La nuit était tombée autour du château. L'obscurité, si familière à présent, semblait l'assaillir.

Hormis leurs yeux luisants, Bellatrix distinguait à peine ses camarades, mais tout près d'elle, la jeune fille devinait pourtant la tension nerveuse des autres suite à l'annonce de Lucius. Le froid nocturne les avait saisi sans préavis. Dans ce décor obscur avec des ombres aux détours de chaque couloir, Bellatrix avait l'impression de débarquer sur une autre planète. Poudlard semblait totalement coupé de tout, comme s'ils venaient de pénétrer dans une dimension parallèle et que le monde réel avait oublié leur existence.

Où est-il ? Que fait-il ?

Comme s'il avait lu dans ses pensées, Lucius demanda :

_ Qui l'a vu en dernier aujourd'hui ?

Bellatrix se mordit la lèvre et répondit d'une voix faible.

_ Je l'ai vu ce matin. Dans la cuisine.

Lucius se tourna vers les autres, qui, tous, avouèrent qu'ils ne l'avaient pas vus de la journée. Comme si Tom avait disparu après le petit-déjeuner.

_ Il est peut-être dans sa chambre, proposa Mary.

Lucius glissa une main à l'intérieur de son épais blouson et en sortit sa baguette.

_ On va faire ça vite fait bien fait, assura-t-il l'air sérieux.

Les autres le dévisagèrent, ne sachant comment réagir.

_ Holà… protesta Severus.

_ « Holà », c'est quand on veut arrêter un cheval, répliqua Lucius, impassible. Ce préfet… gouverne un machin qui pétrifie les premières années.

Il tint sa baguette à hauteur d'épaule et lui décocha un sourire en coin.

_ Chez nous, les avada kedavra, ça nous connaît, ajouta-t-il.

Severus haussa les sourcils, amer.

Lucius s'engagea dans le couloir et ses trois compagnons lui emboîtèrent le pas. Puis ils dévalèrent de nombreux escaliers. Ils avançaient groupés, en jetant autour d'eux des regards méfiants les garçons ouvraient la marche tandis que les deux jeunes filles, à l'arrière, les serraient de si près que chacun sentait le souffle des autres sur sa peau. La chaleur de leurs corps et leur respiration rassuraient Bellatrix, qui éprouva soudain une vive affection pour ceux qui l'entouraient. Ils sont ma vraie famille, songea-t-elle, nous sommes du même sang.

La cage d'escalier béante et lugubre de Serpentard devant laquelle ils arrivèrent leur fit l'effet d'une vaste caverne, prête à s'ouvrir sous leurs pieds. Ensemble, ils descendirent les marches, pénétrant dans la noirceur engloutissante des dortoirs de Serpentard. Parvenus en bas, ils se dirigèrent dans le couloir étroit, vers la salle commune.

Avant d'aller plus loin, Lucius jeta un coup d'œil à Severus. Ils s'approchèrent en bloc de l'entrée du salon.

A l'autre bout du couloir, une silhouette au visage masqué.

Ils reculèrent d'un bond et se bousculèrent.

_ Merde, marmonna Lucius, l'air penaud.

Comme les autres, Bellatrix saisit alors qu'ils étaient face au porte-manteau, alors que ses yeux s'habituaient à l'obscurité.

Enfin, sur le seuil de la porte en arcade ils s'arrêtèrent, interdits, et cette fois Bellatrix sentit l'air lui manquer.

Le salon était sens dessus dessous : les meubles renversés, le canapé de l'autre côté de la pièce, retourné contre le mur, le sol jonché de livres tombés des étagères. On aurait dit qu'un cyclone avait dévasté les lieux. Bellatrix regardait de tous côtés, incapable de prononcer un mot. Lucius déglutit.

_ Mais qu'est-ce qui lui a prit ?

Bellatrix fût surprise de s'entendre elle-même répondre.

_ Il cherche son livre.

Un silence accueillit ses paroles. Un silence qui s'éternisa dans la pièce, le temps qu'ils comprennent tous que Tom avait fini par découvrir que son journal avait disparu. Et que les mécanismes des engrenages d'une dangereuse machinerie s'étaient mis en route, de manière irrévocable.

_ Bon qu'est-ce qu'on fait ? laissa tomber Mary fébrile.

Severus, clignant des paupières, évaluait les dégâts s'aventurant jusqu'au milieu de la pièce.

_ On lui rend ce qu'il est venu chercher.

_ Et tu comptes t'y prendre comment ? On ne sait même pas où il se trouve, répliqua Lucius du tac-au-tac.

_ On fait comme on a dit, répondit calmement Severus. On va à sa chambre, peut-être qu'il y est. Ensuite on lui rend son livre.

Bellatrix balaya la salle commune du regard – on dirait une grotte, pensa-t-elle. Au-dessus de la salle, des bourrasques sifflantes faisaient vibrer les murs.

Un bruit les fit à nouveau tressaillir : des détonations rapides, qui résonnaient avec force dans les murs et le plafond leur écho vibrait aux oreilles de Bellatrix, qui eut soudain l'impression qu'un intrus s'agitait en elle. A la vue du sursaut de dégoût qui s'afficha sur le visage de Mary, elle comprit que l'autre jeune fille éprouvait les mêmes sensations. Lucius et Severus, soudain en colère, pivotèrent sur place et examinèrent les cloisons et le plafond moisi.

Le bruit cessa subitement, cédant la place à un silence qui parut plus menaçant encore.

_ Ca vient de l'autre côté, indiqua Severus.

Ils s'éloignèrent du salon. Et descendirent dans les étages d'en-dessous, de Serpentard - les marches étant faiblement éclairées par leurs baguettes, secouées à chaque pas. Sous ses pieds, le contact avec la moquette spongieuse était assez désagréable et Bellatrix tressaillit en entendant une marche grincer. Ils arrivèrent au dernier palier de l'escalier.

La jeune fille observa le fond du corridor obscur et ressentit une légère appréhension.

Mary se mit en tête du petit groupe. A présent, seule elle connaissait le chemin jusqu'à la chambre de Tom. Bellatrix ne se demandait même plus comment cette fille savait trouver les chambres de chaque garçon.

_ Allez, on traîne pas, chuchota Mary qui toutefois n'osa pas avancer d'un pouce.

Lucius les bouscula légèrement et saisit fermement la taille de Mary et la serra contre lui.

_ Allez, putain, on avance, dit-il en s'engouffrant dans le couloir devançant Mary.

Severus effleura le bras de Bellatrix et guida Mary, ils s'engagèrent dans le couloir en suivant Lucius leurs respirations se réverbaient contre les parois du couloir étroit et, devant eux, ils n'apercevaient que le faisceau de la baguette de Lucius.

_ Attends nous, Malefoy, appela Severus la voix dure.

La lumière s'immobilisa. Ils rejoignirent le garçon au milieu du couloir. A présent, ils se retrouvaient encerclés par des portes muettes, toutes fermées.

Mary désigna la porte au fond, sur la droite.

Soudain prise d'impatience, Bellatrix accéléra le pas et dépassa les autres pour se diriger vers la chambre de Tom. Severus la rattrapa aussitôt afin de ne pas la laisser seule, et Lucius et Mary suivirent de près. Elle fit halte devant la dernière porte. La porte était tapissée de serpents se coulant les uns par-dessus les autres. Un véritable entassement de serpents serrés tous ensemble.

Bellatrix aperçut une petite plaque en argent rectangulaire, clouée sur le montant de la porte au milieu des serpents rempants, jusqu'à hauteur d'yeux : un cartouche qui porte les inscripitions suivantes.

Préfet-en-chef,

Et Préfet de Serpentard,

Tom Jedusor.

La gorge nouée, la jeune bien fort prit son courage à deux mains et frappa bien fort. Sur la porte les serpents se reculèrent légèrement et le son parut se répercuter jusque dans le plancher. Elle tressaillit. Ca y est, il nous a entendus, il nous a repérés, maintenant… on ne peut plus reculer, pensa-t-elle sombrement.

_ Tom ? appela-t-elle doucement. Tu es là ?

Les trois autres s'approchèrent du montant de la porte, à leur tour. On n'entendait rien derrière la porte.

Severus se cala bien en face de la porte et se concentra pour lancer un Alohomora. Le sort lancé, tous avaient les yeux écarquillés, dans l'attente. Seulement rien ne se produisit, la porte ne s'entrouvrit même pas. Lucius annonça :

_ Ecartez-vous.

Tous les trois se reculèrent contre le mur d'en face. Lucius leva une jambe et lança un coup de pied, juste au-dessous de la poignée. La jeune fille eut un bref aperçu d'une cuisse musclée, aussi épaisse qu'un tronc d'arbre, puis la porte s'ouvrit violemment et se rabattit contre le mur de la chambre. Le garçon éleva sa baguette et passa prudemment la tête à l'intérieur. Derrière lui, Bellatrix scrutait l'obscurité.

Aucun mouvement.

Rien que des ombres.

Lucius franchit le seuil, suivi par ses compagnons, baguettes bien en main. Malgré l'épaisseur des ténèbres, l'indescriptible fouillis ambiant qu'ils distinguèrent les troubla. Les tiroirs du bureau tous ouvert, le lit en désordre, des piles de livres prêtes à s'écrouler. Et les deux seules tenues que Tom possédaient dans sa penderie juraient avec le sol en marbre noir : Tom est pauvre, mais il vit dans une luxueuse chambre de Préfet-en-chef.

Tom avait semblé fouiller tout l'intérieur de sa chambre, à la recherche du journal, avant de s'être attaqué à la salle commune. Décelant une odeur fétide d'humidité et de pourriture qui régnait dans la pièce, Bellatrix eut un mouvement de recul. Severus braqua le rayon de sa baguette sur les murs. Bellatrix entrevit une affiche du monstre du Loc Ness étalée sur le mur d'en face. Bellatrix reporta son attention sur les livres, certains ouverts les uns sur les autres, entassés sur la chaise, d'autres au sol, près du bureau. La moitié des titres parlaient de magie noire, d'autres étaient écrits dans une langue qu'elle ne comprenait même pas. Elle lança un coup d'œil à Mary qui posa le livre sur le bureau, bien évidence.

Les autres savaient que c'était le moment de s'en aller.

Mais comme pour lui dire adieu, Mary ouvrit le livre. La peur et le dégoût était contenu dans son geste. Les autres s'apprêtèrent à sortir pour la laisser se calmer un peu, quand la voix tremblante de Mary les appela.

_ Attendez, chuchota-t-elle.

Mary ne bougeait pas, elle était de dos.

Les autres, indécis, se rapprochèrent de la jeune fille. Sous les doigts de Mary, le livre ouvert dévoilait ses pages. Elles n'étaient plus toute blanches.

Tout en haut à gauche, une inscription était apparue.

Tom. Tu es là ?

_ Ca alors, chuchota Severus, incrédule. Il semble qu'il n'ait plus besoin qu'on lui pose de questions pour qu'il interagisse avec nous.

Mary s'assit devant le livre, une plume dans la main qu'elle avait prit parmi les affaires mal rangées sur le bureau.

_ C'est reparti, annonça-t-elle.

Les autres se réunirent autour d'elle pour mieux voir.

La phrase restait en suspens dans le livre, comme en attente d'une réponse. Qui pour l'instant n'arriva pas.

C'est toi ?

_ Mais c'est quoi ce bin's ?, interrogea Lucius.

Mary élabora rapidement une explication.

_ Il pense qu'on est Tom.

_ Comment c'est possible ?

_ Dès que nous avons franchi le seuil de sa chambre, le journal a dû reconnaître les lieux. Et, ce journal pense que celui qui écrit est Tom.

_ Et il veut parler avec nous… ajouta Severus les yeux brillants.

_ Bon allé on lui répond, décida Mary. De toute façon, il nous prend pour son possesseur… le pauvre.

_ Le pauvre ? répéta Lucius ahuri.

De toute façon, Mary avait déjà répondu.

« Oui, je suis là. »

Ils attendirent quelques instants, puis sur la page une autre phrase se composa en-dessous des deux premières.

Tu donnais plus de nouvelles, j'étais inquiet

Cette fois, c'était sûr. Le journal prenait vraiment Mary pour Tom.

Mary répondait facilement maintenant, les mots lui venant du bout des doigts comme une pluie d'étoiles filantes. Lucius, de son côté, qui s'impatientait au départ, posa son coude sur le bureau en chêne noir pour mieux voir le livre. Ils cherchent d'autres crimes qu'auraient pu commettre Tom, pensa Bellatrix. Une nouvelle phrase apparut dans le livre.

On m'a posé plein de questions, mais je n'ai rien dit.

Quelqu'un avait posé des questions ? A propos de quoi ?

_ C'est de nous qu'il parle ? demanda Mary. Nous lui avons posé des questions.

_ Il faut vérifier, ordonna Severus.

Mary décida de demander au livre, de crainte que quelqu'un les ait devancé.

« Qui t'as posé des questions ? »

Pause.

Eux

_ Eux qui ?

Il n'y eut pas de réponse.

_ OK « eux », donc c'est plusieurs personnes, dit Severus satisfait. Il parle de nous.

_ Très bien, tout ça c'est bien joli, mais comment on fait pour trouver Tom ? demanda Lucius d'un air dégagé.

La réponse ne tarda pas.

Il est proche

_ Il est proche ? répéta Mary en plissant les yeux soupçonneuse. Comment ça proche ? Comment il sait qu'on parle de Tom ?

_ Demande-lui : proche à quel point ? déclara calmement Severus.

Il est juste à côté de vous

Pâles comme des linges, ils se regardèrent à la lueur palpitante de leurs baguettes, sans un mot.

A l'autre bout du couloir, des portes se mirent à claquer à toute volée, les unes après les autres. Terrifiés, ils firent volte-face. Un abominable ricanement hystérique se répercuta dans toute la bâtisse, leur glaçant le sang.

Les claquements reprirent, plus près d'eux cette fois…

Lucius bondit vers la porte et chercha à la bloquer en s'y appuyant de tout son poids, tandis qu'une force incroyable se mit à tambouriner contre le bois des coups étourdissants, qui secouaient si violemment le chambranle que les bras du jeune homme vibraient.

Sans prévenir, le vacarme cessa, mais la porte se bomba lentement, repoussée vers l'intérieur de la pièce, distendue sur ses gonds par une puissante pression. Mary, les yeux agrandis par la peur, poussa un cri perçant. Severus vint au secours de Lucius en se jetant à son tour contre la porte et fit tout pour pour la maintenir fermée, la respiration hachée, quand, dans un bruit sourd, le bois reprit subitement sa forme initiale. Dans le couloir, d'autres portes recommencèrent à claquer – des coups saccadés, rageurs et assourdissants qui montaient oar vague. Bellatrix poussèrent un hurlement de terreur.

Le tumulte s'arrêta net.

Suivit un silence de mort.

Les quatre jeunes gens étaient pétrifiés.

Quand soudain, la voix suffisante de Tom s'éleva dans les airs, moqueuse et cruelle :

_ Je vais vous apprendre à ne pas fouiller dans mes affaires… et dans ma chambre. Mais bien sûr, je sais que je vous dégoûte. Que je vous fais horreur. Que je suis un monstre pour vous. Mais je m'engage avant la fin de la nuit à vous prouver, un par un, que vous êtes tous des monstres. Que vous êtes comme moi. *

Un silence monumental s'ensuivit. Lucius le coupa net :

_ On dirait que la guerre est déclarée.


chapitre dédicacé à MissCassy, pour te montrer qu'il existe pire que la rentrée : les vacances en solitaire. En plus, MissCassy et moi faisons une fic harry potter dont le résumé est *.

Bref, accrochez-vous pour le prochain chapitre, ça va secouer. Beaucoup. Tom dans toute sa gloire.

Et même plus que ça.

Reviews, reviews !

A votre service,

Anthracite.