Hans Franklin
« On l'a retrouvé. »
Enfin, une bonne nouvelle. Harry commençait à désespérer.
Octobre s'achevait lorsque Dan Davis, suivi de près par un Ron souriant, entra en un coup de vent dans le bureau de Goodwin pour claironner qu'ils avaient enfin retrouvé l'insaisissable Hans Franklin. Harry, qui s'y trouvait en compagnie de Cole et du Premier Auror, eut un sourire de satisfaction. Il restait un espoir.
Beaucoup de choses s'étaient passées depuis l'interrogatoire du vampire. La Confrérie de Minuit devenait de plus en plus agressive. Les assauts se multipliaient à la frontière écossaise. Le ministère, acculé, avait du se tourner vers ses alliés (la France, l'Espagne et l'Irlande) et espérer de l'aide. Chaque pays avait promis d'envoyer un bataillon de mages dès que possible. Malgré tout, Harry craignait qu'ils agissent trop tard. La Confrérie ne se trouvait plus seulement en Ecosse. Des vampires avaient été repérés aux abords de Manchester, de Plymouth, de Norwich et de Brighton. Nord, Sud, Est, Ouest, la Confrérie attaquait de partout. Harry ignorait ce que Janus préparait mais il était évident qu'il rassemblait ses armées. D'une certaine façon, il encerclait Londres et le ministère. Des rumeurs couraient dans le monde des sorciers ; certains chuchotaient avec crainte qu'une nouvelle guerre se préparait, qu'une nouvelle période de terreur allait s'installer, comme à l'époque de Voldemort. Harry essayait de ne pas y penser mais lui aussi se disait la même chose. Il fallait trouver leur repaire, et vite. Avant que Janus ne se décide véritablement à passer à l'attaque.
Au sein du ministère, aussi, il y avait de l'agitation. Les élections pour un nouveau ministre approchaient (c'était le président du magenmagot qui détenait le pouvoir entre temps) et les rumeurs allaient bon train. Harry avait discrètement détaché un bataillon d'Aurors à la surveillance interne du ministère. Il en était certain maintenant, la Confrérie avait des espions à l'intérieur du ministère. Elle prévoyait toutes leurs manœuvres et les retournaient contre les Aurors avec une facilité déconcertante. Il fallait les débusquer au plus vite. Harry craignait que la Confrérie ne profite des élections pour placer à la tête du pouvoir l'un de leurs pions. C'était ce qu'avait fait Voldemort autrefois et il n'était pas exclu que Janus fasse de même. La prudence était de mise. Aussi Harry ordonna-t-il aux Aurors chargés de la surveillance de se concentrer surtout sur les prétendants au poste de ministre. De même, il avait placé quelques Aurors à la surveillance du conseil administratif de Poudlard. McGonagall étant alitée, un nouveau directeur devait être nommé. Mais Harry n'avait pas trop d'inquiétude à ce sujet. Selon lui, Flitwick, qui assurait l'intérim pour le moment, resterait à son poste.
Concernant les recherches, les Aurors piétinaient. Lestrange restait introuvable. Plusieurs groupuscules de sorciers à risque étaient étroitement surveillés, sans résultat. Quant à l'espion qui avait éloigné la Brigade rouge du ministre le jour de son assassinat, il avait mis cela sur les priorités de l'équipe de surveillance.
Il ne restait plus que la piste Franklin et Harry pestait sur leur incapacité à retrouver l'allemand. Il se demandait même s'il le retrouverait un jour.
Jusqu'à aujourd'hui.
Dan et Ron étaient visiblement ravis. Harry les regardait avec des cernes de plus en plus marquées. Il avait essayé de se passer de la potion de Vogel et s'était rendu compte qu'il ne pouvait plus dormir sans. A la crainte de ses cauchemars s'était ajoutée la crainte de lui-même. Il se réveillait de plus en plus fatigué. Celui ou ceux qui le manipulait lui faisait faire des choses de plus en plus éreintantes et il se réveillait quasiment épuisé. Il essayait de moins dormir mais cela n'arrangeait rien. Ca le fatiguait encore plus. Il n'était plus qu'un pantin dans les mains de fous dangereux.
Bien sûr, il n'en parlait plus à personne. Il ne voulait pas être relevé de ses fonctions ou être considéré comme fou. Au fond, peut-être ne bougeait-il pas la nuit et peut-être que son état de fatigue devenu permanent était dû à ce qui passait uniquement.
Peut-être imaginaient-ils tous ça.
Peut-être était-il vraiment fou.
Harry secoua la tête. Il n'aimait pas rester là à rien faire. Ca le conduisait à s'interroger sur lui-même et à se tourmenter de questions sans réponses. Il valait mieux agir, s'occuper l'esprit. Et la nouvelle de Ron et Dan relançait agréablement la donne.
Enfin, un peu d'action.
Ron tenait à la main un parchemin qui se révéla être une carte magique de l'Angleterre. Avec un grand sourire, le rouquin déplia la carte sur le bureau de Goodwin et lui donna un coup de baguette. La carte générale de l'Angleterre se focalisa sur la partie nord-ouest du pays. Sous les injonctions de Cole, Goodwin et Harry, Ron commença son explication :
« Avec Davis, on a eu une idée. Cela fait maintenant deux mois que Franklin nous échappe. Comment fait-il ? D'autant plus que c'est un étranger. Les Traqueurs auraient du le repérer très facilement. Comment, alors ? C'est simple, on cherchait dans la mauvaise direction. On partait du principe que Franklin se cachait quelque part dans le monde de la magie, ici, ou chez lui, en Allemagne, voir même qu'il était mort. On se trompait. Cela n'a rien donné pour la bonne raison que Franklin ne s'y trouvait plus. Vous saisissez ? On cherchait parmi les sorciers alors qu'il n'y était plus… »
Ron pointa la baguette sur la carte.
« … Il se cachait parmi les moldus. »
Il marqua un temps comme pour laisser le temps à l'assistance de digérer l'information. Harry, qui avait déjà envisagé l'hypothèse, dit :
« Même parmi les moldus, les Traqueurs l'auraient repéré. Sans compter nos équipes de recherche…
- Non, justement, nos équipes se sont concentrées sur les villages sorciers et les flux de sorciers entre nos pays. Elles sont restées dans notre monde, en négligeant totalement celui des moldus. Quant aux Traqueurs… »
Il se gratta la tête, comme s'il cherchait les mots.
« … Ils ne sont pas infaillibles. Il est possible de les tromper, je le sais, c'est mon département qui a conçus le mécanisme et qui les connait mieux que personne. Les Traqueurs fonctionnent selon l'odeur de la personne recherchée ainsi que sa magie. Une fois que les données sont entrées dans l'appareil, ils peuvent détecter le sorcier à deux cent kilomètres à la ronde. Pourtant, Franklin n'a pas été retrouvé. Il a échappé à leur vigilance pendant plus de trois mois. Comment ? C'est simple, il n'utilise plus sa magie, ce qui accrédite l'hypothèse moldue, et il est parvenu à dissiper son odeur. »
Harry secoua la tête. Les Traqueurs étaient relativement récents et les dernières améliorations avaient été apportées il y a six mois. On ne pouvait les éviter si facilement. Toutefois, cela pouvait se tenir. Le jour de la création des Traqueurs, il y avait eu une fuite au département et deux jours après, les principaux syndicats des droits du sorcier les tannèrent pour qu'ils révèlent l'existence des Traqueurs au public. Acculé, le ministère avait obtempéré et deux mois après, plusieurs criminels avaient trouvé le moyen de contrer l'influence des Traqueurs. Harry leur aurait donné des baffes, à ses syndicats inconscients.
Mais…
« Les Traqueurs détectent l'aura magique en plus de la magie active. De plus, à moins de disparaître totalement, il est impossible de ne plus sentir. Ca ne colle pas…
- Et si, s'exclama Ron, triomphant, il peut ne plus sentir, c'est même Dan ici présent qui a trouvé comment. »
Ils se tournèrent tous vers le jeune sorcier qui en fut légèrement gêné. Mais lorsqu'il parla, sa voix avait l'accent de celui qui l'avait remporté sur ses ainés.
« C'est simple, pourtant. Il suffit d'avoir un peu de lotion de médavorone. »
Il y eut un instant de silence puis :
« Bordel mais quel idiot ! s'exclama Harry en parlant de lui-même, j'aurais dû y penser… »
La lotion de médavorone était un fluide extrait d'une plante tropicale, la vorona rouge, dont l'odeur était effroyable. Elle était surtout utilisée à St Mangouste dans la confection de remèdes ou encore dans certains laboratoires où l'on créait certains parfums. Pure, c'était pire que du jus de putois. Mélangée avec d'autres ingrédients, c'était divin. Une pure merveille. Autrement, elle n'était pas utilisée. Est-ce que c'est comme ça que Franklin leur échappait ? En utilisant de la médavorone semi-pure, suffisamment traitée pour faire disparaître l'odeur et suffisamment pure pour en garder les propriétés ? Car la médavorone avait une particularité plus que gênante pour les Aurors. Les émanations de ce produit brouillaient les Traqueurs. Une fois distillée et transformée en parfum, elle perdait cette propriété. Mais à l'état pur, les Traqueurs s'y perdaient. En soi, si c'était vrai, Franklin avait eu une idée de génie. C'est à se demander pourquoi ils n'y avaient pas pensé avant.
Cole ne paraissait pas totalement convaincu.
« D'accord, admettons que ce soit vrai, bien que j'aurais quelques objections à soumettre… Comment ferait-il pour cacher son aura magique ? Ca ne se cache pas ça…
- Je crois que si, reprit Dan.
- C'est du moins l'avis de Vogel. »
Vogel…
Il avait quasi disparu après sa confrontation avec Janus. Il n'apparaissait plus que sporadiquement au ministère et refusait de dire ce qu'il faisait. C'était étonnant que Ron et Dan soient parvenus à lui parler.
« On l'a vu il y a deux jours. On lui a parlé de notre théorie et il a dit qu'il était en effet possible de dissimuler son aura. Il appelle cela la condensation astrale. Cela consiste à concentrer sa puissance magique en un point précis du corps et de sceller cette partie derrière un sceau mental inviolable. Le sorcier est alors semblable à un moldu. Je suis sûr que notre fugitif utilise ce procédé. »
Harry secoua la tête. « D'après la description de Justin, Franklin ressemblait plus pour moi à un petit truand sans grande envergure. Une telle technique doit nécessiter un certain talent. Je ne pense pas que Franklin le possède.
- Justement, non. D'après Vogel, n'importe qui peut le faire. Sceller une zone avec un sceau nécessite un léger apprentissage, c'est vrai, mais sinon, n'importe quel idiot un tant soit peu patient pourrait y arriver. Même Franklin. »
Harry secoua la tête de nouveau. Cela semblait si simple. Franklin les aurait bernés aussi facilement ? Au moins, cela conforta Harry dans ses soupçons sur l'allemand. Un innocent n'irait pas aussi loin pour disparaître.
« Revenons sur la médavorone. Si Franklin en a utilisé comme vous le penser, où aurait-il pu se la procurer ? Ca ne se trouve pas n'importe où, ce genre de produit… »
Voila pourquoi Harry n'y avait pas songé. La médavorone n'était que dans les hôpitaux et les distilleries. Il était impossible de la trouver sur le marché noir, Harry avait vérifié, il y a longtemps. Dans ce cas, comment ? C'était impossible. A moins que…
Brusquement, il comprit comment Ron et Davis avaient remonté la piste. Avant même qu'ils puissent répondre, il s'exclama :
« Il s'en est procuré dans les seuls endroits où on en trouve. Dans les distilleries… »
Ron eut un sourire de victoire.
« En tant que membre de la Répression des Déviances Magiques, j'ai accès à tous les vols qui ont eu lieu dans la communauté magique. J'ai vérifié et huit distilleries ont été cambriolées fin aout, début septembre. Mais une seule comptait de la médavorone dans les produits volés. »
Il se pencha alors sur la carte magique que tout le monde avait oublié.
« Le 26 aout, la distillerie Sentvofrais, à Bourg Clocher, près de Liverpool, a vu son stock allégé de dix centilitres de médavorone pure. Plusieurs ingrédients secondaires ont également disparu. Largement de quoi fabriquer un dérivé. On a vérifié la sécurité et deviner qui c'est qu'on a vu sur les photos ? »
Dan plaqua une photo mouvante sur la carte, exposant à l'assemblée le visage fuyant d'un homme qui entrait visiblement par effraction dans une maison.
« Hans Franklin lui-même. »
Harry regarda la photo. C'était bien lui, les Aurors avaient une photo dans son dossier.
« Dès lors, on a compris qu'il cherchait à se cacher parmi les moldus. On a alors cherché chez eux, c'était d'autant plus facile que mon service à un excellent réseau chez les moldus pour traquer les fugitifs. Et on a fini par le retrouver. »
Théâtralement, Ron planta sa baguette sur un point de la carte.
« Hans Franklin se trouve à Windermere, au nord de Manchester. »
Harry n'y croyait pas. Ils l'avaient trouvé. Il savait où se trouvait le seul homme qui pourrait les renseigner avant qu'il ne soit trop tard.
« C'est un homme rusé. Voir même paranoïaque. Il a repéré Mandola et Travis lorsqu'ils sont partie en reconnaissance sur le terrain. Il sait qu'il est traqué et le choper ne sera pas une mince affaire. Toutefois, il faut agir vite, avant qu'il ne quitte cette ville. »
Harry hocha la tête. Enfin de l'action…
« Bien, boss, j'emmène une équipe avec moi pour appréhender le fugitif. Etant donné son caractère actuel, j'aurais besoin de tous ceux disponibles en ce moment (ce qui ne fait pas beaucoup, pensa Harry). Le mieux serait de l'approcher en douceur. Cole, tu dirigeras l'opération avec moi.
- Bien, fit Cole, et tu comptes faire quoi, exactement ? »
Harry se tourna vers lui et lui dit avec un sourire :
« Prêt pour une immersion dans le monde des moldus ? »
Windermere, trois heures plus tard.
La région des lacs. Réputé pour être l'un des coins les plus beaux de toute l'Angleterre. Activité touristique florissante, décors magnifiques, région paisible. L'ironie était d'autant plus amusante que quelque kilomètres plus au nord, une guerre faisait rage. Les moldus, n'en sachant rien, continuaient leur petite vie paisible.
Comme dit le proverbe, bénis soit les ignorants.
Harry se concentra sur l'opération en cours et fit semblant de lire son journal.
Il n'avait pu avoir que vingt cinq Aurors pour cette opération. Parmi eux, Ron, Seamus, Cole, Morgane, Dan. Les autres, Harry ne les connaissait que de vue mais il pouvait avoir confiance en eux. La confiance était nécessaire lors de cette mission. Une opération sur le territoire moldu nécessitait la plus grande discrétion possible.
Hans Franklin habitait au 37, Cambria Square. Harry avait prévu de l'appréhender lorsqu'il sortirait de chez lui. Pour cela, il avait placé la plupart de ces agents autour de la place. Ron se trouvait en compagnie de Travis, accoudé à un bar dans un pub qui donnait sur l'immeuble de l'allemand. Morgane et Dan jouaient les amoureux sur un banc, non loin de l'entrée (la jeune femme dissimulait ses cheveux noirs sous une perruque blonde afin d'éviter une nouvelle bourde). Seamus achetait un journal à un kiosque de l'autre côté de la place. Cole était censé être en faction avec un Auror dans une rue adjacente. Et ainsi de suite… Sans le savoir, Franklin leur avait facilité le travail en se planquant dans une ville touristique. Ainsi les riverains ne s'étonnèrent pas de tous ces nouveaux venus. Douze Aurors étaient plaqués tout autour de la place, les treize autres se trouvaient en position dans les rues adjacentes. Parmi eux, Harry avait pris la précaution de placer des Oubliators (on ne savait jamais, des fois que la situation dégénère sous le nez des moldus).
Tout était en place. La partie pouvait commencer.
Harry se tenait assis sur un banc, à une dizaine de mètres de l'immeuble de l'allemand. Comme tous les Aurors présent, il était habillé comme un moldu. Il portait un jean sombre, un sweet-shirt bleu foncé et une veste de cuir marron foncé. Il avait également un feutre qu'il descendait sur son front, dissimulant ainsi sa cicatrice. Il ne s'agissait pas de faire foirer l'opération avec un détail aussi bête.
Harry avait le regard fixé sur son journal mais ses yeux ne cessaient d'aller et venir sur l'immeuble de Franklin. Normalement, l'allemand sortait tous les jours à midi pour déjeuner au Cathy's Bar. Il ne devrait donc pas tarder.
Discrètement, il regarda autour de lui pour s'assurer que personne ne le regardait (ce qui était le cas, après tout, pourquoi les riverains s'intéresseraient à un homme qui approchait la quarantaine en train de lire son journal ?). Il leva alors légèrement la main droite dans laquelle il avait dissimulé un magicophone et parla :
« A toutes les unités, tenez vous prêtes. La cible ne devrait pas tarder à apparaître. »
Il n'attendit pas la réponse et raffermit sa prise sur le journal. Dix longues minutes passèrent. Harry était en train de se demander s'il ne l'avait pas loupé, si Franklin n'avait pas pris la tangente après avoir aperçu Morgane et Travis l'autre jour, lorsque la porte de l'immeuble au 37, Cambria Square s'ouvrit.
Un homme en sortit. La trentaine, des cheveux blond cendrés à l'allure huileuse, un visage mal rasé, un regard fuyant, une dégaine de petit truand. Hans Franklin.
« Tenez-vous prêts. »
Franklin avançait tranquillement, les mains enfoncées dans les poches. Sa démarche était traînante et Harry pensa vaguement à un punk décharné sur le retour. Le punk, justement, passait de son pas lancinant derrière le banc où Morgane et Dan jouaient les amoureux transis. Dan avait passé son bras autour des épaules de la jeune femme. Morgane, dans un geste affectueux, fit mine de lui embrasser la paume de la main. L'instant d'après, sa voix retentit dans l'esprit de Harry via le magicophone.
« Tout va bien. Il ne nous a pas repérés. On s'apprête à le suivre.
- Compris, restez vigilants jusqu'au point de contact. » Il changea de fréquence et dit à tous : « On y va. Tout le monde en place. »
Il reçut une réponse affirmative de tous ses équipiers et coupa le contact. Tout autour de la place, il y eut du mouvement. L'opération commençait enfin.
Le but était d'attirer Franklin dans un coin discret où il pourrait l'arrêter sans risquer de se faire voir par les moldus. Harry avait repéré une petite ruelle proche du Cathy's Bar. Il prévoyait de serrer le cercle des Aurors autour de ce point et de l'appréhender. Si tout se passait bien, cela leur prendrait dix minutes à peine.
Si tout se passait bien…
Tout en continuant à jouer le parfait moldu, Harry regardait les Aurors se mettre en mouvement. Dan et Morgane avaient laissé une dizaine de mètres entre eux et Franklin avant de se lever et de le suivre. Morgane tenait Dan par le bras et riait à une blague à priori désopilante du jeune homme. Ils semblaient heureux, ils semblaient amoureux, ils étaient parfait dans leur rôle. Pendant ce temps, Ron et Travis étaient sortis du pub et convergeaient tranquillement vers l'allemand. Trois autres Aurors se mirent en mouvement (une femme d'âge moyen qui sortit de chez un fleuriste, un homme aux cheveux d'argent coiffé en brosse qui cessa de donner à manger aux pigeons et un type à l'allure d'athlète qui rangea le magazine qu'il lisait sur la table d'un café). Les quatre Aurors restants (Harry, Seamus et deux autres) devaient attendre deux minutes avant de bouger, afin d'éviter un mouvement de masse susceptible d'éveiller la méfiance de Franklin. Ils devaient également agir rapidement si l'allemand ne faisait pas comme d'habitude (c'est pour cela qu'Harry faisait surveiller les autres rues de la place). Mais cette précaution se révéla inutile. Franklin semblait avoir décidé de faire comme à son habitude. Il obliqua comme prévu sur Lisbon Street. Le Cathy's Bar se trouvait à quarante mètres à peine. Harry porta le magicophone à sa bouche.
« Cole, il approche de ton équipe. Attendez mon signal avant d'agir.
- Bien compris. »
L'américain devait se tenir dans un bar en compagnie de deux Aurors. Ce seraient eux qui arrêteraient Franklin dès que les autres équipes auraient bloqué toutes les voies où il pourrait s'échapper.
Franklin ne devait être qu'à une trentaine de mètres du Bar. Morgane et Dan disparurent à leur tour dans la rue. Suivi trente secondes plus tard par Ron et Travis. Harry se leva et plia son journal. Aussitôt, Seamus et les deux Aurors restants sur la place se mirent en mouvement.
« Seamus, tu suis le suspect sur Lisbon Street. Tanner et Baynes, vous me suivez. A toutes les unités postées sur les rues autres que Lisbon Street, rendez-vous au point de convergence. Je répète, rendez-vous au point de convergence, on ne va pas tarder à l'arrêter. »
Harry obliqua sur Cotter Mémorial Avenue, la rue la plus proche de Lisbon, suivit de près par Tanner et Baynes. Il allait rejoindre l'Auror en faction dans cette rue et rallier par la suite l'équipe de Cole par le biais de la ruelle qui reliait Cotter Mémorial à Lisbon. Une autre équipe ferait le grand tour et empêcherait Franklin de fuir en prenant Lime Street ou Harbour Road. Le plan était parfait. Franklin ne pouvait s'échapper de la nasse. Son seul espoir de fuite serait le métro (il y avait une bouche d'accès entre son immeuble et le Cathy's Bar) mais même là, il tomberait sur les Aurors qui étaient en train d'avancer vers le point de convergence. De toute façon, si tout se déroulait comme prévu, il n'aurait pas le temps d'essayer.
Le piège se refermait. Franklin ne pouvait plus leur échapper.
« A toutes les unités, il y a un problème. »
La voix de Morgane vrilla l'esprit de Harry. Il essaya de faire de l'ordre dans ses pensées et se focalisa sur son magicophone.
« Quel problème, Morgane ?
- Franklin vient d'entrer dans l'épicerie. Il n'est plus dans la rue. »
Et flûte…
Il y avait une petite épicerie à une dizaine de mètres du Cathy's Bar, juste devant la bouche d'accès au métro. Selon les rapports de Ron, Franklin ne faisait jamais un crochet à l'épicerie avant de se rendre au Bar. Il fallait qu'il choisisse aujourd'hui pour changer ses manies.
Quelle poisse !
« Morgane, Dan, vous entrez et vous ne le quittez pas des yeux. Les autres, restez en attente. Je répète, restez en attente. »
Quelle guigne. Il fallait espérer que Franklin ne les aient pas repérés et ne tente pas de s'échapper par l'épicerie. Sinon, moldus ou non, ils devraient sortir les baguettes. Et Harry préférait l'éviter.
« Morgane ?
- Rien à signaler. Franklin semble acheter une petite bouteille de coca cola. Rien de bien suspect.
- Il va bientôt sortir ?
- Ca ne devrait pas tarder. Il approche de la caisse.
- Bien. Soyez prudents, ne vous faites pas remarquer.
- Pas facile, mais on y travaille. J'ai jamais vu un type aussi méfiant. Il regarde sans cesse autour de lui. Il… »
Brusque silence. Harry insista, sans résultat. Il passa sur la fréquence de Ron qu'il savait non loin de l'épicerie.
« Ron, tu vois quelque chose ? »
Un temps puis :
« Il se passe quelque chose dans le magasin… Et merde…
- Quoi ?
- Des voyous sont en train de causer des problèmes. Ils s'en prennent à Mandola et Davis. »
Mais c'est pas vrai, ils alignaient les coups de malchance aujourd'hui.
« J'interviens ?
- Non, trop dangereux. Franklin pourrait se douter de quelque chose. Où est-il d'ailleurs ?
- Près de la caisse. Il n'a pas l'air de vouloir bouger.
- Continue de surveiller. » Harry passa à la fréquence commune. « Tout le monde reste à sa place jusqu'à ce que Franklin sorte…
- Harry, il se passe quelque chose.
- Quoi encore ?
- Ca dégénère dans l'épicerie. Les voyous s'en prennent à Mandola. Ils essayent de lui voler son sac à main. Davis essaye de la protéger avec l'épicier mais ils sont plus nombreux. Ca vire à la castagne. Il faut les aider, Harry.
- Non, nous risquerions de perdre Franklin.
- Ce sont eux qu'on risque de perdre, bon sang. En dernier recours, ils utiliseront leurs baguettes et l'allemand les reconnaitra. Il faut les aider avant. »
Quelle poisse !
« Attend une minute. S'ils ne s'en sont pas sortis, vas-y avec Travis. Que devient Franklin ?
- Il s'approche de la sortie. Il essaye de filer en douce.
- Très bien, ne le perd pas de vue. A tous les autres…
- Oh non.
- Quoi ?
- L'un des types a chopé Morgane par les cheveux et… lui a arraché sa perruque. »
Harry s'imaginait très bien la scène : Morgane en train de se débattre avec ses agresseurs, Dan et l'épicier en arrière plan. Puis le type qui attrapait la perruque blonde et qui tirait vers le bas pour la soumettre. Il imaginait très bien l'expression ahurie de l'homme lorsque les faux cheveux de la jeune femme lui étaient restés entre les mains, laissant la place à une longue chevelure noire. Et au fond de tout ça, Franklin qui…
Oh non !
« Que fait Franklin ?
- Il regarde. Il… Merde, je crois qu'il a reconnu Mandola. Il se tire, bordel, il se tire. Il nous a repérés.
- A toutes les unités, la cible nous a découverte. Abandon du plan, chopez le maintenant. Je répète, abandon du plan. Attrapez-le ! »
Harry se mit à courir pour rejoindre Lisbon le plus vite possible lorsque la voix de Ron retentit :
« Il est dans le métro. Je répète, il est dans le métro. »
Ca les arrangeait, des Aurors se trouvaient déjà là-dessous. Et ça lui donnait une idée.
Il obliqua sur la gauche et s'enfonça dans la bouche d'accès. Cotter Mémorial et Lisbon partageaient la même station, il rattraperait Franklin ici.
Il descendit les marches quatre à quatre et sauta sur le palier. Il y avait pour l'instant peu de monde mais dans peu de temps, ce serait l'heure de pointe. Et alors, adieu Franklin. Ils devaient le choper avant.
Il sauta au dessus des guichets automatiques et se précipita sur le quai. Il trouva les Aurors aux prises avec l'allemand. Franklin avait abandonné toute idée de discrétion et dégainé sa baguette. Planqué derrière une colonne, il arrosait cinq Aurors de toute une variété de sortilèges. Harry, qui se trouvait de l'autre coté des voies, assistait au combat. Les moldus s'enfuyaient, paniqués. Plusieurs étaient tombés sous le flot de sorts de l'allemand. La situation leur échappait.
« Aux Oubliators, bloquez les voies d'accès à la station, arrêtez tous les moldus qui en sortent ! Je répète, arrêtez tous les moldus qui en sortent, ne laissez passer que nos hommes. »
Harry coupa le contact et s'adressa aux moldus qui se trouvaient autour de lui et qui regardaient la scène avec un regard halluciné.
« Ecoutez moi tous, police ! hurla Harry en brandissant une fausse carte de policier, sortez tous dans le calme. Je répète, dans le calme. »
Les moldus mirent une bonne minute avant de comprendre ce qui se passait et de se mettre en mouvement. Pourvu que les Oubliators soient en place.
Le quai s'était vidé rapidement. Il ne restait plus que les Aurors de plus en plus nombreux et Franklin. Ce dernier se débattait avec une belle énergie. Les Aurors ne pouvaient sortir de leur colonne sans prendre le risque de se faire toucher. Parmi les Aurors, Harry reconnut Ron à sa chevelure. Derrière lui, d'autres Aurors arrivaient.
« Ron, comment ça se passe ? demanda-t-il via le magicophone.
- Ca pourrait aller mieux. A ce rythme, on va pas l'avoir avant noël.
- Tiens bon, on est là.
- La belle affaire…
- Faites en sorte qu'il s'acharne sur vous.
- c'est déjà fait. »
Harry coupa le contact et leva la main. Il y avait huit Aurors du côté de Franklin. Parmi eux, Ron, Morgane et, Harry le vit dans un coin, Cole. Il y avait également les Aurors en faction dans les souterrains qui n'étaient manifestement pas arrivés assez vite. Harry avait de son côté quatre Aurors pour l'épauler.
« A l'attaque ! »
Harry pensait qu'il ne pourrait supporter une attaque sur deux fronts, il se trompait. Franklin avait rapidement pivoté sur lui-même, aperçu de nouveaux adversaires et lancé une volée de sorts sur eux. Harry et ses coéquipiers se jetèrent derrière les colonnes et évitèrent de justesse les rayons, à l'exception de Bayne qui se prit un sortilège de stupéfix en pleine figure.
« Bon sang, maugréa Tanner, il est rapide, le bougre. »
Harry jeta un stupéfix sur Franklin qui l'évita en créant un bouclier magique entre lui et l'autre côté de la voie. Un sort de protection avancé. Désormais, la tactique de Harry ne servait plus à rien. Il était impossible de le toucher de loin.
« Quelle merde. Il reste peu de temps, les Oubliators ne vont pas contenir les moldus indéfiniment.
- Je sais.
- Mais pourquoi il ne transplane pas, grogna Tanner. Il pourrait disparaître sans qu'on puisse rien faire. »
Pas tout à fait. S'il transplanait, les Traqueurs sauraient en une fraction de seconde où il arriverait. Toutefois, la question se posait. Franklin ne se souciait plus de la discrétion, il pourrait transplaner et tenter sa chance dans un coin moins risqué que la station de métro. Dans ce cas là, pourquoi ne le faisait-il pas ?
Harry jeta un coup d'œil à l'allemand. Il attaquait sans discontinuité ses adversaires tout en jetant de fréquents coups d'œil à sa montre. Qu'est-ce qu'il attendait ?
Un grondement s'éleva dans le tunnel et Harry comprit.
Oh non !
« Il attend le métro. Il va profiter de la foule pour nous semer. Il faut le stopper maintenant. »
Harry réfléchit fébrilement. Comment l'atteindre ? Le bouclier rendait caduque tout sortilège à distance. Il ne restait plus que… l'attaque au corps à corps.
Il n'avait pas le choix. Il restait moins de dix secondes avant que le métro n'arrive.
« Couvrez-moi !
- Que… Potter, que faites-vous ? »
Harry ne répondit pas. Il s'était élancé sur le quai en direction de Franklin. Ce dernier le vit et se mit à l'arroser de sorts. Il parvint à en détourner beaucoup mais pas tous. Heureusement, ses coéquipiers l'avaient entendu et contraient les sortilèges qu'il manquait. Harry augmenta sa vitesse. Plus que cinq secondes…
Il sauta. Il usa de sa magie pour accroitre son saut et parvint de l'autre côté du quai une seconde avant que la rame n'apparaisse dans la station. Il sentit presque le wagon lui effleurer le bas de sa veste. Franklin lança un sortilège que Harry détourna in extremis. Il n'eut pas le temps d'en lancer un autre. Harry était sur lui, il lui décocha une droite qui envoya valser l'allemand. Ce dernier jura et sa baguette lui échappa. Il ne pouvait plus s'échapper.
Les rames grincèrent en s'arrêtant. Elles contenaient un certain nombre de moldus. Une confrontation de sorciers serait très problématique. Il pointa sa baguette sur l'allemand et se rendit compte qu'il souriait. Harry se rendit compte qu'il venait de faire une grave erreur. Il avait détourné la tête, donnait à son adversaire l'occasion de récupérer sa baguette. Souriant de plus belle, il la pointa vers le sol.
« Vous ne m'aurez jamais. Lucario ! »
Un sortilège de dissimulation. Non…
Une lumière blanche aveuglante éclata dans la station. Harry, ébloui par la déflagration, lança un sortilège sur Franklin mais il le rata. L'allemand en avait profité pour filer.
La lumière disparut et Harry put voir les quais de la station noire de monde. Le sortilège qu'avait utilisé Franklin (un sort appelé « sortilège d'Eblouissement ») n'affectait que les sorciers. Les moldus n'en avaient rien vu et continuait de marcher comme si de rien n'était. L'allemand les avait bien eu. Il avait profité de l'éblouissement pour se fondre dans la foule et disparaître. S'il avait utilisé un sortilège de métamorphose, il avait toutes les cartes en mains pour s'échapper. Harry pesta contre cet enfoiré.
« A toutes les unités, murmura Harry dans le magicophone, surveillez la foule. Franklin va peut-être essayer de sortir. »
Harry se mit lui aussi à scruter les moldus, espérant entrevoir un détail qui trahirait Franklin. Sans résultat. Dans un coin, il vit Cole, Ron et les autres Aurors essayer de se faire discrets. Les corps des victimes de Franklin avaient disparu, probablement grâce à un sort de métamorphose. Jusqu'ici tout allait bien, les moldus ne pouvaient se douter que des sorciers se trouvaient parmi eux. Restait à déceler Franklin.
Le regard de Harry tomba sur les portes ouvertes de la rame et il sut où le trouver. Il fit un signe de tête aux autres et entrèrent dans le métro. Un instant après, la rame redémarrait, avec à son bord, Harry l'espérait, Hans Franklin.
Agrippé à un poteau de fer, Harry sortit un faux portable de sa poche et fit semblant d'avoir un appel. En réalité, il parlait dans le magicophone. Il n'utilisait ce subterfuge que lorsqu'il ne pouvait s'éloigner suffisamment des moldus.
« Qui est dans le train ? »
La réponse mit une minute à arriver dans son esprit sous la forme d'une cacophonie limite inaudible. Il parvint à comprendre que Ron, Cole, Morgane, Dan, Seamus et un autre Auror du nom de Warren avaient réussi à monter dans le métro avant la fermeture des portes. Soit six Aurors plus Harry. Largement de quoi débusquer l'allemand.
« A tous les autres, finissez la fouille de la foule et rejoignez nous à la station suivante si vous ne le trouvez pas. Effacez des mémoires si nécessaires. » Il calibra ensuite la fréquence de son magicophone sur celle des Aurors présents dans le train. « Je suis au bout de la rame. On va avancer jusqu'au milieu. Regardez bien autour de vous. Franklin a peut-être changé d'apparence.
- Ok. »
Harry rangea le faux portable et commença à avancer le long de la rame. Il gardait sa baguette à portée de main. On ne savait jamais. Harry en avait fait l'expérience et il savait qu'il n'y avait rien de pire qu'une proie acculée.
Son wagon était quasiment vide. Il n'y avait qu'une demi-douzaine de personnes que Harry reconnut comme des moldus. Rien à signaler. Il passa au wagon suivant. Un peu plus de monde. Il en compta 23. Adolescent, vieillard, bureaucrate, mère au foyer, il y avait de tout mais rien qui puisse ressembler au fugitif. Harry passa lentement entre eux, scrutant les moldus dans leur moindre détail.
Toujours rien. Il passa rapidement dans le wagon suivant. Une quinzaine de personnes s'y trouvaient. Harry vit Cole et Ron qui s'avançaient vers lui. Il leur passa devant sans leur adresser la parole mais il eut le temps d'apercevoir le regard de l'américain qui lui disait clairement qu'il n'avait rien trouvé.
Harry eut un bref hochement de tête, comme pour leur dire de continuer. Il s'apprêtait à rejoindre l'avant-dernier wagon lorsque son pied buta dans le cabas d'une vieille femme assise près de la porte et le renversa.
« Oh, je suis désolé, madame, dit Harry en s'agenouillant pour ramasser les affaires.
- Ce n'est pas grave, dit la moldue d'une voix éraillée, cela aurait pu arriver à n'importe qui. «
Elle s'était penchée à son tour et Harry se rendit compte que la femme avait une odeur désagréable. Une odeur âcre et pourtant assez douce. Un peu comme du parfum en train de pourrir ou du…
Harry se figea légèrement et fit un grand sourire à la femme. Celle-ci le lui rendit, assez timidement, et se redressa. Harry se remit sur ses jambes à son tour.
« Je vous souhaite une bonne journée. »
Il leva brièvement son chapeau en signe de salut. La moldue le lui rendit avec un sourire attendrissant de vieille femme. Décidément, c'était du grand art.
Harry passa dans l'autre wagon et sortit son portable afin de dissimuler son magicophone. Il murmura :
« Je l'ai trouvé.
- Où ?
- La vieille femme dans le wagon du milieu. Celle assise près de la porte. »
Il faut reconnaitre que Franklin était doué en ce qui concernait la dissimulation. Son déguisement était parfait. Harry lui-même s'y serait laissé prendre s'il n'avait pas perçu son odeur. Et Harry, pour en avoir déjà senti, savait reconnaitre de la médavorone.
« On l'arrête ?
- Pas tout de suite. Attendons la prochaine station. On l'arrêtera là-bas. »
Il voulait que les wagons se vident un peu avant de risquer une nouvelle confrontation. Les Oubliators étaient suffisamment occupés pour le moment.
La rame s'arrêta dans un grincement et les trois quart des moldus présent sortirent. Franklin, sous son déguisement de vieille femme, se leva difficilement, empoigna son cabas avec une main recouverte de taches de vieillesse et s'avança lentement vers la sortie.
Toutefois, il n'eut pas le temps de quitter la rame. Cole s'approcha de lui et posa une main sur son épaule.
« Excusez moi, madame, j'aimerais vous dire deux mots. »
Franklin forma une expression de surprise apeurée très convaincante. Il essaya de se dégager mais n'y parvint pas. Brièvement, son visage de brave mémé se tordit en une expression de colère très masculine et Harry sut que c'était bien lui.
Les portes se refermèrent et la rame repartit. Il n'y avait dans le wagon que Harry, Cole, Ron, Seamus et le fugitif. Morgane et Warren se trouvaient aux portes et empêchaient les moldus de venir les déranger. Discrètement, Harry envoya un message aux autres Aurors pour qu'ils les rejoignent à la prochaine station. Cette fois, Franklin était coincé. Impossible de s'échapper. Il était cuit.
Pour l'instant, il affichait une expression de colère outragée. Il était parfait dans son rôle.
« Pouvez-vous m'expliquer ce que cela signifie, jeune gens ? Vous n'avez pas le droit de me retenir.
- Bien au contraire, répliqua Cole, on te coure après depuis suffisamment longtemps, Franklin.
- Franklin ? Mais enfin, je suis…
- On sait que c'est toi, le Bosch, grogna Seamus, Alors arrête cette mascarade si tu ne veux pas voir mon poing de plus prêt. »
La vieille eut une vraie expression de peur mais personne ne loupa l'éclair de haine qui traversa ses yeux. Il se savait coincé mais continuait le jeu. Harry intervint :
« La partie est finie, Hans. Montrez-vous et finissons-en. »
Il regarda Harry brièvement et un grand sourire apparut sur les lèvres craquelées de la femme.
« D'accord, vous m'avez eu. »
La voix chevrotante de vieille femme avait laissé la place à une voix d'homme adulte marquée par un fort accent allemand. Aussitôt, les traits de la femme devinrent de plus en plus flous, jusqu'à disparaitre et laisser la place à la gueule mal rasée de Franklin.
« Dites moi, qu'est-ce qui m'a trahi ? Mon déguisement était parfait, pourtant…
- Oh, ton déguisement était parfait, je te l'accorde, dit Harry, tu es parvenu à dissimuler ton apparence mais pas ton odeur. Et lorsqu'un parfum est mal fait, il reste des traces de médavorone dans l'air.
- C'était donc ça, fit l'allemand, songeur, j'aurais dû y penser. J'ai été négligent…
- C'est le cas de le dire, oui. »
Franklin jetait un regard désabusé et narquois sur les quatre baguettes qui le tenaient en joue. Il ne semblait nullement contrarié. Maintenant que la partie était finie et qu'il avait perdu, il devait se dire qu'il ne servait à rien de s'acharner.
Au loin dans le tunnel, des lumières. Le métro approchait de la station.
Harry s'avança vers Franklin.
« Hans Franklin. Au nom de la loi et en vertu des pouvoirs qui m'ont été donnés par le magenmagot, je vous arrête pour complicité dans le meurtre de Joshua, Lucinda, Romana, Katrina et Coriela Vallangher. Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous pourrez dire sera retenu contre vous lors de votre procès. »
Harry s'apprêtait à lancer un sort de ficelage lorsque l'allemand se tourna vers lui, les yeux exorbités.
« Ca, je ne crois pas. »
Une baguette apparut brusquement entre ses doigts et avant que quiconque ne fasse le moindre geste, il l'abattit sur le cabas.
Ce dernier se mit à grésiller.
Cole comprit en une seconde.
« UNE BOMBE ! »
Plusieurs choses se passèrent alors en même temps. Alors que la rame ralentissait pour son entrée en station, le wagon du centre explosa. La rame dérailla. Des cris s'élevèrent de partout. Sur le quai, dans les wagons, les moldus étaient emportés dans un tourbillon de panique. Par miracle, aucun Auror présent dans le wagon n'était blessé. Le cri de Cole leur avait permis de lancer un sort de protection, évitant ainsi un sort funeste. La rame se coucha sur le côté dans un grincement étourdissant. Harry se prit un coup à la tête et vit trente-six chandelles. Le monde se résumait pour lui à un flot de hurlements humains et un torrent de dévastation mécanique.
Lorsqu'il rouvrit les yeux quelques minutes après, il vit fugacement une silhouette s'échapper par le trou causé par la bombe. La déflagration avait pulvérisé la paroi de la rame et propulsé le métro contre le mur. Le trou se trouvait maintenant au dessus d'eux. Et c'est par ce trou qu'une silhouette d'homme blond s'était échappé. Un homme qui ressemblait furieusement à Franklin. Franklin qui les avait bernés en beauté.
Quel enfoiré ! Quel…
Harry se releva rapidement et regarda autour de lui. Le wagon était sans dessus-dessous. Les autres Aurors se relevaient à leur tour. Aucun d'entre eux ne semblait trop amoché, Harry lui-même n'avait qu'une égratignure au front. Ils avaient eu de la chance.
« Vite, il s'échappe. A toutes les unités, Franklin est en fuite. S'il n'est pas sur le quai, il est dans le tunnel. Je répète, s'il n'est pas sur le quai, il est dans le tunnel. Ne le laissez pas se tirer. »
Harry fulminait. Cela faisait deux fois que Franklin l'avait berné comme ça. Il ne se laisserait pas avoir une troisième fois.
Il commença à se hisser dans le trou, suivi par les autres.
Hans Franklin se hâtait dans le tunnel en trainant sa jambe droite derrière lui. Il avait mal calculé son coup avec la bombe. Il pensait avoir le temps de s'écarter avant l'explosion mais sa jambe avait été prise dans le souffle. Maintenant, cela tenait plus du morceau de viande sanguinolent que de la jambe en état de marche.
Maudits fliquarts. Pourritures d'Aurors…
Il maugréait dans sa barbe tout en essayant d'accélérer le mouvement. Il savait que la poursuite n'était pas terminée. Il avait vu Potter le fixer brièvement avant qu'il ne saute de la rame. Il se doutait bien qu'il le poursuivrait, c'était un coriace. D'autant plus que maintenant, il laissait derrière lui une piste parfaitement claire. S'ils ne voyaient pas les traces de sang (il fallait vraiment être miraud), ils entendraient ses râles de plus en plus sonores. Il refusait de l'admettre mais il était foutu.
Foutu.
Saloperie d'Aurors. Si seulement vous aviez clamsé dans l'explosion…
Il entendait derrière lui des éclats de voix. Les Aurors étaient sur sa piste. Des claquements retentissaient, Franklin les assimilaient à des dizaines de pas qui convergeaient vers lui.
Il n'avait plus le choix.
Il devait jouer sa dernière carte.
Il vit au loin ce qu'il espérait. Une porte donnant sur un local de maintenance. Il se jeta de toutes ses forces dessus et se barricada dans le local en lançant tout les sortilèges de protection qu'il connaissait. Mais, vu son état, cela ne tiendrait pas longtemps.
Pendant une brève seconde de répit, il se traita d'idiot. Il avait toujours été attiré par l'argent et aujourd'hui, c'était l'argent qui le perdait. S'il avait refusé il y a deux mois, il ne serait pas là.
Oui, si seulement il avait refusé.
« Pas le choix… »
Jamais il n'aurait dû les écouter.
« … Je dois ouvrir le portail maintenant. »
Jamais il n'aurait dû accepter…
Harry s'acharna sur la porte en vain. La poignée ne bougeait pas d'un millimètre. Franklin avait du user de la magie pour la verrouiller. Ce qui lui donnait quelques secondes pour s'échapper. Des secondes que les Aurors devaient réduire à néant.
Ils étaient une quinzaine autour de la porte, le long des rails. Ron, Cole et Morgane l'encadraient, les autres étaient dispersés sur la voie. Quant aux dix restants, ils étaient avec Seamus sur le quai pour s'occuper de la catastrophe. Ils les rejoindraient plus tard. Pour l'instant, il y avait mieux à faire. Cette pourriture de Franklin devait être à moins de deux mètres d'eux (vu la quantité de sang qu'il perdait,il ne devait pas être trés loin) et seule une barrière magique les empêchait de l'atteindre. Il eut envie de se donner des baffes.
Il jeta contre la porte tous les contre-sorts qu'il connaissait, sans obtenir de résultats. La magie utilisée était intense. L'intensité du désespoir.
« Euh… Harry…
- Quoi ? »
Ron recula légèrement devant l'expression de Harry. Ce dernier se rendit compte qu'il perdait son sang-froid. La fatigue, combinée à la frustration de ne pas mettre la main sur l'allemand, le rendait plus qu'irritable. Ce qui l'amenait à faire des erreurs.
« Désolé, Ron, ça va. Je me calme. »
Il souffla un grand coup et réfléchit aux sorts qu'avaient pu utiliser Franklin. Puis il comprit comment faire. La solution était si simple que Harry se demanda comment il avait fait pour ne pas la voir plus tôt.
« Un sortilège à sceaux multiples. Il faut être plusieurs pour le briser. Ron, Cole, Morgane, avec moi. »
Ils levèrent tous les quatre leur baguette et lancèrent l'incantation en même temps. La porte grinça avant de commencer à s'ouvrir lentement. Harry la défonça d'un coup d'épaule.
Il se trouva alors devant un drôle de manège. Franklin s'était entaillé les mains et traçait des runes sur le mur. Les symboles formaient un cercle parfait. L'allemand semblait fébrile et dessinait avec des gestes saccadés. Lorsque le dernier signe fut achevé, le mur se mit à onduler à l'intérieur du cercle. Sans hésiter, Franklin se jeta à l'intérieur.
« Hey ! »
Harry se précipita dans la salle et regarda le cercle et le mur ondulant. Ce dernier devenait de plus en plus transparent, laissant apparaitre des ténèbres opaques là où il n'y avait qu'une paroi grisâtre.
« On le suit. Allez ! »
Sans même entendre les protestations qui commençaient à s'élever chez ses coéquipiers, Harry traversa le cercle.
« Lumos. »
La lumière apparut au bout de sa baguette mais cela suffit à peine à dissiper l'obscurité. Il se trouvait manifestement dans un couloir ancien. Le sol à ses pieds était recouvert de dalles inégales. Les parois étaient formées d'un échelas de pierre grossière. Du béton anonyme du tunnel ferroviaire, il était tombé dans ce qui ressemblait à la coursive d'un donjon. Dans le genre contraste, on ne faisait pas mieux.
Mais où est-ce que je suis ?
Au loin, devant lui, il entendait la démarche saccadée de Franklin. Harry fit quelques pas, entendit l'écho de sa marche et se retourna vivement lorsqu'il entendit plusieurs sons derrière lui. Ce n'était que les Aurors qui traversaient à leur tour.
« Harry, bon sang, ne refais jamais ça, gronda Ron, ça aurait pu être un piège, bordel.
- Non, il ne se serait pas jeté dedans sinon.
- Si, justement, il…
- Le portail ! cria un Auror à l'arrière.
- Quoi, le portail ? demanda Cole.
- Il… Il vient de se fermer. »
Seamus regardait le mur nu avec scepticisme. Il se tourna alors vers Warren.
« Tu es sûr de ce que tu dit ?
- Certain, monsieur. Je vous jure que le mur ondulait, parole.
- Et que Potter et les autres se trouvaient derrière ?
- Oui, juré. »
Seamus maugréa et porta le magicophone à sa bouche.
« Finnigan à Potter. Potter, tu me reçois. Harry ? »
Seamus baissa les yeux sur l'artefact magique avec un regard indéchiffrable. Warren le regarda, mi-intrigué, mi-étonné.
« Que se passe-t-il, monsieur ? »
Il ne répondit pas. Il ne voulait pas répondre. Il se demandait ce que tout cela signifiait.
Les magicophones avaient une portée de dix kilomètres et rien ne pouvait perturber la communication.
Mais là, le magicophone de Seamus n'avait même pas détecté celui de Harry. Ce qui voulait dire qu'il n'était pas dans la zone.
Mais dans ce cas, où était-il ?
Les pas saccadés de Franklin cessèrent.
Après avoir constaté qu'il était devenu impossible de revenir en arrière, Harry prit la tête du groupe et partit à la poursuite de Franklin. Quelque soit cet endroit, l'allemand le connaissait. Il suffisait de le suivre pour arriver à la sortie. De plus, vu le sang répandu sur le sol et les saccades de plus en plus marquées, Franklin n'allait pas tarder à s'écrouler. Harry pensait que c'était ce qui était arrivé lorsque le silence se fit du côté de l'allemand. Peut-être avait-il succombé à ses blessures ? Harry s'apprêtait à courir vers lui lorsque des voix retentirent. Il fit un signe à ses équipiers et tous éteignirent leur baguette. Devant eux, à une cinquantaine de mètres environ, deux voix se disputaient :
« Voilà, c'est fait (Harry reconnut l'accent allemand de Franklin). Maintenant filez moi mon fric et foutez moi la paix.
- Tu sembles bien pressé, Franklin. »
La seconde voix hérissa les cheveux de Harry. Il sut alors à qui parlait le fugitif.
« J'ai fait tout ce qui était prévu. Tout, bande de connards. Maintenant, donnez-moi ce qui m'est dû, bordel, avant que je ne me vide de mon sang.
- Ton dû ?
- Oui, mon pognon, merde. Putain, je pisse le sang…
- Nous allons te donner ton dû, mais ce ne sera pas de l'argent.
- Quoi, mais…
- Tu ne mérite qu'une seule chose…
- Non, non… Arrêtez, qu'est-ce que vous faites ?...
- Une seule chose pour un cafard comme toi…
- Non, NON… ARRETEZ, PAS CA ! NON, NON !
- La mort… »
Il y eut une brève lutte, un bruit peu ragoûtant et enfin le silence.
Non, ce n'était pas vrai...
« Allons-y. »
Harry et les Aurors se précipitèrent dans le couloir en direction de Franklin. Ils débouchèrent dans une salle si vaste que les lumos nouvellement créés n'étaient pas suffisamment puissants pour éclairer les murs.
Hans Franklin se trouvait au milieu. Il était debout, seul, et tournait le dos à ses poursuivants. Il ne réagissait pas.
« Franklin ? »
Il eut un mouvement de tête et commença à se retourner lentement. Ils virent tous alors sa poitrine horriblement lacérée. Un poignard y était même encore figé.
« Franklin ! »
Harry parvint à récupérer l'allemand avant qu'il ne s'écroule. Il était monstrueusement pâle et un filet de sang s'écoulait de sa bouche sans discontinuer.
« C'est… Trop… Tard… » dit-il d'une voix assourdie par le sang.
Harry l'allongea par terre. Les autres Aurors l'entouraient et comprenaient comme lui que l'allemand vivait ses derniers instants. Rien ne pouvait le sauver. Harry se pencha le plus près possible de son oreille.
« Franklin, écoute-moi. La fille que tu as rancardé sur Justin Finch-Fletchey le soir du meurtre du ministre, c'était qui ? »
Il ne répondit pas. Il avait des yeux brillants qui sombraient de plus en plus vers l'inconscience.
« C'était qui ? »
Franklin dut faire un effort pour centrer son regard sur Harry.
« C'est… Pas la peine… Vous… servirez à… rien…
- Dis-nous ! »
Franklin eu un gargouillement que Harry assimila à un rire. Puis, dans un geste qui semblait lui demander un effort colossal, il pointa la baguette de Harry sur son propre front.
« J'en avais… pas l'intention… Mais maintenant… Qu'ils crèvent en enfer… »
Un filet d'argent apparut au bout de la baguette et Harry comprit ce que tentait de faire Franklin. Fébrilement, il sortit une fiole de sa poche afin de récolter les derniers souvenirs de Hans Franklin.
« J'sais pas… si ça vous… servira… Y a un peu de tout… De toute façon, c'est inutile… »
Il regarda Harry avec une intensité désespérée.
« Vous êtes foutus… »
Un temps puis :
« Tous foutus… »
Il eut un dernier sursaut. Hans Franklin était mort.
Harry rangea la fiole dans sa poche. Au moins, tout ça n'avait pas été fait pour rien.
C'est alors qu'un rire retentit dans l'obscurité. Aussitôt, des lumières apparurent aux quatre coins de la salle, lui donnant une clarté blessante. Il vit également plusieurs silhouettes apparaître en hauteur. Il comprit avec horreur qu'il venait de tomber dans un piège.
Une voix s'éleva :
« Bienvenue à tous, nous vous attendions. »
