La troupe d'Elsa avait bien avancé la journée durant, tandis que Karl déroulait les emakis en présence de son hôte, et la Duchesse de Funningur finissait la journée dans la plus grande anxiété. Quand la reine eut raconté le matin même les exploits de Viktor, ce-dernier pu mieux s'intégrer. Ayant déjà parcouru les plus hautes montagnes du royaume, le rythme de la marche en fut plus amplifié. On y consacra dès lors moins de pause. A la fin de la journée, le groupe fut fort exténué, de la veille comme du jour même, le confort d'une simple paillasse de fortune se faisait manquer. Les derniers pas étaient consacrés à la recherche d'un lieu assez confortable pour passer la nuit. C'est alors qu'ils découvrirent un Eldorado, si bien que nombre d'entre eux pensèrent être victime d'hallucinations dues à la fatigue. De la vapeur d'eau les entourait les réchauffant, et devant eux se trouvaient des points d'eau de taille variable, dispersés dans un rayon d'environ 100 mètres. Johansen se porta volontaire pour y plonger sa main, il jugea que ces sources devaient atteindre approximativement 40°. A l'unanimité, il a été décidé que le campement s'établirait en ces lieux, et on n'attendit pas pour dessangler les chevaux et prendre un bain bien chaud. Elsa choisit un bassin en retrait dissimulé derrière de grands rochers. Elle ordonna à Guimauve d'y monter la garde pour l'avertir et chasser des potentiels voyeurs. D'un geste de la main elle se déshabilla et entra tout doucement dans l'eau.
Contrairement à ses sujets, elle ne souffrait pas du froid, mais la chaleur ne lui déplaisait point. C'était quelque chose de doux et de revigorant, et ce fut aussi pour elle l'occasion de se faire une toilette complète. L'espace était assez grand pour faire quelques brasses maladroites. Elle n'avait jamais appris à nager, et de toute façon, son royaume étant entouré d'eau qui ne devait pas dépasser les 15° en été au bord des côtes, tomber à la mer en pleine traversée même étant un excellent nageur laissait peu de chance de survie. Mais ce qu'elle avait acquis depuis un assez jeune âge, était la planche ou la mise en pratique d'Archimède, qu'elle imitait dans sa propre baignoire. Elle le fit après quelques longueurs, admirant le ciel tout en étant immergée confortablement. La poussée qu'exerçait l'eau sur elle lui procura une agréable sensation de légèreté. En fermant les yeux, elle s'imagina entrain de voler, et d'autres pensées positives la rejoignirent petit à petit, elle rêva d'évasion. Elle resta ainsi pendant un bon quart d'heure jusqu'à ce qu'un cri familier aille la perturber. Elle regagna le rebord et s'habilla en toute vitesse d'un geste manuel.
De l'autre côté des rochers, Guimauve était entrain d'en découdre avec Viktor qui se trouva pendu par les pieds, similaire à leur première rencontre.
« Lâche ! » ordonna Elsa à sa créature.
Elle s'approcha de Viktor les bras croisés et l'interpella avant même qu'il puisse se remettre debout.
« Ne me dites pas que vous aviez l'intention de vous rincer l'œil ? Et je vous rappelle que le fait que je sois la Reine aggrave votre tentative de violation ! J'attends une explication ! » dit-elle d'un air grave.
« Loin de moi cette idée votre Altesse ! J'essayais de l'expliquer à votre larbin, mais il ne m'a pas laissé dire un mot sur le pourquoi de ma venue... » répondit Viktor en haletant, un peu sonné après sa chute.
« Donc ? »
« Voilà...Un de vos faucon s'est posé près de nous apportant un message, on attend plus que vous pour... »
« Pourquoi tourner autour du pot ? Il fallait le dire tout de suite ! » s'énerva Elsa en se hâtant.
Il y eu un rassemblement, la tension était à son comble. On avait décroché le rouleau de la patte de l'oiseau et la Reine d'Arendelle se faisait attendre. Il a été convenu qu'elle devait être la première informée, ainsi, elle aurai le privilège de connaître avant les autres le contenu de cette missive. Elsa arriva haletante. Elle ne dit rien et se contenta de tendre son bras au capitaine qui avait entre ses mains l'objet convoité du moment. Il lui donna directement sans rien ajouter, tout aussi impatient que la reine. Le cœur d'Elsa fut prit de palpitations. Il était fort probable que le message vienne d'Arendelle, mais pour quel raison ?
Elle fut surprise du contenu au premier regard. Un dessin prenait la quasi totalité de la page. En haut à gauche était dessiné un cône auquel était adossé un palais, plus bas vers le centre une forêt de sapin, puis en bas à droite semblait être un grand lac. Les yeux d'Elsa se rivèrent instinctivement sur le peu de texte écrit en bas à gauche.
« Karl et moi, nous nous portons bien
M. de Funningur. »
A la mention de cette dernière, Elsa tendit le parchemin au duc.
« Reconnaissez-vous cette écriture ? » demanda-t-elle nerveusement.
Le duc l'examina et le certifia, c'était bien l'écriture de Maria. Elsa en fut bouleversée et eu du mal à le dissimuler.
« De quoi s'agit-t-il ? » interrogea le capitaine.
« Pas grand chose, à part un signe de vie de Karl et la duchesse... Ah et il y a... je crois que c'est une carte. »
« Donnez la moi, je vais l'examiner. Qu'on m'apporte les cartes du royaume et des contrées environnantes ! » ordonna le capitaine.
Le capitaine, et quelques soldats se mirent au travail. Elsa se tint un peu à l'écart, tourmentée par les derniers événements. Une main se posa sur son épaule qui la fit sursauter, elle se retourna et se retrouva nez à nez avec le Duc de Funnigur.
« Elsa ? Vous vous sentez bien ? »
« Je ne sais quoi penser de tout ceci, Karl semble aller bien tout comme votre femme, je devrais être soulagée dans une mesure. Mais qu'est ce qui nous dit que c'est vrai ? Que ce message n'ait pu être écrit sous la contrainte, qu'il s'agit d'une ruse pour les contourner ? »
« Qu'est ce qui vous fait tant douter ? »
« Ça devient beaucoup trop simple tout d'un coup, et pour moi ça ne présage rien de bon. »
« Vous souvenez-vous de vos cours d'arithmétique ? »
Elsa fut stupéfaite de cette question sortit du contexte, elle la trouva même presque insultante à l'égard de son inquiétude.
« J'ai bien peur de ne pas vous suivre, pourquoi me parlez-vous de cela ? »
« Surprenant n'est-ce pas ? Mais veuillez bien m'écouter. Il m'est arrivé bien des fois en voulant résoudre un problème que je trouve quasi-instantanément la solution. Mais il s'avérait que j'avais appréhendé l'épreuve de manière très surestimé. Ainsi j'ai cru allé dans une mauvaise direction et je cherchais ainsi la difficulté. Tout ce que j'y ai gagné est une perte de temps avant de me rendre compte que j'avais suivi le bon chemin au départ. »
« C'est bien jolie ce que vous dites, mais nous ne sommes pas en salle de classe, regardez autour de vous, nous sommes coupés du monde ! Il y a des vies en jeu bon sang ! Je suis choqué de votre apathie, depuis le début je ne vous ai pas vu une seule fois inquiet au sort de votre épouse ! »
« Pourquoi la vie ne devrait être que difficulté ? Ne dit on pas que la simplicité est maître de l'élégance ? Qu'en ne possédant rien on a beaucoup à donner ? Je suis vraiment navré d'être un homme de mon époque et de mon rang, les émotions je les intériorise d'où votre reproche, mais je n'en tiens pas rigueur. Je me soucie de ma mie, ainsi que de vous ma chère Elsa, vous n'avez pas confiance en vous et vous êtes démissionnaire, je le vois dans votre regard, vous refusez de voir les choses du bon côté car vous avez peur de tomber de haut. Vous êtes humaine et rien qu'en cela je vous comprend, vous cherchez la sécurité mais la plupart de nos mauvais choix se font dans la peur. Une chose importante semble vous manquer à ce jour, croire, et si vous n'êtes pas convaincu, alors je le ferai pour vous jusqu'à la fin. »
Les yeux d'Elsa s'humidifia et de la neige se mit à tomber autour d'elle doucement.
« On croirait entendre ma sœur » dit-elle les lèvres tremblantes.
« Avez-vous foi en elle ? »
« Si je l'étais depuis le début, je lui aurai évité bien des soucis »
« Reprenez-vous Majesté, et ayez foi en ce que dit votre sœur » dit-il en essuyant une larme qui avait coulé sur la joue d'Elsa.
Elle lui répondit par un sourire et un tendre regard. Ils restèrent ainsi face à face, les yeux dans les yeux. Friedrich pris l'initiative de se rapprocher tout doucement. Elsa hypnotisée le rejoignit dans sa démarche. Alors que leur lèvre allaient se rencontrer on appela la reine, coupant court à leur intimité.
Les hommes d'Elsa, ainsi que Friedirich, Viktor et elle même étaient accroupis formant un cercle entourant une immense carte. expliqua avec son index.
« Ce qui semble être la demeure où sont retenus le prince et la duchesse se trouve sur le flanc d'un vieux volcan que vous voyez ici » il déplaça son index un peu plus bas « Et nous sommes exactement ici ! »
« Combien de temps pour les atteindre ? » demanda Elsa pleine d'assurance.
« Une demi-journée » répondit
« Alors qu'attendons-nous ? Il faut partir maintenant ! »
« Non ! » coupa .
« Comment ça ? Karl est là-bas ! Nous sommes si près du but ! Il faut en finir au plus vite ! »
« Je comprends votre impatience ma bonne reine, mais il ne sert de nous précipiter, ça serait se jeter dans la gueule du loup ! Vos hommes ne sont pas en état de continuer davantage. Et il est peu probable qu'on nous laisse entrer aussi facilement sans y être invité. Il faut établir un plan d'action, étudier toutes les possibilités et ainsi sur place nous seront bien préparés au vue d'une offensive ou au mieux une négociation. Et pour cela il nous faut du temps et surtout du repos. Profitons du cadre qu'offre notre bonne mère nature, et repartons demain plus en forme que jamais. Et puis comme il a été confirmé que le message soit de la plume de l'épouse de notre ami le duc, on a au moins une certitude, que les captifs sont actuellement dans des conditions de détention plus favorable que nous l'avions crains. »
« Vous êtes d'une grande sagesse , que ferions-nous sans vous ? »
« Oh ce n'est pas grand chose, votre capitaine aurait sans doute eu le même raisonnement que le mien, n'est ce pas capitaine ? »
« C'est un honneur de vous l'entendre dire » répondit-il.
« Nous partirons donc à l'aube, en espérant que le temps soit avec nous. Je m'en vais me ressourcer, je vous rejoindrai plus tard pour le souper si il y en a un de prévu, tu viens Guimauve ? »
Guimauve répondit à sa maîtresse d'un grognement et ils partirent en direction du bassin d'Elsa.
« J'ai besoin de volontaire. pour aller ramasser du petit bois et tailler des branches mortes pour le feu... Ah ! Monsieur Viktor et Monsieur Thomas, puis-je compter sur vous ? » demanda
L'étranger et le jeune soldat ne se firent pas prier, et partirent ensemble dans un esprit de bonne camaraderie. Viktor fut satisfait de la confiance peu à peu accordée par le groupe, la proposition du bûcheron à la retraite le confirmait. Cependant, un membre et pas des moindres avaient encore de la méfiance à son égard. Celui-ci s'était approché de Melyngar, discrètement à l'abri des regards et fouilla dans les affaires de Viktor. Il ne trouva rien de suspect jusqu'à ce que la jument se plaignit d'un mal venant d'une de ses jambe. L'homme la lui prit et retira un gros caillou qui s'était logé entre le fer à cheval et la fourchette. Plus tard Viktor revint avec son compagnon les bras chargés. Une fois débarrassé il alla voir comment se portait sa jument. Quelle ne fut pas sa surprise en la voyant en compagnie du Duc de Funningur qui était entrain de lui caresser sa crinière.
« Vous êtes un homme bon ! » lança Viktor
« Je vous demande pardon ? »
« Melyngar sent ces choses-là, elle a l'air de vous apprécier. »
« Vous semblez très bien connaître votre monture, une telle complicité ne s'acquiert pas en quelques semaines. Vous l'aviez gagné dites-vous ? Je pencherai plutôt qu'elle vous connaît depuis qu'elle est poulain. Et qui plus est, un poulain qui devait valoir son pesant d'or. » dit Friedrich d'un air qui se voulait plutôt hautain.
« En effet, elle a énormément de valeur, a vu juste l'autre jour. Et vous êtes perspicace ! Elle me connaît depuis un bon moment. »
« Cela fait bien longtemps alors que vous exercer dans l'illégalité. »
Cette remarque mit Viktor mal à l'aise. Le duc en profita pour renchérir.
« Quand je constate le prix de vos services, je m'interroge comment se fait-il qu'en ce moment-même vous n'êtes pas déjà loin, sous le soleil, une vie tranquille et pleine de prospérité jusqu'à la fin de votre vie ?»
Viktor comprit où il voulait en venir et voulu abréger.
« Ne tournez pas autour du pot, mon cher duc ! »
« Parfait ! »
Friedrich lui assena un coup de poing en plein face. Viktor tomba à la renverse, mais se fit rattraper par le col par son agresseur. Melyngar poussa un hérissement et chercha à défendre son cavalier.
« Laisse Melyngar, je peux me débrouiller tout seul cette fois ! »
La jument se calma et assista impuissante à l'altercation.
« Combien de gorge avez-vous égorgé pour ce trésor ? » interrogea Friedrich en pointant la jument tout en tenant le col de Viktor d'une main.
« Je n'ai jamais tué qui que ce soit ! »
« Dans ce cas, qui êtes-vous ? Que venez-vous faire ici ? »
« Ah ? Je croyais que vous le saviez ! Je vous laisse le privilège de deviner »
« L'heure n'est plus aux jeux ! Vous aviez profité de la naïveté de la reine et de la confiance aveugle de ses hommes pour elle. Mais moi, depuis le début j'ai senti que vous étiez faux. Sous vos airs plutôt rustre vous avez réussi à berner tout le monde. Mais moi j'ai une vague idée de ce que vous pouvez-être. Dans tous les cas vous êtes une menace. Soit vous êtes un espion au service d'un certain roi, dont l'emblème de son royaume est poinçonné sur les fers à cheval de votre destrier, soit coule dans vos veines un sang bien plus noble qu'on ne pourrait soupçonner. »
« Vous chauffez mon cher duc. Votre tour est terminé, laissez-moi également m'amuser un peu. »
Face à la provocation Friedrich lui décrocha un autre poing. Viktor se releva avec quelques peines tout en crachant un mélange de sang et de mollard. Il ricana et ajouta d'un rictus effrayant tout en empruntant une démarche imposante vers lui.
« Duc de Funningur ! homme belliqueux ! rouquin ! plutôt en embonpoint ! manque de délicatesse ! imbu de lui-même ! rêve d'indépendance et de conquête ! et surtout homme solitaire ! »
« Quoi ? »
« J'ai fini mon tour, faisons les comptes ! Vous savez peut-être qui je suis, mais moi, j'ai la certitude de ce que vous n'êtes pas ! Vous souvenez-vous du coup du globicéphale ? Vous savez, la cousine de l'orque, un met très apprécié aux Îles Féroé! Il faut vraiment ne pas connaître les mer du nord pour l'ignorer. »
Ce fut au tour de Friedrich d'être descendu comme il l'eut fait à Viktor. Mais il ne voulait pas s'avouer vaincu pour autant.
« Très bien, nous voilà donc à égalité, et maintenant que fait-on ? Qui ira crier la vérité sur l'autre en premier ? »
« Ce n'est pas nécessaire « mon cher duc », si je ne vous ai pas dénoncé au début de notre périple, c'est parce que je me suis dit que, comme moi vous aviez des raisons louables pour ainsi dissimuler votre identité. Si je suis là, ce n'est que dans mon propre intérêt, mais j'ai des valeurs, je ne laisserai personne se faire tuer, et encore moins la reine, qu'elle soit une alliée ou une ennemie. »
Le visage de Friedrich prit soudain un air triste.
« Moi non plus... je ne pourrais jamais lui faire de mal, et pourtant... »
Il dissimula ses yeux sous la paume d'une de ses mains et commença à gémir. Viktor posa sa main sur son épaule.
« Vous ressentez beaucoup de chose pour elle n'est ce pas ? Mais quelque chose me dit que vous devez vous faire pardonner, je me trompe ? »
« Je suis un véritable enfoiré de la pire espèce ! C'en est trop ! Je ne peux plus faire semblant... il aurai mieux valu que je ne vienne jamais ici »
Dans sa posture, il était facile de deviner que le soit-disant duc s'empêchait de pleurer.
« Ne supportez pas plus longtemps ce poids, racontez-moi votre histoire, et je raconterai la mienne. » proposa Viktor.
Ainsi les deux hommes se racontèrent à tour de rôle qui ils étaient réellement, où ils étaient nés, le pourquoi de leur venu en Arendelle.
« Je me suis beaucoup trompé sur votre compte Viktor, puissiez-vous me pardonner d'avoir été aussi injurieux à votre égard ? » dit Friedrich avec sincérité et humilité.
« Entre nous, ce n'est pas à moi qu'il faut demander. »
« Elle ne me pardonnera jamais ! »
« Qui sait ? Et puis vous n'êtes pas seul dans ce calvaire » plaisanta Viktor.
« Merci beaucoup Viktor, sincèrement. »
Il était le moment de souper pour le groupe. Elsa s'étonna que les liens entre Friedrich et Viktor furent renforcés en quelques heures. Tous s'assirent sur la pierre lisse à proximité des bassins de source chaude. Il fit si bon qu'il n'était pas pas nécessaire d'installer des abris de fortune. Ils passeraient la nuit à la belle étoile. Elsa était posé entre Viktor et Friedrich. Elle aimait particulièrement la présence de ce dernier, sans chercher à savoir pourquoi.
Afin d'encourager les troupes, commença à chanter un chanson qui aurait été apparemment écrite lors de la révolution de 1830 en France, par des étudiants derrière les barricades à la veille de leur mort.
« Souviens-toi des jours passés Souviens-toi des jours passés Souviens-toi des jours passés J'attends comme la délivrance
Des chansons qu'on a chantées
Des printemps d'amour et des filles en fleur
Qui nous ont ouvert leur lit et leur cœur
Buvons tous à leur santé
N'aie pas peur quand l'heure viendra
La vie dure si peu et elle ne vaut rien
Je la brûle au feu d'un bon verre de vin
Et ta mort ne sert à rien
Des folies qu'on a osées
Que ne meure jamais l'amitié sincère
Ce vin d'amitié qui coule en nos verres
Je le bois à ta santé
La balle qui m'est destinée
Ma vie sans elle ne veut plus rien dire
Pleureras-tu, ma belle s'il me faut mourir ?
Pleureras-tu, ma belle pour moi ? »
Elsa, bercée par cette mélodie mélancolique, s'endormit sans peine sur l'épaule du « Duc de Funningur », pour qui ses sentiments s'intensifiaient de jour en jour.
Son épouse avait passé une bonne partie de la soirée dans sa chambre, apeurée. La rencontre de cet homme gelé et son avertissement la conforta qu'elle n'était pas en sécurité ici. Elle pesa le pour et le contre, et après des heures de réflexion qui lui donna des céphalées, elle décida qu'il fallait s'en aller, qu'importe ce qui l'attendait à l'extérieur. Évidemment elle emmènerait Karl avec elle. Elle demanda à Onku qui passait par hasard devant sa chambre une lanterne et quelques vivres. Elle s'habilla d'une peau d'ours qui était rangée dans les placards de glaces. Quand le petit singe revint avec d'autres de ses congénères ( qui transportaient à chacun toute sorte de nourriture ), elle prit la lanterne qui était déjà allumée des mains d'Onku et rassembla la nourriture dans un grand sac en toile. Puis elle alla réveiller Karl.
Sa chambre n'était pas loin de la sienne, mais elle hésita un moment avant de pénétrer le couloir, par peur de se faire repérer par la maîtresse des lieux. Au pire des cas, se disait-elle, soit elle mourrait ici, soit en tentant de s'échapper. Elle retint son souffle, s'aventura hors de la pièce, avança à pas de loup d'un rythme de trot, ouvrit la porte avec la plus grande délicatesse pour faire le moins de bruit possible, et s'engouffra dans la chambre de Karl. Elle referma la porte en s'y adossant et poussa un grand soupir. Lorsqu'elle reprit son souffle et ses esprits, elle s'approcha du garçon tout endormi. Sa posture et son expression attendrit la duchesse, au point où elle préféra le contempler que de le sortir de son sommeil. Ce fut de courte durée, il y avait des vies en jeu. Elle attrapa son épaule et lui chuchota.
« Karl, réveille-toi ! Réveille-toi ! Debout on s'en va d'ici ! »
Mais celui-ci ne réagit pas.
« Karl ? Allez!Karl ! »
« Il ne se réveillera pas. » dit une voix glaciale.
Un grand frisson passa dans le corps de Maria qui avait lâché la lanterne qui se brisa dans un fracas, elle fut paralysé d'effroi. Elle fit de gros efforts pour faire face à Yûki Onna en se retournant. Elle sentit sa dernière heure arriver.
« Rien de bien méchant qu'un petit sortilège permettant à sa victime de plonger dans un profond sommeil. Il ne risque rien à part faire de jolies songes jusqu'à la fin de matinée » ajouta-t-elle en caressant le cuir chevelu de Karl.
Le regard de la femme des glaces se posa sur le sac posé au pied de la duchesse.
« Je vois. Vous me facilitez la tâche, je n'aurai pas à vous chasser. Car voyez-vous, vous devez quitter mon palais. »
Cette affirmation ne fit rien à la duchesse, prisonnière de la terreur.
« L'aventure de ce matin vous a tant troublée ? »
La duchesse ne répondit toujours pas et resta immobile.
« Cette personne avait depuis bien longtemps perdu le sens de sa vie, je suis venu à lui quand il fut mourant et j'ai été prise de pitié pour cette âme en peine. Je lui ai gelé son cœur ainsi que son esprit, extirpant sa tourmente. Mais il s'avère que je ne maîtrise pas le sortilège que je lui ai infligé. Vous venez d'assister à la faille, quand sa raison et ses regrets lui refont surface. »
Maria ne savait pas si cette explication devait la rassurer, ou peut-être mentait-elle ?
« Vous parliez de pitié ? Privé un être du repos éternel, le condamnant à être une poupée désincarnée pour l'éternité ? C'est... c'est monstrueux. Maintenant que je sais tout cela, qu'allez vous faire de moi ? Que voulez-vous de moi ? Mais qu'est-ce que je vous ai fait pour mériter un tel châtiment ? » dit la duchesse d'une voix suppliante.
« Ne vous ai-je pas dit tout à l'heure que vous n'avez rien à craindre de moi ? »
« Mais alors pourquoi tout ceci ? »
« Vous n'êtes qu'une pièce rapporté à mon projet, je ne vous veux point de mal. Tout ce que je veux, c'est la Reine d'Arendelle. Oh ! Mais il me semble que nous voulions la même chose, et c'est bien pour ce motif que vous et votre sois-disant époux êtes venus jusqu'ici. »
« Vous ne savez rien ! »
« Je sais ce qu'elle vous a fait, à vous, à votre famille, à votre peuple. Si vous coopérez, je peux vous donner ce que vous êtes venus chercher, et je me permet de vous faire savoir que quelques richesses de ma demeure peuvent relancer l'économie d'un grand pays. »
« Si j'accepte, que va t-il advenir de Karl ? » ajouta Maria en regardant Karl avec tristesse.
« Vous détestez le peuple d'Arendelle, vous seriez prêt à les mener jusqu'à leur perte, mais le cas de ce garçon semble vous préoccuper. Votre confort est prioritaire. Nous ne sommes pas si différente, vous êtes autant monstrueuse que moi.
« J'ai déjà trop donné par le passé, j'en ai juste assez ! » répondit-elle en versant une larme, à la fois pour Karl et ses douloureux souvenirs.
« Alors marché conclu ? »
« Je vous écoute ! »
