Note de l'auteur _ Coucou ! Comment ça va les gens ? Tadam, post dans les temps, vous avez vu ça ? & j'ai même répondu aux reviews... *Fière d'elle* Bon par contre, ce chapitre n'est pas corrigé -Ou du moins, pas par mon bêta... Les versions corrigées arriveront lorsque je les aurais. Mais je ne pouvais pas vous faire attendre plus longtemps sans m'en vouloir.

Bref, merci beaucoup pour tous vos reviews, ça m'a fait plaisir de voir que vous étiez toujours là, malgré mes longues périodes de silence... Je vous laisse donc à votre suite !

& Bonne lecture !


Schizophrenia

Apparences


« Le monde est un grand bal où chacun est masqué. »

Vauvenargues


Hermione détestait jouer le rôle de mère au foyer. Il n'était pas formé à la mesure de ses rêves et de ses envies, et elle n'avait pu supporter l'idée de rester seule, chez elle, à nettoyer, cuisiner, et faire toutes ses choses que les mamans des magasines sur les années 40 faisaient. Ses grossesses lui avaient d'ailleurs semblé interminables à cause de tout ce temps qu'elle devait occuper d'une manière ou d'une autre. Son travail à Poudlard lui avait permis d'échapper à ce quotidien morose que Théo –elle le savait bien qu'il ne l'ait jamais dit- aurait souhaité qu'elle embrase.

Pourtant, dès que les vacances arrivaient, elle devenait cette femme qu'elle n'avait jamais souhaité être, simplement que Théodore était du genre à utiliser la magie pour tout et qu'à force de faire trop de choses en même temps, il commettait des tas de bourdes –comme ce jour où il avait voulu faire réchauffer le repas et avait à la place, mis le feu à la pile de vêtements à laver. Il se cantonnait depuis à la cuisine, parce qu'il ne savait faire que ça.

Tenant le panier de linge sale à bouts de bras, elle parvint à entrer dans l'antre de son fils qui –dès les premières lueurs de l'aube- s'était faufilé hors de la maison avec l'intention évidente de fuir l'habituel liste de corvées qui l'attendait. Elle faillit s'arracher les cheveux en voyant le bazar qu'il avait réussi à mettre en moins de douze heures et –en tâchant de ne pas s'emmêler les pieds dans la multitude d'objets trainant au sol- elle réussit à s'approcher de la chaise sur laquelle il avait vaillamment empilé des tonnes de vêtements.

En ronchonnant pour la forme, elle démêla le propre du sale, et d'un coup de baguette magique, plia tout ce qui pouvait encore servir avant de balancer le reste dans son panier. Elle perçut les premières notes du morceau que sa fille jouait interminablement au piano depuis son retour résonner dans la maison et se demanda si ses vacances seraient aussi affreuses qu'elle le pressentait. En général, elle aimait bien cette période, parce qu'Adam avait toujours adoré Halloween et les histoires d'horreur. C'était la seule fête de l'année à laquelle il participait sans rechigner alors qu'à Noël il fallait l'appâter avec de bons petits plats.

Elle saisit à nouveau son panier en réfléchissant à un moyen de rendre à la maison un petit côté horrifique, et se dirigea vers la sortie. Une fois dans la buanderie, des projets pleins la tête, elle laissa retomber les pulls et pantalons récupérés un peu partout et se mit à lancer une foule de sortilèges avec la sensation d'être une machine à laver sorcière. Jetant parfois un coup d'œil à ce qui se nettoyait à l'aide de la magie, elle classa ce qui était déjà propre, mettant tout ce qui était à Adam de côté. Pantalon noir. T-shirt noir. Pull noir. Elle aurait bien voulu le voir porter du blanc un jour, juste comme ça, pour changer.

Elle s'interrompit dans ses mouvements mécaniques en remarquant qu'une tâche n'était pas sortie –ce qui n'arrivait presque jamais avec la magie. La manche d'un des sweets d'Adam était sale, d'un marron étrange, comme du…

Elle lâcha le vêtement en un sursaut, le laissant choir au sol, le cœur au bord des lèvres. Du sang. Du sang séché. Voilà à quoi ça ressemblait. Elle vacilla et se raccrocha au bord d'une étagère basse, un frisson la saisissant alors que la peur enflait dans son ventre.

Elle sentit des mains se poser sur sa taille et se laissa aller contre le torse rassurant de son époux. Elle aurait reconnu ses mains entre mille, même dans une telle situation. Des larmes lui brouillèrent la vue alors que mille pensées assaillaient son esprit, la torturant un peu plus à chaque seconde, menaçant de lui faire perdre la tête. Les lèvres de Théo se posèrent à la base de sa nuque, caressantes, emplies d'un désir qu'elle n'était pas prête à contenter.

« Adam n'est toujours pas rentré, et Caly est occupée avec son piano… Que dirais-tu d'un petit câlin à l'étage, ma belle ? »

Ma belle… Toujours le même cirque, même après vingt-ans. Ça la faisait sourire habituellement, lui rappelant comme ils avaient commencé tous les deux, comment ils s'étaient connus, comment il s'y était pris pour la séduire à coup de « ma belle » et de « ma douce ». Cette fois, elle ne trouva pas ça drôle, et cela ne lui rappela rien. Seuls les corps des étudiants morts durant ces dernières semaines s'entassaient dans son esprit, la violence avec laquelle ce monstre leur avait ôté la vie. Ce monstre… Il était impossible que ce soit Adam, pas son Adam, pas lui.

« Hermione ? Tu es partante ou je dois te soudoyer ? ricana Théo contre son oreille avec un sourire qu'elle imagina facilement, railleur, arrogant, tout lui.

- Il y a du sang. »

Il se figea dans son dos et la retourna brusquement pour la regarder. Elle lut l'inquiétude dans ses yeux sombres, une peur absurde à l'évocation seule du mot « sang » alors qu'il ne voyait rien.

« Où ça ? Tu t'es blessée ? Tu as mal où ? Mione, dis moi où…

- Sur les manches d'Adam. Il y a du sang. »

Elle lut le « Quoi ? » sur ses lèvres, mais il ne parvint pas à le prononcer. Alors seulement elle se pencha pour récupérer le pull de son fils et le tendit à son époux qui l'examina, les mains tremblantes. Elle sut qu'il doutait lui aussi, que les informations prenaient doucement le chemin vers son cerveau. Ils aimaient leur fils, plus que tout au monde, mais ils savaient aussi bien l'un que l'autre qu'il n'avait jamais été tout à fait normal. Et ça, plus que tout autre chose les poussait à croire –sans qu'ils ne veuillent l'admettre- que leur fils était peut-être l'unique responsable de tous ces drames.


La plupart des parents disaient qu'ils aimaient autant chacun de leurs enfants. C'était un mensonge éhonté. Ils les aimaient tous, d'une manière inconsidérée, presque sauvage, mais il y avait toujours un préféré. En général, cela créait des disputes, des tensions, des jalousies aussi, sauf lorsque le parent savait mentir et distribuait autant d'amour à tous. Par exemple, Harry savait que Ron aimait Emily plus que tout, parce qu'elle lui ressemblait un peu sans l'admettre : elle était têtue, facilement irritable, et particulièrement loyale. Ron ne l'aurait jamais admis, parce qu'il se chamaillait continuellement avec sa fille dès lors qu'il s'intéressait un tant soit peu à elle. Harry se doutait aussi qu'Hermione, bien qu'elle soit plus proche de sa fille, préférait Adam, ou du moins, lui accordait bien plus d'attention.

Pour Harry, ça avait toujours été Violet. Dès que l'infirmière l'avait déposée dans ses bras à Saint-Mangouste, il s'était senti transporté par un flot d'amour qu'il n'avait jamais connu jusqu'alors –ce qui était étonnant car il avait tout de même survécu à Lord Voldemort grâce à sa capacité illimitée à aimer. Mais, alors qu'elle n'avait que quelques minutes, Violet avait chamboulé tout son monde et il se souvenait encore parfaitement de ses quelques épis roux sur son crâne rose, de ses grands yeux qui semblaient prêt à avaler le monde, à l'avaler lui. Encore à ce jour, la naissance de Violet restait son plus beau souvenir. Il avait raté celle de Lowel, à cause d'une mission pour le Ministère, et était en froid avec Ginny lors de celle de Jake. Peut-être était ce ça la différence, celle qui changeait tout…

Mais il paraissait évident qu'il l'aimait pour d'autres raisons que pour le banal « C'est mon enfant, je l'aime forcément. ». Il l'aimait parce qu'elle semblait si fragile, si douce, comme un de ces premiers flocons de neige –de ceux qui s'évanouissait une fois par terre ou comme le pétale d'une fleur. C'était pour ça qu'il avait choisi le prénom « Violet », au lieu des « Lily », « Morgane », ou « Esther » prévus à la base. Lorsque Ginny s'était réveillée, encore groggy, il lui avait dévoilé le visage rosie du nouveau-né et s'était contenté de chuchoter avec excitation : « Elle a une tête à s'appeler Violet, non ? ». Il aimait cette impression qui le saisissait lorsqu'il la regardait, qu'il se devrait de la protéger contre tout ce qui pourrait lui faire du mal. Il ne ressentait pas la même chose avec Lowel, lequel avait toujours été plus proche de sa mère, et il pressentait que Jake deviendrait un garçon sûr de lui un jour, un vrai petit Serpentard et qu'il n'aurait alors plus autant besoin d'une présence paternelle. Violet était différente et même s'il espérait qu'un jour, elle serait plus confiante, il ne pouvait s'empêcher d'être heureux de son utilité.

C'était à ça qu'il songeait, installé dans son petit bureau aménagé dans la maison qu'il avait achetée avec Ginny, huit ans plus tôt. A Violet, à sa naissance, à son enfance, à ce qui le poussait à l'aimer envers et contre tout. Malgré ça. Ce qu'elle avait déballé devant plus d'une dizaine de personnes le rendait fou, comme si quelqu'un s'était amusé à renverser tout le contenu de son cerveau sur le sol et qu'il était obligé de tout ramasser. C'était… incompréhensible, voilà le mot qu'il cherchait et qu'il ne parvenait pas à trouver –perdu parmi les foules d'autres mots qu'il ne trouvait pas non plus. Il ne comprenait pas pourquoi sa fille, sa petite fleur, avait décidé d'aimer une autre fille, et celle-ci en particulier. Quelque chose ne tournait pas rond chez ses enfants, c'était évident. Entre Jake qui parlait de Cléo Malefoy comme d'une amie fidèle, et Violet qui avait déclaré l'aimer, il s'attendait presque à ce que Lowel débarque dans la pièce pour lui annoncer une autre nouvelle de ce style.

Mais ce fut Ginny qui rentra, un plateau dans les bras. Du thé et des cookies, les chocolat-citrouille, ses préférés. Elle lui accorda un demi-sourire, un peu crispé, et posa le tout devant lui avant de passer tendrement ses doigts dans sa tignasse noire. Elle embrassa son front et il se laissa aller à son câlin improvisé, mince réconfort face à tout ce qu'il se passait.

« Où sont les enfants ? s'enquit-il alors qu'elle s'installait contre lui, ramenant ses bras autour de son cou.

- Violet est toujours enfermée dans sa chambre, si c'est ça que tu te demandes. Lowel et Jake décorent le jardin avec les citrouilles en plastique de l'an dernier, mais sans l'aide de Violet, ça devrait être tout sauf effrayant si tu veux mon avis.

- Tu crois que je devrais aller lui parler ? »

Ginny resta silencieuse un instant. Elle aussi paraissait toute tourneboulée, mais comme toujours, affichait un masque de courage flamboyant et il se félicitait encore d'avoir choisi une épouse aussi incroyablement forte. Elle caressa doucement les quelques mèches noires qui retombaient sur sa nuque tout en réfléchissant à une réponse valable, qui n'apparaitrait ni comme désintéressé, ni comme un ordre.

« Je crois qu'elle est morte de trouille et qu'il faudra bien se décider à la sortir de là… Elle n'a même pas mangé avec nous, et n'a pas ouvert la porte quand je lui ai demandé si elle voulait quelque chose. C'est toi qu'elle attend, Harry. Elle se fiche bien de ce que j'en pense.

- Et tu penses quoi ? Parce que moi, je… je ne sais pas comment je suis censé réagir, ce que je suis censé dire…

- Je ne sais pas trop non plus. Je sais juste qu'elle a quinze ans et qu'elle espère que tu la rassures, comme tu l'as toujours fait.

- Je ne suis pas sûr de savoir comment faire ça maintenant, dans cette situation… »

Ginny esquissa un triste sourire et l'embrassa, le plus chastement possible, juste pour lui offrir un peu de son courage.

« Tu as toujours su. Tu y arriveras aussi bien que toutes les autres fois… Il suffit juste que tu le veuilles assez fort. »


« Nom du sujet : Adam Nott.

Sexe : Masculin

Age : 5 ans

L'enfant semble déconnecté de la réalité. Aucune réaction à la moindre question, ne prête pas d'attention à ce qu'il se passe autour de lui. Difficultés évidentes à se concentrer. Figé. Regard fixe. Refuse tout contact. Réaction violente de rejet.

Injection d'un anesthésiant de Niveau 6 pour l'examen physiologique. Aucune commotion.

Résultats des recherches : négatifs.

Le sujet souffre d'un trouble sérieux de l'attention. Autisme léger à envisager. »

...

« Monsieur, Madame Nott,

Après avoir attentivement examiné votre fils –Adam Nott, Patient n°53894 mes confrères et moi-même sommes convaincus qu'il ne souffre qu'aucune perturbation mentale sévère qui soit connu dans le monde de la médicomagie actuel. Les tests nous ont permis d'écarter la thèse du trouble du développement, malgré le comportement étonnant de votre enfant.

Nous avons donc le regret de vous informer que nous ne pourrons l'inclure dans notre service Psychomagique, à moins d'un changement quelconque dans les mois à venir.

Veuillez agréer, monsieur, madame…

« Tu pourrais me parler de ce rêve, Adam ?

- J'étais enfermé. Dans une grande pièce avec des carreaux de partout. Vous voyez, comme un jeu de dames très grand. Tout était rond aussi, comme une bulle. Et quand j'essayais de pousser un des carreaux, il y en avait des tas d'autres qui le remplaçaient. Alors la pièce devenait de plus en plus petite. Et moi je grandissais, beaucoup, j'étais plus grand que mon papa, plus grand que vous, plus grand que la statue d'Harry Potter dans le Cimetière de la Dernière Guerre… Et finalement, j'explosais.

- Tu explosais ? Comment ?

- Pas vraiment moi. La pièce, autour de moi. Je l'éclatais, comme dans ce conte que maman me lit, avec le petit garçon qui devient très grand et qui casse sa maison. Et puis, après, j'étais allongé dans l'herbe, c'était ça qu'il y avait autour de la cage de carreaux, je crois.

- Et il y avait autre chose sur cette herbe ? Tu étais tout seul ?

- Oh, non. Je n'étais pas tout seul. Il y avait la petite fille…

- Mily ? Toujours Mily ?

- Oui. Toujours elle. Elle était là, et elle me sauvait… Je devenais un chevalier.

- Un chevalier ? Qu'est-ce que tu étais donc avant ça ?

- Bah… Juste un pion. »

Reproduction écrite de la conversation du 12 Octobre 2013.

Patient n°6378.894.579.

Résultats des Tests 4ème essai.

Test d'efficiences – Résultats au-delà de la moyenne. Le patient possède un QI de 146 –augmentation de 25 par rapport à l'examen précédent datant de 2011.

Tests cognitifs – Toujours incapable de supporter le moindre contact physique à moins d'y être mentalement préparé. Provocation de rapports amenant à de multiples crises : larmes, colère, violence démesurée. Réaction identique à celle d'un enfant sévèrement atteint d'autisme. Néanmoins, le patient montre un calme déroutant et une logique quasi-infaillible.

Passion artistique et talent certain. Capable de rester silencieux et concentré durant des heures –maximum atteint étant de 8 heures et 54 minutes avant qu'il ne demande à boire.

Syndrome d'Asperger à envisager.

Rapport du 18 Septembre. Affaire 140988. Poudlard.

Auror principal : Mickael Corner.

Suspect interrogé : Adam Nott.

Manque de crédibilité. Protégé par Miss Emily Weasley, laquelle a déclaré avoir passé la nuit avec le suspect. Alibi à confirmer d'une manière ou d'une autre lors des prochains interrogatoires.

Elèves à interroger : . . . [Décédé] . [sujet non-crédible] . . [sujet non-crédible.].

Recherches d'informations sur le suspect…

...

Bartholomew Zabini. 7ème année. Serpentard.

Reproduction écrite de l'interrogatoire du 14 Octobre.

Auror principal : Alice Londubat.

B.Z. : Nott est fou de la fille Weasley. Ça dure depuis des années. Alors, si vous tenez absolument à croire tout ce qu'elle racontera à son sujet, faites-donc, mais elle n'est pas honnête… Il la suit dans des couloirs sombres, et qu'est-ce qu'elle fait quand elle l'apprend ? Elle lui saute dans les bras. Cette fille n'est pas très nette, non ?

A.L : Donc, Monsieur Zabini, vous pensez qu'il puisse être responsable ?

B.Z. : Bah… Qui peut savoir ? Mais il n'est pas très clair. Il parait qu'y a un psy qui lui offre des consult' depuis quelques temps, hein ? C'est à lui que vous devriez poser la question. Et s'il dit qu'Adam est tout à fait normal, demandez-lui donc de fouiller sous la latte branlante du parquet de sa chambre, chez ses parents. Etre victime d'un désir aussi obsessionnel, c'est déjà faire largement preuve de folie, si vous voulez mon avis !

Des heures. Des heures et des pages, des centaines, des résumés d'examen, des retranscriptions de séances chez des psychomages, des thérapeutes, des gens bourrés de diplômes qui ne s'entendaient sur aucun diagnostique. Chacun allait de son petit commentaire, parfois stupide, souvent cruel, comme si Adam n'était qu'une sorte de cobaye, un patient quelconque… Bien évidemment, aux yeux de tous ces gens, c'est ce qu'il était : un enfant un peu étrange, mais malin, qu'ils ne parvenaient pas à soigner. Mais ils s'en fichaient sans doute et rentraient dormir chez eux le soir, l'oubliant alors peu à peu, jusqu'à dire à leurs collègues : « En fait, tu te souviens de ce gosse là qui criait dès qu'on le touchait ? Il n'est pas revenu ? »…

Pour Emily, Adam n'était pas qu'un simple garçon qu'elle oublierait. Et de toute évidence, elle avait autant d'importance pour lui qu'il en avait pour elle, comme le dévoilaient tous les rêves où une petite Mily venait le secourir face à des tas de dangers. Elle rêvait de lui aussi parfois, et même si grandissant, les songes étaient devenus plus réalistes, elle ne pouvait pas effacer l'image d'Adam se battant contre un immense dragon pour la sauver. Elle esquissa un sourire et passa son majeur sur la photo collée au dossier du garçon. Elle datait de sa Première Année, mais c'était tout de même lui.

En soupirant, épuisée par sa journée de lecture, elle jeta un coup d'œil aux dernières pages du dossier où un dénommé Lawson synthétisait les séances de thérapies hebdomadaires. Il ne notait pas grand-chose en vérité, refusant apparemment de participer au jeu du « Qui dénonce Adam en premier » avec les Aurors. Même si elle ne le connaissait pas, elle lui en était extrêmement reconnaissante… Ne serait-ce que parce qu'il avait réussi à la rassurer en une seule phrase.

« Adam souffre d'un mal vieux comme le monde : le manque de confiance, et ça n'a jamais tué personne. »

Elle avait mille questions à poser à Adam, franchement, sans faux-semblants, mais elle se sentait à nouveau confiante, comme lorsqu'elle avait menti pour le protéger la toute première fois. Il était peut-être bourré de défauts, probablement un peu fou, mais il n'aurait jamais pu tuer qui que ce soit. Elle en était persuadée, et serait prête à le protéger contre le monde entier s'il le fallait.

« Emily ? »

La voix de son père la fit sursauter et en un bond, elle rassembla la pile de paperasse qui s'étalait impudiquement sous ses yeux. Elle repoussa le tout sous son lit avec une rapidité étonnante et se leva pour ouvrir la porte de sa chambre qu'elle avait bloquée à l'aide d'une chaise –apparemment, la notion d'intimité était étrangère à ses parents qui refusaient d'installer un vrai verrou.

« Qu'est-ce que tu fichais là-dedans ? s'enquit Ron en haussant un sourcil interrogateur, jaugeant ses yeux rougies par la fatigue et l'impatience nerveuse dégagée par ses mouvements.

- J'étudiais.

- Le premier jour de vacances ? demanda-t-il, l'air de dire « Tu te moques de qui ? ». Il y a quelqu'un avec toi, ici ?

- Quoi ? »

Elle faillit éclater de rire mais, à la vue du regard que jeta son père à la pièce, comme s'il s'apprêtait à voir quelqu'un surgir, elle comprit qu'il était parfaitement sérieux. Quelqu'un, dans sa chambre ? Un garçon ? Adam. Evidemment. Elle leva les yeux au ciel en s'adossant au chambranle de sa porte, aussi agacée qu'amusée par le peu d'estime qu'il avait d'elle. Pensait-il réellement qu'elle aurait pu faire rentrer Adam par la fenêtre pour qu'ils se bécotent langoureusement, tels des adolescents ayant laissé le gouvernail de leur corps à leurs hormones ? Elle rougit en y songeant. Non, elle n'aurait pas pu, même si elle l'avait voulu. Ce n'était simplement pas le genre de choses qu'elle pouvait faire en toute honnêteté.

« Non, papa. Il n'y a personne dans ma chambre. Juste moi…

- Ouais… bougeonna-t-il avec une grimace suspecte. Ta grand-mère est arrivée avec les robes pour Lyra et toi. Elle vous attend en bas pour voir s'il y a des modifications à faire.

- Elles sont jolies ? Tu les as vues ?

- Oui. Et ce sont… des robes. »

Elle secoua la tête, navrée et le contourna pour descendre au premier –non sans avoir fermé la porte dans son dos, histoire de bien faire comprendre à son père qu'il n'avait pas intérêt à fouiner.

Elle redoutait ce qui l'attendait en bas, mais plus encore ce qu'il se passerait durant le Bal, ce soir là. A chaque fois que les Weasley et les Nott se retrouvaient dans la même pièce, son père finissait par boire plus que de raisons et critiquait ouvertement Théodore ou Hermione ou les deux avant de forcer toute la famille à supporter ses grognements de sauvages pendant plusieurs jours. Emily rêvait qu'il décide pour une fois d'être un peu adulte, et donc, de ne pas participer à cette soirée. Mais elle se doutait que la plupart des journaux avaient déjà commandé la photo tant attendue : Harry Potter, Ronald Weasley et Hermione Granger, le Trio de la Grande Guerre, les Héros adulés. Et son père ne refusait jamais une jolie bourse pleine de gallions, même s'il devait pour cela, sourire à Hermione pour les objectifs, avant de la fusiller du regard.

« Emily ? »

Elle se retourna en s'accrochant à la rampe de l'escalier et elle se demanda brusquement pourquoi il la regardait avec un tel air, sérieux et peiné. Elle eut l'impression d'avoir commis une erreur, mais ne trouva pas laquelle.

« Le fils Nott, tu ne traines plus avec lui, n'est-ce pas ? s'enquit-il d'une voix parcheminée, contenant une émotion qu'elle ne parvint pas exactement définir : était-ce que la colère, de l'angoisse ou de la tristesse ?

- Pas ces derniers temps, non, chuchota-t-elle du bout des lèvres, mal à l'aise. Mais papa, je… Je l'aime bien.

- Il parait oui. »

Il semblait à bout de nerfs et elle s'empourpra, consciente qu'il la haïssait probablement plus que jamais et qu'elle s'apprêtait à lui tourner définitivement le dos en admettant ses sentiments. Etrangement, ça ne la troublait pas autant qu'elle l'avait imaginé. S'il n'était pas assez malin pour accepter qu'elle puisse apprécier quelqu'un que lui n'aimait pas –sans raison valables qui plus est-, elle le laisserait s'en mordre les doigts plus tard.

« Je l'apprécie vraiment, papa. Tu devrais… essayer de faire un effort.

- Pas tant que je pourrais l'éviter, non. »

Il se détourna alors et alla s'enfermer dans la salle de bain, tel un enfant boudeur et trop gâté, et elle poussa un soupir. Elle savait pertinemment à quel point il souffrait au fond, mais parfois, elle ne comprenait pas vraiment ce qui le conduisait à réagir ainsi au lieu d'enfin oublier et pardonner. Il se punissait lui-même d'ailleurs, car Hermione était passée à autre chose et qu'il était le seul à encore radoter au sujet du mariage raté et de tout ce qui s'était suivi.

Elle refusa pourtant de se laisser abattre et tenta de retrouver le sentiment d'apaisement qui l'étreignait avant l'intervention de son père. Descendant les marches avec un mélange d'impatience et de crainte, elle essaya de se représenter mentalement la robe qu'elle aurait rêvé de porter –si elle avait été riche, ou frivole, ou les deux.

Dans le salon, Lyra tourbillonnait déjà dans sa tenue, une robe toute simple, bleu comme le ciel –et comme les yeux de la jeune fille- dont la seule futilité tenait en un corset de dentèle blanche qui prononçait davantage le peu de courbes qu'elle possédait. Emily ne put s'empêcher de sourire en voyant sa petite sœur danser en cercle, faisant gonfler les jupons telle une star de cinéma. Puis, Molly se tourna vers elle avec un air mystérieux et l'embrassa sur les deux joues avant de susurrer :

« Je crois qu'on va monter dans ta chambre toutes les deux, que tu puisses t'admirer avant que quiconque d'autre ne le fasse ! »


Violet s'était punie toute seule, comme la fois où elle avait cassé un vase que le Ministre lui-même avait offert à son père. Elle s'était alors cloitrée dans sa chambre jusqu'à ce qu'il vienne la trouver et lui demande pourquoi elle pleurait. Les excuses qui avaient franchis ses lèvres étaient incompréhensibles, et seul un bon lot de patience avait aidé Harry à comprendre. Il avait éclaté de rire avant de chuchoter, comme s'il lui disait un secret : « Je détestais ce maudit pot ! ».

Cette fois, elle savait qu'il ne viendrait pas rire avec elle ou la rassurer, et recroquevillée sur son lit, elle attendait simplement que quelqu'un la force à bouger ou à avaler un cookie –leur parfum montait depuis le rez-de-chaussée, lui creusant encore plus l'estomac. Elle entendait Lowel et Jake rire au dehors en installant les décorations d'Halloween. Elle aurait bien voulu participer, mais ne se sentait pas encore prête à affronter leurs regards.

La veille, lorsqu'ils étaient rentrés son père et elle, un peu après ses frères, sa mère s'était ruée sur eux pour leur demander un récit complet et détaillé de la réunion. Jake s'était alors tassé sur le canapé près de la cheminée avec une moue boudeuse, et Lowel avait imité sournoisement le bruit d'un baiser car il pensait sérieusement que son petit frère en pinçait pour la fille Malefoy. Harry avait marmonné de vagues excuses concernant une soudaine migraine, puis s'était enfermé dans la chambre qu'il partageait avec son épouse. Violet était monté sans dire un mot, et n'avait pas bougé depuis.

Ce silence la rendait simplement malade. Elle savait qu'ils étaient tous au courant maintenant, que son père en avait parlé à sa mère, qui s'était elle-même chargé de relayer l'information. De toute façon, tout l'univers le saurait avant le bal, Violet ne se faisait pas d'illusions. Les journalistes en feraient des gorges-chaudes, et elle voyait déjà le gros titre des magazines à potins. Alors, il valait mieux que sa mère tienne la famille au courant, afin d'éviter tout drame. Elle se demanda pourtant comment sa grand-mère avait réagi. Elle était si vieille, tellement de la vieille école… Elle devait probablement l'avoir déjà retirée de son testament à l'heure qu'il était. Violet fut secouée par un rire et marmonna pour elle-même :

« Zut alors, je viens de perdre environ deux gallions… »

Le manque d'argent de la part Weasley de sa famille ne portait pourtant pas à rire, mais l'idée de perdre un aussi minuscule héritage avait de quoi la faire sourire. Elle se retourna, jusqu'à être sur le dos, et observa le plafond, clignant des yeux uniquement lorsqu'ils picotaient. Elle s'ennuyait. Elle avait retourné les dernières semaines dans son esprit tant et tant de fois qu'elle ne savait plus quoi faire et à quoi penser. La veille, elle s'était retrouvée en bas du mur. Elle aurait pu continuer à mentir, mais n'aurait fait qu'aggraver les choses. Pourtant, maintenant, seule dans sa chambre, elle regrettait de ne pas avoir tenu sa langue pour exposer la situation d'une manière différente.

Quelqu'un toqua à sa porte et elle se redressa un peu sur son matelas, attendant que la voix de sa mère lui parvienne pour lui demander –pour la millième fois- si elle n'avait pas un petit creux. Mais rien ne vint pendant un moment. Puis elle entendit un raclement de gorge et un « Je peux rentrer ? » indisposé. Son père. Il semblait vouloir qu'elle réponde « non », juste pour être débarrassée. Ou peut-être qu'elle rêvait.

« Oui… »

La porte s'entrouvrit, laissant passer le visage d'Harry, puis tout son corps qui paraissait étrangement trop grand pour lui. Lessivé, il se racla à nouveau la gorge, ouvrit la bouche, puis la referma, tout ça sans cesser de la fixer comme un animal sauvage. Elle ramena ses jambes contre sa poitrine et se serra dans ses propres bras, refusant obstinément de le regarder. Elle n'avait pas envie d'entendre ce qu'il avait lui dire, craignant que ce soit trop douloureux, trop violent, que ça ne lui ressemble simplement pas. Mais il finit par parler, et elle n'eut pas d'autre choix que de l'écouter.

« Je m'excuse d'avoir si mal réagi. Ou plutôt, si peu réagi. Je sais que tu dois penser que je suis en colère ou déçu, mais… J'ai juste du mal à réaliser ce que tu as fait. Les mensonges, les cachotteries, tous ces secrets, ça ne te ressemble tellement pas, Violet. »

Elle sentit le lit s'affaisser à côté d'elle alors qu'il s'installait, et elle eut l'impression qu'il s'apprêtait à pleurer. C'était juste un trémolo dans sa voix, une faiblesse qu'elle n'avait jamais perçut jusqu'alors.

« Et je suis désolé, conclut-il simplement en posant sa main sur son bras, seul espace dégagé tant elle était refermée comme une huitre.

- Désolé ? »

Elle leva les yeux pour le fixer et remarqua à quel point il semblait vieux d'un seul coup, et triste, comme si le coup qu'elle lui avait affligé la veille était de trop, même après tout ce qu'il avait vécu –ou peut-être à cause de ça. Elle ne comprenait pas. C'était à elle de s'excuser, pas pour ce qu'elle était, mais pour tout ce qu'elle avait fait pour le cacher. Il avait le regard humide et elle réalisa qu'elle aussi avait envie de pleurer.

« Pourquoi, désolé ? C'est moi qui…

- J'aurais dû te faire sentir que tu pouvais tout me dire. Tu as caché ça pendant des semaines, des mois même et tu n'aurais pas eu à le faire si tu t'étais sentie en confiance. Tu pensais peut-être que tu serais mal jugée ou qu'on ne comprendrait pas ta mère et moi… Et tu as sans doute raison, on ne comprend pas vraiment ni l'un ni l'autre, mais… Tu es notre fille. Tu es ma petite violette. Tu n'aurais jamais dû croire que je ne puisse plus t'aimer, ou te rejeter ou…

- Je n'avais pas peur que tu me rejettes, papa ! Enfin… J'avais juste peur que tu sois un peu déçu. Ou très déçu, admit-elle en croisant son regard. Et tu l'es, n'est-ce pas ? C'est une fille, et en plus de ça, c'est une Malefoy. Je paris que c'était la dernière personne au monde que tu aurais pu imaginer que j'aimerais.

- En effet… »

Il esquissa un sourire et renifla avant de chasser les larmes qui coulaient sans vergogne sur ses joues. Elle ne l'avait jamais vu pleurer avant, et ça lui provoqua un coup au cœur. Il passa tendrement ses doigts contre sa joue, essuyant une goutte salée avec une douceur toute paternelle, et secoua la tête, avec l'intention évidente de reprendre ses esprits.

« En fait… Je suis plus embêté par le fait que ce soit une Malefoy. »

Elle pouffa sur le coup de la surprise avant de réaliser qu'il n'avait pas dit ça pour rire. Elle resta bouche bée un instant avant d'éclater franchement de rire, sentant tout à coup un poids s'enlever de sa poitrine. Elle l'entendit ricaner, presque vexé qu'elle se moque de lui, et entre deux éclats, parvint à articuler :

« J'aurais dû m'en douter ! »


« Celle-ci est magnifique ! »

La voix d'Astoria résonna dans toute la salle de Bal du Manoir Malefoy, se répercutant sur chaque mur avec la force d'un ultra-son. Cléo fit une révérence, moqueuse, et sa mère applaudit avec grâce, n'ayant apparemment aucune notion de l'ironie. L'essayage des robes –qui devait durer quelques minutes à la base- s'éternisait depuis deux longues heures. Chaque styliste –réputé pour avoir confectionné les tenues des plus grandes stars du monde sorcier- se battait bec et ongle pour avoir l'honneur d'habiller Cléo, obtenant ainsi une somme mirobolante de la part d'Astoria.

« Votre mère a raison, Miss Cléo. Ce vert vous va à ravir !

- Elles sont toutes vertes, répliqua l'adolescente avec une moue agacée en contemplant la rangée de tissus qui s'étendait sous son regard.

- Mais pas du tout ! Regardez, celle-ci est couleur Olive. Elle vous plait ?

- C'est du vert. Du vert vomi, mais du vert tout de même.

- Cléo ! »

Astoria la fusilla du regard et elle poussa un profond soupir, lassée par cette comédie. La veille, elle était rentrée et avait simplement déclaré : « Pas de punitions. », ce à quoi sa mère s'était contenté de sourire, comme si elle le savait déjà. Cléo se doutait qu'elle était simplement soulagée de savoir qu'elle pourrait participer au bal, sans avoir à supporter les quolibets. Avec une pointe d'exaspération, la femme adressa un geste d'impatience au styliste présent, lui désignant une autre robe puisque celle-ci ne semblait pas convenir à son unique fille.

« Puis-je savoir quel est le problème avec le vert, Cléo ?

- Toutes les filles de Serpentard porteront du vert. Je veux… être remarquable.

- Tu es une Malefoy, tu es déjà remarquable, rétorqua Astoria, apparemment ennuyée par la soudaine lubie de la jeune femme.

- Je veux du rouge. »

Le styliste se figea, un robe de soie anis entre les mains, et forma un O avec sa bouche, comme si elle venait de prononcer une insanité. Astoria planta son regard dans celui de sa fille et secoua la tête en signe de dénégation, refusant de céder à ce caprice. Du rouge ? Et pourquoi pas du jaune pendant qu'elle y était ? Cléo se sentit bouillir et –en un mouvement d'une puérilité effarante- elle défit la fermeture éclair de la robe qu'elle portait, la laissant tomber en un bruit aérien au sol. Uniquement vêtue de ses sous-vêtements et de ses chaussures à talons, elle piétina la robe, déchirant ainsi le tissu au prix sans doute mirobolant. Celle qui l'avait conçue sembla sur le point de faire une attaque alors qu'Astoria se levait sous une impulsion presque robotisée.

Mais Cléo se sentait devenir folle parmi ces piles de vêtements hors-de-prix. Elle perdait l'esprit. Elle s'était attendue à être punie, à ne pas participer à ce fichu bal… Mais non. La directrice lui avait juste présenté des excuses, sans plus d'explications, juste comme ça : « Excusez-moi d'avoir cru à toutes ces sottises… » puis l'avait conduite vers la sortie. Elle aurait pu dire « Il pleut aujourd'hui » sur le même ton, cela aurait eu plus de sens. Cléo ne comprenait tout simplement pas. Elle se voyait déjà renvoyée, comme à Durmstrang des années plus tôt –à cause d'une histoire idiote de chantage- et rejetée de part et d'autre du monde sorcier. Au lieu de ça, elle se retrouvait dans une pièce spacieuse, avec à sa disposition plus de vêtements que tous les Weasley réunis.

« Je ne suis pas une poupée, mère. Je peux m'habiller toute seule. Et je veux du rouge. »

Elle adressa un regard noir au styliste qui s'échappa de la salle, puis contempla sa mère avec une moue hautaine. Elle ne doutait pas que son père lui aurait envoyé une gifle si elle avait osé le regarder ainsi. Il ne supportait pas qu'elle lui manque de respect. C'était sans doute la raison qui l'avait poussée à le respecter autant. Mais sa mère n'était pas de ce genre là. Elle se contenta d'acquiescer, et se dirigea vers la porte sans un mot.

Lorsqu'elle se retrouva seule, Cléo se laissa tomber au sol. Ses talons étaient d'une hauteur si démesurée qu'elle en avait le vertige. C'était trop, beaucoup trop. Elle sentit la bile lui monter à la gorge et glissa un peu plus, jusqu'à se retrouver à plat ventre contre le marbre givré. Sa tête lui tournait, comme sous l'effet d'un trop plein de pensées, et elle colla son front contre la surface plane, dans l'espoir de congeler son cerveau et de tout oublier. Mille questions chambardaient son esprit, et aucune réponse ne trouvait grâce à ses yeux.

Pourquoi ai-je été graciée ? Pourquoi McGonagall évitait de me regarder ? Violet aurait-elle dit la vérité ? Non, elle n'aurait jamais osé ! Et si ? Non, jamais. Peut-être que quelqu'un a voulu me défendre parmi tous ces visages inconnus ? Oui, mais qui ? Et pourquoi ? Peut-être que papa a offert une compensation à l'école pour étouffer l'affaire ? Mais non, la directrice n'aurait jamais accepté, et Potter encore moins ! Et pourquoi Théo m'a-t-il fixé avec tant d'indifférence ? Et…

Elle avait l'impression d'être malade. Le froid du sol sous son corps presque nu ne la soulageait même plus vraiment. Elle sentit ses yeux picoter sous l'afflux des larmes. Elle pleurait tout de temps en ce moment, comme si après avoir craqué une première fois, les robinets ne voulaient plus se refermer.

« Miss Malefoy ? »

Elle se retourna en baissant la tête, impudique face au regard d'un jeune styliste qu'elle n'avait pas vu auparavant. Il semblait à peine plus âgé qu'elle et relativement maladroit, tout penaud dans ses vêtements trop grands. Elle se demanda avec arrogance comment un tel badaud avait-il pu pénétrer le Manoir sans que quiconque ne s'en aperçoive.

« On m'a dit que vous vouliez une robe rouge… »

Elle acquiesça, pressante, se doutant qu'il lui faisait perdre son temps –du temps qu'elle aurait pu passer à se torturer l'esprit. Il sortit alors une robe de derrière son dos, tel un magicien moldu, et elle comprit comment il avait fait pour passer les portes.

« Elle est… magnifique. »

Le jeune homme lui jeta un petit sourire, tout fier de son travail, et elle tendit la main pour qu'il l'aide à se redresser. Un regain d'énergie bouillonna dans chaque fibre de son être et elle murmura du bout des lèvres :

« Ma mère ne l'a pas vue, n'est-ce pas ?

- Non, je l'avais gardé cachée au-cas-où.

- Vous avez bien fait. »

Elle repoussa une mèche blonde qui ondulait devant son regard et adressa un sourire au jeune styliste avant de demander avec une moue taquine :

« Vous m'aidez à l'enfiler ? »


Adam n'avait jamais noué son nœud de cravate tout seul. Aussi loin que remontent ses souvenirs, c'était son père qui s'en chargeait, et il le regardait faire tourbillonner les bouts de tissus avec une aisance troublante, sans jamais se rappeler des gestes à faire. Encore cette fois, il resta sans bouger, se laissant manipuler en fixant Théodore, lequel semblait avoir fait ça toute sa vie. Quand il était enfant, Adam pensait que savoir nouer une cravate faisait partie de ses choses que les adultes seuls pouvaient faire, comme s'envoyer en l'air ou acheter des chaussures hors-de-prix… Il avait finalement pris conscience qu'il s'agissait juste d'une compétence à acquérir et que –puisque son père le faisait si bien- il n'avait aucune raison d'apprendre à s'en sortir tout seul.

« Adam… »

L'adolescent détacha son regard de celui des doigts de Théodore pour le fixer, remarquant pour la première fois son air inquiet. Etonnamment, il n'avait jamais réellement prêté la moindre attention aux émotions de son père, lequel arborait une mimique à la fois courtoise et méprisante bien Serpentesque la plupart du temps. Adam avait cherché à l'imiter, lorsqu'il était enfant, puis s'était fait à cette idée déstabilisante : il ressemblait bien plus à sa mère, incapable de dissimuler le moindre sentiment.

« Papa ? rétorqua-t-il finalement sur le même ton avec un demi-sourire, refusant d'admettre que l'angoisse de son père l'effrayait quelque peu.

- Tu… Tu m'as l'air un peu dans les nuages en ce moment. Je me demandais si tu allais bien… Je sais qu'on n'a pas toujours eu des relations très simples tous les deux, mais je t'aime et, si tu as besoin de…

- Je vais bien, pa'. »

Théodore lâcha la cravate qui retomba mollement sur la chemise blanche de son fils, avec un bref soupir désabusé. De toute évidence, il ne le croyait pas vraiment à cette déclaration, sans doute parce qu'Adam était devenu, en une après-midi, le suspect numéro un dans l'affaire des meurtres de Poudlard. Ces tâches de sang l'avaient rendu particulièrement soupçonneux, même si il se devait d'admettre qu'au fond de lui, il l'avait toujours été.

« D'accord… murmura-t-il après un court silence, avant tout déçu que son fils n'ose pas lui dire la vérité. D'accord, alors, on va y aller… »

Il secoua la tête, navré, et se recula jusqu'au seuil avant d'interpeller son épouse et sa fille, lesquelles apparurent quelques secondes plus tard, vêtues de leurs plus beaux apparats. Caly tourbillonna avec légèreté dans sa robe rose pâle et esquissa un sourire quand son père l'applaudit. Adam, dégoûté, détourna le regard et enfila son manteau avec la prestance habituelle. Il ne se soucia qu'à peine de la mimique hautaine de sa petite sœur qui cherchait à lui démontrer, comme toujours depuis sa naissance, qu'elle était plus belle, et plus parfaite que lui tout simplement. Il ne prêta guère plus d'attention à ses parents qui se tenaient la main, définitivement fou amoureux, malgré les épreuves qu'ils avaient traversées et celles qui les attendaient encore.

En refrénant son envie de s'enfermer dans sa chambre pour le reste de la soirée et éviter ainsi le bal qui s'annonçait catastrophique, il s'engouffra dans la cheminée, suivi de peu par Caly. Restant derrière, Théodore et Hermione échangèrent un regard, et la femme soupira, au bord des larmes :

« Alors ?

- Alors rien. Notre fils est une tombe !

- J'ai envoyé son pull à une ancienne connaissance du Ministère. Il saura se montrer discret, au moins jusqu'à ce qu'on tire cette affaire au clair, mais…

- Mais quoi ?

- Mais si le sang appartient à l'une des victimes répertoriées... Théo, je ne suis pas certaine de pouvoir me taire, cacher ce qu'il a fait…

- Ce qu'il a peut-être fait, Mione ! Nous ne sommes sûrs de rien. N'oublies pas qu'il est innocent tant qu'on n'a pas…

- Prouvé qu'il est coupable. »


Emily inspira profondément en tendant sa veste à l'un des nombreux domestiques emplissant le hall du Ministère de la Magie. Il lui adressa une œillade complice, presque coquine, et elle sentit ses joues s'enflammer à l'idée d'attirer d'autres regards sur ses parcelles de peau dénudée. Elle sentait ses genoux claquer l'un contre l'autre et s'angoissa en imaginant que quelqu'un les entendrait et lui demanderait de cesser de jouer des castagnettes. Elle mordilla ses lèvres en sentant le stress enfler dans sa poitrine, comme un microbe qui bloquait sa respiration.

Puis, elle se surprit à sourire en découvrant que Kaithlyn, à l'autre bout de la pièce, à l'entrée de la salle de bal, la fixait avec un air ébaubi presque insultant. La jeune fille serrait les mains de ceux qui entraient, en compagnie de son père et de sa mère, courtoise, les invitant ainsi à passer une bonne soirée. Emily eut l'impression que le Ministre venait d'attaquer sa campagne pour gagner les prochaines élections en se comportant de cette façon, comme si les lieux lui appartenaient. Kaithlyn leva le pouce en signe d'approbation et Emily eut envie de plonger dans la pile de manteaux des convives pour s'y perdre.

Jetant un coup d'œil à sa grand-mère qui arrangeait ses cheveux face à l'un des nombreux miroirs disposé ici et là, elle se demanda ce qui lui était passé par la tête. Elle avait d'abord été soulagée en constatant que les tenues préparées par Molly étaient plutôt simple, sans fioritures, dentelles, ou excès de laine. Mais elle avait vite déchanté en réalisant que sa robe était plus sexy que ce qu'elle n'aurait jamais pu imaginer, même dans ses rêves les plus fous. D'ailleurs, les membres de sa famille l'avaient regardée comme s'ils ne la reconnaissaient pas lorsqu'elle était apparue dans sa tenue. Son père semblait sous le choc, comme si une licorne lui avait refilé un coup de sabot en pleine tête.

« Whaou, tu es splendide ! »

La voix de Violet dans son dos fit sursauter Emily, laquelle était trop plongée dans ses pensées pour prêter attention au monde autour. Elle se retourna pour lui faire face et la surprise se dessina sur ses traits lorsqu'elle vu sa cousine. Molly s'était surpassée, pas de doute à ce sujet, et Emily était si étonnée du résultat qu'elle se demanda comment sa grand-mère –en général si vieux-jeu au niveau de ses tenues- avait pu créer de telles robes.

Celle de Violet était verte émeraude, exactement comme ses yeux, et si elle ne possédait aucun décolleté –dissimulant ainsi bien mieux sa poitrine- le dos était entièrement découvert, jusqu'au creux de ses reins. Les manches s'arrêtaient juste sous ses épaules, la laissant libre de gigoter sous en maintenant bien la robe –laquelle aurait autrement pu glisser et mettre l'adolescente dans une situation bien délicate. Corsée au niveau du buste, elle moulait parfaitement ses formes avant de se faire plus voluptueuse à partir de ses hanches, lui donnant l'air d'un oiseau sur le point de prendre son envol.

« Tu es…

- Oui, il parait, acquiesça Violet avant d'hausser les épaules, comme si sa tenue n'avait aucune importance.

- Et jolie coiffure !

- Maman a insisté… Elle avait plus envie d'avoir une discussion sérieuse avec moi que de me coiffer, mais le résultat est plutôt pas mal en fin de compte, malgré l'hypocrisie de sa proposition ! »

Emily faillit éclater de rire et –en un mouvement bref- s'empara de sa cousine, faufilant son bras sous le sien avant de la tirer vers l'entrée. Elle adressa un sourire à ses parents qui discutaient avec d'anciens étudiants de Poudlard, puis à son oncle et à sa tante, lesquels se dirigeaient aussi vers la salle de bal, comme à reculons. Emily savait à quel point son oncle Harry haïssait ce genre de soirées, car il s'y ennuyait toujours et finissait avec des crampes à force de serrer des mains. Elle espérait réussir à éviter sa famille pendant la soirée, car elle n'avait aucune envie de supporter la présence de tous les autres gens qui se passionnaient pour l'Elu et ce qu'il était devenu.

Kaithlyn les arrêta à l'entrée et saisit les mains de sa meilleure amie dans les siennes avant de se mettre à sautiller bêtement, les jambes jointes à cause de sa mini-robe moulante qui menaçait de dévoiler plus qu'il n'en fallait à chaque mouvement.

« Tu es trop canon ! s'exclama-t-elle à l'adresse d'Emily. Toi aussi, Violet. C'est… pas croyable !

- Merci… Je crois, marmonna Violet en fronçant les sourcils, doutant sérieusement que cette remarque soit réellement positive. Tu es très jolie toi aussi.

- Oui, moi je le sais ! »

Emily faillit éclater de rire en voyant Kaithlyn annoncer cette phrase avec tant de naturel, comme si sa beauté n'était plus à démontrer. La jeune brunette jeta un coup d'œil vers la salle de bal, déjà emplie de monde. Des centaines de sorciers dansaient et buvaient au milieu de l'immense pièce fraichement décorée. Emily n'avait jamais rien vu de telle et –impatiente- de découvrir les lieux plus en détails, elle se détacha de son amie. Cette dernière comprit aisément le message et marmonna :

« La table de ta famille est la première, juste à côté de l'estrade. Il y a un énorme vase avec des fleurs rouges et or, exprès pour les Gryffondor. La notre est à gauche, alors on va pouvoir se voir…

- La table de ma famille ? répéta Emily avec l'envie de partir en courant.

- Oui. Potter, Weasley, leurs épouses… Tu ne peux pas imaginer les problèmes de logistique que votre table a posée ! Vos parents n'ont pas idées de se reproduire autant, grimaça-t-elle en fin de compte avec une grimace de dégoût particulièrement offensante. Quoi qu'il en soit, Mily, j'aurais une surprise pour toi, tu me diras ce que tu en penses ! »

Elle tourna les talons à la vitesse de l'éclair, ne laissant pas l'occasion à la jeune Weasley de lui faire subir un interrogatoire. Définitivement torturée par l'angoisse, Emily soupçonna sa meilleure amie de vouloir l'achever. Violet, à ses côtés, semblait tout autant agacer. Elle aussi avait espéré ne pas passer la soirée en compagnie de sa famille. Elle se doutait qu'ils avaient tous pris connaissance de la vérité à son sujet et que certains membres du clan Weasley l'interrogeraient sur ses facultés mentales jusqu'à ce que mort s'en suive. Les deux cousines partagèrent un regard, aussi complice que lorsqu'elles étaient enfants et commettaient ensemble quelques bourdes. Elles s'offrirent ainsi un peu de courage et –redoutant autant l'une que l'autre ce qui les attendaient- elles pénétrèrent dans la salle de bal.

Le hall du ministère avait été aménagé avec un goût certain –celui de la mère de Kaithlyn- et une précision étonnante –grâce aux centaines d'elfes de maison employés par cette dernière. Autour de l'espace libre où quelques couples dansaient et riaient en conversant avec de vieux amis, des dizaines de tables avaient été dressées, chacune décorée d'une façon particulière. Emily remarqua des fleurs sur certaines, des vases vides sur d'autres, des statuettes et autres bibelots sur les plus petites… Tout avait été personnalisé, probablement en fonction des futurs invités. Elle observa ensuite le fond de la salle : la statue d'Harry était encore dissimulée sous un drap, mais elle devait faire une bonne vingtaine de mètres de hauteur. Elle esquissa un sourire. Ainsi recouverte, la forme semblait fantomatique et trop angoissante. Parfaite pour Halloween !

« Notre table est par là… George est déjà installé. Heureusement que les petits ne sont pas venus… On aurait été de corvée de baby-sitting autrement, j'en suis persuadée !

- Parce que tu crois franchement que supporter des adultes qui n'ont pas à se comporter comme tels vu que leurs enfants sont au lit sera plus reposant ? Là, j'ai un doute… »

Violet se contenta d'une grimace pour seule réponse avant de serrer le bras de sa cousine avec plus de force, dévoilant clairement le stress qui la tiraillait un peu plus à chaque seconde. Elles s'avancèrent ensemble, évitant de justesse quelques adultes déjà imbibés d'alcool et d'autres qui connaissaient leurs parents et auraient passé des heures à leur parler « du temps passé », du « Poudlard d'avant », « de l'époque effroyable de la guerre » ou encore de « ce qu'étaient les jeunes avant de se transformer en adolescents abrutis par le Quidditch ». Elles parvinrent facilement à rejoindre leur oncle et l'embrassèrent chaleureusement –il en profita pour ricaner un « Oh, la chérie de Malefoy ! » à l'oreille de Violet- avant de jauger la table. Des cartons avaient été disposés sur les assiettes encore vides, leur indiquant où elles devraient s'installer. Heureusement, elles purent s'asseoir côte à côté. Emily soupçonna Kaithlyn d'y être pour quelque chose.

Elle jeta un coup d'œil au siège encore vide à côté d'elle et croisa les doigts pour que son père n'ait pas à s'y poser. Leur conversation de l'après-midi lui était restée en travers de la gorge et il passerait probablement la soirée à la fixer de son regard noir et culpabilisateur.

« Lowel est à côté de moi, grogna Violet en tripotant sa fourchette avec l'intention évidente de lui casser les dents. Il va me balancer des réflexions immatures dignes de Zabini pendant tout le repas… Heureusement qu'il y a des couteaux ! »

Emily retint un éclat de rire et –voyant ses autres oncles et tantes apparaitre- préféra ne pas répondre. Le plus jeune des Weasley présent était Jake qui avait insisté pour venir. Les autres, enfants de George et petits derniers de Percy étaient restés tranquillement dans leurs foyers respectifs, gardés par des nourrices affectueuses ou des grands-parents –sans doute déjà à bout de nerfs ! Emily prit conscience que la moitié des étudiants de Poudlard étaient là, déjà réunis en groupe par maisons et affinités, à des mètres de leurs parents qu'ils éviteraient avec autant de soins que possible. Elle aurait bien voulu faire la même chose. Nerveusement, elle se mit à triturer sa serviette de table, résolue à l'idée de quitter les lieux dès qu'elle en aurait l'occasion. Généralement, elle finissait toujours ce genre de soirées dans une pièce vide, loin de la fête et de ses remous, avec un livre ou un parchemin.

« Les Nott vont s'asseoir avec nous… »

Le ton d'Harry sortait d'outre-tombe et attira l'attention de la jeune Serdaigle. Son pouls s'emballa, tel un cheval fougueux, déjà hors de contrôle, et le regard bleu de l'adolescente tomba malencontreusement sur le papier disposé à côté de l'assiette, juste à sa droite. Adam Nott y était griffonné dans une écriture qu'elle aurait pu reconnaitre entre toutes. Kaithlyn. Emily ferma douloureusement les yeux et poussa un soupir, lequel suffit à faire comprendre aux personnes déjà présentes que la situation allait rapidement s'envenimer.

« Je vais la tuer ! »


Note : Mouhahaha. xD J'adore Kaithlyn... L'prochain chapitre n'aurait pas été aussi drôle sans son intervention plus que remarquable.

Petites Questions : 1. les Potter / Weasley & les Nott à la même table, qu'est-ce que ça va donner selon vous ? ; 2. Des idées sur le cas Adam puisque les médecins n'y ont jamais rien compris ? ; 3. Qu'avez vous pensé des réactions des Potter ? (Les scènes du prochain chapitre seront d'ailleurs bien plus drôles... Avec d'autres réactions... u_u') ; 4. Qu'attendez-vous de Théo & Hermione pour la suite ? ; 5. Que va-t-il se passer au prochain chapitre selon vous ? Clash & Retrouvailles à prévoir... ; 6. Avis, commentaires, remarques... Eclatez vous !

Pour la Suite : Je posterais le prochain chapitre le week-end prochain... & ensuite probablement plus rapidement vu que je serais en vacances - dans 2 semaines ; mouhahaha (j'avais jamais attendu des vacances avec autant d'impatience...)

J'ai changé mon adresse msn -pour ceux qui veulent msner ou e-mailer. Vous la trouverez sur ma page de profil. :)

! Des tas de bisous !

B_T