Eclaire le chemin ( Light the way )

Désolée d'avoir mis autant de temps pour updater cette partie.

Iruka se réveilla en sursaut et en sueur, retenant à grand'peine le gémissement mourant sur ses lèvres de se transformer en hurlement - le hurlement d'agonie qui lui avait déjà déchiré la gorge dans son rêve.

Il était sorti de l'hôpital le jour d'avant, et simplement rentrer à son appartement l'avait épuisé - il s'était traîné dans les rues sur l'unique béquille qu'il pouvait utiliser, vu qu'il n'avait qu'un seul bras en état de marche pour le moment. Le trajet habituellement long d'une dizaine de minutes de l'hôpital à son appartement s'était mué en un d'une bonne demie-heure, qu'il avait passé à boiter désespérément. A ce moment-là, il avait vraiment espéré que les médics avaient été pessimistes en disant qu'il aurait du mal à se déplacer pendant les premières semaines, si ce n'était pendant les premiers mois, et ce même en retournant à l'hôpital cinq fois par semaine pour la torture connue sous le nom de rééducation. Il ne supporterait pas de se traîner comme hier pendant des mois.

Il roula d'à plat dos sur son côté droit, faisant face au mur, tentant de reprendre un rythme de respiration plus calme. Ce n'était que des rêves - des rêves qui ressemblaient simplement trop à des événements réels…

Iruka referma les yeux, forçant les images de cadavres mouvants à quitter son esprit. Il n'avait jamais été capable de dormir correctement lorsqu'il était épuisé. Dans cet état, son esprit avait tendance à lui rejouer ses pires souvenirs; et les kamis étaient témoins qu'il en avait bien trop, même s'il n'était pas un jounin ou un ninja de rang plus élevé. Il était simplement un ninja, et il avait fait des choses qui n'étaient pas faites pour être rappelées la nuit; qui n'étaient pas faites pour autre chose que l'oubli.

C'était ces choses qui lui revenaient dans ces moments-là, grotesquement déformées, en ce qui semblait être une galerie d'horreurs interrompue, où les cadavres bougeaient et tentaient de se saisir de lui, où les morts revenaient, où il courrait loin de tout cela, et où il hurlait si fort à l'intérieur de lui qu'il se demandait au matin comment cela se faisait qu'il pouvait encore parler.

Iruka rouvrit les yeux, fixant le mur nu devant lui. Sa chambre était à peine éclairée par l'éclairage public en bas dans la rue, mais il n'avait besoin d'aucune lumière pour connaître le nombre de fissures et d'irrégularités et leur exact emplacement sur le mur. Il les connaissait par cœur, avec toutes les fois où il était resté éveillé toute la nuit, trop épuisé pour rester debout, trop épuisé pour dormir - n'osant pas dormir, par peur de ces choses qui revenaient du plus profond de ses cauchemars, celles qui attendaient dans l'ombre pour l'entraîner avec elles.

Il soupira, sachant pertinemment qu'il ne pourrait plus dormir cette nuit, mais qu'il était trop fatigué pour faire quoi que ce soit d'autre qu'attendre que vienne le matin en fixant le mur de sa chambre.

En un sens, c'était une bonne chose que Naruto ne soit pas à Konoha. Il savait qu'il était ce qui se rapprochait le plus d'une famille pour le garçon ; et le jeune homme avait depuis longtemps réalisé que le garçon était ce qui se rapprochait le plus d'une famille pour lui, entre un fils et un petit frère. Iruka voulait être fort pour Naruto, voulait être un point d'équilibre dans sa vie, comme un père ou un grand frère devait l'être. Il ne voulait pas que le garçon le voie dans l'état dans lequel il se trouvait actuellement.

Iruka se demanda, pas pour la première fois depuis que la tornade blonde avait quittée Konoha, où était Naruto, ce qu'il faisait, comment il allait, si, pour une fois, il avait eu un anniversaire digne de ce nom, une fois loin du village.

La lumière changea, dehors. Il entendit les véhicules sans moteur passer pour les premières livraisons du matin des magasins, des boutiques et des restaurants dans rues qui passaient sous son appartement. Il entendit les commerçants s'interpeller et se saluer avant de préparer leurs magasins pour l'ouverture.

Iruka se demanda ce qu'il aurait fait de sa vie s'il n'était pas devenu ninja; et ce n'était pas la première fois de sa vie qu'il se posait cette question.

Il pouvait voir la majeure partie des fissures maintenant, à moitié parce qu'il savait où elles étaient, à moitié parce que le soleil se préparait à se lever, baignant la pièce avec les promesses d'une douce lumière matinale - enfin, autant que le soleil pouvait se lever derrière les nuages qui avaient élu domicile pour la saison au-dessus du Pays du Feu.

Il cligna des yeux, dans un mouvement ensommeillé. Maintenant que le soleil se préparait à sortir, voilà qu'il commençait à se rendormir. Allez savoir. Ca n'était pas comme s'il était attendu quelque part dans les prochaines heures; il allait aller au bureau des missions le jour d'après peut-être, et il n'avait pas à aller à l'hôpital pour des séances de torture avant au moins trois jours. Il pouvait dormir maintenant. Les courses dont il avait sans aucuns doutes besoin étant donné que tout ce qui restait chez lui qu'il n'avait pas mangé en rentrant ou qui n'avait pas dépassé sa date limite de consommation était de la bière et des rations, pouvait attendre un peu plus tard dans la journée.

Une pensée surgit dans son esprit avant qu'il ne retombe dans les bras de Morphée.

Il n'avait pas vu Kakashi depuis cette fois à l'hôpital, le dix, près de deux semaines auparavant. Le jounin était-il seulement à Konoha en ce moment?


Kakashi regardait sans le voir le soleil se lever sur les plaines encore vertes du Pays de l'Herbe, le vent jouant avec les grands espaces, les faisant ressembler à la fourrure d'un chat gigantesque caressée par une main aimante. Mais de telles considérations esthétiques étaient bien loin de ses pensées.

Il avait faim, et il était fatigué. Il en avait assez de ces grands espaces sans un seul arbre à l'horizon. Il en avait assez de courir toute la journée. Il en avait assez d'être ici à courir. Il en avait juste assez de tout, comme il en avait eu assez de tout ce matin deux semaines auparavant.

Sans se faire remarquer, une partie de son esprit se demanda ce qu'il n'allait pas avec lui cette fois.

Il se leva, un peu raide, du trou où il avait passé la nuit à essayer de dormir; essayer étant le maître mot. La nuit avait été froide, et le soleil à peine levé n'était pas suffisant pour le réchauffer. Il se réchaufferait en courant de toutes manières.

Kakashi soupira, sa respiration créant de petits nuages de vapeur blanche dans l'air froid de l'aube. Il était fatigué, il avait froid, il avait faim - et il était prêt à étrangler celui qui avait créé ces rations sans goût ni odeur qui le laissaient toujours avec l'impression qu'il n'avait rien mangé du tout, faisant se contracter douloureusement son estomac. Et il était encore en train de débattre mentalement pour savoir si l'enfoiré qui avait demandé spécialement ses services pour cette stupide et sur-estimée 'amène un rouleau ici' mission de classe A méritait d'être étranglé avant ou pas.

Il avait encore au moins deux jours de voyage avant d'atteindre les frontières du Pays du Feu, peut-être trois au vu de son allure. Il avait traité la blessure à la cuisse qu'il avait reçue durant la mission qui avait précédée celle-ci, mais elle ne cicatrisait pas aussi vite et bien qu'elle aurait dû. Même s'il détestait cela, il aurait à passer par l'hôpital en rentrant. Pour l'instant, il ne pouvait pas faire grand chose pour améliorer tout ça; la blessure ne faisait que le ralentir.

Il ne pourrait pas être à Konoha en moins de cinq jours. Autant commencer à courir maintenant pour entamer la distance.

Il épaula son pack, attrapant une ration du même coup, avant de partir dans les plaines. Il était mal à l'aise dans ces grands espaces; il n'y avait pas d'endroit où se cacher, il y avait trop de place, il pouvait être vu par des ennemis arrivant de n'importe quel côté, aussi bien qu'il pouvait les voir, mais il ne pouvait se cacher ou disparaître à leur approche comme il l'aurait fait dans une foret.

Ces vastes espaces hurlaient 'anormalité' à tout les instincts d'auto-préservation qu'il possédait. Il ne pouvait pas attendre de retourner sous le couvert de l'épaisse foret entourant Konohagakure. Il ne pouvait pas attendre d'être de retour à Konoha. Peut-être pourrait-il avoir le temps de se reposer cette fois.

Le jounin mangea sa ration tout en courant. Une moitié de son esprit était toute entière dévouée à prêter attention à son environnement, l'autre moitié était... ailleurs. Herbe était plutôt en bons termes avec Konoha pour l'heure, il n'avait pas besoin d'être tout entier tourné sur l'analyse de son environnement. Si des ennemis décidaient d'apparaître, il serait capable de les voir et de les sentir suffisamment à l'avance pour revenir à l'instant présent.

L'autre moitié de son esprit errait autour d'un chuunin. Est-ce qu'Iruka était un ami?

Il courut toute la journée.

... à la prochaine, chers lecteurs...