Bonjour

Voici le chapitre 10 corrigé par Elyrine. Dean appelle Sam ...

Merci pour vos messages et votre fidélité.

Rdv lundi pour la suite

Bonne lecture

Sydney8201

Musique du chapitre :

Stressed out de Twenty One Pilot

Chapitre 10 : Manque

« Il arrive toujours que nous n'estimons pas un bien à sa juste valeur, tant que nous en jouissons ; mais dès qu'il nous manque, nous lui découvrons le mérite qu'il ne voulait pas nous montrer quand il était à nous. »

William Shakespeare

Le soulagement de la victoire remportée auprès de Parson avait permis à Dean de vivre paisiblement pendant les quelques jours qui suivirent le rendez-vous. Il était encore sous le coup de sa réussite et n'avait plus la sensation d'être inutile. Il ne se sentait plus aussi vide. Castiel continuait de le laisser seul el matin et Dean espérait l'entendre lui dire en rentrant qu'il avait à nouveau besoin de lui le lendemain. Il avait un espoir auquel se raccrocher et il ne pensait plus à quoi que ce soit d'autre.

Mais toutes les bonnes choses avaient une fin comme disait le proverbe et Dean s'en rendit compte rapidement. Car lorsque l'effet de cette victoire se dissipa et qu'aucune nouvelle sollicitions ne vint de Castiel, il dut se rendre à l'évidence. Il était de retour à la case départ.

Il passait ses journées seul et il n'avait rien à faire. Il regardait les heures défiler en espérant. Mais il était déçu à chaque fois. Et cela commençait à lui peser à nouveau.

Il finit par compenser ce vide par tout ce qu'il avait sous la main. Il se mot à la cuisine avec des résultats mitigés mais qu'il força tout de même Castiel à essayer … sans doute un peu par vengeance. Il tenta de se mettre au sport avec un planning défini et des objectifs préétablis. Il ne tint pas plus de trois jours avant de s'arrêter, courbatu et frustré. Il se mit même à fumer après avoir trouvé un maquet de cigarettes dans un tiroir de l'entrée. Il n'aimait pas particulièrement le goût mais cela l'occupait et c'était ce dont il avait besoin. Il commença à écrire à ses proches mais il ne pouvait pas leur envoyer les lettres et finit par arrêter parce qu'il trouvait tout cela ridicule.

Il fut à court d'idées après une semaine et il était temps pour lui de trouver une issue. Il refusait d'évoquer le sujet avec Castiel à nouveau. Il savait que son petit ami avait fait tout ce qu'il pouvait. S'il ne l'avait pas sollicité à nouveau, c'était très certainement parce qu'il ne s'était vu confié que des missions auxquelles Dean refuserait de participer. Il ne cherchait pas à le rendre malheureux et le jeune homme ne voulait pas qu'il s'en veuille.

Pendant une très courte seconde, il envisagea même de contacter Crowley lui-même pour lui demander s'il n'avait pas quelque chose à lui faire faire. Il renonça heureusement avant de composer le numéro. C'était une très mauvaise idée.

Dans ce qu'il qualifiait dorénavant mentalement de sa « vie d'avant », Dean se serait tourné vers son frère pour lui demander son avis. Il aurait alors écouté et sans nul doute suivi ses conseils. Mais il avait menti à Sam. Il ne pouvait pas lui dire la vérité maintenant. Il pouvait toutefois l'appeler pour avoir de ses nouvelles. C'était à double tranchant. Il ressortirait probablement dévasté de cette conversation mais la voix de son frère lui ferait également du bien. Et peut-être trouverait-il une idée après lui avoir parlé. Il avait de toute façon besoin de lui donner des nouvelles. Il savait qu'il devait être inquiet pour lui.

Ils n'avaient fait qu'échanger des messages jusque-là. Sam semblait avoir accepté sa décision puisqu'il n'avait plus cherché à l'appeler. Mais Dean ne pouvait pas rester ainsi silencieux plus longtemps. Sam finirait par se poser des questions.

Il attendit que Castiel parte le matin pour se lancer. Il attrapa ses cigarettes dans la table de nuit puis sortit sur le balcon accessible par la baie vitrée de la chambre. Il faisait tout le tour de la maison et avait l'avantage de surplomber l'immense parc de la propriété. Dean venait souvent s'y asseoir pour fumer. Il pouvait voir la piscine depuis le fauteuil installé contre le mur. Il aimait cet endroit parce qu'il lui permettait d'échapper au reste de la maison et de prendre l'air.

Une fois installé, il alluma une première cigarette puis souffla la fumée droit devant lui. Il la regarda disparaître avant de prendre son téléphone dans sa poche. Comme Castiel le lui avait demandé, il l'éteignait à chaque fois qu'il avait reçu la réponse de Sam à son message. Il ne voulait pas prendre le risque qu'on puisse les localiser en s'en servant. Il était nerveux à chaque fois qu'il allumait. Mais il en avait besoin. C'était son seul lien avec le monde extérieur et avec tout ce qu'il avait laissé derrière lui.

Il tira une bouffée de plus sur sa cigarette avant de sélectionner le nom de Sam dans sa maigre liste de contact. Il prit encore quelques secondes pour se préparer à cette conversation puis appuya sur le bouton d'appel.

C'était presque comme si son frère attendait son coup de fil puisqu'il décrocha après seulement une sonnerie.

- Dean ? Est-ce que ça va ?

Le jeune homme ne put s'empêcher de sourire en entendant la voix de son frère. Il lui manquait terriblement. Les messages étaient efficaces puisqu'ils lui permettaient de savoir que tout allait bien pour ses proches. Mais cela ne suffisait pas. Avant de partir avec Castiel et mise à part sa période en prison, il ne se passait pas un jour sans qu'il ne parle avec Sam. Que ce soit par téléphone ou en face à face. Castiel comptait énormément pour lui mais son petit frère restait la personne la plus importante à ses yeux. Il avait été le centre de son univers depuis sa naissance et Dean ne pouvait pas se passer de lui.

- Je vais bien Sam. Rassure toi. Ce n'est pas ce genre d'appel, répondit il alors.

Il savait ce à quoi son frère avait dû penser en voyant son nom s'afficher sur l'écran de son portable. Il avait sans nul doute pensé qu'il lui était arrivé quelque chose de grave.

- Tu ne vas donc pas me demander de te rejoindre pour payer ta caution et te sortir de prison ? demanda Sam sur le ton de la plaisanterie.

- Pas aujourd'hui, répondit Dean en souriant de plus belle.

Il avait pensé être mal à l'aise en parlant à son frère pour la première fois depuis aussi longtemps. Mais comme toujours, cela lui semblait naturel. Facile. Il n'y avait aucune gêne et s'il mettait de côté le fait qu'il allait lui mentir à nouveau, il se sentait bien.

- Alors ? Quoi de neuf ? lança t-il ensuite parce que le silence était un peu trop pesant à son goût.

Il avait besoin d'entendre la voix de son frère. Il se fichait de ce qu'il disait du moment qu'il continuait à parler.

- Rien depuis ton dernier message. Les examens approchent mais je ne suis pas trop inquiet. Mes profs semblent penser que je devrais me spécialiser dans le droit pénal et j'avoue que ça me plairait assez. Je pourrais devenir procureur ou avocat pour la défense.

Dean savait parfaitement ce pour quoi son frère opterait. Il ne serait jamais procureur. Il en avait les capacités et il était suffisamment intelligent pour devenir l'un des meilleurs. Mais il ne voulait pas envoyer les gens en prison ou les condamner pour leurs erreurs. Il voulait défendre des victimes. Il avait besoin du contact avec les gens pour se sentir utile. Il serait avocat, Dean en était convaincu. Mais il voulait lui laisser le temps de le comprendre par lui-même.

- Jess va bien aussi. Elle est la meilleure de sa promotion mais ça ne doit pas te surprendre.

- Et Papa ? demanda Dean avant de tirer une nouvelle bouffée de sa cigarette.

- Il va bien. Il travaille toujours avec Bobby. Je pense que tu lui manques et qu'il est inquiet pour toi mais … tu le connais. Il ne dit pas ce genre de choses.

Dean hocha al tête même si son frère ne pouvait pas le voir. Il savait que John n'était pas doué quand il fallait mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Dean tenait d'ailleurs ça de lui.

- Et les autres ?

- Tout le monde va bien Dean. Tu nous manques bien sûr mais on ne se laisse pas abattre. La vie continue. Et puis je me charge de donner de tes nouvelles à tout le monde. Ils posent des questions bien sûr mais je sais que tu ne veux pas que je parle de … de lui alors je n'ai rien dit. J'ai juste expliqué que tu avais besoin de vacances. Ils m'ont cru.

Dean fut touché de voir que son frère avait gardé son secret. Il n'avait pas évoqué Castiel. John n'aurait pas pu comprendre qu'il soit tombé amoureux d'un criminel. Bobby non plus même s'il aurait sans doute été plus compréhensif. Il était toutefois préférable qu'ils ne sachent rien.

- Merci Sammy, souffla t-il après quelques secondes.

- Inutile de me remercier. C'est normal.

Dean pouvait sentir sa gorge se nouer. Il déglutit avec peine avant de reprendre la parole.

- Je finirais par leur dire … j'ai juste besoin de temps pour faire le point de mon côté.

C'était l'excuse qu'il avait donné à Sam depuis le début. Il avait besoin de partir pour se changer les idées et oublier Castiel. Besoin d'air pour passer à autre chose. Son frère l'avait cru. Et Dean se détestait de lui mentir. Il aurait aimé pouvoir tout lui dire. Ils avaient toujours été totalement sincère l'un envers l'autre. C'était aussi pour ça qu'ils étaient aussi proches. Mais il savait que Sam ne pourrait pas accepter l'idée qu'il soit parti avec Castiel. Qu'il ait choisi de suivre un criminel et d'en devenir un à son tour par association.

- De combien de temps penses-tu avoir besoin exactement ?

Ce que Sam voulait savoir en posant cette question était quand Dean pensait rentrer. Et c'était là tout le problème. Le jeune homme n'avait aucune date à lui donner. Il n'était même pas sûr de pouvoir rentrer un jour.

- Je ne sais pas encore, répondit il alors. Quand j'aurais trouvé ce que je cherche je suppose.

- Et qu'est-ce que tu cherches ? Qu'est-ce que tu cherches sur la route que tu ne pouvais pas trouver chez nous ?

Dean pouvait sentir les reproches dans le ton de son frère. Il était évident qu'il était en colère contre lui. Il en voulait d'être parti. Dean ne voulait surtout pas se disputer avec lui. Pas quand il ne pouvait pas ensuite venir le voir avec un pack de bières pour tout arranger. Il ne voulait toutefois pas ignorer la question. Il savait que son frère avait besoin de réponses. Même s'il s'agissait d'un mensonge.

- Je ne cherche rien en particulier Sammy. Et si je suis parti, ce n'est pas parce que je ne pouvais pas aller mieux en restant. C'était juste un moyen de passer à autre chose.

- Ou peut être un moyen de te changer les idées loin de nous. Peut-être que tu as fini par trouver qu'on t'empêchait d'être heureux.

- C'est ridicule Sammy.

Il écrasa sa cigarette dans le cendrier sur la table puis en sortit une autre du paquet. Il pouvait sentir la conversation lui échapper. Il n'avait pas pensé que son frère aborderait les choses sérieuses aussi rapidement. Il avait pensé pouvoir parler avec lui de tout et de rien juste pour entendre sa voix. De toute évidence, il avait eu tort. Et il était trop tard pour reculer maintenant.

- Non ce n'est pas ridicule Dean. Ce n'est pas ridicule parce que je n'ai aucune idée de l'endroit où tu te trouves ou de ce que tu fais de tes journées. Je ne le sais pas parce que tu me dis rien.

- Je t'ai envoyé des messages. Je t'ai dit que j'étais en direction de Miami.

- Non tu ne me dis rien … juste les grandes lignes et uniquement pour que je ne m'inquiète pas. Mais je n'en sais pas beaucoup plus. Tu pourrais être en train de faire la fête avec des inconnus à l'instant où on parle. Tu pourrais être très heureux loin de ta famille à problèmes. Tu pourrais …

- Qu'est-ce que tu cherches à me dire Sam ? le coupa alors Dean.

Il s'était senti coupable depuis le jour où il était parti de son appartement. Il s'en voulait de ne pas pouvoir parler à Sam avant de fuir. Il s'en voulait de n'avoir laissé qu'un mot sur son frigo. Il s'en voulait de les abandonner derrière lui. Il savait qu'ils s'inquiéteraient et Dean n'aimait pas l'idée qu'ils s'en fassent pour lui. C'était son job et pas celui de ses proches. Mais il sentait tout de même la colère monter en lui face aux accusations de son frère. Il pouvait lui reprocher bien des choses. Mais certainement pas d'avoir voulu les fuir quand il n'avait toujours eu que leur bien être à l'esprit.

- Ce que je cherche à te dire c'est tu as été égoïste. Tu es parti sur un coup de tête sans te soucier que cela puisse faire du mal aux gens qui t'entourent … tu as pris cette décision sans nous consulter … sans nous en parler et sans penser une seule seconde à nous.

Dean était probablement égoïste. Il avait fait un choix qui avait des conséquences sur son entourage. Il l'avait fait pour lui avant tout. Sam avait le droit de lui reprocher son départ. Mais il n'avait pas le droit de l'accuser de ne pas s'être soucié des conséquences que cela aurait sur les autres. Parce qu'il y pensait constamment. Il se sentait coupable et il s'en voulait atrocement. Sam aurait dû savoir que Dean n'était pas le genre d'homme à ne s'inquiéter que de sa petite personne. Il avait toujours pensé aux autres avant de penser à lui. C'était la première fois de sa vie qu'il faisait quelque chose d'égoïste. La première fois qu'il pensait à lui et uniquement aux autres. Il avait sacrifié son enfance pour assurer que celle de son frère soit la plus normale et la plus heureuse possible. Il avait mis de côté ses rêves jusqu'à ce que son frère ait pu accomplir les siens. Il n'avait jamais que le bonheur de sa famille en tête. Et peut-être … peut être était-il temps pour lui de changer ? Sam avait sa carrière toute tracées et une petite amie géniale. Son père allait mieux et avait retrouvé un travail. Sa famille allait bien. Mais ils semblaient avoir pris pour acquis le fait que Dean serait toujours là si quelque chose clochait. Un peu comme s'il était à leur disposition. Et le jeune homme en avait assez. Il avait suffisamment donné. Il était temps pour lui de recevoir.

- Donc ce que tu me reproches, c'est d'avoir fait quelque chose pour moi ? D'avoir pensé à mon bien être en premier après avoir passé toute ma vie à me soucier uniquement du votre ? C'est marrant Sammy tu sais … parce que tu me demandais de faire l'inverse depuis des années … sans doute que c'est moins facile à accepter maintenant que tu es devant le fait accompli. Et ben tu sais quoi ? C'est ton problème. Pas le mien.

Il s'interrompit une seconde pour reprendre son souffle. Les mots se bousculaient dans sa tête et il avait du mal à faire le tri entre ce qu'il avait le droit de dire et ce qu'il devait garder pour lui. Il reprit toutefois la parole avant que Sam ne puisse l'interrompre.

- Quant à avoir besoin de vous concerter ? Sam … je suis un adulte et je n'ai pas besoin de votre permission pour prendre mes propres décisions. Tu ne m'as pas consulté à chaque fois que tu as fait un choix et je l'ai accepté. Parce que je sais que tu es capable de te débrouiller seul. J'estime avoir le droit que tu te comportes de la même façon avec moi.

Il se tut à nouveau. Il avait un début de migraine et la tête qui tournait. Il n'avait pas pensé dire toutes ces choses mais il estimait que c'était nécessaire. Ce coup de fil était peut-être salutaire en fin de compte. Cela lui avait permis de mettre les choses au clair et les points sur les i.

- Dean, non, ce n'est pas … je me suis mal exprimé. Je ne t'en veux pas d'avoir pensé à toi. Au contraire, je pense que c'est une bonne chose mais …

- Mais quoi Sammy ?

- Mais j'ai l'impression que … j'ai l'impression que tu as cherché à nous fuir nous autant que tu cherches à fuir Castiel. J'ai essayé de t'aider. J'ai essayé d'être là pour toi comme tu l'as toujours été pour moi. Mais tu ne m'en as pas laissé l'occasion. Et peut-être que j'ai été maladroit. Peut-être que j'aurais pu faire mieux et différemment mais … tu aurais dû me laisser une deuxième chance.

Dean commença à comprendre un peu mieux ce que son frère avait cherché à lui dire. Il sentit alors sa colère disparaitre brusquement. Il ne lui restait plus qu'un immense vide à la place. Car il était à présent évident que Sam ne lui en voulait pas à lui. Il était en colère contre lui-même. Il pensait ne pas avoir fait les choses correctement. De ne pas avoir suffi à aider Dean à aller mieux. Et le jeune homme savait qu'à sa place, cela l'aurait probablement rendu fou. Il soupira.

- Sam, écoute moi … tu te trompes. Tu as tort sur toute la ligne, assura t-il alors.

- Maintenant qu'il avait ce qui posait problème à son frère, il savait également comment lui parler pour tenter d'améliorer les choses.

- Je ne suis pas parti parce que je ne te croyais pas capable de m'aider. Je ne suis pas parti non plus parce que je voulais vous fuir ou parce que vous ne suffisiez pas. Je suis parti parce que j'en avait besoin et parce que j'en avais envie. J'ai toujours rêvé de faire ce tour du pays en voiture. Je n'ai jamais trouvé le temps et je pensais ne pas avoir le droit de partir tant que je n'étais pas sûr que tout allait bien pour toi et Papa. Et puis ensuite, il y a eu le travail et j'ai … j'ai fini par mettre ce projet de côté.

Il tira une bouffée de sa cigarette puis expira la fumée par le nez lentement avant de reprendre.

- Alors quand Benny m'a conseillé de prendre un peu de temps pour moi, je me suis dit … pourquoi pas ? Pourquoi rester quand je peux enfin réaliser ce vieux rêve ? Et oui j'espérais que cela m'aiderait à oublier Castiel et à passer à autre chose. Mais ça n'a rien à voir avec toi. J'en aurait été aussi capable si j'étais resté. Je sais que tu aurais trouvé le moyen de m'aider. Tu l'as fait d'ailleurs sans que j'aie besoin de te le demander. Mais tu as ta propre vie et tu as tes études … je ne pouvais pas monopoliser ton temps.

- Dean, je me fiche de mes études … des études que tu m'as permis de faire d'ailleurs, dois-je te le rappeler ? Je ne serais rien sans toi. Et j'ai pensé … quand j'ai vu que tu étais parti, j'ai pensé que je n'étais pas capable de t'aider comme toi tu as su le faire. J'avais peur de t'avoir déçu … de t'avoir fait bond.

- Ce n'est pas le cas Sammy. Pas du tout. Je ne vois pas comment te le dire autrement. Mon départ n'a strictement rien à voir avec toi. J'aurais dû prendre le temps de te l'expliquer avant mais j'ai … tu as raison sur un point. J'ai agi sur un coup de tête. Je le regrette parce qu'il est évident que tu l'as mal interprété. Mais j'espère que tu as compris maintenant.

Il aurait aimé être avec son frère à cet instant précis. Il était sûr que ses mots auraient eu plus d'impacts si Sam avait pu lire dans ses yeux qu'il disait la vérité. Le faire par téléphone n'était peut-être pas suffisant. Mais c'était tout ce qu'il avait à offrir.

- Sammy, s'il te plait … dis-moi quelque chose, souffla t-il en regardant le bout incandescent de sa cigarette.

Le silence de son frère lui faisait peur. Il était terrifié à l'idée que Sam finisse par raccrocher. Ou par lui dire que son départ avait tout gâché. Il pouvait sentir la panique le gagner. Il devait toutefois lutter contre. Il ne pouvait pas faire une crise d'angoisse maintenant. Il tira donc une nouvelle fois sur sa cigarette pour tenter de garder le contrôle.

- Est-ce que tu fumes ?

La question de son frère le surprit et pendant une courte seconde, il ne fut pas sûr de l'avoir entendu. Comment Sam pouvait-il se préoccuper de quelque chose d'aussi futile quand ils venaient d'ouvrir leurs cœurs ? Quand Dean lui avait dit toutes ces choses importantes ? Il fronça les sourcils avant d'hocher inutilement la tête.

- Dean ?

- Pardon Sammy, je … oui je fume … pas tous le temps juste … juste quand je suis nerveux.

Il écrasa sa cigarette et jeta son paquet sur la table basse. Il avait la sensation d'être un enfant pris sur le fait par ses parents. Ce qui était ridicule. Il était adulte et Sam était son petit frère. Il n'aurait pas dû avoir honte qu'il découvrir cette mauvaise habitude. C'était toutefois plus fort que lui.

- C'est à cause de moi ? demanda alors son frère.

- Que je fume ? Non. Non, c'est … je ne suis même pas vraiment sûr de savoir pourquoi je le fais.

- Parce que tu es nerveux tu l'as dit. Ey ce que je veux savoir c'est si tu es nerveux à cause de moi ?

Dean prit une seconde pour réfléchir. Ce coup de fil l'avait stressé dès le début. Et ce qu'ils s'étaient dit n'avait fait que renforcer ça. Mais Sam n'était pas la seule raison de l'état de Dean. Bien au contraire. Il ne pouvait toutefois pas le lui dire dans les détails.

- Oui et non. Je suis stressé parce que j'ai peur que tu m'en veuilles et que tu choisisses de me reprocher mon départ. Mais ce n'est pas tout … il y … il y a aussi tout le reste.

- Et par tout le reste, tu entends lui non ?

Dean soupira longuement. Il était normal que Sam puisse penser à Castiel aussitôt. Pour lui, il était la raison du départ de Dean. Ce qui n'était pas entièrement faux d'ailleurs. Mais pas pour les raisons qu'imaginait son frère.

- En grande partie, oui. J'aimerais te dire que quelques jours passés sur la route ont suffi à ce que je l'oublie mais ce n'est pas le cas. Ce n'est pas miraculeux. J'ai besoin de temps pour oublier mes sentiments et vraiment passer à autre chose. Je suis convaincu de pouvoir y arriver. Je dois juste me montrer patient.

- Et je dois l'être aussi en retour. Je suis désolé Dean. Je n'aurais pas dû te dire toutes ces choses. J'ai été stupide et maladroit et … ce que j'ai besoin que tu saches, c'est que je te comprends. Et je suis content que tu aies décidé de faire quelque chose pour toi. Je suis content que tu sois … que tu sois un peu égoïste. Tu me manques bien sûr. Mais ça ne doit pas t'empêcher de continuer à rouler si tu en as envie.

- Merci Sammy. Et de ton côté, tu dois te souvenir que même loin de toi, je suis toujours là pour toi. Il te suffit de m'appeler pour que je vienne dans la seconde. Tu restes ma priorité.

Sam ne dit rien mais il était évident qu'il le savait. Il le savait depuis qu'il était en âge de comprendre.

- Tu l'aimes toujours ?

Dean ricana une seconde. Ses sentiments pour Castiel n'avaient pas changé. Il ne le voulait d'ailleurs pas. Il était tombé amoureux de lui et même si c'était illogique et dangereux, il l'avait accepté. Sam semblait lui aussi l'avoir compris. Mais il était normal qu'il pose la question. Dean l'aurait fait à sa place.

- J'aimerais te dire que non mais ce serait un mensonge. Oui, je l'aime toujours. Oui, il me manque. Et oui, je pense à lui souvent.

- Il s'est échappé tu sais.

- J'en ai entendu parler oui.

Il était normal que cela inquiète Sam. Il devait sans doute penser que Dean était en danger seul quand Castiel était en cavale. Il ne pouvait bien sûr pas imaginer que c'était tout le contraire. Castiel ne le faisait pas se sentir en danger. Il l'aidait à se sentir en sécurité. C'était un autre élément qu'il devait garder pour lui.

- Tu crois qu'il pourrait chercher à te retrouver ? demanda Sam.

Dean baissa les yeux sur ses pieds. C'était même la première chose qu'il avait faite après avoir fui. Il était venu chercher le jeune homme. Parce qu'il ne pouvait visiblement pas vivre sans lui. Dean avait encore du mal à y croire quand il prenait le temps d'y penser. Puis Castiel rentrait et lui faisait l'amour et il oubliait tous ses doutes. Il était facile de s'en souvenir quand il était dans les bras de son petit ami. C'était plus difficile quand il était seul. Car cela n'avait finalement aucun sens. Ils n'avaient pas grand-chose en commun. Ils appartenaient à deux mondes différents. Ils n'auraient jamais dû s'aimer. Jamais dû avoir autant besoin l'un de l'autre. L'amour se fichait toutefois de ces considérations.

- Je suis convaincu qu'on est déjà loin. Probablement dans un autre pays d'où il ne pourra pas être extradé si on met la main sur lui. Il n'est pas stupide. Il ne pas prendre le risque de se faire coincer juste pour me revoir.

- Mais il t'aime. Il t'a sauvé la vie. Peut-être que ses sentiments pour toi sont plus forts que la peur de se faire arrêter. Ce n'est pas totalement impossible.

Dean ferma les yeux et soupira longuement.

- Je ne pense pas qu'il m'aimait à ce point. Ce n'est pas le genre d'homme à s'attacher à quelqu'un. Et il privilégiera toujours sa sécurité au reste. Tu n'as pas de soucis à te faire sur ce point. Il doit probablement m'avoir déjà oublié.

Dean espérait que Sam n'insisterait pas plus longtemps sur ce sujet. Il n'aimait pas être contraint d'inventer toutes ces choses sur Castiel. Il n'aimait pas avoir à dire du mal de lui. Pas quand il savait que c'était faux. Castiel n'était pas quelqu'un de bien mais avec Dean, c'était différent. Il était tendre et attentionné. Il était gentil et se souciait sincèrement de lui. Il aurait voulu que Sam le sache. Mais il ne pouvait pas le lui dire.

- Tu le connais mieux que moi. Tu es le mieux placé pour le savoir, finit par déclarer son frère.

Dean connaissait effectivement Castiel par cœur.

- Et de toute façon, je me doute que tu n'as pas appelé pour parler de lui alors changeons de sujet … et parlons de toi plutôt. Où est-ce que tu es en ce moment ?

Dean avait soigneusement noté chacun des mensonges qu'il avait donné à Sam. Il avait noté toutes les villes qu'il aurait soi-disant traversé pour ne pas risquer de se contredire et d'éveiller les soupçons de son frère. Il était supposé se trouver proche de Miami à présent.

- En Floride aux abords de Miami et laisse-moi te dire Sammy … j'avais mal jugé cette ville. C'est plutôt sympa.

Il avait choisi des endroits que Sam n'avait jamais vu pour ne pas se voir poser des questions auxquelles il ne saurait pas répondre. La Floride était idéale. Sam la détestait par principe et Dean n'avait jamais particulièrement eu envie de s'y rendre. C'était trop chaud, trop humide et totalement surpeuplé. Mais cela faisait l'affaire dans son cas.

- Je n'aurais jamais cru t'entendre dire quelque chose de ce genre. Ce n'est pas vraiment ton genre.

- Je n'ai pas dit que je voudrais y vivre. Mais pour quelques jours, c'est sympa. Et puis qui sait … Je trouverais peut-être un milliardaire qui se sent seul et qui souhaitera faire de moi un honnête homme.

Sam rit alors et Dean, se détendit aussitôt. Mission accomplie. Il avait réussi à rassurer son frère et à le faire rire. C'était un de ses buts premiers dans la vie. Un de ses devoirs de grand frère.

- Tu l'épouserais pour son argent ? Tu sais que tu devrais coucher avec lui en attendant n'est-ce-pas ?

- Si ça signifie que je pourrais être riche d'ici un ou deux ans, je pourrais peut-être l'envisager. On serait à l'abri jusqu'à la fin de nos vies.

- Si tu m'envoies une invitation à ce mariage, je serais contraint de prévenir ta victime. Je suis trop honnête pour te laisser abuser d'un pauvre type comme ça. Et je suis convaincu que tu l'es toi aussi.

Dean déglutit avec peine. Pouvait-il encore considérer qu'il était honnête ? Il n'était plus innocent. Il était même coupable de complicité. Il continuait à couvrir un meurtrier et à fermer les yeux sur toutes ses activités illégales. Il avait même participé celles-ci en l'aidant lors du rendez-vous avec Parson. Et il mentait à son frère. Il doutait de pouvoir se qualifier d'honnête. Mais il préférait laisser son frère le croire. C'était plus simple.

- Sans doute oui, concéda t-il alors.

Sam rit à nouveau quelques secondes avant de reprendre la parole.

- Qu'est-ce que tu feras ensuite ? Tu sais déjà où tu iras après la Floride ?

Dean n'avait pas encore préparé ce mensonge-là. Mais il répondit tout de même rapidement.

- Je remonterais sans doute la côte est jusqu'à la frontière. J'ai entendu dire que le Canada était très sympa à cette époque de l'année.

- Tu quitterais le pays ? Je me souviens t'avoir entendu jurer qu'il était inutile d'aller à l'étranger quand on n'a pas encore vu tout ce que notre propre pays avait à nous offrir.

- Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis Sammy.

Il se souvenait parfaitement d'avoir tenu ces propos. Quand il envisageait réellement de faire ce tour du pays en voiture, son frère lui avait suggéré de franchir la frontière pour découvrir d'autres cultures. Dean avait aussitôt rejeté l'idée. Et s'il ne découvrirait probablement jamais le Canada, il serait peut-être bientôt contraint de franchir la frontière avec Castiel. Crowley l'avait laissé sous-entendre. Ils finiraient sans doute par se cacher quelque part en Amérique du Sud. Dean n'en avait pas envie. Il ne voulait pas être plus éloigné de sa famille qu'il ne l'était déjà maos il n'aurait probablement pas son mot à dire. Son propre sort n'était plus entre ses mains et il détestait cela. Il détestait plus encore la certitude qu'il avait qu'il suivrait Castiel malgré tout. Et pas uniquement parce qu'il y était contraint. Mais aussi et surtout parce qu'il ne voulait plus être séparé de lui.

- Mais assez parlé de moi Sammy. Dis-moi en plus sir Jess et toi. Est-ce que tu t'es enfin décidé à la demander en mariage ? Parce que si tu tardes trop, tu sais que quelqu'un finira par te la voler et tu ne pourras même pas dire que tu n'avais pas été prévenu.

- Jess m'aime Dean. Et si je sais que je l'épouserais un jour, je veux attendre qu'on ait fini nos études avant. Je suis convaincu qu'elle envisage les choses de la même façon.

- Et bien dis-lui que si elle s'impatiente, elle peut toujours m'appeler. Je suis gay à cent pour cent mais je pourrais peut-être faire une exception pour elle.

Quand Sam lui avait parlé de Jess pour la première fois, Dean l'avait immédiatement détesté. Sans la connaître et sans l'avoir encore rencontré. Il l'avait vu comme une menace. Il pensait alors qu'elle était là pour lui voler son frère. Ils avaient toujours été extrêmement dépendants l'un de l'autre. Plus proches que n'importe quels autres frères et sœurs. Ils étaient tout l'un pour l'autre. Dean ne voulait pas qu'une femme se mette entre eux et vienne tout gâcher. Un peu comme Yoko Honno avait tout gâché entre les Beatles. Il l'avait tout même rencontré quand il avait été évident que Sam tenait réellement à elle. Et malgré lui, il l'avait adoré. Elle était incroyablement belle et intelligente. Drôle, forte et généreuse. Elle aimait la même musique que lui et riait à ses blagues. Puis elle avait pris le temps de lui assurer qu'elle n'était pas là pour prendre sa place. Elle savait combien il était important pour Sam. Et elle considérait qu'il n'y avait rien de plus important que la famille. Dean aurait pu tomber amoureux d'elle s'il n'avait pas été gay.

- Parce que tu crois que je te laisserais faire ? Tu penses vraiment que je ne battrais pas contre toi pour la femme que j'aime ?

- Oh je sais que tu essaierais. Mais tu n'aurais aucune chance et on le sait tous les deux.

- Sauf que tu es gay … tu aimes les hommes.

- Et c'est tellement dommage pour moi et pur elle. On aurait formé un couple magnifique. Et on aurait fait de très jolis enfants.

- Gay Dean … tu es gay.

Le jeune homme rit alors. Il aimait embêter son frère avec cette même plaisanterie à chaque fois qu'ils parlaient de Jess. Sam savait parfaitement qu'il n'y avait aucun risque que son frère la vole à lui. Même s'il avait été hétéro, il n'aurait rien tenté. Il n'aurait rien fait qui pourrait faire du mal à Sam.

- Il est évident qu'il lui manque clairement quelque chose entre les jambes pour que je puisse mettre mes menaces à exécution.

- Tu es répugnant Dean … et si tu continues sur cette voie, je vais raccrocher. On parle de ma future femme je te rappelle.

- Non ne raccroche pas … parlons encore un peu. Je te promets de bien me tenir.

Il avait dit cela sur le ton de la plaisanterie mais il était sérieux. Il ne voulait pas que Sam raccroche. Il n'est pas encore prêt à mettre un terme à leur conversation. Entendre la voix de son frère lui faisait un bien fou. Il en avait besoin pour tenir ensuite toute la journée. C'était la seule bonne chose qu'il obtiendrait aujourd'hui avant le retour de Castiel.

Sam finit par accepter et Dean lui posa des questions sur tous leurs proches. Il apprit ainsi que Bobby avait enfin commencé à sortir avec Jody qui lui faisait des appels du pieds depuis des années. Il apprit que son père avait commencé à sponsoriser un des jeunes des alcooliques anonymes, un garçon prénommé Adam qu'il avait pris son aile. Benny, de son côté, appelait souvent pour avoir de ses nouvelles. Jo également. Ellen était furieuse qu'il ne l'ait pas appelé non plus. Dean sentit un pincement au cœur en réalisant ce qu'il faisait subir à ses proches. Et tout ce qu'il manquait de leurs vies maintenant qu'il était loin d'eux. Mais il ne laissait rien paraitre et encouragea son frère à en dire plus.

Quand Sam n'eut plus rien de neuf à lui dire, ils échangèrent encore quelques banalités sans intérêts. Son frère ne semblait pas plus prêt que lui à raccrocher. Mais il devait retourner réviser et Dean ne voulait surtout pas monopoliser tout son temps.

- Tu promets de me rappeler rapidement hein ? Je sais que tu ne vas pas rentrer demain mais j'aimerais assez avoir de tes nouvelles plus régulièrement.

- Je te le promets Sammy. Et tu peux m'appeler aussi. Je ne répondrais peut-être pas tout de suite mais je te rappellerais toujours.

- Je le ferais. C'est juré.

Ils se turent alors. L'un comme l'autre ne semblait pas savoir comment terminer cette conversation. Dean prit alors son courage à deux mains et choisit de se lancer.

- Je vais te laisser Sammy. Je devrais peut-être me mettre en quête d'un motel pour quelques nuits. De ton côté, tu devrais aller travailler. On se rappelle rapidement d'accord ?

- D'accord Dean. Et sois prudent.

- Je le suis toujours.

Sammy rit une seconde puis lui fit promettre une énième fois de lui donner des nouvelles avant de raccrocher en lui souhaitant de s'amuser. Dean regarda ensuite l'écran de son téléphone pendant de longues minutes avant de l'éteindre comme Castiel le lui avait demandé. Il le posa ensuite sur la table basse et se leva du fauteuil. Il avait encore de longues heures à tuer et toujours aucune idée quant à la façon de les occuper.

Son coup de fil à son frère lui avait fait du bien. Mais il lui avait également rappelé combien Sam lui manquait. Et combien il était difficile de lui mentir en permanence. Il se sentait encore plus coupable qu'avant de l'avoir appelé. Il détestait lui faire faux bond. Et il détestait l'idée que son frère serait incroyablement déçu s'il savait la vérité. Dean était un imposteur.

Il quitta finalement le balcon après avoir fumé une dernière cigarette. Il s'immobilisa au centre de la chambre et hésita une seconde à retourner se coucher. Il n'avait pas sommeil mais dormir était un moyen de passer le temps. Il ne pensait à rien d'autre quand il était assoupi. Il renonça finalement à cette idée et sortit de la chambre.

Il descendit au rez de chaussée et alluma la télévision par réflexe. Il regarda l'écran une seconde en changeant de chaîne puis s'arrêta sur une de celles qui diffusait du sport. Il doutait de parvenir à se concentrer mais avoir un bruit de fond lui évitait de se laisser submerger par les voix dans sa tête.

Dehors le soleil brillait. C'était le temps idéal pour aller se baigner dans la piscine. Dean en avait beaucoup profité les premiers jours avant de se lasser. Il pouvait peur être lui retenter sa chance. Mais cela nécessitait qu'il aille se changer et il avait la flemme de remonter. Il pouvait aussi se baigner nu mais l'idée n'était pas aussi plaisante que lorsque Castiel était là pour le voir faire. Il savait de surcroît que des gardes étaient postés non loin de là pour garder un œil sur lui. Il ne voulait pas prendre le risque que l'un d'entre eux le voit nu.

Il soupira. Il était revenu à la case départ. Il avait besoin de se changer les idées. S'il avait eu de la marijuana, il l'aurait probablement fumé sans hésiter. Mais il n'y avait rien d'autre ici que quelques cigarettes et des bouteilles d'alcool.

Dean tourna alors la tête vers le bar aménagé dans un coin de la pièce. Crowley y avait placé des bouteilles de whisky probablement hors de prix. Dean sourit. Il ne voyait pas l'alcool comme la solution à ses problèmes. Il refusait de tomber dans les mêmes travers que son père. Mais peut-être cela pourrait-il faire l'affaire pour aujourd'hui.

Il aimait de surcroit l'idée d'utiliser l'alcool de Crowley sans lui demander la permission. Il savait que cela le rendrait probablement fou de rage. Et c'était une petite vengeance par rapport à la façon dont Crowley l'avait traité jusque-là. Sans doute que c'était puérile. Dean ne voulait pas s'en soucier.

Il ouvrit une bouteille et but directement au goulot. La première gorgée lui brûla la gorge. La seconde fut un peu plus facile à avaler.

Castiel serait très certainement en colère en le voyant. Si le jeune homme était toujours ivre quand il rentrerait, il serait même lui aussi fou de rafe. Sam, de son côté, serait déçu. Mais Dean doutait que ce soit le plus grave aux yeux de son frère. Le fait qu'il vive avec un criminel était pire encore. John, enfin, lui hurlerait dessus et le supplierait de ne pas commettre les mêmes erreurs que lui. Dean n'en avait de toute façon pas l'intention. Il était conscient que l'alcool ne réglait rien. Ce n'était qu'une échappatoire temporaire. Un moyen d'oublier pour un temps toutes les questions et le vide qui le rongeait de l'intérieur.

Le jeune homme finit par emporter la bouteille avec lui pour s'installer sur le canapé. Il continua à boire jusqu'à sentir l'alcool commencer à faire effet. Il regardait la télévision d'un œil mais ne prêtait pas vraiment attention à ce qu'il voyait.

Dean savait qu'il paierait chèrement ses actes le soir même et le lendemain. Il devrait tout d'abord gérer la réaction de Castiel. Puis il devrait surmonter la gueule de bois qui l'attendait à son réveil. Il aurait voulu que cela suffise à le dissuader de continuer. Mais à cet instant précis, il voyait plus d'avantages que d'inconvénients à continuer.

Il but une nouvelle gorgée. Il n'aimait pas le goût. Il n'était suffisamment connaisseur pour savoir s'il s'agissait réellement d'un bon ou d'un mauvais whisky. La seule chose qu'il savait était que Crowley devait y tenir. Et c'était génial de le lui voler. L'idée le fit rire longuement.

Il commença rapidement à avoir la tête qui tournait. Il n'avait été que très rarement saoul dans sa vie. C'était souvent pareil pour les enfants qui avaient un parent alcoolique. Il ne voulait pas reproduire les mêmes erreurs. Il devait toutefois reconnaître qu'à chaque nouvelle gorgée, ses problèmes semblaient moins importants et le vide à l'intérieur de lui moins présent. C'était sans doute pour ça que son père avait choisi de boire à la mort de leur mère. Dean pouvait le comprendre. Il continua de boire.

Et quand il eut terminé la première bouteille, il en prit une seconde sans hésiter. Il partit dans la cuisine pour préparer quelque chose à manger. Castiel devait rentrer tôt et Dean avait envie de lui faire plaisir. Et peut-être adoucir un peu la sanction quand son petit ami découvrirait qu'il était totalement ivre. Il sourit. Il allait réussir. Car comme après son rendez-vous avec Parson et avec l'aide de l'alcool, il se sentait à nouveau invincible. Et c'était absolument génial.