Merci à gloups, Loupiote54, Moirice, Lauraine et rukiia pour leurs reviews ! J'espère que l'histoire du jour vous plaira !

Cet OS est spécialement dédié à Frozen Ryuuko !


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Calendrier de l'Avent

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10. Chance

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Hibiki a un rire, et sans l'entendre, Eve sait pourtant qu'il est charmant et charmeur. Puis, lorsque le blond se penche vers sa compagne de ce soir, son regard est si plein de passion véritable et de tendresse émerveillée que pendant une seconde, Eve se demande si cette fois, Hibiki n'est pas réellement amoureux de la jeune femme rougissante.

Mais non, peu importe le feu dans ses yeux, la douceur dans ses gestes, Eve sait qu'Hibiki, en perdant la femme qu'il aimait des années plus tôt, a aussi perdu son cœur.

C'est à la fois une chance et une malédiction.

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« Eve ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu avais pris un jour libre pour Noël. »

Hibiki n'a pu s'empêcher de manifester son étonnement, mais déjà son regard erre derrière lui, cherchant malgré l'heure matinale le client prêt à s'offrir ses charmes.

Eve s'en rend immédiatement compte, et sa nervosité augmente d'un cran.

« Tu as été réservé, non ? » se contente-t-il de répondre, sachant d'avance, et pour cause la réponse.

─ Oui, pour la journée, » dit légèrement le blond. Puis avec un clin d'œil qui tort l'estomac du plus jeune des deux hommes, il ajoute malicieusement « Et pour la nuit. »

Hibiki est un des trois hôtes « complets » du club attaché à la guilde-mère. Les deux autres sont Ana une adorable rousse qui maîtrise la magie de transformation et Java une grande brune élégante qui ensorcelle, littéralement, avec sa danse et sa musique.

Sans pour autant être ouvertement critiqués, ils sont considérés comme des êtres à part parmi les hôtes de Blue Pegasus, et pour cause : les hôtes complets acceptent de coucher avec leurs clients. Ce n'est ni plus ni moins que de la prostitution, même si elle se cache derrière l'illusion de l'amour et du sentiment.

Pourtant, ni Hibiki, ni Ana et Java, qui sont tous les trois des mages, et pas des plus médiocres, ne font ça par appât du gain. Maître Bob et Ichiya ne le permettraient pas.

Ce n'est pas pour rien que Pegasus est une des plus puissantes guildes de Fiore, sans doute la plus riche et définitivement la mieux informée. Le club d'hôtes d'Hamanasu (1) et ceux que Pegasus contrôlent à travers tout Fiore sont les piliers d'un gigantesque service de renseignements et les secrets que les mages, hôtes et hôtesses d'un moment, soutirent à leur client viennent s'ajouter au fabuleux réseau d'espionnage que Bob et Ichiya avec l'aide non négligeable d'Hibiki et de sa magie, manipulent et exploitent.

Et qu'y-a-t-il de mieux pour les confidences que la langueur d'après l'amour ?

Eve a beau savoir que pour Hibiki ces histoires éphémères, où l'argent est un prétexte qui dissimule la véritable raison, ne signifient rien, ça le dévore tout de même. C'est peut-être pour ça qu'il a lui aussi voulu devenir un hôte complet, mais Bob a refusé. Et c'est tant mieux, parce qu'Eve sent bien qu'il ne pourrait pas faire semblant à ce point-là.

« C'est moi, » dit-il, interrompant la recherche d'Hibiki qui continue de chercher parmi les clients de la matinée celui qui a fait la dépense considérable que ses services coûtent pour passer une journée et une nuit à ses côtés, surtout le jour de Noël.

« Pardon ? C'est toi quoi ? »

Eve prend une inspiration.

« Le client qui t'a réservé. C'est moi. J'ai un jour de congé et je veux le passer avec toi. »

Hibiki a cessé de fouiller le bar et jette un regard surpris à Eve.

« Tu veux passer la journée avec moi ? Il suffisait de le dire, pas la peine de perdre ton temps avec ces réservations ! Qu'est-ce qui se passe, tu as un problème ? Tu sais bien que tu es comme un petit frère pour moi et que…

─ Non, l'interrompt Eve. Pas ton petit frère. Aujourd'hui, je ne suis pas ce Eve-là. Aujourd'hui je suis ton client. »

Hibiki esquisse un sourire, croyant visiblement à une plaisanterie pas très fine, mais le regard de Eve n'a rien d'amusé, bien au contraire. Il semble farouchement déterminé.

« Et bien, monsieur le client, voulez-vous me laisser vous me faire l'immense honneur de me laisser vous tenir compagnie pour Noël ? »

La journée est comme un rêve.

Hibiki est tendre et prévenant comme un soupirant fou d'amour, et Eve qui l'a si souvent vu agir comme ça ne peut s'empêcher pourtant de se sentir spécial.

Ils passent le reste de la matinée à se promener dans les rues de la ville, faisant du lèche-vitrine, un couple de plus parmi la multitude qui entre dans les magasins en masse pour ressortir le porte-monnaie allégé et les bras chargés de paquets multicolores.

Il a neigé la nuit, mais malgré le froid vif, le temps est beau et ensoleillée. La ville ressemble à une carte postale.

Ils déjeunent dans une petite auberge, à l'extérieur de la ville, puis se ils passent un après-midi fabuleux à la fête foraine. Hibiki semble s'amuser autant que lui, et il obtient d'ailleurs au stand de tir une gigantesque peluche de labrador qu'Eve accepte en rougissant, sachant déjà qu'il la chérira comme un précieux trésor.

Ils s'affrontent dans les auto-tamponneuses, hurlent de concert dans le grand huit, rient à s'en étourdir, un peu ridicules, tous les deux adultes, sur un manège.

Dans la maison hantée, presque malgré lui car Eve ne tient pas non plus à passer pour une chochotte mais il n'apprécie que très modérément ce genre de farces, il lui saisit la main devant un fantôme particulièrement saisissant, puis alors que dans la grande roue, ils dominent l'impressionnant panorama de la ville, Eve ose se pencher vers Hibiki pour l'embrasser timidement.

Celui-ci ne le repousse pas, et il y a sur ses lèvres le gout enivrant du sucre de la barbe à papa qu'ils ont partagé.

Ils achèvent l'après-midi par une promenade le long de la rivière, alors que le soleil se couche, éclaboussant l'horizon d'un magnifique incendie.

Le soir, ils dînent dans un restaurant à la mode, mais Eve, qui s'est gavé de friandises l'après-midi, et de plus particulièrement nerveux, est incapable de manger et se contente de picorer en buvant l'excellent champagne millésimé qu'il a commandé.

Hibiki est encore plus charmant et empressé que d'habitude, mais quand ils sortent et qu'il lui propose d'aller dans un bar voisin prendre un dernier verre avant de se séparer, Eve lui prend la manche, et les yeux fixés sur ses chaussures de marque, murmure un peu misérablement :

« Et pour la nuit. »

Le reste est confus. Hibiki l'embrasse encore, avec cette même douceur, cette même tendresse, et Eve ne sait pas si c'est le champagne ou le baiser qui lui fait tourner la tête.

Il a réservé un hôtel discret mais luxueux, cette petite journée lui coûte une bonne partie de ses économies, et Hibiki n'attend pas d'être dans la chambre pour l'embrasser, pour se presser contre lui et ses mains volent sur son corps, littéralement partout, l'embrasent à chaque effleurement. L'ascenseur puis le couloir, heureusement déserts, jouent les antichambres du désir.

La nuit est éternelle, et Eve, qui n'avait jamais touché un autre corps de garçon avant ce soir, découvre avec avidité celui dont il rêve depuis si longtemps, à la fois semblable et différent. Il étreint et à son tour est étreint, il meurt dans les affres du désir pour renaitre dans les feux du plaisir.

Il est environ quatre heures du matin quand Hibiki s'endort, dans ses bras, mais pour sa part, quoiqu'épuisé nerveusement et physiquement, il ne se sent pas l'envie de dormir.

Il l'aime, mon dieu, il l'aime tellement. Lui et son sourire, sa détermination et son intelligence. Eve se rend compte que cette journée et cette nuit, qu'il avait voulu marquer en lui-même comme le point final de cette absurde passion n'a fait que l'exacerber. Il se demande comment il pourra le voir à présent jouer les amoureux éperdus avec ces femmes et ces hommes ? Mais non, cette nuit a tout changé, n'est-ce pas ? Est-ce qu'Hibiki l'aurait caressé ainsi s'il n'avait été qu'un client ordinaire ? Est-ce que ce n'est pas la nuit de Noël et des miracles ?

L'aube le surprend dans ces méditations sur un fol espoir et alors qu'il regarde se nuancer des couleurs de l'aube la peau pâle de celui qu'il aime le jeune homme finit enfin par s'endormir.

Quand il se réveille, il est seul et l'argent qu'il avait laissé sur la table de nuit a disparu.

Comme tant d'autres avant (et tant d'autres après, et cette pensée l'achèverait s'il restait quelque chose à tuer en lui), il n'est finalement qu'un client qui s'est laissé prendre à l'illusion. Après cette nuit si douce, il ne peut pas y avoir de réveil plus brutal et cruel.

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Cinq jours ont passé depuis la Nuit. Dans sa tête, Eve y pense avec une majuscule.

Quand il l'a revu, la veille, après trois jours terré chez lui à prétendre être malade, Hibiki lui a dit avec entrain de refaire appel à ses services quand il voulait et de prendre soin de lui, parce qu'il avait mauvaise mine.

C'est tout.

Rien n'a changé.

Il continue de rire et de flirter, de coucher aussi sans doute, et même si Eve ne peut pas le regarder en face sans avoir envie de pleurer, il le traite avec la même sollicitude affectueuse de grand frère.

Parfois Eve a envie de lui hurler qu'il ne s'est certainement pas comporté comme un grand frère quand il avait son sexe dans sa bouche, quand il l'avait dans son cul et qu'il gémissait de plaisir mais il sait que ce serait ridicule et que ce qui est pour lui un souvenir aussi brûlant qu'honteux n'est pour Hibiki qu'une anecdote de plus.

« Eve, tu parais distrait. Serais-tu amoureux ? »

Garden est une de ses clientes habituelles, et Eve fait immédiatement revenir ses pensées à la situation.

Il est à une des fêtes que la guilde organise tout au long du mois de décembre sous le prétexte de Noël et du Nouvel An et il doit se concentrer.

Non seulement Garden est une fidèle, une de ses plus anciennes amies, mais c'est aussi la femme d'un des secrétaires du gouverneur de la ville et il ne peut pas se permettre de laisser filer une telle mine d'information.

« Mais de qui, sinon de vous, madame ? soupire-t-il avec cette fausse innocence candide qui font son charme.

─ Oh, que tu es mignon, mais je t'ai déjà dit de me tutoyer et de m'appeler par mon prénom.

─ Hélas on ne s'adresse pas si cavalièrement à sa déesse. » Nouveau soupir d'amant transi.

Garden a un rire ravi, et Eve se demande si comme Hibiki, il a réussi a modeler sur son visage et dans son regard ce faux air d'adoration.

Sans doute ne le falsifie-t-il pas si bien, car contrairement à Hibiki, il a un cœur qui aime et qui répugne un peu à tant d'hypocrisie.

Et c'est sa chance et sa malédiction.

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(1) Je rappelle qu'Hamanasu est un type de rosier japonais, et comme je trouvais qu'une ville avec un nom de rose collait particulièrement à Blue Pegasus…


Voilà, j'espère que cet OS, moins joyeux, vous a quand même plu. Que pensez-vous de ce couple sinon ? Eve est mignon quand même. Courage Eve, tu trouveras l'amour un jour ! (J'aurai voulu introduire Jenny, mais l'histoire du coup devenait trop longue)

A demain !