Bonjour/bonsoir!

Hé oui, je suis encore là, et vous?


Disclaimer : tout à Masami Kurumada et à la Toeï

Titre: Tous les matins du Bélier

Perso : Mû, Kiki


Les rayons clairs du soleil pénétraient avec la douceur juvénile du levant. Les chants gais et cristallins des oiseaux avaient la même fraîcheur que la rare et fragile rosée qui ne stagnait dans l'air du Sanctuaire que durant cet instant éphémère de l'aurore. La tiédeur qui habitait l'atmosphère n'était encore que l'embryon de la puissante chaleur annihilante qui régnerait dans seulement quelques heures. Mais durant cet instant, le monde du dehors n'en était qu'à son printemps, pastel et faiblement rieur.

Ce fut pourtant un grognement de déplaisir qui accueillit l'éclosion de ce charmant tableau du jour. La caresse flavescente de la lumière fut reçue comme une claque à la fois vitale et douloureuse sur la joue à peine rosée de Mû du Bélier, dont le premier réflexe fut d'enfoncer un peu plus profondément le nez dans son oreiller et de ramener les draps par-dessus sa tête, avec une vigueur encore maladroite de sommeil. Se retrouvant à nouveau dans un agréable cocon d'obscurité, il soupira d'aise, mais malgré la somnolence dans laquelle il flottait encore, son esprit était réveillé. Petit à petit, il prenait conscience. De sa bouche un peu pâteuse. De la chaleur de son souffle sous son retranchement de tissu. Du soleil qui perçait tout de même un peu à travers les fibres des draps. De Kiki qu'il lui faudrait aller réveiller bientôt. De ses responsabilités de chevalier d'Or. De cette vie qu'il n'avait pas choisi. De cette vie qu'il menait du mieux qu'il pouvait. Il passa une main sous son T-shirt qu'il décolla de la peau de son torse et de son dos. Il avait eu chaud cette nuit. Cette sensation désagréable de sueur séchée le poussa à se redresser. Il resta quelques secondes assis sur le matelas, sans bouger, les cheveux crêpés par ses agitations nocturnes et les paupières plissées face à la fenêtre lumineuse.

Il prit finalement la décision de se lever mais laissa encore pendre son pied à quelques millimètres du sol, s'amusant à le frôler dangereusement avec de petits mouvements de cheville. C'était la frontière entre le monde extérieur, l'engagement dans l'existence, et son lit, sa seule enclave d'intimité. Le lieu où il était humain, et uniquement humain. Enfin presque. Il sourit faiblement à cette réflexion. Non, il n'était pas si différent d'un être humain...

Il posa son pied à terre et se leva.

Il marcha jusqu'à la cuisine pour se préparer un thé. Tandis qu'il craquait une allumette avec un geste expert pour allumer la gazinière, il bénit la récente installation de l'eau courante au Sanctuaire. Lorsqu'il séjournait à Jamir, son premier geste du matin était d'aller à la source la plus proche en fendant l'air glacé pour y puiser l'eau nécessaire à la cuisine et à la toilette. Eau qu'il ne fallait pas oublier de faire bouillir avant toute utilisation. Il devait avouer qu'il n'était pas mécontent d'échapper à cette besogne lorsqu'il était au premier temple.

Alors que les premières bulles menaçaient d'éclater à la surface, Mû retira la casserole du feu et transvasa l'eau dans une bouilloire préalablement garnie d'un mélange personnel de feuilles de thé. Il éteignit le gaz et laissa infuser avant de verser le liquide dans une simple tasse en terre puis de s'asseoir à sa table, un pied sous les fesses, l'autre jambe laissée pendante. Il se tenait mal, il le savait, et s'il avait été là, Shion n'aurait pas manqué de le lui faire remarquer. Mais c'était le seul moment où il se retrouvait seul et durant lequel il pouvait s'adonner à ces petits riens qui lui étaient agréables.

Les deux mains enserrant le récipient chaud et fumant en de jolies volutes, il retint un bâillement.

Tu vas avoir une scoliose ! Résonna la voix de Shion dans sa tête, et il retira son pied de sous ses fesses.

Il voulut passer une main dans ses cheveux afin de se réveiller un peu plus, mais ses doigts restèrent bloqués juste en-dessous de la nuque, annonçant un quart d'heure prometteur pour le démêlage. De dépit, il se gratta la tempe et se leva pour se casser un carré de chocolat. C'était bien son seul pécher en matière de nourriture. En règle générale, il n'était pas amateur de sucré. Le chocolat, c'était son exception. Il en donnait également un morceau à Kiki tous les matins, à côté de son bol et de ses tartines, qu'il droguait ainsi depuis plusieurs années.

Il ne fallait pas qu'il se laisse trop rêvasser. Il finit son thé en une dernière gorgée et se leva pour poser sa tasse dans l'évier. Il ferait la vaisselle plus tard.

À présent torse nu dans sa salle de bain, Mû laissait couler l'eau dans la toute petite baignoire tandis qu'il se brossait les cheveux avec force et courage. Cette lourde tâche achevée, il ferma les robinets et plongea dans son bain en repliant ses jambes trop longues. Mû n'y restait jamais plus que le temps nécessaire à la toilette, l'exiguïté de l'objet en céramique rendant l'activité suffisamment inconfortable pour le dissuader de toute tentation à l'indolence. Il aurait dû écouter le chevalier du Cancer et faire installer une douche, mais cela avait fait tellement plaisir à Kiki... Après plusieurs minutes de contorsions rocambolesques, il se tira hors de l'eau, se sentant à la fois soulagé de la moiteur désagréable qu'avait laissé sur lui la chaleur de la nuit et libéré de l'étreinte dure de la baignoire. Il enfila sans grande considération ses vêtements habituels, humbles et pratiques, négligés et pouilleux selon Aphrodite.

Le soleil se faisait à présent plus glorieux et il était temps d'aller réveiller Kiki.

Mû pénétra doucement dans la chambre de l'enfant, qui s'était en partie débarrassé de ses draps. Il passa délicatement ma main dans ses cheveux roux si familièrement embataillés et déposa un baiser sur sa joue.

« Il est l'heure, jeune apprenti ».

Kiki grogna et grimaça en se recroquevillant instinctivement dans son lit.

Mû quitta la chambre en laissant la porte à demi ouverte afin que la lumière le réveille progressivement. Si dans dix minutes son disciple n'était toujours pas levé, il y retournerait pour radicaliser son action en ouvrant les volets, et si cela ne suffisait pas, il lui ferait quitter le lit de ses propres mains en le transportant sur son épaule jusqu'à la cuisine. Parfois, Kiki faisait tout simplement exprès de se cacher sous les draps avec espièglerie, précisément dans le but de se faire transporter sur les épaules de son maître.

Mû retourna dans la salle de bain pour achever sa préparation. Il prit son vieux cordon de cuir rouge pour nouer ses cheveux, puis les bandelettes de tissu qui lui servaient officiellement à protéger ses poignets, officieusement à recouvrir les cicatrices blanchâtres, nettes et précises, qui rendaient sa peau irrégulière à cet endroit. Peut-être avouerait-il un jour que ces marques aux poignets qu'il cachait sous ces bandages, n'étaient pas toutes dues à des réparations d'armures...

Il entendit des bruits de pas et le crissement d'une chaise dans la cuisine. La journée pouvait commencer.


Voilà, après encore une belle absence, j'ai finalement trouvé le temps de finir un (tout) petit texte, humble de tous points de vue. J'ai bon espoir d'en terminer d'autres dans un temps un peu plus raisonnable! D'ailleurs, ayant passé ces derniers mois à taper, lire, relire et re-relire des textes, j'avoue avoir un peu voulu me débarrasser rapidement de cette étape en ce qui concerne celui-ci. N'hésitez donc pas à me signaler les erreurs que j'ai pu laisser en liberté et qui sont si désagréable à la lecture, afin que je les corrige.

En tout cas merci à vous d'avoir lu jusqu'au bout, et à bientôt!