Chapitre 10 – Dans la nuit

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Ziva se tenait sur ses gardes. Abby ne la quittait pas d'une semelle et elle s'en félicitait. Le tireur était toujours là, elle en était certaine. La seule chose qui l'avait empêché de terminer son macabre travail était leur arrivée, à Tony et elle. Ils l'avaient interrompu. Il avait alors fui de peur de se faire prendre, c'était une certitude. À l'abri et les garçons partis, il risquait assurément de vouloir finir ce qu'il avait commencé. Elles étaient des cibles parfaites.

Elle jeta un œil rapide à Abby. La jeune femme peinait à suivre le rythme qu'elle lui imposait. L'israélienne aurait voulu presser le pas, mais elle n'aurait pas suivi le rythme. À bout de nerfs, la gothique tenait sur ses jambes uniquement grâce à l'adrénaline, et encore c'était limite. Sitôt qu'elles seraient à l'abri au chalet, elle s'effondrerait.

Il faisait quasiment nuit à présent. Elles auraient pu allumer la lampe, mais ça aurait été suicidaire avec le tireur dans les parages. Ziva savait qu'elles seraient bientôt contraintes de l'utiliser sous peine d'être dans l'incapacité de rentrer. Cela ne lui plaisait guère. Et Tony qui ne revenait toujours pas.


Tim avait l'impression de ressembler à un glaçon. Trempé, laissé à la merci du froid mordant de l'air, il avait de plus en plus de mal à rester éveillé. Les secondes lui paraissaient des heures. Il loua tous les dieux qu'il connaissait lorsque les lumières du chalet furent visibles.

À l'entente du moteur, Gibbs s'était précipité à l'extérieur. Il ne fit aucun commentaire et l'aida seulement à descendre de l'engin pendant que Tony lui résumait la situation. Il ne comprenait pas comment il tenait debout, mais il se doutait que la poigne solide du patron n'y était pas étranger.

Il entendit la moto redémarrer. Il entrouvrit les paupières, qu'il ne se souvenait pas avoir fermées, pour la voir disparaître sur le sentier par lequel ils étaient arrivés. Le chef d'équipe lui parlait. Il vit ses lèvres bouger lorsque son regard passa sur son visage. Cependant, il était incapable de l'entendre.


Phares allumés, Tony allait le plus vite possible. Il n'était pas tranquille de savoir les filles seules avec un fou furieux armé dans le coin. Il savait que Ziva saurait les protéger s'il le fallait, mais il doutait de sa réussite sur le long terme. Le temps, l'obscurité, la nature du terrain et une Abby dans tous ses états étaient autant de facteurs allant à son encontre si le tireur refaisait surface.

Il aurait bien voulu savoir qui il ou elle était d'ailleurs. S'ils n'avaient pas retrouvé le cadavre de Doug Milton dans les décombres de son laboratoire, il l'aurait accusé sans la moindre hésitation. Sauf que ça ne pouvait pas être lui.

Il prit un virage un peu trop vite et manqua de quitter l'étroit chemin où il se trouvait en ce moment. Il parvint à retrouver son équilibre et rétablir l'engin, mais il n'était passé pas loin d'un magnifique vol plané dans la neige ou un crash dans les sapins. Cela ne l'empêcha pas d'accélérer encore pour retrouver les filles au plus vite.


Abby avait de plus en plus de difficulté à avancer. Elles étaient très proches du chalet, mais la neige accumulée la nuit précédente les ralentissait énormément. Sur cette portion de chemin, il n'y avait eu quasiment aucun passage. Il menait exclusivement à leur chalet. C'est en choisissant l'autre route au croisement peu après avoir quitté celui du lac qu'elles auraient trouvé une neige aplatie et une progression aisée.

Les cinq minutes étaient passées et risquaient fort de devenir des heures. Elle en était convaincue.

Un bruit qu'elle ne parvint pas à identifier fit réagir Ziva. Elle appuya sur son épaule et la força à s'accroupir au sol. Elles restèrent ainsi de longues secondes silencieuses à attendre elle ne savait quoi. Puis elles distinguèrent un bruit de moteur. Ziva se releva et la poussa aussitôt hors du sentier, à l'abri.

La lumière de phares apparut au loin. Une motoneige était en approche. Il fallait espérer que le conducteur serait Tony.


Au chalet, Gibbs et Ducky s'occupaient tant bien que mal de Timothy. Lui enlever ses vêtements n'était pas une mince affaire, mais une nécessité pour le réchauffer. Le jeune homme était à deux doigts de l'inconscience lorsqu'ils l'avaient amené à l'intérieur. La chaleur de l'habitation avait fait son œuvre aussitôt en calmant de façon très nette ses tremblements. C'était cependant loin d'être suffisant.

Le légiste prit les choses en main. Il demanda aux enfants d'aller chercher des couvertures et des vêtements secs. Il fallait aussi que l'informaticien boive quelque chose de chaud.

Gibbs les laissa s'en occuper et alla récupérer son arme avant de faire le tour du chalet et de fermer tout ce qui pouvait l'être au cas où le tireur se montrerait.


Il ne voyait personne. Ça commençait à l'inquiéter. Depuis le temps qu'il était parti, il aurait dû les trouver. Il en était là de ses réflexions lorsqu'une lumière venue de nulle part l'éblouit. Il manqua de sortir du sentier une nouvelle fois. Mais fort de sa précédente expérience, il resta où il était et se contenta de ralentir pour s'arrêter quelques mètres plus loin.

Sa vision mit une poignée de secondes à revenir normale. Il se retourna pour de nouveau croiser le puissant faisceau lumineux. Il ferma les yeux et tendit sa main en avant pour s'en protéger.

- Ziva, grogna-t-il, c'est moi. Arrête de m'aveugler !

La lampe torche de sa coéquipière se braqua sur le sol. Il la vit quitter le couvert des arbres, suivie de près par Abby.

- Je voulais m'assurer que c'était bien toi, se justifia-t-elle.

Il ne répondit pas et effectua un demi-tour rapidement.

- Tim est en sécurité au chalet. Allons-y.

Il tendit la main à Abby pour l'aider à s'installer devant lui, tandis que Ziva prenait place derrière, avant de démarrer. Il n'avait qu'une hâte, être au chaud et à l'abri au chalet avec les autres. Ils n'en auraient pas pour plus de cinq minutes à le regagner et il espérait qu'aucun problème ne surviendrait d'ici là.