-au faite pourquoi m'avoir dit d'indiquer Amanda DeLuca? Qui est Amanda DeLuca? demanda Jo, curieuse malgré tout.

-personne. Il sourit devant son air interrogatif. C'est si bon de la voir expressive.

-pourquoi alors?

-pour que tu ne poses pas de questions. Ce n'était pas dans ton intérêt d'indiquer "Joséphine Wilson". Tu es bien trop intelligente pour risquer... Il rit légèrement. J'ai dit le premier prénom qui me passait par la tête pour piquer ta curiosité et que tu y ailles sans broncher. Jo rigola à son tour.

-et après c'est moi la manipulatrice...

-qui a dit ça?

-si seulement tu savais Andrew... ajouta-t-elle en redoublant de rire. Elle se forçait, il le voyait bien. Elle s'arrêta de bouger et demanda tristement. Qu'est-ce qu'on fait maintenant? Tu vas faire quoi? Elle était dans la merde. Dans la merde profonde.

-déjà pour l'instant, on attend les résultats du bilan. Après... Il réfléchit. Que suis je censé faire? on verra. Ok?... Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer.

-merci Andrew... Ils ne parlèrent pas pendant plusieurs minutes avant que Jo ne rompe le silence. Une question la taraudait. Je ne comprends pas, ils vont bien... Elle voulait savoir si les médecins ne chercheraient pas à savoir qui elle était. Ils sont obligés de le faire normalement.

-les médecins savent bien que tu ne t'appelles pas Amanda mais ici...dans cet hôpital ils s'en fichent... Elle le regarda sans comprendre. La plupart des médecins, des infirmières, du personnels qui travaillent ici sont des retraités qui continuent bénévolement par amour du métier ou des gens qui se sont retrouvés ici par dépit... Il y en a aussi qui travaillent ici en échange du gîte et du couvert... En effet, cet hôpital n'était pas comme le Grey Sloan. Ce n'était pas un hôpital habituel.

-je ne pige pas bien Andrew...

-ici, on vient sans rendez-vous, on ne paye pas et l'hôpital garantit l'anonymat.

-pourquoi?... Elle s'arrêta car elle comprenait très bien pourquoi. Ils veulent soigner les gens sans assurances et sans argents. Comment font-ils pour se financer si les patients ne payent pas?

-la ville leur attribue des aides au sinon c'est grâce aux dons de particuliers... Ici personne n'est bien payé, regarde autour de toi... Il fit de grands gestes mais Jo ne détourna pas les yeux de lui. Pas de luxe inutile. Elle hocha la tête.

-un hôpital pour les gens de la rue, hein? Je ne savais même pas qu'il en existait un à Seattle.

-la plupart des patients sont des toxicomanes, des prostituée, des immigrés illégaux, des sans-papiers, des ados fugueurs, des femmes battues,... qui n'ont pas d'argent ou ne veulent pas être retrouvés. Cet hôpital pratique beaucoup d'analyses: sida, gonococcies, syphilis, hépatites, carences,... C'est le meilleur endroit où je pouvais t'amener. Il espérait ne pas s'être trompé.

-tu as raison. Comment tu connais cet endroit?

-j'aime bien connaître la ville où j'habite... Il ajouta en souriant. Quand je déménage quelque part, j'apprends par coeur tout ce que je peux... C'est bizarre mais c'est comme ça.

-oh, t'inquiète. C'est bien d'être bizarre.

-au moins on est bizarre à deux. Il détourna le regard. Cette fille lui rappelait tant Arya.

-merci.

-ne me remercie pas. Ils attendirent en silence, chacun perdu dans ses pensées. Ils furent interrompu quand une vieille dame arriva, tenant dans ses mains un dossier. Mon dossier.

-mademoiselle DeLuca? J'ai les résultats de vos analyses. Veillez me suivre dans mon bureau. Andrew ne laissa pas le temps à Jo de protester.

-je suis médecin. Je peux les lui lire. La doctoresse ne chercha même pas à le vérifier. Elle tendit le dossier.

-bien. Bonne soirée alors. Prenez soin de vous. Elle s'en alla.

-merci. Vous aussi. Cette endroit est étrange... Étrange et magique. Elle voulut s'emparer de son dossier mais Andrew l'en empêcha. Tu me passes le dossier? Je te rappelle que je suis moi-même médecin et de plus ta supérieure. Donne le moi. Il soupira et le lui passa. Avait-il seulement le choix.

-au moins comme ça on sera fixé. Je peux quand même regarder?

-si tu as envie. Elle tourna lentement les pages. Ce n'était pas bon, pas bon du tout. Jo était consciente que ces derniers temps elle ne se nourrissait et ne dormait pas assez mais elle ne s'était pas attendue à avoir autant de carences. Fer, vitamines B, D, magnésium, calcium, potassium,... Ce n'était pas tant les carences qui inquiétaient DeLuca mais plutôt son indice de masse corporel. Elle ne tiendra pas longtemps. Mon Dieu, Jo... Ils ne dirent rien jusqu'à ce qu'Andrew lui prenne le dossier des mains et se lève.

-rentrons... Ok?

-oui. Elle le suivit silencieusement. Qu'est-ce que j'ai fait? Pourquoi?

Andrew pensait que cette soirée ne pouvait pas être pire mais il fallait croire que si.

-j'ai plus d'essence... dit il en se tapant le front. Je devais faire le plein. Voilà ce que j'ai oublié.

-c'est une blague?

-j'aimerais... Je vais garer ma voiture sur ce parking. Il tourna sur sa droite et utilisa le peu d'essence qui restait pour ranger sa voiture.

-on fait quoi? Elle le regarda et pendant quelques secondes il eut une furieuse envie de rire. Quelle soirée...

-la maison est à moins de deux kilomètres. J'appelle un taxi? Jo secoua la tête.

-on marche. Andrew réfléchit.

-il y a une pompe à essence trois kilomètres à l'est... Je prendrai ta voiture pour me rendre à l'hôpital demain...

-ouais. Jo continua: je commence en même temps qu'Arizona, j'irai avec elle. Tu finis à 17h?

-affirmatif.

-moi aussi. on partira ensemble chercher de l'essence à ce moment-là.

-ça me parait être un bon plan. Il sourit. Tout problème a une solution.

-s'il n'y a pas de solution c'est qu'il n'y a pas de problème?

-ouais. Ils marchèrent le reste du chemin sans parler. Ça leur fit du bien à tous les deux.

-enfin! Arizona était surexcitée. Encore pensa Jo en se demandant comment elle faisait pour avoir autant d'énergie au milieu de la nuit. Vous m'avez vraiment fait peur tous les deux. Elle se tourna vers Jo et la transperça de ses magnifiques yeux bleus. J'ai vraiment eu peur Jo...

-je sais... Je suis désolée.

-je peux regarder? dit-elle en voulant prendre le dossier des mains d'Andrew mais celui-ci l'en empêcha et chercha à avoir l'accord ou le désaccord de Jo. Celle-ci paraissait ailleurs. Ça lui fit peur à lui aussi. Tu peux dire non, hein? Je ne t'en voudrais pas, continua la blonde plus calmement.

-non. Vas y. Arizona lut attentivement les pages en retenant parfois un petit gémissement. Bordel, Jo... Comment as-tu pu laisser toute cette merde arriver?

-carence, carence et encore carence... Il n'y avait que ça. Contre toute attente Joséphine releva la tête et plaisanta.

-j'ai jamais raté aucun test quel qu'il soit. C'était grisant pour elle, presque jouissif. Elle avait la confirmation de ce qu'elle préssentait depuis qu'elle était enfant: elle n'était qu'une bonne à rien. Travailler, bosser, se dépasser n'avaient servi à rien. Elle était nulle et faible, elle le savait et rien ne la rendait plus enthousiaste que la perspective de son propre échec. Au fond elle avait toujours su qu'elle finirait par se planter et ça lui faisait étonnamment du bien. Plus de pression, plus d'attente, juste le néant. Elle n'avait encore jamais ressenti ce sentiment aussi fort qu'était la sensation de n'avoir rien à prouver à personne. C'est la première fois... C'est presque risible. Ni Arizona, ni Andrew ne comprenaient sa joie. Elle avait tord... Elle n'était pas seule au monde, elle les avait eux. Elle devait se montrer digne de leur intérêt pour elle. Ils ne la laisseraient pas s'autodétruire. DeLuca l'avait empêcher de sauter. Elle sentait la colère mais surtout la honte l'envahir. Les paroles d'Arizona ne firent qu'accroître ce sentiment.

-par contre t'as réussi le test du Diazepam et de la méthadone... et du secorbarbital...

-oui... Que pouvait-elle bien dire? Arizona sait. Andrew sait. Amelia sait. Meredith sait. Maggie sait. Tout le monde sait. Je ne suis plus personne. Je suis pitoyable et rien d'autre.

-t'as fait le tour de combien de drogues en faisant le tour des Etats-Unis? s'énerva la femme en face d'elle devant son apathie. Elle était consciente que ces trois substituts étaient les drogues restant le plus longtemps dans le sang. Qu'a-t-elle pris d'autre?

-Arizona! Andrew essayait encore une fois de protéger Jo. Ça la touchait mais ça la peinait en même temps. Elle n'avait besoin de personne. Elle tentait vainement de s'en persuader depuis toujours. Elle avait fini par croire à son propre mensonge. Je n'ai besoin de personne. Je me sers d'eux, c'est tout.

-non... D'accord. J'ai consommé un peu tout et n'importe quoi mais maintenant ça va... Ça va.

-t'es sûre? demanda Arizona d'une voix beaucoup plus douce. Parce que ce soir...

-ça n'avait rien à voir avec...ça, l'interrompit Andrew.

-si... Un peu quand même... L'après-midi, elle ne pouvait nier qu'elle vaut ressenti les effets du manque. Encore plus que d'habitude. Est-ce que je peux aller dormir? Je suis crevée. Elle devait s'allonger. C'était urgent.

-oh non! Tu restes ici! Je me suis demandée toute la soirée si je ne t'avais complètement braquée avec mes billets d'avion et... Elle s'arrêta, consciente qu'elle faisait une erreur.

-Andrew est au courant... fit-elle lasse. Il sait pour Nolan...

-oh! Putain, que s'est il passé? Arizona avait peur de comprendre. Elle avait remarqué les traces de sang dans la cuisine ainsi que celle sur la manche gauche du pull de Jo. Elle n'était pas bête, elle savait ce que cela signifiait. Que s'est il passé? Elle secoua la tête d'impuissance. Andrew et elle était en train d'assister au naufrage de leur amie et ils ne pouvaient rien faire. On peut lancer une bouée à la mer, mais si le noyé n'a pas envie de l'attraper... Jo sombrait mais ne semblait pas capable de se saisir de la bouée de sauvetage. A-t-elle seulement envie d'être secourue?

-on a ça tous les trois en commun... Vous avez toutes les deux perdu un frère, j'ai perdu une soeur... Au moins on se comprend. Elle n'était pas au courant. Elle était sur le point de pleurer et vit dans les regards de ses colocataires et amis qu'elle n'était pas la seule.

-je suis désolée Andrew.

-je n'en parle pas car ça fait mal mais je veux plus de secrets. Il se retourna vers Joséphine.

-je peux pas Andrew, je peux pas... Les larmes coulèrent sans qu'elle s'en rende réellement compte. Ça lui paraissait si irréel.

-ce n'est pas grave Jo. Je ne t'obligerai jamais à parler de ce dont tu n'as pas envie... Arizona s'arrêta avant de continuer en choisissant ses mots. Tu vas quand même devoir t'expliquer pour... Tout devient claire dans sa tête. Meredith est au courant? C'est ça qu'elle sait? Elle ne posait pas vraiment la question, c'était plus une constatation. Elle sait que t'es une toxicomane.

-ex-toxicomane... corrigea Jo en tremblant. J'ai pas craqué. Nan. Elle n'avait pas craqué.

-comment elle l'a su?

-Amelia lui a dit... Tu sais, elle m'a déjà emmenée deux fois à des réunions. C'était donc ça les sorties avec des amis. Tout s'expliquait.

-c'est bien, c'est bien que tu parles, dit Andrew qui pensait toujours qu'une thérapie était sa seule chance.

-je parle pas. J'écoute juste. C'est plus simple d'écouter... Je peux aller dormir... S'il te plait... Les larmes redoublèrent. Elle était au bout du rouleau, complètement lessivée.

-d'abord tu manges. Le ton d'Arizona était impitoyable, presque sadique.

-Ari...protesta Jo.

-tu as vu le nombre de carence que tu as? Tu ne peux pas continuer comme ça... Tu es au courant que tu es en train de te laisser mourir? Elle ne voulait pas être méchante mais ça semblait être la seule solution.

-laisse moi tranquille... J'ai presque 30 ans, je suis assez grande pour prendre soin de moi... Andrew lui attrapa le bras et la secoua. Reviens sur Terre Jo! Tu as besoin de nous.

-Jo. C'est faux! Will ne sera pas toujours là.

-je sais. C'était une erreur... Il vit dans son expression avec effroi qu'elle ne le pensait pas. Elle a sauté. Je l'ai arrêtée mais elle s'était laissée tomber. Il faut que je dorme. Elle tremblait de partout. Elle était trop faible pour rester debout. Andrew la tira vers une chaise de la cuisine.

-assis toi. Bois ça! Mange ça. Elle devait se réveiller. Si elle ne faisait rien, Arizona avait raison elle finirait par en mourir.

-ça me donne envie de vomir.

-alors juste la moitié, dit Arizona stoïque et ferme. Jo avala sans plaisir le demi-carré de chocolat qu'elle lui tendait.

-contente? Elle se sentit partir vers l'avant mais Andrew la rattrapa.

-hé! Attention... Ça va?

-lâche moi. Elle se débattit mais il était plus fort qu'elle.

-tu vas tomber alors, dit Arizona d'un souffle.

-tomber...encore et encore. Je n'ai même pas été capable de tomber du bon côté...

-Joséphine...

-Vas t'en, DeLuca! Vas retrouver Pierce. Elle l'avait déjà privé de son diner, elle n'avait pas envie de le priver de sa nuit chez sa petite amie. Elle avait trop souvent jalousé Meredith pour faire la même chose.

-pas question, tu as besoin de moi.

-je n'ai besoin de personne. Tu m'entends? Personne. Elle ne se convainquit même pas elle-même.

-Andrew... Vas-y. Je vais m'occuper d'elle. Il ne lui arrivera rien, ne t'en fais pas.

-ok. Il partit non sans se retourner une dernière fois. Ne tente rien Jo. Si tu fais ça tu auras affaire à moi.