La salle de cours des 1S4 était au deuxième étage du bâtiment principal, celui par lequel les 3 adolescents étaient rentrés deux heures auparavant. La salle était incroyablement spacieuse et lumineuse grâce aux 4 baies vitrées, entourées de longs rideaux mauves, et qui recouvraient presque l'intégralité du mur de gauche. Un grand tableau véléda ainsi que trois tableaux d'affichage et un vidéoprojecteur avaient également été installés pour optimiser les conditions de travail. Au milieu de la pièce, huit rangés régulières de chaises et de tables individuelles avaient été placées pour permettre aux élèves de travailler. Sur chacune d'entre elles avait été collée une étiquette indiquant le nom de l'élève. Pour le début de l'année, les élèves devaient automatiquement se placer par ordre alphabétique.

Une fois tout le monde assis, l'heure des présentations avec le professeur principal put commencer.

« Je m'appelle Stein. Je serai votre professeur de SVT ainsi que votre professeur principal durant l'intégralité de cette année scolaire. Des questions ? Non ? Tant mieux. Je déteste les fouineurs de toute manière. »

Stein était un nouvel enseignant. Par conséquent, personne encore dans la salle n'avait déjà assisté à l'un de ses cours. Tout le monde s'interrogeait et se demandait s'il fallait rire ou pleurer de cette étrange réflexion.

« Ce type sera donc mon tout premier professeur. »

Kiba le dévisagea longuement. Habillé d'une blouse blanche et d'un simple pantalon de velours brun, Stein s'était placé à califourchon sur sa chaise, une bien étrange position pour un éducateur. Ce dernier fit mine de reporter toute son attention sur les différents paquets de feuilles qui avaient été placés sur son bureau. Après avoir maugréé entre ses dents, il interpella les deux premiers élèves qui se trouvaient dans son champ de vision et leur demanda de distribuer les documents au reste de leurs camarades :

« Bon, j'imagine que vous avez l'habitude de toute cette paperasse. C'est la même chose chaque année et j'avoue que je n'ai pas très vraiment envie de perdre mon temps pour des choses pareilles. »

Kiba venait tout juste de récupérer l'intégralité des papiers administratifs. Il y en avait des rouges, des oranges, des verts et d'autres couleurs diverses et variées. Il les regarda d'un air perplexe puis tenta vainement de comprendre leur contenu avant de soupirer bruyamment. Trop bruyamment peut-être, puisque son intervention involontaire lui valut d'être le centre de tous les regards.

« Même pas capable de rester discret plus de dix minutes... »

« Je vois que je ne suis pas le seul à détester ce genre de choses, nota Stein avec un sourire amusé, mais puisque vous m'y faîtes penser, continua-t-il en regardant sa montre, pourquoi ne pas consacrer notre temps un peu plus utilement en laissant la parole à notre nouveau camarade ? »

Retourné à ses papiers et bien décidé à ne plus se faire remarquer, Kiba avait, pendant un court laps de temps, écouté d'une oreille très distraite les propos tenus par son professeur.

« Mr. Inuzuka ? Je vous laisse la parole. Vous pouvez nous dire tout ce que vous avez sur le cœur. »
Presque mécaniquement, Kiba releva la tête et regarda d'un air ahuri dans la direction de Shikamaru dans une tentative plutôt vaine de comprendre la signification de la situation. Malheureusement pour lui, ce dernier était profondément endormi et récupérait après le réveil assez brusque que lui avait réservé Ino. Dépité, il tourna la tête vers Stein et demanda d'un air hésitant :
« C'est-à-dire ? Que voulez-vous que je vous raconte ?
- Voyons voir...le pire souvenir de ton enfance par exemple, déclara-t-il en sirotant son café. »

Assez gêné par une requête aussi indiscrète, l'adolescent dut s'y prendre à deux fois avant de commencer. Il réfléchit pendant quelques secondes, se rappela du moment en question et se lança :
« C'était le jour de mes 8 ans. Je m'apprêtais à... »

Presque instantanément, Stein lui fit signe d'arrêter et s'exclama avec ironie :
« Hum...je vois que Mr n'est pas très réceptif aux blagues...Oublions ce que je t'ai demandé, raconte-nous plutôt ce que tu aimes, ce que tu n'aimes pas, des trucs insignifiants dont vous parlez entre vous tels que de votre amour irrationnel pour les équidés ou pour les chanteurs imberbes, que sais-je moi ? Et surtout, reste concis. »

« L'enflure...Il aurait pas pu le dire plus tôt ? En plus, ça m'a rappelé de mauvais souvenirs. »

De très mauvaise grâce, Kiba se leva et se plaça au niveau du bureau de Stein. Il contempla le parterre de têtes brunes qui le fixaient avec la plus grande attention à son plus grand regret.

« Bonjour à tous, je m'appelle Kiba Inuzuka. J'ai 16 ans et je viens ici pour la toute première fois.
Ce que j'aime faire dans la vie ?

« Me promener avec Akamaru, jouer avec mon chien, laver mon chien, donner à manger à mon chien, foutre une raclée à Kankuro (quand il m'embête bien sûr, je suis loin d'être un sadique) et lire les livres de ma bibliothèque. »
« Dormir et ne rien faire... Ah oui ! J'aime beaucoup le Nutella aussi.

Ce que je n'aime pas :

« Mon facteur, mes voisins, ce foutu surnom qui me colle à la peau. »
« Les gens inciviques et ceux qui me dégueulassent mes affaires. Vous êtes prévenus. »

Ma particularité :

« Je suis le fils d'un yakuza. Il y a même quelques armes à feu dans mon placard.»
« Je suis nouveau ici. Mon ancien lycée était bien plus petit et il y a beaucoup de choses qu'il me reste à apprendre. Ne vous étonnez pas si je vous pose un tas de questions. Voilà. »

Presque unanimement toute la classe se mit à applaudir. A sa droite, une porte fut ouverte avec fracas. Visiblement le dénommé Naruto avait entre-temps regagné sa place où trônait ses pieds placés négligemment au-dessus de sa table. Sa présence avait provoqué beaucoup de commentaires peu élogieux. Il leva son menton et fit mine de provoquer son nouvel enseignant. Il fut cependant assez surpris de sa réponse nonchalante :
« Jolies baskets, s'exclama-t-il d'un air admiratif. »

A côté de Kiba, Charles fulminait face à ce cruel manque de sérieux. Il marmonnait et tentait de manifester son mécontentement :

« Et il a fallu que je tombe sur une classe de clowns. Je suis sûr qu'on ne va rien faire de l'année avec ce prof. Vu comment il prend les choses... »

Sa réflexion fut coupée par une réaction assez soudaine de Stein. Il se leva brusquement et d'une voix forte, il déclara avec le plus grand des sérieux :
« Que ceux qui ont pris un stylo avec eux, lèvent leur main. »

Une dizaine de mains se levèrent. Kiba, Ino et Shikamaru se dévisagèrent en même temps. Ils faisaient partie de ce groupe de privilégiés qui avaient pensé à apporter de quoi écrire.

« +2 points, donnez-moi vos noms, je vous en prie. »

Charles hallucinait. Il regardait du coin de l'œil Stein s'approcher de son bureau. Après quelques secondes, il s'arrêta net devant lui et d'une rapidité impressionnante, il s'approcha jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'une vingtaine de centimètres qui sépare son visage de celui de son élève.

« La sélection naturelle. Voyons, Mr. Surlyman. Il s'agit pourtant d'une notion abordée de façon beaucoup plus approfondie en Seconde. Serait-ce une confession de votre part ? Ecoutiez-vous sérieusement en cours ? »
Charles déglutit. Le roux ne s'attendait pas vraiment à ce genre de comportement. De là où il se tenait, il pouvait même sentir l'haleine de son enseignant où se mélangeait l'odeur âcre de la cigarette à l'amertume du café.

La sonnerie vint interrompre ce petit rapport de force. Stein retourna à son bureau et demanda à tous les élèves de remplir leurs papiers administratifs qu'ils devaient impérativement remplir le lendemain. Malgré la fin des cours, de nombreuses personnes restèrent à leur table et parlèrent de leur nouveau professeur principal. Beaucoup d'étudiants formèrent des sortes de cercles disséminés ci et là dans la salle. Kiba rechercha Naruto des yeux. Il ne le trouva pas mais son regard rencontra par inadvertance la table de Shikamaru.

« Il dort encore celui-là ? Ino ne l'a toujours pas réveillé ? »

Ino discutait avec Eri et ne faisait pas le moins du monde attention à Shikamaru. Enfin, c'était ce que Kiba croyait. S'ennuyant et voulant rentrer chez lui, le jeune Inuzuka réveilla doucement Shikamaru et lui proposa de l'accompagner :
« Enfin fini ? demanda Shikamaru en s'étirant.
- Oui. Depuis au moins 5 minutes. Cela te dit de rentrer ? proposa Kiba en lui indiquant du menton la sortie.
-...Allons-y. Choji m'avait dit qu'il devait filer après la sonnerie. Et puis, partons d'ici avant que l'autre se ramène. »
« L'autre ? »

Kiba voulut en savoir plus mais Shikamaru ne répondit pas clairement à ces multiples questions et se contenta de répondre :
« Tu verras. Quand tu l'auras rencontré, tu le reconnaîtras tout de suite. De toute façon, il est toujours en très bonne compagnie. »

Contrairement à d'habitude, la cadence des pas de Shikamaru était inhabituellement rapide. On sentait que ce dernier se raidissait à chaque intersection et priait pour ne pas rencontrer la personne qu'il n'arrêtait pas de mentionner.

Arrivés dans la cour, les deux étudiants furent stoppés par un énorme attroupement.
« Et Merde...trop tard, souffla rageusement Shikamaru. »

Un adolescent de leur âge se tenait au milieu d'un cercle de jeunes filles en furie. Il avait un très beau profil, des traits fins, un uniforme impeccable mais des yeux froids et agressifs. Toute cette agitation semblait l'exaspérer au plus haut point. Il avançait droit devant lui sans vraiment faire attention aux filles qu'il bousculait en passant. A ses côtés, une jeune fille aux cheveux roses cherchait à entrer en communication avec lui. Elle lui faisait des grands signes, courait pour rester à sa hauteur et l'appela plusieurs fois par son prénom.
« Sasuke ! »

Ino s'était précipitée vers lui, venant ainsi alimenter l'embouteillage qui bouchait le passage des autres élèves.
Avant même que Kiba puisse voir la suite, Shikamaru l'empoigna par le bras et le força à avancer.

« Tu préfères peut-être rester ici mais je te rappelle que c'est toi qui as les clés. Et ne compte pas sur moi pour assister à ces absurdités. »

Après une dizaine de minutes, ils arrivèrent enfin au portail où ils purent enfin souffler un peu. De là, ils purent continuer tranquillement leur chemin sans être bousculés de tous les côtés. Shikamaru était de plus mauvaise humeur encore que ce matin (était-ce vraiment possible ?) et ne cessait de soupirer.

« C'était donc l'autre dont tu n'arrêtais pas de parler, demanda Kiba qui cherchait à comprendre les propos énigmatiques de son camarade.
-... » fut la seule réponse qu'il réussit à obtenir de Shikamaru.

« Les gens n'aiment pas trop qu'on les force à faire quelque chose, c'est ce que j'ai remarqué avec Maria. Tentons une autre technique. »

« Mais tu n'es pas obligé d'en parler, si tu n'as pas envie. C'est juste que je me demandais pourquoi autant de monde s'était regroupé autour de lui ? Il est célèbre ? Capable de faire quelque chose d'étonnant ? »

Sans s'en rendre compte, Kiba avait touché un point très sensible qui lui permit d'une façon assez inattendue d'avoir la réponse à ses interrogations.
Dans un premier temps, Shikamaru se mit à ricanner, cependant d'un rire presque sordide qui traduisait un certain malaise et une grande rancœur. Kiba le sentit parfaitement et se mit à frémir. Il ne connaissait que trop bien ce rire si habituel. Il ralentit le pas, regarda devant lui pour ne pas voir le sourire presque douloureux qui se formait sur les lèvres de son voisin et écouta attentivement ce que ce dernier lui raconta.

« Doué ? Lui ? Doué pour sa connerie, oui, murmura t-il. »

Il inspira, tira ses bras et reprit une pose décontractée pour faire mine d'aborder un sujet faussement anodin et qui ne le concernait nullement.

« Ce type s'appelle Sasuke Uchiwa. Tu n'as pas besoin de me demander quoique ce soit à son sujet, n'importe qui dans cette école serait capable de te parler lui. Mais bon. J'imagine que tu vas quand même me bassiner avec ça, alors autant clarifier les choses dès maintenant :

Sasuke est le fils d'un illustre PDG à la tête d'un grand complexe hôtelier. Plutôt était. Ce dernier ayant été assassiné il y a environ une dizaine d'années avec sa femme... »

Shikamaru s'interrompit. Son auditeur s'était arrêté, choqué par ce qu'il venait de découvrir.

« Assassinés ?, souffla-t-il nerveusement.

« Assassinés, reprit calmement son camarade. La même année, le malheur vint une nouvelle fois frapper à la porte de cette famille : son grand frère disparut mystérieusement dans des circonstances plus ou moins étranges. Ce qui fit naturellement jasé tout le domaine hôtelier. Afin d'éviter le scandale et de rassurer les actionnaires, le conseiller des Uchiwa reprit la société en main et s'occupa de l'éducation de Sasuke.

A ce stade de l'histoire, la majorité lui prête d'innombrables circonstances atténuantes. Quoi de plus normal d'ailleurs lorsque l'on est un minimum humain. Moi-même, je l'ai pensé à l'époque. « Pauvre garçon. J'espère qu'il aura plus de chances plus tard. ». Cependant, pas d'inquiétude. Ce dernier possède un excellent train de vie, digne des plus grands émirs. Si j'avais su..., se demanda le narrateur l'esprit songeur.

Kiba arrêta sa réflexion et lui posa la question ultime à laquelle Shikamaru s'attendait :
« Pourquoi détestes-tu autant ce mec. Qu'est-ce qui justifie que tu sois autant en rogne contre quelqu'un qui a vécu tant de souffrances ? »

Ce fut cette fois-ci au tour de Shikamaru de s'arrêter. Il se tourna vers Kiba et planta dans ses yeux son regard lassé, blasé et impartial.

« Quelles que soient les souffrances qu'un homme a pu connaître, ces dernières ne justifient en rien et ne sont en aucun cas un prétexte pour faire souffrir son entourage. Ce mec...ce type est tout bonnement odieux : il méprise son prochain, sous prétexte que ce dernier n'a pas pu atteindre son seuil de souffrance et donc son seuil de connaissance de la vie. Surtout ceux qui cherchent à l'aider. Ceux-là, il les détruit littéralement...Oui, c'est bien ça que je lui reproche. En dehors de son physique avantageux et trompeur, Sasuke n'est en réalité qu'une sorte d'être inhumain qui n'éprouve ni peine, ni pitié, ni compassion pour ses congénères. Il se contente de les détruire, sorte de punition divine, de revanche sur la vie qui ne l'a pas gâté...Cet imbécile qui n'a rien compris à rien, marmonna-t-il rageusement. »

Ses mains tremblaient de fureur. Son visage s'était assombri. Il fixait un point de l'horizon avec détermination et serrait son poing avec force.

« Je vois...J'en ai appris un peu plus sur ce Sasuke. Cependant, beaucoup de points restent flous. A quel événement, Shikamaru faisait-il référence ? Dans tous les cas, il n'a pas l'air très commode...De plus, plus je vois Shikamaru et plus je regrette de lui en avoir parlé, il ne semble pas aller très bien. »

« Sans passer du coq à l'âne, qu'as-tu pensé de ma présentation ? le questionna son camarade, histoire de lui faire changer les idées.
- Pas mal. Par contre, la prochaine fois que tu cherches à prendre modèle sur quelqu'un, évite de prendre exemple sur moi ou encore sur Ino. On est loin de se comporter comme la norme, tu sais.
-Ah !...Tu avais remarqué, s'exclama Kiba, gêné que son camarade est si facilement déjoué ses plans.
-Et ne crois pas que je n'aime que dormir et ne rien faire. Dans les moments où « je ne fais rien», je médite et je me repose. Tu ne peux pas comparer ça au vide absolu.»

Il marqua une courte pause et continua plus doucement pour que les autres ne puissent pas entendre le reste de leur conversation:
« De plus, n'aie pas si peur que ça d'affirmer ta différence. Tout du moins devant moi. Je peux t'assurer que ça ne me fait ni chaud, ni froid...C'est plus sain que de nous faire ta tête de mariolle, crois-moi. »

Shikamaru se mit soudainement à sourire d'un air rêveur, emporté par un autre souvenir cette fois-ci plus calme et agréable que le précédent qu'il venait de se remémorer.

Sans vraiment s'en être aperçu, les deux garçons étaient déjà arrivés à destination. Devant le portique, Akamaru aboya et sauta dans tous les sens pour accueillir son maître. Kiba précéda son camarade et ouvrit la porte qui grinça, manière à elle de leur souhaiter la bienvenue. Il déverrouilla la porte d'entrée et laissa négligemment traîner ses chaussures sur le tapis vert, posé à cet effet. Après avoir refermé la porte, les adolescents traversèrent ce petit couloir recouvert d'une fine tapisserie bleue pleine de fleurs de lys pour atteindre le salon situé à leur gauche. Ce salon à la française possédait quelques meubles à la mode 19ème dont le fauteuil où s'écroula Shikamaru fit partie. Sans plus de cérémonie, il s'endormit sans prévenir.

« Une vraie marmotte. A peine levé depuis une trentaine de minutes que le revoilà couché. »

Le jeune Inuzuka jeta un coup d'œil à sa vieille pendule.

« 13h 30 ? Il faudrait que je nourrisse mon très cher copain. »

Après avoir chauffé 2 steaks et du riz, il en coupa un en morceau dans une assiette qu'il posa à ses pieds. Très heureux de ce repas plus copieux qu'à l'accoutumé, Akamaru remua énergiquement la queue et fit honneur au plat. Comme à son habitude, Kiba s'assit à côté de son chien et mangea en posant son assiette sur les genoux. Il se mit ensuite à lui raconter brièvement ce qui lui était arrivé à l'école, comme il l'aurait fait avec un être humain.

« Et puis, c'est à ce moment que j'ai rencontré mon professeur principal. Il est totalement différent de Monsieur Matterson, tu sais. Je me demande si je vais réussir à m'y habituer...Tiens, maintenant que tu m'y fais penser, il faut que je remplisse les papiers qu'on nous a distribué, déclara-t-il en posant les deux assiettes dans l'évier. »

Il s'assit sur le canapé, situé juste à la droite de Shikamaru, et étala en éventail tous les papiers sur la table basse devant lui. Il attrapa au hasard une des feuilles et tomba sur celle concernant la cafétéria.
« Pensionnaire ou demi-pensionnaire ? Interne ? ...Attends mais si je mange là-bas, qui va nourrir mon chien ?!...Mince, j'y avais pas du tout pensé, bredouilla l'étudiant en regardant d'un air désolé Akamaru qui reniflait les chaussettes de Shikamaru. »

Il remplit d'abord les cases les plus faciles et laissa celles qu'il ne comprenait pas vides. Il se disait qu'il demanderait des conseils à ses deux colocataires. Ne sachant que faire, son esprit se mit à vagabonder. Commençant par une analyse minutieuse de sa plante verte, cette réflexion le mena sans qu'il sache vraiment comment vers l'histoire que lui avait raconté son voisin profondément endormi.
« Assassinés. » répéta-t-il en boucle.

Ce mot le hantait depuis plus d'une heure. Sans le vouloir, il essayait de s'imaginer le déroulement des événements sans arriver à y parvenir. Un cuisant mal de crâne lui barrait à chaque fois le chemin vers l'imaginaire. Ce dernier finit par gagner du terrain jusqu'à en devenir insupportable. Épuisé par la douleur, Kiba s'écroula lourdement sur le canapé.

Son mal de tête avait soudainement disparu. Son canapé ainsi que son salon tout entier aussi. Il était par terre dans une salle sombre et ne pouvait pas bouger. Étrangement, il avait très froid et ne pouvait pas détourner le regard de la chose qui se tenait devant lui et qu'il n'arrivait pas discerner.

« Qu'est-ce que... »

Avant qu'il ait pu terminer sa phrase, le paysage changea du tout au tout. Il se trouvait cette fois dans une rue qui lui était inconnue. Devant lui, un gamin coiffé d'une casquette verte fonçant vers lui. Il criait joyeusement et courrait de toutes ses forces avec ses petites baskets rouges. Il passa à côté de Kiba si rapidement qu'il ne put apercevoir son visage. En le voyant s'éloigner, le garçon éprouva une douceur infinie qui le traversa. Qui était donc ce gamin ? Et pourquoi le rendait-il si heureux ? Il se mit donc à sa poursuite tentant de comprendre la signification de ce rêve absurde. Trop concentré par sa cible, il ne vit pas l'obstacle qui se trouvait sur son passage et qui le fit basculer violemment contre le sol. Au moment où il allait percuter le béton, le jeune homme se réveilla brusquement. Il était à nouveau sur son canapé, cette fois-ci avec une couverture sur ses genoux. D'un geste machinal, il sortit son portable de sa poche et voulut consulter l'heure.

« Ah oui ! Je l'avais éteint.»

Telle ne fut pas sa surprise quand il vit l'heure s'afficher sur l'écran de son appareil.
« 17h ?! J'ai dormi combien de temps au juste ? »

Il lui avait semblait que seulement une dizaine de minutes s'étaient écoulées et pourtant. Abasourdi, il resta quelques minutes à ne pas bouger. Peut-être était-il encore en train de rêver ?
Il posa son regard sur le siège où Shikamaru s'était assoupi. Vide bien sûr.

« Je dois rêver, c'est sûr. Moi, dormir plus lui, ça me paraît improbable. »

Alors qu'il s'apprêtait à se recoucher, il entendit deux voix masculines. Il se leva sans faire de bruit et avança sur la pointe des pieds jusqu'à la cuisine. Il y retrouva Shikamaru en grande conversation avec Kankuro. Sans qu'il ait pu saisir la moindre miette de la discussion, Kankuro l'interpella.
« Alors Kiki ? La rentrée, c'était comment ? »

Il se rappela soudainement de ses SMS. D'un côté, il avait l'impression qu'il s'était bien foutu de lui ce qui l'énervait au plus haut point. Mais d'un autre côté, il l'avait aussi bien aidé. Afin de rester correct, Kiba retint en lui une réplique cinglante et se contenta de répondre simplement :
« Bien. On est juste arrivé un peu en avance. Sinon, j'ai pu rencontrer mon professeur principal.
- C'est tout, s'écria son interlocuteur, déçu de ne pas susciter plus de réaction.
- Ouais, tu t'attendais à quoi ? A ce que je te raconte un roman de quinze pages, peut-être ? proposa Kiba en grimaçant conscient qu'il venait de lui suggérer une très mauvaise idée.
- Pourquoi pas ? J'ai tout mon temps à perdre, tu me connais. Mais surtout, je m'attendais ce que tu me décrives un peu L'attraction.
- T'as pas dû bien capter, Kank. Aujourd'hui, je suis allé à l'école. Pas dans un centre d'attraction, lui répondit Kiba qui avait repris son ton et son éloquence habituels.

Il fixa son ami d'un drôle d'air. Il sentait la réponse « foireuse » arriver à grands pas. Elle ne se fit pas attendre d'ailleurs.
« L'infirmerie, bien sûr ! Ne me dis pas que tu ne lui pas au moins montré, toi le grand gaillard, dit Kankuro en apostrophant Shikamaru. »

Devant la tête exaspérée des deux jeunes étudiants, il se tapota doucement la tête en guise de grande désolation et s'entreprit à enseigner la vie à ces deux ignorants.
« Le mythe de la belle infirmière, vous connaissez pas ? Et ça ce dit mature et pubère ! »
Shikamaru coupa net à son discours élégiaque et annonça une nouvelle qui déplut beaucoup à notre « grand » connaisseur :
« Pour quoi faire ? On a un infirmier à l'école. Et ne nous rabâche pas non plus le mythe de la bibliothécaire. Ce n'est pas la peine puisqu'il s'agit aussi d'un homme. »

Profondément accablé, le pauvre homme posa ses bras impuissants sur les épaules de Kiba :
« Une école sans infirmière, c'est pas une école. Change, Kibou ! Il est encore temps de changer ! »
N'arrivant plus à se contrôler plus longtemps, Kiba cria son éternel discours qu'il accompagna par une très vive secousse sous l'air amusé de Shikamaru :
« Kibou ? Mais tu te prends pour quoi, mon vieux ? Déjà que je n'accepte pas qu'on m'appelle Kiki, tu croyais vraiment que j'allais laisser passer un vieux surnom aussi pourri ?
-Mais c'est mignon, Kibou ! »

Ino venait de faire son apparition. Elle tenait dans sa main gauche un sac de course qu'elle posa sur un comptoir. Ses cheveux étaient en bataille et on pouvait même voir des traces de bleus sur sa main droite. En guise de réponse devant tous ces regards interrogatifs, elle se redressa et déclara fièrement :
« J'ai perdu la bataille mais pas la guerre. Une femme amoureuse est plus émoussée que le tranchant d'une épée... Sinon, j'ai ramené des haricots verts frais. C'est festin ce soir.»

Elle se mit ensuite aux fourneaux et prépara rapidement le dîner qui fut animé par des imitations de Stein et un débat sur le surnom de Kiba. Exaspéré, ce dernier se réfugia dans la cuisine où il fit la vaisselle. Il fut rejoint rapidement par Kankuro.

« Enervé ? lui demanda-t-il en attrapant une canette dans le placard.
- Pas vraiment. A vrai dire, j'ai l'habitude avec toi. Mais, ça ne veut pas dire que tu dois leur donner de si mauvaises idées, s'empressa-t-il d'ajouter.
- Ahahaha ! Tu sais bien que c'est plus fort que moi... »

La conversation reprit lorsque Kiba rangea la dernière assiette dans le tiroir et vit Kankuro enfiler son manteau. Il le suivit et le rattrapa sur le palier.
« Tu pars ? A cette heure ? le questionna-t-il.
- Il n'est jamais trop tôt pour aller piquer un somme.
- Shikamaru sort de ce corps, lui ordonna Kiba. »
Ils rirent tous les deux sans s'arrêter pendant quelques minutes avant de se retenir pour reprendre leur souffle mis à dure épreuve. Une fois le fou rire passé, Kankuro reprit la discussion, cette fois-ci en abordant un sujet plus sérieux :
« Blague à part, j'ai l'impression que quelque chose ne va pas. Si, ça a un rapport avec l'école, n'hésite pas à m'en parler. Tu sais, je suis aussi passé par là quand j'avais ton âge...
- Non. J'ai juste mal à la tête. Cela m'arrive de plus en plus souvent ces temps-ci, le coupa son ami, le regard hagard. »

Alors qu'il avait presque oublié la présence de ce dernier, Kankuro posa doucement sa main sur sa tête et ébouriffa lentement ses cheveux. Une minute plus tard, il claqua ses doigts devant le visage interrogatif du jeune Inuzuka.
« Pouf. Et voilà. Tu n'auras plus mal à la tête pendant un certain temps. Si néanmoins, la douleur persiste, n'hésite pas à me prévenir.
- Qu'est-ce que c'est que ce charabia ? Depuis quand tu es médecin ? L'interrogea son ami en gloussant.
- Je ne suis pas médecin. Je suis un magicien, lança-t-il avec un sourire malicieux avant de disparaître dans l'obscurité.

Ce soir-là, Kiba ne repensa pas au rêve étrange qu'il avait fait, trop accaparé par la soirée qu'il venait de passer. Il se coucha rapidement en prenant au préalable le soin de mettre son réveil assez tôt et plongea dans un sommeil profond et sans rêve.

Akamaru poussa avec son museau la porte de la chambre de son maître. A l'aide de la chaise, il monta sur le bureau et contempla un instant le paysage urbain à travers les volets. Dehors. Un monde hostile où un danger grandissant faisait son apparition. Il le sentait. Ce danger approchait.
Un bruit se fit entendre. Fausse alerte, ce n'était que Kiba qui bougeait dans son sommeil. Le chien reporta ensuite toute son attention sur son maître toujours endormi et totalement inconscient de ce qui se tramait à l'extérieur.

« C'est peut-être mieux ainsi. »

Il s'installa ensuite aux côtés du lycéen et ferma ses yeux à moitié-clos, à l'affût du moindre bruit.