« Adria, qu'est-ce qui se passe ? »

Rick avait l'impression de sentir une aura de tension autour de la jeune femme, à mesure qu'une expression de plus en plus soucieuse apparaissait sur son visage. La jeune femme fit les cent pas pendant une bonne minute, puis s'arrêta, tournant le dos à Castle et Beckett. Elle devait reconnaître que ses mouvements étaient plus que limitées. Elle était obligée de garder Rick en vie, ça, c'était une certitude. Mais tuer le détective Kate Beckett ne restait pas plus une option. La tuer, c'était accepter que toute cette histoire soit enterrée pour de bon. Elle prit une profonde inspiration, puis fit volte-face.

« Vous devez partir » lâcha-t-elle pendant qu'elle rejoignait le bureau à grands pas et qu'elle se mettait à fouiller frénétiquement parmi le fatras qui traînait dessus.

« Et pourquoi devrions-nous partir? »

« Parce qu'ils arrivent ».

« Qui ça ils ? » insista Beckett.

Elle n'aimait pas ça. Elle n'avait aucune confiance en Adria, qui avait enlevé Castle et avait en plus droguée Alexis et Martha. Sans compter qu'elle l'avait ensuite enlevée elle.

« Il y aura probablement Maddox. Et des autres types du même acabit ».

« Ils... veulent nous tuer ? »

Adria fit volte-face, tenant un objet entre ses doigts.

« La bonne nouvelle, c'est qu'ils n'oseraient pas vous tuer vous. Mais pour ce qui est de vous et moi... » poursuivit la jeune femme à l'attention de Beckett.

« Si vous êtes réellement en danger, vous pouvez vous rendre à la police. Nous vous protégerons et vous pourrez les faire plonger en témoignant dans un procès ».

Adria retint un rire.

« Sérieusement ? Je vous ai enlevé en plein milieu d'un hôpital et j'étais toute seule. Ces gens-là ont infiniment plus de moyens, si je fais ça, je ne tiendrais pas 24h. Dois-je également vous rappeler que jusqu'à nouvel ordre, je risque la prison ? »

« Je ne porterais pas plainte » intervint Rick. « C'était assez amusant. Excepté le moment où j'ai cru que vous alliez me torturer. Et le moment où vous, vous vous êtes faite torturer. Et le moment où j'ai cru que Kate allait se noyer et que... »

« Quoi ? » l'interrompit Beckett.

« Ok, c'est vraiment une très longue histoire et il doit nous rester... -elle consulta l'heure sur son téléphone, marmonna rapidement entre ses lèvres, et lâcha son verdict- approximativement sept minutes avant que des tueurs surentrainés ne débarquent ici. Alors je vous propose de remettre les explications à plus tard ».

Le regard soupçonneux de Beckett pesa encore sur Adria pendant quelques secondes supplémentaires, puis elle se tourna vers Castle. Elle sentait qu'il lui faisait confiance, et une partie d'elle avait envie de faire comme lui. Mais la partie d'elle qui était flic se méfiait de cette femme et de ses révélations. Kate reporta son attention sur Adria. Elle n'était pas vraiment prête à lui accorder le bénéfice du doute.

« Qu'est-ce que vous proposez ? »

« Donnez-moi votre main » demanda Adria.

Rick hésita, jeta un regard en biais à Kate, et avant qu'il n'ait pu décider si oui ou non il voulait vraiment donner sa main à adria, celle-ci la lui prit des mains et leva l'objet qu'elle tenait. Aussitôt, Kate chercha d'instinct à dégainer son arme à sa ceinture, oubliant momentanément qu'elle n'était justement pas armée.

« On se détend c'est un stylo ».

Rick eut un léger spasme pendant que la pointe du stylo courait sur sa paume, et il essaya comme il put de lire ce que la jeune femme écrivait. Elle termina en fourrant presque de force son téléphone dans la main de Castle.

« Ok, écoutez-moi attentivement. Vous avez vraiment tout ce qu'il vous faut pour faire ça » précisa Adria en rivant son regard acajou dans les yeux bleus de l'écrivain.

« Pour... faire quoi ? » demanda Rick, hésitant.

« Vraiment tout ce qu'il vous faut » se contenta-t-elle de répondre. « Rappelez-vous juste qu'il vous reste un peu plus d'une heure et quart pour faire ça. Pas plus ».

« Euh... d'accord » acquiesça vaguement Rick.

Il n'osa même pas examiner sa main et préféra s'éclaircir la gorge pour demander :

« Quelle est la suite du plan ? »

Elle ne répondit pas, mais elle tendit à Beckett l'une des deux armes qu'elle venait de charger. La détective hésita, toisa son adversaire du regard, et sembla soupeser, pendant au moins un instant, l'idée de l'arrêter dès l'instant où elle aurait l'arme à feu entre les mains. Cependant, elle n'en fit rien, et se contenta de récupérer l'arme et de la glisser à sa ceinture.

« On se dépêche » commenta sèchement Adria en voyant que ni Beckett, ni Castle n'avaient bougé.

Beckett ralentit l'allure, juste le temps que Rick et elle se retrouve à la même hauteur, et elle chuchota entre ses dents :

« Tu lui fais vraiment confiance ? »

« Écoute... je sais de quoi ça a l'air. Mais elle t'a sauvé la vie. Tu allais te noyer, et elle est allée te chercher. Elle... Je ne sais pas ce qu'elle t'a dit... Mais il y a de fortes chances pour que ce soit la vérité ».

Kate ne répondit rien, plongée dans ses réflexions. Elle ne voulait pas penser à l'éventualité que tout pouvait être vrai. Parce qu'alors cela signifierait qu'elle ne savait pas pourquoi sa mère était morte. Elle pénétra donc dans une pièce à la suite d'Adria, alors que cette dernière était occupée à retirer la bâche qui recouvrait une voiture. Et puis il y avait toujours un détail que Kate ne s'expliquait pas.

« Vous continuez tout droit sur quelques kilomètres, la route n'est pas très bonne, mais il n'y as pas d'obstacle majeur, vous rejoindrez des axes fréquentés assez vites ».

« Pourquoi vous faites tout ça ? Pourquoi risquez-vous votre vie pour que moi, je sache la vérité ? »

« Il faut croire que j'ai de la noblesse d'âme » répondit un peu ironiquement Adria. « Montez dans la voiture, quoiqu'il arrive, ne vous arrêtez pas ».

Elle allait se diriger vers le panneau commandant l'ouverture de la porte de garage, mais Castle la retint par le bras.

« Attendez, vous... vous n'êtes pas en train de vous sacrifiez pour nous... n'est-ce pas ? »

« Bien sûr que non ».

« Mais vous restez. Et vous avez dit qu'ils étaient dangereux ».

« Est-ce que vous êtes en train de vous inquiéter pour moi ? »

« Nous... sommes amis, non ? »

« Non. Vous devez me sauver la vie au moins trois fois pour que je vous considère comme un ami. Et... je suis plutôt douée dans ma branche. Je vais probablement rester en vie ».

Rick hocha la tête, essayant d'arborer un air confiant, mais son instinct lui soufflait que les choses n'allaient probablement pas se passer aussi bien. Il allait rejoindre la voiture, lorsqu'Adria le retint.

« Je ne lui ai pas dit pour... le Big Boss. Mais... vous devriez le faire, avant qu'elle ne l'apprenne de quelqu'un d'autre ».

Rick préféra ne rien répondre. Peut-être qu'il était effectivement son père. Peut-être que non. Mais ça ne changeait rien pour lui. Il s'était très bien débrouillé sans père jusque là, il n'allait pas commencer maintenant à nouer des liens avec lui.

« Montez dans la voiture » conseilla Adria en pressant le bouton commandant l'ouverture de la porte.

Rick fit demi-tour pour rejoindre la voiture, pendant que la porte se levait lentement avec un bruit mécanique. Inconsciemment, il serrait de plus en plus le téléphone d'Adria entre ses doigts. Il ouvrit la portière lorsqu'un coup de feu et qu'une balle ricocha sur la tôle du hangar. Son premier réflexe fut de s'accroupir près du sol. Adria s'était elle rapidement écartée de la trajectoire de la balle. Elle se pencha prudemment pour examiner la situation, et lâcha aussitôt un juron sonore.

« Vous démarrez la voiture, vous ne vous arrêtez pas » ordonna-t-elle en voyant Beckett ouvrir sa portière.

Kate eut encore une fois un instant d'hésitation, mais le regard déterminé d'Adria finit de la convaincre. Elle claqua sa portière pendant que Castle se hissait tant bien que mal sur le siège passager tout en essayant de ne pas se mettre dans la ligne de mire des balles. Beckett mit le contact et démarra en trombe, frôlant Adria. La détective accéléra un peu plus, et son pied se déplaça sur la pédale de frein lorsqu'elle vit quelques silhouettes encapuchonnées et armées se dresser devant elle. Son souffle se figea dans sa poitrine lorsque l'une des silhouettes pointa le canon de son arme droit sur elle, et presque instinctivement, son pied écrasa l'accélérateur. La voiture fit un bond en avant, et la silhouette dut s'écarter précipitamment pour ne pas se faire écraser. Le cœur battant à toute rompre, Kate ne remarqua pas tout de suite les rafales de tirs nourris. Elle accéléra encore et frôla de très près l'un des SUV des agresseurs.

[***]

Dès que la voiture grise l'eut frôlé, Adria sortit de sa cachette. Tenant son arme des deux mains, elle traversa rapidement la porte, tirant sans prendre le temps de viser. Elle fit mouche à plusieurs reprises, mais avant qu'elle n'ait le temps d'attendre l'autre côté de la porte, elle sentit une balle s'enfoncer douloureusement dans la chair de sa cuisse. Elle lâcha toute une série de jurons, traversa le dernier maître en quelques bonds maladroits sur sa jambe valide, et écrasa du poing le bouton de fermeture de la porte. Avec une lenteur qu'elle jugea excessive, le mécanisme se mit en route, et la porte commença lentement à descendre depuis le plafond. Adria ne perdit pas de temps, à rester planter là, et elle commença à clopiner à reculons pour sortir de la salle, gardant toujours son arme pointée en direction de la porte. Quelques secondes plus tard, deux silhouettes se frayèrent un chemin dans l'espace entre la porte et le sol, mais elle les abattit toutes les deux avant qu'elles n'aient le temps de tirer. Elle n'abaissa pas son arme, même lorsque la porte se fut refermée, et elle pivota aussitôt, tous les muscles tendues, avançant aussi rapidement que possible vers la porte menant à la pièce principale du hangar. Sa jambe lui faisait un mal de chien. Elle examina brièvement sa blessure avec un regard en coin. Elle doutait cependant que la balle ait touchée son artère fémorale. Elle n'avait jamais été très confiante sur ses chances de se sortir vivante de ce hangar, mais avec une blessure aussi handicapante, ses chances de surie étaient proches du néant absolu.

Elle s'adossa contre le mur, juste à côté de la porte entrouverte, balayant du regard la portion de hangar qu'elle avait dans son champs de vision. Plus aucun tir à l'extérieur. Ce qui signifiait que les autres avaient dû faire le tour. Voir pénétrer par des moyens moins conventionnels. Elle s'efforça de respirer profondément, mais la douleur l'empêchait de vraiment se concentrer. Ses doigts se serrèrent un peu plus sur son arme lorsqu'elle entendit un bruit dans l'autre pièce. De toute façon, elle allait mourir. Foutue pour foutue... Elle prit plusieurs inspirations profondes, juste pour canaliser la douleur de sa jambe assez longtemps pour ce qu'elle avait à faire. Puis elle poussa la porte, avançant comme elle pouvait, et elle tira.

Elle toucha rapidement deux de ses agresseurs, l'un dans la tête, l'autre dans la poitrine. Mais elle n'eut pas le temps de se mettre à couvert, qu'une balle la cueillit dans l'épaule droite. La douleur la déconcentra, et elle n'eut pas le temps de réagir que déjà, une autre balle pénétrait sa chair au niveau de son abdomen. Sa chute sur le sol fut encore plus douloureuse que prévue, puisqu'elle tomba sur sa jambe déjà blessée avec un cri de douleur. Dans sa chute, son arme lui avait échappé des mains, et avait glissé sur un mètre ou deux. Elle se mit à ramper, tendant le bras pour la rattraper, mais un déclic dans son dos la fit s'arrêter, et elle se retourna sur le dos, faisant face à son agresseur.

Ce dernier prit son temps pour enlever son masque, mais elle savait déjà que c'était Cole Maddox qui la menaçait avec un fusil mitrailleur. Elle l'avait remarqué à la façon qu'il l'avait de bouger son bras blessé. Lentement, sans se presser, il s'avança vers elle. Il donnait l'impression de réellement savourer ce moment.

« Qu'est-ce qu'elle sait ? »

Il s'attendait vraiment à ce qu'elle parle ? Encore quelques minutes supplémentaires, et elle se serait complètement vidée de son sang. Personne ne pourrait jamais la faire craquer en si peu de temps. Sans se presser, le visage toujours aussi inexpressif, Maddox passa la bandoulière de son arme par-dessus son épaule, et il s'accroupit à côté d'elle, après avoir sorti un couteau de chasse de son étui.

« J'aurais aimé te torturer plus longtemps... Mais je me contenterais de ça ».

[***]

« Tu vas bien ? » demanda Kate, au bout de plusieurs minutes de silence.

« Ça va. Toi ? »

« Je suis une flic. Une flic qui abandonne un coupable derrière elle, et qui laisse aussi un être humain se faire attaquer par une demi-douzaine d'hommes armés. Et il se trouve justement que l'être humain en question vient de me révéler que presque tout ce que je pensais savoir sur la mort de ma mère n'était... qu'une illusion, et... que le capitaine Montgomery, un homme que je respectais énormément, et qui a toujours culpabilisé pour son rôle dans cette affaire n'était en fait coupable de rien. Comment veux-tu que je me sentes ! »

Rick ne sut pas quoi répondre à cette tirade. Mais la partie la plus sensée de son cerveau lui signala que ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour lui signaler que son père était apparemment l'un des cerveaux de l'opération. Un peu honteux à cause des choses qu'il se sentait obligé de lui cacher, il préféra baisser le nez.

« Et euh... où allons-nous ? »

« Poste de police ».

Rick ne l'écoutait même pas. Pendant qu'ils se faisaient tirer dessus, il avait momentanément oublié le message qu'Adria avait écrit dans sa main.

« Non. Il faut qu'on aille à l'angle de la 9e et de la 39e, au trente-cinquième étage de la tour Westfield ».

« Quoi ? »

Il montra sa main à Kate. Adria lui avait donné l'emplacement de l'un de ses repaires. Probablement l'un des endroits où elle conservait une copie de ce qu'elle savait. Il consulta rapidement sa montre. Elle avait dit qu'il leur restait moins d'une heure et quart avant que tout n'explose.

« Rick, je te conduis au poste, et ensuite je... »

« N'y pense même pas. Je ne te laisserais pas aller là-bas toute seule, et de toute façon, tu n'as pas le choix, je suis le seul à savoir le mot de passe. A part... Adria. Mais elle est indisponible ».

« Tu n'as pas l'impression d'avoir assez mis ta vie en danger pour aujourd'hui ? »

« Qu'est-ce que c'est sensé vouloir dire ? »

« Que... que peut-être que tu devrais arrêter, d'enquêter sur ma mère. Que tu devrais arrêter de te mettre en danger pour moi, et que tu devrais arrêter de me suivre sur des enquêtes alors que tu as assez d'idées pour écrire une centaine de Nikki Heat ! »

Kate se sentit rougir, et elle s'efforça de se concentrer sur la route.

« Tu... tu ne veux plus que je te suive sur des affaires ? »

« Je ne veux plus que tu te mettes en danger. Sauf qu'être avec moi, c'est se mettre en danger ».

« Je m'en fiche ».

« Et bien tu ne devrais pas » répliqua Kate.

Les lèvres de la jeune femme tremblaient. Elle ne pouvait pas s'empêcher de trouver tout ça terriblement injuste. Elle avait déjà perdu sa mère, et elle ne savait toujours pas pourquoi. Peut-être même qu'elle ne saurait jamais puisqu'elle semblait condamné à être en danger de mort dès qu'elle s'approchait un tant soi peu de la vérité. Pire que tout, elle mettait les autres en dangers. Ne serait-ce que Rick ou Alexis.

« Je sais, que ça me met en danger. Mais... c'est mon choix, non ? »

« Donne-moi ce téléphone » éluda Kate en lui arrachant l'objet des mains sans même attendre qu'il le lui remette.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« J'appelle des renforts et je vais leur indiquer l'emplacement du hangar. Ils déploieront une équipe d'intervention, et ils arrêteront Maddox, Adria et tout ceux qui seront présents et encore en vie ».

« Mais... »

« Ecoute Rick... »

« Non, c'est toi qui va m'écouter ! » s'exclama Rick. « Tu peux appeler toutes les forces d'intervention de ce pays, ça sera inutile, parce que je suis pratiquement sûr que lorsqu'ils arriveront, Adria sera déjà morte, et que tous les autres auront débarrassés les lieux. Elle est en train de se sacrifier pour que tu connaisses la vérité, alors nous allons à ce building ! »

[***]

« Alors, qu'est-ce qu'on a ? » voulut savoir Esposito en s'approchant de l'ordinateur d'un technicien, pendant qu'une bonne dizaine de personnes fourmillaient parmi les décombres encore fumants du hangar.

« Le disque dur a presque entièrement brûlé, mais on a pu récupérer quelques données » expliqua rapidement Kevin, pendant qu'il regardait faire le technicien, bras croisés sur sa poitrine.

Il hésita une seconde, puis osa demander :

« Gates ? »

« Je considère déjà que ma carrière est foutue ».

Kevin hocha vaguement la tête. Il s'en doutait un peu. Dans cette affaire, ils avaient toujours eu deux, voir trois métros de retard. Ils n'avaient toujours aucune nouvelle, que ce soit de Beckett ou de Castle, malgré les flash télévisés et les portraits qui circulaient depuis des heures.

« Comment tu crois qu'ils vont réagir quand ils verront que la presse people a parlé d'une « escapade romantique » entre l'écrivain et sa muse ? » demanda Ryan.

« … Beckett va le tuer ».

« Oui. Oui probablement ».

Ryan reporta son attention sur l'écran d'ordinateur. Peut-être que Beckett ne prendrait pas très bien cette histoire, certes. Mais l'important était quand même qu'elle soit en vie. Et ils n'avaient pour l'instant aucune preuve que c'était le cas. Il sentait d'ailleurs que son collègue était aussi soucieux que lui sur ce point.

La barre de chargement de l'écran acheva enfin de se remplir, et en quelque clics, le technicien afficha une vidéo d'une qualité relativement médiocre.

« On a réussi à récupérer quelques secondes de vidéo » indiqua-t-elle.

« Montrez-nous ça ».

Ryan imita Esposito lorsque celui se pencha sur l'écran pour mieux voir. Ce dernier plissa les yeux en voyant un homme tirer plusieurs coups de feu. On ne voyait pas sa cible, mais il supposait que c'était sur Beckett, au vu de la date et de l'heure. Qui plus est, il aurait reconnu ce profil entre tous.

« Maddox » indiqua-t-il.

Ryan hocha gravement la tête, soucieux, et il sursauta presque en entendant son portable sonner. Il farfouilla rapidement dans les poches de son manteau à la recherche de son téléphone.

« Detective Ryan ».

« Ici Beckett ».

« Quoi ? Beckett ? Tu es en vie ? Tu vas bien ? Castle est avec toi ? » s'exclama aussitôt Kevin pendant qu'Esposito se rapprochait pour entendre un peu plus clairement ce que disait Beckett.

« Je vais t'envoyer des coordonnées GPS. Il faut y envoyer des renforts de toute urgence, appelle plusieurs équipes d'intervention. Il y a au moins 6 individus, armés et dangereux, peut-être que Cole Maddox est parmi eux ».

« Quoi ? Attends, on te cherche depuis des heures et... »

« Je n'ai pas le temps d'expliquer toute l'histoire. Envoie des renforts ! »

Il y eut un déclic, puis Kevin commenta :

« Elle... elle m'a raccroché au nez... »

« Que les choses soient claires » prévint Esposito. « Une fois qu'on les aura récupérés, elle et Castle auront intérêt à tout nous expliquer dans les moindres détails, où je commets un meurtre ».

[***]

Lorsque Kate eut raccroché, Castle se contenta de récupérer le téléphone sans un mot. Il n'osait toujours pas lui parler de son père. Ce n'était pas le bon moment. Ce ne serait probablement jamais le bon moment. Il sentait que s'il lui avouait le détail, elle n'allait vraiment pas bien le prendre. On ne pouvait pas dire qu'il acceptait particulièrement bien la nouvelle. En plus... il n'avait aucune certitude. Certes, Adria lui avait dit qu'il devait demander à sa mère pourquoi elle l'avait appelé « Richard Alexander ». Mais ça ne voulait rien dire. Absolument rien. Il venait à peine d'énoncer cette phrase dans son cerveau qu'il se promit aussitôt de demander des explications à sa mère dès qu'il la verrait.

« Combien de temps il nous reste ? »

« Une demie heure » répondit Rick pendant qu'il consultait un GPS. « Si tu coupes à droite, on arrivera plus vite ».

Ils avaient rapidement rejoint ce qu'il appelait la civilisation. Mais New York était une ville immense. Et à cette heure, des kilomètres de bouchons pouvaient se former dans les rues de la ville. L'attente au feu rouge lui sembla proprement insupportable.

« Prends encore à droite, puis tout droit sur deux pâtés de maison ».

Kate s'exécuta sans un mot, et elle ne prit même pas la peine de se garer correctement lorsqu'ils arrivèrent devant le building. Elle se contenta de grimper sur le trottoir, et de mettre les warnings. Elle descendit de la voiture et s'empressa de rejoindre Castle.

« Tu es sûr de ce que tu fais ? »

« Quasiment ».

Le cœur de Beckett battait à toute rompre dans sa poitrine. Castle lui avait expliqué l'utilité du lieu où ils allaient. Et son cerveau avait rapidement fait le rapprochement. En admettant que les preuves d'Adria soient crédibles... elle allait savoir. Elle allait savoir la vérité sur la mort de sa mère. Étrangement cependant, Castle semblait être encore plus nerveux qu'elle. Peut-être parce qu'il sentait que c'était important pour elle. Et parce qu'il s'inquiétait du sort d'Adria. Il pénétra dans l'ascenseur sans dire un mot, et pressa lui-même le bouton du trente-cinquième étage. Les trente secondes qui suivirent lui semblèrent être les plus longues de sa vie, et lorsque la porte s'ouvrit enfin, son cœur en était à faire des sauts périlleux dans sa poitrine.

Une partie de Castle fut sans doute un peu déçue de ce qu'il eut sous les yeux lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Il avait imaginé quelque chose de plus... sophistiqué. Avec des lumières de serveurs clignotantes, des cables partout, des écrans d'ordinateur. Au lieu de ça, ils se retrouvèrent face à un court corridor gris clair, au bout duquel se trouvait une porte qui semblait hermétiquement fermé. Kate tenta sans conviction d'actionner la poignée, mais il s'intéressa aussitôt au boitier situé juste à côté. Il l'ouvrit sans aucune hésitation, et brancha aussitôt le câble qu'il y trouva sur le téléphone. Un écran de chargement apparut pendant quelques secondes, puis un écran avec plusieurs options apparut.

« Qu'est-ce que je fais ? « consultation » ou... « procédure d'urgence » ? »

« Essaie... « consultation », je suppose » répondit Kate, essayant de maîtriser le tremblement de sa voix.

Il pressa l'écran, et il lâcha un juron. Il aurait pourtant dû se douter qu'un mot de passe était nécessaire.

« Tu connais le mot de passe ? »

« Adria a dit... elle a dit que j'avais tout ce dont j'avais besoin pour entrer » répondit Rick, essayant de ne pas se focaliser sur le fait qu'il ne lui restait plus que quinze minutes pour trouver le code.

« Réfléchis elle... elle a dût te dire... quelque chose qui semblait anodin sur le coup... »

Rick fixait vaguement l'écran du téléphone pendant qu'il réfléchissait. Il aurait bien essayé de taper « Alexis », mais la réponse lui semblait beaucoup trop évidente. Ce devait être autre chose... songea-t-il pendant qu'il repassait rapidement ce qui c'était passé depuis son enlèvement. Elle avait plus ou moins essayé de le torturer, mais il ne lui semblait pas l'avoir entendu dire quelque chose de personnel. Ensuite... il y avait eu l'accident en voiture. Le tortionnaire russe puis... Son esprit revint un instant sur le tortionnaire. Adria lui avait dit quelque chose sur lui. Sur leur rencontre.

« Oh... »

« Quoi. Je connais le mot de passe. Mais je ne m'en souviens pas ».

« Tu... connais le mot de passe sans t'en souvenir ? »

« Elle... elle m'a dit quelque chose. Un détail. Elle m'a dit qu'elle avait rencontré un homme, à Varsovie, et elle m'a aussi donné le nom de la rue. C'est forcément ça, elle ne m'a pas donné d'autres détails importants ».

« Rick, est-ce que tu te souviens du nom de cette rue ? »

« Euh... c'était quelque chose comme... euh... ça... ça terminait par... « ska ». Peut-être... peut-être... Romaneska ou... il y avait... un k quelque part... »

Rick commençait à sérieusement paniquer. Les réponses étaient là, derrière cette porte, mais il ne pouvait pas y accéder parce qu'il était incapable de se souvenir du nom d'une rue polonaise.

« Krolaska. Je crois que c'était ça » lâcha-t-il au bout de plusieurs minutes d'intenses réflexions.

« Rick » l'arrêta Kate avant qu'il ne commence à taper le mot de passe. « Tu ferais mieux d'en être sûr. En cas d'erreur, il y a probablement des tas de systèmes de sécurité ».

Rick la regarda droit dans les yeux, reporta son attention sur l'écran du téléphone, puis revint sur Kate. Non, il n'était pas sûr. Mais peut-être que c'était vraiment ça.

« Je suis sûr » affirma-t-il.

Il tapa le mot, le cœur battant de plus en plus vite, hésita, puis pressa l'icône entrée. Il se détendit quasi instantanément en voyant une barre de chargement verte se remplir progressivement, mais l'icône se figea en plein milieu, vira au rouge, et un compte à rebours commença à décompter à partir de soixante secondes. Le sourire soulagé de Castle disparut aussitôt de son visage.

« Castle... »

« Je... j'ai dû... attends... je vais m'en rappeler, je... je vais m'en rappeler ».

« Castle, cet étage va probablement sauter ! »

« Je vais trouver ! »

Kate n'attendit pas plus longtemps. Le décompte venait de passer les trente secondes lorsqu'elle tira brusquement Castle par le bras pour lui faire rejoindre l'ascenseur. Ce dernier arracha presque le fil du mur puisqu'il se cramponnait toujours au téléphone, et ils traversèrent le couloir au pas de course. Mais le décompte se poursuivait sur le téléphone. Lorsque les portes de l'ascenseur se refermèrent sur eux, il ne restait plus que quinze secondes. L'ascenseur se mit en branle, entamant sa descente, lorsque l'explosion secoua la cabine et figea l'ascenseur entre deux étages.

[***]

La lame du couteau glissait sur la peau d'Adria sans la blesser. Mais la pointe finit par s'arrêter sur sa blessure à l'épaule et, sans aucune hésitation, Maddox appuya fermement la lame dessus, lui arrachant une larme de douleur et un gémissement étouffé.

« Qu'est-ce qu'elle sait ? » gronda-t-il.

« Je vais crever, pourquoi je parlerais ? »

« Parce que je peux rendre ton agonie incroyablement douloureuse ».

Comme pour appuyer ses dires, il appuya avec son genou sur la blessure à la cuisse de la jeune femme, lui arrachant plus d'une larme.

« Si tu parles... je te plante un couteau dans le cœur... et j'abrège tes souffrances » murmura Maddox en posant la pointe de son couteau sur la poitrine de la jeune femme.

« Il y a... un détail que tu dois savoir... » marmonna Adria, qui avait de plus en plus de mal à contenir sa souffrance.

« Quoi ? »

La jeune femme parvint enfin à sortir le couteau dissimulé à sa ceinture et, d'un geste rapide, elle le planta profondément dans la poitrine de Maddox.

« Mon cœur est à droite ».

Elle enfonça un peu plus profondément son arme dans la poitrine de Maddox lorsque celui-ci eut le réflexe de s'y accrocher pour essayer de l'arracher.

« Ça, c'est pour ma sœur » gronda-t-elle en approchant le plus possible son visage de celui de l'homme.

Elle vit très bien l'étincelle de vie s'éteindre dans le regard de Maddox, et elle repoussa son corps sur le côté avec un grognement. Exténuée par tout le sang qu'elle avait perdu, Adria se laissa retomber sur le sol, sans force. Elle n'aurait pas dû donner son téléphone à Castle. Ou alors en prévoir un deuxième, ou... son cerveau n'avait même plus assez d'énergie pour réfléchir. Sans qu'elle le veuille vraiment, ses paupières se refermèrent, et sa tête retomba légèrement sur le côté.