Les Bronzes débarquent


— Seiya, assois-toi convenablement sur ton siège ! Nous allons atterrir !

— Je ne capte plus la Wi-fi ! C'est bien la peine de louer un jet privé s'il n'y a pas de wifi gratuit !

— Ça ne va pas s'arranger au sanctuaire, tu sais.

— Mettez vos ceintures ! leur intima Saori.

Ils avaient beau être les chevaliers les plus puissants de leur siècle, ils ne restaient qu'une bande de gamins indécrottables de vingt-trois / vingt-quatre ans. Quand elle était en danger, leur combativité corrigeait leur manque de maturité, faisant d'eux des hommes responsables et des soldats héroïques.

— Shiryu, éteins ce portable !

— Euh, oui, oui tout de suite. Je dis juste à Shunreï que…

— De suite !

— Mais elle va me passer un savon si je ne le fais pas maintenant !

— C'est les hormones, fit Hyôga.

— Ouais.

— Oh regardez, il fait nuit, remarque Shun en se réveillant contre le hublot.

— Si personne ne regagne sa place immédiatement, je demande au pilote de faire demi-tour.

— AH NON ! fit Seiya. Nous devons aller au sanctuaire le plus expressément possible !

— Ta gueule Seiya, tu nous fatigues, firent ses trois compagnons de voyage.


Kiki observa le ciel à l'extérieur du temple de son maître. Le ciel était dégagé et de maigres nuages dissimulaient les étoiles lustrant le ciel estival. La fraîcheur commença à tomber, ses poils se redressèrent sur ses bras.

Lorsqu'il remarqua le jet de part en part, il se redressa en un bond sur ses deux jambes.

— Maître, ils sont arrivés !

Son sourire perdit de sa consistance lorsqu'il constata son maître en train de somnoler sur sa tablette, les yeux rouges, le teint blanc. Il l'appela une seconde fois et Mü reprit ses esprits.

— Moui, moui… Je viendrais accueillir Athéna comme il se doit. Pars devant Kiki, je te rejoindrais.

— Vous allez vous rendormir, pas vrai ?

Il marmonna quelque chose de complètement inaudible. L'apprenti du Bélier ne sut si son maître lui faisait un reproche ou s'il râlait dans sa barbe. Quand son maître n'était pas à fleur de peau, il avait tendance à s'écrouler quelque part et s'endormir en sursaut. Kiki se rapprocha doucement de lui et lui secoua l'épaule avec tact.

— Écoutez maître. Allez vous débarbouiller et vous habiller. La princesse attend un peu de décence de notre part.

— Ô doux Morphée, ne peux-tu pas m'enlever de cet endroit ? murmura-t-il.

— Pardon ?

— Pars devant, je te rejoins, répéta-t-il en se levant dans un ralenti cinématique, lâchant une réplique surprenante. Je vais me passer de la crème sous les cernes.

Kiki attendit que son maître traverse le couloir avec un élan précieusement contenu. Il s'enferma dans la salle de bain et se fixa dans le miroir, tirant ses cernes du bout de ses index. Le gamin roux en profita de cette occasion pour s'emparer de la tablette.

« Que faire aux Pays-Bas en hors-saison ? »

« … prouvé scientifiquement que de travailler plus de 50h par semaine contribuerait à des troubles mentaux et à la dépression… »

Après avoir lu ces onglets, somme toute intéressants, il rangea la tablette dans son étui. Il tourna les talons, claqua des doigts et se téléporta instantanément.


Kiki arriva serein, le coin des lèvres s'étendant sur la moitié de son visage, les pommettes bien hautes. Au fur et à mesure que l'avion se déposait sur l'aire d'atterrissage, il dévala la pente en sautillant avec légèreté de rocher en rocher, tel le capriné de son signe.

Saori descendit de l'avion. Kiki la contempla.

Malgré la fatigue du voyage, elle marchait, menton en avant, et son regard se perdait dans la ligne de l'horizon obscur. Elle sentit l'air marin, frais, s'engouffrait dans ses cheveux qu'elle tint avec son large chapeau tressé. Son corps composé de courbes opulentes avançait avec solennité et intransigeance, recouvert d'une robe blanche virginale enserrée d'une fine cordelette de lin blanc autour de la taille où suspendait des coquillages. Un fin gilet en cachemire descendit jusqu'à ses genoux pâles, laissant ses jambes épilées luire sous le reflet de la lune. Elle fit claquer bruyamment ses nus-pieds de cuir renfermant ses petits pieds tout serrés.

Kiki alla à sa rencontre prudemment. Son duvet s'épaississait à peine sur son visage la dernière fois où la princesse avait remis les pieds au sanctuaire. C'était un préadolescent et elle, était dans sa vingtaine bien entamée. Pour le jeune rouquin, Saori restait une femme pure, fière et resplendissante, qu'importait les circonstances. Sa simple vue lui redonna un baume au coeur indescriptible.

Il se téléporta et apparut à quelques mètres de la déesse afin de ne pas la surprendre. Il la rejoint, effectua une courte révérence. Saori le regarda, perplexe, et se mit à rire. Un petit rire cristallin qui donna le rouge aux joues de l'adolescent.

— Ah… Kiki. Comme tu as grandi ! Relève-toi. ( … ) Tu m'as déjà dépassée en taille !

— Mon maître me dit que j'ai encore quelques centimètres à prendre. Si vous le souhaitez, je peux vous téléporter jusqu'à votre Naos au temple du Pope. Je vais prendre votre sac, princesse.

— Je te remercie Kiki. Je pense directement poser mes affaires là-bas et parler un peu avec le pope. Je saluerai la chevalerie et les habitants du sanctuaire lorsqu'ils seront tous levés.

Mon maître vous en sera très reconnaissant, pensa Kiki.

— Je t'attendrais. Passe le bonjour à Seiya et ses amis avant.

— Ils sont ici ?! s'exclama-t-il, des paillettes dans ses immenses yeux bleus-gris.

— Oui… Je ne sais pas ce qu'ils fabriquent dans cet avion.

Seiya sortit la tête de la porte et poussa une beuglante digne d'un Jean-Relou du supermarché.

— SAORI ! TU AURAIS VU MON CHARGEUR ?!

— NON ! répondit-elle investie, faisant au mieux pour ne pas paraître lassée. AS-TU VÉRIFIÉ DANS TON SAC ?

— AH, J'Y AVAIS PAS PENSÉ !

— SEIYA, ESPÈCE DE BOULET ! cria Hyôga.

— ÇA FAIT CINQ MINUTES QU'ON INSPECTE SOUS LES SI ÈGES !

Saori souffla longuement, bras croisés sous son imposante poitrine, tapant du pied au sol.

— S'il te plaît Kiki. Ne deviens pas eux quand tu seras plus grand.

— Comptez sur moi.


Shun descendit le premier avec entrain, appréciant enfin de se dégourdir les jambes, s'étirant les bras. Il avait coupé ses cheveux, troqué son pantalon blanc à bretelles digne d'un music-hall ringard contre un jean rapiécé d'une génération émo des années 2000. Malgré son changement de style drastique, son apparence resta inchangée. Beau comme un éphèbe et ambigu tel un enfant sans genre, avec son visage radieux et ingénu.

— Kiki ! Tu as pris en stature dis-donc ! Si je n'avais pas vu cette tignasse rousse, je ne t'aurais pas de suite reconnu.

— Heureux de vous revoir les gars ! lança-t-il en une poignée de main franchouillarde.

— Tout le monde va bien au sanctuaire ?

Que dire, que dire ?

Que son maître frisait le burn-out social et émotionnel parce que ses amis l'exploitaient comme un prisonnier cambodgien dans un camp de Khmers rouges et qu'il finirait par exploser telle une chaudière centenaire non entretenue ? Que le maître de son maître, obsédé par une sourde, invisible, fictive et imaginaire menace communiste - ou appartenant à un groupuscule sectaire et religieux, ou parti politique orienté à l'extrême, ou pire encore ! Des anarchistes-communistes ! - laisse la gestion de son propre sanctuaire à désirer ? Sans parler de Milo en pleine déprime, Aldé en plein doute existentiel concernant sa mission sur Terre. La fois où il avait surpris Aphrodite en pleine fugue avec un drôle de type blond avec un costume à rayures noir et blanc à l'esthétique plus que contestable. Ou encore de la rivalité quasi volcanique d'Aioros et Saga qui, à chaque poignée de main, menaçait de foutre le feu au sanctuaire. Sans occulter l'intervention de Deathmask dont il ignorait le sujet. À ce qu'il avait compris, c'était à propos de budget puis d'alcoolisme et d'un architecte sorti d'on ne sait où… Ah oui ! Les nouveaux apprentis à la ramasse dénichés par Aioros ! Dire qu'il faillit l'oublier.

Comment allait-il annoncer quelque chose d'ordonné et de positif à cette simple question de courtoisie. Son long « Euuuuhhh… » meublant son hésitation commençait à se faire long. Franchouillard Bélier qu'il était, Kiki ne savait pas mentir. Son sourire n'était pas sincère et cela se ressentait. On aurait dit qu'il s'était mis des pinces à linge sur ses deux joues.

Si Shun feignait de ne rien remarquer par politesse, Saori lui adressa un regard transperçant qui lui refroidit l'échine. Il se retrouva bien gêné. Si seulement la princesse savait ce qui l'attendait… Elle était fatiguée et elle méritait de se reposer.

— Non, non, je ne vois pas pourquoi ça n'irait pas !

Il ria en se grattant la joue puis ajouta : « Dohkô, le plus-du-tout vieux maître, se porte très bien en tout cas ! » Ce fut la seule chose positive à tirer de tout ça.

Saori lui donna un sourire décontracté, tendre. Elle semblait lui répondre que quoi qu'il puisse se passer, ce n'était pas de sa faute à lui et cela le déchargeait de cette anxiété passagère.

Passé ce réconfort, Seiya sortit de l'avion, et du haut des marches, le bras levé et son téléphone en main, Kiki pensa qu'il était en train de les filmer, ou qu'il se prenait en photo pour ses selfies. Enfin, c'était le nom que donnaient les jeunes en dehors du sanctuaire quand on effectuait son autoportrait avec la caméra de son portable. Il postait ça sur un réseau appellé Instagram. Il avait épié par-dessus l'épaule d'Aphrodite un jour et son compte Instagram comptait plus de mille photos avec sa tête et des centaines de milliers d'abonnés.

Kiki avait juste un facebook duquel il pouvait chatter avec des amis qu'il avait rencontré sur internet. Mü insista pour que ce soir, il se déconnecte jusqu'à nouvel ordre en attendant que la chasse au traître finisse par se tasser. Il était son petit-disciple certes, néanmoins Shion ne le ménagerait pas pour autant.

Hyôga poussa Seiya dans le dos.

— MAIS AVANCE AVEC TON PORTABLE !

— Attends ! Je regarde ce qu'y a !

— Tu nous emmerdes Seiya.

— Ouais bon, t'façon, y a que des Nosféraptis.

— De quoi il parle ? demanda Kiki - à Shun avec ses yeux mi-clos de lassitude.

— Pokemon Go.

— Hein ?

— C'est comme le jeu Pokémon, mais sur le portable en réalité virtuelle, lui expliqua-t-il avec douceur. Tu les vois à travers ton écran dans l'environnement, tu peux les traquer sur une carte et les capturer.

— Ça a l'air fun !

— Je m'y suis amusé un certain temps, puis deux semaines après je m'en suis vite lassé. C'est très redondant à force. Je préfère les jeux sur console.

— Je connais, mais j'ai jamais joué à Pokémon. Je n'ai jamais eu de console non plus… ajouta-t-il tristement. Enfin mon maître a une tablette de compétition, seulement ce n'est pas la mienne alors je n'y vais pas trop dessus.

— Allez, je suis sûr que tu auras un ordi un jour ! dit Shun enthousiaste pour lui remonter le moral.

Mouais… pensait-il. Vu la tournure que prenaient les choses au Sanctuaire, l'ordinateur personnel ne sera pas pour tout de suite.

Pendant ce temps, Shiryu descendit lui aussi. Il tenait un gros sac de voyage en équilibre sur son avant-bras et se démenait avec sa veste à moitié enfilée ainsi que son Huawei.
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec leurs téléphones ? s'interrogea Kiki. Ne possédant pas un tel appareil, il n'était pas en mesure de bien cerner cette addiction qui touchait les jeunes gens de ce siècle.

— Non. Non ! Écoute… Chérie. Non, là tu es en train de crier, tu n'es pas en train de m'écouter. Chérie ! ( … ) Arrête de crier s'il te plaît ! Mais… ! Non, je ne t'ai pas oublié de t'appeler ! J'allais le faire !

Il écarta son portable de son oreille et un ouragan sonore déferla. Des mots chinois fusillant telles les balles d'une mitraillette. Seiya et Hyôga, dos tournés, se retinrent de se foutre allègrement de sa gueule.

— On vient juste d'atterrir, chérie ! C'est juste que tu m'as appelé en premier ! ( … ) Non ! Non ! Je n'ai jamais dit ça ! Je ne t'ai pas accusé de m'avoir téléphoné trop tôt !

— Ouah. Ça barde à la maison.

— Ce sont les hormones.

— De quoi ?

— C'est comme ça depuis qu'elle est enceinte.

Kiki en tomba des mues.

— HEIN ? Ils attendent vraiment un… un…

— Un bébé, c'est ça.

— Ben oui, ils ne vont pas attendre un camion poubelle.

— Si c'est pour sortir des conneries pareilles, tu peux fermer ta gueule, lui répliqua Hyôga.

— C'est extrêmement misogyne en plus.

— Oéééé, les SJW là, je vous ai pas causés !

— Les quoi ? demanda Kiki.

— JE DOIS RACCROCHER, JE TE RAPPELLE DANS UNE DEMI-HEURE PÉTANTE, OUI ! Je t'aime, 我的宝贝 ! Bisous d'amour, bisous d'amour.

Il raccrocha enfin, dérobant le dernier mot à son assaillante qui arracha un long soupir au guerrier éreinté. Il observa de haut Seiya et Hyôga, le sourire divisant leurs visages en deux parties distinctes. Hyôga finit par pouffer.

— « Bisous d'amour ! » l'imita-t-il avec un ton délicieusement cul-cul la praline.

Il se marra de sa connerie avec Seiya alors que Shiryu fit de son mieux pour les ignorer royalement. L'entraînement du vieux maître consistant à rester immobile sous une cascade d'eau glacée pendant plusieurs jours paraissait être plus plaisant et moins aliénant que d'écouter ces deux crétins se moquer de lui. Ah… Elle n'avait que quatorze ans à cette époque, et qu'est-ce qu'elle était docile, aimable et inoffensive. Souvenirs lointains s'il en fut ! Désormais, elle serait capable de le terrasser le lion de Némée en personne. Si quelqu'un venait à s'attaquer à elle, il plaignait son agresseur.
Bon sang. Qu'est-ce qui pouvait se passer dans le cerveau des femmes pendant leurs grossesses ? Cela doit être l'Enfer, pensait-il. Il y était descendu aux Enfers avec ses compagnons d'armes et loin d'être l'endroit le plus inhospitalier de l'Univers ( en y omettant les Champs Élysées ), il n'osait entrevoir le MAL derrière ces hormones maléfiques, prenant possession de sa chère et tendre, la transformant en grosse daronne digne de la police militaire de son pays.
Les Dieux pouvaient frapper. Aucun ne détiendrait cette aura terrifiante que portait Shunreï quand la vie germait au creux de ses entrailles.

Shiryu s'excusa de ce contretemps auprès des autres, partit saluer Kiki à son tour en ignorant les deux dindes qui gloussaient à cinq mètres de lui.


Après avoir prévenu Saori, le pilote repartit dans un quart d'heure vers l'aéroport d'Athènes.

— Les garçons, reprit Saori. Je vous laisse pour ce soir. Libre à vous de saluer les autres chevaliers ou vous reposer.

— Ils sont où déjà les dortoirs ?

— Les dortoirs des apprentis sont à l'ouest du sanctuaire. Vous irez séjourner dans les loges vacantes des chevaliers d'argent. Je dois vous laisser dès à présent, le trajet m'a épuisé, conclut-elle en lançant un regard à Seiya qui ne semblait pas concerné le moins du monde.

— Princesse, si vous voulez bien, lui demanda Kiki en lui tendant le bras tel un gentleman.

— Oui, Kiki. Nous y allons.

Le quatuor des chevaliers de bronze lui adressa un au revoir de la main, suivi d'un classique « Bye-bye ! ». Lorsque la déesse et l'apprenti du Bélier quittèrent la piste d'atterrissage du sanctuaire, les bronzes s'interrogeaient sur ce qu'ils allaient faire désormais.

— On a qu'à aller bouffer un bout chez Aldé !

— On ne vas pas aller l'emmerder si tard pour un barbecue.

— Les cantines sont fermées. Vous savez l'heure qu'il est ?

— On n'a qu'à aller à Rosario commander des pizzas et on se ramène chez quelqu'un qui ne dort pas !

— Réfléchis, il est vingt-trois heures vingt Seiya. Tout le monde se prépare à aller au lit hormis les chevaliers faisant leurs tours de garde.

— AH ! s'exclama Hyôga. Suis-je bête ! Il y a bien une personne chez qui on pourrait squatter les mecs !


Vous le voyez à dix kilomètres chez qui ils vont squatter n'est-ce pas ?
Attendez vous à voir un face à face belliqueux face aux deux plus hautes instances hiérarchiques du sanctuaire ! Croyez-moi, ça vaudra le détour dans le prochain chapitre !

Désolé pour l'énorme délai et retard dont je fais preuve pour les chapitres.
La vie n'est pas hyper aisé pour moi ces temps-ci, je suis paralysé par une fatigue que m'accable mon day-job ainsi que beaucoup de personnes qui me pompent l'air. En tout cas, vous, vous êtes toujours là, et ça fait plaisir de VOUS retrouver et que vous me lisez, et de lire vos reviews !