Hey, le monde !

Suite après une petite pause ^^ Désolé pour le temps. Je suis actuellement à Prague en vacances et écris au maximum.

Cela amène aussi au problème suivant : je n'ai pas finis la fic, loin de là :P mais il me reste peu de temps avant de reprendre les cours.

Je vais donc tenter de finir en Deux semaines, ça va être très tendu.

Si je n'y parvenais pas, la suite aurait pas mal de retard, donc je m'excuse par avance.

Enjoy en tout cas, en rappelant que les reviews sont mon miel de chaque matin ;)

Etienne


AIDONS L'HYDRE A VIDER SON BROUILLARD


10 : Ce petit déclic

- Notre tête de mule va-t-elle enfin se lever ?

- …

- Eh ! Je te cause Jaeger !

- Foutez-moi la paix ! Bougonne ce dernier.

Eren entend la porte de sa petite chambre (plus proche d'un cellier que d'autre chose) se fermer et des pas venir près de lui.

- Je t'ai dis de te réveiller… Indique une nouvelle fois Hélio, croisant les bras.

- Laissez-moi juste… Continue l'autre, la tête plongée dans ses bras, encore allongé.

Hélio, soupirant, attrape le jeune soldat par le revers de sa veste et le tire violemment hors du lit :

- Je t'ai dis de te lever ! C'est l'heure de ta leçon !

Eren murmure des mots comme ça, se relevant péniblement, adressant à peine un regard à son supérieur.

- Ça ne sert à rien, qu'il finit par dire, ça ne sert à rien.

- Qu'est-ce qui ne sert à rien ? S'impatiente Hélio, considérant avec une once de pitié son disciple.

- De continuer… Je ne veux pas…

Eren baisse les yeux, la rage au cœur.

Il aurait envie de tout détruire autour de lui, de se fracasser le crâne quelque part.

D'en finir même.

De s'arrêter de respirer.

Là, il ne peut qu'être faible, trembler, se frotter les yeux pour les soulager.

- Eh… Tu ne vas pas me faire une crise maintenant ? Tu es à peine arrivé !

- … Laissez-moi me reposer…

- Fainéant ! Ah !

Et Hélio gifle Eren avec une force considérable.

Ce dernier, toujours le nez vers le sol, sent qu'il pourrait craquer, là, devant cet homme sinistre, à tout moment.

- Je pensais que t'étais plus coriace que ça ! Qu'est-ce qui t'arrive ? On t'a pourtant retiré tes chaînes hier ! Je pensais que ça te ferais plaisir…

- …

- Que tu nous montrerais un peu plus de reconnaissance que ça ! Et Hélio tente de gifler à nouveau Eren, mais celui-ci se baisse et fonce tête baissé contre l'homme, y mettant toute la force qu'il peut.


Hélio prend le choc en pleine poitrine, crachant l'air qu'il avait dans ses poumons et se renversant en arrière.

Eren, essoufflé, regarde son geôlier tomber au sol, yeux clos, et trembler de douleur.

Eren attend quelques secondes.

La porte de sa cellule est ouverte.

Hélio semble complètement KO.

C'est le moment où jamais.

Il saute au dessus du cultiste et sors dans le couloir aux petites chambres.

Après un court instant nécessaire pour s'habituer à la grande obscurité des environs, Eren se rend compte qu'Hélio derrière lui bouge légèrement.

Ils se retourne et vient près du corps d'Hélio, hésitant.

L'homme semble souffrir et se tient fermement la poitrine, sa bouche écume légèrement.

A la ceinture d'Hélio, juste à côté de quelques clefs en argent, il tient un couteau.

Eren ouvre ses yeux.

La lame semble l'appeler.

Tout a commencé comme ça en fait.


Dans la violence.

Vers la violence.

Ce même couteau qui lui avait permis de sauver Mikasa, et réciproquement plus tard. Ce même genre d'arme, qui dans ses mains avait entamé sa relation avec la brune. Tout à commencé comme ça. Par un meurtre.

Et le regard de ses parents, plus qu'inquiets sur lui, les commérages des voisins de l'époque. Les insinuations plus tard.

Il est trop jeune pour avoir pu tuer ces hommes, avaient conclu les gardes de l'époque.

Il n'y a pas d'âge pour tuer quelqu'un. C'est ce qu'il pense, Eren.

Son père, lui, était persuadé que le petit disait la vérité, même s'il en était aussi honteux. Eren a toujours senti le regard d'abord bienveillant puis, à mesure qu'il grandissait et devenait plus féroce, fasciné de son père sur lui.

Comme sur un animal, comme sur une expérience.

Et ce regard là est affreux.

Car ce regard est associé à autre chose.

De terrifiant.

Un instant.

Et Eren a tous sauf envie de repenser à cet instant là…


Alors Eren prend simplement le couteau et le cache sous son manteau, et il s'empare du maigre trousseau de clef, retourne à la porte de sortie et essaie plusieurs clefs jusqu'à parvenir à ouvrir sa cellule.

Avant de partir plus loin, il lance tout de même un léger :

- Tu l'as mérité, sac à merde…


- Eh ! J'ai trouvé quelque chose qui ressemble à un plan ! Scande Jean, au hasard des paperasses.

- Fais voir…

Et Annie prend le papier entre ses doigts, avant de lire avec grande attention les quelques caractères qui accompagnent des dessins détaillés d'un plan.

- On dirait bien le plan de cet endroit… Dit-elle doucement.

- Regarde, c'est ma chambre là !

Jean pointe du doigt un petit carré noir, à l'est du plan.

- Et moi je suis ici, côté bibliothèque… Répond la blonde, indiquant l'ouest.

- Alors… ? Est-ce qu'on voit une sortie cachée ou des…

- Non… C'est très simplifié… Mais c'est déjà beaucoup ! Merci.

Jean observe plus près les motifs qui sont dessinés sur certaines salles, comme des symboles relatifs à l'hydre. Trois parties, aussi, leurs couleurs varient.

- Ce papier nous donne au moins l'organisation globale, continue Annie. Regarde : au centre, le petit patio et le jardin où on part de temps à autre faire une courte promenade accompagnée.

- Oui, ça m'est déjà arrivé, l'air est bizarre là-bas.

- C'est la seule partie qui est un peu ouverte sur l'extérieur… Le reste est plongé sous terre.

Annie éternue à nouveau, sous le petit sourire de son acolyte.

- … A droite, la salle principale avec l'autel et les grandes tables de réunion, à sa gauche, le quartier des bibliothèques, là où Eren et Armin semblent êtres installés, et enfin, de face, la petite partie réservée à Tarik et à quelques membres du culte…

- La sortie est juste là… indique Jean, pointant la base de la grande salle principale.

- Oui, c'est par là qu'on est rentré, par la chapelle.

- Tu te souviens de l'autel, demande Jean avec inquiétude.

- … Oui, pourquoi ?

- Je ne sais pas, y'avait un truc bizarre avec la stèle au fond de la pièce…

Annie réfléchit un instant :

- Celle avec le motif de l'Hydre ?

- Oui…

- Non, je n'ai rien remarqué comme ça… Annie vient de poser sa main sur celle de Jean, sans faire attention.

Celui-ci frissonne un instant. Il n'a pas bien compris que c'était la main d'Annie sur la sienne.

Puis, d'un coup, il penche un peu la tête et fait une petite grimace.

Annie écarte sa main sans rien dire d'autre et regarde Jean, toujours un peu neutre. Lui par contre, a prit une teinte étrange. On ne pourrait pas dire qu'il rougit, mais son teint semble légèrement différent. Ses yeux se plissent.

- Eh… Pourquoi tu me regardes comme ça ? Glisse-t-elle, incertaine de la réponse.

- Je…

Jean se crispe, il saisit l'épaule d'Annie et avale sa salive, la regardant droit dans les yeux.

- J'ai…

Annie baisse les yeux et éloigne d'un long mouvement la main de Jean.

- Non merci Jean, je ne veux pas de ce genre de d'histoires… Dit-elle doucement avant de continuer de regarder le plan.

Tête de cheval reste interdit un long instant, horriblement gêné, avant d'essayer de se reprendre :

- Eh… Je voulais juste…

- Ne t'inquiète pas… Tu es du genre tactile j'imagine…

- …

- Mais moi ça ne me parle pas.

- J'ai pas voulu…

Mais il s'arrête, constatant qu'il ne fait que s'enfoncer d'avantage.

- Mon père ne m'a pas apprise a être comme ça avec les autres j'imagine… dit-elle doucement.

- Où… où est-ce qu'il est maintenant ?

- …

Annie regarde Jean un court instant, la face embrumé, avant de remuer les lèvres dans le vide.

- Il n'est plus de ce monde…

Jean sent son cœur se serrer à nouveau. Les images de ses années d'entraînement à l'académie lui reviennent.

- Pourquoi il faut toujours que les meilleurs partent… ? dit-il simplement.

Il voudrait prendre Annie dans ses bras.

Elle a une sorte de présence qui le rassure, mais il ne peut pas se permettre ce genre de faiblesse. Aussi, il soupire légèrement et continue de lire.


- Qui… Qui est là ? S'exclame Jean, juste après avoir sursauté.

Rien.

- Qui… Qui est là ? Répète-t-il.

Derrière eux, est apparu un petit homme emmitouflé dans un manteau noir.

Annie range rapidement la carte dans ses vêtements pour la cacher et tente de mieux voir le visage de l'inconnu.

Alors, l'homme relève d'un coup son capuchon et avance vers eux.

- Eren ! S'écrie Jean.

Annie lâche un petit sourire.

Jean vient à la rencontre du plus jeune et se jette sur lui, le prenant dans ses bras un court instant.

Il ne s'est jamais senti aussi faible, si dépossédé.

- Merde… Qu'est-ce que tu fous ici Eren ? Demande-t-il, abattu.

- … J'ai réussi à m'échapper, répond l'autre, sonné et fatigué.

- Quoi ? Demande Annie, abasourdie.

- Je me suis… débarrassé d'Hélio, pour un temps en tout cas…

- Et Armin ? Mikasa ? Ils sont où ?

- ...

Eren regarde le sol, l'air noir.

- On dirait qu'Armin ne me reconnais pas…

- Tu plaisantes ? Pourquoi il ne te reconnaîtrait pas ?

- … Aucune idée, mais il fait comme si j'étais un étranger maintenant…

- Ne te laisse pas avoir Eren, murmure Annie.

Le jeune soldat regarde étonné la blonde. Son cœur a repris un peu d'espoir en voyant ses deux coéquipiers.

- S'il fait ça, c'est sûrement pour s'attirer les bonnes grâces des membres. Ou alors ils l'ont forcé…

- Comment tu peux le savoir ? Demande Eren, encore amer.

- C'est une intuition, mais Armin ne te blesserais pas de cette façon, même après un mois de lavage de cerveau… Je les ai écouté leurs cours, je les ai suivi. Ils ne sont pas là pour nous faire oublier notre passé…

- Annie a raison, ajoute Jean, toujours ému.

- Et Armin tient trop à toi…

Eren attend quelques secondes, comme remué par les derniers mots d'Annie.

- Quoi… ?

- Ça se voit du premier coup d'œil… Lance la femme, avant de faire quelques pas vers la fenêtre.

Eren demande vérification à Jean, mais celui-ci, un peu étonné et confus, hausse les épaules en silence.

- Mais Eren, ça veux dire que tu es libre là ?

- Oui, et vous aussi ! Il faut juste que l'on quitte ce foutu culte ! Lance le jeune Jaeger.

- T'as entendu Annie ? On a une opportunité pour fuir cette putain de vie !

Elle se retourne, amère :

- Vous pensez quand même pas que vous allez pouvoir vous sortir de là à deux… ?

- Mais, on comptait sur toi aussi… lance timidement Jean.

- On a pas le temps de discuter les gens ! Il faut qu'on se tire d'ici au plus vite ! Grince Eren.

- Et les autres ?

Annie vient de se tourner vers Eren, le visage menaçant.

- Tu ne comptes pas abandonner les autres ?

- … Non, on ira les chercher avec du renfort…

- Réfléchis Eren… S'il perdent trois de leurs membres – en admettant que l'on parvienne à sortir d'ici – ils se priveront pas de tuer les autres s'ils en ont envie. C'est toi qui les intéresse Eren…

- Ah ? Et comment ?

- T'as truc dans les veines…

Eren crispe sa mâchoire avant de crier :

- Je n'ai rien dans les veines ! Maintenant suivez-moi ! On va se casse d'ici et aller trouver Erwin !

Alors qu'il se lance vers la porte, les paroles d'un homme, juste devant lui, le stoppent net et le glacent :

- Le gars qui vous amené ici ? Haha…

C'est Tarik.


Tarik et son petit visage effacé, ses petits yeux et sa petite bouche fine. Sa pâleur et surtout, ses cheveux courts qui luisent légèrement.

Annie se recule un peu, craintive, tandis que Jean se rue immédiatement sur l'homme qui est devant Eren, poing en avant.

Tarik prend la main de Jean et l'envoie au tapis un peu plus loin dans un mouvement d'une grande fluidité, alors même qu'Eren s'attaque déjà à lui. Mais l'homme finit par maîtriser le jeune soldat et lui assène un puissant coup dans le ventre qui le fait s'agenouiller.

- Tu n'es pas sensé passer ta leçon toi d'ailleurs ? Demande-t-il gaiement.

- Lâche-le Tarik… Lance froidement Annie.

- Ah oui ? Ce petit manque à son éducation et tu voudrais que je le lâche ?

Il s'approche lentement de la blonde, avant de se mettre à son niveau, près de la fenêtre.

Son visage blafard est tout près du sien.

- Ma petite Annie, je suis sûr que Coco s'occupe très bien de toi…

- …

Annie reste muette.

Cet homme le repousse.

Coco aussi.

Tous ceux de cette putain d'endroit le repoussent.

Chaque jour un peu plus.

Elle serre les dents, avide de défoncer la tête à cette enflure, mais elle se retient encore quelques instants.

Puis, d'un simple geste, elle se saisit de son col. Elle a appris l'enchaînement par cœur. Son père lui a appris. Elle le connaît si bien qu'elle pourrait le faire dans le noir.

Elle va le mettre à terre, l'immobiliser, se libérer.

Mais.

Mais d'autres mains la saisissent. Plusieurs membres du culte sont maintenant rassemblés dans la salle. Ils viennent de franchir le seuil et tentent de s'en prendre à Eren qui se débat avec rage.

Jean, trop surpris, est déjà tenu fermement par quelques gardes en noir.

- Laissez-moi ! Laissez-moi ! Hurle Eren. Je veux pas retourner là-bas !

Il brandit alors le couteau qu'il vient de dérober à Hélio et menace les autres membres du culte avec.

Cinq personnages en noir l'encerclent, hésitant pour l'instant à l'attaquer.

- Ah… tu ne nous rends vraiment pas la tache facile mon grand Eren… soupire Tarik. Je vais devoir recourir à une méthode que je n'aime pas…

- Quoi ?

Tarik sort d'un coup de sa manche un pistolet en bois recouvert de larges feuilles dorées et de pierres incrustées, un gros calibre qu'il pointe sur la tempe d'Annie, tout en la tenant fermement.

- Votre petite rébellion pour vous sortir d'ici n'est vraiment pas… pas du tout une bonne idée ! Lance Tarik, fier du déroulement des évènements.

- Eh ! Lâche-la !

- Je peux lâcher l'arme, c'est tout ce que je peux faire… A condition que tu lâche ce couteau et que tu obéisses maintenant, continue l'homme, souriant légèrement.

Eren, yeux écarquillés, ne sait plus où donner de la tête.

Les yeux d'Annie semblent lui envoyer des signes d'alerte, de peur. Elle a l'air tétanisée.

Jean à leur droite, tremblant, finit par crier :

- Eren ! Lâche-ça bon sang !

Mais Eren continue de garder le couteau près de lui, comme un bouclier. Il n'arrive plus à se détendre.

- Eren… Je vais lui exploser le crâne si tu ne réagis pas… chantonne Tarik.

- Il va pas le faire… Murmure Eren.

- Quoi ? S'exclame Jean.

- Il peut pas le faire… lance Eren, on est des animaux, des bêtes pour vous, pas vrai ? Demande-t-il à Tarik et à ses aides. Vous avez besoin de nous ! Si on n'est pas là pour vos expériences vous n'arriverez à rien ! N'est-ce pas ?

Ses yeux grands ouverts et son sourire témoignent de toute la confiance qu'il a en lui.

Mais Tarik pose son doigt sur la détente du pistolet et sifflote avant de prononcer tranquillement :

- Ah… mon cher Eren… Tu es tellement têtu…

- Arrête ça crétin ! Il va la butter !

Eren se tourne vers son ami, toujours peu convaincu par ses alertes.

- Eren ! Lâche cette arme ! Je t'en supplie ! Ils en sont capables !

Il n'a pas envie de tout abandonner.

Pas encore.

Il a une chance inespérée de sortir d'ici. Du moins… Une maigre chance, même une infiniment petite ! Et il frauderait la gâcher ?

- Tu ferais mieux d'écouter ton ami tête de cheval Eren… Grince Tarik.

- Lâche ce putain de couteau !

Eren se met à grelotter, ses dents s'entrechoquent et il finit par regarder Annie. Cette dernière ne fait plus qu'agiter sa tête pour lui faire signe de tout arrêter.

Son regard est suppliant.

Alors Eren, à contre cœur, lentement, laisse tomber l'arme au sol et les quelques gardes qui l'entouraient se rapprochent et se saisissent de lui.

Tarik soupire, avant de relâcher la manche d'Annie.

Cette dernière, sentant un courant chaud traverser son corps tout entier, sourit un petit instant.

La douce lumière jaunie par les carreaux rayés vient envahir son visage alors qu'elle fait un premier pas pour s'éloigner de Tarik.

Et un petit déclic se fait entendre.

Le sourire d'Annie disparaît.


Et la balle vient déchirer son crâne, répandant du sang sur le mur, les tas de paperasses, et quelques visages de cultistes.

Alors qu'il voit le corps d'Annie tomber au ralenti, Eren ouvre légèrement ses yeux, comme hypnotisé et lève la tête, observant Tarik qui lui sourit :

- Oups… fit-il avec une voix neutre.

Jean se débat, fou de rage, criant, insultant Tarik et les autres.

Il finit par se dégager à la hâte et se rue sur le corps chaud de la blonde, appuyant sur sa gorge battante.

Annie le regarde quelques secondes.

- Annie ! Cri-il.

Ses yeux sont grands ouverts, par la surprise semble-t-il, et aussi, Jean finit par le remarquer, par une sorte de grimace qu'elle lance. Sa bouche se tord, comme pour sourire.

Oui, Annie sourit.

Jean reste encore un moment près d'elle, la prend dans ses bras et la serre contre lui tant qu'il peut. Bientôt, le regard d'Annie se fige et ses mains cessent de trembler. Son corps se refroidit déjà, caressé par les courants d'air qui rampent au sol tels des esprits glacés.

- Oups… répète Tarik, neutre.

Et Eren sent son corps défaillir, quelque chose à nouveau se détruire.

Il ferme les yeux, puis cris lui aussi, se débattant pour éloigner les gardes autour de lui. Mais c'est inutile. Ils sont bien trop nombreux et déjà, on l'emmène plus loin, suivit de près par Jean.

- Mes amis, après ce petit incident malencontreux, hem…, nous allons pouvoir passer à la petite approche du jour… Que tout le monde se retrouve dehors !

- Entendu ! Lancent quelques cultistes, conduisant Eren et Jean vers une petite porte sur le côté.

Jean et Eren, conduits vivement à l'extérieur, sont d'abord aveuglés par toute la lumière qui les entoure subitement, puis, de nouveau, enragés par ce qui vient de se passer.

Eren ne peut que se battre dans le vide, dans le néant des manches et des tissus qu'il froisse. Rien de ses actions ne semble fonctionner. Et Sa voix finit par s'éteindre tellement il crie avec force.

- Tu me remercieras Eren… Tu nous remercieras, quand tout sera terminé. Quand nous aurons découvert la vérité sur les Nécros… Dit avec passion Tarik, marchant près du jeune soldat maintenu de force.

- Allez crever vous et votre Hydre de merde ! Lance Eren.

Tarik soupire et finit par hausser les épaules :

- Ah… J'aimerais tant te défoncer ta petite boite crânienne de tant en temps mon cher Eren… Ou te découper la langue…

Silence apeuré d'Eren, se calmant de suite.

- Prends donc la mort d'Annie pour une petite leçon… Vous ne pouvez pas vous enfuir d'ici. Vous êtes trop précieux pour cela. Mais je n'hésiterai pas à vous éliminer moi-même s'il le fallait… Annie n'est pas grand chose. Je pourrais la remplacer bientôt...

Eren avale sa salive, retenant ses larmes. Les lueurs des bougies apparaissent autour d'eux au fur et à mesure qu'ils continuent leur marche.

- Vous resterez ici... Cependant, s'il s'avérait que les expériences étaient concluantes, nous vous relâcherons. Parole donnée… Alors tu vois, tu n'as qu'à coopérer Eren, et tout ira bien… Tu retrouveras tes amis s'ils se tiennent bien eux aussi…

Et il s'en va devant, guidant la marche, alors qu'Eren, troublé, se laisse maintenant faire et avance à grand pas vers la chapelle. Juste à côté, Jean a écouté leur conversation, lui aussi mené par plusieurs gardes.

Il échange un rapide regard des plus apeuré à Eren et bientôt ils sont assis dans la chapelle pour une méditation commune.

Au fond, près de l'autel, Armin et une femme encapuchonnée sont postés près de trois encensoirs en argent qui fument abondamment. L'air est piquant, acide, il se glisse un chemin dans les narines et donne la migraine.

Eren, cherchant un contact visuel avec son ami, sent que ce dernier hésite à montrer sa joie de le revoir.

Cependant, dans l'obscurité de la salle, il voit le blond poser sa main droite sur son cœur, comme le salut qu'ils ont appris à l'académie.


Le banc de bois est dur, Armin le connait pas cœur. Béa qui est à ses côté le fait méditer ici plusieurs heures par jour. Ses genoux le font souffrir, mais il continue. Il s'imagine qu'Eren et les autres doivent peut-être endurer bien pire.

Eren a l'air fatigué, et surtout, ses expressions ont changé.

Il n'a plus ni la confiance ni la tranquillité des débuts.

Et dès que leurs regards ne se croisent plus, il semble observer le sol et la tristesse le gagne. Qu'est-ce que ces gens lui ont fait ?

Alors que le calme se fait peu à peu dans la chapelle, Tarik prends place tout près de l'autel et ouvre un livre qu'Armin connaît très bien. L'élément primitif. Un des trois grands livres du culte de l'Hydre. Il a du le recopié cet ouvrage une bonne dizaine de fois pour l'instant.

Armin avait commencé par lire sans grand intérêt les livres qu'on lui demandait de réciter. Puis, peu à peu, quelque chose de l'ordre du matériel s'était insinué en lui. Il avait commencé à retrouver – en cherchant bien, certes – des idées conjointes à celles qu'il avait pu lire dans le livre sur les mers qu'il aimait tant. Ce livre qui lui avait donné envie de voyager.

Certaines passages, notamment sur les éléments comme l'eau ou l'air était tout à fait proches de sa propre idée de la nature et au fond, ces livres n'avaient rien de dangereux. Ce qui était plus inquiétant, c'était l'usage qu'en faisaient les cultistes.

Et au fond, Armin avait encore des difficultés à comprendre comment ce culte et ces scientifiques pouvaient cohabiter et se comprendre, quelle était la frontière qui pouvait les séparer si elle existait.

Les membres de l'Hydre n'ont jamais voulu réellement connaître mieux les Nécros. Nous les voyons comme des esprits d'une grande puissance. Des êtres à l'origine des différents éléments de notre Terre, lui a expliqué Béa. Ils sont arrivés ici il y bien longtemps, et ont progressivement noué un contact spirituel avec les Nécros. Je suis une de ces personnes.

Quant aux scientifiques qui sont également membres, ils ont dans l'idée de s'en rapprocher intellectuellement et de les étudier. Voilà la différence.

Nous sommes tous centrés sur ces êtres magnifiques et pourtant personne ne nous écoute ni ne nous soutiens…


Se termine la petite méditation et Eren ouvre les yeux, assoupis. Au moins, pendant ces moments, on le laisse tranquille, on le laisse dormir. Il a juste à ne pas trop se pencher en avant ni en arrière, contrôler ainsi son équilibre et les autres le laisseront se reposer.

Il peut voir Jean se faire accompagner pas un homme de grande taille qui est très certainement son tuteur alors que dans le même temps, une main se pose sur son épaule.

Eren se glace.

Il reconnaît immédiatement la présence sévère et froide d'Hélio, juste derrière lui.

L'homme, visage cendre pose ses yeux furieux sur le jeune homme et crispe ses doigts sur l'épaule d'Eren, le faisant tressaillir.

- Nous avons besoin d'explications toi et moi… dit-il doucement, bien que sa voix semble vouloir crier, expulser toute une haine qui se terre en lui.

Le jeune homme se tait, absent, tentant de saisir l'aide Armin par ses yeux. Le blond le regarde un moment, comprenant vaguement dans quelle situation Eren peut être, et semble lui aussi en proie à une réelle peur. Dans le même temps, Tarik s'est furtivement retiré vers ses quartiers, lançant un dernier regard bienveillant sur Hélio.

Mais déjà Béa l'emmène plus loin dans les couloirs et Eren se retrouve seul avec son tuteur.

- Vous voulez me torturer dans ma chambre ou on reste ici… ? Demande Eren, neutre, presque las.

- Oh… Si tu crois que tu peux me faire perdre le goût de te filer une bonne correction… ! Tu as tout faux toi ! Ton coup m'a fait un mal de chien !

Sur ce, Hélio lâche l'épaule d'Eren et se poste devant lui.

- J'imagine que Tarik a du déjà te dire que fuir ne servait absolument à rien… Haha, mais… est-ce qu'il t'a dis comment je m'y prenais avec les gens réticents… ?

- … Je m'en fous, achevez un peu.

- Je préfère largement punir quelqu'un physiquement tu vois… A l'ancienne. Le châtiment corporel est ce qu'il y a de mieux pour les gars comme toi… Je suis un peu différent de Coco tu vois…

- Coco ?

- Ouais, le type qui s'occupait d'Annie, dit Hélio, gêné qu'Eren ne l'interrompe.


Sur ce, Hélio sors la fameuse chaîne qui entouraient auparavant les mains d'Eren et l'attache au banc de façon à ce qu'il ne puisse pas s'échapper. Ensuite il prend une petite pause, se tourne légèrement et donne une puissante gifle à Eren. Ce dernier reçoit le coup surpris, et se dit que ce n'est pas si terrible que ça au final.

- Mon cher Eren, je veux que tu me supplies de te frapper…

- Eh ?

- Oui, demande-moi, en me suppliant que je continue…

Eren fronce les sourcils, baisse la tête.

S'il veut que je lui obéisse…

- Frappez-moi, dit-il doucement.

Hélio hausse les épaules, méprisant :

- Eh, supplier… Tu sais ce que ça veut dire ? On dirait que tu me demandes en mariage ! Hahaha…

Et Hélio se marre, tandis qu'Eren relève la tête et observe la face rougeâtre du bonhomme devant lui faire des grimaces et se tordre dans tous les sens.

- Allez, supplie-moi. Et sache que plus tu demanderas fort, plus je frapperai fort, c'est aussi simple que ça… Je sais que tu n'as qu'une envie Eren : être violenté par plus puissant, obéir à quelqu'un… Tu as ton occasion aujourd'hui et maintenant.

Eren frisonne, il ne sait pas bien si ce type raconte n'importe quoi ou si quelque chose de vrai se cache dans ses propos. Mais pourquoi Eren voudrait qu'on lui fasse du mal ? … ça n'a aucun sens, non ?

- Alors, s'il vous plaît… frappez-moi…

Hélio sourit, puis vient déposer sa main, doucement sur la joue d'Eren. Le jeune soldat peut sentir les doigts moites de son tuteur sur sa joue. Pourquoi ce contact d'un coup le trouble ? Eren vient de fermer les yeux, et là, alors qu'il essaie de se concentrer sur autre chose, d'oublier ces horreurs, le visage du capitaine apparaît. Ou plutôt, le capitaine a remplacé un court moment Hélio debout devant lui.

- Frappez-moi plus fort, je vous en prie ! Demande Eren en haussant légèrement le ton.

Hélio donne alors une petite claque sur la joue gauche d'Eren.

Le capitaine vient de le frapper, et il porte un petit sourire en coin que Jaeger connaît si bien… Son regard l'électrise.

- Allez ! S'écrie Eren, frappez moi bons sang ! Frappez !

Claque sur son visage. Forte au point de lui faire lâcher une plainte aiguë et que sa tête ne retombe comme celle d'une vieille poupée toute cassée.

- J'ai dit plus fort ! Continue Eren, envouté.

- Tu vois que tu rentres dans le jeu… hein ? S'amuse Hélio.

Et il vient frapper de nouveau, aussi fort que son bras le lui permet la joue d'Eren.

- Encore !

- Encore !

- Je vous en supplie encore !

- Frappez –moi !

Du sang commence à doucement dégouliner depuis la bouche entrouverte du jeune Jaeger sur le banc et les pierres poussiéreuses.

- Bien… Je crois que tu as compris que j'étais bien ton maître ici…

- Haha… C'est moi ton maître… Murmure Eren.

- Hein ? Qu'es-ce que tu as dis ? Demande Hélio qui na vraisemblablement pas entendu ce qu'il disait.

- … Je veux voir le capitaine…

- Pas maintenant, peut-être après que Jean n'ai fait sa première sortie…

- Hein ?

- Reste là, il faut que je te nettoie tout ça…


Et Hélio s'éloigne un peu, tandis qu'Eren réfléchit un instant à ce qui vient de se passer. Sa joue le brûle, mais quelque part, il se sent d'un coup réveillé, au combien réveillé et prêt à n'importe quoi. Plus puissant même.

Mais comment a-t-il pu se laisser embarquer là dedans ? Il était comme transporté… Et un instant il jurait qu'il aimait ce que le cap… ce qu'Hélio lui faisait.

Il avale sa salive, perdu, alors qu'Hélio revient, portant un grand verre d'eau et un petit tissu blanc qu'il humidifie un peu. Puis, il approche la douce blancheur sur la bouche du jeune soldat et l'applique à plusieurs reprises sur la zone endolorie.

- Tu es un bon garçon Eren…

Et le tissu vient s'insinuer dans sa bouche, naturellement. Eren ferme les yeux, sentant l'humidité se frotter à sa langue et aspirer le sang de son palais. Il pourrait presque sentir les mains puissantes et fines de Lévi se poser sur son crâne.

Eren ouvre doucement les yeux et soupire.

Il va devenir fou.

Fou...

Hélio retire le mouchoir imbibé du sang d'Eren et le range soigneusement dans une de ses poches.

- Quand tu nous obéiras complètement, tu seras en or Eren, en or… dit Hélio, soudain apaisé et décontracté.

- Jean… prononce tant bien que mal Eren. Jean…

- Oui, oui, Jean va pouvoir faire ses preuves. C'est un élément qui obéit sans poser de questions il paraît. Tarik l'appelle tête de cheval, haha… Tu as envie de le voir à l'œuvre ?

- … Qu'est-ce chi… va faire ?

Hélio lance un regard plein de pitié à son élève :

- Il va avoir l'honneur de rencontrer un Nécros avant toi… Parce qu'il a été bien obéissant, lui…

Puis il enlève délicatement les chaînes à Eren et frotte un moment ses doigts poudrés de crasse, tous rugueux, et passe avec ennui sa main dans ses courts cheveux gris.

- Tu voulais voir le capitaine Lévi, hein ?

Eren acquisse, retenant un sourire.

De sa bouche partent quelques filets de sang à présent séchés.

La lumière rougeâtre qui les baigne dans la salle se métamorphose en une lente progression vers un coin plus gris, poussiéreux, caché derrière barriques et tonneaux, sous les fondations principales, vers les cachots.


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Mikasa est allongée à son lit, à moitié réveillée, à moitié dans les vapes. Depuis un petit bout de temps, elle peut entendre craquer le parquet de sa petite chambre. Cela ne s'arrête plus maintenant. Comme si quelqu'un marchait petit à petit vers elle et que jamais cette ombre, cette personne n'était visible.

Elle doit faire avec, oublier cette présence qui la suit dans les moindres recoins de la pièce où elle se recluse et penser à autre chose.

Toutes ces aspirations sont tournées vers Eren et Armin. Depuis quelle ne sort plus de là, elle a commencé à redouter sa rencontre avec Jaeger. Plus elle y pense, plus elle veut le voir, mais pourrait-elle faire semblant de ne plus être son amie ? Si Hélio ou Tarik était encore avec lui, les surveillant, leur ordonnant de faire la comédie. Elle ne supporte pas ça, ne comprend pas comment Armin peut encore tenir. Elle voudrait serrer Eren contre elle, aussi fort qu'elle le pourrait. Elle veut sentir son cœur battre contre le sien.

Bientôt, une petite voix perchée interrompt ses rêveries et Mikasa ouvre péniblement la porte, sachant bien qui se trouve actuellement derrière.

- Allez, dépêche-toi !

Un monstre à la face de gros bébé joufflu et rougeaud éructe dans la pièce et la bouscule, déposant un grand plateau sur un tabouret près d'elle. Il crache par-terre, puis lui sourit avec ses quelques chicots qui tiennent à peine :

- Eh l'amie… Tarik m'a officiellement chargé de m'occuper de ta jolie bouille, haha… J'suis Coco s't'avais pas r'marqué.

Son petit rire gras est insupportable, Mikasa voudrait se boucher les oreilles, fuir, retourner loin, très loin dans la passé pour le fuir mais ce rire là continue.

- … Comment va Eren ? Demande-t-elle alors.

- Hein ? J'sais pas moi ? Qu'est-ce que j'en saurais alors, pis j'ai pas qu'ça à faire d'épier les gens moi…

- Laissez-moi alors, et Mikasa se détourna de sa face orangée.

Mais l'autre n'avait visiblement pas l'intension de se sauver tout se suite. Il empoigne l'avant bras de la jeune femme et l'entraine vers lui avec une force colossale, quitte à tordre la main à Mikasa :

- Eh ! J'en ai pas finis parbleu ! Tarik a dit que ça fallait que ça cesse tous tes caprices ! Alors tu vas me faire plaisir, et tu vas aller t'entraîner avec moi dehors ! Faudrait p'têtre mériter ta croute un moment !

Mikasa fait la moue, voulant oublier les doigts graisseux du type sur sa manche. Elle se dégage non sans peine de son étreinte et parle, gorge serrée :

- Je me suis déjà assez entraînée avant…

- Eh… Tarik veux que tu sois apte à résister aux fumée ou j'sais pas quoi ! C'est pas moi qui décide, sauf si tu commences à me les bouffer !

- …

Silence, Mikasa soupire, puis finit par accepter de suivre son nouveau tuteur.

- C'est bien, alors suis-moi donc, et surtout... chuuuut !

Dans le petit jardin inférieur, puis dans la chapelle, pour enfin sortir dans la nuit qui naît dehors. Alors que les couleurs défilent devant leurs yeux, Mikasa sent clairement des ombres planer autour d'elle, dangereusement.

- Où est-ce que nous allons ?

- Hehehe…

Coco lui sourit encore, rit et crache à nouveau sur l'herbe bleu métallique, la petite lune vient éclairer son dos qui est une repoussante peau écorchée, décharnée, sorte de vielle toile de nylon toute clapoteuse. On peut voir aussi par endroit de larges traînées rouges, comme des coups de fouet.

Mikasa n'ose pas imaginer quelles horreurs ces gens ont pu s'infliger dans cet endroit, et prie pour ne pas connaître le même destin.

- On va dans un coin qu'j'aime bien… T'as intérêt à pas faire de bruit ! Pas de cri ! Hein ?

- Oui, oui…

Et bientôt, Coco le conduit à l'entrée d'une épaisse et bien affutée grille en fer, toute oxydée et moisie par le climat humide de la région, entourant un vaste champs baigné d'une lumière irréelle de lune blanche, parsemé d'ombres menaçantes que les pins argentés projettent sur la tourbe. Alors, entre deux grosses pierres moussues, Mikasa voit défiler une série de petites stèles grises qui la font frissonner.

Un cimetière.


L'après-midi passe comme tous les autres : de la façon la plus lente et étirée possible. Heureusement, Lévi peut voir la lune se lever doucement depuis sa cellule.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six…

Lévi compte sur ses doigts le restant de la patrouille.

Il n'a pas eu de nouvelles de ses soldats depuis une petite semaine maintenant et son ventre crie famine. Pétra l'a mis pour un moment à la diète. Seuls quelques bols d'eau douteuse sont déposés devant lui de temps à autre.

Au sol crasseux, il peut se voir, la mine noire, épuisée, charbonnée, visage de mort dans une petite flaque d'eau. Des gouttes tombent à intervalle régulier du plafond au dessus de sa tête et rythme ses journées – il a même tenté de les compter pendant toute une journée une fois.

Dans l'ombre en face de lui, sa tortionnaire, Pétra, qui s'est évertuée à le briser dès qu'il tentait une échappée.

Ça, c'était les premiers jours.

Ensuite, il s'est calmé, progressivement, il est devenu « un chien », « un esclave », « un rebus » comme dirait Pétra en souriant, et il est normal de se faire frapper maintenant, dès que son attitude était jugée mauvaise.

Aujourd'hui, presque tout est prétexte à le frapper, mais il s'en fiche. La douleur physique ne lui fait plus grand-chose. Il a beau se regarder dans le miroir aqueux, Lévi ne trouve pas qu'il a été si amoché que ça. Il tiendra. Tant que les autres le font aussi.


Et la porte des cachots s'ouvre, laissant entrer une faible lumière jaunâtre d'où sortent deux individus en longs manteaux noirs (manteau que Lévi n'a jamais accepté de mettre) qui avancent rapidement vers Pétra. Cette dernière est vite écartée au profil d'Hélio qui vient vers lui, souriant.-

- Eh ! ne me l'abîmez pas surtout ! Lance Pétra, en partant plus loin.

- Pas de soucis, nous ne sommes pas là pour ça… dit doucement Hélio, s'approchant, intrigué par la phénomène Lévi.

En arrière, se tient encore tranquille une figure que le capitaine a tout de suite reconnue.

- Eren ! Qu'est-ce que tu fais là ? Ils t'ont laissé me... voir ? Encore ? Demande d'une voix cassée le capitaine.

- Oui, et je vais vous laisser dix minutes parce qu'Eren a été très bien aujourd'hui, n'est-ce pas ? Interrompt Hélio.

Jaeger acquisse et dévoile bientôt entièrement son visage au détenu, qui pâlît à vie d'œil. Eren est en effet dans un bien meilleur état qu'auparavant.

Hélio s'éloigne d'eux et sort même de la cellule, les laissant seuls. Eren n'y croit même plus, inespéré.

- Eren… Murmure Lévi, souffrant en tentant de se relever.

- Attends, ne bouge pas… Et Eren se colle aux barreaux de la grande cage.

- … Tu pètes la forme on dirait…

- Je…

Eren ne peut s'empêcher de sourire légèrement.

- J'ai le droit à quelques privilèges… Armin a raison, il faut juste jouer leur jeu et on pourra partir…

- Et après ? Demande doucement Lévi.

- Après ?

- Oui… Si tu arrives à sortir d'ici, qu'est-ce que tu feras ? Lévi s'approche de la grille lui aussi.

- On sera tous sauvé ! Et on retournera en ville ! Prévenir les autres !

- Qui prévenir… hein ?

Eren ne comprend plus.

- Mais… comment ça ? Erwin, des personnes importantes…

Lévi fait la moue, songeur, il attrape les barres d'acier avec ses mains osseuses.

- Tu devrais surtout te cacher et ne rien dire à personne…

- …

- Personne ne sait si des gens là-bas font aussi partis de l'Hydre.

- Non…

- On ne peut pas en être certain, mais…

- Non ! C'est impossible !

- Réfléchis, Zoé est déjà des leurs… Il fallait bien quelqu'un en ville pour sélectionner les… potentielles victimes… Je ne pense pas qu'elle soit la seule…

Eren baisse sa petite tête et réfléchit, absent.

- Tu veux dire qu'on se bat pour rien ?

- Non… Je ne dis pas ça… Juste que tout est contre nous pour le moment…

- Si tu leur obéissais Lévi, tu pourrais être accepté et ils te laisseraient sortir !

- Ah… Lévi rit un moment. Si tu crois que c'est aussi simple… C'est Pétra qui décide de mon sort, elle seule.

- Et Tarik ?!

- Je le vois très peu. Pétra a visiblement envie de s'amuser.

Eren sent son corps défaillir, il perd ses moyens :

- Comment ils peuvent faire ça ? Ils n'ont pas le droit de retenir quelqu'un !

- Ça ne sert à rien de crier…

- Je ne comprends plus rien, murmure Eren, larmes aux yeux. On s'est retrouvé ici d'un coup…

- A mon avis… tout a été calculé pour que l'on vienne là… dit pensivement Lévi.

- Comment ça... ?

- A l'est, toujours à l'est… Et avec Zoé qui observait nos mouvements à quelques lieux, ils pouvaient monter une embuscade et nous attraper quand ils voulaient.

- Tu veux dire que… On a été envoyé juste à l'est pour se faire prendre ? Eren ouvre grand ses yeux.

- Probablement, que le but de la mission… c'était de nous conduire ici, tout simplement…

Eren ferme les yeux, ses larmes coulent abondamment.

- Notre mission, c'était ça ? Ce qu'on vit en ce moment ?

- …

- Mais en ville ils vont s'inquiéter ! Ils vont nous chercher, non ? Continue Eren.

- Ils ne trouveront pas cet endroit…

- Et si on ne revenait pas… ? S'inquiète Jaeger.

- On va se sortir de là… dit doucement Lévi, tentant de calmer Eren. Mais il faut que tu trouves un moyen de m'extirper de ma cellule…

- Oui !

- Ressaisis-toi et raconte-moi… Comment ça se passe plus haut… Cette folle de Pétra… ne me dit rien.

Eren pause, ne sachant par où commencer, puis :

- Annie est morte ce matin.

Le regard de Lévi s'assombrit, il rage intérieurement. Entre eux deux passe un courant, glacé.

- Comment ?

- Tarik l'a tué… Sous nos yeux…

- … Cette fille était un bon élément, elle réfléchissait, elle, avant d'agir… Murmure Lévi.

- Jean va bientôt passer une sorte d'épreuve ou je ne sais quoi… Une expérience pour eux.

- Surveille-le, demande à l'assister alors, répond Lévi, visiblement inquiet. Je ne veux pas qu'il arrive quoi que se soit… à un autre gars de l'équipe…

- Entendu, enchaîne Eren.


Ecouter : Luchino Visconti "L'Innocente" (1976) - end credits

La main de Lévi se tend alors, il essaie de saisir la manche du jeune soldat, sans succès. Eren prend alors la main du capitaine, le rapproche en le tirant et murmure :

- Pourquoi tu me regardais ?… Répond-moi…

Lévi reste muet, les yeux mi-clos, son visage à une dizaine de centimètres de celui de l'autre homme.

- Pourquoi tu me regardais tout le temps pendant qu'on marchait… ? Articule Eren, serrant plus fort le poignet de son supérieur.

- … Tu…

- Quoi ?

- Tu es intér…essant, bégaie Lévi.

- Pourquoi moi ? Insiste Eren, à bout.

- Parce que tu es… différent. Qu'est-ce que tu veux…

Lévi est collé contre les barreaux, lentement, le bras droit d'Eren vient faire le tour de son dos, caressant son épine dorsale, provoquant frissons sur frisson. Il soupire longuement, se laissant aller, l'œil flou.

Leurs bouches sont toutes proches, de fines vapeurs blanches s'en échappent constamment et voguent dans l'air froid de la salle, d'une entre à l'autre.

- Mais…

Lévi s'éloigne, alors qu'Eren tentait de se rapprocher encore.

- Lévi…

- On ne peut pas faire ça… Je ne peux pas…

- Pourquoi ? Jaeger semble perdu, plus que jamais.

- Je ne t'aime pas Eren… Tu te goures sérieusement si tu le penses…

- Que…

- Je suis juste… Lévi calme sa respiration. Je suis juste, fasciné…

- ... ?

Lévi hausse ses épaules, regard triste :

- Tu me fascines comme une rareté… me fascinerait… Et Armin…

- Quoi ? Armin… ? C'est quoi ces histoires… ?

- Il…

- Lévi ! Arrête de tourner autour du pot et dis-moi ! Ordonne Eren… Qu'est-ce que tu me racontes là ?

La porte s'ouvre lourdement et Hélio, suivit de près par la petite Pétra – visiblement courroucée – entre et descend les quelques marches.


- Armin a besoin d'un autre doudou…

Et Hélio empoigne Eren par l'épaule, le tirant vers lui :

- Allez les deux amoureux, on vous sépare, s'amuse-t-il.

- Eh ! Lévi, qu'est-ce qu'il a Armin ? S'écrie Eren, vacillant vers la porte d'entrée.

Mais Lévi fait un signe d'au revoir et il se pose au sol, exténué.

Eren regarde encore un moment, l'œil vidé, son capitaine sombrer dans les ténèbres du sous-sols et il parvient au sommet de l'escalier.

- Allez, que j'ai pas à te traîner, viens avec moi…

- Mais…

- Tu as eu ce que tu voulais non ?

- Oui… fait Eren, lascif.

- Alors tu vas aller méditer un instant, et ensuite on ira dans le jardin pour ta leçon du soir, d'accord.

- Oui… fait doucement Eren.

Par les petites fenêtres sales, le ciel étoilé s'emplit de larges volutes rosées qui se colorent vertes quand elles passent sur les forêts environnantes. L'éclat de la lune se fait encore plus brillant qu'à l'accoutumée, comme si quelque chose restait à révéler.

Eren tremble, s'asseyant dans la grande chapelle, face à l'autel.

- Hélio, on ne pourrait pas rester ici toute la nuit ? Demande Jaeger, à mi-voix.

L'autre réfléchit et finit par sourire :

- Ce n'est pas idiot… Je suis crevé moi aussi…

- Et on sera sur place pour l'épreuve de Jean.

- Ce n'est pas une épreuve, remarque son supérieur. C'est un expérience, des plus importantes…

Eren attends quelques secondes, fermant les yeux, revoyant le visage de Lévi, collé aux barreaux, tête en sale état, mais toujours la corps prêt pour se relever.

Eren voudrait être aussi fort.

Aussi, les mots de son capitaine lui reviennent et il ouvre les yeux à nouveau. La lumière violacée de la chapelle se fond sur l'hydre à trois têtes qui semble plus menaçant que jamais.

- Une expérience ?

- Oui… Jean va approcher un Nécros. Il y aurait un dans le coin en ce moment, près d'une petite rivière au nord.

- Vous pensez… que je pourrais participer ?

- Ça… Ce n'est pas moi qui décide, rétorque amèrement Hélio.

Silence.

- Vous aimeriez bien ? Demande Eren.

Le vieil homme lui lance un regard intrigué.

Depuis quand Eren est à l'aise avec lui ? On dirait qu'il ne le craint plus du tout. Est-ce une mauvaise chose ?

- Oui… diable que j'aimerais bien… mais il semble que Tarik soit une vraie tête de mule, comme toi… haha…

Eren fronce les sourcils, pensif.

Hélio ne semble pas apprécier sa position dans le culte à l'heure qu'il est.

Peut-être que… il pourrait jouer de ce détail…

- Et…

- Je te rappelle que tu l'as voulu cette méditation Eren, donc ferme les yeux et on se tait jusqu'au lever du soleil.

Eren s'exécute, esquissant un très léger sourire.

Demain, à sept heures, Jean rencontrera son premier Nécros…


La porte du cachot se ferme lourdement.

Claquement métallique.

Et l'épée que Lévi connaît oh trop bien vient titiller les barreaux de la cage.

Pétra vient déjà vers lui et observe avec attention les moindres recoins de la prison, inspectant l'endroit pour voir si rien de suspect ne s'y trouve (ce type pourrait très bien l'attaquer et la tuer avec la moindre petite brindille assez affutée, dangereux comme il est – restons sur nos gardes). Puis elle baille mollement et fait entrer et ressortir la lame de son épée dans la prison :

- Eh, Lévi, tu viens un peu par ici pour notre petit jeu du soir ? Demande-t-elle sur les nerfs.

Lévi reste impassible, couché au sol, il ne bouge plus.

En général, si Pétra voit que son prisonnier est faible, voire incapable de bouger, elle le laisse tranquille.

- Je sais que tu joues la comédie Lévi ! Ne fais pas de manière et viens un peu par ici !

- Non…

- Tu veux que je vienne te chercher ?

Silence.

- Déjà qu'on me pique mon Lévi, qu'on m'empêche de rester ici quand il voit son crétin d'ami ; sale journée ! Et ce guignol d'Hélio qui raconte ses histoires ! J'ai bien droit à un peu de réconfort, non ? J'ai pas droit ?

- Va t'amuser à autre chose…

- Lévi… ne me parle pas comme ça !

- Viens, je t'attends !

Et Lévi se mets sur ses deux jambes, se redresse, mine grave et sereine. Pétra recule d'instinct.

- Toi…

- Tu vois, tu peux pas rivaliser avec moi… Je te fais peur, même derrière une grille.

- Ta gueule ! Depuis quand tu peux te lever ? T'avais pas les pieds défoncés l'autre fois… ?

Lévi sourit faiblement.

- Tu pourras me faire ce que tu veux Pétra, je me relèverai toujours…

- Je vais te couper les jambes, te crucifier au mur sale déchet, peste-elle…

- Tu ne peux pas me tuer… C'est la seule chose que tu ne puisses pas faire, glisse l'autre.

- Ah oui ? Mais tu ne sers à rien mon pauvre ! A rien du tout… Si Tarik m'autorise à te garder, c'est juste pour que je m'amuse un peu, s'écrie la fille.

- Ah oui ?

Lévi, prit de vertiges, s'assieds le plus naturellement possible sur le sol gris de pierre et s'appuie sur ses doigts frigorifiés.

- Je n'en serais pas si sûr à ta place…

- …

- Tarik ne dis pas tout à ses proches alliés.

- Tais-toi un peu, tu me répugne.

Et Pétra s'en va comme tune tornade, fermant la porte du cachot avec violence.

Lévi sourit.

Au moins, il aura échappé au supplice cette nuit-ci.

Et il retire un de ses cheveux délicatement, le fourrant dans sa poche.

Combien de temps est-il resté ici ?

Il ne compte même plus, une sorte de douce habitude l'a pris. La lune au dessus de lui était en train d'atteindre son point culminant, dévoilant une région morne et marécageuse à l'est du grand bâtiment.

L'espoir encore bien présent, rien qu'un petit espoir d'un jour s'évader d'ici le saisit.


Alors qu'Eren regagne avec son maître le petit dortoir qu'il connaît si bien (Hélio s'est endormi et Eren a dû le réveiller - finalement, dit Hélio, dormons!), ils passent le temps d'un petit détour bienvenu par la cour et le jardin intérieur coloré d'un bleu ténèbres. Au centre, près de la petite fontaine à têtes d'hydre, se tient debout la figure fine et tendue de Tarik, les mains jointes ans un signe de méditation.

Se retournant, il interpelle Eren, fait signe à Hélio de s'en aller.

- Vous êtes sûr ?

- Oui, attends le dans sa chambre, va donc Hélio…

- Bien, alors à demain…

Puis le tuteur aux cheveux grisonnant s'éclipse rapidement sous les feuillages immaculés de perles transparentes et Tarik invite Eren à le rejoindre en face de la fontaine, chacun d'un côté de l'onde qui jaillit d'une bouche mythique. Visiblement, le maître du culte a l'air serein, presque heureux :

- Belle soirée n'est-ce pas ? Dit-il tranquillement.

- … Oui.

Eren a gardé la chaleur de Lévi contre lui, encore perdu. Il lui semble que Tarik est aussi légèrement incandescent, comme une petite lanterne dans la froide nuit.

- Dites… vous pensez que je pourrais assister Jean demain ?

- … Ah ? Tu le souhaites vraiment ?

- Oui, répond Eren assuré.

Dans ce cas, j'en parlerai à Zoé. Tu devrais pouvoir le rejoindre après les premières minutes…

Eren sourit un peu :

- C'est dangereux ?

- … Tout dépend de lui. De nombreuses personnes sont encore en vie après avoir rencontré ces titans là. Les Nécros ne sont pas dangereux en eux-même.

- C'est vous qui le dites… ou vous en êtes tous sûrs ici ?

- Haha… Nous ne sommes pas encore sûrs du danger qu'ils peuvent représenter mon cher… Mais il est clair que quelque chose joue sur l'esprit des gens par ici…

- Et les rend fous, complète Eren, revoyant Annie, fondue dans la brume et riant, dansant.

- Mais les Nécros, très cher, ne sont peut-être pas les fautifs dans l'histoire… Tu devrais t'en rendre compte un jour ou l'autre.

Alors que Tarik donne des signes de se retirer, Eren s'approche de lui en contournant la fontaine :

- Libérez les autres !

- Comment ?

- Je sais que c'est moi qui vous intéresse ! Alors libérez les autres et je suis à vous ! Continue Eren.

- Mon pauvre, ça ne marche pas comme ça ici… Nous avons besoin de recrues comme Armin ou Mikasa – même si cette dernière ne fait pas grand-chose ces derniers temps…

Eren agrippe la manche noire de Tarik :

- Mais à quoi ça vous sert ? De garder Lévi et de le faire souffrir comme ça ? Hein ?

- Ah… Lévi… ?

Un petit sourire apparaît sur le visage blafard de tarik.

La lune choisit ce moment pour l'éclairer théâtralement, la blancheur de la vérité impie résonne sur ses yeux encre.

- Lévi est le bouc émissaire de cette histoire… Plus il souffrira, plus tu seras à même de te libérer…

Puis il s'éloigne.

Eren reste interdit.

- Quoi ?

- Bah…

Tarik se retourne vers lui, toujours souriant :

- Un titan endormi, il faut bien le stimuler un peu pour qu'il se réveille…


FIN DU DIXIÈME CHAPITRE