C'est Albus qui est venu. J'étais chez ma sœur et vous étiez trop mal en point pour attendre mon retour.
Au raidissement de sa posture, j'en déduisis que devoir quelque chose au vieil homme le gênait. Pire encore, cela l'insupportait ! J'avais très envie de défendre le directeur de Poudlard mais qui étais-je pour me mêler de leurs vies ? Que savais-je du monde et de la façon de vivre ou de penser des sorciers ? Il y a encore quelques semaines, je ne connaissais que Merlin l'enchanteur, mis en image par le génial Walt Disney !
— C'est vrai, le professeur Dumbledore est venu et m'a indiqué comment vous administrer la potion, Severus, ne pus-je m'empêcher d'intervenir doucement.
Alors qu'il me regardait, septique, j'ajoutai :
— Il avait l'air désolé de vous voir si mal en point…
— Que vous a-t-il raconté ? gronda-t-il.
Me souvenant de ce qu'Albus m'avait confié, j'hésitai quelques secondes avant de me décider.
— Il était très inquiet et m'a demandé de veiller sur vous.
Severus haussa les épaules avant de sortir de la pièce pour regagner sa chambre. Mais il ne se rendit pas compte que je l'avais suivi des yeux et vu sa tête se baisser. Comme sous le coup d'un brusque chagrin. Et là, je compris. En fait, Severus Snape aimait Albus Dumbledore. Il le considérait comme un père. Et que celui-ci ait fait le geste de lui apporter le remède à sa maladie, le guérissait un peu des blessures du temps passé.
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Je regagnai ma chambre sans dire un seul mot aux deux femmes qui s'étaient occupées de moi. Après trois années, petit à petit, et sans doute grâce à Lola et à son dévouement pour moi, je voyais les actions et les demandes insensées d'Albus d'un autre oeil. J'avais, bien évidement, toujours compris les plans du vieux sorcier. Ce que je n'avais jamais accepté, c'était de n'avoir été qu'un pion pour lui. Au même titre que Potter fils. Harry et moi n'avions été que des marionnettes dans le jeu du grand Dumbledore. Mais cette partie d'échecs avait conduit à la victoire des forces du bien contre celles du mal. N'était-ce pas le plus important pour la survie de la civilisation sorcière ?
Pour la première fois, depuis ces années de tortures, je réussissais à me poser les bonnes questions. À oser penser que ma rancune et ma haine étaient mal dirigées. Pourquoi continuer à en vouloir à un vieil homme qui avait, d'abord et avant tout, songé à la communauté ? Qui étais-je pour estimer que ma vie valait cent ou mille fois plus que celle de plusieurs millions d'individus ?
Mon égoïsme et mon égocentrisme me frappèrent de plein fouet. Qu'est-ce que la vie avait fait de moi ? Un être renfermé et imperméable aux sentiments, aux émotions. Ce que m'avait confié Lola me revint comme un boomerang. Une jeune femme de vingt ans, soudain veuve, enceinte, étudiante… Et alors qu'elle s'en sortait, ce second drame… Perdre sa famille en quelques secondes…
D'une certaine façon, elle aussi avait vécu deux guerres qui auraient pu l'anéantir. Et pourtant, elle était là. Oh, bien sûr, elle avait changé de vie puisqu'elle était venue s'installer ici, à Londres. Mais elle avait gardé le goût de la vie et était restée ouverte aux autres, amicale et chaleureuse. Peut-être le fait d'être mère lui avait-il permis de rester humaine, contrairement à moi…
Le dégoût de moi-même m'envahit. Jamais je n'avais ressenti pareil refus de ce que j'étais devenu. Pourquoi Merlin, Dieu, ou je ne sais qui, permettait-il la venue au monde d'un homme pour lui donner une vie pareille ?
Alors que je me posais cette question, un coup léger retentit à ma porte.
