Chapitre 10
Une fois la bataille terminée, la plupart des pirates avaient ouvert leurs casques, Nico en faisait parti et un éclat l'avait frappé à la tête. Il fut rapidement ramené sur l'Arcadia. Nova, qui n'avait pu participer à la bataille, aidait à l'accueil des esclaves libérés. Lorsqu'elle vit Nico, la tête en sang, elle l'accompagna à l'infirmerie, follement inquiète. Elle aida le docteur Zéro à le soigner. Alors qu'ils terminaient les soins, Harlock et Kei arrivèrent pour avoir des nouvelles.
‒ Il a pris un sacré coup, dit Zéro. Pour l'instant, il est dans le coma et je ne peux pas dire s'il va survivre ou pas. Tout ce qu'on peut faire pour l'instant, c'est attendre. Il faudrait que quelqu'un reste près de lui pendant que je m'occupe des personnes que vous ramenez à bord.
‒ Allez-y, dit Nova, je veillerais sur mon frère. Je vous appellerais si nécessaire.
Un bref éclair de surprise passa sur le visage d'Harlock lorsqu'il entendit ces mots.
‒ Merci, dit Zéro.
Le docteur partit pendant que Nova prenait une chaise et s'installait au chevet de Nico. Elle sentit une main se poser sur son épaule. Pensant que c'était Kei, elle posa sa propre main dessus sans même vérifier, juste reconnaissante de ce réconfort.
‒ Nova, dit doucement Harlock, s'il y a la moindre évolution dans l'état de Nico, viens me prévenir, quelque soit l'heure.
Elle tourna légèrement la tête et vit que c'était lui qui lui avait posé la main sur l'épaule. Elle retira sa propre main en rougissant légèrement, confuse.
‒ D'accord, dit-elle, je viendrais.
Il sortit de l'infirmerie, suivi de Kei, et Nova se prépara à la longue attente.
Les heures s'écoulèrent doucement, s'étirant de plus en plus tandis que la nuit avançait. Kei avait apporté un plateau-repas à Nova mais elle y avait à peine touché. Zéro était passé tard dans la nuit, proposant à Nova de la relayer. Elle avait refusé en voyant l'air épuisé du médecin. Le matin approchant, Nova commença sérieusement à piquer du nez. Alors qu'elle était à deux doigts de s'endormir, elle sentit la main de Nico qu'elle n'avait pas lâché de la nuit se crisper sur la sienne. Elle se redressa, parfaitement réveillée. Elle examina avec attention le visage de Nico. Elle commençait à croire qu'elle avait rêvé quand il recommença avant de serrer vraiment sa main. Osant à peine y croire, elle l'appela doucement. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de les ouvrir tout à fait et de la regarder. Folle de joie, elle appela aussitôt Zéro qui arriva en pyjama.
‒ Il s'est réveillé, lui dit-elle.
Il examina Nico et sourit.
‒ Tu nous as fait une belle peur, mon gars. Mais on dirait bien que tu es tiré d'affaire, lui dit-il.
‒ Qu'est-ce qui m'est arrivé ? murmura Nico. Je me souviens de rien.
‒ Tu as été soufflé par une explosion et un débris t'a frappé à la tête, lui expliqua Nova. Tu es dans le coma depuis hier.
‒ Tu es restée près de moi toute la nuit ? s'étonna Nico.
‒ Bien sûr, répondit Nova. C'est normal que je veille sur mon frère.
‒ Et maintenant qu'il va mieux, lui dit Zéro, va te reposer.
‒ D'accord. Je repasserais te voir dans la journée, promit-elle à Nico en l'embrassant sur la joue.
‒ Ne traîne pas pour te coucher, lui dit-il, tu as une tête à faire peur.
‒ Attends de voir la tienne, répliqua-t-elle en riant. Tu n'es pas mal non plus.
Elle parcourut la moitié du chemin jusqu'à sa cabine avant de se rappeler la promesse faite à Harlock. Elle fit aussitôt demi-tour. Elle se rendit compte qu'elle ne savait même pas l'heure qu'il était quand elle vit Yattaran venir vers elle.
‒ Salut, Nova. Comment va Nico ? lui demanda-t-il.
‒ Il vient de se réveiller et le doc a dit qu'il était hors de danger, répondit-elle.
‒ Tant mieux. Content de commencer la journée avec une bonne nouvelle, se réjouit le surdoué.
‒ Sais-tu où est le capitaine ? lui demanda-t-elle.
‒ A cette heure-ci, il est dans ses quartiers, pourquoi ?
‒ Je dois aller lui donner des nouvelles de Nico, expliqua-t-elle en commençant à s'éloigner.
‒ Mais il est six heures du matin, dit-il. Il dort peut-être encore.
Elle se retourna en levant les mains en signe d'impuissance.
‒ Il m'a dit de venir tout de suite quelle que soit l'heure, l'informa Nova. Je ne fais qu'obéir à ses ordres.
Lorsqu'elle arriva devant la porte d'Harlock, elle prit le temps de se frotter les yeux pour tenter de se réveiller un peu. La fatigue la rattrapait. Elle frappa et la porte s'ouvrit. Quand elle entra, elle vit qu'il était déjà pratiquement habillé. Il ne manquait plus que sa veste, sa cape et ses armes. Cela lui fit bizarre de le voir juste avec un pull.
‒ Je vous apporte des nouvelles de Nico, annonça-t-elle en s'approchant. Il s'est réveillé. Le docteur…
A ce moment-là, l'oiseau d'Harlock surgit de nulle part, la frôlant pour aller se poser sur le dossier du fauteuil. Surprise, Nova eut un brusque mouvement de recul. La fatigue provoqua un vertige. Elle perdit l'équilibre. Harlock la retint de justesse et l'appuya contre la table. Il l'observa d'un air inquiet.
‒ Ça va ? demanda-t-il.
‒ Oui, c'est juste la fatigue, je n'ai pas dormi de la nuit. Le docteur a dit que Nico était tiré d'affaire, acheva-t-elle.
‒ Bien. Je me demandais… Pourquoi as-tu appelé Nico « mon frère » ?
Elle sourit.
‒ Vous avez peut-être remarqué qu'il m'appelait « la puce » ?
‒ Oui.
‒ Quand je lui ai demandé pourquoi, il m'a expliqué que sa petite sœur était morte de maladie quand ils étaient enfants. A mon arrivée sur l'Arcadia, je la lui ai rappelée. Du coup, il m'a adoptée comme petite sœur et m'a donné le même surnom qu'il utilisait pour elle à l'époque.
Sentant un mal de tête monter, elle se massa les tempes.
‒ Il se comporte tellement en grand frère avec moi que je n'ai eu aucun mal à le considérer ainsi, ajouta-t-elle. Et depuis qu'il m'a donné son sang, ce lien s'est renforcé.
‒ Un frère, depuis le début, c'est un frère pour toi, murmura Harlock. J'ai cru que…
Nova, qui se massait toujours les tempes, interrompit son geste en sentant la main d'Harlock sur sa joue. Elle leva les yeux et fut surprise de le voir si près d'elle. Avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, il glissa son autre main autour de sa taille, la rapprocha de lui et posa ses lèvres sur les siennes. Nova en resta tétanisée alors qu'à l'intérieur de son corps et de son esprit c'était un véritable ouragan de sentiments et de sensations. Il recula légèrement. Nova reprit son souffle. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle avait retenu sa respiration. Harlock plongea son regard dans celui de Nova, guettant sa réaction. Il y vit surtout de la confusion. Ce qu'elle vit dans le regard brûlant d'Harlock la désorienta davantage. Elle ne savait pas comment l'interpréter ni que penser de ce baiser. Et encore moins comment réagir. Elle n'était sûre que d'une chose, c'était qu'elle avait envie qu'il l'embrasse de nouveau. Une petite voix dans sa tête lui soufflait qu'il ne fallait pas mais la fatigue et l'émotion se liguaient pour l'empêcher de réfléchir. Elle n'arrivait pas à se souvenir pourquoi.
Comme Nova ne bougeait pas, il l'embrassa de nouveau avec douceur puis plus intensément. Au début, Nova n'osait pas faire un geste mais quand il commença à lui caresser délicatement les lèvres avec les siennes, elle sentit une douce chaleur partir de son ventre avant de se répandre dans son corps et elle ferma les yeux. Tant pis pour cette voix qui lui murmurait de le repousser. C'était son premier baiser. Jamais elle n'aurait cru que cela éveillerait de telles sensations. Elle commença à répondre à son baiser avec timidité d'abord avant de s'enhardir. Elle l'enlaça instinctivement, se serrant contre lui. Heureux de la sentir enfin réagir, positivement de surcroit, il glissa sa langue entre ses lèvres. Surprise, pendant une fraction de seconde, Nova eu une hésitation. Elle faillit même reculer. Leurs langues se rencontrèrent et la chaleur de son corps devint brusquement brasier. Elle glissa sa main dans les cheveux d'Harlock, resserrant encore leur étreinte. Leur baiser se fit passionné. Elle n'aurait su dire combien de temps il avait duré mais quand leurs lèvres se séparèrent, elle était haletante et son cœur battait à tout rompre. Il lui sourit, reprenant son souffle, lui aussi.
‒ Tu es épuisée et tu n'as pas les idées claires, murmura-t-il. Je ne voudrais pas que tu me reproches d'en avoir profité. Va te reposer, nous parlerons ce soir.
Il ne put résister à l'envie de déposer un léger baiser sur les lèvres de la jeune femme avant de la lâcher. Décontenancée, ne réalisant pas encore ce qui venait de se passer, elle s'éloigna en reculant tout en le fixant du regard. Elle finit par faire demi-tour et sortit de la pièce. Elle se retourna avant que les portes ne se referment et vit qu'il ne l'avait pas quittée des yeux. Elle regagna sa cabine en marchant lentement, les pensées se télescopant dans sa tête. Une fois arrivée, elle ôta machinalement son ceinturon avant de s'assoir sur son lit. Elle tournait en boucle la scène dans son esprit sans arriver à ordonner ses pensées d'autant plus que le mal de tête s'était sournoisement installé et lui battait douloureusement les tempes. Elle se laissa aller en arrière. Alors qu'elle tentait encore de réfléchir, le sommeil tomba sur elle comme une chape de plomb.
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Nova se réveilla quelques heures plus tard, l'esprit encore embrumé. Elle s'étira avant de se redresser brusquement alors que le baiser d'Harlock lui revenait en mémoire. Elle se toucha machinalement les lèvres, incrédule, tandis qu'elle revoyait la scène. Cela lui semblait irréel et cela avait été tellement inattendu. Elle ne comprenait pas comment un homme comme lui pouvait s'intéresser à elle de cette manière. Le souvenir ressemblait à ces images qui restent parfois d'un rêve à la fois très précis et glissant. Et elle était tellement fatiguée quand elle avait été voir le capitaine, à la fois physiquement et nerveusement à cause de l'inquiétude pour Nico qui ne l'avait pas lâchée de la nuit. Elle finit par décider que cela devait être ça, un rêve. Elle ne doutait pas avoir été voir le capitaine et son esprit épuisé, suite à cette visite matinale, avait extrapolé ce baiser. Oui, un rêve un peu fou qui semble si réel sur le moment, ce ne pouvait être que ça. Elle sourit de sa folie onirique et alla prendre une douche pour achever de se réveiller.
La première chose qu'elle fit fut d'aller voir Nico qui allait mieux et ne manqua pas de la taquiner sur ses cernes Puis elle alla au réfectoire pour tenter de calmer les grondements de son estomac.
‒ Bonjour, Mme Masu, lança-t-elle.
‒ Ah, te voilà, toi ! s'exclama la vieille dame d'un air sévère. Qu'est-ce que c'est que ces manières ? Ton plateau est revenu plein, hier soir, et tu n'est venue ni au petit-déjeuner ni au déjeuner !
‒ Je sais, je suis désolée. Hier, j'étais trop inquiète pour manger et je me suis couchée vers six heures et demi après avoir veiller Nico toute la nuit. Je viens seulement de me lever. Auriez-vous un petit truc sous le coude pour calmer une affamée ?
‒ Mouais, je t'ai gardé un peu de ce midi, mais y a pas grand-chose.
Et cinq minutes plus tard, Nova se retrouvait avec un plateau assez chargé pour rassasier trois personnes !
‒ Et t'as pas intérêt à en laisser, cette fois ! ordonna Masu en agitant un couteau sous le nez de Nova.
Nova la remercia en se retenant de rire et alla s'attabler. Lorsqu'elle repoussa son plateau, enfin rassasié, elle en avait laissé moins que ce qu'elle avait pensé. Elle se rendit compte qu'il était l'heure où elle avait l'habitude d'amener un thé sur la passerelle. Elle le prépara avant de s'y rendre.
Comme à son habitude, elle fit le tour des officiers en poste au rez-de-chaussée avant de monter l'escalier. Elle salua Miimé d'un sourire mais ne lui proposa rien, la Nibelungen lui ayant expliqué qu'elle ne se nourrissait que d'alcool et qu'elle n'en prenait pas lorsqu'elle était sur la passerelle. Elle proposa d'abord un thé au capitaine qui l'accepta. En le voyant, elle se rappela son rêve et en fut troublée. Il lui sembla même qu'Harlock la regardait différemment mais elle chassa vite cette idée de son esprit, la mettant sur le compte de son trouble. Elle se tourna vers le poste de Kei mais la pirate brillait par son absence. Elle proposa donc une tasse à Yattaran, qui la prit en la remerciant
‒ Kei n'est pas là ? demanda-t-elle.
‒ Non, elle aide le docteur à soigner les gens que nous avons libéré hier, répondit-il. Ils sont dans un sale état pour la plupart. Il y a en même un qui est mort, cette nuit. Il y en a d'autres qui sont si mal en point que le doc pense qu'ils n'en ont plus pour longtemps. Au moins, ils mourront libres.
Nova réfléchit un instant avant de se tourner vers Harlock.
‒ Capitaine, verriez-vous un inconvénient à ce que j'aille les aider aussi ?
‒ Non, vas-y, répondit-il. Le docteur a déjà réquisitionné plusieurs hommes, mais il appréciera sûrement ton aide. Laisse ton plateau ici, quelqu'un d'autre ira rapporter les tasses au mess.
‒ D'accord. Merci, capitaine.
Elle posa le plateau et descendit rapidement l'escalier pour rejoindre la soute aménagée en infirmerie/dortoir de fortune. Le docteur l'accueillit avec joie et la mit à la tâche tout de suite. Il y avait une soixantaine de rescapés, et le travail ne manquait pas. Le soir venu, ils passèrent le relais à une autre équipe, chargée de veiller sur le sommeil des blessés et de prévenir le docteur si nécessaire.
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Zéro se rendit alla voir Harlock dans ses quartiers. Il le trouva en compagnie de Miimé.
‒ Capitaine, nous n'allons pas pouvoir garder ces malheureux. Ils sont trop nombreux et sont trop gravement atteints. Deux autres sont morts dans l'après-midi. S'ils ne sont pas hospitalisé dans un centre de soins rapidement, je crains que d'autres meurent bientôt. Je n'ai pas assez de médicaments ni le personnel nécessaire pour m'occuper d'eux correctement et je ne parle même pas de l'infrastructure médicale qui est insuffisante pour un nombre de malades aussi élevé. Ils leur font un vrai hôpital.
‒ Pour l'instant, il faudra se débrouiller avec ce qu'on a, doc, dit Harlock. Nous sommes à cinq jours de voyage de la planète habitée la plus proche. Même en poussant les moteurs à fond, nous ne gagnerons guère plus d'une journée. Entre cette planète et nous, il y une nébuleuse. L'Arcadia peut la traverser, contrairement aux vaisseaux classiques mais avec prudence et certainement pas à l'allure maximale. De plus, c'est une planète où Gaia a une forte présence. Nous ne pourrons l'approcher qu'avec précaution. Je ne pense pas qu'être pris dans une bataille aiderait nos passagers à aller mieux.
‒ Je comprends, dit Zéro. Mais plus le délai sera grand, plus le nombre de décès risque d'être important. Je devais vous prévenir. Bonne nuit, capitaine, Miimé.
Zéro quitta les quartiers d'Harlock, laissant les deux amis en tête à tête.
‒ La planète dont tu parles, c'est la Planète de Fer. Tu comptes vraiment aller les déposer sur cette planète ?
‒ Je n'ai pas le choix. Tu as entendu le doc. Ils sont mourants.
‒ C'est risqué.
‒ Je sais. L'idéal aurait été de les confier à Yamato mais le Perséphone est loin. A quoi bon les libérer si c'est pour les laisser mourir.
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Après avoir dîné, Nova se sentit trop énervée pour dormir. Ne pouvant pas encore passer ses nerfs en s'entrainant, elle alla donc à la bibliothèque pour y prendre un livre. Elle marchait lentement dans les rayonnages, laissant courir sa main sur les livres. Elle n'avait pas d'idée en tête et voulait laisser le hasard décider à sa place. Elle entendit le bruit caractéristique des ailes de Tori. Nova le vit passer au-dessus d'elle pour se poser sur une poutrelle.
‒ Qu'est-ce que tu fais là, toi ? lui demanda-t-elle. Tu n'es pas avec ton maître ?
Saisie d'une intuition, elle se retourna et vit Harlock s'approcher. Quelque chose dans son allure la troubla. Elle se fustigea mentalement. Décidemment, elle fallait qu'elle arrête de penser à ce rêve dès qu'elle voyait Harlock. Il allait finir par se rendre compte de quelque chose. Il s'arrêta tout près d'elle.
‒ Nous devions avoir une conversation, lui dit-il doucement.
Le cœur de Nova sauta un battement avant de repartir à toute allure. C'était ce qu'il lui avait dit dans son rêve... Elle recula d'un pas, bouleversée.
‒ Ce… ce n'était pas un rêve, murmura-t-elle.
‒ Non, tu le croyais ?
‒ C'est que… j'étais tellement fatiguée. Je me suis endormie tout de suite et en me réveillant, cela m'a semblé… irréel.
‒ C'était bien réel, murmura-t-il en l'enlaçant.
Mais cette fois, elle mit ses mains sur la poitrine d'Harlock pour maintenir une distance entre eux et détourna la tête. Si elle avait été incapable de souvenir pourquoi elle devait le repousser lors de leur premier baiser, ce n'était plus le cas. Elle s'en souvenait même parfaitement. Et cela lui faisait mal.
‒ Vous… vous aviez raison ce matin, je n'avais pas les idées claires, dit-elle. Je… suis désolée mais… je ne peux pas. Si vous voulez… si vous voulez que je quitte l'Arcadia, je comprendrais.
Elle prononça ces mots d'une voix tremblante car cela lui déchirait le cœur. Elle était terrifiée à l'idée qu'il la chasse. D'autant plus qu'elle se rendait compte qu'elle n'avait qu'une envie : se laisser aller dans ses bras. Etait-ce ça, être amoureuse ? Harlock ne s'attendait pas à ce qu'elle le repousse, pas après le baiser qu'ils avaient échangé plus tôt. C'était contradictoire. Et la manière dont elle avait exprimé son refus était curieuse d'autant plus qu'elle ne faisait pas beaucoup d'efforts pour se libérer de ses bras.
‒ Il est hors de question que tu quittes l'Arcadia, répondit-il au soulagement de Nova. Dis-moi, tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?
‒ Je ne peux pas, répondit-elle.
Elle sentait le souffle d'Harlock lui caresser la joue. Cela l'électrisait littéralement.
‒ Pourquoi ? murmura-t-il.
Il avait la bouche si près qu'elle sentit le mouvement de ses lèvres contre son oreille. La respiration de Nova s'emballa et son cœur continuait à battre la chamade. Elle ferma les yeux en se mordant la lèvre. Elle avait tellement envie de l'embrasser de nouveau. Ses mains se crispèrent sur la poitrine d'Harlock. Elle devait tenir bon. Comme elle ne répondait pas, il insista. Il ne renoncerait pas sans savoir. Il devait savoir.
‒ J'ai déjà aimé une femme, murmura-t-il. Je l'ai perdue à cause d'un accident. Elle est morte sans que j'aie pu lui dire que je l'aimais. Je ne commettrai pas la même erreur avec toi. J'ai déjà failli te perdre quand tu as pris cette balle pour me protéger. Ensuite, j'ai cru que Nico et toi étiez amoureux et j'étais prêt à lui laisser la place si cela faisait ton bonheur. Mais hier soir, j'ai compris mon erreur sur le lien qui vous unis. Ce matin, je n'ai pas imaginé la façon dont tu as répondu à mon baiser, pas plus que je n'imagine ton trouble en ce moment. Alors dis-moi pourquoi tu ne peux pas.
Nova n'en croyait pas ses oreilles. Il l'aimait !? Harlock, amoureux d'elle !? Elle se mit à trembler. Non, ce n'était pas possible… Elle se trompait… Harlock comprit qu'elle ne voulait toujours pas lui répondre. La serrant davantage malgré sa résistance, il posa ses lèvres sur le lobe de son oreille puis sur le creux juste derrière. Nova ne put retenir un gémissement tellement cela lui retourna les sens. Elle tenta en vain de le repousser. Elle n'arrivait pas à se dégager de son étreinte, c'était comme si elle n'avait plus de forces.
‒ Je vous en prie, ne faites pas ça, dit-elle en tentant encore de le repousser mais il la maintenait fermement contre lui.
Sans l'écouter, il déposa plusieurs baisers sur son cou, la sentant réagir à chacun d'eux. Chaque baiser d'Harlock était comme un léger choc électrique. Nova était haletante. Elle avait l'impression que sa peau était subitement devenue hypersensible et c'était un trouble délicieux. Elle poussa de nouveau un petit gémissement. Harlock eut un léger sourire. Il resserra encore son étreinte, continuant à déposer ses baisers avec délicatesse. Cela faisait si longtemps qu'il rêvait de la serrer ainsi dans ses bras. Il n'allait pas la laisser s'échapper si facilement.
‒ J'arrêterais quand tu auras répondu à ma question, murmura-t-il.
Nova finit par céder, incapable de résister davantage au trouble qu'il suscitait en elle.
‒ Vous avez dû vous en apercevoir depuis le temps… Kei… Kei vous aime… Si elle nous voyait maintenant, elle aurait le cœur brisé et ça, je ne le veux pas. Elle est comme une sœur pour moi, je refuse qu'elle souffre par ma faute.
‒ C'est la seule raison ? demanda-t-il, continuant son petit jeu.
‒ Oui. Je vous en prie, lâchez-moi, gémit-elle, haletante.
‒ Si c'est vraiment la seule et unique raison, alors tu n'en as pas, murmura-t-il tout contre son oreille.
‒ Quoi ?
Stupéfaite, elle le regarda. Il souriait.
‒ Tu te trompes en pensant que Kei est amoureuse de moi, dit-il. Je vais même pouvoir te le prouver dans quelques minutes.
Et il l'embrassa. Il fallu à Nova quelques secondes pour réaliser ce qu'il avait dit. Elle répondit alors à son baiser, glissant ses bras autour de son torse pour se serrer contre lui, mais elle le fit presque avec désespoir car elle ne pouvait plus reculer. Elle allait devoir tout lui dire. Elle rompit le baiser et nicha son visage dans le cou d'Harlock pour savourer le moment encore quelques instants, persuadée que ce serait le dernier. Ça faisait si mal. Quand elle releva la tête, il fut surpris de voir qu'elle pleurait.
‒ Il y a quelque chose que je dois vous dire, dit-elle. Vu la tournure que prennent les choses, vous devez savoir.
‒ Savoir quoi ?
Elle se dégagea doucement de son étreinte et cette fois, il ne la retint pas. Il était intrigué de la voir si bouleversée. Que voulait-elle donc lui dire ? Elle recula un peu en serrant ses bras contre elle.
‒ Le soir de mon arrivée, commença-t-elle, quand vous m'avez demandé de vous raconter mon quotidien, je ne vous ai pas tout dit.
‒ Je t'ai demandé de me raconter ce que tu voulais bien me dire, rien de plus, lui rappela-t-il.
‒ C'est vrai.
‒ Rien de ne t'oblige à m'en dire davantage, Nova, surtout si cela est douloureux pour toi, dit Harlock. Je ne sais pas ce que tu t'apprêtes à me dire mais il est clair que cela te bouleverse. Le passé est le passé, on ne peut le changer. A partir du moment où tu es montée sur l'Arcadia, la seule chose qui a compté à nos yeux, c'est ton engagement à nos côtés. Ton passé t'appartient. A toi seule. Comme le passé de chacun de nous lui appartient en propre. Aucun de nous ne parle de ce qu'il a vécu avant d'intégrer l'équipage de l'Arcadia et aucun de nous ne se permettra jamais de poser de question à ce sujet à quiconque. C'est une des rares règles à bord. Si je l'ai fait à ton arrivée, c'était uniquement parce que j'avais déjà pour projet de punir ceux qui se livraient à cet ignoble trafic et que je devais savoir comment tu étais devenue esclave pour savoir par où commencer. Maintenant, s'il est vraiment important à tes yeux de me le dire, je suis prêt à t'écouter.
‒ Vous devez savoir, répéta-t-elle. Je… je ne peux envisager d'entamer une relation avec vous sans que vous soyez au courant. Ce serait malhonnête de ma part de vous le cacher.
Nova laissa passer quelques instants pour rassembler son courage, cherchant ses mots. Harlock attendait avec une certaine inquiétude, maintenant. Que diable cela pouvait-il bien être ? Nova prit une grande inspiration et se lança. Cela ne servait à rien d'attendre davantage.
‒ Les deux dernières années, il ne s'est pas contenté de me battre et de m'insulter. Il a aussi… il m'a... Il m'a souillée, avoua-t-elle avec difficulté, si bas qu'Harlock faillit ne pas l'entendre
Il sentit son sang se glacer. Elle avait donc subi cela en plus ? Nova n'osait pas regarder Harlock. Elle refusait voir son regard changer. Elle s'obligea pourtant à continuer.
‒ Il m'a violée régulièrement et pas seulement lui. Il m'offrait aussi à ses amis. Si souvent que je serai incapable de dire combien de fois c'est arrivé. Je ne suis pas digne de vous, gémit-elle avec désespoir, le visage ruisselant de larmes.
Elle lui tourna le dos, espérant juste qu'il partirait sans lui dire son dégout. Au lieu de ça, il se plaça derrière elle et l'entoura de ses bras. La révélation de Nova l'avait rempli de colère contre les responsables de son calvaire. Il ne se souvenait pas avoir déjà ressenti une telle envie de tuer auparavant. Punir les coupables lui étant impossible, il la serra contre lui, espérant la réconforter.
‒ Je comprends que cela te perturbe mais ne dis plus jamais que tu n'es pas digne de moi, lui murmura-t-il à l'oreille. Tu es leur victime, Nova. Ne te comporte pas en coupable.
‒ Je… je ne vous dégoute pas ? demanda-t-elle, sincèrement surprise alors qu'un espoir fou faisait battre son cœur plus fort.
‒ Pourquoi me dégouterais-tu ?
Il la retourna vers lui et la força à le regarder, plongeant un regard rempli d'amour dans les yeux violets de la jeune femme.
‒ La seule chose qui me dégoute, c'est le comportement inacceptable de ces hommes, dit-il avec ardeur. Je regrette de n'être pas passé sur cette planète deux ans plus tôt, cela t'aurait évité de vivre cet enfer. J'aimerais pouvoir revenir en arrière pour le faire. Tu as bien fait de m'en parler mais cela ne change en rien ce que je pense de toi, au contraire. Je savais déjà que tu avais dû faire preuve d'un grand courage pour monter à bord de l'Arcadia mais vu ce que tu viens de me dire, je me rends compte qu'il t'en a fallu encore plus que ce que je croyais. Quand à mes sentiments pour toi, cela ne fait que les renforcer.
Il l'embrassa de nouveau pour le lui prouver. Infiniment soulagée, elle lui rendit son baiser sans plus d'hésitation. Cette fois, c'est Harlock qui le rompit.
‒ Puisqu'on en est aux aveux, dit-il, j'ai moi aussi des révélations à te faire. Je ne suis pas l'homme que tu crois, Nova. Je dois d'abord te montrer quelque chose, ensuite nous irons dans mes quartiers pour être sûrs de ne pas être dérangés et je te raconterai mon histoire. Cela prendra un certain temps, j'ai beaucoup de choses à te dire. Quand j'aurais fini, c'est toi qui me verras autrement, peut-être même me repousseras-tu de nouveau, pour de bon cette fois. Suis-moi.
A la fois intriguée et vaguement inquiète, elle lui emboîta le pas. Il la conduisit dans la salle de l'ordinateur central.
‒ Je tiens d'abord à te préciser une chose, dit-il. Ce que je vais te révéler maintenant n'est pas vraiment un secret. Tous les membres d'équipage qui étaient présents à bord il y a trois ans sont au courant. Je n'ai jamais donné d'ordre pour que rien ne soit révéler aux nouveaux arrivants. Personne n'en parle, comme personne ne parle de son propre passé, c'est tout. Vous êtes très peu à l'ignorer. Ouvre-nous la porte, mon ami.
L'ordinateur émit quelques cliquetis et bips.
‒ Oui, le temps est venu de tout lui dire, répondit Harlock.
Un glissement se fit entendre. Nova vit qu'une porte dérobée s'était ouverte derrière l'ordinateur. Une lueur rouge émanait de la pièce qui se trouvait derrière. Harlock y entra. Nova le suivit après un instant d'hésitation.
