Esmée avait commencé par me supplier, puis elle voulut me convaincre et finalement passa aux menaces. De toutes façons, ça revenait au même, j'étais en ce moment même dans la voiture d'Alice avec Emmet en direction de Portland pour une nuit de folie dixit ma sœur. Jasper et Rosalie étaient partis chasser, et Esmée s'inquiétait beaucoup trop pour les deux inconscients, le pire qui pouvait arriver c'était de la tôle froissée, mais elle avait trop d'instinct maternel pour être rationnelle. Alors j'avais abandonné mes projets de la soirée, pas vraiment palpitant il est vrai, pour les accompagner. Et pour l'instant, je regrettais amèrement ma décision à les entendre se disputer sur l'endroit où aller. Mais ce fut Alice qui eût gain de cause, comme d'habitude. Emmet était facilement influençable, et puis tant qu'il y avait un bar ça lui allait au final. Alice roulait vite et bien et on ne tarda pas à arriver. Elle confia ses clés au voiturier, un peu inquiète. Elle ne supportait pas que quelqu'un d'autre qu'elle conduise sa voiture, même pour faire deux cents mètres, et elle regarda anxieusement son bolide disparaître. Le videur nous laissa passer sans souci se demandant comment il ferait pour virer Emmet si jamais il y avait nécessité de... Bonne chance pour régler cette question, ris-je intérieurement. Mon frère prit immédiatement la direction du bar et Alice celle de la piste.
Génial, elle est bien là comme je le pensais! On va bien s'amuser, enfin une partenaire de danse convenable
Je me doutais de la personne qui occupait les pensées de ma sœur, mais je n'osais pas y croire ou ne voulais pas y croire. Pourquoi étais-je furieux? Après tout, ce n'était pas comme avec Bella, je ne devais pas la fuir, même si cela faisait trois jours que je n'avais pas chassé. Alice se précipita vers Sélène et l'enlaça. Quel était le grain de sa peau? Quelle en était sa texture? Sa douceur? Son parfum? Et elle qui savait tout cela, et moi qui restai dans l'ignorance. Je secouai la tête essayant de chasser toutes ces pensées par bien des côtés dérangeantes. Mais que me prenait-il donc? Je rejoignis Emmet qui lorgnait sans vergogne toutes les filles qui passaient à ses côtés. Il aurait pu avoir du succès, belle gueule, belle carrure, beau parleur, mais les humains instinctivement ne nous approchaient pas. Alice était celle qui souffrait le plus de cette exclusion involontaire, sûrement parce qu'elle n'avait aucun souvenir de sa vie passée et qu'elle aimait tout simplement qu'on l'aime et encore plus aimer. Et elle adorait Bella pour cela, car elle pouvait enfin avoir une amitié avec une personne en dehors de notre famille.
« Tu prends quelque chose? »
« Non, pas envie de boire »
Emmet commanda une bière et reprit son activité préférée: mater. Je m'accoudai au bar et ne pus empêcher mon regard de dériver vers la piste de danse. Alice était en pleine forme et Sélène suivait de près. Indécemment sexy dans son bout de tissu rouge qui laissait tout deviner de ses formes et en même temps dévoilaient si peu. Comment réussissait-elle à ne pas paraître vulgaire? Parce que comme tous les vampires, elle avait la prestance et le charisme qui nous permettait de tout oser.
Tu peux la suivre Edward?
Je vis Sélène s'éclipser par une porte et Alice qui continuait à danser, je m'exécutai. Elle était assise sur un banc et l'odeur que je perçus m'indiqua que la cigarette qu'elle tenait entre ses doigts n'était pas fait que de tabac. Je la rejoignis.
« Alice m'a demandé de te suivre. Elle n'aimait pas te savoir seule dehors. »
« Vision? »
« Non, elle n'aime pas l'idée que des filles soient seules dehors. »
« Dis-moi, est-elle au courant que je suis un vampire? Juste pour savoir... »
Je lui souris, je commençai à apprécier cet humour un peu sarcastique. Je m'assis à ses côtés et ne pus m'empêcher de plisser le nez.
« Pourquoi tu fumes ça? »
C'était la première fois que je rencontrai une vampire qui se droguait.
« Ca me permet de m'évader un peu. »
« Tu ne peux pas le faire autrement? »
« Quand j'aurais trouvé, je te préviendrai, répondit-elle sèchement. »
« Je ne voulais pas te vexer, je m'interrogeais juste. »
« Je ne suis pas un vampire tout beau tout propre Edward, et je ne changerai pas pour toi ou un autre Cullen »
« Je ne te demande pas de changer, répondis-je surpris. J'essaye juste de... te comprendre. C'est assez étrange pour moi de ne pas entendre tes pensées. De ne pas comprendre ton esprit. »
« Et bien moi je suis ravie de cette incapacité, éclata-t-elle de rire. J'aurais l'impression d'être nue devant toi. »
« Nue? Repris-je avec un léger sourire »
« Quoi? »
« Rien j'essayais d'imaginer. »
Elle me frappa l'épaule avec son petit poing alors que j'éclatai de rire.
« Téquila ou joint? Me proposa-t-elle »
« Aucun, je suis le conducteur responsable. »
« Allez, comme si on ne pouvait pas conduire ivre. Dois-je te rappeler à toi aussi que tu es un vampire? »
« Je n'ai pas besoin de ça pour m'amuser. »
« Tu parles c'est Esmée qui t'a obligé à venir. Alice m'a tout dit. »
« Quand elle apprendra à se taire celle-là... »
Le silence prit place entre nous. Elle continuait de fumer perdue dans ses pensées inaccessibles. Je regardai les étoiles. Les humains ne voyaient rien, vraiment rien et n'avaient aucune idée de la beauté de la constellation. Reportant mon regard sur ma compagne, je me rendis compte qu'elle avait les jambes étendues devant elle, sa robe plissée en haut de ses cuisses, ses jambes offertes à la vue de tous et surtout de moi.
« Au fait, je sais que tu n'es pas dans ton état normal, mais ta robe me semble un peu courte pour adopter une telle position, soufflai-je, la voix un peu rauque. »
« T'as qu'à pas regarder, grogna-t-elle sans même un regard »
« On ne voit que ça ma belle. »
« Alors concentre toi sur les étoiles. »
Mais elle tourna la tête vers moi et je croisai son regard. Ses yeux étaient dorés, mais moins que les nôtres, ils étaient encore un peu sombres. Elle me regardait fixement, et elle parut soudain mélancolique. Et j'en fus encore plus frustré.
« A quoi penses-tu? »
« A tout et à rien, répondit-elle d'une voix sourde. Et toi? »
« Au destin, dis-je sans même me rendre compte, mais c'était toujours mieux que de dire à la tentation »
« Ouah, ça m'a l'air d'être déprimant. »
« Tu ne crois pas au destin? »
« Non. Nous devions mourir et regarde ce qu'on est devenu à la place. »
« C'était peut-être écrit. »
« Alors celui qui l'a fait est un sacré connard. »
J'éclatai de rire, toujours aussi surpris par ce qu'elle faisait naître en moi. Je ne riais pas facilement en temps normal, mais ses réflexions étaient si inattendues. Elle écrasa son mégot avec le talon et se releva avec un peu plus de difficulté qu'en temps normal, elle attrapa le bas de sa robe et la fis redescendre sans aucune gêne apparente et finalement me tendis la main en signe d'invitation.
« On y retourne? »
« Je te suis, lui souris-je en attrapant sa main et en la serrant fort. Attends, regarde moi. »
« Qu'est-ce qu'il y a? »
« Ooook, vu l'état de tes pupilles, je te reprends ça, dis-je en attrapant la bouteille de tequila et en la mettant à la poubelle. Ses pupilles étaient dilatées, bien trop dilatées.
Et la suite me donna raison quand elle s'étala dans les bras d'Emmet lui criant son amour.
******
Je la voyais danser avec un homme, elle respirait le sexe par tous les pores de sa peau et se déhanchait de manière bien plus que suggestive. Et l'homme espérait bien finir sa soirée dans ses bras. Misérable humain, toute ta vie ne suffirait pas à la satisfaire. Pour qui se prenait-il? Et ses mains qui la touchaient, qui la caressaient... Je sentis le venin envahir ma bouche. Et elle qui continuait à onduler dans ses bras, et lui qui respirait ses cheveux. Et ses pensées, ses pensées étaient si indécentes, si vulgaires et crues. Il ne la respectait même pas cet abruti. Et il était si fier de lui, de son corps, de ses prouesses qu'il n'avait aucun doute.
« Ouah, Sélène nous fait son grand show. Si je n'étais pas avec Rosalie, je prendrai bien sa place. »
« Je ne te savais pas homosexuel. »
« Très drôle, je parlais du gars. »
N'empêche, quelle chute de rein
« Emmet, grognai-je »
« Quoi? Qu'est-ce que j'ai fait? »
« Penses à autre chose. »
« N'écoute pas. »
Mais qu'est-ce qu'elle croit cella-là, qu'elle va m'échapper?
Sélène cherchait à s'éloigner de l'homme et il la retenait. J'hésitai, devais-je vraiment sauver cette vermine ou le laisser entre les crocs de la vampire? Je pris pitié et allais me débarrasser de l'encombrant. Et il insista, et je ne pus empêcher la bête en moi de gronder. Jaloux. Mais je ne pus m'appesantir plus sur cette pensée car elle se colla à moi pour qu'on danse. Je sentis enfin son parfum, la douceur de sa peau, les courbes magnifiques de son corps.
*******
Comment on en était arrivé là? Dix minutes avant elle était dans mes bras, abandonnée en toute confiance, sa tête contre mon torse à la recherche d'un cœur qui ni battait plus et à présent nous étions dans cette sombre ruelle malodorante, Emmet furieux comme je l'avais rarement vu, Alice effrayée par le futur, Sélène sur la défensive, et moi, moi estomaqué par ce que je venais de voir. Sélène dans un cachot, Sélène affamée, Sélène torturée, Sélène en sang... Tout avait défilé si vite dans ma tête sans que je m'y attende s'en avait été presque douloureux. Je me repris avant que mon frère se décide à démembrer la vampire et lui demandait de se calmer. Mais pourquoi Jasper n'était jamais là quand on avait besoin de lui? Encore que, il aurait été le premier à lui sauter dessus trop inquiet pour sa femme. Sélène me regardait fixement, troublée par le fait que je prenais sa défense puis elle afficha un air dégoûté que je sois au courant. Elle n'avait jamais voulu m'expliquer, elle avait juste baissé sa garde, elle ne contrôlait pas totalement son don. Emmet avait raison elle nous mettait en danger à cause de son immaturité mais je ne pouvais m'empêcher de la défendre.
Mon frère, lui, ne comprenait plus rien mais je sentis se smuscles se détendre peu à peu et Alice ne parut rasséréner. Elle avait vu le futur tout allait bien finir et elle en était soulagée. Je la connaissais le petit lutin, elle s'attachait facilement aux personnes et Sélène était devenue une amie dès les premières paroles, chose que cette dernière ignorait sûrement, mais elle ne tarderait pas être invitée à une après-midi shopping. Lorsque toute la tension fut retombée, Sélène reprit un regard lointain, l'alcool faisait effet et cela ne m'étonnait guère après les quantités qu'elle avait ingurgité. S'en suivit aussitôt une discussion sur qui la ramènerait, perspective qui déplaisait fortement à la première concernée. Alors que je débattais avec Emmet pour savoir qui prendrait le volant, elle eut le temps de s'éclipser.
« J'y vais, grognai-je à ma famille. »
« Et pourquoi toi? S'insurgea Emmet. »
« Parce que Rosalie ne risque pas d'apprécier ton attention. »
C'eût le mérite de lui clouer le bec tandis qu'un faux frère retentit dans ma tête. Depuis le temps que j'entendais cette pensée... Je me séparai d'eux rapidement, juste à temps pour me glisser à la place du chauffeur avant que Sélène ne réagisse. Effectivement je faisais mieux de prendre le volant.
« Qu'est-ce que tu fais là? Grogna-t-elle visiblement pas ravie de me voir. »
« Je t'évite un accident. Monte. »
« Je t'ai jamais autorisé à prendre ele volant. Personne ne conduit ma voiture à part moi. Sors. »
« Arrête de négocier, t'as pas le choix. »
« Mais pour qui tu te prends?? »
Je ne réfléchis pas plus et l'attrapai par le bras pour la faire monter de force. On aurait pu rester des heures à se bouffer le nez, et ce n'était pas comme ça que j'envisageai la fin de ma nuit. Oui, dans un lit ce serait mieux. Ce n'est pas ça non plus me repris-je en secouant la tête. Je me tournai vers elle pour savoir si elle avait remarqué quelque chose, et je ne pus m'empêcher d'éclater de rire. Elle avait les bras croisés sur sa poitrine, sa bouche faisait la moue et elle tournait ostensiblement la tête vers l'extérieur. Une vraie gamine de cinq ans.
********
J'engageai la voiture dans l'allée et me garai en face de la porte. Sage décision. Je fis le tour de la voiture pour voir Sélène les jambes dehors en train de pester sur la bassesse des voitures. Je lui tendis la main et la hissai sur ses jambes. Un peu trop brusquement et elle se plaqua contre moi. Sa main sur mon torse déclencha des frissons dans tout mon corps. Et je sentis la bête grogner en moi. Et j'aurais voulu en faire de même. Et moi je n'avais pas l'excuse de l'alcool. Et merde. Elle n'arrivait pas à faire trois pas. Pourquoi s'était-elle mise dans cet état? L'alcool n'était pas la boisson la plus délectable à nos papilles, et l'odeur de l'herbe n'était pas non plus notre passion. Alors pourquoi infliger cette douleur à nos sens?
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Je l'attrapai dans mes bras afin de l'aider et elle se blottit tout contre moi. Je la montai dans sa chambre. La maison était presque aussi grande que la nôtre et tout aussi ouverte sur l'extérieur, à croire que nous nous ressemblions tous. Je fus surpris de trouver un lit dans sa chambre. Une histoire d'amour avec les couettes fut sa seule explication. Je la déposai délicatement sur son lit avant qu'elle ne tombe de mes bras à force de gigoter.
Dans un état second, elle retira ses chaussures et les envoya voler dans la pièce. Bonne chance pour sortir du mur le talon ficher dans le béton. Elle ne s'en rendit même pas compte.
*********
« Plus courant, Charles... Pourquoi je te parle de Charles? »
« C'est toi qui a lancé ce sujet, lui répondis-je avec un léger sourire»
« Peut-être. Amédine, c'est joli ça. 19Ème? »
« Bien vu. »
Et il n'y avait pas que le nom qui était joli. Même si je n'en avais plus qu'un vague souvenir, je me rappelais une crinière rousse et de magnifiques yeux bleus.
« J'aime bien étudié les prénoms, dit-elle. Bon tu m'aides ou tu attends que je me déboite une épaule, finit-elle par râler »
« C'est demandé si gentiment. »
« Désolée, je suis fatiguée. »
« Allez tourne-toi, la prenais-je en pitié. Elle allait finir par se démembrer elle-même
Elle me fit un petit sourire avant de me tourner le dos. Elle se redressa et souleva ses longs cheveux afin de me laisser accéder à la fermeture éclair qui lui donnait tant de mal. N'est-ce pas étrange ces femmes qui pensent qu'on ne regarde que leurs seins ou leurs fesses, qu'on ne s'intéresse qu'à cela et qu'on ne veut voir que cela? Une poignet, une cheville, une fossette peut vous faire défaillir n'importe quel mâle. Et moi je défaillis pour une nuque. Une nuque délicate, fine, fragile, qui se tenait bien droite sur des épaules magnifiquement dessinées. Et quelle confiance dans ce geste, dévoiler sa nuque, le point faible de tout être vivant ou mort, un tel abandon que je ne pus m'empêcher de frémir. Sa peau pâle captait la lumière de la lune et je ne voyais plus qu'elle dans la chambre plongée dans l'obscurité. Je notai tout: comment ses épaules étaient contractés, le dessin de ses muscles sous sa peau, la courbure qu'elle adoptait, ses longs cheveux blonds retenus négligemment par deux mains fines. J'aurais aimé pouvoir rester ainsi, debout appuyé au chambranle de la porte à la regarder. Le spectacle était magnifique.
Le moment n'avait duré que cinq secondes, et je ne voulais pas être pris en plein délit alors je me décidai à avancer. Je m'assis à côté d'elle et fis glisser lentement la fermeture éclair frôlant la peau de son dos tout au long de sa colonne vertébrale. Je sentis sa peau frémir sous mes doigts. Un fugace instant, je me vis la retourner, écraser ma bouche contre la sienne, promener mes mains sur ce corps de déesse et la faire gémir de plaisir. Encore une fois, je l'entendis grogner me poussant à m'exécuter. Et je me retins.
« C'est bon, et ma voix était plus rauque que je ne le voulais »
Elle laissa retomber ses longs cheveux d'or qui retombèrent en cascade sur son dos. Elle se tourna vers moi maintenant son bout de tissu contre sa poitrine.
« Merci. »
« C'était avec plaisir »
« je n'en doute pas »
Et elle éclata de rire en se levant.
« Bouge pas, je reviens. »
Elle traversa sa chambre d'une démarche sensuelle, ses hanches balançant en rythme. Bon on se reprend, et on se calme. Je me levai et regardai ce qui remplissaient les étagères. Des tonnes de bouquins, de tous les genres, de tous les auteurs, de tous les siècles. Elle aussi connaissait l'ennui. Et des CD, je reconnaissais la plupart les ayant moi-même. Et enfin, beaucoup de carnet noir de différentes tailles. J'en ouvris poussé par la curiosité. Toutes les pages étaient remplis d'esquisses, certaines raturées, d'autres n'étaient que trois traits qu'on aurait dit tracer sans raison, et les dernières pages ressemblaient à des brouillons plus poussés mais pas achevés. Et elle en avait des dizaines comme ça, je ne savais pas qu'elle avait ce don. Car c'en était un, bien qu'esquisses, c'était magnifique.
« Alors, tu fais comme chez toi? »
« Désolé, ma curiosité a été plus forte »
Je rangeai le carnet et me retournai. On passait du tout au tout. Elle avait enfilé un jogging large et confortable, et un haut ample. Elle avait remonté ses cheveux en queue de cheval. Elle s'assit en tailleur sur son lit un léger sourire flottant sur ses lèvres.
« A quoi tu penses? »
« A Emmet. »
Je retins un grondement sourd. Pourquoi pensait-elle à cette grande brute?
« Il est protecteur. Je pensais que ce serait Rimbaud le protecteur de la famille, pas lui. J'imagine pas quand il est avec Rosalie. La pauvre. »
« Elle fait exactement la même chose. »
« Ouah, ça doit être drôle d'être avec eux en soirée. Les humains doivent être terrorisés. »
Et elle éclata de rire à cette pensée.
« Pas tant que ça au final, c'est pour ça que j'évite. »
« Alors résumons: Emmet, le protecteur, Rimbaud, le mystérieux, Alice, la « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », Rosalie, la beauté froide, et toi, le solitaire contemplateur. »
« Contemplateur? »
« Oui, tu sais, j'observe le monde, j'analyse, mais je ne m'y mêle pas. »
« Et tu sais tout ça en moins d'une semaine. »
« Bon c'est un peu manichéen, je l'avoue, mais les bases sont là. »
Je ne répondis rien. Caricatural, c'est vrai, mais un fond de vérité un peu dérangeant. Elle cachait bien son jeu, mais elle n'avait rien de superficiel. Elle était même vive d'esprit et pleine de réflexion. Et elle pouvait être chaleureuse contrairement à ce qu'elle laissait transparaître.
« Tu as quel âge? Me demanda-t-elle en se couchant sur le ventre la tête tournée vers moi. »
« 108 ans. Et toi? »
« Depuis quand on demande l'âge d'une femme? »
« Depuis qu'elle ne peut pas avoir de ride. »
« Touchée. 76 ans. »
« T'es une jeunette. »
Elle me sourit et roula sur elle-même.
« Mais j'ai déjà bien vécu. »
Un silence s'installa. Mais pas un silence inconfortable. Je restai assis sur la moquette appuyé sur les étagères.
« Tu sais ce qui est le plus emmerdant? Redescendre sur terre aussi vite. »
« Tu dessaoules? »
« A mon plus grand malheur. »
Je souris. J'étais bien et je n'avais aucune envie de bouger et de rompre ce moment, mais il le fallait bien. Je soupirai et me relevai. Elle pencha la tête aussitôt.
« Tu fais quoi? »
« Je rentre chez moi. »
« Reste encore un peu. »
Je ne discutai même pas, elle me prit par la main et m'installa à côté d'elle.
**********
POV Sélène
Une heure avant le début des cours, je me décidai enfin à bouger. Edward était parti depuis peu, et la pièce me semblait trop vide. Je restai plus longtemps que d'habitude sous la douche.
Kazen n'était toujours pas rentré lorsque je partis au lycée. Jean brut, chemisier manche trois quarts bleue, ballerines. Je ne voulais pas séduire aujourd'hui. Même un vampire, aussi vite se remet-il, peut avoir une sorte de gueule de bois. Ca se traduisait par une certaine mollesse et un caractère de chien, enfin dans mon cas. J'enfilai une paire de lunette qui me bouffait la moitié du visage et partis au lycée. Je ne voulais pas rester seule dans cette maison trop vide.
Je croisai les Cullen sur le parking, mais le début de cours fut annoncé et aucune parole fut échangée. J'eus de voir les traits d'Emmet se crisper légèrement. Il fallait que je règle ça au plus vite. Après tout, c'était mon préféré.
Je les rejoignis le midi avec un plateau à moitié vide. Alice me prit par la main et fit aussitôt un debriefing de la soirée (en évitant soigneusement la confrontation) et son discours était ponctué de superlatif. Sur la promesse de refaire rapidement une soirée comme celle-ci, elle me libéra enfin et je pus me tourner vers les autres. Jasper me fit un petit sourire d'excuse et rapprocha sa femme de lui.
« Emmet »
Il releva la tête aussitôt et me regarda droit dans les yeux où je voyais se dérouler un terrible combat: répondre ou ignorer. Je savais qu'il m'appréciait, j'étais une nouveauté pour lui qui brisait un peu sa vie quotidienne, et en même temps il sentait sa famille menacée par ma présence.
« Qu'est-ce qu'il y a? »
« Ma voiture fait un drôle de bruit, tu pourrais peut-être me donner ton avis? »
Bien sûr personne ne fut dupe, mais c'était une façon comme un autre de lui tendre la main, à voir s'il allait la prendre.
« Si tu veux, grommela-t-il jetant un coup d'œil à Rosalie afin de savoir que faire. »
« Attrape. »
Je lui lançai mes clés.
« J'y vais maintenant? »
« Du moment que tu me la rapportes à cinq heures. »
Il se leva aussitôt, la main de Rosalie dans la sienne et sortit du self avec un empressement beau à voir.
« Bien joué, tu ne pouvais pas lui faire plus plaisir, me dit Edward. »
« Je m'en doute. J'ai même vu Rosalie s'animer un peu, mais ressentirait-elle quelque chose? M'écriai-je d'un ton dramatique. »
Alice éclata de rire, et se sentant un peu coupable de se moquer de sa sœur, elle se mit en tête de la défendre avec ardeur.
********
J'attendais sur le parking le retour du couple. 17H10, j'allais les tuer. J'imaginais le pire: ma voiture encastrée dans un arbre et j'en frissonnai presque.
« Excuse-moi. Sélène c'est ça? »
Je me retournai et je sentis le sang sucré de Bella avant même de la voir. Elle était vraiment inconsciente cette fille. Elle se mordillait la lèvre à la recherche de sa prochaine phrase. Et je ne l'aidai pas. Je n'en avais aucune envie. Je n'y arrivai pas. Je ne savais même pas quel sentiment elle m'inspirait, mais je tenais à rester le plus loin d'elle. Et que croyait-elle? Que tous les vampires allaient l'adorer juste parce qu'elle connaissait notre secret?
« Je voulais te dire que..., re mordillage de lèvre, papillonement des yeux, hésitation, et reprise, enfin je ne t'en veux pas. »
J'étais stupéfaite. D'abord toutes ces manières exaspérantes... Pour ça. J'avais envie d'éclater de rire, mais j'étais trop étonnée par sa phrase.
« Enfin, pour ce qui s'est passé, ce... mordillage de lèvre etc..., tu ne voulais pas, je le sais. »
Mais pour qui se prenait-elle? Elle pensait vraiment que j'étais prise de remord, que je ne passais pas une minute de ma vie sans penser à elle, que je me torturais pour cet acte.
« Voilà... Je ne voulais pas que.. Enfin que ça nous empêche de... mordillage etc »
J'étais en pleine hallucination.
« J'ai vu aussi qu'Edward t'appréciait et je...(devinez ce qu'elle fait), je ne voudrais pas que tu te sentes mal par rapport à moi. »
Je soupirai et repris un peu de contrôle. Elle attendait visiblement une réponse avec un petit sourire qui m'horripilait déjà. Je retirai mes lunettes et la fixai droit dans les yeux. Elle était déjà mal à l'aise avant même que je commence.
« Ne t'inquiète donc pas comme ça... Je n'ai pas pensé à toi une seule fois depuis notre rencontre, et j'en ai plus rien à faire de ce que je t'ai fais, puisque je ne t'ai rien fait. Je ne souhaite pas te connaître, encore moins devenir ton amie. Ce n'est pas parce que je fréquente les Cullen que je dois supporter la présence d'une humaine. Dernière chose, je le voulais, je le voulais terriblement. Je voulais te mordre et te vider de ton sang, je voulais t'entendre crier de souffrance, je voulais sentir ta vie s'échapper peu à peu de ton corps, et je voulais capturer ton dernier souffle. »
Ma voix était dure et froide, mon visage fermé, et je la sentis trembler. Tous les vampires ne sont pas sympathique, même les végétariens. Elle recula d'un pas, choquée. Elle ne viendrait plus me voir et tant mieux pour moi.
« Tu as le droit de partir »
Je lui tournai la tête et remis mes lunettes sur le nez. Un coup d'œil sur ma montre 17h15. J'allais faire un massacre. S'il y avait la moindre rayure, le moindre poc... Nerveusement, je m'allumai une cigarette sur le parking désert. Ce n'était pas normal. Du coin de l'œil, je vis Bella monter dans sa vieille voiture et la démarrer dans un bouquin d'enfer. Super, le tableau était complet: je suis originale avec une voiture hors d'âge parce que le regard des autres je m'en moque, je suis libre et indépendante, j'emmerde le consumérisme et toute la litanie qui s'en suit. Je ne la supportais pas. Elle représentait tout ce que je détestais chez les humains, tout ce pourquoi je ne les fréquentais pas. Elle en était l'incarnation.
17H20, je sortis mon portable prête à déclarer le vol de ma voiture dans les dix prochaines minutes. Je jetai au loin mon mégot et commençai les cents pas. Le ciel se couvrait, menaçant, qu'une seule goutte me touche seulement et je me vengeai sur Emmet. Enfin, j'entendis le doux ronronnement de ma voiture adorée. Ils déboulèrent comme des fous sur le parking et c'est en dérapage contrôlé (en tout cas il avait intérêt à l'être) que la voiture s'arrêta sur un place. Avant même que ma mercedes s'éteignent complètement, j'ouvris furieuse la porte conducteur.
« Emmet, j'avais dit... »
« Désolée, Sélène, c'est de ma faute si on est en retard, je l'ai un peu trop poussée sur l'autoroute et le temps de revenir... »
Quelle ne fut pas ma surprise! C'était Rosalie qui tenait le volant. Elle sortit de la voiture rejointe par Emmet qui l'entoura de ses bras amoureusement.
« L'autoroute, mon œil! Vous puez le sexe à plein nez tous les deux. »
Comme toute réponse, j'eus le droit à deux sourires béats.
« Si vous l'avez fait dans ma voiture, grognai-je menaçante en entrant la tête dans l'habitacle »
J'inspirai. Non, qu'une bonne odeur de cuir.
« Frustrée, me rétorqua Emmet. »
« On parle de ma voiture là, grosse brute. »
« Elle est superbe en tout cas. La prochaine que je m'en achète une ce sera une mercedes, s'exclama alors Rosalie. Non, vraiment quelle puissance! »
« Contente que cela vous ai plu, répondis-je en faisant le tour à la recherche du moindre souci. »
« Mais, elle n'a rien ta voiture, ne t'inquiète pas, on est juste un peu en retard. »
« Ouais, on verra. Faut que je file. »
« On se voit demain alors? Me fit la blonde avec un grand sourire. »
Si j'avais su, j'aurais proposé un tour de voiture bien avant.
Je rentrai chez moi en promettant à ma voiture de ne plus jamais, non plus jamais, la laisser seule entre les mains de ces deux assoiffés de sexe incontrôlables. Quand j'arrivai chez moi, je remarquai aussitôt une voiture italienne garée à ma place.
Prudente, je laissai ma voiture au début de l'allée et me précipitai chez moi sans un bruit. Je rentrai par la fenêtre de ma chambre que j'avais laissé ouverte. Pas un bruit au rez de chaussée. Je descendis prestement les escaliers et ne vis personne. Je commençai à détendre quand j'entendis des bruits en provenance du sous-sol. Un bruit de lutte. Kazen! Je courus en bas et découvris mon mentor par terre et un vampire blond le dominant. Sans même y penser, je poussai un grondement sourd et me jetai sur notre ennemi. Moi, une stratège? Laissez-moi rire. Si je l'avais été, je ne l'aurais pas affronté. Il avait battu Kazen, il allait m'écraser. Mais ce n'était pas moi qui décidai, et bien le monstre qui ressortait et pour une fois j'étais en accord. J'atterris sur le dos de mon adversaire et le fis tomber par terre. Je lui flanquai un coup de poing dans la colonne vertébrale qui lui fit pousser un grondement à son tour. Deux secondes plus tard, je valsai allègrement dans les airs. Le mur arrêta mon vol plané et je m'effondrai dans la poussière. La pièce entière en avait tremblé. Je me remis aussitôt sur pied et me tassai sur moi même prête pour la prochaine attaque. Je bondis alors que mon adversaire eut une seconde d'inattention. Je fus interceptée en plein bond par un corps qui me percuta m'entraînant dans sa chute.
« Sélène! Rugit Kazen me dominant entièrement furieux. »
Instinctivement, je relâchai tous mes muscles, j'aurais été un chiot j'aurais exposé mon cou pour montre ma reddition.
« Reprends-toi! »
J'en tremblai. Lorsqu'il me sut calmée, il se releva et m'aida à faire de même.
« Tu m'expliques ce qui t'a pris? »
Si je me soumettais à Kazen, je n'en gardai pas moins une méfiance pour l'homme blond qui se tenait en face de nous avec un léger sourire.
« Tu étais à terre, réussis-je à dire entre mes dents »
« Et tu ne reconnais plus un entraînement à un vrai combat? »
« J'ai eu peur pour toi. »
Il soupira et se passa la main dans ses cheveux se demandant sûrement ce qu'il allait pouvoir faire de moi.
« Bonjour Sélène, je suis Carlisle Cullen. Tu connais déjà mes enfants. »
Il fit trois pas et me tendit la main. Je le regardai lui, puis sa main tendue, hésitante. Mais j'hésitai trop au goût de Kazen qui m'envoya une claque à l'arrière du crâne.
« Aouch,mais ça va pas? »
« Je t'apprends les bonnes manières. Dis bonjour. »
J'attrapai la main de Carlisle et la lui serrai
« Bonjour Mr Cullen »
Une autre tape.
« Mais arrête, tu fais mal! »
« Excuse-toi »
« Excusez-moi pour... Vous avoir un peu agressé. »
« Ne soyez pas aussi dur avec elle. Elle s'inquiétait seulement pour vous. » Exactement, merci pour la défense! « Mon fils, Emmet, aurait fait la même chose » Super, j'étais comparé à une armoire à glace, merci pour ma féminité.
« Elle est encore trop irréfléchie. Je vous invite à rejoindre le salon. »
« Avec joie. »
« Sélène, tu balayeras. »
« Mais... »
« Pas de discussion. »
Je ne préférai rien dire, ce n'était pas le meilleur moment pour ouvrir ma gueule et lui rappeler qu'une femme de ménage passait chez nous deux fois par semaine. Une fois qu'ils eurent disparus, je tentai de masser mon cou et mes épaules endoloris. Ma réception sur le mur avait été plutôt violente et j'en garderai des marques assurément.
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Je remontai à l'étage et trouvai les deux vampires dans le salon, assis face à face, l'un aussi blond que l'autre brun. Jolies gravures de mode.
« Tu es calmée? »
« C'est bon Kazen, grognai-je en les rejoignant. »
Je pris place à côté de mon mentor qui m'entoura les épaules et me rapprocha de lui. Il ne m'en voulait plus et je me serai un peu plus contre lui.
« J'espère que je ne t'ai pas fait mal Sélène, me demanda Cullen réellement préoccupé »
« Non, tout va bien, j'ai l'habitude. »
« Ne fais pas ta fière, me gronda Kazen. »
« Je pourrais peut-être jeter un coup d'œil, proposa alors le vampire. »
« Ce n'est pas la peine, je... »
« Sélène, enlève ta chemise. »
« C'est un chemisier Kazen, un chemisier. »
« Quoi que ce soit tu l'enlèves. »
Je soupirai sachant très bien que je n'aurais pas gain de cause. Je déboutonnai mon haut et le retirai rapidement présentant pour la deuxième fois mes épaules à un Cullen. C'allait devenir une habitude. Je sentis les mains froides du docteur sur ma peau. L'examen ne dura pas longtemps et je ne sentis rien.
« Un muscle un peu froissé peut-être mais rien de grave, tu seras remise demain. J'espère que tu ne m'en veux pas trop. »
Il semblait sincèrement désolé occultant le fait que c'est moi qui l'avais attaqué, mais je ne m'empressai pas de le lui rappeler.
« Ca lui apprendra à sauter sur tout le monde »
Par contre, cela ne gênait pas Kazen de toutes évidences.
« Esmée serait ravie que vous passiez nous voir, elle a vraiment hâte de faire vos connaissances. »
« Et bien, qui pourrait vouloir décevoir une femme? Nous passerons avec plaisir. »
« Ce soir, la plupart d'entre nous ira chasser... »
« Vous avez un planning? Ne pus-je m'empêcher de demander. Aouch!Kazen! »
« Etes-vous libre demain soir? Passez vers 7 heures comme ça nous aurons le temps de se connaître mieux avant de regarder le match, continua Carlisle avec un petit sourire »
« C'est parfait. Vous pouvez compter sur nous, affirma mon mentor »
Et voilà la suite, j'avoue que je ne suis pas fan fan de ce chapitre, il manque quelque chose sans vraiment savoir quoi.
au fait, y a un tout joli petit bouton vert qui n'attend qu'un clic de votre part
et si vous avez des hypothèses, des suggestions ou des questions n'hésitez pas!
