Chapitre 10
Le voyage c'était plutôt bien passé, Castiel ayant dormi dès le début. Dean avait décidé de s'endormir afin de récupérer de la folle soirée que Castiel lui avait imposé; non, qu'il LEUR avait fait subir. Ils se retrouvaient avec de grosses cernes, une migraine terrible et quelques envies suicidaires pour lui, puisqu'il avait laissé son frère au volant.
Lorsqu'enfin, il se réveilla, ce fut sentit sa chérie s'arrêter. Il savait que Bobby allait le taquiner à lorsqu'il nouveau sur sa relation avec l'ange déchu, mais ce qu'il craignait d'avantage, c'était que ce dernier se retrouve mal à l'aise à cause des sous-entendus et des doubles sens que le plus âgé risquait d'employer. Sam et lui sortirent prudemment de la voiture, ayant pitié pour leur déchu alcoolique et endormi. Il sourit, compatissant, se demandant ce que son amour allait trouver pour apaiser sa souffrance, il savait que cette fois-ci il allait faire face à ses sentiments et il était tout excité à l'idée qu'ils allaient peut-être se rapprocher d'avantage.
- Tu réveilles ton amoureux alcolo ?
- Sammy, la ferme.
Il observa son frère sourire en coin, de ce fameux sourire qu'il réservait à leurs échanges verbaux d'antan, puis il ouvrit la portière opposée à celle où était endormi son... 'amoureux'.
Il resta un long moment à l'observer, si bien que Sam avait disparu dans la demeure de leur père de substitution, leur laissant plus d'intimité. Il se pencha alors vers son ange et posa sa main sur lui. Il lui caressa ses cheveux puis passa sa main sur son visage. Ses paupières closent, cachant ses yeux d'un bleu océan qui déviaient parfois sur le noir et le vert. Des orbes magnifiques pour lui. Il passa ensuite sa main le long de son nez et de ses joues, toujours aussi lentement, comme s'il cherchait à ancrer dans sa tête les traits de son amour. Enfin, il arriva à ses lèvres, celles qui lui avaient procuré autant de plaisir la nuit dernière. Il se mordit la lèvre inférieure, cherchant à se contrôler, puis caressa lentement l'objet de ses désirs. Il remarqua, à leur tremblement, que Castiel était réveillé. Il lui sourit lorsqu'il rencontra son regard.
- Salut Cas', ça va?
- Dean... Embrasse-moi...
Il fut touché par la demande de son ange... Elle résonnait presque comme une prière. Après tout, on disait bien qu'une fois amoureux, on fait de l'autre notre religion. Un transfert... ça lui plaisait bien! Il vivrait pour son ange et il en serait de même pour lui.
Leurs lèvres se rencontrèrent à nouveau depuis ce qui lui paraissait être une éternité, semblant s'enflammer à leur contact, puis ils s'embrassèrent. Castiel passa ses bras autour de sa nuque et Dean se retrouva allongé sur lui. Sachant que sa Némesis n'irait pas plus loin, et que ce qu'il leur offrait pour l'instant était déjà grandiose, il posa ses mains sur la banquette empêchant par conséquent qu'elles errent sur le magnifique corps qui bougeait très sensuellement sous lui.
Sachant qu'il ne se contrôlerait pas plus longtemps, il se releva, le souffle erratique et un début d'érection assez gênant, en face de son amour qui avait un peu de mal à comprendre la raison qui l'avait poussé à mettre fin à leur échange.
- Hm... On devrait s'arrêter là, Bobby et Sam nous attendent.
- Y'a-t 'il un problème?
Remarquant l'air préoccupé de Castiel, il décida de se comporter exactement comme il le faisait d'habitude, comme un égoïste tout à fait pervers. Il l'embrassa alors à nouveau, mordillant ses lèvres, les scellant ensuite. Cette fois-ci, encore plus passionnément, comme si sa vie en dépendait. Il laissa une de ses mains s'introduire sous son T-shirt rouge, caressant ses muscles puis se retira enfin, à court de souffle. Il resta cependant à quelques millimètres de son visage, le regardant dans les yeux avec tout l'amour qu'il était capable d'exprimer.
- Tu me rends dingue...
Il sortit enfin de la voiture, son érection s'étant amplifiée. Il ne voulait surtout pas rebuté Castiel mais il savait qu'il fallait qu'il lui rappelle son amour, son désir pour ce dernier. Il prendrait sur lui, parce qu'il savait que c'était nécessaire.
Pas pour Castiel, pas par pitié, mais pour lui-même.
Parce qu'il avait besoin de lui.
Castiel observa les alentours tout se dirigeant vers la maison de Bobby Singer qu'il savait être quelqu'un de très important pour les deux frères. Il ne vit que des voitures. Partout. C'est d'ailleurs ce qui lui fit remarquer qu'il aurait besoin de leçons de conduite à présent. Il entra enfin dans la vieille demeure.
Il pouvait entendre les éclats de voix de Dean et les réponses du vieux chasseur. Apparemment, ce dernier n'était pas au courant de ce qui lui était arrivé dernièrement et par conséquent, ne voulait pas ouvrir ses portes à l'être qui avait privé de ses yeux la médium. Il soupira puis entra dans le salon, le silence se faisant tout à coup. Bobby sembla le sonder pour savoir si oui ou non il pourrait venir vivre avec eux.
- Écoute tu peux rester ici, mais sache que je te pardonnerai jamais pour ce qui est arrivé à Pamela. Je comprends, mais je ne l'accepte pas. Tu aurais très bien pu lui redonner la vue après ce que tu lui as fait, mais tu as préféré faire comme si de rien n'était. On dit pourtant 'sauve une vie, et c'est le monde que tu sauveras'.
Il n'avait vraiment pas besoin des reproches du chasseur qui lui rappelaient son ancienne force, ainsi que la cruauté des anges. Il serra alors les poings, tentant de maîtriser sa colère.
- J'avais prévenu cette médium de faire marche arrière, c'est en grande partie de sa faute. Elle n'avait qu'à pas être aussi curieuse.
- Oui, reprochons tout à la nature humaine! Nous les anges, nous sommes blancs comme neige. Alors on dira aussi que si les hommes sont aussi destructeurs, c'est parce que Dieu aime la violence! C'est tellement plus facile ainsi!
- ça suffit!
Assez... Il n'en pouvait plus. Tant de haine à son égard, tant de reproches... Il n'était plus un ange, il ne pouvait même plus se comparer à un être humain normal alors pourquoi lui imposer ça? Dean se posta alors entre lui et Bobby.
- Bobby, tu sais très bien ce qu'a perdu Cas' rien que pour nous! Il s'est sacrifié pour l'humanité, la moindre des choses que tu puisses faire c'est lui montrer ta gratitude.
- Je vais pas lui pardonner ce qu'il a fait, tout de même!
- Parce que tu veux rester bloquer sur le passé? Et depuis quand, dis-moi?
- Écoute, j'accepte de l'héberger mais ne t'attends pas à ce qu'on fasse de joyeux diners de famille et que je couse son nom sur une chaussette pour la mettre à la cheminée, les soirs de noël.
Il observa Bobby changer de pièces sur ces entrefaites, et il décida de partir faire un tour alors que Dean avait rejoint son vieil ami, sans doute pour qu'il s'excuse auprès de lui. Excuses dont il n'avait bien entendu, pas envie d'entendre. Il ne comprenait pas, ou plus, cette notion. Avec un simple 'je suis désolé', les humains pensaient qu'on pouvait passer à autre chose, ou bien que la douleur qu'ils avaient infligée en répandant leur poison, pouvait se dissiper. Il trouva ça bien naïf de leur part.
Il fut fasciné par la quantité de voitures cassées et ne put s'empêcher de se comparer à elles. Est-ce que lui aussi n'était devenu qu'une carcasse? Il savait être l'ombre de l'ancien lui, il savait qu'il avait tout perdu et il se demandait bien qui, à part Dean, aurait bien besoin de lui dans ce monde. 'Faire la différence'. Il comprenait maintenant pourquoi ces êtres vivants voulaient tant la faire, et il avait réussi. Il avait sauvé l'humanité, il s'était sacrifié pour quelque chose de si incroyable que seul Dean, Sam et Bobby croyaient. Les ignorants continuaient leur vie tranquillement tandis que lui payait le prix. Il soupira et observa le lac.
Il pouvait sentir le temps fuir, comme si à présent, il n'était qu'un spectateur de sa macabre existence. Il ne pouvait après tout plus intervenir, le mal avait été fait. Ce qui lui faisait plus de peine, c'était que son Père n'ait rien fait. Dieu l'avait-il abandonné? Il se retrouvait seul et se consumait avec amertume, comme un cierge à la flamme vacillante qui résiste avec difficulté aux courants d'air d'une chapelle abandonnée. Maintenant en tant qu'humain, il comprenait pourquoi si peu avait la foi, ou du moins qu'il n'ait pas la foi des anges. La confiance se gagne ici-bas, et avoir la foi peut conduire à la folie. Il repensa à nouveau à Jack et fut pris de nausées. Il ne devait plus jamais penser à cet être immonde. Il savait que le temps se détériorait par l'absence mais il tentait de garder l'espoir que tout passerait: la douleur qu'il avait éprouvé à bien trop de reprise depuis sa déchéance, le chagrin de ne plus être ce qu'il était, le souvenir et de Jack, et de sa puissance... Mais il avait peur que le sens de sa vie finirait par passer, lui aussi. Il avait trop de questions, trop de réponses, qui l'entraînaient dans une valse diabolique. Il voulait saisir le temps pour l'étouffer dans l'oubli.
Il entra alors dans le lac après s'être déshabillé, et s'allongea à la surface, s'abandonnant, se laissant couler, dormant. Il savait à présent qu'il était impossible d'effacer la souffrance autrement, qu'il ne pouvait que l'accueillir comme un animal blessé, aux abois. Il n'avait qu'à se reconstruire mais il ne voulait pas aller trop vite car il risquait de s'enfermer dans une nouvelle carapace.
Il fallait qu'il se batte, il n'avait pas le choix. Ou sinon, il ne serait plus qu'une victime de la vie.
On lui avait pris sa force, son honneur, mais jamais on ne lui prendrait sa dignité. Il se surprit lui-même avec cet instinct de survie qui ne s'était jusqu'alors jamais manifesté.
La nostalgie devient le pire chantage du passé, avec la sensation impossible d'être toujours au bord du précipice (*)
- Dean, t'as pas vu Cas'?
Dean s'arrêta de parler à Bobby, comme poignardé par la question de son frère. Il fusilla alors le vieux chasseur du regard.
- Si jamais il a fait une connerie Bobby...
Il laissa sa menace en suspend et couru à travers la maison, la route qu'ils avaient prise et enfin, il remarqua les marques de pas vers le lac. Il se traita mentalement d'idiot puis suivit les traces, lentement cette fois-ci, se permettant de réfléchir.
Il savait à quoi était confronté son amour, et à quel point cela devait être déstabilisant. Castiel devait s'arrimer à son intelligence, réfléchir, se poser des questions -choses qu'il n'avait pas pris l'habitude, à part pour connaître les humains- ses neurones devaient tisser une toile abîmée à présent, à l'image de sa vie, dans l'attente d'une nouvelle intégrité, dans l'espoir de se laver du passer et de l'usure de la douleur. Le pire était la foi de ce dernier envers ce grand Créateur, incapable de faire preuve de compassion, ou même de prendre ses responsabilités. C'était après tout à Lui d'arrêter son fils qui avait voulu bruler vive cette planète et ses occupants qui étaient censés être ses préférés.
Son souffle se coupa quand il aperçut une silhouette dans l'eau, qu'il identifia comme étant celle de son ami. Il courut vers lui, évitant les vêtements au sol, tout en criant son prénom.
Avec un énorme soulagement il remarqua l'air surpris de Castiel et il le prit dans ses bras, si fichant pas mal d'être encore tout habillé.
- Qu'y a-t' il, Dean?
- La prochaine fois, prévient moi quand tu sors ou quand tu décides de faire l'étoile de mer dans un lac, s'il te plait.
- Pourquoi ça?
- Tu viens de me foutre la peur de ma vie, mec.
Il le sentit sourire dans son cou, et soupira de contentement une fois que les mains de Castiel caressaient son dos.
- Maintenant que tu sais que je suis encore en vie, tu cherches à m'étouffer?
- Euh oui, désolé.
Il s'éloigna à regret de son cher et tendre qui lui souriait toujours.
- Alors, bonne baignade?
- Oui, j'apprécie énormément la sensation de l'eau sur ma peau. D'ailleurs, tu pourrais m'apprendre à nager?
Il se réjouit à l'idée de passer la main sur la peau nue de Castiel et accepta avec plaisir.
- Cependant, les cours de natation passeront après ceux de tirs!
- D'accord.
Il sortit du lac accompagné de son amour qui tremblait légèrement. Il eut la politesse de se retourner pendant que l'autre enfilait ses vêtements puis ils se rendirent chez Bobby.
- Tu lui en veux, n'est-ce pas?
- A' Robert Singer?
- Oui... Il aurait pas dû te parler comme ça... Mais comprends-le, il tient à Pamela comme à une sœur et ce que tu lui as fait, même si c'était pas voulu et que tu le regrettes un minimum, ben ça changera rien.
- Je sais mais je ne suis plus un ange alors pourquoi me rendre responsable de sa perte de vue?
- Parce qu'il peut rien faire d'autre. Il ne sait pas vers qui tourner sa colère et toi, tu es présent. Cependant je peux t'assurer qu'il ne le pense pas sérieusement... En fait, c'est lui qui m'a poussé à te chercher.
- Je vois.
- Super! Bon, tu te sens bien? Plus de migraines ou de nausées?
- Je vais bien, Dean.
Il prit alors son courage à deux mains et serra la main de Castiel contre la sienne. C'était puéril, vraiment, mais il voulait maintenir le contact avec son ange, car il le resterait toujours pour lui. Il sourit lorsqu'il croisa le sourire et en profita pour le détailler un peu plus. Il ne put s'empêcher de passer sa langue sur ses lèvres : Castiel avait les cheveux mouillés au niveau des pointes, son T-shirt lui collait légèrement et son jean le moulait à la perfection. Il inspira puis expira un grand coup.
Le mot d'ordre du jour: Zen.
Lorsqu'il entra dans la maison avec Castiel à sa suite, il fut assez surpris de voir la table mise mais surtout, de voir Bobby faisant signe à son ami de s'assoir à ses côtés. Il se retourna alors vers ce dernier, qui, lui aussi assez surpris, partit tout de même rejoindre Bobby.
Castiel se demanda s'il s'agissait d'excuses de la part de Bobby mais finalement, il n'en avait que faire. Il s'assit alors auprès du vieux chasseur qui lui fit tout de même un petit sourire auquel il répondit malgré tout, ne pouvant s'empêcher d'être content que le chasseur l'accepte. Il savait qu'il ne devait pas s'attendre à plus de sa part. Il se servit alors puis mâcha tranquillement tout en regardant Dean qui semblait encore plus heureux que lui, certainement parce qu'il avait réussi à se faire accepter.
- Cas' mange correctement à la place de réfléchir, on va s'entrainer toute l'après-midi.
- C'est vrai ça Cas', fait comme mon frère Dean: arrête de réfléchir pour de bon!
- Sammy!
- Dean!
Il sourit à leur échange puéril. Apparemment Dean avait réussi à pardonner son petit frère qui l'avait surement mérité. Bien qu'il ne portait pas vraiment Sam dans son cœur après tout le mal qu'il avait fait à Dean, il l'appréciait tout de même. C'était plutôt étrange d'ailleurs, mais il savait qu'analyser des sentiments pouvaient être comme s'aventurer dans une route sans fin alors il suivit le conseil de Dean et se contenta de finir son assiette.
Après avoir fini, laver et ranger leurs assiettes, il sortit de la maison accompagné du chasseur. Il allait devoir se battre au corps-à-corps avec lui afin de se familiariser avec les limites de ce nouveau corps.
- T'en fais pas Cas', fais comme tu le sens ok? Si jamais t'es trop fatigué ou que t'as mal, tu me le dis et on fait une pause.
- Je ne suis pas fait de sucre.
Il ne chercha pas à interpréter le regard de Dean ainsi que son sourire puis commença.
Il était près de dix-huit heures à présent et ils étaient aussi épuisés l'un que l'autre. Dean était étonné des progrès fulgurant que faisait Castiel heure après heure et décida alors de le congratuler à sa façon.
Il s'approcha alors de ce dernier qui finit sous lui après une prise de karaté.
- Alors Cas', je t'ai pas dit de surveiller tes arrières?
Il apprécia le rire de Castiel et son air faussement réprobateur.
- Mais tu m'avais dit qu'on en avait fini pour aujourd'hui! Tu n'es qu'un tricheur.
- Quoi? Moi qui comptais te proposer de te baigner avec moi dans le lac...
Il cacha son sourire face à l'air joueur de son amour.
- Et que puis-je faire pour que tu me pardonnes...?
- Je te laisse voir, chéri.
Il se mit à rire, rire qui s'amplifia quand Castiel le bascula et se retrouva sur lui. Il se tut alors, profitant de cet instant où leur corps étaient scellés au-delà du réel. Ils se retrouvaient dans un monde imaginaire, où rien ni personne n'étaient plus importants que l'autre. Enfin, Castiel posa ses lèvres sur les siennes, retrouvant la moiteur et la douceur de leurs lèvres.
Après quelques secondes qui leur parurent paradoxalement durer une éternité et pas assez, ils se séparèrent, se débarrassèrent de leur T-shirt et de leur pantalon et entrèrent dans le lac.
Ils restèrent un moment à se regarder puis ils se rapprochèrent, jouissant seulement de leur proximité. Cependant au bout de quelques minutes la voix de Sam résonna dans l'espace naturel et ils se rhabillèrent pour enfin rentrer dans la maison, après avoir échangé un sourire amoureux.
(*) alors là, je me suis beaucoup inspirée de mon livre du moment, je crois même que c est mon préféré... cette phrase est issue de ce merveilleux livre x)
