Felicity

Je frappe timidement à la porte que m'a indiqué le docteur avant de s'éclipser. Je n'attends pas que mon frère me dise d'entrer, je pousse la porte et je reste un instant dans l'embrasure le regardant étendu sur ce lit blanc le regard tourné vers l'extérieur. Une larme s'échappe et je l'essuie discrètement sauf qu'il l'a vu. Il me tend un bras m'invitant à le rejoindre, j'avance vers lui doucement ne sachant pas si c'est une bonne idée.

Avec un petit cri de douleur il se décale vers la gauche afin de me laisser une place, il saisit ma main, je m'installe sur le lit et son bras m'attrape l'épaule m'obligeant presque à me coucher sur son flanc. Je pose doucement ma tête sur sa poitrine et je laisse mes sanglots éclater. Je pensais vraiment que j'allais le retrouver mort. Après tout ce temps passé à le chercher il est bien vivant. Je suis blottit contre lui comme lorsque j'étais plus jeune et qu'il devait me rassurer. Combien de fois m'a-t-il tenu ainsi combien de fois a-t-il pris soin de moi après la mort de mes parents ? Un nombre incalculable, il a joué le rôle du grand frère protecteur mais aussi celui de confident, d'ami, de père et de mère et si je l'avais perdu, j'aurai perdu tout ça et je sais que malgré nos différents je n'aurai pas pu le supporter. Pas sans lui avoir dit la vérité, ce secret que je cache depuis de longues années. Mais voilà je ne suis pas prête et je ne sais pas si je le serais un jour.

- Je vais bien Felicity...

Je renifle une dernière fois avant de me redresser, je m'assois au bord du lit tenant sa main entre les miennes. Je dois savoir ce qu'il lui est arrivé, j'en ai besoin. Je le regarde et je peux voir beaucoup d'amour dans ses yeux et aussi autre chose, pas de la colère non juste des questions laissées sans réponse ses cinq dernières années. En le voyant ainsi après tout ce temps je me dis que j'ai vraiment était une garce sans cœur avec lui. Il m'a tout donné, tout apprit et moi au premier soucis, je l'ai écarté de ma vie. C'est mal et je ne m'en rends compte que maintenant.

- Est-ce que tu peux me dire ce qui t'est arrivé ?

Son regard se durci et sa réponse est sans appel.

- Non... Ça ne te regarde pas... Je suis désolé mais c'est ainsi...

Je relâche sa main et me lève rapidement, je suis en colère parce qu'il ne me fait pas assez confiance, je le vois, je le sens !

- Ne t'en va pas... Reste s'il te plaît... Cinq ans que je ne t'ai pas vu et tu es devenue une sacré belle femme. Tu ressembles tellement à maman.

Je souris, bien sur que je lui ressemble mais pas totalement, ma mère était une femme avec du caractère qui ne se laissait pas faire et qui se serait battu bec et ongle contre n'importe qui se mettant sur son chemin, chose que je n'ai pas réussi à faire, j'ai préféré fuir.

- Je ne peux pas rester John je suis désolée. J'ai des choses à faire... Puis comme tu ne me fais pas assez confiance pour me dire ce qui t'es arrivé je ne vois pas trop pourquoi je resterai.

Il se redresse fou de rage, je sais que si il le pouvait il arracherait son cathéter, il me prendrait dans ses bras et il m'installerait sur une chaise. Il me tiendrait ensuite avec ses deux bras hyper musclés, il planterait son regard dans le mien et comme une gamine, je baisserai les yeux parce que j'aurai peur. Mon frère n'est pas méchant mais il sait se faire respecter.

- Tu ne vois pas ? Tu te fiches de moi où quoi ? Tu as disparu durant cinq ans sans me laisser une seule explication ! Je n'ai pas pu avoir de contact direct avec toi ! Tout ce qu'on avait c'était des appels, jamais tu n'as voulu que je vienne te rendre visite et j'ai respecté ton choix Felicity mais aujourd'hui tu es là et il est hors de question que tu fuies sans me dire pourquoi tu ne m'as jamais laissé te voir. Qu'est ce que j'ai bien pu te faire pour qu'on en arrive là ? Felicity après tout ce que nous avons traversé tu me dois bien ça !

Je me retourne, je vois bien qu'il est à bout et mon dieu j'aimerai lui dire mais ce n'est pas à moi de le faire. Jamais ! Je ne veux pas être celle qui mettra un terme à des années d'amitié. Je ne suis pas comme ça et je ne le serai jamais.

- Si tu veux savoir ce qui m'est arrivée il y a cinq ans adresse-toi à ton meilleur ami.

- Oliver ?

- Qui d'autre ? Ah et félicitation pour tes fiançailles, Lyla semble être une personne merveilleuse.

Je pars d'un pas précipité vers la porte, je jette un dernier regard à John, je sais qu'il va bien, qu'il est sain et sauf et je suis contente d'avoir était plus où moins celle qui l'ai sorti de ce pétrin mais je ne me sens pas capable d'affronter son regard, ses remarques lorsqu'il saura... Ma décision est prise, je repars sans lui laisser une chance. Je passe devant Oliver sans même lui adresser un regard après tout, tout est de sa faute.

Oliver

Elle passe devant moi, des larmes maculent son visage, merde. J'aimerai la rattraper la prendre dans mes bras et lui dire que tout ira bien, que je suis la si elle a besoin de moi mais je ne peux pas, je ne pourrai jamais. Je la regarde s'éloigner le cœur lourd. Je sais que je la reverrai prochainement et c'est cette certitude qui me fait tourner les talons afin d'aller au chevet de mon ami. Je pousse la porte et je vois que John n'est pas en meilleur forme qu'elle. Il a pleuré, lui qui est si fort, qui ne montre jamais ses sentiments, vient de pleurer. Je m'avance vers lui mais il me stoppe.

- Reste où tu es !

Son ton est froid, jamais il ne m'a parlé de la sorte et je sais à ce moment la que l'heure de la confession est arrivée, que je risque de perdre mon meilleur ami. Mais je ne peux n'en vouloir qu'a moi même puis après tout ce n'est que justice. Il a perdu sa sœur à cause de moi alors c'est à mon tour de souffrir. Je perdrai Dig et Felicity mais si ça lui permet d'avoir de nouveau une relation fraternelle avec elle alors ça en vaudra la peine.

- Dis-moi pourquoi ma sœur n'a jamais voulu me revoir ! Dis-le-moi dans les yeux Oliver et surtout ne me mens pas !

Je respire un grand coup. C'est dur parce que je sais qu'à la minute où les mots auront franchis la barrière de mes lèvres, plus rien ne sera comme avant, plus jamais.

- Avant tout Dig tu dois savoir que j'aime ta sœur plus que tout... Et que je n'ai pas voulu ce qu'il s'est passé...

Je le vois se tendre, je sais qu'il a comprit, en même temps il est loin d'être stupide.

- Non ! C'est ce que je crois ? Bordel Oliver elle n'avait que dix huit ans ! Comment as-tu pu ? Ma sœur ! Tu t'es tapé ma sœur !

Je serre le poings, je ne suis pas en colère mais je ne veux pas que Dig résume notre nuit à ça... Au contraire, c'était tout l'inverse.

- Je ne me la suis pas tapée comme tu dis, je lui ai fait l'amour avec passion. Dig je viens de te dire que je l'aimais et que je l'aime encore.

Il est furieux, ses yeux lancent des éclairs, il se redresse et je vois une grimace de douleur sur son visage mais il s'en fou, la rage l'emporte. Il pivote rapidement, arrache la perfusion et se lève. Je recule d'un pas pensant qu'il va me frapper mais il n'en fait rien. Il va près de la fenêtre et remet ses vêtements souillés de son sang.

- John sois raisonnable s'il te plaît... Tu n'es pas en état...

- Je suis raisonnable... Je vais te dire un truc... Tu vas me ramener chez moi maintenant !

- Les docteurs ne te laisseront pas partir...

- Je me fiche des docteurs Oliver tout ce que je veux c'est retrouver ma sœur et crois-moi, si nous ne partons pas maintenant, demain elle ne sera plus là. Aide-moi !

Je le maintiens tandis que nous avançons dans le couloir, une infirmière passe près de nous mais elle est tellement pressée qu'elle ne fait pas attention que Dig est sur le point de quitter l'établissement alors qu'il n'a pas reçu tout les soins nécessaires à sa guérison. Nous continuons notre ascension lorsque nous sommes interpellés par le médecin qui lui a administré les premiers soins.

- Que faites vous ? Vous ne pouvez pas partir ! Vous n'êtes pas assez réhydraté !

- Je me sens bien docteur, vous ne pouvez pas me retenir contre mon gré et j'ai décidé de partir... J'ai des choses urgentes à faire.

Le docteur pousse un soupir de lassitude avant de s'écarter de notre chemin. Il voit bien que Dig est déterminé, il ne part pas sans nous donner quelques mesures à suivre. Notamment de bien continuer à boire et surtout si ça ne va pas de revenir immédiatement. Dig hoche la tête en signe d'acquiescement puis se remet en marche.

Nous sommes installés dans la voiture et nous roulons depuis quinze minutes en direction de chez Dig, aucun de nous ne parle mais je peux sentir sa rage, il respire fort et me jette de temps à autre des regards assassins.

- Je ne sais pas ce qui me retient de te démolir. Si ma sœur n'est plus là, tu iras la chercher. Je te promets Oliver que c'est toi qui me la ramènera...

Nous voilà devant l'ascenseur menant à son appartement, Dig ne tient pas en place et j'avoue que je ne sais pas quoi dire, je me fais tout petit de toute façon quoique je puisse dire, il sera encore plus en colère alors je préfère me taire.

- Tu as toujours la clé de mon appartement ?

Je lui tends la clé qui est sur mon trousseau. Il déverrouille la porte rapidement et entre... John avait raison, une heure de plus et sa sœur serait partie, des sacs jonchent le sol et des bruits nous parviennent de la cuisine.

- John ? Qu'est-ce que tu fais là ? Les docteurs ont dit que tu ne sortirais que demain !

- Je voulais te voir, Oliver m'a tout raconté Felicity, tout...

Elle baisse le regard sur le sandwich qu'elle préparait quelques secondes avant que nous ne l'interrompions.

- Maman ? J'ai soif.

Nous tournons tout les trois notre tête dans la direction du salon, un petit garçon âgé de quatre ans tout au plus vient vers nous, nous laissant, John et moi, sans voix.