Chapitre 10 Les visions d'une petite fille (partie 4)
Lorsqu'il rouvrit les yeux et il retrouva son salon, son appartement, son sapin de Noël, son canapé. Il faisait toujours nuit et se levant pour aller se coucher dans son lit, il remarqua un billet laissé sur la table-basse. Il se pencha pour le prendre la note, mais elle lui passa entre les doigts.
« Pas encore, soupira-t-il en relevant le regard pour voir la petite fille le regarder droit dans les yeux. Je t'ai dit que j'avais compris. Demain, je vais réellement décider si je dois ou non épouser Hannah. Je sais que j'aime Bones, mais je ne peux pas laisser Hannah en plan comme ça le soir de Noël! J'ai compris! Je vais discuter avec elle et je… je vais dire à Bones ce que je ressens pour elle, tu comprends? Je n'ai pas besoin de nouvelle vision ».
Le silence de la fillette l'arrêta court. Au lieu de discuter avec lui, elle leva un doigt qu'elle tendit à la verticale devant lui.
« Un? Demanda-t-il pour s'assurer qu'il comprenne bien ce que voulait dire l'enfant qui hochait la tête. Une dernière vision? Nouveau hochement de tête. Une dernière et ensuite tu me laisses tranquille? Dernier hochement. D'accord, je peux bien avoir une dernière vision, dit-il en baissant les yeux pour voir à nouveau le billet sur la table. 'Salut Seeley, on m'a appelé pour un reportage en Syrie, je reviens dans une semaine. Je t'appelle. – Hannah', avait-il lu à haute voix. Je suppose que les vieilles habitudes meurent difficilement », commenta-t-il alors qu'une clé s'enfourna dans sa serrure.
Il ouvrit la porte avec impatience, lançant sa mallette sur le coin de l'entrée. Comme d'habitude, il se rendit jusqu'à son coffre-fort où il composa la combinaison pour l'ouvrir et y déposer son arme.
« Pfff, pouffa-t-il en refermant le coffre. Comme si j'avais besoin d'une arme ces temps-ci, grogna-t-il avant de se diriger vers le réfrigérateur où il se prit une bière. Hannah? Appela-t-il sans réponse. Hannah? T'es là? Génial! » Avait-il chialé avant de se rendre au salon pour s'assoir sur son canapé.
Bien affalé, il ferma les yeux, visiblement fatigué et exaspéré. « Quelle merde! » Chuchota-t-il avant de les ouvrir et de se redresser. C'est à ce moment que le billet attira son attention. Se penchant vers la table, il y posa sa bière avant de prendre dans ses mains la feuille de papier.
Ses lèvres remuant au fil des mots qu'il lisait, son visage s'endurcissait alors que le message prenait tout son sens. Hannah était encore partie au Moyen-Orient et ce serait Noël dans moins d'une semaine. Poussé par une grande colère, il se leva d'un geste soudain, lança le papier au bout de ses bras, cria un juron un peu trop fort pour le building normalement particulièrement tranquille et s'empara du téléphone où il composa le numéro trop familier.
« Hannah? … Mais qu'est-ce que tu fais? … Il ne t'est pas venu à l'idée que ce serait Noël dans deux jours avant d'accepter ce contrat? … Et puis alors! … Et qu'est-ce que je vais dire à mon fils quand il viendra fêter Noël chez son père et sa future belle-mère, et qu'elle ne sera pas là?… Non! Ne mets pas ça sur ma faute, c'est toi qui es partie! Non! … Hannah!... EH!... Qui, de nous deux, a les pieds dans l'appartement maintenant!... Oh!... Ne t'en fais pas, je te l'aurais dit si je ne voulais pas de toi chez moi!… Je t'ai demandé de m'épouser, non? … Ne recommence pas avec ça!... Tu comprends que je vais fêter l'anniversaire de nos fiançailles seul?... Hannah… Hannah, attends, j'ai pas… dit-il avant d'éloigner le combiné de son oreille… fini », acheva-t-il sa phrase. Il replaça son vieux téléphone sur son socle et agrippa à nouveau sa bière qu'il but en moins de deux gorgés.
« Je vais avoir besoin de quelque chose de plus fort », se dit-il en se levant pour porter la bière vide dans l'évier juste avant de se rendre à son petit bar où il gardait son meilleur scotch.
S'affalant à nouveau sur son sofa, il y resta immobile à boire dans le silence le plus total jusqu'à ce qu'un frappement à sa porte le tire de ses rêveries.
Posant son verre sur la table, il se rendit jusqu'à l'entrée pour y découvrir Sweets qui, d'un air grave, se tenait de l'autre côté.
« Sweets?
- Bonjour Agent Booth.
- Bonjour! Ça fait longtemps, dit-il en souriant en tendant une main enthousiaste au gamin qui la secoua mollement. Entrez! Enlevez votre manteau et passez au salon, vous voulez quelque chose à boire? Continuait-il visiblement content de voir un visage familier dans un moment d'amertume.
- Non, merci. Je ne resterai pas longtemps, dit le jeune homme d'une voix rauque alors qu'il n'osait lever les yeux sur son ami.
- Ça va? Vous me paraissez bizarre.
- Non, euh… ça ne va pas… euh… Agent Booth, peut-être devrait-on s'assoir, suggéra-t-il alors que Booth empoigna son verre et s'assit sur un fauteuil laissant à Sweets le loisir de prendre le divan.
- Il y a quelque chose qui ne va pas? Demanda-t-il en commençant à être légèrement nerveux. À l'exception de quelques moments où il l'avait croisé entre les murs du Hoover Building, il ne l'avait pas vu depuis qu'ils avaient dit au revoir à M. Nigel-Murray, il y avait déjà plusieurs mois.
- Euh. Oui. Euh… comment dire? C'est à propos du Dr. Brennan ».
À entendre son nom, Booth se leva immédiatement et se tourna vers le mur, se fermant complètement à la conversation qu'il était sur le point d'avoir. Il ne voulait pas parler de Bones, il ne pouvait pas parler de Bones. Chaque journée qui avait passée depuis qu'il l'avait laissée sur le trottoir de la cour arrière du Jefferson avait été hantée par des images d'elle. Il revoyait tous les jours la nuit qu'ils avaient passée ensemble, ses yeux rougis par les larmes s'illuminant pendant qu'il plongeait en elle et chaque nuit, il se couchait en se remémorant la chaleur de ses lèvres contre les siennes. Il se battait quotidiennement contre l'envie de la rejoindre, de ressentir à nouveau la douceur de ses cuisses enroulées autour de ses hanches et la passion de ses mains qui caressaient son visage. Il résistait chaque seconde, mais n'en parlait jamais.
« Je n'ai vraiment pas envie de parler de Bones ce soir, Sweets. Si vous voulez discuter de quoi que ce soit d'autre, ma porte est grande ouverte, mais sinon, vous savez où est la sortie!
- Agent Booth, il y a eu… un accident aujourd'hui avec le docteur Brennan ».
Il sentit ses genoux se faiblir. Il n'aimait vraiment pas la direction que prenait cette conversation.
« Nous étions en Caroline pour enquêter sur le meurtre d'un chasseur de tempête quand une tornade nous a frappés. Au même moment, Brennan a vu un instrument qui aurait pu être l'arme du crime. Elle a essayé de le prendre avant de se mettre à l'abri, mais pendant qu'elle courait pour venir se cacher avec nous, l'hélice d'une éolienne l'a frappée…
- Qu'essayez-vous de dire, Sweets? Demanda-t-il, d'une voix sèche et rauque alors qu'il reniflait les larmes qui lui montaient aux yeux. Il savait où la conversation s'en allait. Il pouvait déjà sentir son cœur battre de plus en plus fort. Ses mains devenaient moites et ses lèvres commençaient à trembler. Il se retourna et fixa Sweets qui, le regard embrumé, ne semblait pas savoir comment annoncer une telle nouvelle.
- Je vous jure, on a tout essayé, mais une des pales de l'hélice l'avait empalée et…
- Sweets! Pressa-t-il, il ne voulait pas prolonger l'inévitable.
- Elle n'a pas survécu, affirma-t-il d'une voix pleine d'émotions. Je suis désolé, agent Booth », dit-il en s'approchant de l'homme qui devait s'appuyer sur le mur pour rester debout.
« Bones! » S'énerva Booth en comprenant la situation dans laquelle ils étaient plongés. Il se leva et commença à errer dans la pièce, se déplaçant furieusement d'un bout à l'autre, ses poings incontrôlables battant les airs au-dessus de sa tête, agrippant ses cheveux au passage. Ça ne se pouvait pas. Pas Bones, pas sa Bones, elle ne pouvait pas, non, pas elle, non!
« Non! » Laissa-t-il sortir en levant le regard sur son double qui devait se forcer pour simplement rester debout, appuyé contre le mur de son salon. Ses mains tremblaient, ses lèvres aussi. Son regard était fuyant, paniqué et sa respiration haletante.
« Ne… Non! Interdit-il à Sweets, qui s'approchait de lui pour le consoler, d'avancer davantage. C'était sa peine, il ne voulait la partager avec personne. C'est impossible. Elle ne peut pas… pas… pas Bones. Seigneur.
- Il y a … hésita Sweets d'une voix enrouée. Il y a d'autres choses que vous devriez savoir. Enfin deux choses.
- QUOI! » Perdait-il patience alors qu'il tentait d'imaginer un monde où Brennan serait absente, où il n'entendrait plus jamais sa voix détruire une expression ou lui dire qu'elle ne comprenait ce qu'il voulait dire. Il tentait de voir un monde où son regard pénétrant n'analyserait plus chaque individu qui se pointait devant elle. Il tentait d'imaginer un monde sans elle, mais n'y arrivait pas.
« Au moment où elle a laissé sortir son dernier souffle, elle m'a… elle m'a demandé de vous dire qu'elle vous aimait et qu'elle vous avait pardonné ».
Dans une grimace horrible, comme si on venait de lui arracher le cœur sans anesthésie, les yeux serrés et les dents crispées, il perdit ce qui lui restait de son contrôle de soi. Dans un sanglot, puis un deuxième, il échappa ce qui ne pouvait rester en lui. Bientôt parcouru de spasmes incontrôlables, il s'abandonna à sa peine et se laissa emporter par ses larmes.
Le jeune docteur s'approcha de lui et tenta de mettre une main sur son épaule, mais fut repoussé par l'homme qui ne pouvait supporter la présence de quiconque. Il aurait bien aimé pouvoir réconforter son vieil ami, mais il avait une tâche à accomplir et dans une grande inspiration, il se donna le courage de prononcer les paroles qui risquaient de briser cet homme, son ami, son mentor, à jamais.
« Dr. Brennan était enceinte ».
En entendant ses paroles, sa tête se redressa et le verre de scotch qu'il tenait toujours glissa de ses mains pour éclater en mille pièces au sol.
« Enceinte? Réussit-il à faire sortir malgré la boule qui avait envahie sa gorge. Mais c'est…non… pourquoi elle… de… de combien de mois?
- Sept mois. C'était une fille.
- Une fille? Il eut besoin de prendre une respiration avant de continuer. Et vous savez qui est le père?
- Ce n'est pas officiel, mais nous avons tous un doute », avait-il dit en le regardant intensément.
Et il s'écroula. Le visage rouge de colère et de détresse, les mains tremblantes, ses jambes ne le supportaient plus et il tomba assis au sol succombant, abattu, aux sanglots qui prenaient possession de lui. Il ne réussissait plus à contrôler son corps. Il ne savait plus quoi faire, où il se trouvait, qui il était. La seule pensée qui traversait son esprit était qu'il ne reverrait plus jamais sa Bones. Sa Bones… et leur enfant?
« Je dois la voir!
- Agent Booth!
- Je veux la voir, je dois la voir, je dois la voir, je dois la voir! Sweets! Où est-elle? Je dois la voir, je dois la voir… Je ne survivrai pas si je ne la vois pas, Sweet. S'il-vous-plait ».
Faible devant la détresse de son ami, il hocha la tête et l'aida à se relever. Il lui tendit son manteau que Booth, aux allures de vieillard, enfila lentement dans un geste automatique.
Il ne savait pas combien de temps il leur avait pris pour se rendre jusqu'au laboratoire médicolégal du Jefferson, mais d'un pas rapide derrière Sweets, il pénétra dans l'immense pièce sous les regards effondrés d'Angela et des autres fouines qui comprenaient vraisemblablement sa présence en cet instant précis. Il contourna rapidement la plateforme pour se diriger directement vers la salle d'autopsie.
Lorsqu'il passa le cadre de la porte, il aperçut Cam qui sanglotait silencieusement à côté du corps à l'abri des pleurs de ses collègues qu'elle ne pouvait supporter. En entendant Booth arriver, elle leva la tête et le vit, les yeux rougis, le regard mort et les traits vieillis. Elle se leva et contourna son bureau pour le prendre dans ses bras.
Dans l'étreinte amicale de sa vieille amie, ses sanglots l'envahirent à nouveau.
« Shh… Je suis là, Seeley, pleurait-elle aussi. Je suis tellement désolée, Booth. Tellement!
- Je… elle… Seigneur Cam!
- Shhh, allons, calme-toi, tentait-elle de réconforter restant dans cette position un long moment, le temps que les sanglots de son amis s'apaisent.
- Je n'arrive pas à y croire, Cam! Je… Est-ce que je peux? dit-il en pointant le corps couvert d'un drap blanc
- Bien sûr! Tu veux… elle renifla, tu veux rester seul avec elle? »
Il ne dit mot et n'hocha que la tête.
Il resta immobile plusieurs minutes à fixer le drap blanc, ne trouvant pas le courage de le soulever et de découvrir sa Bones sans vie qui se trouvait dessous. À travers la couverture, il pouvait voir sa silhouette qui était significativement différente que la dernière fois où il l'avait vue. Ses épaules étaient plus large, ses hanches aussi. Son ventre… son ventre.
Bougeant pour la première fois les mains, il caressa doucement l'abdomen arrondi de sa Bones à travers le linceul. Ses doigts tracèrent la courbe de ce qui aurait pu être un élan de bonheur pour eux. Il se dessina un chemin jusqu'à sa poitrine, puis son épaule, puis sa mâchoire avant de se diriger vers la bordure du linge qu'il tira doucement, laissant découvrir le visage rond et stoïque de son ancienne partenaire. Il le glissa jusqu'à ses hanches et il vit pour la première fois la femme de sa vie sans vie, froide, morte.
Elle semblait dormir, calme, sereine. Il remarqua bientôt des petites lignes qui s'étaient tracées au coin de ses yeux. Elles n'étaient pas là avant. Ses lèvres bleutées ne bougeaient pas et il aurait donné sa vie pour la voir respirer, ne serait-ce qu'une fois. Ses yeux traversèrent son corps un instant.
Elle était réellement magnifique. Ses traits plein, son ventre arrondi, sa poitrine charnue, elle devait être une de ses femmes enceintes qui faisaient tourner les têtes des autres femmes de jalousie.
Il aurait pu passer ces derniers mois avec elle. Il aurait pu être celui qui se promenait à ses côtés pendant qu'elle rendait la planète entière morte d'envie. Il aurait pu être le père de ce bébé. Ce petit bébé qui s'était trouvé dans son bedon. Son bébé. Son enfant. À lui. À elle. À eux.
Une larme solitaire fila le long de sa joue.
« Je suis tellement désolé, Bones. Si désolé. J'aurais dû… j'aurais dû t'écouter, j'aurais dû rester avec toi et dire la vérité à Hannah. Je n'ai jamais cessé de t'aimer, jamais. Tu m'as dit que tu me pardonnais, mais je ne mérite pas d'être pardonné. J'ai été horrible avec toi. Je t'aimais et je t'ai laissé seule à vivre cette grossesse et… Oh mon Dieu, Bones. Pourquoi ne me l'as-tu pas dit? Je… je l'aurais quitté pour toi, pour elle, disait-il en caressant son ventre froid. Ne t'en vas pas, Bones. Je t'en supplie, ne t'en va pas, ne t'en va pas, ne t'en va pas! »
Il prit sa main et plaça ses lèvres à l'intérieur de son poignet. Ouvrant les yeux, il vit un petit tatouage, vraisemblablement récent, qui ornait l'endroit où passaient ses veines.
मंडप
Il avait vu ce symbole avant, il savait ce que cela voulait dire.
Booth.
Elle avait fait tatouer son nom dans une des plus anciennes langues du monde sur son poignet, à l'endroit exact où il avait ses propres tatouages.
« Bones! » Fit-il avant d'éclater à nouveau sous la peine qu'il l'accablait tombant à genoux devant le corps de celle qu'il avait toujours aimé.
« Non, pitié, Seigneur, non, pas elle, je vous supplie. Prenez-moi, mais ne la prenez pas elle! Je vous en prie, Seigneur! »
Il priait pour lui. Il priait pour elle. Il priait pour la petite âme de son ange qui s'était envolée et même s'il savait que Bones détesterait l'idée qu'il priait pour son âme, il ne pouvait s'empêcher de demander à Dieu de la garder avec lui un seul jour, une seule heure, une seule minute de plus.
Ses mains jointes avec la sienne espéraient un petit mouvement, un petit réflexe… rien, pas même un battement de cœur.
Il embrassa ses mains une dernière fois et souleva son regard pour apercevoir la gamine qui se trouvait devant lui de l'autre côté du corps de Bones.
« Mais… » Chuchota-t-il en comprenant tout.
Il contourna la civière et s'agenouilla à ses pieds cherchant la moindre trace d'identité. Seuls ses yeux d'un bleu clair la trahissaient. Il fouilla partout sur elle et ce ne fut que lorsqu'il découvrit l'étiquette de son sac-à-dos que son monde s'écroula à nouveau.
Christine Brennan-Booth, y était-il écrit.
« Oh, ma chérie, dit-il en embrassant la joue de la fillette, je suis tellement désolé, mon poussin. Je ne voulais pas… »
Aussitôt avait-il commencé sa tirade que lentement, le visage rassurant de sa fille disparaissait devant ses yeux.
« Non! Ne t'en va pas, Christine! S'il-te-plait, ne t'en va pas, ne t'en va pas, ne t'en va pas. Christine! Christine! Hurlait-il alors que le fantôme de sa fille disparaissait en même temps que celui de sa mère. Reviens, Christine! Reviens! »
À suivre…
NA : J'espère que ce n'est pas trop incohérent, j'ai pleuré à plus d'une reprise en écrivant ce chapitre, moi qui ne pleure jamais!
